J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

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J43 – Taupo

23 06 2011

Cybershed, Taupo, jeudi 23 juin 2011, 18h00

Trajet : Napier – Taupo

D = 6464.5 km

Lors de son lever, le soleil profite d’embraser le ciel. Si l’augure s’avère juste, il risque de pleuvoir avant la mi-journée. Je retourne déambuler dans les rues de Napier pendant une bonne heure, remarquant tel ou tel détail qui était passé inaperçu, le caractère frank-lloydien d’un des immeubles, reconstruit en briques et non en béton comme tous les autres. Je m’intéresse bien plus au bâtiment occupé aujourd’hui par l’ASB dont les motifs Art Déco sont purement d’inspiration maorie. Ainsi le bandeau au-dessus des fenêtres est une variation du symbole représentant les vagues, alors qu’au sommet des façades des moulures sont la copie exacte d’un motif couramment utilisé dans la sculpture traditionnelle.  A peine neuf heure, et j’ai déjà arpenté deux fois les rues intéressantes, trois si l’on compte ma première visite de hier. Je décide de me mettre en route pour Taupo, au lieu de patienter encore une heure trente avant une des visites guidées de la ville.

Avant de partir, un détour dans les faubourgs du port de Napier m’amène au National Tobacco Compagny Building, considéré comme la pièce maîtresse Art-Déco de la région. Construit en 1933, si le style principal est résolument Art-Déco, dans ses formes géométriques, il se combine avec des détails typés Art Nouveau, notamment des motifs floraux. L’entrée de la bâtisse attire à elle seule tous les regards. Quelques marches, décorées de mosaïques, rejoignent un perron sur lequel donne une immense porte en arche. Les lignes verticales des battants sont élégamment adoucies par des roses sculptées et de la vigne dont les sarments savamment ciselés brisent la rigidité de la géométrie. Ouvert au public, je découvre le vestibule, une salle à la décoration ostentatoire, où les matériaux nobles – marbre, bois – se fondent avec le décor – plafond mouluré, vitres embellies de détails colorés, encadrement sculpté –. Le tout éclairé par une verrière en forme de dôme, décorée de roses. Un véritable régal pour les yeux.

De retour sur la Thermal Explorer Highway, la route touristique reliant Auckland à Napier passe par les régions à forte activité géothermique de Nouvelle-Zélande.  Après avoir longé une dernière fois le rivage d’Hawke Bay, je laisse l’Océan Pacifique dans mon sillage, direction Taupo. La SH2 déroule son large ruban à flanc de collines, épousant la topologie du terrain. Courbe, contrecourbe… les rayons de courbures sont importants: voitures et camions abordent les courbes sans même freiner, les passant tout en douceur. Enfin, tant que la côte n’était pas trop importante, car le plateau est loin d’être plat. Deux chaînes collinéennes à traverser; et comme le pays ne connaît que rarement la neige à cette altitude, le génie kiwi n’a rien trouvé de mieux que d’escalader les monticules, plutôt que dessiner une route grimpant gentiment en lacet. Résultat: Hibiscus atteindra rarement les 40 km/h dans les montées, malgré ses dizaines de chevaux déchaînés sous le capot. A l’inverse, une fois le col passé, le frein passe presque à travers le plancher pour ne pas dépasser les vitesses réglementaires.

Je ne vous ai pas encore parlé du paysage, sans doute parce qu’il n’en vaut pas tellement la peine. Très vite, une petite bruine s’est mise à tomber et se transformera par intermittence en inverse. Le paysage est noyé dans les nuages et la brume. Alors que je devrais distinguer au loin, au sommet des côtes, la silhouette caractéristique des volcans Ruapehu, Tongariro et Ngauruhoe, seul un mur blanc se dresse à l’horizon. La route passe à travers l’une des plus grandes forêts exploitées, où les pins dressent leur cime à intervalles réguliers, à moins que les collines ne présentent de sombres flancs dévastés par une coupe rase. De retour en plaine, les pâturages étendent leur royaume entre deux bosquets de podocarpes. J’aborde enfin une portion plus sauvage, mêlant praires marécageuses de montagne et landes couvertes d’arbustes. A l’approche de Taupo, la forêt naturelle reprend ses droits, régénérée après des années d’exploitation coloniale.

Peu d’arrêts intéressants rythmeront le trajet, même si des panneaux portant la mention « Heritage Trail » (chemin du patrimoine ») pointent régulièrement sur des routes secondaires. Après avoir visité « wilderness hut », une simple cabane de bois, sans rien de particulier, située aujourd’hui à côté d’une route, je décide de ne plus me dérouter à moins que l’inscription ne m’interpelle particulièrement. Le premier arrêt devait être pour prendre un bain dans les sources chaudes de Tarawera, afin d’éliminer le sel qui me colle à la peau depuis ma baignade matinale à Hawke Bay. Toutefois, le DoC prie les gens de ne pas s’en approcher, car le terrain est devenu instable. Quinze kilomètres plus loin, un panneau indicateur signale l’existence de chutes d’eau avec un point de vue. Bien qu’assis dans la voiture je puisse profiter pleinement du panorama, je profiterai de me dégourdir les jambes. Toutefois, aucune ballade ne semble partir depuis le parking. Peu avant, à la suite du passage d’un pont, au niveau duquel des écriteaux indiquaient sa vérification prochaine, du 27 juin au 12 août, je me suis glissé sous son tablier. Enjambant le large canyon de Mohaka River, le pont est constitué d’un entrelacs métallique. En s’aventurant sur la passerelle pour piéton, située sous la chaussée, il est possible de ressentir les vibrations du pont au passage d’une simple voiture. Plus impressionnant encore, le passage d’un camion-remorque de plus de 40 tonnes déclenche une symphonie de grincement.

J’arrive enfin à Opepe, situé 20 kilomètres avant Taupo. Bien que l’emplacement fasse partie de « l’Heritage Trail », je décide de m’y arrêter. Mark Pickering y recommande de s’y balader. Le chemin pénètre dans le bush qui recouvre tout le paysage. Fougères et arbres-fougères poussent à profusion, seuls quelques rimus et autres matais, épargnés par la scie des bûcherons, élèvent encore leur tronc dans la forêt. De-ci, de-là, je découvre quelques vestiges du passé, comme cette fosse creusée où descendait l’un des bûcherons, tenant la poignée inférieur de la scie, l’autre étant maintenue par son collègue à califourchon sur le tronc de grand diamètre. Finalement, la découverte la plus importante sera les anciennes barrières, au bois rongés par l’humidité. Lors des guerres néo-zélandaises, afin de protéger la ligne télégraphique, ainsi que les colons sur la route reliant Taupo à Napier, Te Kooti, le leader maori du Waikato, opposé militairement aux blancs, fit construire une tranchée et ériger une simple barrière . Avant sa construction et celle d’une caserne abritant une force armée, Te Kooti tua lors d’une escarmouche neuf des quatorze hommes de la cavalerie coloniale. Je découvrirai les tombes de ces braves soldats, tombés le 7 juin 1869.

J’arrive à Taupo en tout début d’après-midi. Un rapide passage à l’office du tourisme fera de cette journée la plus triste que j’aie vécue en Nouvelle-Zélande. Alors que j’espérais que l’éclaircie annoncée pour demain aller se développer, j’apprends que les dernières nouvelles prévoient plutôt un temps humide pour ces prochains jours. La limite neigeuse devrait même descendre jusqu’à 1000 mètres avec des vents à plus de 60 kilomètres/heure. J’avais espéré cette éclaircie afin d’accomplir le Tongariro Alpine Crossing. Aujourd’hui, je crois bien qu’il me sera impossible de randonner le long de ce magnifique chemin. Mais voyons le côté positif, cela fait une excellente excuse pour revenir en Nouvelle-Zélande à moyen terme.

Dehors, tantôt il bruine, tantôt il pleut. Je décide de me réfugier au musée de Taupo. J’y découvrirai l’œuvre de deux artistes. Si les tableaux de l’un ne me touchent que peu, les travaux de l’autre sont plus intéressants. Jupes et capes maories traditionnelles sont tissées selon les méthodes ancestrales. Formes innovatrices et motifs contemporains en font des objets particulièrement esthétiques. L’autre partie du musée est consacrée à l’histoire de Taupo, allant de l’arrivée des colons qui considèrent la ville comme un point stratégique lors de la lutte contre Te Kooti, jusqu’à son statut touristique actuel, en passant par l’industrie forestière. J’ai particulièrement bien aimé la caravane des années soixante, illustrant la construction des premiers bachs le long des rives : pêche à la mouche, où la capture d’imposante truite n’est pas rare, début des sports nautiques sur Lake Taupo, destination privilégiée des vacances estivales, tout respire le bonheur de vivre.

Après une petite balade humide le long du lac – le plus grand de Nouvelle-Zélande – jusqu’au port, je rejoins les chutes d’eau d’Huka Falls. Entre trois quarts d’heure à pied sous la pluie depuis Taupo, ou 5 minutes en voiture,  je choisirai pour une fois la seconde solution. Hydrologiquement, 26 rivières alimentent le lac, Waikato River est l’unique porte de sortie. Au niveau des chutes, ce sont 40 mètres cubes d’eau par seconde qui s’engouffrent dans une gorge large de 15 mètres, profonde de 10, passant en quelques mètres de la surface à peine ridée d’un large canal, en une violente rivière tonitruante. La puissance de l’écoulement est fantastique à observer, canalisé entre deux parois, il jaillit dans une immense goulotte. Ce n’est qu’après une centaine de mètres que l’écume disparaît peu à peu : le fleuve perd sa teint blanchâtre au profit de sa couleur vert sombre naturelle.

