J35 – Wild West Coast (II)

14 06 2011

Cobden Beach, mardi 14 juin 2011, 20h30

Trajet : Greymouth – Hector
D = 5206.2 Km

Depuis hier soir, les vents d’Ouest apportent régulièrement des grains. La pluie frappe à intermittence régulière le toit d’Hibiscus. Ce matin, le ciel est nuageux, gris, à l’instar de la Mer de Tasmanie qui le reflète. 8h15. Malgré l’heure avancée, il fait encore sombre et  je décide de retourner à Greymouth, où j’espère que les deux galeries que je veux visiter seront déjà ouvertes. Roulant fenêtre ouverte, je respire à plein poumon l’odeur particulière des chauffes à charbons. Greymouth, la bouche grise, si le nom de la ville fait référence à l’estuaire de la rivière Grey, par cet hivernal matin, son qualificatif pourrait se référer tant à la météo, qu’au mode de chauffe principale.

Je réserve ma première visite à la galerie de Stewart Nimmo. Photographe plus que reconnu, son atelier-magasin occupe trois autres personnes. J’y découvre des clichés splendides. Les supports de reproduction sont divers, allant de simples tirages sur papier glacé à l’impression de peinture sur canevas tissés. Toutefois, ce qui m’a le plus intéressé sont les reproductions sur aluminium poli. Les photographies deviennent dynamiques, presque vivantes, les couleurs évoluent légèrement selon l’angle de vision. Des nombreuses photos, j’apprécierai spécialement celle du Wharf d’Okarito Lagoon, prise un matin à marée haute et celle de Pororari River avec son arc-en-ciel. Ayant demandé à la vendeuse la permission de prendre une photographie, Stewart répond par l’affirmative et s’approche pour discuter. J’apprendrai qu’il apprécie beaucoup les petits villages de montagne en Suisse, spécialement ces chalets arborant de si photogéniques fleurs rouges, les traditionnels géraniums. Il me questionnera sur mon voyage et plus direct me demandera si je suis content de mes clichés. Je lui avouerai que seul 5% de mes photos sont dignes d’intérêt, et que presque dix fois ce nombre ne valent même pas la peine d’être gardée. Ce à quoi il me réplique que l’apprentissage est un long travail, mais que je n’apprendrai à connaître mon appareil et les cadrages qu’à force de réglages manuels et d’un certain nombre de ratés. Encourageant.

La seconde visite sera pour un Jade Country Greymouth, un magasin présentant, comme son nom l’indique, des bijoux en pounamu, œuvres de véritables artistes. Une des pièces maîtresses me plait particulièrement, avec ses ciselures intriquées, ses formes élancées. Un chef d’œuvre à plusieurs milliers de dollars. L’exposition ne se résume pas à la présentation de ces pièces, une des plus grosses pierres de pounamu brute est mise en évidence dans une grande pièce ovoïde. L’origine de la pierre est expliquée, soit en termes scientifiques, schémas à l’appui, soit en conte fabuleux, issu des légendes maories. Je ne ramènerai point de parure, mais achète un morceau de pounamu brut, sachant que je regretterai des mois durant si je rentre en Suisse sans un morceau de cette pierre.

Un dernier passage sur les quais de Greymouth, occupés par des chariots à charbons, antiques vestiges d’une époque révolue, puis je quitte la cité, direction Westport sur la SH6, dont le tronçon est considéré comme l’une des dix plus belles routes côtières du monde. Mon premier arrêt officiel est Punakaiki, 44 kilomètres au nord. Il me faudra toutefois une heure et demie pour y arriver : les arrêts sont fréquents pour profiter du paysage. Sur une carte, la côte semble rectiligne, dans les faits, son dynamisme est impressionnant : baies, promontoires, avancées rocheuses, plages de galets ou de sable, falaises à pics, ou encore pâturages s’étendent entre les collines et le rivage… A ma gauche, la Mer de Tasmanie, balayée par le Vent d’Ouest, toujours aussi violent, assiège de ses infatigables vagues la côte, à ma droite une chaîne collinéenne, entièrement recouverte de forêts arborant des verts électriques, entrecoupée par de nombreux vallons aux embranchements multiples. Au milieu, la route, tantôt accrochée à flanc de falaise, tantôt glissant entre de larges prairies, tantôt enjambant de larges estuaires. Le paysage est grandiose: il s’agit effectivement d’une des plus belles côtes, dont l’esthétisme surpasse la côte d’azur, dont la sauvageries dépassent celles des Catlins.

Arrivé à Punakaiki, situé dans le Paparoa National Park, je passe rapidement au bureau du DOC pour savoir si la randonnée le long de Fox River jusqu’à la grotte et au lieu-dit de The Ball room est possible. La réponse est celle à laquelle je m’y attendais, la pluie de hier et les averses intermittentes d’aujourd’hui gonflent de façon trop importante le flot pour que les traversées de rivières non-pontées puissent être effectuée sans danger. A la place, je remonterai le long de Pororari River, une autre vallée charmante.

Avant de m’y rendre, je ne peux me soustraire à la visite des célèbres Pancakes Rocks, ces formations rocheuses à la forme si particulière que l’on dirait des piles de pancakes. Créées par la sédimentation d’organismes marins par strates sur le fond de l’océan il y a quelques millions d’années, ces concrétions sont ensuite remontées à la surface par l’effet de glissements, plissements et soubresauts du terrain. Vents et courants marins, marées rongeant les côtes, grignotant des cavernes, les ont façonnées pendant des milliers d’années. Aujourd’hui, lorsque la marée est haute et que le vent souffle en rafale depuis l’ouest, telle des geysers, les embruns jaillissent, lorsque l’eau salée, mélangée à l’air, est expulsée sous la pression des vagues par les cheminées verticales. Piscines infernales, chaudrons bouillonnants, bruits sourds, résonances caverneuses, molasses sculptées aux formes surprenantes, cet univers est fabuleux. J’y passerai une bonne heure à l’observer sous toutes ses formes : au soleil, sous la pluie ou encore dans un léger brouillard. Son faciès est toujours changeant, mais toujours admirable.

Un petit détour m’amène ensuite par la grotte, si bien nommée Caverne. En Nouvelle-Zélande, je me suis trouvé un attrait tout particulier pour la spéléologie touristiques : s’enfoncer de dix, cinquante ou plusieurs centaines de mètres sous terre me plaît de plus en plus. Comme toutes les autres grottes que j’ai visitées, celle-ci est creusée dans un sous-sol de molasse. Et à l’instar de ses grandes sœurs de Waitomo ou de Clifdens, des glowworms tapissent son plafond. Rien à faire, je trouve ces petites bêtes toujours aussi fabuleuses.

