J41 – Weta Cave, et retour vers le nord

21 06 2011

Pahiatua, mardi 21 juin 2011, 19h00

Trajet : Wellington – Pahiatua

D = 6078.1 km

Ce soir, j’ai dormi au même emplacement que la nuit dernière, au bout de Miramar. La vue nocturne sur Wellington, Mount Victoria et ses habitations est tout simplement magnifique. Après m’être restauré, je rejoins Weta Cave. Un nom qui sans doute ne vous rappelle rien. Si j’ajoute maintenant les titres suivant : Lord of the Rings, King Kong, Distric 9, Avatar, Chronicle of Narnia, la liaison avec l’industrie cinématographique est évidente. Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux peu connu sur la scène internationale, jusqu’à ce que Peter Jackson décide de travailler avec eux pour sa célèbre trilogie. Le binôme Peter-Weta n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà travailé sur le splendide et anticonformiste Braindead.

Suite aux divers films, les fans étaient désireux de découvrir l’envers des studios, notamment ceux des effets spéciaux. Toutefois, ces derniers devaient rester fermés pour des soucis de confidentialité relative aux futures productions. Les fondateurs de Weta Workshop ont alors eu l’idée de créer une officine ouverte au public, Weta Cave, la grotte de Weta, une véritable caverne d’ali-baba où pièces de collection appartenant au petit musée et objets disponibles à la vente se mêlent. L’accueil est chaleureux, vif. A la simple réponse qu’il s’agit de votre première visite, vous êtes propulsé dans le théâtre. Une pièce recouverte de tentures noires, sur lesquelles sont accrochées les diverses armures, casques et autres armes ayant été produits dans le cadre du Seigneur des anneaux. Le film projeté est intéressant au plus au point. Le générique de début est composé de divers séquences de films pour lesquelles l’atelier a travaillé. Je dois reconnaître que seuls deux extraits m’étaient inconnus. Après une brève introduction sur les raisons de la caverne, les différents corps de métier regroupés au sein de l’atelier sont présentés, ainsi que les méthodes mise en œuvre : sculpture, ferronnerie, moulage, peinture, soudage…. ou les matériaux utilisés : bronze, plasticine, latex, fer, acier… toute les matières pouvant se tordre, se sculpter, se marteler, se déformer … sont utilisées. Finalement, les employés actuels sont passés rapidement en revue. Leur présentation est loin d’être celle d’un entretien d’embauche, et chacun y va de sa petite grimace ou autre farce.

A la sortie, vous êtes libre de déambuler dans le musée, qui se résume à une pièce de très petite taille. L’un des angles est occupé par un rocher sur lequel sont présentées les nombreuses statuettes sculptées après le Seigneur des anneaux. Grandiose, tous les personnages principaux sont représentés, j’aime particulièrement le Balrog, Sauron lorsqu’il est sur le point de se faire trancher son doigt portant l’anneau, le buste de Saruman. Le reste des murs est occupé par des boîtes vitrées, empilées les unes sur les autres. Chacune contient des objets spécifiques à leur film les plus connus. Il reste alors à visiter l’échoppe, recouvrant deux fois la superficie de la précédente pièce. Il ne s’agit pas d’une boutique comme celle que l’on retrouve dans un musée. Si de nombreux livres aux prix raisonnables sont présentés, les objets intéressants sont des répliques de ceux utilisés durant la production des films ou encore des sculptures ou représentations des personnages et lieux principaux. Ces derniers, bien qu’ils soient à vendre, font en quelque sorte partie de l’exposition, les prix étant à la hauteur des heures de travail nécessaire à leur réalisation. Il est aussi possible d’y observer Lürz, le premier Huruk-kaï, mesurant près de 2,0 mètres comme l’acteur qui le campa, ou encore l’armure de Sauron et celles portées par les hommes d’armes du Gondor durant le troisième âge. Du merchandising à la portée d’une bourse normale est aussi disponible. Il ne faut toutefois pas s’attendre à du bon marché, car la qualité des pièces est comparable à celle des effets spéciaux. Je craque pour le porte-clef Weta et aussi pour la représentation épineuse et magnétique du casque de Sauron

Si vous passez par Wellington, et que vous appréciez le cinéma, je pense que le détour est tout aussi important que celui de Te Papa. Certains m’objecteront que Weta Workshop n’a travaillé que sur des films de science fiction ou de fantasy. En partie, il est vrai, mais parmi leur grand succès, il y a aussi eu The Legend of Zorro, Kingdom of Heaven, Master and Commander et que l’un de leurs plus sérieux projets est actuellement rien de moins que l’adaptation cinématographique des Aventures de Tintin qui devrait sortir sur les écrans cette année. Le nom de l’atelier Weta, ainsi que leur logo, une sorte de cafard, provient de l’insecte éponyme, endémique à la Nouvelle-Zélande. Les fondateurs du studio ont choisi ce nom, car représenter les insectes était une de leur passion.

Le reste de la matinée ne s’éloignera pas du thème récurrent du Seigneur des Anneaux. Je me lancerai à nouveau sur l’itinéraire des lieux de tournage, qui essaime autour de la capitale. Il pourrait paraître bizarre de choisir Mount Victoria, un bois situé sur une colline en pleine ville, comme décors pour la Comptée lorsque les Hobbits la fuient. Et pourtant, le lieu y est si tranquille, aucune rumeur urbaine ne remonte, les arbres cachent la vie citadine. J’y découvrirai le célèbre rocher, en aval de la route, sous lequel se sont cachés Frodon, Sam, Pippin et Merry lorsque les cavaliers noirs étaient à leur poursuite. Pour les besoins du film, un énorme arbre aux racines enchevêtrées fut déposé par dessus afin que le sombre monde souterrain, emplis de vers de terre, araignées, … surplombe les petits hommes. Avant de quitter Wellington, je passe devant Embassy Theater, où fut présenté en première mondiale The Return of the King, pour admirer la sculpture du Weta Tripodex, un tripode surmonté d’une menaçante caméra.

Remontant Hutt Valley,  je ne m’arrêterai pas devant la carrière qui fût utilisée pour Helm’s Deep et Minas Tirith, toute trace du tournage ayant disparu. A Totara, les jardins d’Harcourt Park sont visités régulièrement par les étudiants en géologie. Le jardin est créé à l’emplacement de l’ancien lit de Hutt River. L’élévation du sol suite à un tremblement de terre, les eaux du fleuve furent déviée. Aujourd’hui, à l’emplacement de la faille, Wellington Fault,  un grand talus partage le parc en une partie supérieure et inférieure. Au niveau du fleuve, il est possible d’observer des graviers disposés verticalement, alors que partout ailleurs la strate présente un alignement horizontal. Lors du tournage de Lord of the Rings, Harcourt Park fut le décor d’Isengard Garden. On y voit Gandalf et Saruman discuter de la redécouverte de l’anneau, ou encore le magicien gris à cheval traverser le jardin le long d’une allée. Aujourd’hui, seuls les arbres sont présents, l’allée, construite pour les besoins, fut enlevée après, lors de la post-production. Un dernier arrêt m’amènera à Rivendell, dans le Kaitoke Regional Park, où Frodon se remettra de la destruction de l’anneau. Pour y accéder une petite route serpente dans un petit vallon où serpente une rivière, entre deux forêts denses, une représentation parfaite du pays des elfes.