Un dernier petit détour, avant de venir rédiger ce billet m’amène de l’autre côté de Waikato River, où s’écoule une source chaude. Un véritable bonheur que de s’y glisser à l’intérieur, alors qu’une petite averse vous rafraîchit constamment la tête.

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J42 – Hawke Bay et Napier

22 06 2011

Marine Parade, Napier, mercredi 22 juin 2011, 17h54

Trajet : Pahiatua – Napier

D = 6297.4 km

Avec mon retour sur la côte est, les journées débutent à nouveau plus tôt, alors que l’obscurité étend son voile presque à la même heure sur tout le pays, avec le solstice d’hiver qui appartient au passé, la longueur des jours va définitivement rallonger. Que du bonheur. A peine huit heure passée, je me mets en route pour Napier, accompagné par quelques nuages et une petite bruine. Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête à la Tui Brewery Compagny, qui brasse la célèbre Tui, la lager des jeunes kiwis, l’autre bière nationale, la Steinlager étant plutôt consommée par les trentenaires et plus âgés. Point question de dégustation de si bon matin – d’ailleurs la brasserie n’ouvre pour le public qu’à partir de 10h00 –, j’admirerai plutôt la célèbre tour de stockage des malts, reconnaissable à sa construction en brique, ornée de bandes verticales blanches, ainsi que les anciens bâtiments, couleur crème, encore utilisés comme entrepôts.

De retour derrière le volant, le voile nuageux est repoussé vers l’ouest, le crachin n’est plus qu’un souvenir. Au loin, alors que le soleil fait briller les mâts des éoliennes construites sur les crêtes de lointaines collines, un double arc-en-ciel s’y élève; ses rayons diffractés par quelques ultimes gouttes érigent un double arc-en-ciel. Au nord-est, bien qu’il soit déjà passé neuf heure, la portion d’horizon est drapée d’une magnifique robe orangée, qui se fond après dans les tons céruléens. L’explication viendra dans les minutes qui suivent, alors que j’écoute la radio, j’apprends que pour la deuxième fois le nuage de cendre, originaire du volcan chilien, passe au-dessus de la Nouvelle-Zélande. Or, d’un point de vue purement scientifique, plus un lever ou coucher de soleil présente une palette intense, plus le nombre de microparticules en suspension dans l’atmosphère est important.

Chemin faisant, je traverse une région où les dénominations possèdent des consonances scandinaves : Thor Street, Dannevirke, Norsewood. Dans ce dernier village, la halte m’amènera devant quelques maisons, dont l’architecture est similaire avec celle que l’on pourrait trouver en Norvège. Quelques maisons présentent des façades à clins, peintes en rouges, dont les poutres d’angle sont rehaussées de blanc, une véritable carte-postale. Le symbole du village est même l’historique roue scandinave où une simple double poutre en croix remplace les rayons de bois. Au XIXe siècle, Dr Isaac Featherstone, New-Zealand’s First Agent General à Londres, considéra que les peuples nordiques seraient les plus à même d’établir une colonie dans cette fruste et dure région, dont le climat continental est parfois froid et rigoureux. En 1872 et 1873, des norvégiens, accompagnés de suédois et de danois, débarquèrent dans cette région, dont l’appellation, 70 Miles Bush, dénote la difficulté de s’y implanter. Toutefois, la colonisation fut un véritable succès. Après 20 ans, un chêne, aujourd’hui en pleine croissance fut planté. Les traditions des pays d’origine sont loin d’être perdues : des effigies de trolls ornent les rues et le village fête les mêmes dates que les pays scandinaves.

Avant d’arriver dans les plaines de Hawke Bay, un dernier arrêt m’amène à Monckton Scenic Reserve. Mark Pickering décrit si joliment la balade dans son livre, que je me suis dérouté pour effectuer cette petite marche d’à peine 3 kilomètres. Perdus au milieu des plaines, les méandres d’une rivière se sont peu à peu transformés en vallon, une dense forêt a bientôt occupés les lieux, et de nombreux oiseaux y sont venus s’installer. A peine arrivé, le calme est parfait; aucun bruit si ce n’est le ruissellement de l’eau et les sérénades des volatiles. La ballade suit tantôt la rive, tantôt la crête d’un méandre. Nombre d’escaliers et deux ponts permettent d’accomplir cette boucle en forme de huit. Les forêts vierges du Nord, ou les jungles touffues du Sud sont bien loin, ici totaras, hêtres, matais, tawas peuplent les bois, et si les sous-bois sont garnis, ils sont loin d’être touffus. Un peu de mousse colonise le sol, quelques fougères y poussent, mais ce sont les feuilles mortes qui recouvrent la terre. Sympathique petite balade pour dérouiller mes muscles et os, un peu mis au repos ces derniers jours. Au moment de repartir, quelques doutes se sont emparés de moi quand les roues arrières ont commencés à patiner dans l’herbe humide, alors que la boîte à vitesse était déjà sur la deuxième. En embrayant les vitesses lentes, je progresserai lentement, entendant parfois le glissement de la boue le long du caoutchouc. Après quelques minutes je parviendrai enfin à revenir sur un sol plus solide. Un vrai bonheur, quand la plus proche habitation est à quelques kilomètres!

Une longue descente entre les collines m’amène dans les plaines d’Hawke Bay. Un brouillard les recouvre, me cachant jusqu’aux derniers kilomètres avant Hasting les nombreux vignobles de la région. Ce ne fut pas une grande surprise, je savais pertinemment que j’allais traverser cette région. Mon premier arrêt sera pour Sileni Estate, dont le bâtiment semble comme avoir été projeté depuis les étoiles dans les terres. Effectivement, la bâtisse, à l’architecture symétrique et osée, apparaît au bout d’une allée rectiligne, bordée par les vignes. La géométrie parfaite des jardins, des allées et de la cave est impressionnante. Je pénètre dans le cellier, où un silence d’or règne en maître. L’accueil sera très chaleureux, la discussion animée avec l’hôtesse, discutant des vins néozélandais, des cépages cultivés en Valais, de la brume présente, … Un vrai plaisir, qui n’a d’égal que la qualité des vins dégustés :

  • Chardonnay (2009) « The Lodge » : amande en bouche, le chêne est fondu dans les arômes, et se perçoit subtilement à la fin. Son côté miné me plaît beaucoup.
  • Redmetal Merlot (78%)/Cabernet Franc (22%) (2009) : arôme de mûre/myrtille, les tanins ne sont pas fondus en raison de son jeune âge. D’ici 3-4 ans avec un bon pavé de bœuf!
  • Merlot (85%) / Cabernet Franc (15%), Label Noir (2008) : myrtille et floral, l’équilibre entre tanins et douceur est parfait. Il développe des arômes intenses qui emplissent la bouche, et perdurent longtemps. Un véritable must qui accompagnerait une bonne viande rouge, ou un bon morceau de fromage à pâte dure vieilli.

Parmi toutes les caves visitées, la qualité des vins de Sileni Estate m’a fortement impressionnée. La finesse est particulièrement impressionnante, dans le sens où même pour des vins rouges peu âgés (2-3 ans), le chêne est fondu et n’apparaît que de façon subtile, apportant un peu de puissance au vin. Lorsque je prendrai congé, aucun frais ne me sera facturé – comme il est pourtant indiqué – car ce fut un réel plaisir de discuter. Je repars avec le nom d’une autre cave où un autre arrêt est nécessaire. Le brouillard s’est levé, et je découvre enfin le vignoble dans son intégrité: aucun verger ou pâturage ne semble séparer les parchets de vignes. Façon de s’exprimer, car la vue ne porte pas à plus d’une centaine de mètres sur ces plaines plates.  Arrivé à Trinity Hill, de l’autre côté de la vallée, je dégusterai à nouveau trois vins. Un seul point noir au service, les vins  sont servis un peu frais pour développer pleinement leurs arômes :

  • Viogner (2007) : un cépage que je ne connaissais point. Agrume au nez, aromatique en bouche, il manque toutefois de caractère et présente une finale courte.
  • Chardonnay (2009) : j’y retrouve l’amande du précédent, avec un poil d’acidité sur la fin qui ne me convainc pas.
  • Pinot Noir (2008) : arôme de prune et de cerise. Le chêne n’est pas perceptible, sans doute car il s’agit d’un assemblage entre vin vieilli en fût de chêne, et vieilli en tank inox.

Le soleil brillant pleinement dans un firmament bleu, si ce n’est au Nord où les lueurs roses orangées couronnent les crêtes des montagnes, je décide de monter jusqu’à Te Mata Peak, afin que ma vue embrase pleinement la région. Sur le chemin, je m’arrête à Hastings, qui, tout comme Napier, fût reconstruite après un tremblement de terre dans un style Art Déco. Le Westerman’S Building occupé par l’office du tourisme possède une magnifique entrée, aux vitres décorées. Je passerai aussi devant le Hawke Bay Opera House, un survivant d’avant la catastrophe possédant une façade dans le style des missions espagnoles. Pour arriver jusqu’au parking du début de la marche, je traverserai un quartier dont les rues sont bordées de magnifiques maisons, où les SUV de grandes marques européennes occupent les places de stationnement.

