J-5 : Wanganui – Te Horo Beach

16 05 2011

Te Horo Beach, 16 mai 2011, 18h20

D=835.2 km

Houlà! la journée s’annonce plutôt mal. Depuis un peu avant 5h00 le bruit de la pluie n’arrête pas de se faire entendre et le son est celui de grosses gouttes plutôt que celui d’une petite bruine. 6h30: je finis par me lever. Dehors l’obscurité commence tout juste à se retirer. A l’abri de la porte arrière, je prépare un double thé, mes tartines et retourne déguster le tout à l’intérieur. Toutefois, il paraîtrait qu’une bonne douche ne me ferait pas de mal. Prenant mon courage à demain, il fait quand même un peu frisquet sous la pluie, sans compter que l’eau de lavage n’est pas chaude non plus. Un peu rude les conditions mais c’est tellement bon que de se sentir propre.

7h00. Il pleut toujours. Il paraît que le point de vue depuis Atene Lookout sur Whanganui River est magnifique, mais je ne me mouillerai pas pour une marche de deux heures quand la limite nuageuse est encore descendue. Je poursuis mon chemin sur Whanganui River Road. Jusqu’à présent il s’agit de la route la plus étroite qu’il m’ait été donné de voir en Nouvelle-Zélande: il serait parfois même impossible de croiser juste un motocycliste. Son tracé suit toujours la rivière, méandre après méandre, parcourant la forme en V de la vallée, toujours refermée sur elle-même. La route commence à grimper, et, arrivée au sommet d’Aramoana Hill, d’où la vue est magnifique sur un coude du fleuve, quitte la vallée.

Méandre de Whanganui

Whanganui River, un méandre

Je retrouve le fleuve alors que je m’approche des faubourgs de Whanganui, la ville cette fois-ci. Vous qui me suivez depuis (peut être) le début, je pense que vous avez déjà remarqué que nombre de villes possède tout simplement le nom du fleuve à proximité duquel elles ont été construites. Je dois dire que Whanganui, ou plutôt Wanganui, comme elle est orthographiée sur le panneau indicateur à l’entrée de la cité, m’a laissé une impression bizarre. Rues tirées au cordeau, un certain nombre de vieux bâtiments du début du siècle, souvent décrépis, quelques entrepôts, véhicules parqués dans toutes les rues – encore plus que d’habitude –… un peu comme si après sa naissance dans les années 1840, elle avait grandi beaucoup trop rapidement. Historiquement, elle fut une plaque tournante de l’exportation du bois, acheminé par flottaison, puis un centre touristique, dont les seuls vestiges sont la Waimarie, le dernier vapeur a avoir circulé sur la rivière, jusqu’à son naufrage. Son épave fût renflouée dans les années 1995 et, après 6 ou 7 ans de travail bénévole, il navigue à nouveau, embarquant des touristes pour les amener jusqu’à Pipiriki. L’association qui le rénova tient un musée et s’est attelée à la réhabilitation d’un autre navire.

Waimarie

Aujourd’hui, Waimangu est connue pour ses souffleurs de verre, comme ceux de Chronicle Glass Studio que j’ai observés un petit moment. Leur galerie comporte des pièces splendides que j’aurai bien aimé ramener chez moi, malheureusement Crésus ne fait pas partie de mes ancêtres. Certaines personnes m’avaient dit que la ville était un peu triste. Une promenade d’une petite heure m’a permis de leur donner en partie raison. Les vieilles bâtisses construites en dur, ou encore cette rangée de maisons en bois, ou bien cette fontaine originale au milieu du rond-point donne un certain cachet à cette cité. S’il y a le fond, il manque vraiment le contenu, tant elle paraît vide.

Dernier détour avant de partir: je récupère les clefs de St Paul’s Memorial Church à l’office du tourisme, puis trotte jusqu’à Putiki, de l’autre côté du fleuve, où cette église est érigée. L’extérieur ne paie pas de mine, et ressemble à nombre d’autres monuments religieux. Par contre, une fois la porte passée, vous voilà propulsés en pleine culture maorie. Je vous avez parlé à Rotorua d’une église, St Faith’s Anglican Church. L’intérieur est similaire. Coloré dans les teintes rouge, blanche et noire, il arbore des tukutuku, panneaux muraux finement ciselés. Les pupitres, les extrémités des bancs, même le bénitier étalent des sculptures. Officiellement, il est interdit de prendre des photographies, mais je trouvais dommage de ne pas vous en faire profiter.

Putiki Church : vue d’ensemble

Voilà, je quitte Wanganui moins de 2 heures après y être arrivé, direction Palmerston North, distant d’un peu plus de 70 kilomètres. Imaginez les plaines au sud de Paris, rasez les champs de blés blondis par le soleil, plantez des pâturages verdoyants, ajoutez des barrières,  saupoudrez de milliers de blancs moutons, parsemez le tout de quelques fermes et bosquets, vous obtiendrez le paysage de cette région.

Palmerston North: pas grande chose à dire de cette cité, comme surgie de nulle part. Effectivement, elle n’est pas aussi ancienne que Wanganui, Auckland, Wellington ou encore d’autres lieux touristiques comme Pipiriki ou Waitomo. D’architecture pseudo-moderne, construite autour d’un immense square comportant mare aux canards, sculptures maories, tour à l’horloge, … mais rien n’y fait. Hub centrale de cette région agricole et diurne, elle a tenté de parsemer ses rues de sculptures et autres objets artistiques, mais elle manque toujours de personnalité. Seuls quelques bâtiments possèdent un certain cachet, comme la grandiose bibliothèque centrale, ayant gardé la façade de la Direct Imported Compagny.