La suite de la journée s’avère bien moins palpitante, après avoir abandonné mon fil conducteur je m’élance à nouveau sur la Highway SH2. Cette dernière traverse  Tararua Range, recouverte d’une végétation où les genêts aux jaunes fleurs et les manuka prédominent. Arrivé de l’autre côté, je retrouve le paysage si courant de l’île du Nord : des pâturages à perte de vue, des collines aux courbures arrondies, des bosquets disséminés, des clôtures rectilignes, des moutons et des vaches. Un panorama bien monotone après le dynamisme topologique du sud. Je quitte l’itinéraire principal pour un petit détour par Martinborough. Au milieu d’une immense pleine, je découvre un petit village dont les maisons victoriennes sont construites autour du square central. Bien que je sois de retour dans une région viticole, je ne rencontrerai de petit vignoble qu’à l’approche des caves que je compte visiter. Un rapide passage à l’office du tourisme m’a appris que les celliers présentent des horaires réduits, quand ils ne sont pas complètement fermés. Je trouverai porte close pour tous mes choix, sauf à la cave d’Ata Rangi, la plus veille de la région. Bien que la région soit réputée, je ne serai pas complètement convaincu par les deux vins dégustés :

  • ·       Chardonnay (2009) : arôme de pêche, palais citronné. L’aspect minéral me plaît bien.
  • ·       Pinot noir (2009), issu de vignes de plus de 20 ans. Prune au nez, l’attaque tannique est fondue avec le chêne et les fruits rouges. Un peu court.

Après cette petite halte, je roule, les kilomètres défilent, tout comme les prairies, et les rares villages que je traverse. La seule variante, la grandeur des localités, et la largeur de la plaine entre les deux rangées de collines. Alors que je m’arrête, j’ai déjà parcouru 6000 kilomètres depuis Auckland. Je doute terminer la boucle avec moins de 7000, comme je l’avais supposé au départ. Demain, la route sera longue, les 200 kilomètres au sud de Napier sont composés de pâturages, sans grande attraction culturelle. Un long chemin, jusqu’à la cité art-déco.

Tout en vous racontant ma journée, j’ai dégusté l’une des meilleures bières de mon séjour kiwi. Craftsman de la brasserie Renaissance Brewery Company est une Chocolate Oatmeals Stout. Son goût surpasse de loin celui de la Double Chocolate de Young’s. Sa formulation à base de malts houblonnés, dopés avec des fèves de cacaos torréfiées permet de dégager un arôme de chocolat noir particulièrement puissant. Un véritable dessert qui accompagne parfaitement de petits shortbreads.

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J40 – Wellington et Te Papa

20 06 2011

Easy Key Laundry, Wellington, lundi 20 juin 2011, 19h00

Finalement, durant toute la traversée j’ai veillé, hypnotisé par le phare au feu blanc scintillant marquant l’entrée du Port de Wellington. Rien de plus magnifique qu’une approche dans la nuit, alors que les lumières de la ville inonde la rade, que l’éclat régulier des lampadaires marque les quais en front de mer. Lorsque j’avais emprunté le ferry pour rejoindre South Islands, j’avais remarqué un campervan tranquillement arrêté au bout d’un petit cap, où se trouve l’un des feux de navigations. Longeant la côte, je finis par laisser les lumières de la ville derrière moi, alors que je roule le long du promontoire de Miramar et finis par arriver à son extrémité, où un clignotement régulier marque le temps. C’est ici que je me reposerai pour le reste de la nuit.

A mon lever vers 8h00, après avoir dormi un peu moins que 6 heures, le temps semble s’être amélioré. Le soleil est loin de briller dans un ciel dégagé, mais il ne pleut déjà plus à verse. Alors que je prépare eggs & bacons, une légère bruine viendra maculer mes vitrines de fines traces allongées. Avant de me rendre à l’office du tourisme pour récupérer quelques informations, un petit détour par la piscine me permet de préparer mon retour à la civilisation. Mis à part mon arrêt à Nelson (50’000 habitants), la dernière ville que j’avais rencontrée était Dunedin (110’000 habitants), quelques semaines en arrière. Le menu « découverte » de la journée sera principalement centré sur Te Papa, ce magnifique musée retraçant l’histoire de la Nouvelle-Zélande, de sa formation géologique aux revendications maories actuelles.

A l’ouverture des portes, je pénètre pour la deuxième fois dans le bâtiment. Au lieu de reprendre ma visite où j’en étais resté la dernière fois, je monte jusqu’au dernier étage et descendrai dans le temps en même temps que les escaliers. Au 6ème, l’exposition temporaire est une rétrospective de l’œuvre artistique en terre-cuite (jarres, plats, …) néo-zélandaises. Quelques belles pièces sont présentes, mais la poterie me laisse définitivement de marbre. A l’étage inférieur, depuis son déménagement dans le nouvel immeuble, Te Papa s’est enrichi d’une collection artistique diverse allant de tableaux et gravures européens datant de la découverte d’Aotearoa par Cook au XVe siècle, jusqu’aux photographies et autres œuvres contemporaines d’artistes néo-zélandais, en passant par l’art tribal maori. Cette dernière partie sera de loin la plus intéressante avec des pendentifs en pounamu, des meres en néphrite ou encore nombre d’objets en bois sculptés. Pour rappel, jusqu’à l’arrivée des européens, les maoris ne connaissaient pas les métaux, et art et artisanat étaient centré sur le pounamu, le bois et l’ivoire (de baleine).