Te Mata Peak, qui dans la bouche d’un kiwi devient tomato peak, est une abréviation pour Te Mata o Rongokako, le géant endormi. D’après la légende maorie, le grand chef Rongokako repoussa son plan d’attaque de la tribu voisine lorsqu’il vit la beauté de la fille de son rival. Pour prouver sa virilité, il fut obligé d’accomplir de difficiles tâches. Il les réussit toutes sauf la dernière, qui était de se frayer un chemin en dévorant tout sur son passage. Aujourd’hui son corps forme les collines dont Te Mata o Rongokako est la plus élevée, et la morce qu’il arracha à la terre est la baie d’Hawke Bay. Si vous prenez le temps de regarder une carte, vous verrez que cette baie possède la forme caractéristique d’une morsure dans le littoral de North Island. De façon plus terre à terre, ces montagnes sont le résultat de la rencontre entre les plaques tectoniques du pacifique et de l’Australie qui repoussa les roches sédimentaires en dehors de leur plan horizontal.

Le chemin monte à flanc de colline entre taillis et pâturages occupés par de tranquilles moutons, avant d’arriver jusqu’à la crête. Tout en la longeant jusqu’au sommet, culminant à 399 mètres, je profite de la vue qui s’étend tous azimuts, de Maiha Peninsula jusqu’au Mt Ruapehu, avec la plaine d’Hawke Bay au Nord et Cape Kidnapper au Sud. J’oserai presque le terme de grandiose, mais les nombreux feux de sarments dans les vignobles qui recouvrent les plaines d’un fin voile à l’esthétisme douteux m’en enlèvent l’envie. Je retourne à Hibiscus en longeant l’autre arrête, descendant dans une parois de molasse où de nombreux coquillages fossilisés sont mis à nu par les précipitations. La vue porte sur les nombreuses collines au loin et deux petits lacs essaimant dans les prés en contrebas. Je rejoins le couvert des arbres dans une forêt de séquoias qui élancent leurs troncs rectilignes jusqu’au ciel, avant qu’un petit sentier entouré d’espèces plus locales me reconduise jusqu’au parc. Comme à Redwood Forest à Rotorua, aucun arbuste ne pousse dans le sous-bois.

Encore une vingtaine de kilomètres sans m’arrêter avant de rejoindre Napier. Aucun problème pour une fois, l’abord de la ville n’est pas des plus pittoresques, coincé entre diverses usines. Par contre, une fois arrivé à destination, le décalage temporel est impressionnant. Petit retour vers le passé: ville colonisée dès le 12e siècle par les maoris, James Cook cartographia les parages en 1769 et dès 1854, une colonie fut établie, nommée en l’honneur du général britannique et administrateur colonial Charles Napier. Très vite, elle devint une ville, souffrant d’exiguïté, emprisonnée entre la mer et les eaux d’un lagon. Le 3 février 1931, un violent tremblement de terre, atteignant 7.9 sur l’échelle de Richter, accompagné de ses répliques fit table rase sur la région : Napier et Hastings furent complètement détruites. 258 morts furent comptabilisés, ainsi qu’un nombre incalculable de blessés. A tout malheur son bonheur: la catastrophe souleva la terre, transforma le lagon en des terres situées 2 mètres au-dessus des eaux. Le gouvernement n’hésita pas à proclamer comme siennes ces terres émergées, ainsi que la surface des six anciennes îles appartenant aux maoris. Après quelques mois de planifications commença la reconstruction dans le style en vigueur de l’époque : l’Art-Déco, faisant actuellement de Napier, la capitale mondiale de l’Art-Déco en raison de l’uniformité architecturale.

N’allez pas imaginer les hauteurs du Chrysler building de New-York, l’Art-Déco s’est répandu à même le sol, ne s’élevant que rarement avec des bâtiments de plus de 2 étages. Zigzags, ziggourats, lignes de vitesses, motifs anciens d’inspirations maya, égyptienne et occasionnellement maorie décorent les façades. Les teintes sont pastels : rose, ocre, vert…. Le style est sobre, colonnes et encorbellements ayant fait de nombreux morts et blessés, …. Murs plâtrés et sculptés, terracota travaillée, fenêtres, voûtes, vitres décorées, détails à profusions, … Toutes les caractéristiques sont présentes, un véritable voyage dans le temps. Même les lampadaires électriques installés plus récemment ou l’aménagement des rues possèdent un air rétrograde qui s’intègre parfaitement dans l’architecture. Une petite balade dans les rues m’amènera devant les plus beaux bâtiments : Gaiety de Luxe Cinema, Hotel Central, Scinde Building, Daily Telegraph Building, … Arrivé devant le Deco Center, qui abrite le Art Deco Trust qui s’est longuement battu pour préserver la lignée stylistique de la ville, j’y pénètre sans hésitation. Une veille dame m’accueille et me propose de visionner un film sur l’histoire de la cité. Je n’hésiterai pas une seconde : rappel historique, leçon accélérée sur le mouvement Art Déco, introduction à l’Art Nouveau, avec exemples stylistiques locaux. A la sortie, je discuterai jusqu’à la fermeture du magasin avec cette anglaise au moins septuagénaire, mais si vive. J’apprends que ses premières leçons de ski datent de 1956, en Autriche dans un village où seul son professeur et elle parlaient anglais, qu’elle arriva à Napier il y a une cinquantaine d’années. Elle travaille actuellement pour l’association à titre de bénévole. Un véritable poème. Me voyant emballé par ce mouvement, elle me compte des histoires à propos du weekend Art Déco qui se tient à Napier chaque année : durant ces deux jours particuliers, anciennes voitures emplissent les rues, les habitants revêtent des costumes d’époque, le train de vie redevient celui des années 1930. Cela donne vraiment envie d’y participer.

De retour sur Marine Parade, l’avenue qui longe le front de mer, comme la Promenade des Anglais à Nice, et gagne un des parcs situés à l’entrée de la mer, je jette un coup d’œil à Tania of the Reef (1954), qui possède un air de ressemblance avec la Petite Sirène de Copenhague, et, comme le Lonely Planet m’apprend, a été volée et retrouvée en 2005. Le plus intéressant reste toutefois la fontaine Tom Parker Fountain, illuminée à la nuit tombée de couleurs vives.

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J41 – Weta Cave, et retour vers le nord

21 06 2011

Pahiatua, mardi 21 juin 2011, 19h00

Trajet : Wellington – Pahiatua

D = 6078.1 km

Ce soir, j’ai dormi au même emplacement que la nuit dernière, au bout de Miramar. La vue nocturne sur Wellington, Mount Victoria et ses habitations est tout simplement magnifique. Après m’être restauré, je rejoins Weta Cave. Un nom qui sans doute ne vous rappelle rien. Si j’ajoute maintenant les titres suivant : Lord of the Rings, King Kong, Distric 9, Avatar, Chronicle of Narnia, la liaison avec l’industrie cinématographique est évidente. Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux peu connu sur la scène internationale, jusqu’à ce que Peter Jackson décide de travailler avec eux pour sa célèbre trilogie. Le binôme Peter-Weta n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà travailé sur le splendide et anticonformiste Braindead.

Suite aux divers films, les fans étaient désireux de découvrir l’envers des studios, notamment ceux des effets spéciaux. Toutefois, ces derniers devaient rester fermés pour des soucis de confidentialité relative aux futures productions. Les fondateurs de Weta Workshop ont alors eu l’idée de créer une officine ouverte au public, Weta Cave, la grotte de Weta, une véritable caverne d’ali-baba où pièces de collection appartenant au petit musée et objets disponibles à la vente se mêlent. L’accueil est chaleureux, vif. A la simple réponse qu’il s’agit de votre première visite, vous êtes propulsé dans le théâtre. Une pièce recouverte de tentures noires, sur lesquelles sont accrochées les diverses armures, casques et autres armes ayant été produits dans le cadre du Seigneur des anneaux. Le film projeté est intéressant au plus au point. Le générique de début est composé de divers séquences de films pour lesquelles l’atelier a travaillé. Je dois reconnaître que seuls deux extraits m’étaient inconnus. Après une brève introduction sur les raisons de la caverne, les différents corps de métier regroupés au sein de l’atelier sont présentés, ainsi que les méthodes mise en œuvre : sculpture, ferronnerie, moulage, peinture, soudage…. ou les matériaux utilisés : bronze, plasticine, latex, fer, acier… toute les matières pouvant se tordre, se sculpter, se marteler, se déformer … sont utilisées. Finalement, les employés actuels sont passés rapidement en revue. Leur présentation est loin d’être celle d’un entretien d’embauche, et chacun y va de sa petite grimace ou autre farce.

