J45 – Coromandel

25 06 2011

Katikati, samedi 25 juin 2011, 18h50

Trajet : Katikati – Broken Hills

D = 6828.4 km

La nuit fut loin d’être paisible: entre des courses de voitures, effectuées de manière nocturne et officieuses sur la SH2, entre minuit et 2 heure, un véhicule venu jouer de sa pédale d’accélérateur juste à côté de mon campervan peu après 3 heure de matin, comme si ma présence le dérangeait. Et enfin, le doux canon de cocoricos entamés par les coqs à partir de 5h30 du matin. Après un petit déjeuner matinal, je visite Katikati, reconnue pour ses fresques. Au gré des murs, j’apprends l’histoire de la ville, des personnages principaux et diverses anecdotes hors du commun. Ainsi, avant l’arrivée du train, le véhicule à huit places desservant Waihi, embarqua jusqu’à 21 personnes, celle allongée sur le capot devant dicter la route au conducteur. Bien entendu, lors de chaque montée, les passagers étaient priés de descendre afin que la voiture arrive au sommet de la côte. J’y découvrirai aussi un chemin, dans la plus pure tradition zen, serpentant entre cours d’eau, arbres, maisons…. Des cailloux gravés d’haïku, ces poèmes d’origine japonaise se résumant à trois vers, ponctuent la progression du flâneur vers la tranquillité de l’âme.

De retour sur la SH2, en raison de l’heure matinale pour ce samedi matin, je roule presque seul sur la route. Aucun autre conducteur, pressé de rentrer après sa longue journée de travail, ne me fait des appels de phares. Si le paysage n’est pas des plus folichons, je me concentre suffisamment sur la direction du campervan, pour ne pas y prêter attention. Le vent souffle avec vigueur, des rafales violentes balaient la plaine, les nuages sont soufflés au loin et le soleil brille à nouveau. Il est à peine 9h00 quand j’arrive à Waihi. Un passage à l’office du tourisme me permet de m’enquérir de la météo, ainsi que d’apprendre par mes interlocutrices, toutes du troisième âge, que le bureau fonctionne sur le volontariat. Fondée en 1878, suite à la découverte d’un filon d’or, suite à des améliorations technologiques, Waihi devint en 1890 la troisième plus grande colonie à l’intérieur des terres avec une population dépassant les 7000 âmes. En 1952, lorsque l’exploitation du filon Martha Mine cessa, 174.16 tonnes d’or et 11.932 millions kilogrammes d’argent ont été extraits de la mine grâce à 175 kilomètres de tunnels, s’enfonçant jusqu’à 600 mètres sous la surface. En 1912, la population décrut brutalement avec l’arrivée de machines industrielles pour l’exploitation, et se stabilisa malgré la fermeture de la mine. En 1987, l’exploitation reprit à nouveau avec des technologies modernes. Au lieu de creuser des tunnels, la mine est excavée à ciel ouvert, conduisant à la création d’un trou profond de 250 mètres, soit 100 mètres sous le niveau de la mer, long d’environ 1 kilomètre et large de 500 mètres.

Le spectacle est impressionnant : les parois sont constituées de gradins à 45°. Ocre, beige ou recouvert de coulures blanchâtres, le paysage est de temps en temps ponctué de touches vertes, lorsque la végétation a pris possession des replats. Mais dans cet univers industriel, l’humain a le dernier mot : explosifs, pelleteuses, camions Caterpillar sont les maîtres de ces endroits. Pour le moment tout du moins. La mine se tarit peu à peu, et aujourd’hui, les limites de la rentabilité sont atteintes avec seulement 6 grammes d’or extraits pour 1 tonne de matériaux bruts. L’avenir est toutefois déjà planifié: la mine sera transformée en un lac artificiel, propice à la baignade, la pêche ou la flânerie sur ses berges. Toutefois, il faudra compter entre dix et vingt ans afin de remplir la gigantesque baignoire. Afin d’en prendre complètement mesure, je parcours le chemin suivant la crête de la mine. Le début est marqué par la présence du bâtiment de pompage n°5 de l’ancienne mine,  pouvant extraire jusqu’à 9 millions de litres par jour. Afin de préserver ce bâtiment, classé comme historique, lors de la reprise de l’exploitation, il était nécessaire de le déplacer. Monté sur des patins en téflon, glissant sur des rails d’acier, le bâtiment a été repositionné à 300 mètres de sa position initiale.  Si la première moitié du chemin est fantastique avec une vue exceptionnelle sur la mine, la présence d’un Caterpillar 777, des panneaux didactiques intéressants, une fois traversée la plantation de jeunes kauris, où des manukas en fleurs s’épanouissent, la balade, tracée à travers des pâturages, devient moins intéressante.