A Punakaiki Village, je parque la voiture, embarque mon sac à dos, une bouteille d’eau, quelques afghans, une sorte de biscuit de type shortbread chocolaté, contenant des chips de corn-falke et enrobé d’une  épaisse couche de chocolat. Je sais bien que la marche ne durera pas trois heures, comme le panneau du DOC tente de me le faire croire, mais mieux vaut prendre ses précautions, peut-être qu’un jour, j’en trouverai une où le temps est correctement indiqué. Pororari River, me voici. Depuis ce matin, le changement de végétation est radical avec une température qui s’est radoucie en allant au Nord – l’huile d’olive n’est plus figée – : les hêtres ont disparu, cédant la place aux palmiers, les espèces de fougères ont diminué, remplacées par divers flax, yie-yie et autre supplejacks. Les verts foncés sont devenus clairs, électriques. La forêt était vierge, elle s’est faite véritable jungle avec des racines géantes, des troncs gigantesques, des lianes descendant des branches, des végétaux grimpants sur les troncs, … Les eaux limpides chargées de fines particules glacières cèdent la place à des rivières charriant des eaux rendues beiges par les limons en suspension. Les solides parois du sud sont remplacées par de friables falaises de limons, façonnées par le vent s’engouffrant dans les vallons et les pluies, qui, elles, sont toujours aussi fréquentes et torrentielles. Merveilleuse Aotearoa aux multiples visages.

Je découvre un environnement complètement nouveau, autant vous dire tout le plaisir que j’ai eu pendant cette balade. Au niveau topologique, la vallée ressemble plus à un canyon, creusé par un Pororari serpentant, courbes, contrecourbes. De chaque côté de la rivière, une petite berge, envahie par la végétation, avant que les parois n s’élèvent presque verticalement quelques dizaines de mètres plus haut La météo n’a pas changé depuis cette nuit, courtes averses succèdent à des moments ensoleillés. Les teintes sont changeantes, tantôt rendu magnifiées par les rayons du soleil, tantôt scintillantes de pluie. Le chemin épouse le terrain, soumis à de réguliers glissements. Tantôt gravissant une bosse, tantôt s’enfonçant entre deux blocs de molasses pour ressurgir dix mètres plus loin, parfois à l’air libre, parfois emprisonné sous une épaisse frondaison. Deux heures de dépaysement dans une contrée exotique, je n’imaginais pas que pareille végétation poussait en Nouvelle-Zélande. Ce pays est bien trop gâté par Mère Nature. Et sinon, au détour d’une grève, j’ai enfin découvert une pierre de pounamu, polie par les mouvements de la mer. Un vrai bijou.

Avant de pousser plus au Nord, j’emprunte encore Truman Track, un petit chemin menant jusqu’à Te Mito Point, où une petite plage aux nombreux plateaux marnals. Pour y aller, je traverse la forêt côtière, dont les essences locales ne me sont pas inconnus : Ramus, Matais, Flax, … Je découvrirais une grande crique, ceinte par une beige falaise de molasse, couronnée par un vert intense, d’où s’écoule une petite cascade sur les gravillons arrondis de la plage. Provenant du large, les rouleaux se brisent les uns après les autres sur les plateaux, le bruit de leur agonie résonne entre les parois.

Déjà le milieu de l’après-midi, je reprends la route, quittant cette riche région de Punakaiki, pour m’arrêter une dizaine de kilomètre plus loin, après avoir traversé Fox River. Ce n’est pas parce qu’il m’est impossible d’effectuer une véritable balade, que je ne profiterai pas de me dégourdir les jambes sur la longue plage. Je ne vous décrirai pas le spectacle, invariablement le même avec la Mer de Tasmanie. Par contre, j’envierai les propriétaires d’une des maisons faisant face à Woodpecker Bay. Spécialement le plus au Nord, avec ses grandes fenêtres, aux cadres bordeaux, découpés dans ses murs lattés verticalement. Au bord de la rivière, j’admirerai aussi l’ancien pont, entièrement construit en bois, des madriers de sa structure aux pieux plantés dans le lit de la rivière, protégés par une structure en demi-rondin. Actuellement, cet ancêtre est mal en point, une restauration est envisagée par une association, toutefois, devant la difficile collecte des fonds, elle met en garde contre une traversée potentiellement dangereuse de l’ouvrage.

Plus au Nord, la route quitte la côte, grimpant dans les terres. Le paysage est bien moins captivant, mais l’intersection menant à Cape Foulwind est bientôt là. Plus qu’une douzaine de kilomètre et je découvrirai ce cap bien particulier. Les maoris le nommait Tauranga Point, ancrage abrité. Abdel Tasman le premier européen l’appela Clyppygen Hock – Pointe rocheuse – et lorsque James Cook y ancra l’Endeavour en 1770, il se trouva dans une violente tempête et le qualifia de foulwind, littéralement « vent de folie ». A peine arrivé, j’ai l’impression que la portière d’Hibiscus va être arrachée par les rafales. J’enfile rapidement une polaire supplémentaire sous mon coupe-vent et monte à l’assaut de la colline supportant le phare. De nombreux arbustes, à l’allure rabougrie, masquent la vue de la mer, mais de sourds grondements se fond entendre, alors que les embruns jaillissent de derrières les feuillages. Je suis le sentier menant jusqu’à Tauranga Bay, et découvre le panorama. Situé à 50 mètres de haut, je domine un terre-plein herbeux, se finissant par des criques de galets, des avancées rocheuses, des pics rocailleux jaillissant de la mer. Un grain fond sur le cap, le vent est tellement fort qu’il se met à pleuvoir à l’horizontal, les gouttes cinglent visages et mollets, toutes parties non protégées par des habits.

Un petit sentier mène jusqu’en bas des parois, là où circulait l’ancienne voie reliant Westport à Charleston, ou encore le chemin de fer nécessaire à exploiter la carrière, situé sur les rochers du cap. Durant la descente, les rafales soufflent à faire retourner une paupière. Avec des nuages bas, un soleil couchant orangé, parfois masqué par un grain balayant la mer en direction du Nord, une éclaircie à l’horizon, bordée par des nuages rosissant, des gerbes d’embruns volant dans les airs, le son assourdissant des déferlantes, la mer disparaissant sous le blanc de l’écume… une parfaite ambiance de fin du monde. Je la préfère de loin à Cape Reinga ou Slope Point. La seule difficulté du lieu, réussir à figer l’ambiance entre l’averse d’un grain, et la douche d’embruns perpétuelle.