A la sortie, vous êtes libre de déambuler dans le musée, qui se résume à une pièce de très petite taille. L’un des angles est occupé par un rocher sur lequel sont présentées les nombreuses statuettes sculptées après le Seigneur des anneaux. Grandiose, tous les personnages principaux sont représentés, j’aime particulièrement le Balrog, Sauron lorsqu’il est sur le point de se faire trancher son doigt portant l’anneau, le buste de Saruman. Le reste des murs est occupé par des boîtes vitrées, empilées les unes sur les autres. Chacune contient des objets spécifiques à leur film les plus connus. Il reste alors à visiter l’échoppe, recouvrant deux fois la superficie de la précédente pièce. Il ne s’agit pas d’une boutique comme celle que l’on retrouve dans un musée. Si de nombreux livres aux prix raisonnables sont présentés, les objets intéressants sont des répliques de ceux utilisés durant la production des films ou encore des sculptures ou représentations des personnages et lieux principaux. Ces derniers, bien qu’ils soient à vendre, font en quelque sorte partie de l’exposition, les prix étant à la hauteur des heures de travail nécessaire à leur réalisation. Il est aussi possible d’y observer Lürz, le premier Huruk-kaï, mesurant près de 2,0 mètres comme l’acteur qui le campa, ou encore l’armure de Sauron et celles portées par les hommes d’armes du Gondor durant le troisième âge. Du merchandising à la portée d’une bourse normale est aussi disponible. Il ne faut toutefois pas s’attendre à du bon marché, car la qualité des pièces est comparable à celle des effets spéciaux. Je craque pour le porte-clef Weta et aussi pour la représentation épineuse et magnétique du casque de Sauron

Si vous passez par Wellington, et que vous appréciez le cinéma, je pense que le détour est tout aussi important que celui de Te Papa. Certains m’objecteront que Weta Workshop n’a travaillé que sur des films de science fiction ou de fantasy. En partie, il est vrai, mais parmi leur grand succès, il y a aussi eu The Legend of Zorro, Kingdom of Heaven, Master and Commander et que l’un de leurs plus sérieux projets est actuellement rien de moins que l’adaptation cinématographique des Aventures de Tintin qui devrait sortir sur les écrans cette année. Le nom de l’atelier Weta, ainsi que leur logo, une sorte de cafard, provient de l’insecte éponyme, endémique à la Nouvelle-Zélande. Les fondateurs du studio ont choisi ce nom, car représenter les insectes était une de leur passion.

Le reste de la matinée ne s’éloignera pas du thème récurrent du Seigneur des Anneaux. Je me lancerai à nouveau sur l’itinéraire des lieux de tournage, qui essaime autour de la capitale. Il pourrait paraître bizarre de choisir Mount Victoria, un bois situé sur une colline en pleine ville, comme décors pour la Comptée lorsque les Hobbits la fuient. Et pourtant, le lieu y est si tranquille, aucune rumeur urbaine ne remonte, les arbres cachent la vie citadine. J’y découvrirai le célèbre rocher, en aval de la route, sous lequel se sont cachés Frodon, Sam, Pippin et Merry lorsque les cavaliers noirs étaient à leur poursuite. Pour les besoins du film, un énorme arbre aux racines enchevêtrées fut déposé par dessus afin que le sombre monde souterrain, emplis de vers de terre, araignées, … surplombe les petits hommes. Avant de quitter Wellington, je passe devant Embassy Theater, où fut présenté en première mondiale The Return of the King, pour admirer la sculpture du Weta Tripodex, un tripode surmonté d’une menaçante caméra.

Remontant Hutt Valley,  je ne m’arrêterai pas devant la carrière qui fût utilisée pour Helm’s Deep et Minas Tirith, toute trace du tournage ayant disparu. A Totara, les jardins d’Harcourt Park sont visités régulièrement par les étudiants en géologie. Le jardin est créé à l’emplacement de l’ancien lit de Hutt River. L’élévation du sol suite à un tremblement de terre, les eaux du fleuve furent déviée. Aujourd’hui, à l’emplacement de la faille, Wellington Fault,  un grand talus partage le parc en une partie supérieure et inférieure. Au niveau du fleuve, il est possible d’observer des graviers disposés verticalement, alors que partout ailleurs la strate présente un alignement horizontal. Lors du tournage de Lord of the Rings, Harcourt Park fut le décor d’Isengard Garden. On y voit Gandalf et Saruman discuter de la redécouverte de l’anneau, ou encore le magicien gris à cheval traverser le jardin le long d’une allée. Aujourd’hui, seuls les arbres sont présents, l’allée, construite pour les besoins, fut enlevée après, lors de la post-production. Un dernier arrêt m’amènera à Rivendell, dans le Kaitoke Regional Park, où Frodon se remettra de la destruction de l’anneau. Pour y accéder une petite route serpente dans un petit vallon où serpente une rivière, entre deux forêts denses, une représentation parfaite du pays des elfes.

La suite de la journée s’avère bien moins palpitante, après avoir abandonné mon fil conducteur je m’élance à nouveau sur la Highway SH2. Cette dernière traverse  Tararua Range, recouverte d’une végétation où les genêts aux jaunes fleurs et les manuka prédominent. Arrivé de l’autre côté, je retrouve le paysage si courant de l’île du Nord : des pâturages à perte de vue, des collines aux courbures arrondies, des bosquets disséminés, des clôtures rectilignes, des moutons et des vaches. Un panorama bien monotone après le dynamisme topologique du sud. Je quitte l’itinéraire principal pour un petit détour par Martinborough. Au milieu d’une immense pleine, je découvre un petit village dont les maisons victoriennes sont construites autour du square central. Bien que je sois de retour dans une région viticole, je ne rencontrerai de petit vignoble qu’à l’approche des caves que je compte visiter. Un rapide passage à l’office du tourisme m’a appris que les celliers présentent des horaires réduits, quand ils ne sont pas complètement fermés. Je trouverai porte close pour tous mes choix, sauf à la cave d’Ata Rangi, la plus veille de la région. Bien que la région soit réputée, je ne serai pas complètement convaincu par les deux vins dégustés :

  • ·       Chardonnay (2009) : arôme de pêche, palais citronné. L’aspect minéral me plaît bien.
  • ·       Pinot noir (2009), issu de vignes de plus de 20 ans. Prune au nez, l’attaque tannique est fondue avec le chêne et les fruits rouges. Un peu court.

Après cette petite halte, je roule, les kilomètres défilent, tout comme les prairies, et les rares villages que je traverse. La seule variante, la grandeur des localités, et la largeur de la plaine entre les deux rangées de collines. Alors que je m’arrête, j’ai déjà parcouru 6000 kilomètres depuis Auckland. Je doute terminer la boucle avec moins de 7000, comme je l’avais supposé au départ. Demain, la route sera longue, les 200 kilomètres au sud de Napier sont composés de pâturages, sans grande attraction culturelle. Un long chemin, jusqu’à la cité art-déco.

Tout en vous racontant ma journée, j’ai dégusté l’une des meilleures bières de mon séjour kiwi. Craftsman de la brasserie Renaissance Brewery Company est une Chocolate Oatmeals Stout. Son goût surpasse de loin celui de la Double Chocolate de Young’s. Sa formulation à base de malts houblonnés, dopés avec des fèves de cacaos torréfiées permet de dégager un arôme de chocolat noir particulièrement puissant. Un véritable dessert qui accompagne parfaitement de petits shortbreads.

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J40 – Wellington et Te Papa

20 06 2011

Easy Key Laundry, Wellington, lundi 20 juin 2011, 19h00

Finalement, durant toute la traversée j’ai veillé, hypnotisé par le phare au feu blanc scintillant marquant l’entrée du Port de Wellington. Rien de plus magnifique qu’une approche dans la nuit, alors que les lumières de la ville inonde la rade, que l’éclat régulier des lampadaires marque les quais en front de mer. Lorsque j’avais emprunté le ferry pour rejoindre South Islands, j’avais remarqué un campervan tranquillement arrêté au bout d’un petit cap, où se trouve l’un des feux de navigations. Longeant la côte, je finis par laisser les lumières de la ville derrière moi, alors que je roule le long du promontoire de Miramar et finis par arriver à son extrémité, où un clignotement régulier marque le temps. C’est ici que je me reposerai pour le reste de la nuit.

A mon lever vers 8h00, après avoir dormi un peu moins que 6 heures, le temps semble s’être amélioré. Le soleil est loin de briller dans un ciel dégagé, mais il ne pleut déjà plus à verse. Alors que je prépare eggs & bacons, une légère bruine viendra maculer mes vitrines de fines traces allongées. Avant de me rendre à l’office du tourisme pour récupérer quelques informations, un petit détour par la piscine me permet de préparer mon retour à la civilisation. Mis à part mon arrêt à Nelson (50’000 habitants), la dernière ville que j’avais rencontrée était Dunedin (110’000 habitants), quelques semaines en arrière. Le menu « découverte » de la journée sera principalement centré sur Te Papa, ce magnifique musée retraçant l’histoire de la Nouvelle-Zélande, de sa formation géologique aux revendications maories actuelles.

A l’ouverture des portes, je pénètre pour la deuxième fois dans le bâtiment. Au lieu de reprendre ma visite où j’en étais resté la dernière fois, je monte jusqu’au dernier étage et descendrai dans le temps en même temps que les escaliers. Au 6ème, l’exposition temporaire est une rétrospective de l’œuvre artistique en terre-cuite (jarres, plats, …) néo-zélandaises. Quelques belles pièces sont présentes, mais la poterie me laisse définitivement de marbre. A l’étage inférieur, depuis son déménagement dans le nouvel immeuble, Te Papa s’est enrichi d’une collection artistique diverse allant de tableaux et gravures européens datant de la découverte d’Aotearoa par Cook au XVe siècle, jusqu’aux photographies et autres œuvres contemporaines d’artistes néo-zélandais, en passant par l’art tribal maori. Cette dernière partie sera de loin la plus intéressante avec des pendentifs en pounamu, des meres en néphrite ou encore nombre d’objets en bois sculptés. Pour rappel, jusqu’à l’arrivée des européens, les maoris ne connaissaient pas les métaux, et art et artisanat étaient centré sur le pounamu, le bois et l’ivoire (de baleine).