Note du jeudi 30 juin 2011, à 11h20 : la suite est consignée dans mon précieux carnet actuellement en route pour la Suisse. Comme mon vol va durer trois heures, j’aurai sans doute le temps de vous raconter la fin de cette journée cette après-midi (jeudi 30 juin 2011)

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J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

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J43 – Taupo

23 06 2011

Cybershed, Taupo, jeudi 23 juin 2011, 18h00

Trajet : Napier – Taupo

D = 6464.5 km

Lors de son lever, le soleil profite d’embraser le ciel. Si l’augure s’avère juste, il risque de pleuvoir avant la mi-journée. Je retourne déambuler dans les rues de Napier pendant une bonne heure, remarquant tel ou tel détail qui était passé inaperçu, le caractère frank-lloydien d’un des immeubles, reconstruit en briques et non en béton comme tous les autres. Je m’intéresse bien plus au bâtiment occupé aujourd’hui par l’ASB dont les motifs Art Déco sont purement d’inspiration maorie. Ainsi le bandeau au-dessus des fenêtres est une variation du symbole représentant les vagues, alors qu’au sommet des façades des moulures sont la copie exacte d’un motif couramment utilisé dans la sculpture traditionnelle.  A peine neuf heure, et j’ai déjà arpenté deux fois les rues intéressantes, trois si l’on compte ma première visite de hier. Je décide de me mettre en route pour Taupo, au lieu de patienter encore une heure trente avant une des visites guidées de la ville.

Avant de partir, un détour dans les faubourgs du port de Napier m’amène au National Tobacco Compagny Building, considéré comme la pièce maîtresse Art-Déco de la région. Construit en 1933, si le style principal est résolument Art-Déco, dans ses formes géométriques, il se combine avec des détails typés Art Nouveau, notamment des motifs floraux. L’entrée de la bâtisse attire à elle seule tous les regards. Quelques marches, décorées de mosaïques, rejoignent un perron sur lequel donne une immense porte en arche. Les lignes verticales des battants sont élégamment adoucies par des roses sculptées et de la vigne dont les sarments savamment ciselés brisent la rigidité de la géométrie. Ouvert au public, je découvre le vestibule, une salle à la décoration ostentatoire, où les matériaux nobles – marbre, bois – se fondent avec le décor – plafond mouluré, vitres embellies de détails colorés, encadrement sculpté –. Le tout éclairé par une verrière en forme de dôme, décorée de roses. Un véritable régal pour les yeux.

De retour sur la Thermal Explorer Highway, la route touristique reliant Auckland à Napier passe par les régions à forte activité géothermique de Nouvelle-Zélande.  Après avoir longé une dernière fois le rivage d’Hawke Bay, je laisse l’Océan Pacifique dans mon sillage, direction Taupo. La SH2 déroule son large ruban à flanc de collines, épousant la topologie du terrain. Courbe, contrecourbe… les rayons de courbures sont importants: voitures et camions abordent les courbes sans même freiner, les passant tout en douceur. Enfin, tant que la côte n’était pas trop importante, car le plateau est loin d’être plat. Deux chaînes collinéennes à traverser; et comme le pays ne connaît que rarement la neige à cette altitude, le génie kiwi n’a rien trouvé de mieux que d’escalader les monticules, plutôt que dessiner une route grimpant gentiment en lacet. Résultat: Hibiscus atteindra rarement les 40 km/h dans les montées, malgré ses dizaines de chevaux déchaînés sous le capot. A l’inverse, une fois le col passé, le frein passe presque à travers le plancher pour ne pas dépasser les vitesses réglementaires.

Je ne vous ai pas encore parlé du paysage, sans doute parce qu’il n’en vaut pas tellement la peine. Très vite, une petite bruine s’est mise à tomber et se transformera par intermittence en inverse. Le paysage est noyé dans les nuages et la brume. Alors que je devrais distinguer au loin, au sommet des côtes, la silhouette caractéristique des volcans Ruapehu, Tongariro et Ngauruhoe, seul un mur blanc se dresse à l’horizon. La route passe à travers l’une des plus grandes forêts exploitées, où les pins dressent leur cime à intervalles réguliers, à moins que les collines ne présentent de sombres flancs dévastés par une coupe rase. De retour en plaine, les pâturages étendent leur royaume entre deux bosquets de podocarpes. J’aborde enfin une portion plus sauvage, mêlant praires marécageuses de montagne et landes couvertes d’arbustes. A l’approche de Taupo, la forêt naturelle reprend ses droits, régénérée après des années d’exploitation coloniale.