Dès mon arrivée au 4ème étage, il devient plus difficile de vous raconter la richesse du musée. Te Papa, un nom qui lui sied à merveille. En maori, son vrai nom Te Papa Tongarewa, peut être traduit par la boîte à trésor. Je l’utiliserai plutôt au pluriel, la boîte aux trésors, tant le nombre de sujets abordés est important : de la géologie à l’histoire naturelle, de l’art à l’artisanat, d’un monde vierge à l’introduction d’animaux considérés aujourd’hui comme pestiférés… Et les trésors ne sont rien d’autres que les objets présentés et les informations partagées. Les descriptifs ne sont ni trop longs – cela serait rébarbatif à lire, – ni trop courts – sinon bonjour l’avarice -, les pièces sont mises en valeurs comme il m’a rarement été donné de les voir. Pour ceux qui ont eu la chance de visiter le musée Hervé à Louvain-la-Neuve, la muséologie est du même niveau. Et à l’instar de ce dernier, le bâtiment fut dessiné pour ses besoins. Une véritable merveille. Je vous passerai les détails, il faut en faire véritablement l’expérience. S’il m’avait fallu une bonne heure pour arriver à bout des deux précédents étages, n’occupant pas toute la surface du bâtiment, il me faudra un peu plus de deux heures trente pour explorer l’intégrité du quatrième. Parmi mes meilleurs souvenirs :

  • L’exposition consacrée au Pounamu, présentant de nombreuses meres, dont trois possédant une histoire particulièrement importante, une vitrine remplies de Hei-Kete, pendentifs représentant l’ancêtre des humains, finement ciselés, parfois possédant des incrustations de nacre ou de corail ou encore quelques haches au tranchant affuté. Deux vidéos de facture remarquable montraient un maori ciselant un bijou, ou utilisant l’un des outils en pounamu pour sculpter du bois – particulièrement efficace.
  • Les vitrines présentant hameçons, crochets et autres leurres utilisés par les maoris. La majorité est composite, avec une pointe en os, rattachée à un corps en bois. A l’arrivée des européens, les pointes métalliques ont peu à peu remplacé l’ivoire, plus fragile, mais les maoris ont conservé leur ligature à base de fibres de flax et de noix-de-coco, rejetant le chanvre européen ou le coton, qui se désagrégeaient trop rapidement.
  • Golden Day, plus un film théâtral qu’une véritable exposition. Assis sur de vieux fauteuils ou d’antiques  fauteuils, le spectateur est placé face à une devanture remplie de jouets et d’équipements sportifs pour enfants. Alors que le film en arrière-fond retrace le XXème siècle néo-zélandais, les objets s’animent, entrent en mouvement… Tous les sujets sont abordés, des plus heureux comme les années soixante, le début insouciant du surf, l’arrivée de la pilule, aux plus durs tels que les deux guerres, la crise économique, en passant par la politique anti-nucléaire suite à l’attentat du Rainbow Warrior. Le tout abordé avec humour, comme le refus de laisser un navire de l’armée américaine à propulsion nucléaire, croiser dans les eaux nationales, ou violence, comme durant la deuxième guerre mondiale. Je crois bien qu’il s’agisse DU film  à ne pas rater si vous passez par Wellington.
iStay, Wellington, 20h00

En début d’après-midi, une petite coupure m’amène à prendre l’air à Wellington. Sur le quai, une petite bruine, un véritable crachin breton, m’accueille. Déambulant dans les rues, je rejoins le quartier du parlement où quelques bâtiments valent le détour. Le Beehive (ruche), devenu un véritable emblème architectural de la cité, avant la construction du Te Papa n’a pas besoin d’une description, tant sa silhouette est en adéquation avec son nom. Style aimé ou détesté, personnellement j’ai des doutes sur l’esthétisme sur l’ensemble qu’il constitue avec l’ancien bâtiment, austère avec sa façade grise. De l’autre côté de la rue, l’ancien bâtiment gouvernemental élève sa silhouette crème. Au vue des ornementations, des pierres taillées aux angles apparents, aucun doute sur son matériau, de la véritable pierre. Dans la réalité, il s’agit d’une des plus grandes constructions en bois. J’ai été tester pour vous. Rassurez-vous, pas de manière destructive, simplement en toquant contre le mur : il s’agit bien de bois.

Poussant plus loin mon exploration, je profite de visiter Old St Paul’s. Construite en 1866 sur l’ancien emplacement d’un Pa maori, son architecte le Révérend Frederick Thatcher, adapte le style néo-gothique, utilisé en Angleterre à la même époque pour les bâtiments officiels, aux matériaux et conditions locaux. Il en résulte, sous un extérieur fraîchement repeint, un magnifique intérieur gothique, avec arches brisées et toutes les fioritures, une véritable merveille. Si, au début, les vitraux n’étaient que des verres peints, au fur et à mesure des années, de véritables œuvres d’arts les ont remplacés. Jugée trop petite, le clergé décide de la démolir pour ériger une cathédrale de plus grande dimension. Il s’ensuivra une des batailles les plus acharnées pour la sauvegarde d’un bâtiment. Sauvée, classée monument historique puis restaurée, elle fut à nouveau ouverte au public en 1970. Il est bon de savoir que cette petite cathédrale fut sauvée, quand on observe la nouvelle. Pour la petite histoire, alors que des artisans, peut-être francs-maçons, sculptaient dans les chapiteaux de nos églises des visages grimaçants, un charpentier a ciselé une face dans l’extrémité d’une poutre surplombant le transept.

Sur le chemin me ramenant à Te Papa, je passe devant le célèbre funiculaire rouge, le Wellington Cable Car. Je me laissera guider par mon envie, et la rame m’amènera jusque sur les hauteurs de Wellington. Toutefois, à l’inverse des funiculaires lisboètes, la vue sur la ville en contrebas n’est pas aussi charmante. Au lieu de redescendre par le même moyen, je décide d’emprunter les allées descendant à travers le jardin botanique. Passant à côté de l’observatoire Crater, dont la position d’une des astrolabes est le point connu avec la plus grande précision en Nouvelle-Zélande, je rejoins le jardin des cactées, avant de m’engager sur l’allée des Camélias. Remontant jusqu’au sommet de Druid Hill, j’y découvre une magnifique sculpture, Listening et Viewing Device. Son créateur a voulu que le spectateur joue avec. Il est possible de la pousser, provoquant un doux grincement, ou encore de la frapper afin de la faire résonner comme un gong. Le son m’a toutefois déçu, je m’attendais à une sonorité plus importante. Avant de rejoindre la cité, j’arrive à nouveau dans un cimetière, que l’on dirait abandonné à voir l’état des pierres tombales. Il faut dire qu’il s’agit du premier cimetière de la ville, et que les enterrés ne possèdent plus forcément de descendants. D’ailleurs, lors de la construction de l’autoroute, le tracé de cette dernière fut dessiné en passant à travers le cimetière, le ceignant en deux. Si un certain nombre de tombes furent relocalisées, les corps dont les pierres tombales étaient devenue illisibles furent simplement enlevés, et un mémorial érigé.

