J24 – Milford Sound

4 06 2011

O Tapara, Lake Gunn, Fjordland, 4 juin 2011, 18h10

Trajet : Te Anau – Milford Sound – Lake Gunn

D=3725.5 km

Ce matin, un sacré tintamarre me réveille: celui de la pluie qui carillonne sur Hibiscus. Cela me rappelle quelques semaines en arrière à Whanganui. Il est vrai que depuis 2 jours que je suis au Fjordland, je n’avais pas encore vu la moindre goutte de pluie, bien que les précipitations soient officiellement plus qu’abondantes. D’ailleurs, hier, presque aucune chute d’eau ne cascadait sur les montagnes du Doubtful Sound. A l’heure du petit déjeuner la pluie s’est calmée et le début d’une éclaircie me fait espérer que le ciel se découvre dans l’après-midi, comme lors de mon arrivée à Te Anau. Décrassage oblige, plutôt qu’une douche froide, opération qui devient de plus en plus désagréable, je pique une tête dans l’eau du lac tout proche. Je ne saurai dire laquelle des deux méthodes est celle où j’en ressors le moins frigorifié.

Si hier, la visite du grand et magnifique Doubtful m’avait enjouée, je monte aujourd’hui dans le nord pour observer son frère, Milford Sound. Plus jeune, son caractère est aussi plus rude, les montagnes plongent plus abruptement dans la mer. Pour y aller, deux voies sont possibles. Si le temps ne vous fait pas défaut vous pouvez emprunter le Milford Track. Cette charmante randonnée vous mène en 4-5 jours par monts et par vaux à travers des forêts de hêtres, jusqu’à Sandfly Point, au bord du fjord. Pour ma part, je choisirai d’emprunter Milford Highway, une route déroulant son ruban d’asphalte dans Fjordland, à travers trois vallées, un col, un tunnel jusqu’aux embarcadères des compagnies de navigation qui vous feront alors découvrir le fjord. Selon le Lonely Planet, il s’agirait aussi de la manière la plus simple d’appréhender la vastitude et la beauté de la région. Dans tous les cas, je n’ai que rarement vu une route aussi scénique que ce tronçon d’une centaine de kilomètres.

A partir de Te Anau, je suis l’ancienne moraine latérale d’un glacier, marquant la séparation entre les rives sauvages du lac à l’est et les étendues pastorales à l’ouest. Peu avant d’arriver à Te Anau Downs, premier arrêt pour se balader autour de Lake Mistletoe, un ancien lac glaciaire. Rien d’extraordinaire, mais cela fait toujours du bien de se dégourdir les pattes. Quelques kilomètres après avoir passé le hameau, une forêt se dresse sur le chemin, dans laquelle plonge la route, dont l’orée marque le début de Fjordland National Park. Changement brutal de paysage: les pâturages sont soudain transformés en une dense futaie où hêtres et mousses prédominent.

La route est tracée dans Eglington Valley. La rivière éponyme serpente au fond du val, dont la plaine est tapissée d’une steppe jaunie, alors que les forêts recouvrent coteaux et flancs de vallée. Plus haut, le royaume des prairies sèches est vite remplacé par les grises rocailles, puis les premières traces de neige. Impossible d’apercevoir les sommets qui se perdent dans la neige. Le camping du DOC, près du ruisseau MacKay Creek est un charmant emplacement pour observer les quatre teintes verticalement dominantes aujourd’hui : jaune, vert, gris et blanc.