Le soleil est couché depuis un bon quart d’heure quand je suis de retour au parking. Un passage par la ville de Westport me permet d’acheter 4 bières différentes à la brasserie locale, ainsi qu’un petit coup de téléphone à ma famille pour les prévenir de ma bonne santé – même celle de mon doigt –.  Il ne me reste plus qu’à trouver un coin tranquille pour dormir. Jonathan m’avait parlé d’un parking à l’entrée d’Hector, le village où commence ma balade de demain matin. Je m’y rends dans la nuit, roulant sous un déluge survenu de nulle part. A mi-chemin, l’averse est passée, la lune brille à nouveau. Le temps de me parquer face à la mer, de mijoter un petit masala de bœuf et je suis attablé devant un bon repas chaud.

Hier, j’avais pris la décision de ne pas monter jusqu’à Arthur’s Pass. Un détour qui en terme de distance ne me rallongerait le chemin que d’une grosse centaine de kilomètres, soit une bonne demi-journée de conduite avec des arrêts fréquents. Aujourd’hui, je pense que mon choix était plus que bon. Avec le flot intermittent de nuages provenant de la Mer de Tasmanie, les sommets montagneux doivent être complètement cachés dans les brumes, comme c’était le cas lors de ma traversée du Haast. Non seulement, j’aurais été frustré de ne pas pouvoir faire de balade, mais en plus par une météo peu propice à l’admiration presque béate.

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J34 – Wild West Coast

14 06 2011

Cobden Beach, mardi 14 juin 2011, 20h30

Trajet : Okarito – Greymouth

D = 5040.9 Km

Hier de nouveaux tremblements de terre ont secoué la région de Christchurch, 5.5 sur l’échelle de Richter à 13h00 suivi d’un écho plus violent à 14h20, dont la magnitude a atteint 6.5. Sur la Côte Ouest, rattachée à une différente plaque tectonique, je n’ai rien senti et me porte toujours comme un charme, excepté quelques courbatures dans les jambes ce matin.

Avant de me mettre en route pour remonter la côte vers le Nord, je traîne encore un peu à Okarito. Alors que je déjeune, le soleil teinte d’une couleur mordorée les brumes au-dessus du lagon. Si les couleurs auront changé le temps que j’atteigne les rives, elles appartiendront toujours à la palette de l’aube : bleu azur, rose saumon,  orange clair,… une véritable fresque picturale. Alors que je profite du wharf pour m’avancer au-dessus de l’eau, un héron blanc vient se poser sur la cabane

Devant la quiétude du lieu, la douce chaleur du soleil levant, j’aurais volontiers loué un kayak pour m’aventurer dans le lagon. Toutefois, les deux échoppes sont fermées l’une pour deux semaines de vacance, l’autre pour l’hiver complet. Dommage. Cela doit être magnifique de pagayer tout en admirant le sublime horizon des Southern Alpes, avec l’Aoraki/Mt Cook, le Mt Tasman ou encore le Mt Sefton se profilant au loin. Sur la route me ramenant à l’intérieur des terres, une petite balade du DOC m’amènera au sommet d’une butte. De là-haut, ma vue porte sur le lagon entier, s’étirant le long de la côte, séparé de la Mer de Tasmanie par une longue bande de terre.

Et voilà, j’ai rejoint la Highway SH6, partant d’Invercargill, passant par Wanaka et remontant la West Coast, avant se terminer à Nelson. Si sur la côte Est un certain nombre de routes permettent de multiplier les itinéraires, de ce côté-ci, un seul chemin permet de circuler du Nord au Sud ou inversement. Depuis Haast, elle déroule son long ruban d’asphalte entre deux murs végétaux; parfois quelques pâturages brisent la monotonie des arbres-fougères, matais et autres essences indigènes, à moins qu’en s’approchant d’un lac, la vue s’étende jusque de l’autre côté. Aujourd’hui comme hier, je traverse les forêts et les réserves naturelles, peu de villages égrènent le long de la route, Whataroa, Harihari, … parfois quelques fermes solitaires parsèment de vastes clairières, où paissent des troupeaux de vaches. Les kilomètres défilent au compteur, la longue route continue de dérouler son ruban rectiligne, parfois entrecoupé d’une grande courbe. Seule la présence de quelques monticules la transforme pour une dizaine de virages serrés en route de montagne à aborder à vitesse réduite, puis elle reprend son caractère droit. Peu à peu, les sommets des Southerns Alps disparaissent derrières les crêtes de la forêt. Alors que le bleu du ciel n’est entaché que par un petit nombre de nuages, une forte brume s’élève des cours d’eau et des lacs, rampant au-dessus de la plaine, nimbant arbres et clôtures. Seule l’orée de la forêt forme une barrière assez puissante pour le contenir. L’odeur étrange mais pas désagréable des feux de charbons plane autour des maisons, d’où la lourde fumée, s’échappant de la cheminée, se mélange avec le brouillard.

Malgré quelques arrêts pour profiter des paysages rendus si étranges par la brume, le temps s’écoule lentement, seul derrière mon volant. J’arrive enfin à Pukekura. Une centaine de kilomètres me sépare déjà d’Okarito. En chemin, rien d’intéressant. Une balade le long de la côte à Harihari aurait pu m’emporter à travers le bush. Mais, lassé par cette végétation, elle ne m’attire point. Par contre, ici, à Pukekura, ce petit hameau compte une petite merveille de la West Coast, le Bushmen Museum. Entre plaisanteries, récits véridiques, et mythes locaux, il raconte l’histoire récente de la West Coast. Je ne vous relaterai pas les histoires liées aux opossums, ni celle des anguilles géantes, encore moins l’industrie des mousses végétales exportées en direction des pays asiatiques, … toutes ces histoires relatives au passé, et encore au présent des Coasters, ces habitants de la West Coast à la culture si différentes du reste de l’île. Je me contenterai de vous narrer ce qui fut l’une des dernières grandes aventures néo-zélandaises.