De retour sur les quais, je rejoins à nouveau le Te Papa. Il me reste les deux étages que j’avais déjà partiellement découverts lors de mon premier passage. L’artistique et le politique ayant été préalablement abordé, l’aspect scientifique forme la colonne vertébrale de cette partie. Ce fut un régal de revoir le fonctionnement d’un volcan, ou encore d’en apprendre plus sur le climat régissant les différentes régions du pays, notamment celui entre la côte ouest et est de South Island, séparée par les Southern Alps. Le petit film « ma place » est une perle rare : j’y découvre divers habitants, immigrés, résidents ou citoyens néo-zélandais dévoilant la place où ils se sentent chez eux en Nouvelle-Zélande, et pourquoi il s’agit de cette endroit particulier. Au travers de mes diverses visites, je dois cumuler environ 8 heures de découvertes dans ce musée, et j’ai l’impression de ne pas l’avoir véritablement visité, d’avoir simplement effleuré la couche supérieure de l’édifice. Si un jour je devais revenir à Wellington, je reviendrai sans nul doute m’y balader.

Le premier moment fort de cette après-midi est l’exposition temporaire à propos de l’identité maorie, que ce soit au niveau culturel, avec son art, sa langue, ou encore aux niveaux historique et politique, avec les terres confisquées lors des guerres nationales, ou des achats peu officiels des terrains par les colons, ou encore la lecture du Traité de Waitangi, et son interprétation en fonction du document rédigé en anglais ou en maori. Le deuxième moment fort est  l’immense carte nationale dessinée sur des catelles lumineuses se reflétant sur les parois noires. J’ai retracé mon chemin parcouru, mettant un pied devant l’autre; cela fait un bout de trajet, ou comme l’appelle Antoine Sigg « une belle tranche de voyage… »

Je ressors alors que la nuit est déjà tombée. Traintrain urbain oblige, je me mets en quête d’une buanderie pour faire ma lessive. Avant de me retrouver dans un cybercafé pour poster quelques nouvelles, avant de rejoindre Hibiscus, manger une morceau et rejoindre mon lit chaud – dans la réalité, il doit être plutôt humide –.

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J39 – Nelson et retour à Wellington

19 06 2011

Ferry, Cook’s Straight, dimanche 19 juin 2011, 18h30

Trajet : Nelson – Picton – Wellington

D = 5799.0 km

Alors que hier soir les contours de la lune se laissaient deviner à travers les nuages, il s’est remis à pleuvoir le reste de la nuit. Ce matin, seule une petite bruine tenace continue à tomber. Comme l’idée de préparer eggs and bacons par ce temps humide et venteux ne me plaît guère, je me contente d’une grosse tasse de lait accompagnée de quelques petites tartines beurrées, confiturées et miellées. Bien qu’il soit déjà neuf heures, je profite de la quiétude de ce dimanche matin pour déambuler dans cette ville désertée par ses habitants. Malgré les nombreuses échoppes fermées, le calme environnant, l’absence de voiture sur les innombrables places de stationnement, son ambiance ne ressemble pas à celle que j’avais trouvée dans ces villes côtières telles Hokitika ou Raglan, mortes une fois les touristes envolés. Elle se rapproche plutôt d’une cité endormie que bientôt les habitants envahiront d’une activité bourdonnante.

Arrivé à Christ Church Cathedral, occupée par la messe dominicale, je redescends la butte en direction de South Street. Je découvre dans cette rue en cul-de-sac deux alignées de cottages construit entre 1863 et 1867. Aucune construction plus récente ne vient gâcher le cachet de cette venelle, la plus veille de Nouvelle-Zélande, conservée dans son état original. Un peu plus bas, j’admire l’échoppe de Jens Hansen, un orfèvre mondialement reconnu, et surtout connu pour être l’artisan de l’Anneau Unique. Pour la petite histoire, afin que ce dernier soit à la bonne taille pour les différents doigts auxquels il fut passé durant le film, plus de 40 ont été forgés. Parmi ses œuvres exposées en vitrine, pendentifs, bracelets d’or ou d’argent finement ciselés, j’apprécie grandement les deux boucles d’oreilles en forme de feuille aux nombreuses nervures.

Lorsque je pénètre dans le musée Nelson Provincial Museum, la ville est toujours déserte. Me serais-je trompé sur son état, serait-elle décédée dans son sommeil? Si je m’attendais à  un aménagement et des objets de plus grande qualité en raison de l’importance de la ville, par rapport à d’autres musées locaux, j’ai découvert une perle rare de muséologie : les pièces sont mises en valeurs élégamment, les textes explicatifs sont concis et intéressants, l’exposition est dynamique. Un vrai plaisir à visiter. L’histoire régionale est racontée au travers de fossiles, racontant l’émergence de l’île, d’anciennes haches polies en pounamu retraçant la colonisation maorie, l’apport des métaux avec l’arrivée des européens. D’autres spécificités locales sont abordées, comme le travail de la terre cuite, avec la richesse argileuse du sous-sol nelsonien : d’abord pour la fabrication de briques, puis à partir du XXe dans la poterie et les arts décoratifs. Ou la faune avec un papillon endémique à Dun Mountain et les célèbres sternes arctiques, migrant de l’Alaska en Nouvelle-Zélande et vice-versa. Ou encore, la sombre histoire de meurtres et de brigandages par un gang de quatre étrangers à la fin du XIXe siècle. A l’étage, l’exposition temporaire retrace l’œuvre photographique de Bush, un kiwi qui immortalisa les glorieux et moins glorieux instants des All Blacks des années 1970 jusqu’à nos jours.

En fin de matinée, la ville est devenue une ruche bourdonnante : les magasins ont ouvert leur porte, les rues sont remplies de voitures vrombissantes, couples et familles se baladent sur les larges trottoirs. L’atmosphère y est détendue. Si le soleil ne brille pas encore, seul un sol humide rappelle qu’il pleuvait encore il y a deux heures. Avant de quitter le centre, un petit détour me ramène près de Christ Church Cathedral. Son histoire m’attire comme un ours par du miel. Si sa construction a débuté en 1925, elle ne fut achevée que 47 ans après la pose de la première pierre. Après de nombreux retards, un débat vit le jour dans les années 1950, afin de savoir si sa construction devait être achevée selon son dessin originel, de type art-déco. Les arguments pour l’ayant emporté, elle fut consacrée en 1972. Aujourd’hui sa silhouette particulière orne la colline dominant Trafalgar Street. Un clocher carré, élancé, percé de nombreuses ouvertures domine un corps trapus, possédant la couleur grise du marbre locale. L’ensemble ne me semble guère harmonieux et seules les arcades néo-gothiques  intérieures et les gargouilles extérieures sont réellement intéressantes.