Bibliothèque de Palmerston North

Pourquoi y être venu? pourriez-vous me poser comme question… et bien il faut dire qu’elle possède le New-Zealand Rugby Museum. Derrière ce grand nom se cache un petit musée. A l’origine, un palmerstonien, suivant la tournée des All Blacks de 1967, admira la chambre des trophées à Cardiff Arms Park et déplora le manque d’un équivalent en Nouvelle-Zélande. Encouragé par le New-Zealand Rugby Federation, il commença, avec l’aide d’un autre féru, à récupérer et accumuler d’anciens trophées, souvenirs et autres objets liés au rugby néo-zélandais depuis la tournée triomphale de l’équipe nationale en 1905. Aujourd’hui, le musée occupe une maison bien trop petite pour les nombreux objets, et, si l’envie de bien faire se ressent, l’argent manque. Il faut dire que depuis sa création, il est toujours tenu, maintenu et soutenu par une équipe de volontaires, comme nombre de musées locaux en Nouvelle-Zélande. Pour la Coupe du Monde de Rugby, il devrait déménager à Te Manawa, et se refaire une beauté. Espérons que ce sera le cas.

Le musée du Rugby à Palmerston North

Pour les petites histoires, le nom des All Blacks provient d’une erreur de compréhension d’un journaliste britannique en 1905. Alors que l’équipe néo-zélandaise avait écrasé les britanniques 50-à pas grand chose, le journal avait marqué le score en faveurs des anglais, titrant que les néo-zélandais étaient complètement dans le cirage, all black dans la langue de Shakespeare. Depuis, le surnom leur est resté. Sinon, le musée a été construit à Palmerston car il se trouvait que les tarifs immobiliers proches du centre n’étaient pas aussi élevés que dans d’autres villes, et que cette cité est aussi le lieu où habita pendant 50 ans CJ Monro, l’homme qui a introduit le rugby en Nouvelle-Zélande.

Te Manawa: il s’agit du complexe culturel de la ville qui regroupe aujourd’hui un musée d’art et un autre d’histoire. Je profiterai du premier qui expose des artistes néo-zélandais. J’ai particulièrement bien aimé les travaux, que ce soit peintures ou sculptures, de Paul & Fran Dibble. Bien que possédant près de 50’000 objets maoris, je préfère découvrir la culture maorie au Te Papa, le célèbre et moderne musée de Wellington.

Peu à peu je m’approche de Wellington, par la côte ouest de l’île du Sud. Cela fait un moment que je n’ai plus parlé de météo. Depuis que j’ai quitté Wanganui, il ne pleut plus; par contre un puissant vent d’ouest souffle depuis la Mer de Tasmanie. Il vaut mieux accrocher le volant à deux mains tant les rafales secouent brutalement le véhicule. Passant par Foxton, je suis intrigué par la silhouette qui ne m’est pas inconnue d’un moulin à vent. Que fait pareil monument ici? aurait-il été ramené depuis la Hollande ? Sa visite m’éclaira tant sur son histoire que sur celle des environs. Accueilli par un charmant couple de bénévole – encore –, ils me racontent son histoire, et me convient, moyennant un billet-donation pour soutenir leur association « De Molen Flour Mill » à grimper aux étages supérieurs. Ce moulin à vent, dont le dispositif mécanique provient de Hollande, n’est pas une aberration dans le paysage, puisque le premier de ce type fut construit à Wellington en 1843. Sa construction est plutôt d’un intérêt historique que pratique, bien qu’il soit couramment utilisé pour moudre de la farine. Aujourd’hui, le vent soufflait toutefois trop fort et les meules étaient immobilisées.

Le moulin de Foxton

A l’étage, je rencontre un autre volontaire avec qui je commence par discuter de la pluie et du beau temps, avant de parler de mon pays d’origine, de mon voyage, … et enfin des environs. Notamment le fait que Foxton fut une véritable ville, grouillante d’activité lorsqu’à l’époque, juste devant le moulin, se trouvait encore un immense port destiné au commerce du flax, ce chanvre néo-zélandais. Mais aujourd’hui, du port, il ne reste qu’un petit méandre, où le marnage se fait à peine sentir. Une barque ne pourrait même plus y naviguer et une zone de nidification pour espèce locale, et où les sternes arctiques viennent nicher lors de chaque migration, est apparue. Un projet est en cours pour réhabiliter le méandre et pouvoir y promener les touristes à la rencontre des volatiles. Au risque de détruire le biotope et la quiétude du lieu, je doute que ce soit la meilleure solution. Il me raconte aussi que les touristes ne s’arrêtent d’habitude pas à Foxton, ne connaissant pas cette ville, malgré les petits musées qu’elle recèle, dont un décerné au Flax et un autre aux Tramways. Tout en déplorant le manque de volonté des bénévoles qui les tiennent, fermant souvent bien avant l’heure par manque de visites. J’apprends aussi qu’à l’origine, les plans de Palmerston North, étaient destinés à Foxton. Toutefois, l’histoire ne s’est pas déroulée ainsi, et plongea Foxton dans l’oubli.

D’ailleurs, même moi je n’y serai pas passé si je n’avais pas eu besoin de rejoindre la SH1 afin d’aller jusqu’à Waitarere, dont la forêt a servi de lieu de tournage pour Osgiliath Wood et Trallshaw Forest dans Lord of the Rings. Toutefois, sur ces terres privées, mais où les braves gens peuvent se balader, je découvre une forêt de pin exploitée par l’homme plutôt que ce qui aurait pu être un décor de cinéma. Peut-être que plus au nord, quelque part sur ces plus de 2000 hectares, se trouve un lieu où les espèces végétales n’ont pas encore été supplantées par l’arbre européen. Pour me réconforter, petite virée jusqu’à la plage : le rivage est blanc d’écume, les vagues se brisent et se brisent encore, et ne cessent de déferler sous le puissant vent d’Ouest. Juste grandiose.