Avant d’attaquer la première montée jusqu’à The Divide, le col de la Milford Highway, un dernier arrêt à l’extrémité sud de Lake Gunn. Aussi connu sous le nom d’O Tapara, il s’agissait d’un ancien campement utilisé par les maoris lorsqu’ils allaient chercher à Anita Bay la pounamu (greenstone ou jade néozélandais). Une petite balade du DOC permet de parfaire sa connaissance sur les hêtres. Au nombre de trois espèces, rouge, argentée et de montagne, les beechs sont en fait des faux-beechs. Id est, ils n’appartiennent pas à la même famille que les beechs de l’hémisphère nord, mais sont rattachés à celle dont les individus poussent en Australie ou en Afrique du Sud. L’éclaircie qui m’avait accompagné jusqu’ici s’est dissipée, et il a recommencé à pleuvoir. D’un certain côté, je ne vais pas me plaindre: plus la pluie est abondante, plus les eaux de ruissellement alimenteront les chutes d’eau.

Une fois passé The Divide, lieu d’arrivée des célèbres randonnées Greenstone, Capler ou Routeburn Track, le  paysage change complètement, la vallée se resserre, la route se fait plus étroite, les forêts sont remplacées par des prairies alpines, les flancs plus abrupts, de véritables falaises, sur lesquelles dévalent d’innombrables et interminables cascades. Magnifique. A Pops View, je m’engage sur une petite route gravillonnée conduisant dans Hollyford Valley. En effet, un peu plus loin à Gunns Camp, là où logèrent les ouvriers ayant creusé le tunnel dans lequel passe Milford Highway, se trouve un petit musée qui regroupe souvenirs et réminiscences des anciens mineurs. Excentrique, fabuleux, et complètement fou, je crois ne pas avoir d’autres termes pour en qualifier le contenu : outils de travail, anciens moteurs d’avion et pâles d’hélicoptères, mécanismes appartenant à d’anciennes automobiles, pierres issues du percement du tunnel… de nombreux objets qui commémorent le travail de ces pionniers. Pour la petite histoire, les 15 kilomètres de route existant dans cette vallée sont les prémices d’une route devant relier Southland à Westland, à savoir Queenstown à Te Anau par Hollyford Valley. Au bout de la chaussée, un petit chemin mène jusqu’à un fantastique point d’observation sur les Humboldt Falls, ainsi qu’au début de la randonnée Hollyford Track, suivant la vallée jusqu’à la mer de Tasmanie.

De retour sur Milford Highway, afin de ne pas manquer mon embarquement, je dois malheureusement diminuer le nombre d’arrêts. Comme l’objectif de l’appareil photographique est embué à cause du changement de température entre l’intérieur de la voiture et l’extérieur, cela ne me pose pas de problème. Je roulerai toujours à mon rythme, en profitant simplement du paysage, toujours plus dantesque, tout comme les conditions météorologiques. La route côte de plus en plus, je serai même obligé de mettre la transmission automatique sur le deuxième mode, pour ne pas me traîner lamentablement. Soudain, au détour d’un virage, je vois une immense paroi grise, taillée par les glaciers, sur laquelle ruissellent de nombreux torrents blancs, aux abondants embranchements laiteux. La route s’engouffre dans un trou en demi-cercle à l’intérieur de la montagne.

Voici donc le célèbre Homer Tunnel, situé à 101 km de Te Anau. De chaque côté, divers panneaux rendent attentif à l’étroitesse du tunnel, la présence de baies d’évitement, ainsi qu’à la pente non négligeable. Le tunnel présente des parois brutes de décoffrage, grises d’origine, assombries par les gaz d’échappement. D’ailleurs, la présence des bandes blanches n’est discernable que pas transparence sous l’anthracite des particules fines. Régulièrement, une petite loupiote clignotante marque la présence d’un téléphone en cas d’urgence. Et tout au long de la descente, je regarderai ruisseler l’eau sur la chaussée du tunnel: il ne s’agissait pas d’un petit ruisseau, mais plutôt d’un embryon de torrent. De l’autre côté, la sortie ouest surgit dans le fjord, dont la vallée se termine en arc-de-cercle, digne de celui de Dérborence ; si le rayon est plus petit, le nombre de cascades y est bien plus important. Face à moi, là où je devrais apercevoir les eaux du Milford Sound, une épaisse couche nuageuse ainsi que d’abondantes précipitations couvrent la vue.