Dès mon arrivée au 4ème étage, il devient plus difficile de vous raconter la richesse du musée. Te Papa, un nom qui lui sied à merveille. En maori, son vrai nom Te Papa Tongarewa, peut être traduit par la boîte à trésor. Je l’utiliserai plutôt au pluriel, la boîte aux trésors, tant le nombre de sujets abordés est important : de la géologie à l’histoire naturelle, de l’art à l’artisanat, d’un monde vierge à l’introduction d’animaux considérés aujourd’hui comme pestiférés… Et les trésors ne sont rien d’autres que les objets présentés et les informations partagées. Les descriptifs ne sont ni trop longs – cela serait rébarbatif à lire, – ni trop courts – sinon bonjour l’avarice -, les pièces sont mises en valeurs comme il m’a rarement été donné de les voir. Pour ceux qui ont eu la chance de visiter le musée Hervé à Louvain-la-Neuve, la muséologie est du même niveau. Et à l’instar de ce dernier, le bâtiment fut dessiné pour ses besoins. Une véritable merveille. Je vous passerai les détails, il faut en faire véritablement l’expérience. S’il m’avait fallu une bonne heure pour arriver à bout des deux précédents étages, n’occupant pas toute la surface du bâtiment, il me faudra un peu plus de deux heures trente pour explorer l’intégrité du quatrième. Parmi mes meilleurs souvenirs :

  • L’exposition consacrée au Pounamu, présentant de nombreuses meres, dont trois possédant une histoire particulièrement importante, une vitrine remplies de Hei-Kete, pendentifs représentant l’ancêtre des humains, finement ciselés, parfois possédant des incrustations de nacre ou de corail ou encore quelques haches au tranchant affuté. Deux vidéos de facture remarquable montraient un maori ciselant un bijou, ou utilisant l’un des outils en pounamu pour sculpter du bois – particulièrement efficace.
  • Les vitrines présentant hameçons, crochets et autres leurres utilisés par les maoris. La majorité est composite, avec une pointe en os, rattachée à un corps en bois. A l’arrivée des européens, les pointes métalliques ont peu à peu remplacé l’ivoire, plus fragile, mais les maoris ont conservé leur ligature à base de fibres de flax et de noix-de-coco, rejetant le chanvre européen ou le coton, qui se désagrégeaient trop rapidement.
  • Golden Day, plus un film théâtral qu’une véritable exposition. Assis sur de vieux fauteuils ou d’antiques  fauteuils, le spectateur est placé face à une devanture remplie de jouets et d’équipements sportifs pour enfants. Alors que le film en arrière-fond retrace le XXème siècle néo-zélandais, les objets s’animent, entrent en mouvement… Tous les sujets sont abordés, des plus heureux comme les années soixante, le début insouciant du surf, l’arrivée de la pilule, aux plus durs tels que les deux guerres, la crise économique, en passant par la politique anti-nucléaire suite à l’attentat du Rainbow Warrior. Le tout abordé avec humour, comme le refus de laisser un navire de l’armée américaine à propulsion nucléaire, croiser dans les eaux nationales, ou violence, comme durant la deuxième guerre mondiale. Je crois bien qu’il s’agisse DU film  à ne pas rater si vous passez par Wellington.
iStay, Wellington, 20h00

En début d’après-midi, une petite coupure m’amène à prendre l’air à Wellington. Sur le quai, une petite bruine, un véritable crachin breton, m’accueille. Déambulant dans les rues, je rejoins le quartier du parlement où quelques bâtiments valent le détour. Le Beehive (ruche), devenu un véritable emblème architectural de la cité, avant la construction du Te Papa n’a pas besoin d’une description, tant sa silhouette est en adéquation avec son nom. Style aimé ou détesté, personnellement j’ai des doutes sur l’esthétisme sur l’ensemble qu’il constitue avec l’ancien bâtiment, austère avec sa façade grise. De l’autre côté de la rue, l’ancien bâtiment gouvernemental élève sa silhouette crème. Au vue des ornementations, des pierres taillées aux angles apparents, aucun doute sur son matériau, de la véritable pierre. Dans la réalité, il s’agit d’une des plus grandes constructions en bois. J’ai été tester pour vous. Rassurez-vous, pas de manière destructive, simplement en toquant contre le mur : il s’agit bien de bois.

Poussant plus loin mon exploration, je profite de visiter Old St Paul’s. Construite en 1866 sur l’ancien emplacement d’un Pa maori, son architecte le Révérend Frederick Thatcher, adapte le style néo-gothique, utilisé en Angleterre à la même époque pour les bâtiments officiels, aux matériaux et conditions locaux. Il en résulte, sous un extérieur fraîchement repeint, un magnifique intérieur gothique, avec arches brisées et toutes les fioritures, une véritable merveille. Si, au début, les vitraux n’étaient que des verres peints, au fur et à mesure des années, de véritables œuvres d’arts les ont remplacés. Jugée trop petite, le clergé décide de la démolir pour ériger une cathédrale de plus grande dimension. Il s’ensuivra une des batailles les plus acharnées pour la sauvegarde d’un bâtiment. Sauvée, classée monument historique puis restaurée, elle fut à nouveau ouverte au public en 1970. Il est bon de savoir que cette petite cathédrale fut sauvée, quand on observe la nouvelle. Pour la petite histoire, alors que des artisans, peut-être francs-maçons, sculptaient dans les chapiteaux de nos églises des visages grimaçants, un charpentier a ciselé une face dans l’extrémité d’une poutre surplombant le transept.

Sur le chemin me ramenant à Te Papa, je passe devant le célèbre funiculaire rouge, le Wellington Cable Car. Je me laissera guider par mon envie, et la rame m’amènera jusque sur les hauteurs de Wellington. Toutefois, à l’inverse des funiculaires lisboètes, la vue sur la ville en contrebas n’est pas aussi charmante. Au lieu de redescendre par le même moyen, je décide d’emprunter les allées descendant à travers le jardin botanique. Passant à côté de l’observatoire Crater, dont la position d’une des astrolabes est le point connu avec la plus grande précision en Nouvelle-Zélande, je rejoins le jardin des cactées, avant de m’engager sur l’allée des Camélias. Remontant jusqu’au sommet de Druid Hill, j’y découvre une magnifique sculpture, Listening et Viewing Device. Son créateur a voulu que le spectateur joue avec. Il est possible de la pousser, provoquant un doux grincement, ou encore de la frapper afin de la faire résonner comme un gong. Le son m’a toutefois déçu, je m’attendais à une sonorité plus importante. Avant de rejoindre la cité, j’arrive à nouveau dans un cimetière, que l’on dirait abandonné à voir l’état des pierres tombales. Il faut dire qu’il s’agit du premier cimetière de la ville, et que les enterrés ne possèdent plus forcément de descendants. D’ailleurs, lors de la construction de l’autoroute, le tracé de cette dernière fut dessiné en passant à travers le cimetière, le ceignant en deux. Si un certain nombre de tombes furent relocalisées, les corps dont les pierres tombales étaient devenue illisibles furent simplement enlevés, et un mémorial érigé.

De retour sur les quais, je rejoins à nouveau le Te Papa. Il me reste les deux étages que j’avais déjà partiellement découverts lors de mon premier passage. L’artistique et le politique ayant été préalablement abordé, l’aspect scientifique forme la colonne vertébrale de cette partie. Ce fut un régal de revoir le fonctionnement d’un volcan, ou encore d’en apprendre plus sur le climat régissant les différentes régions du pays, notamment celui entre la côte ouest et est de South Island, séparée par les Southern Alps. Le petit film « ma place » est une perle rare : j’y découvre divers habitants, immigrés, résidents ou citoyens néo-zélandais dévoilant la place où ils se sentent chez eux en Nouvelle-Zélande, et pourquoi il s’agit de cette endroit particulier. Au travers de mes diverses visites, je dois cumuler environ 8 heures de découvertes dans ce musée, et j’ai l’impression de ne pas l’avoir véritablement visité, d’avoir simplement effleuré la couche supérieure de l’édifice. Si un jour je devais revenir à Wellington, je reviendrai sans nul doute m’y balader.

Le premier moment fort de cette après-midi est l’exposition temporaire à propos de l’identité maorie, que ce soit au niveau culturel, avec son art, sa langue, ou encore aux niveaux historique et politique, avec les terres confisquées lors des guerres nationales, ou des achats peu officiels des terrains par les colons, ou encore la lecture du Traité de Waitangi, et son interprétation en fonction du document rédigé en anglais ou en maori. Le deuxième moment fort est  l’immense carte nationale dessinée sur des catelles lumineuses se reflétant sur les parois noires. J’ai retracé mon chemin parcouru, mettant un pied devant l’autre; cela fait un bout de trajet, ou comme l’appelle Antoine Sigg « une belle tranche de voyage… »

Je ressors alors que la nuit est déjà tombée. Traintrain urbain oblige, je me mets en quête d’une buanderie pour faire ma lessive. Avant de me retrouver dans un cybercafé pour poster quelques nouvelles, avant de rejoindre Hibiscus, manger une morceau et rejoindre mon lit chaud – dans la réalité, il doit être plutôt humide –.