Avant de quitter la ville, un dernier détour m’amène à la réserve botanique, étendant son royaume sur Botanical Hill. Au pied de la colline, un terrain de football. Détrempé par la pluie de ces derniers jours, il ne présente guère d’intérêt. Il fut toutefois une époque où le site arborait des goals de rugby. Le 14 mai 1870 se joua le premier match officiel de rugby de Nouvelle-Zélande, opposant le Nelson Rugby Club au Nelson College, qui perdit 2-0. De là, un sentier, passant au pied d’un Kauri planté en 1951, gravit la colline pour arriver, à son sommet, au Centre de la Nouvelle-Zélande. Titre particulièrement envié, mais sur quoi est-il fondé? simple calcul de distance, pondération élégante distance-densité du terrain, à moins que l’élévation du sol ne soit prise en compte ? La réponse est tout autre, le choix fut plus empirique. Bien que Nelson soit construit autour de Pikimai, la colline où est érigée la cathédrale, le sommet de Botanical Hill devint le point de référence géodésique pour le district de Nelson. Or Nelson étant le district central parmi les 12 autres de Nouvelle-Zélande, il découla que ce point devint le Centre de la Nouvelle-Zélande. Durant l’ascension, je trouvais aussi que la coïncidence entre un véritable centre géographique, savamment calculé, et un point placé exactement au sommet d’une colline d’où la vue porte sur Tasman Bay et le district de Nelson était bien trop grande.

Hier, lors de mon arrivée à Nelson, j’avais observé une longue langue de terre, Boulder Bank, provenant du Nord, protégeant la rade Nelson Havent de Tasman Bay. Au musée, j’ai appris qu’une ouverture, dénommée simplement The Cut, avait été pratiquée dans ce banc en 1906 afin de permettre un accès facilité au port par marée haute pour les bâtiments de forts tonnages et permettre le trafic maritime de bateaux plus petits à toute heure. Il est temps maintenant d’aller observer cette formation géologique, unique en Nouvelle-Zélande. Longue de 13.5 kilomètres cette barrières est constituée par les pierres anguleuses issus des falaises granitiques de MacKay’s Bluff. Peu à peu poussés par les courants marins et les vagues de la mer de Tasmanie, les cailloux s’arrondissent, deviennent des boules – boulders –. Leur taille va en s’amoindrissant à mesure que l’on rejoint l’extrémité du banc. Ce processus, toujours actif de nos jours, implique de drainer régulièrement le canal maritime. Comme pour toute chose en Nouvelle-Zélande, au pendant scientifique, il existe la légende maorie. Cette dernière veut que Kereopa, poursuivi par Kupe, après avoir enlevé sa fille avec Pani, invoqua les dieux pour qu’ils élèvent une barrière entre les deux, cette dernière poussa depuis Horoirangi (MacKay’s Bluff), et les sépara, permettant à Kereopa de rejoindre la terre et de s’enfuir.

Après avoir arpenté quelques centaines de mètres le banc, j’effectue un dernier arrêt à Glenduan, où un sentier montant à travers les pâturages permet de prendre de la hauteur pour observer Boulder Bank. Tout au long de cette balade, les abondantes précipitations de ces derniers jours sont visibles : un ruisseau nécessite des habitudes de creek crossing pour le traverser, de l’autre côté le sol, imbibé d’eau, est rendu moelleux, presque boueux; un étrange bruit de succion émane des prairies, à mesure que l’eau est aspirée par l’humus, l’eau ruisselle encore le long du sentier. A la fin de la ballade, mes souliers seront recouverts d’une pellicule beige, alors que des éclaboussures maculent mes mollets. La colline se situe à proximité de MacKay’s Bluff, la vue sur le Boulder Bank s’étend dans la prolongation de la côte est magnifique, tout comme le panorama sur Tasman Bay et la silhouette de l’Abel Tasman National Park se découpe sur l’horizon ouest. Au nord, le soleil éclaire même la mer à travers une éclaircie.

De retour à Hibiscus vers 14h00, il est temps que j’avance un petit peu, si je veux profiter de jeter un dernier regard sur les Marlborough Sounds, avant d’embarquer ce soir à Picton sur un ferry à destination de Wellington. Mon retour ne sera pas aussi enchanteur qu’à mon arrivée la première fois, lorsque j’avais été impressionné par ces grandes forêts plongeant jusqu’au bord de l’eau. Alors qu’il y a un mois, je ne trouvais pas étrange l’alignement des pins, aujourd’hui je trouve dommage que ce soit des forêts artificielles qui recouvrent la région. Quelques kilomètres avant d’arriver à Pelorus, la route, qui serpentait à flanc de montagne descend dans la plaine de Rai Valley. Plus qu’ailleurs les conséquences de la pluie sont visibles, Pelorus River est sortie de son lit, envahissant les champs. Les barrières délimitant les pâturages disparaissent dans des étangs nouvellement créés, vaches et moutons se réfugient sur les prairies surélevées.

Arrivé à Havelock, capitale mondiale de la moule verte (Greenshell mussel), l’arrêt gastronomique est obligatoire. D’ailleurs le Lonely Planet considère qu’un arrêt à The Wakamarinian Cafe est nécessaire pour déguster leur excellente pie – feuilleté – ou se consoler avec l’une des nombreuses pâtisseries, confectionnées par Beth et Laurie, le couple de tenanciers. Par chance, il leur reste une dernière Mussel Pie. Pendant qu’un passage au four la réchauffe, je me décide pour raspberry-white-chocolate shortcake comme dessert. Le feuilleté est succulent, sans aucun doute le meilleur que j’aie mangé en Nouvelle-Zélande, croustillant à l’extérieur, alors que la farce à base de moule est tout simplement excellente et respire la mer. Je ne parlerai même pas du dessert, une véritable délicatesse. Une fois goûté, la célèbre phrase de Beth prend tout son sens : « If you don’t love the raspberry-white-chocolate shortcake, there must be something wrong with you » (Si vous n’aimez pas le gâteau raspberry chocolat blanc, alors il y a quelques choses qui cloche chez vous).

Avant d’emprunter les 30 kilomètres de Queen Charlotte Drive, je me balade un peu dans ce village, dont l’école a éduqué Ernst Rutherford, l’un des pères de la physique nucléaire au même titre qu’Einstein. Derrière l’hôtel, je découvre une assemblée d’une centaine de chasseurs et habitants, admirant le produit de leur chasse : 68 sangliers sauvages, abattus entre samedi et dimanche midi. Un nombre important compte tenu de la météo difficile du weekend. Après discussions avec l’une des chasseurs, j’apprends qu’il s’agit d’une compétition, avec semble-t-il un joli lot pour le vainqueur, celui ayant tiré le plus lourd. Ayant appris que je regagnais Picton par Queen Charlotte Drive, elle me met en garde contre la détérioration rapide de la route durant ces derniers jours. Je comprendrai le sens de ses propos lorsque roulant je découvrirai des portions entières de route – une vingtaine de mètre de long –, dont l’une des voie s’est affaissée d’un mètre, comme croquée par un gigantesque requin, ou au contraire recouverte par la terre et les arbres suites à un glissement de terrain. Un véritable slalom pour automobile.