Peu d’arrêts intéressants rythmeront le trajet, même si des panneaux portant la mention « Heritage Trail » (chemin du patrimoine ») pointent régulièrement sur des routes secondaires. Après avoir visité « wilderness hut », une simple cabane de bois, sans rien de particulier, située aujourd’hui à côté d’une route, je décide de ne plus me dérouter à moins que l’inscription ne m’interpelle particulièrement. Le premier arrêt devait être pour prendre un bain dans les sources chaudes de Tarawera, afin d’éliminer le sel qui me colle à la peau depuis ma baignade matinale à Hawke Bay. Toutefois, le DoC prie les gens de ne pas s’en approcher, car le terrain est devenu instable. Quinze kilomètres plus loin, un panneau indicateur signale l’existence de chutes d’eau avec un point de vue. Bien qu’assis dans la voiture je puisse profiter pleinement du panorama, je profiterai de me dégourdir les jambes. Toutefois, aucune ballade ne semble partir depuis le parking. Peu avant, à la suite du passage d’un pont, au niveau duquel des écriteaux indiquaient sa vérification prochaine, du 27 juin au 12 août, je me suis glissé sous son tablier. Enjambant le large canyon de Mohaka River, le pont est constitué d’un entrelacs métallique. En s’aventurant sur la passerelle pour piéton, située sous la chaussée, il est possible de ressentir les vibrations du pont au passage d’une simple voiture. Plus impressionnant encore, le passage d’un camion-remorque de plus de 40 tonnes déclenche une symphonie de grincement.

J’arrive enfin à Opepe, situé 20 kilomètres avant Taupo. Bien que l’emplacement fasse partie de « l’Heritage Trail », je décide de m’y arrêter. Mark Pickering y recommande de s’y balader. Le chemin pénètre dans le bush qui recouvre tout le paysage. Fougères et arbres-fougères poussent à profusion, seuls quelques rimus et autres matais, épargnés par la scie des bûcherons, élèvent encore leur tronc dans la forêt. De-ci, de-là, je découvre quelques vestiges du passé, comme cette fosse creusée où descendait l’un des bûcherons, tenant la poignée inférieur de la scie, l’autre étant maintenue par son collègue à califourchon sur le tronc de grand diamètre. Finalement, la découverte la plus importante sera les anciennes barrières, au bois rongés par l’humidité. Lors des guerres néo-zélandaises, afin de protéger la ligne télégraphique, ainsi que les colons sur la route reliant Taupo à Napier, Te Kooti, le leader maori du Waikato, opposé militairement aux blancs, fit construire une tranchée et ériger une simple barrière . Avant sa construction et celle d’une caserne abritant une force armée, Te Kooti tua lors d’une escarmouche neuf des quatorze hommes de la cavalerie coloniale. Je découvrirai les tombes de ces braves soldats, tombés le 7 juin 1869.

J’arrive à Taupo en tout début d’après-midi. Un rapide passage à l’office du tourisme fera de cette journée la plus triste que j’aie vécue en Nouvelle-Zélande. Alors que j’espérais que l’éclaircie annoncée pour demain aller se développer, j’apprends que les dernières nouvelles prévoient plutôt un temps humide pour ces prochains jours. La limite neigeuse devrait même descendre jusqu’à 1000 mètres avec des vents à plus de 60 kilomètres/heure. J’avais espéré cette éclaircie afin d’accomplir le Tongariro Alpine Crossing. Aujourd’hui, je crois bien qu’il me sera impossible de randonner le long de ce magnifique chemin. Mais voyons le côté positif, cela fait une excellente excuse pour revenir en Nouvelle-Zélande à moyen terme.

Dehors, tantôt il bruine, tantôt il pleut. Je décide de me réfugier au musée de Taupo. J’y découvrirai l’œuvre de deux artistes. Si les tableaux de l’un ne me touchent que peu, les travaux de l’autre sont plus intéressants. Jupes et capes maories traditionnelles sont tissées selon les méthodes ancestrales. Formes innovatrices et motifs contemporains en font des objets particulièrement esthétiques. L’autre partie du musée est consacrée à l’histoire de Taupo, allant de l’arrivée des colons qui considèrent la ville comme un point stratégique lors de la lutte contre Te Kooti, jusqu’à son statut touristique actuel, en passant par l’industrie forestière. J’ai particulièrement bien aimé la caravane des années soixante, illustrant la construction des premiers bachs le long des rives : pêche à la mouche, où la capture d’imposante truite n’est pas rare, début des sports nautiques sur Lake Taupo, destination privilégiée des vacances estivales, tout respire le bonheur de vivre.

Après une petite balade humide le long du lac – le plus grand de Nouvelle-Zélande – jusqu’au port, je rejoins les chutes d’eau d’Huka Falls. Entre trois quarts d’heure à pied sous la pluie depuis Taupo, ou 5 minutes en voiture,  je choisirai pour une fois la seconde solution. Hydrologiquement, 26 rivières alimentent le lac, Waikato River est l’unique porte de sortie. Au niveau des chutes, ce sont 40 mètres cubes d’eau par seconde qui s’engouffrent dans une gorge large de 15 mètres, profonde de 10, passant en quelques mètres de la surface à peine ridée d’un large canal, en une violente rivière tonitruante. La puissance de l’écoulement est fantastique à observer, canalisé entre deux parois, il jaillit dans une immense goulotte. Ce n’est qu’après une centaine de mètres que l’écume disparaît peu à peu : le fleuve perd sa teint blanchâtre au profit de sa couleur vert sombre naturelle.