Comme je me trouve à l’intérieur d’un village, et de surcroît sur une route qui continue sur la plage, je ne peux pas rester ici pour cette nuit. Sur la carte, une petite route mène jusqu’à la côte, quelques kilomètres au sud d’Otaki et les ramifications sont moins nombreuses. Comme il n’est que 16h30, je pourrai y être pour le coucher de soleil, car oui, depuis un peu plus d’une heure, je baigne dans les rayons solaires. Un véritable bonheur. Pour descendre jusqu’à Te Horo Beach, je rejoins la SH1, que j’avais abandonnée à la sortie d’Auckland. Sur cette route à fort trafic, impossible de traînasser: à moins de 90km/h, les klaxons se font entendre. Il y a bien la solution de se mettre sur la bande d’urgence, pour laisser passer les gens pressés, mais alors, que de difficultés pour rentrer à nouveau dans la circulation. Question paysage, je roule au milieu d’une large plaine bordée à ma droite par la Mer Tasman, et à ma gauche par les monts de Tararua Range.

Finalement, j’arrive à Te Horo Beach un peu déçu, car l’endroit est quand même plus qu’habité avec une rangée de maisons en front de mer. Mais il se trouve qu’une place, à proximité de la plage où se trouve deux bâtiments combinant vestiaire et toilette, autorise jusqu’à 3 campervans à s’y installer pour la nuit. Je serai seul. Face à la mer qui déferle, se brise, s’écrase sur cette plage où le sable est recouvert de galets. Du vent ou de la mer, je ne sais quel bruit est plus important. Une chose est sûre: j’y reste. L’endroit est magnifique et le coucher de soleil grandiose.

Te Horo Beach

En apéro: avocats dégustés sur un tronc de bois flotté, à admirer les dernières lueurs. Il ne manque que le petit coup de blanc. Tomates en salade, cheddar, œufs, et timtam accompagné de thé Chaï, un véritable régal. Et demain, encore quelques kilomètres à parcourir, une petite balade et je serai à Wellington, à deux pas de South Island. Traversée prévue pour après-demain, tôt le matin. D’après le bénévole du moulin à vent, j’ai intérêt à avoir un estomac bien accroché, car la traversée du détroit de Cook, par pareil vent, qui ne va pas faiblir d’après la météo, est quelques peu mouvementée.

A la lueur de la pleine lune, l’ambiance est encore plus magique. Le blanc de l’écume tranche avec le noir de la plage. Embruns et mousses viennent maculer le pare-brise de mon campervan. Après une petite balade, au cours de laquelle je vois les vagues déferler jusqu’au sommet de la plage, une idée traverse mon esprit ; si par hasard, la marée monte encore pendant 2 ou 3 heures, l’eau salée ne risquerait-elle pas de venir baigner mes pneus, et surtout propulser les quelques troncs épars au sommet de la plage contre ma carrosserie ? Petit moment de doute, avant que je contrôle les horaires de marée. Elle devrait encore gagner 0.6 mètre, donc il n’y a pas de souci à se faire. Je vérifierai quand même de temps à autre par la fenêtre, si je ne dois pas trouver refuge ailleurs.

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J-4 : Whanganui River (II)

15 05 2011

Atene, 15 mai 2011, 19h30

D=612.4 km

Finalement, les fiers aventuriers, équipés de leur gilet de flottabilité, et ayant revêtus un poncho étanche par-dessus leur veste, embarquent à bord d’un jetboat équipé d’un moteur Hamilton, du nom de l’inventeur des propulsions à jet d’eau. Sitôt parti, filant à plus de 30 [km/h], il pleut presque à l’horizontal et les gouttes de pluies se transforment en autant de petits projectiles percutant le visage. Si le poncho est équipé d’un super capuchon à visière, il est toutefois presque impossible de regarder en avant plus de 10 secondes. Seul le pilote, équipé d’une paire de lunettes de soleil, guide la barque; tous les passagers profitent de regarder le paysage à bâbord ou à tribord. Bien entendu, toute photo est impossible.

Sur le jetboat, poncho bleu pour se protéger de la pluie

De part et d’autre, le fleuve Wanganui, arborant une couleur brun-kaki, est cerné par deux pans, véritables murailles de limon aggloméré, tantôt gris, tantôt brun, ceint par une couronne de forêt vierge. Parfois, mousses et fougères prennent possession des parois, leurs croissances triangulaires pointant vers le bas. Les cascades, nombreuses en raison de la pluie, déversent leur eau, rendue brunâtre par l’apport des limons. De temps à autre, l’herbe a pris possession d’une avancée moins abrupte, atténuant la verticalité du paysage.

Pendant la remontée jusqu’à Mangapurua Landing, grottes, affluents ou ravissantes cascades sont découverts au gré des arrêts. Tout au long de la route, le guide contera  l’histoire du fleuve. Tout débute lorsque Taranaki, après bagarre avec Tongariro, amoureux de la splendide Pihanga, quitta le centre du pays pour la mer, creusant un sillon dans la terre. Tongariro envoya de l’eau fraîche pour soigner l’entaille, et ainsi est née Wanganui River.

Une fois débarqués, nous rejoignons une petite hutte pour enlever ponchos et gilets, qui vont nous encombrer pendant la petite marche de 40 minutes jusqu’au pont. A ce stade de l’aventure, je songe que lors de la prochaine halte dans une ville digne de ce nom, il me faudra acheter un surpantalon étanche, ainsi que peut être une nouvelle veste de pluie. Bien que ne laissant pas passer le vent, ma fidèle Mammut orange a commencé à prendre l’eau aujourd’hui. Si je rencontre à nouveau un temps pareil sur la côte ouest, je serai content de posséder une étanchéité digne de ce nom. Bref, la compagnie se remet en route, marchant sur un chemin plus que boueux à travers la jungle. Rainforest en anglais: jamais elle n’aura si bien porté son nom « forêt de pluie ». Peu à peu, le sentier se transforme en barrage, puis devient à un certain moment une véritable rivière. Aucune autre solution, que de s’aventurer à travers les torrents d’eau, j’envie presque les deux courageux à pieds nus. Mes souliers, qui avaient jusqu’à présent vaillamment résisté, déclarent forfait et je sens des flots d’humidité pénétrer à travers.