Si la route est trois fois plus courte que l’itinéraire standard passant par Blenheim, il faut compter le même temps pour effectuer le trajet sur un itinéraire qui se tortille, par monts et par vaux, épousant la forme sinueuse de Queen Charlotte Sounds. La forêt ayant retrouvé son caractère sauvage, la vue est scénique. Au bout d’un promontoire j’apprécierai la dernière ébauche d’un coucher de soleil sur South Island. Au travers d’une éclaircie, les nuages teintés de rose par le crépuscule naissant se reflètent sur les eaux calmes du sound. L’arrêt se prolonge! que de regrets de déjà quitter cette île si merveilleuse, emplie d’innombrables balades à effectuer, de nombreux treks à parcourir, de régions à découvrir plus profondément. Dans mon esprit germe déjà l’unique solution d’y revenir un jour. Je parcours les derniers kilomètres me séparant de Picton alors que l’obscurité s’est saisie des vallées.

L’embarquement sur le MV Straitsman n’ayant lieu qu’à 21h00, j’ai le temps de passer au supermarché pour acheter quelques bières brassées sur South Island à déguster dans la suite de mon périple, me mitonner une bonne platelée de pâtes chaudes, rédiger mes mémoires, apprécier une dernière Tu au Flying Haggis. Avant l’embarquement, un contrôleur de sécurité passe de voiture en voiture afin de contrôler l’état de nos chaussures. En effet, afin d’éviter la propagation de la Dydimo, une algue envahissante et nocive pour les rivières, ayant déjà colonisé un certain nombre de cours d’eau, il est nécessaire de bien laver ses souliers à l’eau savonneuse. Cette habitude faisait partie de mes mœurs : après chaque ballade où mes souliers étaient en contact avec de l’eau, je nettoyais les semelles avec de l’eau additionnée de savon – un contact de 30 secondes avec de l’eau chargée en détergeant permet d’enlever toute trace de dydimo –. A Whakapapa Village, j’avais récupéré l’une des bouteilles à spray gratuitement mise à disposition par le DOC afin de responsabiliser les touristes. L’agent sera d’ailleurs surpris de l’état de mes souliers, et restera bouche-bée devant la présence de la bouteille, reconnaissable à son étiquette jaune. Me félicitant, car il ne voit que trop rarement des backpackers se soucier de ce problème majeur.

Depuis sa sortie de Queen Charlotte Sound, il y a une petite heure, le bateau ne cesse de rouler dans les vagues du détroit de Cook. Ce mouvement, ajouté au doux ronronnement des moteurs, ne cesse de me bercer, peut être finirai-je par m’endormir avant de débarquer à Wellington d’ici une autre heure.

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J7 – Détroit de Cook

18 05 2011

Marfells Beach, sud de Blenheim, 18 mai 2011, 20h00

D=1101.1 km

Voiture parquée, je suis monté au pont passager, que pour mieux redescendre dix minutes plus tard tirer le frein à main, remis à l’ordre, avec 2 autres conducteurs par le capitaine.  Je sors sur le pont humer le vent du large et admirer Wellington Harbour qui disparaît derrière nous. Windy Welli, cette fois-ci elle mérite bien son nom, le vent qui souffle les nuages vers l’est, rafraîchit l’atmosphère et j’enfilerai rapidement mon pantalon coupe-vent.

Alors que le navire n’est pas encore sorti de la rade, les vagues commencent à le faire rouler d’un bord sur l’autre. Roy avait raison: la traversée sera rude. Le détroit de Cook ne faillit pas à sa réputation. Etant plutôt résistant au mal de mer, je suis même plutôt content que cela bouge un peu, histoire de casser la monotonie de ces trois heures. Les autres passagers sont déjà vaincus par le réfrigérant biset, et je reste seul sur le pont avant, à admirer les lames déferler, ou encore éclater en gerbes à la proue du San Marina et recouvrir d’écume tout le pont. Deux membres d’équipage viennent me chercher et me convient à rentrer à l’intérieur car il leur a été ordonné de fermer l’accès au pont en raison des embruns. D’ailleurs, alors que nous battons en retraite le long du bastingage, à peine un des marins ayant fermé la porte qu’une vague vient se briser dessus. Nous sommes au premier rang pour la voir se vaporiser en une magnifique gerbe. A 10 secondes près, nous prenions un bon bain de mer. Une fois à l’intérieur, l’un des matelots me signale au cook d’une simple phrase : « c’est lui qui bravait les éléments ».

Alors que le ferry ne cesse de tanguer, rouler,  les chocs, les secousses secouent tout le navire. Tel passager, comme à moitié ivre, n’arrive plus à marcher et manque de tomber. Tel autre ne supporte plus le petit déjeuner qu’il vient d’avaler et tente de courir jusqu’aux toilettes. Untel verdit à vue d’œil et préfère s’étendre sur une banquette. Pour ma part, soit je profite du spectacle interne ou externe à traverse le hublot, soit je profite de planifier mon trajet une fois arrivé à terre. Une fois arrivé de l’autre côté du détroit, à l’abri des grandes lames parcourant le centre, et s’élevant jusqu’à 4-5 mètres, l’accès à l’extérieur est à nouveau autorisé. Je n’en demandais pas moins pour regagner ma place sur le pont avant.

Grandiose: ce terme en lui-même permet de qualifier l’apparition de South Island : la côte déchiquetée de Marlborough Sound, avec quelques montagnes enneigées en arrière plan. La destination du ferry, Picton, est situés presque au fond de Queen Charlotte Sound. Le ferry y accède par le sud d’Arapawa Island, par Tory Channel. A l’approche de l’entrée du chenal, la mer se lève un peu entre les deux têtes, mais derrière la barre, les eaux calmes d’un sound se font apercevoir.

Effectivement, dès l’instant où nous avons pénétré dans les terres, le vent se calme, la surface est ridée par une petite brise. Et le paysage! de chaque côté, des flancs boisés descendent en pente douce jusqu’à l’eau, les berges sont parsemées de criques. Je ne pense qu’à prendre un voilier pour y naviguer. J’adore ce paysage de fjords adoucis, ce sentiment de quiétude. Bref, je m’y poserai bien pour quelques jours tranquilles. D’ailleurs, nombre de petites maisons construites au bord de l’eau, sans accès autre que maritime sont construites au fond des criques. Parfois, caché derrière un petit îlot surgit un pêcheur, un voilier ou encore une ferme ostréicultrice. Et dire que sur la rive nord de Queen Charlotte Sound, dans cette forêt circule un magnifique sentier, classé dans les 7 grandes marches de la Nouvelle-Zélande. Juste à regarder le paysage, j’ai l’envie d’y aller. J’adore! et dire que je n’ai pas encore touché terre. Qu’est-ce que ce sera dans quelques semaines. Dégoûté ou définitivement conquis.