Un dernier petit détour, avant de venir rédiger ce billet m’amène de l’autre côté de Waikato River, où s’écoule une source chaude. Un véritable bonheur que de s’y glisser à l’intérieur, alors qu’une petite averse vous rafraîchit constamment la tête.

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J-3 – Taumarunui – Mangaeturoa

14 05 2011

Mangaeturoa, 14 mai 2011, 19h30 (GMT+12)

D= 571.6 km

La pluie fait des claquettes sur le toit, ainsi chantait Nougaro et ainsi fut le premier son entendu de la journée. Je bouquinerai le Lonely Planet en attendant que ces sombres tintements cessent. Petit déjeuner vers 7h30, puis je reprends la route en direction du Tongariro National Park. En chemin je m’arrête à Raurimu pour voir la spirale ferroviaire qui permet au Tranzscenic, le train qui relie Wellington à Auckland de s’élever de 220 mètres en quelques kilomètres pour rejoindre le plateau. Malgré la construction d’un mirador par l’Australian Automobile et d’un modèle explicatif impossible de distinguer les lacets dans la montagne.

Gravissant la longue côte à une vitesse de pointe d’environ 50 [km/h], j’arrive enfin au niveau du plateau. Par beau temps, j’aurai pu apercevoir dans le ciel bleu les silhouettes des trois volcans Tongariro, Ngautuhoe et Ruapheu. Aujourd’hui seul un ciel nuageux, d’un blanc étincelant, est visible au-dessus des landes. A National Park, je bifurque sur la SH48, aussi connue sous le nom de Desert Highway. Une route secondaire me mènera jusqu’à  Whakapapa Village, le véritable centre touristique du Tongariro National Park avec le bureau du DOC.

SH 48 : Desert Road

Historiquement, le Tongariro National Park fut créé suite aux dons des maoris des trois volcans à la couronne d’Angleterre. Ils avaient rapidement remarqué que c’était la meilleure solution de protéger ces sols tapù de l’avidité des européens. Dès 1887, le Parc National est créé, le quatrième au monde, dont les frontières ne cesseront de s’étendre.  Il fait partie actuellement d’un des trois World Heritage Sites que la Nouvelle-Zélande compte, au même titre que les Pyramides d’Egypte, la Grande barrière de Corail ou encore le Colisée de Rome. Aujourd’hui il est tout aussi connu pour avoir servi de lieu de tournage pour le Mordor et les Plaines de Gorgoroth de la trilogie Lord of the Rings par Peter Jackson.

La route menant à Whakapapa traçant une ligne presque droite, je n’ai pas l’impression d’avoir changé d’altitude, et pourtant, en 6 kilomètres, me voici plus de 300 mètres plus haut que Desert Road. Juste avant l’arrivée au village, sur la droite, se dresse Château Tongariro, un hôtel de luxe, établi lorsque le ski fit son apparition dans le pays.

Je rejoins le centre du DOC qui propose une excellente exposition permanente sur les volcans de la région, régulièrement actifs, ainsi que sur la faune et la flore alpines, si particulière au parc. Un excellent film/théâtre raconte la légende maorie qui a conduit à l’éveil des volcans. Alors que Ngatoro-i-rangi, chef reconnu plus pour ses capacités guerrières que de navigation, était à la recherche de terre pour sa tribu, il s’est perdu dans les montagnes. La pluie, qui avait commencé à tomber, se transforma bientôt en neige. Ngatoro-i-rangi pria alors les Dieux du feu. Te Pupu et Te Hoata lui vinrent en aide: jetant un coup d’œil à Whakaari (White Islands), ils explosèrent à Rotorua puis sortirent de terre à Tongariro pour réchauffer le chef.

Je monte en Campervan jusqu’à Iwakau Village, une station de ski en hiver. Je n’y verrai pas les falaises d’Emyn Muril, mais par contre les plaines désolées où poussent tant bien que mal herbes et arbustes au-dessus d’un lit de lave solidifiée ressemblant à s’y méprendre à celle menant au Mordor. Devant le brouillard qui ne cesse de monter et descendre, je finis par reculer et redescends à Whakapapa pour me dégourdir les jambes.

Hibiscus au Mordor

La balade menant à Taranaki Falls, parmi les 200 plus belles de Nouvelle-Zélande, emprunte un sentier dans les landes où herbes jaunies par l’automne combattent avec quelques arbrisseaux rachitiques ou encore des fleurs aux pétales minuscules. Un véritable paysage alpin; même les fougères géantes, palmiers, … ont disparu des forêts qui sont constituées d’arbres plus fins, aux troncs torturés par les rudes conditions météorologiques; la mousse a envahi les sous-bois où poussent encore quelques chétives fougères. De temps à autre, le chemin est remplacé par des caillebotis, permettant de traverser à pieds secs quelques zones marécageuses. Ah, les chutes d’eau de Taranaki: seulement 20 mètres de haut, mais une si parfaite harmonie. Jaillissant entre de sombres rochers couronnant la falaise nue, elles sont splendides, débarrassées de leurs fioritures végétales que leurs cousines du Nord arborent. Retour au village en suivant le cours de la rivière, dénommée aussi Whakapapa.