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J39 – Nelson et retour à Wellington

19 06 2011

Ferry, Cook’s Straight, dimanche 19 juin 2011, 18h30

Trajet : Nelson – Picton – Wellington

D = 5799.0 km

Alors que hier soir les contours de la lune se laissaient deviner à travers les nuages, il s’est remis à pleuvoir le reste de la nuit. Ce matin, seule une petite bruine tenace continue à tomber. Comme l’idée de préparer eggs and bacons par ce temps humide et venteux ne me plaît guère, je me contente d’une grosse tasse de lait accompagnée de quelques petites tartines beurrées, confiturées et miellées. Bien qu’il soit déjà neuf heures, je profite de la quiétude de ce dimanche matin pour déambuler dans cette ville désertée par ses habitants. Malgré les nombreuses échoppes fermées, le calme environnant, l’absence de voiture sur les innombrables places de stationnement, son ambiance ne ressemble pas à celle que j’avais trouvée dans ces villes côtières telles Hokitika ou Raglan, mortes une fois les touristes envolés. Elle se rapproche plutôt d’une cité endormie que bientôt les habitants envahiront d’une activité bourdonnante.

Arrivé à Christ Church Cathedral, occupée par la messe dominicale, je redescends la butte en direction de South Street. Je découvre dans cette rue en cul-de-sac deux alignées de cottages construit entre 1863 et 1867. Aucune construction plus récente ne vient gâcher le cachet de cette venelle, la plus veille de Nouvelle-Zélande, conservée dans son état original. Un peu plus bas, j’admire l’échoppe de Jens Hansen, un orfèvre mondialement reconnu, et surtout connu pour être l’artisan de l’Anneau Unique. Pour la petite histoire, afin que ce dernier soit à la bonne taille pour les différents doigts auxquels il fut passé durant le film, plus de 40 ont été forgés. Parmi ses œuvres exposées en vitrine, pendentifs, bracelets d’or ou d’argent finement ciselés, j’apprécie grandement les deux boucles d’oreilles en forme de feuille aux nombreuses nervures.

Lorsque je pénètre dans le musée Nelson Provincial Museum, la ville est toujours déserte. Me serais-je trompé sur son état, serait-elle décédée dans son sommeil? Si je m’attendais à  un aménagement et des objets de plus grande qualité en raison de l’importance de la ville, par rapport à d’autres musées locaux, j’ai découvert une perle rare de muséologie : les pièces sont mises en valeurs élégamment, les textes explicatifs sont concis et intéressants, l’exposition est dynamique. Un vrai plaisir à visiter. L’histoire régionale est racontée au travers de fossiles, racontant l’émergence de l’île, d’anciennes haches polies en pounamu retraçant la colonisation maorie, l’apport des métaux avec l’arrivée des européens. D’autres spécificités locales sont abordées, comme le travail de la terre cuite, avec la richesse argileuse du sous-sol nelsonien : d’abord pour la fabrication de briques, puis à partir du XXe dans la poterie et les arts décoratifs. Ou la faune avec un papillon endémique à Dun Mountain et les célèbres sternes arctiques, migrant de l’Alaska en Nouvelle-Zélande et vice-versa. Ou encore, la sombre histoire de meurtres et de brigandages par un gang de quatre étrangers à la fin du XIXe siècle. A l’étage, l’exposition temporaire retrace l’œuvre photographique de Bush, un kiwi qui immortalisa les glorieux et moins glorieux instants des All Blacks des années 1970 jusqu’à nos jours.

En fin de matinée, la ville est devenue une ruche bourdonnante : les magasins ont ouvert leur porte, les rues sont remplies de voitures vrombissantes, couples et familles se baladent sur les larges trottoirs. L’atmosphère y est détendue. Si le soleil ne brille pas encore, seul un sol humide rappelle qu’il pleuvait encore il y a deux heures. Avant de quitter le centre, un petit détour me ramène près de Christ Church Cathedral. Son histoire m’attire comme un ours par du miel. Si sa construction a débuté en 1925, elle ne fut achevée que 47 ans après la pose de la première pierre. Après de nombreux retards, un débat vit le jour dans les années 1950, afin de savoir si sa construction devait être achevée selon son dessin originel, de type art-déco. Les arguments pour l’ayant emporté, elle fut consacrée en 1972. Aujourd’hui sa silhouette particulière orne la colline dominant Trafalgar Street. Un clocher carré, élancé, percé de nombreuses ouvertures domine un corps trapus, possédant la couleur grise du marbre locale. L’ensemble ne me semble guère harmonieux et seules les arcades néo-gothiques  intérieures et les gargouilles extérieures sont réellement intéressantes.

Avant de quitter la ville, un dernier détour m’amène à la réserve botanique, étendant son royaume sur Botanical Hill. Au pied de la colline, un terrain de football. Détrempé par la pluie de ces derniers jours, il ne présente guère d’intérêt. Il fut toutefois une époque où le site arborait des goals de rugby. Le 14 mai 1870 se joua le premier match officiel de rugby de Nouvelle-Zélande, opposant le Nelson Rugby Club au Nelson College, qui perdit 2-0. De là, un sentier, passant au pied d’un Kauri planté en 1951, gravit la colline pour arriver, à son sommet, au Centre de la Nouvelle-Zélande. Titre particulièrement envié, mais sur quoi est-il fondé? simple calcul de distance, pondération élégante distance-densité du terrain, à moins que l’élévation du sol ne soit prise en compte ? La réponse est tout autre, le choix fut plus empirique. Bien que Nelson soit construit autour de Pikimai, la colline où est érigée la cathédrale, le sommet de Botanical Hill devint le point de référence géodésique pour le district de Nelson. Or Nelson étant le district central parmi les 12 autres de Nouvelle-Zélande, il découla que ce point devint le Centre de la Nouvelle-Zélande. Durant l’ascension, je trouvais aussi que la coïncidence entre un véritable centre géographique, savamment calculé, et un point placé exactement au sommet d’une colline d’où la vue porte sur Tasman Bay et le district de Nelson était bien trop grande.

Hier, lors de mon arrivée à Nelson, j’avais observé une longue langue de terre, Boulder Bank, provenant du Nord, protégeant la rade Nelson Havent de Tasman Bay. Au musée, j’ai appris qu’une ouverture, dénommée simplement The Cut, avait été pratiquée dans ce banc en 1906 afin de permettre un accès facilité au port par marée haute pour les bâtiments de forts tonnages et permettre le trafic maritime de bateaux plus petits à toute heure. Il est temps maintenant d’aller observer cette formation géologique, unique en Nouvelle-Zélande. Longue de 13.5 kilomètres cette barrières est constituée par les pierres anguleuses issus des falaises granitiques de MacKay’s Bluff. Peu à peu poussés par les courants marins et les vagues de la mer de Tasmanie, les cailloux s’arrondissent, deviennent des boules – boulders –. Leur taille va en s’amoindrissant à mesure que l’on rejoint l’extrémité du banc. Ce processus, toujours actif de nos jours, implique de drainer régulièrement le canal maritime. Comme pour toute chose en Nouvelle-Zélande, au pendant scientifique, il existe la légende maorie. Cette dernière veut que Kereopa, poursuivi par Kupe, après avoir enlevé sa fille avec Pani, invoqua les dieux pour qu’ils élèvent une barrière entre les deux, cette dernière poussa depuis Horoirangi (MacKay’s Bluff), et les sépara, permettant à Kereopa de rejoindre la terre et de s’enfuir.

Après avoir arpenté quelques centaines de mètres le banc, j’effectue un dernier arrêt à Glenduan, où un sentier montant à travers les pâturages permet de prendre de la hauteur pour observer Boulder Bank. Tout au long de cette balade, les abondantes précipitations de ces derniers jours sont visibles : un ruisseau nécessite des habitudes de creek crossing pour le traverser, de l’autre côté le sol, imbibé d’eau, est rendu moelleux, presque boueux; un étrange bruit de succion émane des prairies, à mesure que l’eau est aspirée par l’humus, l’eau ruisselle encore le long du sentier. A la fin de la ballade, mes souliers seront recouverts d’une pellicule beige, alors que des éclaboussures maculent mes mollets. La colline se situe à proximité de MacKay’s Bluff, la vue sur le Boulder Bank s’étend dans la prolongation de la côte est magnifique, tout comme le panorama sur Tasman Bay et la silhouette de l’Abel Tasman National Park se découpe sur l’horizon ouest. Au nord, le soleil éclaire même la mer à travers une éclaircie.

De retour à Hibiscus vers 14h00, il est temps que j’avance un petit peu, si je veux profiter de jeter un dernier regard sur les Marlborough Sounds, avant d’embarquer ce soir à Picton sur un ferry à destination de Wellington. Mon retour ne sera pas aussi enchanteur qu’à mon arrivée la première fois, lorsque j’avais été impressionné par ces grandes forêts plongeant jusqu’au bord de l’eau. Alors qu’il y a un mois, je ne trouvais pas étrange l’alignement des pins, aujourd’hui je trouve dommage que ce soit des forêts artificielles qui recouvrent la région. Quelques kilomètres avant d’arriver à Pelorus, la route, qui serpentait à flanc de montagne descend dans la plaine de Rai Valley. Plus qu’ailleurs les conséquences de la pluie sont visibles, Pelorus River est sortie de son lit, envahissant les champs. Les barrières délimitant les pâturages disparaissent dans des étangs nouvellement créés, vaches et moutons se réfugient sur les prairies surélevées.

Arrivé à Havelock, capitale mondiale de la moule verte (Greenshell mussel), l’arrêt gastronomique est obligatoire. D’ailleurs le Lonely Planet considère qu’un arrêt à The Wakamarinian Cafe est nécessaire pour déguster leur excellente pie – feuilleté – ou se consoler avec l’une des nombreuses pâtisseries, confectionnées par Beth et Laurie, le couple de tenanciers. Par chance, il leur reste une dernière Mussel Pie. Pendant qu’un passage au four la réchauffe, je me décide pour raspberry-white-chocolate shortcake comme dessert. Le feuilleté est succulent, sans aucun doute le meilleur que j’aie mangé en Nouvelle-Zélande, croustillant à l’extérieur, alors que la farce à base de moule est tout simplement excellente et respire la mer. Je ne parlerai même pas du dessert, une véritable délicatesse. Une fois goûté, la célèbre phrase de Beth prend tout son sens : « If you don’t love the raspberry-white-chocolate shortcake, there must be something wrong with you » (Si vous n’aimez pas le gâteau raspberry chocolat blanc, alors il y a quelques choses qui cloche chez vous).