Le sentier, devenu lit d'un torrent, menant au Bridge to Nowhere

Alors que la pluie s’est calmée, nous arrivons au pont. Moment étrange que de découvrir un pont de béton, enjambant un canyon, dont les ancrages jaillissent de part et d’autre de la forêt : aucune route n’y mène, ni n’en repart. Il est là. Tout simplement. Depuis bientôt trois quarts de siècle, bravant l’hostilité de la nature, il résiste. Entre temps, la pluie a redoublé de vigueur et nous tendons rapidement une bâche entre quatre arbres pour pouvoir avaler notre pique-nique à l’abri des intempéries.  Chocolat chaud, thé et biscuits amenés par le guide sont plus que bienvenus.

Bridge to Nowhere

Le soleil pointant enfin le bout de son nez à travers un coin de ciel bleu, le guide nous sort de notre abri pour raconter l’histoire de ce pont. Au retour de la 1ère guerre mondiale, nombre de soldats néo-zélandais n’ont pas de travail, de même que bon nombre de morceaux de terre ne sont pas encore exploités; le gouvernement décide alors de les donner à ceux qui veulent des propriétés dans la région de Wanganui River. Sur les nombreux soldats ayant fait le chemin jusqu’où se dresse aujourd’hui le pont, peu décident de choisir cette vie à la vue des terres pentues à défricher, des nombreuses gorges, de la difficulté à accéder – trois jours de montée depuis Pipiriki, ou une longue marche à travers la forêt depuis Maungaroa.

Ceux qui s’y établirent, vivant dans des tentes, commencèrent par bâtir une maison avant d’y amener femmes et enfants, puis les pâturages s’agrandirent pour le nombre toujours croissant de moutons. Mais la vie restait dure: il fallait tout amener à dos d’ânes depuis Mangapurua Landing. L’accès aux quelques fermes situées de l’autre côté de la gorge où coule le Mangapurua se faisait à l’aide d’un pont suspendu, dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui. Une route devant relier Taranaki à Turangi est mise à l’étude. Sa construction depuis l’est débute en même temps que le pont au-dessus du Mangapurua. Béton, outils, graviers,… tout est amené à dos de mulets. Le pont est achevé en 1936. Mais aucune route ne fut construite de l’autre côté, et le pont obtint son nom actuel, Bridge to Nowhere. Finalement, sur ordre des gouvernements, les exploitations agricoles furent fermées pour permettre la création de Whanganui National Park. En 1950 la forêt vierge a déjà bien repris ses droits et le pont est recouvert d’un tapis d’herbe. Actuellement, rien ne permet de dire que la jungle actuelle est simplement régénérée, après son complet défrichement dans les années 1940 et n’est plus l’originale. Actuellement le pont est entretenu pour des besoins touristiques, mais aussi en tant que monument dans l’histoire régionale. Je fus d’ailleurs surpris du bon état des matériaux pour un pont laissé à l’abandon pendant près de 30 ans.

Restes de l'ancien pont suspendu au Bridge to Nowhere

Sur le chemin du retour, les eaux de surfaces ne cessent de s’écouler et de s’accumuler sur le sentier, encore plus submergé que lors de la montée. Après avoir remis notre équipement, l’arrivée à l’embarquement fut une surprise: ce dernier est complètement submergé par la montée des eaux et Whanganui charrie un grand nombre de troncs et de branches. Une fois sur le jetboat, l’absence de pluie rend le trajet bien plus agréable et, la truffe en avant, nous profitons du vent-vitesse glissant sur notre visage. Cela me permet aussi de prendre quelques photographies, car j’étais quand même un peu contrarié lors de la montée. Le nombre de cascades et de chutes d’eau est encore plus important, sans compter de véritables jets d’eau qui se déversent dans le fleuve à travers des canaux naturels, percés dans les parois.

Nous profitions aussi de la joie du jetboat lorsque le pilote effectue embardée et virage à 360°.  Alors que arrivions à l’endroit où nous devions troquer notre bateau à jet d’eau contre un canoë canadien pour la suite de la descente, aucune embarcation n’est visible et nous reprenons notre chemin jusqu’à Pipiriki. Nous apprendrons qu’en raison de la montée subite du niveau de l’eau – 3 mètres entre 10h30 et 13h30 – accompagnée de remous et de bois flottés, la descente en canoë devenait imprudente pour des raisons de sécurité. Toutefois, la montée des eaux est loin d’atteindre le record maximal de 18 mètres en début du siècle passé. La nature limoneuse du sol le rendant presque parfaitement étanche doit expliquer ces crues soudaines, et, au dire du guide, fréquentes.

Whanganui River

Pour la petite histoire, le fleuve fut parmi les hits touristiques originaux de Nouvelle-Zélande et fut même qualifié de Rhin du pays Maoris. Nombre de vapeurs à aubes ont promené des touristes, bien avant que les jetboat les amènent se balader à plus grande vitesse. Un vapeur fut même converti en hôtel flottant, sur lequel de riches notables venaient passer une nuit, tout en naviguant sur le fleuve. Peu à peu, en même temps que le déclin économique du flottage du bois, les embarcations à vapeurs disparurent, ainsi que le tourisme de luxe, et furent remplacés depuis quelques décennies par des jetboats et des touristes moins fortunés. Fin de l’aparté historique.