Taranaki Falls

Les volcans, ces grands timides, étant toujours cachés derrière leurs nuages, je décide d’aller au moins fouler leurs contreforts. Sur la route pour rejoindre Desert Highway, je m’arrête au niveau de Mounts Walk, le chemin des monticules, intrigué par le nom. Cette courte marche me mène au sommet d’un des nombreux monticules qui tapissent les abords de la Whakapapa road. Lors d’une violente éruption de Ruahpeu, le souffle dévala la pente, rasant tout sur son passage. Seuls quelques andains de matériaux résistèrent sur lesquels retombèrent les cendres, ainsi que celles des éruptions suivantes, créant ces monticules, visibles uniquement dans cette zone.

Quittant la SH48 pour une route de graviers, je rejoins le parc de Mangatepopo, une des extrémités du célèbre  Tongariro Alpine Crossing. Bien qu’il souffle un peu et que brouillard tenace et nuages soient accrochés aux flancs des volcans, je m’aventure sur le  tracé. 6 kilomètres me séparent de Soda Spring, la fin de la première partie du Tongariro Alpine Crossing, la partie la plus facile, aux tracés relativement plats. Les prévisions n’avaient pas tort: le vent du Nord-Ouest souffle, et pas qu’un peu. Alors que je gravis la montagne, la végétation rapetisse, laissant la place à un paysage plus lunaire. Bientôt, seules quelques touffes d’herbes jaunies s’accrochent encore sur la plaine recouverte de sables grossiers et de scories noires.

Alors que seul le vent soufflait, une violente averse s’abat. A peine le temps de mettre ma veste et ranger l’appareil photo que l’arrière de mon pantalon, exposé aux intempéries, est déjà trempé. Je croise un certain nombre de personnes qui descendent, certaines complètement frigorifiées. N’a-t-on pas idée d’aller se balader par des temps pareils en jupe ou en short, avec à peine une pèlerine pour se protéger du vent et de la pluie ? Même moi j’ai abandonné ce matin mes shorts pour une paire de pantalons. Je poursuis mon chemin, et je serai récompensé: alors que je contemple Soda Spring, une source cascadant sur une paroi, le brouillard se fait moins épais, et quelques éclats de soleil parviennent jusqu’à moi. Toutefois, aujourd’hui mon destin  n’était pas de voir Mount Doom, le nom qu’arbore le Ngautuhoe pour le film de Lord of the Rings.

Je rebrousse chemin. Arrivé au parking, je serai le dernier à quitter les lieux. Après une journée dans les landes, la route menant à Pipiriki est bordée de plats pâturages. A Raehti, je compte me ravitailler en carburant avant ma descente sur Whanganui. C’est la première fois de ma vie que je tombe sur une pompe à essence où le patron est en train d’afficher « No more standard carburant ». Il me faudra faire un détour aller-retour dans le village d’à côté, Ohakune, situé à une dizaine de kilomètres. De retour sur la bonne route, j’aperçois au loin la silhouette des collines arrondies de Whanganui. Alors que la nuit est en train de prendre possession des paysages, je décide de m’arrêter. Demain, je dois être à 10h00 à Pipiriki. Autant rouler de jour et profiter de ce paysage différent.

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J-2 : Whaiharakeke-Taumarunui

13 05 2011

Piriaka Lookout, Taumarunui, 13 mai 2011, 19h45 (GMT+12)

D=414.8 km

Les lueurs de l’aube me tirent de mon sommeil. Le temps de ranger mon lit, avaler un petit déjeuner et me voilà reparti, direction Waitomo. La route grimpe par monts et vaux. Laissant Kawhia Harbour dans mon sillage, je m’enfonce à l’intérieur des terres du Waikato, le nom de cette région. Premier arrêt à Mangapohue Arch: un chemin, composé en grande partie d’une galerie suspendue à flanc de rocher, mène à une arche perdue dans la jungle. Culminant à 17 mètres de haut, elle est le vestige d’une ancienne grotte écroulée, et arbore en ses flancs une petite arche et de magnifiques stalactites. Après avoir passé la petite arche, le sentier se poursuit dans une prairie boueuse et mène jusqu’à un rocher recouvert d’huîtres fossilisées de taille plus que conséquente. Je retournerai jusqu’au campervan sous un début d’averse qui se transformera en pluie battante.

Waitomo, dont le nom, forgé à partir des termes maoris Wai, l’eau, et trou, tomo, convient particulièrement bien à cette région karstique, possédant plus de 400 grottes, dont une descendant à plus de 1000 mètres. Ma découverte commence par Ruakuri Cavern: un sentier aménagé par le DOC grimpe à flanc de coteau, enjambe une arche naturelle, redescend dans une dépression; il possède une vue exceptionnelle sur la rivière Waitomo qui serpente en contrebas, tantôt calme, tantôt tumultueuse, au détour d’un lacet, ou encore traverse des tunnels creusés par la rivière. Mais le point d’orgue est sans doute la plateforme, construite dans Ruakuri Cave, qui offre une vue d’enfer sur la rivière s’engouffrant dans les profondeurs de la montagne.