Avant d’emprunter les 30 kilomètres de Queen Charlotte Drive, je me balade un peu dans ce village, dont l’école a éduqué Ernst Rutherford, l’un des pères de la physique nucléaire au même titre qu’Einstein. Derrière l’hôtel, je découvre une assemblée d’une centaine de chasseurs et habitants, admirant le produit de leur chasse : 68 sangliers sauvages, abattus entre samedi et dimanche midi. Un nombre important compte tenu de la météo difficile du weekend. Après discussions avec l’une des chasseurs, j’apprends qu’il s’agit d’une compétition, avec semble-t-il un joli lot pour le vainqueur, celui ayant tiré le plus lourd. Ayant appris que je regagnais Picton par Queen Charlotte Drive, elle me met en garde contre la détérioration rapide de la route durant ces derniers jours. Je comprendrai le sens de ses propos lorsque roulant je découvrirai des portions entières de route – une vingtaine de mètre de long –, dont l’une des voie s’est affaissée d’un mètre, comme croquée par un gigantesque requin, ou au contraire recouverte par la terre et les arbres suites à un glissement de terrain. Un véritable slalom pour automobile.

Si la route est trois fois plus courte que l’itinéraire standard passant par Blenheim, il faut compter le même temps pour effectuer le trajet sur un itinéraire qui se tortille, par monts et par vaux, épousant la forme sinueuse de Queen Charlotte Sounds. La forêt ayant retrouvé son caractère sauvage, la vue est scénique. Au bout d’un promontoire j’apprécierai la dernière ébauche d’un coucher de soleil sur South Island. Au travers d’une éclaircie, les nuages teintés de rose par le crépuscule naissant se reflètent sur les eaux calmes du sound. L’arrêt se prolonge! que de regrets de déjà quitter cette île si merveilleuse, emplie d’innombrables balades à effectuer, de nombreux treks à parcourir, de régions à découvrir plus profondément. Dans mon esprit germe déjà l’unique solution d’y revenir un jour. Je parcours les derniers kilomètres me séparant de Picton alors que l’obscurité s’est saisie des vallées.

L’embarquement sur le MV Straitsman n’ayant lieu qu’à 21h00, j’ai le temps de passer au supermarché pour acheter quelques bières brassées sur South Island à déguster dans la suite de mon périple, me mitonner une bonne platelée de pâtes chaudes, rédiger mes mémoires, apprécier une dernière Tu au Flying Haggis. Avant l’embarquement, un contrôleur de sécurité passe de voiture en voiture afin de contrôler l’état de nos chaussures. En effet, afin d’éviter la propagation de la Dydimo, une algue envahissante et nocive pour les rivières, ayant déjà colonisé un certain nombre de cours d’eau, il est nécessaire de bien laver ses souliers à l’eau savonneuse. Cette habitude faisait partie de mes mœurs : après chaque ballade où mes souliers étaient en contact avec de l’eau, je nettoyais les semelles avec de l’eau additionnée de savon – un contact de 30 secondes avec de l’eau chargée en détergeant permet d’enlever toute trace de dydimo –. A Whakapapa Village, j’avais récupéré l’une des bouteilles à spray gratuitement mise à disposition par le DOC afin de responsabiliser les touristes. L’agent sera d’ailleurs surpris de l’état de mes souliers, et restera bouche-bée devant la présence de la bouteille, reconnaissable à son étiquette jaune. Me félicitant, car il ne voit que trop rarement des backpackers se soucier de ce problème majeur.

Depuis sa sortie de Queen Charlotte Sound, il y a une petite heure, le bateau ne cesse de rouler dans les vagues du détroit de Cook. Ce mouvement, ajouté au doux ronronnement des moteurs, ne cesse de me bercer, peut être finirai-je par m’endormir avant de débarquer à Wellington d’ici une autre heure.

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J38 – Abel Tasman National Park

18 06 2011

Nelson, samedi 18 juin 2011, 17h40

Trajet : Marahau – Nelson

D = environ 5661.3 Km

9h30, nous embarquons dans le bateau, reposant sur sa remorque. Tirés par un tracteur, nous parcourrons ainsi les 500 mètres nous séparant de la rampe de mise à l’eau. C’est bien la première fois que je fais du bateau à roulette sur une route nationale. Avant de mettre le cap sur Anchorage, un petit détour nous amène près de l’amer dit « Apple Split Rock », le rocher de la pomme coupée. Aucun besoin de commentaire, le nom se suffit à lui-même. L’excursion jusqu’à Anchorage se fait dans une mer formée, 2 mètres de creux. Malgré la dextérité du pilote, les chocs sont parfois violents, l’écume vole… Une demi-heure de navigation, naviguant loin des côtes, la vue n’est pas terrible, amoindrie par un rideau d’eau. L’approche jusqu’à la plage se fait dos au vague, quelques surfs sur les déferlantes barrant l’accès avant de nous retrouver sur le calme – tout relatif – à l’abri de la baie.

M’y voilà enfin, le paysage est magnifique : eau turquoise – agitée –, sable ocre – mouillé –, forêt verdoyante – détrempée –. Un vrai paradis si la pluie n’avait pas redoublé d’ardeur à mon débarquement. Ma première pensée  fut de me demander si j’étais sain d’esprit à venir me balader par un temps pareil. A la vue des pantalons de jeans, des vestes à moitiés ouvertes, sans capuchons des trois autres jeunes passagers, je suis persuadé que mes neurones fonctionnent parfaitement. Il ne reste plus qu’à marcher, 12.4 kilomètres me séparent encore de ma destination.

Free House, Nelson, 19h00

La marée haute me repousse dans les hautes herbes à l’orée de la forêt pendant que je longe la plage. De temps à autre une vague plus grande que les autres, déferle au sommet de la dune, m’éclaboussant d’écumes et d’embruns. Alors que le sentier continue le long de la plage en direction de Bark Bay, je bifurque vers l’est, prenant peu à peu de la hauteur. Dès le début de la montée, je repense à l’excursion jusqu’au Bridge to Nowhere. Ici aussi le chemin n’est plus qu’un lit de rivière : l’eau ruisselle, dévale la pente… de temps à autre une rigole de bois canalise une partie du liquide vers le talus en une magnifique gerbe, alors que le trop plein bondit par-dessus la traverse et continue de dévaler la pente. Arrivé au sommet, avant de poursuivre sur l’Abel Tasman Track, je descends jusqu’à Water Cove. Encore plus que sur le chemin principal, le U du sentier est complètement inondé par l’eau. Arrivé au niveau de la plage, je peux admirer le lieu où Dumont D’Urville ravitailla en eau l’Astrolabe, après avoir cartographié la région. D’ailleurs nombre de dénominations possède une consonance française comme Adele Island, dont la silhouette est visible, fondue dans la nébulosité des averses. J’y retrouve les mêmes tonalités qu’à Anchorage : turquoise, ocre et vert. Une magnifique palette qui resplendit malgré le mauvais temps. Il s’agit d’un phénomène qui m’a surpris et me surprend toujours en Nouvelle-Zélande. Malgré les fortes précipitations, la luminosité est importante, la couverture nuageuse semble toujours fine, comme si la pluie allait s’arrêter bientôt. Un phénomène bizarre, pour moi, qui suis habitué à un ciel gris, un univers sombre avec pareil temps.

Alors que je rejoins les hauteurs, je ressens un froid liquide s’infiltrer entre mes orteils.  Après avoir dégouliné sur mon imperméable, la pluie ruisselle le long du pantalon jusque sur mes souliers, imbibant peu à peu le tissu. Je suis définitivement persuadé qu’une randonnée sous la pluie ou constituée de traversée de rivière se déroule selon trois stades distincts. Le premier consiste à marcher en faisant attention à l’endroit où les pieds vont se poser afin de préserver l’aridité du soulier, le deuxième est quand l’humeur devient quelque peu grincheuse alors que, malgré toutes les précautions, l’humidité a fini par gagner l’intérieur de la chaussure et enfin le troisième, quand il n’existe plus d’autre choix que de continuer dans ces conditions. A partir de là, la route devient bien plus facile. Marchant au milieu du chemin, devenu rivière, le paysage peut à nouveau être admiré sans regarder toutes les deux secondes le sol afin de ne pas mettre les pieds dans l’eau. Aujourd’hui il ne m’a fallu qu’un petit quart d’heure pour arriver au troisième stade.