Une fois débarqué, je monte jusqu’au point de vue donnant sur le port pour voir mon ferry San Marina, dont les affiches touristiques de l’Île de la Beauté, du temps où il opérait dans une compagnie corse, ornent encore ses couloirs. Puis, je prends la route, direction Blenheim. Bien entendu, pas la route directe, mais celle qui passe de l’autre côté de Roberston Range. Les 27 kilomètres sur la SH1 seront plus que doublés sur cet itinéraire, dont la route n’a rien à envier à certains de nos tracés alpins.

Après avoir parcouru la dizaine de kilomètres nécessaire pour s’éloigner de Picton et Waikawa, je me retrouve presque en pleine nature. La route monte, redescend, serpente à flanc de coteau. Tout change entre les douces courbes de North Island et le relief plus montagneux, plus escarpé, du Sud. Le soleil ne cesse de briller, les températures sont plus fraîches, les fougères géantes ont repris des proportions européennes, la végétation présente moins cette fulgurance que dans les jungles nordiques. Même les routes sont moins bien entretenues, avec des arbres tombés au milieu, des nids de poule plus grands, ou des routes bien plus étroites.

Au fond de chaque crique, un petit pâturage, avec une ou deux maisons, quelques bateaux à l’ancre, une dizaine de moutons, une rivière qui s’écoule, une plage de galets ou de sable. De véritables coins de paradis. Après avoir observé des kiwis ramasser les algues amenées par la marée, ainsi qu’une ancienne bassine destinée à fondre la graisse des baleines,  j’arrive à Robin Hood Bay, où un simple camping du DOC est installé. 13h00. Il est bien trop tôt pour s’arrêter, pour monter un camp; toutefois je profiterai de manger une morce, seul au monde. Je quitte ces premières contrées montagneuses par un dernier virage en épingle à cheveux qui me dévoile des vignes aux reflets mordorés. Pincement de cœur: je suis effectivement au Marlborough, première région viticole de Nouvelle-Zélande, connue notamment pour ses sauvignons blancs.

La route menant à Blenheim est cernée à partir de Tuamarina par des vignobles. Ces derniers poussent dans l’immense plaine de Wairau River. Orientées Nord-Sud, les lignes peuvent ainsi se gorger de soleil, du levant jusqu’au couchant, amenant toutes les grappes à une même maturité pour faciliter la récolte mécanique. J’apprendrai plus tard que seuls 10% sont actuellement vendangés à la main, les raisins pour les vins de qualité supérieure et les quelques zones plantées soit dans des terrains plus pentus, soit dont l’orientation n’est pas Nord-Sud.

Une fois à Blenheim, je profite de remplir ma bonbonne de GPL, histoire de ne pas tomber en rade alors que je prépare mon repas du soir. Toutefois, le pompiste refuse de la remplir devant l’aspect rouillé du fond du réservoir. Je me rends donc chez Marlborough Cylinder Testing pour en acheter une nouvelle, aux frais d’Escape après avoir obtenu leur accord. Du moment que j’y suis, je demande à l’inspecteur chez quel propriétaire-encaveur je dois déguster un produit local.

Je me rends donc chez Brandcott Estate, situé à Riversland, dont la cave a des allures d’église romane. Conduisant, je me résigne à déguster trois vins. Le premier sera un sauvignon blanc, un peu trop sucré. Le second sera un sauvignon gris pétillant, dont le gaz est infusé, qui ne m’a franchement pas convaincu. Enfin le troisième est un Pinot Noir, récolté dans le centre de l’Otago en 2008, qui présente une robe claire, avec un caractère très doux rappelant un peu la myrtille et la prune. Bien que je sois descendu dans le sud pour le caractère sauvage de l’Île, je ne peux me résigner à ne pas accomplir un petit tour dans les vignobles. A ma grande déception, tous les parchets de vignes sont clôturés comme d’immenses champs, et il est impossible de s’y balader. De plus, étant tous plantés dans la plaine, il est difficile de trouver une éminence pour embrasser l’ensemble du territoire.

La meilleure solution est d’aller chez le dernier venu, Highfield, dont la cave rappelant l’idée que je me fais des maisons toscanes est surmontée d’une tourelle. Ouverte au public, elle permet de jouir du panorama. D’ailleurs, la dégustatrice, sûre d’elle, n’hésite pas à me dire qu’il s’agit du meilleur point de vue sur le vignoble, quand je repartirai pour finir ma boucle viticole. Et elle avait raison. Avant de partir, je succomberai à la tentation de goûter un de leur vin. Ayant profité de leur amabilité, il n’aurait pas été poli de partir sans déguster. Un seul verre, et ce sera leur sauvignon blanc, haut de gamme, dénommé Lone Gum, du nom de la parcelle où sont vendangées les grappes comportant un arbre de cette espèce proche de l’eucalyptus. Une robe presque transparente, un nez subtile, et un peu sec en bouche. Il s’allierait parfaitement avec un poisson délicatement préparé.

Ah! le sud et son relief accidenté, je n’avais pas pensé que j’allais perdre autant de jours que ça. Il est à peine 17h30, que le soleil est déjà couché. J’avais prévu d’aller dormir proche de Big Lagoon; une route de graviers se terminant en cul de sac y mène. Je serai quelque peu désappointé quand je me rendrai compte, une fois sur place, que l’accès de cette propriété privée est fermé par une grille cadenassée, un peu comme au Cape North. Bref, je reprends la route, et décide d’aller jusqu’au camping du DOC Marfells Beach, 30 kilomètres plus au sud.

A l’écoute de la rumeur de l’océan, je me cuisine de bonnes petites pâtes tomates-thon-oignons, dont le thon, sans ma vigilance, aurait terminé dans le ventre d’un chat féral absolument pas intimidé par ma présence, ni mes bruitages. Toutefois, à peine mouillé par quelques gouttes d’eau projetées à l’aide d’une bouteille, il déguerpira sans demander son reste.

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J-7 : Wellington

17 05 2011

Embarcadère Bluebird, Wellington, 18 mai 2011, 7h09
Alors qu’il faisait beau jusqu’à tard hier soir, ce matin la pluie est de retour. J’ai regagné mon véhicule sous une belle averse. Une fois le linge propre rangé, je me dirige vers l’embarcadère situé à 200 mètres.
Après avoir récupéré mes deux tickets, celui du van et le mien, je m’installe tranquillement dans la file d’attente.
Alors que le jour commence à pointer, seules quelques gouttes continuent à tomber, remplacées par le vent qui se lève. Espérons que cette éclaircie soit la bonne. Un dernier regard sur la météo indique que les prévisions sur les deux côtes n’ont pas changé. Après un petit tour à Picton, je descendrai sur Bluff par Kaikoura, Christchurch, Akaroa, Dunedin, les Caitlins. Si jusqu’à Blenheim la route est jolie, d’après d’autres routards, le paysage est relativement plat dans les 200 kms autours de Christchurch.
En route, il est temps que j’embarque.