Ruakuri Cavern : les flots de la rivière Waitomo à l'entrée de la grotte

Waitomo, aussi le nom du petit village, est surtout connu pour ses grottes, possédant soit des sécrétions extraordinaires, soit des colonies de glowworms. Les attractions touristiques sont diverses, entre le nombre de caves, et la façon de les explorer. Je ne choisirai pas l’option qui me permettra le plus de profiter des merveilles de la nature, en explorant à pieds secs les grottes. Mon cœur a penché vers le rafting souterrain: Waitomo Adventure affichant complet, et le prochain tour étant dans plus de 4h00, je me laisserai entraîner par la Legendary Blackwater Rafting Compangy, qui aurait popularisé, si ce n’est pas inventé le rafting spéléologique. Je choisis la découverte Labyrinth Tour, qui va m’amener, ainsi qu’un jeune couple hollandais, Ingrid et Alex, cascader et me laisser flotter sur une bouée, de type chambre à air de camion au gré des courants.

Première étape, après avoir revêtu la combinaison néoprène pour se protéger du froid, les bottes en caoutchoucs antidérapantes, ainsi qu’un casque et frontale étanche, une petite photo souvenir des joyeux aventuriers. Deuxième étape, Lucy, notre guide, amène notre petit groupe en bus jusqu’à Ruakuri Cave. Le nom de la grotte, signifiant littéralement Deux (Rua) chiens (Kuri), fait référence à une histoire maorie. Alors que le chef de la tribu Kawhia, Tane Tinorau menait ses guerriers au combat, ils passèrent devant une grotte d’où surgit une meute de chiens, qui furent tous tués. La caverne devient alors Tapu, lieu de cérémonie spirituelle. Après le choix de la taille de la bouée et les premiers essais, qui nous permettent de déguster la température de l’eau, 10°C, nous gagnons Ruakuri Cave, dont nous empruntons l’entrée secondaire, elle-aussi arrivée d’eau d’un bras de la rivière Waitomo. La principale entrée est destinée aux touristes secs.

 »]Dans la première salle: explication sommaire du parcours, des choses à faire et surtout à ne pas faire, puis nous partons. Première (pseudo-)chute d’eau, la théorie est simple, sauter en arrière, la bouée passée autour de l’arrière train, comme nous l’avions entraîné à l’air libre. Toutefois, aucuns de mes deux collègues ne semble motivé à partir en premier, tant mieux. L’impression est étrange, de sauter dans le noir, regardant le faisceau de la lampe torche balayer le plafond. Nous nous laissons flotter. Gonflé par les pluies de ces derniers jours, le courant est suffisamment fort pour nous entraîner sans que nous ayons à nous agiter. Un petit bout de chemin à pied nous mène devant l’entrée d’un boyau, où la directive est de tourner 2 fois à gauche, 1 à droite et une dernière fois à gauche, Lucy, nous récupérant à la sortie. A nouveau, je pars en premier. Plutôt surprenant que de s’aventurer dans une grotte, mais j’aime plutôt bien m’aventurer, regarder les merveilles souterraines, les divers embranchements qui pourraient nous amener à nous perdre, ou encore la vue à travers une ouverture sur une salle en contrebas. Mes 40 mètres de tunnel sont bien trop courts, j’en aurai bien avalé dix de plus. La partie pédestre est terminée, une deuxième et dernière chute d’eau à passer de la même manière, mais cette fois de taille un peu moins modeste (1.5m). A la sortie de la goulotte, une corde à laquelle il ne faut pas manque de s’accrocher pour ne pas être entraîné plus loin sans le guide. Premier de cordée, je me lance: que du bonheur! Malheureusement nous n’avons droit qu’à un seul essai.

 »]La partie spectacle peut commencer: en formation d’anguille, les uns accrochés aux autres, nous glissons sur l’eau calme, la tête en arrière, les yeux rivés sur le plafond où scintillent des centaines de glowworms. J’en avais déjà vu à Whangarei, mais ici la population est bien plus nombreuse. Nous pourrions tout aussi bien flotter dans l’espace les yeux rivés sur la voie lactée. Nous glissons en contrebas d’une passerelle où quelques visiteurs de Ruakuri nous regardent passer. Mais la fin du tour approche, la lumière diurne éclaire le bout du tunnel, après 1h00 d’aventure souterraine. Presque la fin de l’aventure, une dernière portion à l’air libre, puis nous sortons de l’eau.

Retour au village où nous profitons d’une excellente douche, même un peu trop chaude à mon goût, d’une petite soupe de tomate et d’un excellent bagel grillé et beurré. Je ne regrette absolument pas l’attraction, et je reviendrais volontiers pour d’une part visiter les trois grottes en touriste plus standard, et surtout d’autre part pour faire The Lost World, un parcours entraînant l’aventurier pendant 5h00 dans l’obscurité, à travers rappels, dont un de 100 mètres, session de grimpes et de rampes, nages et glissades, dans ces rapides noirs.