Après avoir troqué mes habits humides contre d’agréables vêtements secs, je reprends la route, descendant Whanganui Road, longeant le fleuve du même nom. Comme la majorité des terres sont maories, il est recommandé de demander leur avis si l’ont veut photographier un bâtiment, ou encore descendre jusqu’à leur marae. A l’entrée de chaque village, le nom dans les deux langues est d’ailleurs affiché

Première halte sur ma descente, Hirharama (Jérusalem). Cette ancienne mission catholique française des Sœurs de la Compassion s’est installée en 1892 sur un promontoire dominant un méandre. Dès mon arrivée, la quiétude émane de ces lieux spirituels. Jouant le rôle de gîte et de retraite, il est possible de visiter le couvent. L’intérieur est lumineux, clair, la vue sur la rivière est magnifique, le silence est d’or, tout semble intemporel. Une douce chaleur surgissant d’un feu de cheminée réchauffe ma peau humide. Je passerai un moment à discuter avec une kiwie ayant passé les 6 dernières années de sa vie à voyager sur les 5 continents. En arrivant plus tard dans la journée, je pense que j’y aurai passé la nuit pour profiter de la tranquillité du lieu.

Les autres haltes seront plus à titres photographiques, notamment celle faite au moulin à farine de Koriniti, construit 1887 et restauré en 1980, puis classé monument historique. Un dernier arrêt à la marae de Koriniti où un panneau invite les gens à la visiter, si toutefois aucune cérémonie importante n’a lieu. N’ayant vu l’intérieur de marae que dans des musées (Auckland, Waitangi), je veux profiter de l’occasion pour en découvrir une vivante. A mon arrivée, la lumière éclaire un des bâtiments, et j’irai demander à un groupe de maoris assis à l’abri des intempéries la permission d’y entrer. La réponse sera positive à condition d’enlever mes chaussures. Etant surpris par la présence de nombreux lits en plus des chaises, je leur demanderai si l’intérieur est toujours aménagé ainsi. La réponse sera non: ce week-end est spécial car il fête le huitantième anniversaire de l’ancêtre de la tribu. Cette dernière me posant des questions en maori, la seule langue qu’elle connaît, une autre femme fait la traduction au fur et à mesure. L’impression donnée est particulièrement étrange.

Marae à Koriniti

Peu après Atene, je m’arrête au bord de la route avec une vue magnifique sur le coude de Whanganui River. Toutefois, un local s’arrête et me dit qu’il n’est pas vraiment sûr de rester à cet endroit et me conseille vivement de rejoindre une place de camping situé en amont d’Atene, avant de repartir depuis la direction d’où il est venu. J’avais vu cette dernière, mais elle n’était guerre accueillante. Ayant fini mon repas, devant cet étrange comportement, je déplacerai quand même mon van d’un kilomètre. J’avais remarqué une place aussi jolie de l’autre côté du coude. Première fois que je remarque un comportement aussi peu sympathique de la part d’un kiwi.

La descente de Whanganui Road jouit d’une magnifique vue sur le fleuve et les vallées environnantes, sur les pans desquelles foisonnent les genets irlandais. Cette espèce, véritable peste florale, au même titre que les opossums dans la catégorie faune, conquiert peu à peu tout le territoire néozélandais et sa prolifération semble inaltérable. J’ai de loin préféré la partie découverte ce matin, bien plus belle, et que je qualifierai même de grandiose par sa sauvagerie et son naturel.

P.S. Whanganui ou Wanganui, les deux orthographes sont tolérées, bien que la première soit officielle. Par contre, la prononciation correcte est vanganoui et non fanganoui.

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J-4 : Whanganui River (I)

15 05 2011

Pipiriki, 15 mai 2011, 9h30

Réveillé par les bêlements affectueux d’un troupeau de moutons gambadant joyeusement dans l’herbe, malgré les rafales qui secouent ma camionnette. J’attends le téléphone de Whanganui Rivers Adventures, l’opérateur qui devrait m’amener sur la rivière éponyme jusqu’au Bridge to Nowhere, le pont menant nulle part Après m’avoir annoncé un temps humide entre pluies et quelques éclaircies, il m’indique que je peux encore renoncer. Toutefois, comme cette météo est mienne depuis quelques jours, je ne vais pas abandonner : il s’agit peut être d’une unique occasion de parcourir ce fleuve.

Pour le petit déjeuner, je prépare quelques pancakes, selon la recette d’Antoine. A court de lait, l’eau mise à la place pour obtenir la bonne consistance les rendra légèrement moins savoureux. Mon seul regret: ne pas avoir trouvé de sirop d’érable hier dans la journée pour les accompagner. Je mets à cuire six œufs durs, en partie pour le repas de midi, coupe quelques morceaux de cheddar et emballe le tout avec deux tranches de pains et une banane pour le repas de midi.

Les pâturages bordant la route occupent des collines et des vallons aux formes plus torturées que ceux présents plus au Nord, soit à Waitomo, ou encore dans le Far North. Peu à peu, les prés cèdent la place aux cultures sylvestres de pins. De nouvelles plantations ornent les crêtes d’un côté de la vallée, alors qu’elles ont déjà atteints leur pleine maturité de l’autre. Puis, aux abords de Whanganui National Park, la forêt vierge remplace les résineux, les vallées se creusent, la route est découpée au couteau dans le paysage. D’un côté, des pans verticaux de limon aggloméré, sur lesquels poussent fougères et autres plantes, bordent la chaussée, alors que de l’autre, un abrupt terrain plonge tel un précipice jusqu’à la rivière en contrebas. Ce n’est qu’en arrivant à Pipiriki que le paysage se radoucit un peu; quelques pâturages réapparaissent.

Je trouve facilement l’office de l’opérateur. Comme je suis en avance, je profite de rédiger l’histoire de ce début de journée, et recharger la batterie de mon portable. Définitivement, l’informatique est un vrai fléau en ce qui concerne l’obligation électrique. Alors que j’écris ces lignes, dehors la pluie se déchaîne. Restons positifs: tout ce qui tombe maintenant ne tombera pas plus tard. Dans l’absolu, je ne suis pas fait de sucre.