J-6 – Wellington

16 05 2011

iPlay, Wellington, 17 mai 2011, 18h42 (GMT+12)
Il paraît que le surnom de Wellington est Windy Welly l; pour ma part je trouve que le vent y souffle bien peu avec le volcan que j’ai essuyé hier et aujourd’hui sur les routes et les plages.
Effectivement, j’ai trouvé des habits imperméables et après avoir flâné quelque peu dans les rues, dont la célèbre Cuba Street où l’on trouve tout ce que l’on a besoin, et déambulé sur les quais du front de mer, je suis entré à Te Papa, que j’ai visité pendant une bonne heure et demie. Un véritable régal pour les yeux, un brillant exemple de muséologie. Un de mes endroits préférés; sans nul doute la partie géologie et celle décernée au poulpe géant, dont c’est le seul exemplaire entier, au monde, visible au public sont extraordinaires.
Retour à la civilisation! Un petit détour par un cybercafé est obligé pour poster quelques billets. L’aventure commence ici, le 12 mai 2011, et la suite continue les jours suivants.
Demain, je m’apprête à traverser le détroit de Cook, avant de descendre par la côte Est. Le vent d’Ouest a amené trop de nuages sur cette côte pour que les précipitations soient plus qu’abondantes et j’ai déjà suffisamment pris l’eau ces derniers temps.





J-6 : Te Horo Beach – Wellington

16 05 2011

Downtown backpacker, Wellington, mardi 17 mai 2011, 13h30

D= 922.0 km

Et voilà, je suis à Wellington, porte de départ pour la magnifique, fantastique, splendide South Island. D’accord, j’en fais un peu trop! Revenons en tout début de journée. Quel doux plaisir d’avoir été bercé par le grondement des vagues, les feulements des vents, ainsi que les doux mouvements de mon van, oscillants dans les rafales. 6h30: alors que l’aube pointe à peine, je me réveille en pleine forme. Le temps que l’eau bout pour le thé, je range l’intérieur de mon gîte. Puis petit-déjeuner face à la mer toujours en furie.

Furie aqueuse à l'assaut des plages

Je rencontre à nouveau la même dame que hier soir, une kiwie mariée à un français qui promène son chien au lever et au coucher du soleil, tous les jours. Elle m’affirme qu’elle ne quitterait Te Horo Beach qu’à contre-cœur, ce que je conçois tout à fait. Moteur! de retour sur la SH1, une soixantaine de kilomètre me séparent encore de Wellington. Je ne les parcourrai pas d’une traite, avec un premier petit arrêt à Waikanae. Le livre que Jonathan m’a donné, intitulé 202 Great Walks in New Zealand, est une petite merveille. M’ayant déjà entraîné à Mangapohue Arch et Ruakuri Cave, il m’amène aujourd’hui à flâner le long de la rivière Waikanae. Un retraité près du boat club m’indique le chemin et me propose de me parquer à proximité, comme cela il pourra garder un œil sur la voiture pendant qu’il poursuit la construction d’une rampe amenant jusqu’au perron du bâtiment.

Après avoir traversé le cours d’eau, je descends en direction de son embouchure. La surface est agitée, le courant naturel luttant contre la marée montante, poussée par le vent. Il semblerait bien qu’en période de vives eaux, comme actuellement, le marnage conjugué aux airs tempétueux, la marée submerge partiellement le chemin.  Grimpant sur le talus, il est toutefois possible de descendre jusqu’à l’estuaire, et admirer les brisants. A mesure que l’on s’approche de la plage, l’air devient chargé d’embruns et de sable. Si le premier est agréable, le deuxième l’est beaucoup moins. Je remonte ensuite le long de la berge, quelques kilomètres en amont de la première passerelle.

Estuaire de Waikanae

La rivière a retrouvé son air calme et s’écoule avec quelques petits rapides. La balade est pittoresque avec des chevaux pâturant tranquillement dans les prés, des gués pour cavaliers, l’ombre naturelle de ces feuillus déplumés par l’automne et ces arbustes fleuris. Toutefois, elle ne possède pas le charme plus sauvage de la première partie. De retour au boat club, Roy, le retraité, m’invite à partager un thé et discuter du temps, de la Nouvelle Zélande, de mon voyage, … je devrai même sortir une carte pour lui montrer mon périple de Pâques et par où je suis descendu jusqu’à présent. Bien entendu, lorsque je remonte, si l’envie me prend de m’arrêter à proximité de Waikanae, je n’ai qu’à m’installer près du boat club, lui téléphoner et il me donnera la clef pour les commodités. Peu après il me libère, car j’aurai bien besoin de ces six semaines si je continue à m’arrêter aussi souvent.

Un nouvel arrêt deux villages plus loin pour découvrir Queen Elizabeth II Park, où un chemin gravillonné en forme de huit sillonne dans les dunes. Vue sur la plage, ou plutôt sur ce qui en reste, car la mer Tasmane en a presque pris possession dans son intégrité, ou sur les montagnes à l’intérieur des terres; tout est troublé par la présence d’embruns dans les airs. Un brouillard salin s’élève à proximité de la côte, pâlissant les horizons.

Queen Elizabeth II Park : vue en direction de Wellington

SH1, de nouveau la SH1, aucune autre alternative pour gagner Wellington. Je passerai à pleine vitesse à côté des collines, décors des champs Fellanor. Puis soudain, la route, pour une fois une véritable autoroute digne de nos contrées, se ressert, perd une voie, puis celle d’arrêt d’urgence dans les deux sens. Il faut dire qu’entre le front de mer et la montagne, il y a tout juste la place pour la ligne ferroviaire et une route bidirectionnelle. De temps à autres, lorsqu’une vague plus forte que les précédentes arrive, elle éclate contre l’accotement et les embruns sont propagés sur la route.

Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je suis dans Wellington. Le temps de trouver un parking pour la nuit. Je descends au Downtown Backpack, effectue ma petite lessive. 15h00. Il est temps de partir à la découverte de la ville. Peut être irai-je faire un tour à Te Papa, après m’être trouvé un pantalon étanche? M’arrêter dans un cybercafé ou dans un bar avec un wifi libre pour blogguer un petit peu. Puis au retour, il me faudra passer par le supermarché pour me mitonner quelques petits plats à emporter tout congelés pour la suite des aventures.