Je reprends la route direction le Tongariro National Park. Un coup de fil met toutefois fin à mes espoirs. Les nuages ne disparaîtront pas et un véritable volcan va souffler sur ces sommets avec un vent soufflant à 60 [km/h], accompagné de rafales à plus de 100[km/h] jusqu’à la fin du ouikènne. N’étant plus contraint par le temps, mes arrêts se font plus fréquents pour profiter du paysage, magnifique, bien que devenu un peu monotone à la longue. La route serpente toujours tantôt sur le fond plat,  tantôt sur les crêtes arrondies de ces monts et vaux recouverts de pâturages d’un vert mi-acidulé, mi-électrique où s’élèvent bosquets et arbres esseulés.

Mon arrêt à Te Kuiti, capitale néo-zélandaise de la tonte de mouton, pour observer l’imposante sculpture de 7.5 tonnes, représentant Le Tondeur de Mouton, j’apprends quelques hauts faits de cette industrie. Pour assurer la production de 213’000 tonnes de laine, soit 25% de la production mondiale, 48.1 millions de moutons sont répartis sur 8.3 millions d’hectare dans 7945 fermes. Depuis 1969, les tondeurs de moutons se livrent une course effrénée sur une journée de 9h00. Les technologies étant, le record de moutons tondus est passé de 500 en janvier 1969 à 804 en 1980. Depuis 1981, toutefois, ce nombre tombe à 623 en 1981, après l’introduction d’un quota de 900 grammes de laine par agneaux et 3 kilogrammes par moutons, pour prétendre au record Ewe. Ce nombre remontera à 702 en 1994. Lors d’une tentative, le sportif voit son cœur battre 133 fois par minutes, ses poumons aspirer 1.65 litre d’oxygène par minute et consommer près de 5167 kilocalories . L ‘un dans l’autre, ces chiffres sont comparables à enchaîner plusieurs marathons d’affilée.

Le Tondeur de Mouton, de Te Kuiti

Un deuxième arrêt à Taumaranui me permet de découvrir cette cité, surnommée le Cœur du King Country. Ce district est ainsi nommé, car King Tawhio, un roi maori, posa son chapeau sur une carte de la Nouvelle-Zélande et déclara que tout ce qui était recouvert par son couvre-chef était sien. Cette région resta effectivement hors des mains européennes juqu’en 1883. Aujourd’hui, une sculpture représentant un chapeau recouvrant un roc célèbre ce haut fait. Je m’arrêterai pour passer la nuit quelques kilomètres au sud. Après un petit tour de 15 kilomètres parmi les pâturages pour trouver une jolie place, je reviens  à Piriaka Lookout, dont la vue sur la rivière Ongarue en contrebas est magnifique aux dernières lueurs des crépuscules. Son seul défaut: être située à côté de la SH4, une route principale. Au souper, garam masala d’agneau avec kumaras sautés. Excellent. Pomme et chocolat en dessert.

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J-1 : Auckland-Whaiharakeke

12 05 2011

Whaiharakeke, 12 mai 2011, 20h05 (GMT+12)

D=200.5 km

9h00. Je me présente au dépôt d’Escape Rental pour y récupérer mon campervan. Après avoir lu les documents d’usage (contrats, interdictions, …), apposé mon paraphe sur de nombreuses pages, je dois encore attendre une quinzaine de minutes avant de prendre possession de mon véhicule. En attendant, je file au supermarché, situé à 100 mètres, acheter les produits de base. A mon retour,  je contrôle l’état de Fat Freddys, mon futur véhicule, tagué avec un énorme animale sur fond de jungle . Tout semble en ordre, je me rends à l’office du DOC d’Auckland pour acheter une carte du Tongariro Crossing, et au moment où je tente de fermer à clef, rien ne se passe, la serrure de la portière conducteur est morte.

Retour au dépôt, où j’ai le choix entre attendre un serrurier (2h00) ou simplement récupérer un autre campervan. Je choisis la deuxième option, bien plus rapide. Mon nouveau compagnon, Hibiscus, est décoré avec la fleur éponyme. Un peu plus âgé, son compteur affiche déjà 353573 kilomètres : pas de fermeture centralisée, vitre manuelle, un bon vieux véhicule.

Hibiscus, ma nouvelle demeure

Je reprends un nouveau départ, Quay Street, Tamaki Drive, puis je bifurque en direction du Mt Wellington. Petit arrêt au CACM, où je dois rendre un pantalon de voile à Quentin. Avant de m’élancer définitivement vers le Sud, sous un soleil radieux. Il semblerait que la météo néo-zélandaise soit aussi parfaite que sa cousine helvétique.  Je ne m’en plains pas et espère que cette météo va encore durer quelques jours. De toute la journée, seules deux averses orageuses mouilleront les routes.