Plantation de jeunes pins européens





J-3 – Taumarunui – Mangaeturoa

14 05 2011

Mangaeturoa, 14 mai 2011, 19h30 (GMT+12)

D= 571.6 km

La pluie fait des claquettes sur le toit, ainsi chantait Nougaro et ainsi fut le premier son entendu de la journée. Je bouquinerai le Lonely Planet en attendant que ces sombres tintements cessent. Petit déjeuner vers 7h30, puis je reprends la route en direction du Tongariro National Park. En chemin je m’arrête à Raurimu pour voir la spirale ferroviaire qui permet au Tranzscenic, le train qui relie Wellington à Auckland de s’élever de 220 mètres en quelques kilomètres pour rejoindre le plateau. Malgré la construction d’un mirador par l’Australian Automobile et d’un modèle explicatif impossible de distinguer les lacets dans la montagne.

Gravissant la longue côte à une vitesse de pointe d’environ 50 [km/h], j’arrive enfin au niveau du plateau. Par beau temps, j’aurai pu apercevoir dans le ciel bleu les silhouettes des trois volcans Tongariro, Ngautuhoe et Ruapheu. Aujourd’hui seul un ciel nuageux, d’un blanc étincelant, est visible au-dessus des landes. A National Park, je bifurque sur la SH48, aussi connue sous le nom de Desert Highway. Une route secondaire me mènera jusqu’à  Whakapapa Village, le véritable centre touristique du Tongariro National Park avec le bureau du DOC.

SH 48 : Desert Road

Historiquement, le Tongariro National Park fut créé suite aux dons des maoris des trois volcans à la couronne d’Angleterre. Ils avaient rapidement remarqué que c’était la meilleure solution de protéger ces sols tapù de l’avidité des européens. Dès 1887, le Parc National est créé, le quatrième au monde, dont les frontières ne cesseront de s’étendre.  Il fait partie actuellement d’un des trois World Heritage Sites que la Nouvelle-Zélande compte, au même titre que les Pyramides d’Egypte, la Grande barrière de Corail ou encore le Colisée de Rome. Aujourd’hui il est tout aussi connu pour avoir servi de lieu de tournage pour le Mordor et les Plaines de Gorgoroth de la trilogie Lord of the Rings par Peter Jackson.

La route menant à Whakapapa traçant une ligne presque droite, je n’ai pas l’impression d’avoir changé d’altitude, et pourtant, en 6 kilomètres, me voici plus de 300 mètres plus haut que Desert Road. Juste avant l’arrivée au village, sur la droite, se dresse Château Tongariro, un hôtel de luxe, établi lorsque le ski fit son apparition dans le pays.

Je rejoins le centre du DOC qui propose une excellente exposition permanente sur les volcans de la région, régulièrement actifs, ainsi que sur la faune et la flore alpines, si particulière au parc. Un excellent film/théâtre raconte la légende maorie qui a conduit à l’éveil des volcans. Alors que Ngatoro-i-rangi, chef reconnu plus pour ses capacités guerrières que de navigation, était à la recherche de terre pour sa tribu, il s’est perdu dans les montagnes. La pluie, qui avait commencé à tomber, se transforma bientôt en neige. Ngatoro-i-rangi pria alors les Dieux du feu. Te Pupu et Te Hoata lui vinrent en aide: jetant un coup d’œil à Whakaari (White Islands), ils explosèrent à Rotorua puis sortirent de terre à Tongariro pour réchauffer le chef.

Je monte en Campervan jusqu’à Iwakau Village, une station de ski en hiver. Je n’y verrai pas les falaises d’Emyn Muril, mais par contre les plaines désolées où poussent tant bien que mal herbes et arbustes au-dessus d’un lit de lave solidifiée ressemblant à s’y méprendre à celle menant au Mordor. Devant le brouillard qui ne cesse de monter et descendre, je finis par reculer et redescends à Whakapapa pour me dégourdir les jambes.

Hibiscus au Mordor

La balade menant à Taranaki Falls, parmi les 200 plus belles de Nouvelle-Zélande, emprunte un sentier dans les landes où herbes jaunies par l’automne combattent avec quelques arbrisseaux rachitiques ou encore des fleurs aux pétales minuscules. Un véritable paysage alpin; même les fougères géantes, palmiers, … ont disparu des forêts qui sont constituées d’arbres plus fins, aux troncs torturés par les rudes conditions météorologiques; la mousse a envahi les sous-bois où poussent encore quelques chétives fougères. De temps à autre, le chemin est remplacé par des caillebotis, permettant de traverser à pieds secs quelques zones marécageuses. Ah, les chutes d’eau de Taranaki: seulement 20 mètres de haut, mais une si parfaite harmonie. Jaillissant entre de sombres rochers couronnant la falaise nue, elles sont splendides, débarrassées de leurs fioritures végétales que leurs cousines du Nord arborent. Retour au village en suivant le cours de la rivière, dénommée aussi Whakapapa.

Taranaki Falls

Les volcans, ces grands timides, étant toujours cachés derrière leurs nuages, je décide d’aller au moins fouler leurs contreforts. Sur la route pour rejoindre Desert Highway, je m’arrête au niveau de Mounts Walk, le chemin des monticules, intrigué par le nom. Cette courte marche me mène au sommet d’un des nombreux monticules qui tapissent les abords de la Whakapapa road. Lors d’une violente éruption de Ruahpeu, le souffle dévala la pente, rasant tout sur son passage. Seuls quelques andains de matériaux résistèrent sur lesquels retombèrent les cendres, ainsi que celles des éruptions suivantes, créant ces monticules, visibles uniquement dans cette zone.

Quittant la SH48 pour une route de graviers, je rejoins le parc de Mangatepopo, une des extrémités du célèbre  Tongariro Alpine Crossing. Bien qu’il souffle un peu et que brouillard tenace et nuages soient accrochés aux flancs des volcans, je m’aventure sur le  tracé. 6 kilomètres me séparent de Soda Spring, la fin de la première partie du Tongariro Alpine Crossing, la partie la plus facile, aux tracés relativement plats. Les prévisions n’avaient pas tort: le vent du Nord-Ouest souffle, et pas qu’un peu. Alors que je gravis la montagne, la végétation rapetisse, laissant la place à un paysage plus lunaire. Bientôt, seules quelques touffes d’herbes jaunies s’accrochent encore sur la plaine recouverte de sables grossiers et de scories noires.