Tout commença en 1851 dans la région de Nelson quand deux biches et un cerf furent relâchés dans la nature. Neuf ans plus tard, la région comptait pas moins d’une septantaine de cervidés. Devant ce succès, d’autres lâchers eurent lieu sur les deux îles. En 1920, les premiers avertissements sont formulés au sujet des impacts sur la faune et la flore locale de ces mammifères. Dix ans plus tard, le problème est devenu national, le gouvernement décide d’agir pour contrôler le nombre de cerf. Dans les années 1950, n’ayant pas réussi à enrayer la croissance, la création d’une milice de chasse nationale, forte de 100 à 125 hommes à temps complet, est décidée. Malgré le tire de 50 à 65 mille bêtes annuellement, cela n’était toujours pas suffisant et elle ouvrit la chasse aux amateurs et autres professionnels. Dès cet instant, tous les moyens furent bons pour traquer le gibier et récupérer les carcasses, aux véhicules utilitaires succédèrent les tracteurs modifiés, les jetboats ou encore les petits avions capables de se poser sur des terrains réduits. A la fin des années 1950, les chasseurs héliportés firent leur apparition : le pilote conduit l’hélicoptère, petit et maniable, suivant les cerfs, tandis que le chasseurs les ajustent en plein vol. En général, un troisième homme aide à la manœuvre quand il s’agit de suspendre les carcasses à un crochet pour les ramener en plaine. Bien que les accidents soient réguliers – il y eut plus de 80 morts –, les équipes sont de plus en plus nombreuses. En 1967, 110’000 cerfs seront abattus durant l’année, générant une industrie d’exportation pesant plusieurs millions de dollars.

Toutefois, le déclin des troupeaux sauvages conduisit les chasseurs à devenir éleveurs. Toutefois, au lieu de se tourner vers les traditionnels animaux, ils décidèrent d’élever des cervidés. L’étape la plus difficile fut de capturer des animaux en état de se reproduire. Aux techniques rudimentaires initiales, telles que sauter de l’hélicoptère sur le dos d’une biche pour l’arrêter, succédèrent des trésors de l’ingéniosité kiwie : fusil à superball pour assommer plutôt que tuer le gibier, arbalète à fléchette soporifique et finalement le fusil à filet, instrument le plus efficace. Si efficient, que les chasseurs néozélandais furent appelé aux Etats-Unis et au Canada afin de chasser élans et wapitis destinés à l’élevage. Si aujourd’hui le temps des chasseurs embarqués dans les hélicoptères est révolu, ce dernier est toujours utilisé que ce soit par l’industrie forestière, afin de procéder à des coupes sélectives, ou encore par les amateurs pour sortir le gibier des profondes contrées forestières. Par ailleurs, si les cerfs, chamois, chèvres ou encore thars sauvages sont encore chassés par les amateurs, les professionnels traquent d’autres proies : opossums et autres nuisibles introduits par les colons, afin de préserver les espèces locales.

Poursuivant ma route, je découvre Ross, une des autres villes dont la gloire est passée depuis de longues années. Créée au milieu du XIXème siècle, suite à la découverte d’or dans Totora River, elle compta jusqu’à 3500 chercheurs. Phénomène rare, le précieux métal se présentait sous toutes ses formes : dépôts alluvions, imbriqués sur le quartz ou encore simplement sous la forme de pépites dans le sable de la plage. Ross devint très rapidement la capitale aurifère : investissements et ingéniosités permirent la construction d’équipements miniers de haute qualité. Au traditionnel crible du début succéda sluice box, minage hydraulique par projection d’eau, ground sluicing ou encore l’utilisation de barges pour prospecter les dunes des lagons. Toutes ces techniques nécessitaient quantité d’eau : des bisses furent construits, la plupart du temps à flanc de colline. Toutefois, afin de raccourcir les distances, de nombreux tunnels furent creusés, des aqueducs érigés, dont le plus important mesura 170 mètres et s’élevait à 40 mètres au dessus du sol. La plus grande des mines, aujourd’hui devenue un lac, descendait jusqu’à 90 mètres, 45 mètres au-dessous du niveau de la mer. Pompes entraînées d’abord par les chevaux, puis par des roues à eau et enfin des machines à vapeur assuraient un débit de 100 litres par seconde, la maintenant à sec contre marées et pluies. En 1909, la plus grosse pépite néozélandaise y est découverte, pesant 2.772 kilogrammes. Achetée par le gouvernement, elle fut offerte au roi George V. La quantité d’or découvert devint insuffisante par rapport aux investissements et la ville déclina peu à peu. Depuis une dizaine d’année, alors que le gisement est encore estimé à 10’000 millions d’onces, quelques velléités d’exploitation resurgissent.

Coden Beach, mercredi 15 juin 2011, 7h00

Pour le simple badaud, une petite promenade, Waterace Walk, qui suit en partie l’ancien bisse principal permet de se lancer à la découverte de la fabuleuse histoire de la ville. Le tracé longe Totora River et divers anciens équipements sont présentés depuis une route à eau, jusqu’à la buse hydraulique. A Jones Creek où l’on peut s’essayer à l’orpaillage, un panneau du DOC promulgue les différentes règles, telles que laisser la nature intacte, ou les outils autorisés : pics, pioches, panières et en aucun cas moyens motorisés. L’itinéraire quitte la route forestière pour un petit sentier à l’endroit où fut découverte la première pépite. Le tracé s’enfonce dans la forêt, où de nombreux vestiges des temps passés sont encore visibles, peu à peu rongés par la nature : tuyau en fer percé par la rouille, tunnels à moitié effondrés, remugle d’un ancien aqueduc, sillon d’un long bisse,… Le cottage d’un mineur, datant de 1885, n’est pas si différent de ceux édifiés par les Gumdiggers tout au Nord de la Nouvelle-Zélande. Je ressors du couvert végétal à l’ancien cimetière, presque fantôme. Quelques tombes éparses à flanc de colline, protégées par des enclos rouillés, voient leur pierre tombale peu à peu glisser dans la pente. Le visiter une nuit de pleine lune, alors que la brume étend ses longs filaments entre les hautes herbes, que des chouettes Morepork hululent, doit être une expérience inoubliable. Sympathique balade.

Une bande de pâturage me sépare de la mer, alors que je pensais la longer jusqu’à Hokitika. Avant de découvrir la ville, un petit détour par Hokitika Gorge s’impose. Après avoir entendu ma réponse à propos de la beauté des Blue Pools sur le col du Haast, Annika m’avait fait promettre de passer par cet endroit, où la magie des glaciers est mille fois plus merveilleuse. La petite boucle d’une soixantaine de kilomètres en vaut largement la peine. A nouveau, un sentier parcourt la forêt, bientôt remplacé par une passerelle à flanc de paroi. Soudain, Hokitika River, dans sa livrée lapilazuli se dévoile, coulant paisiblement entre deux rives aux blancs rochers, sur lesquelles s’accrochent la mousse, puis une dense végétation. La palette de couleurs est magnifiqu; je regrette un peu le ciel d’un blanc voilé. Alors que partout ailleurs, les eaux chargées de Glacier Flour, littéralement « farine des glaciers », possèdent cette teinte bleu-vert si particulière, ici comme aux Blue Pools, la coloration est plus transparente, plus bleue, … Un pont suspendu traversant la rivière permet de profiter encore plus de la magie qui émane de cette endroit. Au bout du chemin, menant à des rochers formant l’extérieur d’un des coudes de la rivière, le spectacle est encore plus beau. En aval, la rivière s’écoule sous le pont, avant qu’une paroi blanchâtre la détourne vers la plaine. En amont, le lit ondule entre les deux rives sur lesquelles se dresse une majestueuse jungle. Un des nombreux moments, comme celui que j’ai vécu à Roberts Point, où je m’assois simplement à regarder la nature, mes pensées divaguant au loin.