The Wakamarinian Cafe, Havelock, écrit le dimanche 19 juin 2011, 15h30

De retour sur le chemin principal, l’itinéraire est maintenant relativement plat, je poursuis mon périple. Erodé par les nombreux passages des touristes, l’eau stagne, formant de petites flaques, puis des gouilles et enfin de véritables étangs où la surface arrive au bas de la cheville. La seule différence avec Whanganui est la couleur: ici l’eau, qui ne s’est pas enrichie de divers sédiments argileux, reste limpide. De temps en temps, quand le chemin rentre dans un petit vallon, au bout de ce dernier un pont enjambe, ce qui fut à l’origine un petit ruisseau. Aujourd’hui, gonflé par les pluies torrentielles, ils sont devenus de véritables rivières, débordant de leur lit, envahissant le sous-bois voisin, ou encore inondant le chemin. Je ne compte même plus le nombre de cascades déversant des litres et des litres d’eau sur le tracé et le promeneur isolé. Par ailleurs, lorsque surviennent de fortes rafales, balayant la forêt depuis le nord, les arbres secoués lâchent une avalanche de grosses gouttes, qui s’ajoutent aux nombreuses petites de la pluie, dont l’intensité ne cesse d’augmenter. Je ne ressortirai d’ailleurs plus mon appareil photographique jusqu’à la prochaine accalmie.
Je me souviens avoir parlé de presser le pas si les éléments se déchaînaient. Sans courir, j’ai appliqué cette décision à la lettre. Toutefois, à plusieurs reprises je n’ai pu m’empêcher de partir sur des sentiers de traverses, pour aller admirer le panorama à partir de quelques promontoires, ou rejoindre les plages ceignant les criques.  Entre marée haute, refoulant l’eau douce dans les terres, et torrents dévalant les pentes rejetant leur liquide dans la mer, la lutte est âpre à Akersten Bay. D’ailleurs devant le statut quo de cette lutte, qui ne voit que le niveau augmenter, le chemin disparaît complètement sous le mélange des flots, barrant l’accès à la plage.

De toutes mes balades, j’ai rarement vu une forêt si verdoyante: les feuilles des manukas sont particulièrement éclatantes, loin de la terne teinte qu’elles arboraient plus au sud, comme sur les flancs de Mount Robert ou sur Stewart. Sans être aussi dense que sur cette dernière île, la jungle me rappelle celle que j’y ai rencontrée sur le premier tronçon, jusqu’à maoris beach. Exubérante, descendant jusqu’au beige du sable paradisiaque. La géologie du terrain est par contre complètement différente: au lieu d’une épaisse couche de terre, la région de l’Abel Tasman, dans la prolongation de la West Coast est constituée de granit, recouvert par une mince couche d’humus, permettant tout juste aux racines des arbres et arbustes d’y rayonner alors que mousses et fougères tentent de s’imposer.

The Flying Haggis, Picton, 20h00

Après un peu plus de deux heures trente de marche, je rejoins la limite de l’Abel Tasman National Park à Marahau, bien content d’être enfin arrivé à destination. La pluie s’est enfin calmée, une légère bruine m’humidifie alors que je lance un dernier coup d’œil en arrière. Un dernier kilomètre à parcourir jusqu’à Hibiscus, et je peux enfin revêtir des habits secs. Si le T-shirts le restera, les chaussettes, quant à elles, s’humidifieront rapidement au contact des souliers. Mais même si le bonheur ne dure qu’un instant, il est bien réel. Le poste de pilotage du campervan se transforme en véritable étendage, il n’est pas question que le moindre habit humide termine dans la cellule de vie à l’arrière avant d’être redevenu sec. Les prévisions météorologiques prévoyant encore un dimanche pluvieux, et un retour des éclaircies dans le courant de lundi après-midi, je m’apprête à vivre quelques jours dans l’humidité.

L’accalmie ne sera que de courte durée: alors que je mets le cap sur Nelson, mes essuie-glaces fonctionnent à plein régime. Je ne retournerai pas me balader avec un temps pareil. Toutefois, ayant ouï dire que la région possède un caractère artistique et surtout viticole fortement développé, je doute que cela pose un problème. Après avoir sélectionné quelques caves dans un prospectus, aidé dans mon choix par le guide du Lonely Planet et, hier, par une des demoiselles de l’office de tourisme de Motueka, je me  mets en route. Des vignobles, quels vignobles. Alors que je m’attendais comme du côté de Blenheim à découvrir des vignes recouvrant les flancs de côté, je fus déçu par le patchwork de pâturages, vergers et vignes que j’ai découvert. L’ensemble manque cruellement d’unité pour être esthétique. Arrivé devant le premier cellier, je trouverai la porte close pour la saison d’hiver. Dans mon choix, il me reste encore une cave, dont les vignes sont situées sur les collines à Upper Moutere. Arrivé à Woollaston Estate, je découvre un charmant carnotzet, d’où la vue par temps clair doit s’étendre de l’Abel Tasman National Park jusqu’à Nelson, couplé avec une petite galerie d’art. Si les œuvres me laisseront froid, je me ferai un plaisir de déguster deux vins – il ne faut pas abuser en conduisant –. Le premier sera un riesling, première fois que je vois ce cépage en Nouvelle-Zélande, le deuxième un pinot noir, dont la vigne est plantée sur un sous-sol argileux. Cette caractéristique est l’un des traits particulier des vignobles du Nelson, situé sur les collines.

  • Riesling 2009 (4 étoiles Michel Coopers) : Sec, l’attaque est un mélange de lime et de citron, laissant un final un peu acide. Toutefois, le tout est balancé par la douceur du sucre résiduel.
  • Pinot noir, 2006 : prune rouge au nez, le vin est très équilibré. Long en bouche, sans être très puissant, j’ai trouvé le final élégant. Il irait bien avec un plateau de formage à pâte molle, ou un bleu délicat.

Quittant les hauteurs, je rejoins le bord de l’eau à Mapua, situé au bord de l’estuaire de Waimea River, l’un des plus grand Nouvelle-Zélande. J’y découvre un charmant petit port, oscillant entre les baraquements de pêcheurs où j’achèterai un morceau de Makerel fumé, les restaurants spécialisés dans le poisson et quelques galeries – comme les nombreuses qui parsèment tout le Nelson – d’art. Par curiosité, je visiterai Cool Store Gallery, regroupant les œuvres d’artistes locaux, dont la visite est recommandée par le Lonely Planet. Je ne serai pas déçu et ressortirai difficilement sans rien acheter. Les objets présentés ne sont pas hors de prix et possèdent tous un cachet certain, relié à l’histoire contemporaine maorie et néozélandaise. J’arriverai à ne pas craquer devant un tableau humoristique sur les rivalités solaires entre Blenheim et Nelson, traité dans l’esprit kiwi.

Chemin faisant, je regagne l’intérieur des terres et débarque à Seifried, une cave dont les vignes sont situées dans les plaines aux pieds d’Upper Moutere, avec un sous-sol radicalement différent. Il s’agit d’une des plus grandes caves de la région, et l’assortiment proposé comprend plus d’une vingtaine de vins différents. Je laisserai la lourde tâche du choix à la serveuse, la seule contrainte, me surprendre et me faire découvrir le meilleur, en choisissant un blanc et un rouge. Sa sélection sera un Gewürztraminer et sur un Cabernet Merlot. Ayant été un peu déçu par le rouge, je goûterai aussi un pinot noir :

  • Gewürztraminer 2010 : fort arôme de muscat, très délicat. Je ne suis toutefois pas un grand habitué de ce cépage. Il irait très bien en sabayon.
  • Cabernet-Merlot 2009 : arôme de fruit rouge et riche au palais, sa jeunesse laisse transparaître le chêne. Final un peu poivré, et relativement court.
  • Pinot noir 2009 : épicé et fruits des bois au nez. Tanins et arômes fruités sont très équilibrés. Un caractère bien plus achevé que le cabernet-merlot.

Ayant à chaque fois profité de discuter avec les cavistes et parfois les autres dégustateurs, les heures se sont écoulées rapidement. Arrivant à Nelson, la ville, par le Sud, je longe la côte, suivant Whakatu Drive puis Rocks Road. La vue sur Tasman Bay, Boulder Bank, noyée dans les teintes grises, est magnifique. Le temps de passer au supermarché, poster un ou deux billets et je profite d’être un soir à Nelson pour boire un verre à Free House, un bar occupant une ancienne église, spécialisé dans le service de produits néozélandais : bière, vin ou jus de fruit.  Attablé à une grande table ronde, profitant de rédiger, pour une fois, ma journée dans mon petit carnet je déguste tranquillement une excellente IPA, dont j’ai malheureusement oublié le nom de la brasserie. Lorsque deux couples amis viennent alors me rejoindre à ma table, je pousse cahier et crayons de côté. Dave, John, Lisa et Alice, les présentations sont vite accomplies. Rapidement, les sujets de conversations s’enchaînent : refroidissement de l’Europe suite au Gulf Stream, économie mondiale avec émergence de la Chine, chasses puis conscriptions militaires… Finalement lorsqu’ils quitteront la taverne après leur bière d’apéro ils me convient à venir manger avec eux, en face chez l’indien, le meilleur de Nelson et de tout South Island. Parfait exemple du véritable esprit kiwi. Pourquoi pas, comme aurait dit Jean Charcot, et me voilà partageant un mix de poulet Tandoori, boulettes d’agneaux et autres petits en-cas pour l’apéro avant de déguster un poulet karoo, qui se révèle excellent, épicé à souhait. La soirée est excellente, aussi surprenante et agréable que celle passée avec Mike à Devonport. Dans le prolongation d’une discussion qui a dévié sur le mariage et les enfants, éducation comprise, ils tenteront même de me marier avec une de leur amie, après avoir appris ma situation maritale. 22h30, alors que le restaurant s’apprête à fermer, je quitte les lieux en compagnie de ce jeune pilote de course professionnel, de l’expert écologique, et des deux employées de banques – bien placées –. Nous prendrons congé sur le trottoir, chacun partant dans des directions opposées.

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