Après une rapide descente sur une route aux virages en épingle à cheveux, suivie de quelques kilomètres en pente douce à travers une forêt – je vous laisse deviner les espèces dominantes –, j’arrive au niveau de la mer et aperçois enfin Milford Sound. Pile à l’heure pour l’embarquement, j’enfile mon pantalon imperméable,  et ajoute à mes vêtements chauds empaquetés dans mon sac une serviette pour régulièrement sécher l’objectif de l’appareil photographique. A peine appareillé, les conditions de navigation s’avèrent presque dantesques; le vent ne cesse de s’engouffrer dans le fjord, accéléré par le resserrement des parois, il soulève des gerbes d’écume, moutonnant les crêtes des vagues, propulsant les gouttes d’eau. Les conditions ne seront pas de tout repos pour fixer quelques instantanés. Toutefois, elles me feront découvrir un autre aspect de Fjordland, que j’apprécie presque plus que le caractère tranquille de hier.

Si hier Doubtful apparaissait immense, imposant, avec ses formes arrondies, aujourd’hui Milford Sound présente un dramatique paysage avec des falaises abruptes qui émergent des profondeurs; tout s’élance du bas vers le haut, ou du ciel vers la mer. Cette impression est d’autant plus renforcée par l’écoulement vertical des innombrables cascades. Grandiose. Le plafond nuageux bas, je ne verrai pas le fantastique Mitre Peak élever sa silhouette à 1682 mètre, ce qui en fait l’une des montagnes les plus hautes surgissant de la mer. Le vent déchaîné emporte au loin les commentaires de l’animateur, et je ne saurai pas quelle merveille j’observe : est-ce Copper ou plutôt St-Anne Point, Fairy ou Bridal Veil Falls, … mais qu’importe! par cette magnifique météo exécrable, tout apparaît complètement surréaliste, avec des teintes irréelles : l’eau du fjord virera du brun au noir, en passant par un turquoise caraïbe, la végétation s’ornera de toute la gamme des verts, du plus sombre au plus électrique, les rochers seront tantôt anthracites, tantôt nimbés de gris; seules les chutes d’eau resteront drapées de leur blanc immaculé.

Pour répondre à la question que l’on ne manquera pas de me poser, Doubtful ou Milford, comme de nombreux kiwis, je pourrai répondre les deux. Du premier j’ai adoré la solitude, le recul par rapport au monde, l’aventure et la distance pour y parvenir, l’intimisme de la promenade, du second j’ai préféré la météo, les parois à pics, la brutalité du paysage, la vie émanant des nombreuses cascades. Dans l’idéal, ma préférence serait pour un Doubtful dans les mêmes conditions que le Milford. Dantesque mais individualisé.

Finalement, aujourd’hui, je comprends d’où proviennent les 7 à 8 mètres de précipitations annuelles que recueillent Fjordland. A  l’exception de ce matin, il ne cessera de pleuvoir des cordes, que dis-je des hallebardes. J’ai rarement vu pleuvoir ainsi, même à Whanganui lors de la cure, le déluge était moindre. Il doit être magnifique de visiter le Milford Sound par beau temps, l’impression de verticalité doit être encore plus impressionnante, et si aujourd’hui le paysage ne manquait pas de charme, en apercevant les cimes enneigées il n’en serait que plus féérique. Le principal désavantage du Milford est sa composante touristique de masse. J’avais choisis Cruize Milford, une compagnie opérant sur des « petits bateaux »,  remplis au tiers. Plus de 50 personnes ont embarqués. Tout manquait de personnalité, les commentaires comme enregistrés, les membres d’équipage quasi inexistants, aucune discussion, aucune interaction sociale, bien loin du caractère intimiste des croisières du Doubtful.