De retour à Hokitika, je passe par l’office du tourisme récupérer un guide des bâtiments historiques de la ville, dont la fondation remonte au 1er octobre 1864 quand Hudson et Price furent les deux premiers résidents blancs de cet endroit précédemment occupé par les maoris. La ruée vers l’or les suivit de près et Hokitika devint une véritable ruche. Aujourd’hui, l’or a changé de couleur; de jaune, il est devenu vert. Non comme les dollars étasuniens, mais la teinte du jade. Hokitika était déjà connue à l’époque des maoris comme l’un des principaux gisements de pounamu. Ville bourdonnante durant l’été, tout autant qu’à l’époque où les barges étaient nombreuses le long des quais, durant l’hiver elle sombre dans une torpeur mélancolique. La cité n’est pas franchement belle, quelques anciennes bâtisses lui donnent toutefois un certain charme. J’ai longé le quai jusqu’au mat de signalement, qui permettait au XIXe siècle d’indiquer l’état de la mer proche du rivage pour les navires approchant, avant de revenir le long de la plage. Entre sable et galets, battus par le vent balayant la Mer Tasmane, la brise est rafraichissante. De retour dans les rues, déambulant, je n’arrive pas à me sentir à l’aise dans cette ville, comme si je n’y avais pas ma place. Je retrouve la même sensation de vide qu’à mon arrivée à Oamaru sur la côte est.

N’ayant plus de chaussettes propres ou sèches, les habits salis par une semaine où les randonnées furent mes principales activités, l’intérieur d’Hibiscus ne sent plus franchement la rose. A la recherche d’une buanderie afin d’y faire une bonne lessive, j’en trouverai une, malheureusement fermée. Un passage par l’office du tourisme confirme mes doutes, il n’y a pas d’autre machine à laver public à Hokitika. N’ayant pas l’envie de me poser dans un backpacker, et le soleil n’étant pas couché, je décide de reprendre la route, direction Greymouth, une quarantaine de kilomètres au nord. Avant de partir, je rends visite à un magasin vendant des bijoux en Pounamu, fabriqués par des artisans locaux. Nombreuses sont les belles pièces exposées, mais bien souvent au-delà de portée pour ma bourse. J’y apprendrai toutefois qu’une partie des pierres brutes proviennent d’Arahura River. Le cours d’eau étant sur mon chemin, un arrêt est nécessaire pour prospecter les environs. Une demi-heure plus tard, je repartirai bredouille. J’ai bien emporté un caillou-souvenir, mais je doute qu’il s’agisse de jade.

A Greymouth, premier arrêt au supermarché pour avitailler une nouvelle fois ma cambuse. Je ne sais pas comment il se trouve, mais elle se vide presque plus vite que je ne la remplis. En allant jusqu’à la buanderie, indiquée par une gentille caissière, je passe devant la piscine nautique. Jusqu’à ce qu’Annika me souffle le mot l’autre jour après la marche, je n’avais jamais pensé à simplement aller à la piscine pour se laver à l’eau chaude. En plus, avec un prix d’entrée d’environ cinq dollars, la douche n’est pas plus chère que dans un sanitaire public, avec un grand avantage en plus, le temps est illimité. Que du bonheur! Ce soir je dormirai propre comme un sous neuf, dans des draps fraîchement lavés. Après la lessive, je chercherai en vain un endroit où me connecter à internet. D’une part, j’espérais trouver cette ressource dans une ville de 10’000 habitants, d’autre part j’aurai bien aimé donner quelques nouvelles de mon état de santé. Je suis persuadé que certaines personnes doivent se faire du souci. Je finis par abandonner, et gagner Cobden Beach sur l’autre rive de Grey River pour y passer la nuit.

Longue journée, j’ai toutefois un sentiment d’insatisfaction. Il doit s’agir d’une des journées ou j’ai roulé le plus, la majorité du temps, enserré entre deux murs végétaux, sans toutefois que le nombre de grandes découvertes au long de la journée soit important. Je ressens un sentiment d’incomplétude, proche de celui que j’avais ressenti après avoir quitté Aoraki/Mt Cook National Park, comme si la rupture entre les fabuleux paysages et les villes est trop importante. Aller! une bonne nuit de sommeil et demain ça ira mieux.

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J33 – Big Franz et Okarito Lagoon

13 06 2011

Okarito Lagoon, West Coast, dimanche 13 juin 2011, 19h20

Trajet : Lake Matheson – Franz Joseph Glacier – Okarito Lagoon

D = 4789.7 km

La journée fut bien chargée : l’une des plus belles que j’aie passée en Nouvelle-Zélande. La fatigue est proportionnelle au nombre de balades, mais la beauté et la diversité des paysages observés en vaut largement la peine. Une bonne nuit de sommeil et demain je serai frais comme l’océan arctique pour remonter la West Coast en direction du Nord.

Réveil plus que matinal, suivi rapidement du petit déjeuner. Alors que l’aube ne pointe pas encore, je rejoins les rives du Lake Matheson. Recouvertes de forêt, il me faut les longer jusqu’à une plateforme, afin d’admirer un des plus beau spectacles de Nouvelle-Zélande. Le lac offre un miroir parfait, dans lequel se reflètent les Alpes du Sud, en particulier Aoraki/Mt Cook et Mt Tasman. Depuis cette première jetée, le tableau est magnifique, toutefois en continuant jusqu’au bout du lac, une plateforme surélevée donne accès à la vue des vues. Le paysage est digne d’un calendrier, il ne manque qu’un photographe professionnel pour réussir à figer l’instant en le sublimant. Dès 1930, ses caractéristiques optiques en font un lieu incontournable pour les touristes et sa célèbre réflexion devient une image d’Epinal et orne affiches, timbres, publicités pour les Glaciers, étiquettes de bière, … Aujourd’hui, pas moins d’une vingtaine de cars, bondés de touristes, peuvent débarquer quotidiennement. Je m’y suis rendu le matin, alors que l’individu lambda est encore en train de se réveiller paresseusement dans son lit, non seulement pour les couleurs, bien plus chatoyantes de l’aube, mais aussi pour éviter la foule.