La Southern Motorway me sort rapidement d’Auckland, et je la quitterai bientôt pour emprunter une route principale, bien plus sympathique, qui me mènera à Raglan, une station de surf. Sur le chemin, un panneau brun me détourne vers Breidal Vell Falls. Au niveau du parking, je rencontre un couple d’étasuniens, originaire de l’Idaho. Nous découvrirons ensemble ces chutes. Un chemin longe un cours d’eau à la turbidité non négligeable. Un panneau explique l’absence de transparence des eaux issues des champs: ces dernières ne sont filtrées par aucune forêt qui pourrait retenir les fines particules.

Vous l’aurez deviné, l’accès amène directement au sommet des chutes, 55 mètres plus haut que la goulotte. La vue sur la vallée en contrebas est magnifique. Un sentier, équipé d’escaliers et d’une plateforme intermédiaire, permet de descendre jusqu’au bord du petit lac. Il semblerait bien que les Rainbow Falls de Kerikeri soient détrônées par la beauté de l’endroit. D’un seul gigantesque bon, l’eau se déverse le long d’une falaise basaltique, aux piliers curvilignes.

Breidal Vell Falls

Revenant sur mes pas, je reprends mon chemin jusqu’à Raglan, contourne par l’est le Mt Karioi et arrive enfin au village, quelque peu endormi. Il faut dire qu’en milieu d’automne les surfeurs ne s’y pressent pas. Je m’engage néanmoins sur la route côtière qui mène jusqu’aux divers spots. A Manu Bay, j’embarque un surfeur germanique que je dépose à son backpack près de Whale Bay, un spot moins prisé. Il faut dire que l’unique accès se fait en longeant la côte sur 600 mètres, cette dernière étant constituée de coulées de lave solidifiée, aux formes arrondies ; un chemin quelque peu fatiguant pour ces tranquilles surfeurs.

Whale Bay

Continuant en longeant la côte ouest, j’y découvrirai un coin magnifique, la gorge Te Toto. Cette dernière s’ouvre sur la mer en un demi-cercle à la prairie verdoyante, cernée de toute part par une falaise. Magique et paisible, je resterai un long moment à contempler les herbes ondulant sous le vent. Définitivement le meilleur moment de la journée, avec le plus beau panorama. Ne pouvant y rester éternellement, quoique j’y aurai bien passé la nuit, je passe à nouveau proche de Breidal Vell Falls, puis avance par monts et par vaux, tantôt au sommet de pâturages, tantôt au bord d’Aotea Harbour. Alors que le soleil se couche, je rejoins une route gravillonnée, quoiqu’il s’agisse plutôt de gros cailloux déposés sur un limon devenu boueux avec les pluies de ces derniers jours.

L'ouverture sur la mer Tasmane de la gorge Te Toto

De nuit, je rejoins les abords de Kawhia Harbour. Alors que les lumières de Whaiharakeke sont visibles à quelques kilomètres, je m’arrête peu après avoir traversé un pont. Un petite place, séparée de l’eau par quelques buissons me semble bien accueillante à la lumière de mes phares. Le temps de ranger mes affaires à l’intérieur, les pâtes cuisent gentiment, il ne me reste plus qu’à réchauffer mes légumes de hier pour avoir un excellent souper.  Un petit morceau de chocolat en dessert, et me voilà prêt à affronter la nuit, et les bruits des opossums qui gambadent à quelques mètres de mon lit.

Définitivement, l’intérieur d’Hibiscus est bien plus douillet que celui du campervan que j’avais pour Pâques. Aucune technologie, à l’arrière le coin cuisine, une étagère en contreplaqué dans laquelle est intégré un évier métallique muni d’un robinet à pompe. A droite, deux tablards pour ranger ustensiles de cuisine et  nourriture; toujours à droite, réserve d’eau et cuisinière, un simple brûleur monté sur une bombonne, ainsi qu’un bac thermostatique. De chaque côté du meuble deux espaces, l’un occupé avec tables et chaises de camping, l’autre par des sacs de nourriture. Le carré est monté entre le cockpit et le meuble. Sous les sièges se trouvent d’immenses rangements. J’apprendrai toutefois qu’il ne faut pas rouler trop vite, sous peine que de l’eau jaillisse du réservoir, l’embranchement du tuyau n’étant pas des plus étanches. Quand la table est démontée, le carré se transforme en immense tatami pour y dormir, et les coussins sont maintenus en position par un drap. Et enfin le must du cocooning, à ma disposition, 3 moelleux duvets pour me faire un nid douillet. Je n’en n’utiliserai toutefois que deux, il ne faut pas exagérer quand même.

Avant de sombrer dans les bras de Morphée, je sors une dernière fois du Van: une demi-lune éclaire le paysage, sous une voûte dont l’éclat et le nombre d’étoiles est impressionnant. Bien loin de la pollution lumineuse entachant le ciel européen. Je me réjouis de la côte Ouest du South Islands, encore plus esseulée.

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