Sur le chemin du retour, je m’arrête au bout d’une dizaine de kilomètre pour observer the Chasm, un impressionnant bloc de rocher où s’écoulent les eaux, aujourd’hui, furieuses, de Cleddau River. Au cours des millénaires passés, le torrent a érodé la roche, présentant de tendres parties arrondies dans une gaine de roche dure, en une magnifique sculpture. A mon retour près d’Hibiscus m’attend un kéa, une espèce de perroquet inquisiteur, et surtout sans peur qui s’approche facilement des touristes, espérant recevoir quelque nourriture en échange. Il est bien sur impératif de ne pas les nourrir, car leur alimentation n’a rien de commun avec ce que nos voitures ou campervan recèlent.

J’admire une dernière fois le cirque rocailleux et aqueux, avant de m’engouffrer dans le tunnel. A sa sortie, un dernier arrêt pour contempler l’autre extrémité de la vallée, tout aussi magnifique. Je ne résisterai pas à la tentation d’aller me désaltérer directement à une cascade: l’expérience sera très humide, mais très rafraichissante. Une idée, ayant germé dans mon esprit, je la mets rapidement à exécution. Le temps de vider mes réserves d’eau pour les remplir d’un liquide frais s’écoulant copieusement sur les rochers. Ce soir, mes pâtes seront cuites à l’eau de Fjordland. Bon d’accord, je l’admets, je n’ai senti aucune différence gustative.

J’ai presque oublié de vous narrer ma mésaventure survenue sur la route de montagne descendant depuis le tunnel vers Pops View. Au détour d’un virage sans visibilité, j’ai eu la surprise de me retrouver nez à nez, sur la même voie, avec un kiwi conduisant son gros utilitaire sur la voie de droite, autrement dit la même. Réflexe oblige, un bon freinage d’urgence immobilise nos deux véhicules, les pare-chocs distant d’une trentaine de centimètre. Plus de peur que de mal, mais l’intérieur ressemble à un véritable champs de bataille et tout a valdingué : les coussins ont glissé vers l’avant, les habits suspendus pour sécher se sont retrouvés contre le pare-brise, mon sac à glissé du siège, … un petit nettoyage s’est imposé. En face, le kiwi ne cessera de se confondre en excuse pour se malencontreux incident. Les carrosseries sont intacts, il n’y a pas de quoi faire un drame, les humains sains et saufs, il n’y a pas de quoi en faire un plat et je repars doucement, ralentissant encore plus que d’habitude à chaque virage.

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Sinon, pour que certaines personnes ne se fassent pas de souci, mon doigt n’étant pas devenu noir, et la cicatrisation se passant plutôt bien, je suppose que tout risque de gangrène, et donc d’amputation et cautérisation au fer rouge, est définitivement écarté.





J21 – Southland

1 06 2011

Monowai Lake, Fjordland, 1 juin 2011, 19h45

Trajet : Invercargill – Tuatapere – Monowai Lake

Distance : environ 3415.8 km

Malgré un coucher tardif, j’émerge vers 6h00. Ce matin, je prends le temps de rédiger quelques billets pour mon blog, avant de retourner dernière mon volant, aux alentours de 9h00. Avant de quitter Invercargill pour Fjordland, je m’arrête tout d’abord dans un magasin de chasse, où je trouve enfin un Selke à ma taille, le traditionnel chapeau en toile cirée, imperméable et (presque) indéformable même en le rangeant roulé ou plié. Un détour par le supermarché est nécessaire pour ravitailler la cambuse pour la semaine à venir, ainsi qu’un passage à l’office du tourisme pour récupérer le guide de la « Southern Scenic Route » que je vais continuer de suivre jusqu’à Queenstown, en passant par Te Anau. En chemin, je passe à côté de l’ancien château d’eau, un magnifique bâtiment de brique rouge, haut d’un peu plus de 40 mètres et coiffé d’un réservoir en tôle métallique, dont les rivets brillent au soleil.