Alors que seul le vent soufflait, une violente averse s’abat. A peine le temps de mettre ma veste et ranger l’appareil photo que l’arrière de mon pantalon, exposé aux intempéries, est déjà trempé. Je croise un certain nombre de personnes qui descendent, certaines complètement frigorifiées. N’a-t-on pas idée d’aller se balader par des temps pareils en jupe ou en short, avec à peine une pèlerine pour se protéger du vent et de la pluie ? Même moi j’ai abandonné ce matin mes shorts pour une paire de pantalons. Je poursuis mon chemin, et je serai récompensé: alors que je contemple Soda Spring, une source cascadant sur une paroi, le brouillard se fait moins épais, et quelques éclats de soleil parviennent jusqu’à moi. Toutefois, aujourd’hui mon destin  n’était pas de voir Mount Doom, le nom qu’arbore le Ngautuhoe pour le film de Lord of the Rings.

Je rebrousse chemin. Arrivé au parking, je serai le dernier à quitter les lieux. Après une journée dans les landes, la route menant à Pipiriki est bordée de plats pâturages. A Raehti, je compte me ravitailler en carburant avant ma descente sur Whanganui. C’est la première fois de ma vie que je tombe sur une pompe à essence où le patron est en train d’afficher « No more standard carburant ». Il me faudra faire un détour aller-retour dans le village d’à côté, Ohakune, situé à une dizaine de kilomètres. De retour sur la bonne route, j’aperçois au loin la silhouette des collines arrondies de Whanganui. Alors que la nuit est en train de prendre possession des paysages, je décide de m’arrêter. Demain, je dois être à 10h00 à Pipiriki. Autant rouler de jour et profiter de ce paysage différent.

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J-2 : Whaiharakeke-Taumarunui

13 05 2011

Piriaka Lookout, Taumarunui, 13 mai 2011, 19h45 (GMT+12)

D=414.8 km

Les lueurs de l’aube me tirent de mon sommeil. Le temps de ranger mon lit, avaler un petit déjeuner et me voilà reparti, direction Waitomo. La route grimpe par monts et vaux. Laissant Kawhia Harbour dans mon sillage, je m’enfonce à l’intérieur des terres du Waikato, le nom de cette région. Premier arrêt à Mangapohue Arch: un chemin, composé en grande partie d’une galerie suspendue à flanc de rocher, mène à une arche perdue dans la jungle. Culminant à 17 mètres de haut, elle est le vestige d’une ancienne grotte écroulée, et arbore en ses flancs une petite arche et de magnifiques stalactites. Après avoir passé la petite arche, le sentier se poursuit dans une prairie boueuse et mène jusqu’à un rocher recouvert d’huîtres fossilisées de taille plus que conséquente. Je retournerai jusqu’au campervan sous un début d’averse qui se transformera en pluie battante.

Waitomo, dont le nom, forgé à partir des termes maoris Wai, l’eau, et trou, tomo, convient particulièrement bien à cette région karstique, possédant plus de 400 grottes, dont une descendant à plus de 1000 mètres. Ma découverte commence par Ruakuri Cavern: un sentier aménagé par le DOC grimpe à flanc de coteau, enjambe une arche naturelle, redescend dans une dépression; il possède une vue exceptionnelle sur la rivière Waitomo qui serpente en contrebas, tantôt calme, tantôt tumultueuse, au détour d’un lacet, ou encore traverse des tunnels creusés par la rivière. Mais le point d’orgue est sans doute la plateforme, construite dans Ruakuri Cave, qui offre une vue d’enfer sur la rivière s’engouffrant dans les profondeurs de la montagne.

Ruakuri Cavern : les flots de la rivière Waitomo à l'entrée de la grotte

Waitomo, aussi le nom du petit village, est surtout connu pour ses grottes, possédant soit des sécrétions extraordinaires, soit des colonies de glowworms. Les attractions touristiques sont diverses, entre le nombre de caves, et la façon de les explorer. Je ne choisirai pas l’option qui me permettra le plus de profiter des merveilles de la nature, en explorant à pieds secs les grottes. Mon cœur a penché vers le rafting souterrain: Waitomo Adventure affichant complet, et le prochain tour étant dans plus de 4h00, je me laisserai entraîner par la Legendary Blackwater Rafting Compangy, qui aurait popularisé, si ce n’est pas inventé le rafting spéléologique. Je choisis la découverte Labyrinth Tour, qui va m’amener, ainsi qu’un jeune couple hollandais, Ingrid et Alex, cascader et me laisser flotter sur une bouée, de type chambre à air de camion au gré des courants.

Première étape, après avoir revêtu la combinaison néoprène pour se protéger du froid, les bottes en caoutchoucs antidérapantes, ainsi qu’un casque et frontale étanche, une petite photo souvenir des joyeux aventuriers. Deuxième étape, Lucy, notre guide, amène notre petit groupe en bus jusqu’à Ruakuri Cave. Le nom de la grotte, signifiant littéralement Deux (Rua) chiens (Kuri), fait référence à une histoire maorie. Alors que le chef de la tribu Kawhia, Tane Tinorau menait ses guerriers au combat, ils passèrent devant une grotte d’où surgit une meute de chiens, qui furent tous tués. La caverne devient alors Tapu, lieu de cérémonie spirituelle. Après le choix de la taille de la bouée et les premiers essais, qui nous permettent de déguster la température de l’eau, 10°C, nous gagnons Ruakuri Cave, dont nous empruntons l’entrée secondaire, elle-aussi arrivée d’eau d’un bras de la rivière Waitomo. La principale entrée est destinée aux touristes secs.