9h30, il est temps de me mettre en route après ce petit tour de chauffe. Direction, le Grand, l’Incroyable, le Magnifique, la Perle, Franz-Joseph Glacier, surnommé affectueusement Big Franz par les kiwis, ou encore appelé Ka Roimata o Hine Hukatere, les larmes de la fille Avalanche, par les maoris. La légende voudrait qu’une jeune fille, à la suite de la perte de son amoureux, chutant de l’un des pics, pleura. Les larmes formèrent une inondation qui se gela sous la forme d’un glacier. Le premier à l’explorer fut le géologue autrichien Julius Haast – encore lui – qui le nomma ainsi en l’honneur de son empereur. A mon arrivée, en raison de la topologie de la montagne et des différentes collines épargnées par l’érosion glacière, il n’est possible d’apercevoir que la partie supérieure du Big Franz.

Aujourd’hui, la belle marche quotidienne sera celle menant jusqu’à Roberts Point, un morceau de choix, tant historique que physique. Il s’agit du tracé principal qu’empruntaient les touristes dans les années 1930 pour aller admirer le glacier. D’ailleurs, l’ancienne cabane Hendes y est toujours visible. Aujourd’hui, le chemin n’est que rarement usité par les touristes, le DOC indiquant qu’il est nécessaire d’être équipé de bonnes chaussures, d’avoir une certaine expérience de la randonnée ainsi que de ne pas prendre peur aux franchissements de ruisseaux. Rien de bien terrifiant au premier abord. Jonathan et Sam me l’avaient décrit comme un bon sentier valaisan bien de chez nous, et Annika, qui pourtant suivait sans problème mon rythme, m’a affirmé qu’elle n’y remonterait pas de sitôt. Bref, j’en ai déjà l’eau à la bouche.

Tout d’abord l’itinéraire serpente à travers le bush jusqu’au pont historique de Douglas Bridge en passant à côté de Peters Pool, une goulotte dans laquelle le glacier se reflétait il y a 80 ans. Arrivé au pont, le chemin aménagé continue en direction de Franz Joseph Town. De l’autre côté de Waiho River, une petite sente s’accroche à flanc de montagne, disparaissant dans une forêt de Rata et Kamahi. Le tracé ne cesse de monter, descendre, remonter, … suivant les soubresauts du terrain. Les vestiges de l’ancien tracé sont encore visibles à travers des pierres brutes grossièrement aménagées en escaliers, ou encore quelques dalles disposées les unes après les autres pour traverser une zone humide. Une montée abrupte mène jusqu’à un pont suspendu, traversant Arch Creek. De l’autre côté, je monte à travers des barres schisteuses, grimpant sur le roc poli par les années et le ruissellement de filets d’eau. La vue sur la vallée en contrebas, s’ouvrant en direction de l’océan, est grandiose : un lit, gris de rocaille, s’étend dans la plaine, la forêt, accrochée sur les flancs des montagnes, colonise à nouveau le terrain à mesure que le glacier recule. Au loin, la rivière n’occupe plus qu’une faible portion de la vallée, intégralement recouverte de vert.

Sitôt arrivé à Hendes Hut, un magnifique escalier suspendu longe une vertigineuse paroi. Il me ramène au niveau de la plaine, et je reprends alors l’ascension à travers la forêt et les schistes. La chute récente d’un arbre, m’oblige à  grimper un talus abrupt pour rejoindre le chemin quatre mètres plus haut. Un dernier pont suspendu au-dessus de Rope Creek me rapproche peu à peu de mon but. La pente se fait plus raide, la vue est complètement masquée par la végétation, et alors que je m’y attends le moins du monde, j’arrive à une plateforme en bois, Roberts Point, dont l’escalier tourne le dos au glacier. A part depuis le parking, au bout d’une bonne heure trois quarts de randonnée je n’ai pas encore aperçu le glacier, alors qu’il est visible au bout de 10 minutes en empruntant la balade menant jusqu’à son front. Bref, arrivé sur la plateforme, je me retourne. Une longue langue blanche dévale la pente, épouse le contour de la pente, sertie dans sa vallée comme un joyau sur une bague. Grandiose, il s’agit sans doute du plus beau glacier que j’aie aperçu de ma vie. Et dire qu’en 1930, sa surface n’était qu’à quelques mètres en-dessous de cet endroit.

Je resterai un long moment à le contempler, me remémorant certain de ses hauts faits que j’ai lus. Lorsque Big Franz était encore une force de la nature, il pouvait dévaler la pente de 5 mètres par jour, ou encore alors qu’en 1943, un avion s’est crashé sur son névé, le lieu où pluie et neige se transforment en glace, il ne lui a fallu que 3.5 ans pour recracher les débris 6.5 kilomètres en aval. Aujourd’hui, réchauffement climatique oblige, il est bien mal en point. Ce début d’hiver lui sera loin d’être bénéfique, les températures moyennes et maximales sont les plus chaudes observées depuis plus d’un siècle. Alors qu’il occupait largement la plaine il y a 70 ans, dans son retrait, il va bientôt commencer à se retirer dans sa vallée. Un grand dommage, car je doute qu’il y ait d’autres endroits au monde où il est possible d’observer un glacier, depuis une forêt vierge à moins de 500 mètres de distance.

La montée s’est avérée être une des plus difficile que j’ai rencontré en Nouvelle-Zélande, tant par la qualité du chemin que pour la côte. La descente s’avère être aussi aventureuse. Le schiste humide ne pardonne pas les faux pas. Les racines glissantes sont autant de pièges pour glisser à même le sol. La mousse, recouvrant par endroit le roc, n’assure aucune adhérence. Il s’agira bien de la première fois où je serai à peine plus rapide lors du retour. Aux abords de Hendes Hut, sitôt surgi de l’escalier, j’observe un troupeau de chamois se repaître tranquillement des touffes d’herbes éparses poussant sur le rocher. Plein d’aubaine, je suis sous leur vent et à moins de bouger ou de briser le silence, je peux les observer à volonté. Au bout de ce qu’il me semble quelques minutes, je décide de tenter ma chance en les photographiant. Malheureusement, ils s’en apercevront trop tôt et je ne saisirai que l’image fugace d’un chamois en plein bond.

Arrivé à Douglas Bridge, je croise le responsable du bureau du DOC local. M’interpellant sur la qualité du chemin, je lui répondrai que cela m’a fait plaisir de gravir un tel sentier. Il me vantera les mérites de la West Coast,  me dit de rester quelques jours de plus pour gravir l’Alex Knob Track où la vue embrase le contour de la vallée et l’intégrité de son Big Franz, découvrir la Copland Track – il sourira d’ailleurs en apprenant que je ne l’ai accomplie qu’en partie par manque de temps –, ou encore dans les quelques vallées suivantes. Lui, de son côté, emprunte chaque jour un des divers itinéraires pour surveiller son bébé, et c’est avec horreur qu’il observe que Franz perd quotidiennement une dizaine de centimètres en épaisseur, se réduisant chaque jour d’avantage. Il me quitte toutefois, en s’excusant, car il aimerait parvenir à la cabane avant de retourner au village pour  une réunion.