D’Invercargill, je rejoins rapidement Riverton. Malgré son titre de plus ancienne ville de l’île du Sud et son importante histoire maorie, elle ne me fascinera pas. Rien d’exceptionnel n’émane d’elle. Je profiterai de sa baie, Taramea pour nager quelques longueurs. La présence proche de l’océan antarctique se ressent à travers la température de l’eau. En poursuivant ma route jusqu’à l’extrémité de la baie, j’arrive à The Rocks, une sorte de petit parc naturel, à moitié pâturé, à moitié laissé à l’état sauvage. Par temps claire, il est possible de voir Stewart Island, mais ma visibilité se restreint toutefois à Pig Island, située seulement à quelques milles au large. De même, les rochers aux formes surprenantes et à la surface similaire à celle que j’imagine pour la peau écailleuse d’un dragon me semblent bien plus intéressants.

Poursuivant ma route à travers les plaines d’Invercargill, j’arrive à Colac Bay. Au lieu d’y observer des surfeurs sur ce spot réputé, mais aujourd’hui très calme, je me contenterai de photographier celui sculpté, qui vous salue à l’entrée du village. Le détour par Cosy Nook, un village de pêcheur, autant que de villégiature, ne sera guère intéressant. Je n’arrive pas à comprendre ce qui en fait sa particularité, reconnu au point de figurer comme endroit à visiter. Je passerai sans m’arrêter à côté de Monkey Island, dont l’accès n’est possible qu’à marée basse, par un chemin submersible.

Je m’arrêterai quelques kilomètres plus loin à Gemstone Beach, une des plages où il est possible de trouver des pierres semi-précieuses : néphrites, quartz, ou encore la très célèbre greenstone, le jade néo-zélandais. Les maoris y venaient d’ailleurs exploiter les diverses pierres tant pour l’ostentatoire que pour en faire des outils ou des armes. Malheureusement, la marée haute recouvre la plage et ne me laisse accéder qu’à la bande supérieure composée de sable. Je ne pourrai ramener aucun trésor. Marchant le long des falaises de molasse, j’apprécie toutefois l’agencement des diverses strates colorées en beige, ocre ou encore anthracite par les sédiments.

Définitivement, aujourd’hui ne semble pas à marquer d’une pierre blanche. A Tuatapere, je comptais visiter le musée local, racontant l’histoire économique de la région, liée à l’économie forestière, comme partout ailleurs dans ce pays, mais aussi à l’exploitation aurifère. Je profiterai néanmoins de mon passage dans cette ville, connue par les kiwis comme étant la capitale de la saucisse, pour acheter quelques produits locaux au boucher. Une fois grillées, elles feront de sympathiques petits apéros, accompagnées d’une tomate ou d’un avocat, ainsi que d’une petite bière. A la sortie du village, je récupère Dani, un autostoppeur en route pour Te Anau. Cet israélien de 22 ans, à la fin de son service militaire de 3 ans, a décidé d’aller en Nouvelle-Zélande (3 mois) et Australie (2 mois) avant de commencer ses études.

Je dois dire que cette région de plaine autour d’Invercargill me fait le même effet que celle autour de Christchurch. Pastorales et maraîchères, les immenses parcelles forment un paysage plat, monotone, sans aucun relief, ni bosquet ou haie formée de grands arbres. Même la côte n’a pas le piquant des Catlins; cette dernière était bien plus dynamique, évolutive, parsemée de criques, de vaux et de monts. Il y avait bien une ballade à traverse le bush natif. Mais les espèces étant les mêmes que celle de Stewart Island, je n’y suis pas allé, car je n’aurai pu y retrouver la même grandeur et aurai sûrement été déçu.

Depuis que j’ai quitté la côte à MacCrackens Lookout, d’où la vue magnifique sur Te Waewae baie permet d’embrasser la silhouette des montagnes suds de Fjordland plongeant dans la mer, le paysage prend des formes, des collines apparaissent, des cailloux poussent, de la forêt remplace une partie des prairies, … J’arrive enfin à Clifden, et si le village est pour ainsi dire inexistant, la région possède 2 attractions touristiques.