 »]Dans la première salle: explication sommaire du parcours, des choses à faire et surtout à ne pas faire, puis nous partons. Première (pseudo-)chute d’eau, la théorie est simple, sauter en arrière, la bouée passée autour de l’arrière train, comme nous l’avions entraîné à l’air libre. Toutefois, aucuns de mes deux collègues ne semble motivé à partir en premier, tant mieux. L’impression est étrange, de sauter dans le noir, regardant le faisceau de la lampe torche balayer le plafond. Nous nous laissons flotter. Gonflé par les pluies de ces derniers jours, le courant est suffisamment fort pour nous entraîner sans que nous ayons à nous agiter. Un petit bout de chemin à pied nous mène devant l’entrée d’un boyau, où la directive est de tourner 2 fois à gauche, 1 à droite et une dernière fois à gauche, Lucy, nous récupérant à la sortie. A nouveau, je pars en premier. Plutôt surprenant que de s’aventurer dans une grotte, mais j’aime plutôt bien m’aventurer, regarder les merveilles souterraines, les divers embranchements qui pourraient nous amener à nous perdre, ou encore la vue à travers une ouverture sur une salle en contrebas. Mes 40 mètres de tunnel sont bien trop courts, j’en aurai bien avalé dix de plus. La partie pédestre est terminée, une deuxième et dernière chute d’eau à passer de la même manière, mais cette fois de taille un peu moins modeste (1.5m). A la sortie de la goulotte, une corde à laquelle il ne faut pas manque de s’accrocher pour ne pas être entraîné plus loin sans le guide. Premier de cordée, je me lance: que du bonheur! Malheureusement nous n’avons droit qu’à un seul essai.

 »]La partie spectacle peut commencer: en formation d’anguille, les uns accrochés aux autres, nous glissons sur l’eau calme, la tête en arrière, les yeux rivés sur le plafond où scintillent des centaines de glowworms. J’en avais déjà vu à Whangarei, mais ici la population est bien plus nombreuse. Nous pourrions tout aussi bien flotter dans l’espace les yeux rivés sur la voie lactée. Nous glissons en contrebas d’une passerelle où quelques visiteurs de Ruakuri nous regardent passer. Mais la fin du tour approche, la lumière diurne éclaire le bout du tunnel, après 1h00 d’aventure souterraine. Presque la fin de l’aventure, une dernière portion à l’air libre, puis nous sortons de l’eau.

Retour au village où nous profitons d’une excellente douche, même un peu trop chaude à mon goût, d’une petite soupe de tomate et d’un excellent bagel grillé et beurré. Je ne regrette absolument pas l’attraction, et je reviendrais volontiers pour d’une part visiter les trois grottes en touriste plus standard, et surtout d’autre part pour faire The Lost World, un parcours entraînant l’aventurier pendant 5h00 dans l’obscurité, à travers rappels, dont un de 100 mètres, session de grimpes et de rampes, nages et glissades, dans ces rapides noirs.

Je reprends la route direction le Tongariro National Park. Un coup de fil met toutefois fin à mes espoirs. Les nuages ne disparaîtront pas et un véritable volcan va souffler sur ces sommets avec un vent soufflant à 60 [km/h], accompagné de rafales à plus de 100[km/h] jusqu’à la fin du ouikènne. N’étant plus contraint par le temps, mes arrêts se font plus fréquents pour profiter du paysage, magnifique, bien que devenu un peu monotone à la longue. La route serpente toujours tantôt sur le fond plat,  tantôt sur les crêtes arrondies de ces monts et vaux recouverts de pâturages d’un vert mi-acidulé, mi-électrique où s’élèvent bosquets et arbres esseulés.

Mon arrêt à Te Kuiti, capitale néo-zélandaise de la tonte de mouton, pour observer l’imposante sculpture de 7.5 tonnes, représentant Le Tondeur de Mouton, j’apprends quelques hauts faits de cette industrie. Pour assurer la production de 213’000 tonnes de laine, soit 25% de la production mondiale, 48.1 millions de moutons sont répartis sur 8.3 millions d’hectare dans 7945 fermes. Depuis 1969, les tondeurs de moutons se livrent une course effrénée sur une journée de 9h00. Les technologies étant, le record de moutons tondus est passé de 500 en janvier 1969 à 804 en 1980. Depuis 1981, toutefois, ce nombre tombe à 623 en 1981, après l’introduction d’un quota de 900 grammes de laine par agneaux et 3 kilogrammes par moutons, pour prétendre au record Ewe. Ce nombre remontera à 702 en 1994. Lors d’une tentative, le sportif voit son cœur battre 133 fois par minutes, ses poumons aspirer 1.65 litre d’oxygène par minute et consommer près de 5167 kilocalories . L ‘un dans l’autre, ces chiffres sont comparables à enchaîner plusieurs marathons d’affilée.

Le Tondeur de Mouton, de Te Kuiti

Un deuxième arrêt à Taumaranui me permet de découvrir cette cité, surnommée le Cœur du King Country. Ce district est ainsi nommé, car King Tawhio, un roi maori, posa son chapeau sur une carte de la Nouvelle-Zélande et déclara que tout ce qui était recouvert par son couvre-chef était sien. Cette région resta effectivement hors des mains européennes juqu’en 1883. Aujourd’hui, une sculpture représentant un chapeau recouvrant un roc célèbre ce haut fait. Je m’arrêterai pour passer la nuit quelques kilomètres au sud. Après un petit tour de 15 kilomètres parmi les pâturages pour trouver une jolie place, je reviens  à Piriaka Lookout, dont la vue sur la rivière Ongarue en contrebas est magnifique aux dernières lueurs des crépuscules. Son seul défaut: être située à côté de la SH4, une route principale. Au souper, garam masala d’agneau avec kumaras sautés. Excellent. Pomme et chocolat en dessert.

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