De retour à parking, son discours ayant été si enthousiasme, je me rappelle le ton sur lequel il affirmé « il faut au moins aller jusqu’au front pour l’admirer », que je me décide à parcourir le tracé suivi par les nombreux touristes. Il est vrai que ne connaissant pas la date de ma prochaine visite dans ce pays, peut être qu’il aura complètement disparu, ou tout du moins qu’il aura fortement régressé. Je dois admettre que le coup d’œil valait la peine. Toutefois, je trouve le panorama depuis Roberts Point bien plus impressionnant.

Après ce petit intermède, un rapide passage au bureau du DOC me permet de vérifier l’horaire des marées à Okarito. Comme la mer est base à 14h44, j’ai le temps de m’y rendre pour accomplir une dernière petite balade le long de la plage. Avant de quitter Franz Joseph Village, un petit arrêt à l’épicerie pour avitailler la cambuse. Un des grands avantages de la forêt de la West Coast dévalant de façon ininterrompue les flancs des montagnes jusqu’à la mer est qu’en réduisant le champ de vision à la simple tranchée de la route, les arrêts photographiques ne sont pas fréquents. A quelques kilomètres de la côte, la forêt cède le pas au bush, dégageant la vue lorsque la route est construite sur un terre-plein. Sur une dizaine de kilomètres autour d’Okarito, la côte est parsemée de lagons marnals, autrement dit dont le niveau de l’eau et la salinité varie avec la marée. Au nord de la route, Okarito Lagoon, le plus grand de Nouvelle-Zélande, est le biotope de plusieurs espèces rares, et le seul site où niche le héron blanc.

Arrivé à proximité de la plage, les vents d’Ouest de la mer de Tasmanie me cueillent à la sortie du véhicule. J’enfilerai vite mon coupe-vent, avant de partir en ballade. Pour la dernière randonnée de la journée, je gagnerai Three Mile Lagoon, le long du littoral. L’air est parfumé d’embruns, les lames se finissent en rouleaux déferlant sur le sable et les galets, les rochers sont sculptés par la mer toujours furieuse. La plage se déroule au pied d’une paroi végétale, où s’écoulent quelques cours d’eau. Et soudain, au détour de Kohuamaru Bluff, marquant l’arrivée au lagon, la vue est paradisiaque. Au premier plan, protégées de la mer par une digue naturelle de galets, les eaux brunes du lagon sont à peine ridées par le vent tasman. En arrière-plan, le bandeau vert foncé de la forêt ceint une prairie de flax – chanvre néozélandais – marquant la limite est du lagon. Quelques bancs de nuages, poussés par les airs, survolent les bois. Et au-dessus, couronnant ce paysage, les sommets enneigés des Southern Alps, dominés par Aoraki/Mt Cook et le Mt Tasman. Paysage incroyable. Ici, les hauts sommets, culminant à plus de 3000 mètres, sont à peine éloignés d’une quarantaine de kilomètres de la côte. Après une balade écourtée dans Three Mile Lagoon par la marée montante, assis dans l’herbe, j’admire le crépuscule tombé sur ce panorama surréaliste.

Alors que la nuit tombe, je retourne jusqu’à Okarito par le chemin tracé au sommet de la falaise, parmi la forêt vierge. La vue est inexistante, la luminosité très faible, mais la marée haute empêche tout retour le long de la plage. Comme maigre consolation, j’emprunte un itinéraire vieux de plus de 150 ans, quand les chercheurs d’or prospectaient à Three Miles Lagoon. Okarito fait partie de villages érigés lors des ruées, sa vie fut brève, de 1865 à 1868, trois glorieuses années folles, dont le seul vestige est ce chemin. Souper, rédaction et au lit. J’en ai bien besoin ce soir.

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J32 – Copland track : le retour et Fox Glacier

12 06 2011

Lake Matheson, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 21h40

Trajet : Welcom Flat Hut – Fox Glacier – Lake Matheson
D = 4724.5 km

Alors que les premières lueurs de l’aube pointent, je me réveille, m’habille chaudement et rejoins la clairière des sources chaudes, d’où la vue sur les sommets est la plus belle. Trop rapidement le rose matinal pâlit, remplacé par une froide couleur blanche. Je retourne à la cuisine préparer mes pancakes matinales – il semblerait que cela soit devenu une tradition pour chaque premier déjeuner en cabane –. Annika me rejoint, quelques peu frigorifiée par les températures matinales. Il faut dire qu’elles doivent être proche du zéro de degré, mesurées positivement à l’intérieur et négativement dehors. Après s’être demandée pourquoi mon sac était si gros pendant tout un après-midi, elle possède enfin la réponse à ses questions. Il faut dire qu’entre transporter un curry, deux bouteilles de bières, des biscuits shortbreads, du chocolat, de quoi préparer des pancakes, du fromage et son pain, un peu de beurre, le matériel de cuisine, incluant réchaud, une casserole et une poêle, ainsi que sel et poivre, cela prend du volume.

Après un bon petit déjeuner, nous préparons nos affaires et repartons à quelques minutes d’intervalles en direction de la plaine. Les deux autres couples présents à Welcome Flat, séjournant dans des tentes, sont très surpris que nous ne profitions pas encore une fois des sources chaudes. Il faut dire que de leur côté, ils en abusent presque entre leur arrivée après la randonnée, durant la nuit et encore ce matin. Personnellement l’option ne me tente pas. Si cela était plus qu’agréable hier de se plonger dans l’eau brûlante après une longue randonnée, cela ne me tente guère d’y retourner le matin. Et je crois bien que cela m’enlèverai toute l’énergie que j’ai récupérée pendant une bonne nuit de sommeil.

Peu avant d’arriver au premier pont, je rejoins Annika, et nous retournerons sur nos pas ensembles, palabrant de choses et d’autres ou simplement en appréciant le silence de la vallée, troublé uniquement par quelques chants et vols d’oiseaux. Je vous passerai les détails du chemin emprunté, son itinéraire est opposé à celui de hier. Sachez simplement qu’il était un peu moins humide, car aucune pluie n’est venu gonfler les ruissellements durant la nuit, et qu’une couleur céruléenne servait d’arrière plan pour le cirque montagneux du Mt Sefton. Un peu plus de 4h30 plus tard, soit 30 minutes de moins qu’à l’aller et 2h30 de gagnées sur le temps du DOC, nous sommes de retour au parking, après une dernière traversée de rivière, qui finira de tremper nos souliers. Vers 12h30, une demi-heure avant notre arrivée, nous croisons un couple se rendant à Welcome Flat pour la première fois, ne semblant pas très débrouillard en randonnée, ils arriveront sans doute durant la nuit, après 7 à 7h30 de randonnée. Même moi, je ne serai pas parti si tard dans l’après-midi en ne connaissant point le chemin ni les difficultés.