La première, artificielle, est le pont à suspension de Clifden, l’un des plus longs de Nouvelle-Zélande avec sa travée de 111.5 mètres. Il est remarquable qu’en 1896 la technologie permettait déjà d’ériger une si fantastique construction. Les quatre tours en ciment, hautes de 7.5 mètres, supportent deux à deux les câbles auxquels est suspendue la structure en bois servant de tablier et de route. Aujourd’hui, elle a toutefois trop souffert, et il est dorénavant impossible de l’emprunter tant en véhicule qu’à pied. L’ouvrage vaut néanmoins le coup d’œil.

La deuxième est complètement naturelle et vieille d’un peu plus de quelques millions d’année. Il s’agit de Clifden Limestone Cave, une grotte longue d’environ 300 mètres qui déroule son réseau à travers la molasse. Son accès est réputé dangereux en cas de pluie avec des risques d’inondation éclaire. La météo actuelle est toutefois de notre côté. Dani et moi, une fois équipés de frontales, descendons par l’entrée principale. Grotte pour spéléologue en herbe, le DOC affiche néanmoins quelques conseils : s’habiller chaudement, préparer des piles de réserve, être au minimum deux, sortir immédiatement en cas d’arrivée d’eau, … A l’intérieur, des bandes réfléchissantes marquent le chemin. La progression est tout d’abord très facile, dans une galerie suffisamment large pour se tenir debout et circuler à deux de front. Dès l’entrée secondaire, il devient parfois nécessaire de se faufiler, marcher agenouillé, … pour descendre dans les profondeurs de la terre. Les concrétions de calcaire forment alors diverses merveilles, même si, bien entendu, stalactites et stalagmites ont été pillées. Par ailleurs, certains voyous ont préféré écrire au marqueur ou au spray leur nom, plutôt que de préserver la blancheur du calcaire. Mais la magie demeure.

Arrivé à mi-parcours, nous atteignons « The Hill », la piscine qu’il faut contourner en progressant sur son bord arrondi, et rendu glissant par l’humidité. N’ayant pas pris de sac à d’os pour faciliter la marche souterraine, l’exercice devient un peu plus délicat lorsque j’essaie d’une main de maintenir mon appareil photo afin d’éviter tout mouvement de balancier, un peu déséquilibrant. La progression devient plus lente, avec un passage dans une étroite fissure, de longues enjambées pour passer au-dessus de grandes gouilles. Trois échelles permettent de franchir facilement des niveaux séparés de 5 à 7 mètres, puis d’atteindre la sortie. Sympathique promenade d’une bonne heure, nous ressortons tous les deux avec des habits tâchés de molasse beige mais avec de beaux souvenirs.

Je dépose mon passager sur la SH99, alors que je quitte la route menant à Te Anau pour Monowai Lake, au bord duquel un camping du DOC permet de passer la nuit tranquillement. Je traverse Waiau River sur un pont similaire à celui de Clifden. La chaussée est composée d’une fine couche de goudron qui recouvre les traverses en bois originelles; l’impression de rouler sur une antiquité au tablier de bois, suspendu par des filins d’acier rouillés est plutôt bizarre.

A mesure que je m’approche de Fjordland, les monticules prennent du relief, les forêts réapparaissent, les pâturages laissent de plus en plus de place à la nature. Au sommet d’une côte, lorsque je vois la silhouette, parfois enneigée, de montagnes à l’horizon, je sais que je touche à mon but. Demain j’y serai. Peu avant d’arriver au camping, je pénètre dans Fjordland National Park, un des sous-ensembles de Te Wahipounama National Park, considéré par la communauté internationale comme un trésor à protéger, et classé en tant que tel.

J’installe Hibiscus dans une petite clairière. Pas un seul bruit, si ce n’est celui de mes carottes qui cuisent. Une fois la nuit tombée, seuls les hululements de plusieurs chouettes Morepork se répondant troublent les bruits feutrés de l’activité de la faune nocturne qui reprend son cours.

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