Sitôt à l’arrêt, une escadrille serrée de sandfly fonce sur nos jambes et nos bras, ne nous laissant aucune chance pour nous défendre. Je défaits mon sac, range quelque peu mes affaires, étends mes chaussettes avec le fol espoir de réussir à les faire sécher. Dans l’attente que son amie vienne la chercher avec le campervan, je partage une dernière bière avec Annika, le temps d’une dernière discussion sur mes projets, et mes prochaines destinations. Il paraîtrait que je doive absolument passer par Hokitika Gorges, pour y admirer les eaux remplies de Glacier Flour, ces fines particules amenant les eaux des glaciers à arborer transparence et une couleur azur/turquoise. De mon côté, je lui fais promettre qu’après être passée 11 mois en Nouvelle-Zélande, elle se doit absolument de regarder un film au Cinema Paradiso de Wanaka  et manger un burger chez Fergburger, vu que les demoiselles retournent sur Queenstwon.

Un dernier adieu, après cette magnifique balade et nous partons chacun de notre côté, l’un au nord, les autres au sud. Depuis que nous sommes sortis de la forêt, les nuages ont de nouveau envahi le ciel. Alors qu’une vingtaine de kilomètres plus loin j’arrive à Fox Glacier, dont le nom lui fut donné par le premier ministre Sir William Fox en 1872,  une petite bruine se met à tomber. Cela ne m’empêchera pas d’effectuer une petite balade pour aller admirer le front du glacier. Épousant la forme du terrain, la langue de glace se brise en de nombreux séracs, perpendiculaire aux fronts de la vallée, lui donnant l’air d’un vers des sables au moment où il plonge dans les Dunes. Il faut savoir que tant Fox que Franz Joseph Glacier rampent de 0.5 à 1 mètre par jour, dix fois la vitesse des glaciers helvétiques. Franz peut même être pris d’une crise de frénésie et avance alors de 5 mètres en un jour. Dans la pratique, cela fait longtemps que la fonte équilibre leur formidable avancée.

Si le cadre alpin est beau, je fus toutefois presque plus impressionné par Rob Roy Glacier, suspendu au-dessus des falaises dans la région de Wanaka. Peut-être étais-je un peu fatigué par ma marche du retour pour prendre pleinement conscience de la grandeur du Fox, ou peut-être est-ce que la météo tristounette a rendu l’endroit moins charmeur. Ce soir je dormirai prêt de Lake Matheson. Il paraît que par temps clair, lorsque Aoraki/Mount Cook se reflète sur la surface parfaitement lisse, le temps d’un lever ou d’un coucher de soleil, le cadre est photogénique. Je verrai si demain matin, le soleil brille sur les sommets, ou si je devrais simplement poursuivre ma route pour rencontrer Big Franz, sans avoir profité de la fabuleuse réflexion.

 

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J31 – Copland track : un accueil chaleureux après une randonnée humide

11 06 2011

Fox Glacier Town, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 18h30
Trajet : Knights Point – Copland Track Carpark – Welcom Flat Hut
D = 4692.4 km

J’avais souvent entendu parler d’une West Coast rendue pluvieuse par l’arrivée de nombreux nuages depuis la Mer de Tasmanie, pourtant ce matin les averses nocturnes se sont arrêtées et les nuages glissent lentement vers le Sud, remplacés par un ciel bleu. La décision de remonter le long de Copland que j’avais prise depuis quelques jours ne se trouve que confortée. Une soixantaine de kilomètres me séparent encore du départ, le temps d’effectuer une première halte au bord du Lake Moeraki, d’où je rejoins la plage Monro Beach. Parfaite petite balade pour un échauffement tranquille: le chemin se déroule à travers la forêt vierge, sur une pente douce jusqu’à la plage. Quelques grandes gouilles à contourner en marchant précautionneusement sur les bords préfigurent les rivières à traverser de la Copland. Comme hier, je retrouve cette végétation plus qu’abondante, poussant sur les sols limoneux, dans les marais où stagnent des eaux brunes de tanins. Seuls la plage et son univers minéral stoppent l’avancée de la forêt, remplacée par quelques herbes grasses.

Lake Matheson, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 20h30

West Coast, que n’ai-je pas entendu les gens décrire cet endroit : forêt ininterrompue du bord de l’océan jusqu’à la limite neigeuse, plages battues par une mer continuellement déchaînée, chaînes montagneuses scintillantes dans leur blanc manteau, … une vraie merveille, un lieu insolite, sauvage, …. Et j’y suis enfin, prêt à le découvrir. Effectivement, la forêt est omniprésente, la route est un long ruban d’asphalte, une véritable tranchée dans la verdure, au bout de la ligne droite, deux paysages : des montagnes, encore des montagnes lorsque la route s’oriente vers l’est ou, simplement le ciel lorsque le tracé pointe vers l’ouest. Depuis ce matin, le soleil réchauffe la terre, des volutes de vapeurs s’élèvent du sol, nimbant de brouillard Lake Paringa et  les collines environnantes.

10h30, j’arrive à la route de graviers menant au parking de Copland Track. En guise de bienvenue, un panneau sur la barrière barrant l’accès « Please, shut the door », fermer la porte après votre passage. Je m’exécuterai. A peine ai-je refermé la barrière qu’un campervan arrive. De bonne humeur, je ferai le portier de fonction. Quelques centaines de mètres plus loin se trouve le parking, au bord de la première rivière à traverser. Sachant qu’il est impossible de traverser le dernier torrent, si le premier cours d’eau est difficilement franchissable, je vais jeter un coup d’œil, tout comme une des demoiselles de l’autre véhicule. Il ne semble pas poser de problème: je retourne auprès d’Hibiscus empaqueter mes affaires. Alors que je finis de fourrer ma polaire, et mes habits de pluie dans mon sac, une des filles s’élancent pour la traversée de la rivière, alors que la deuxième reste sur la terre ferme.

10 minutes plus tard, fin prêt pour l’aventure je m’élance. Le choix se présente : retirer ou ne pas retirer ses souliers pour traverser le premier torrent. Avec un peu de chance je finirai par mettre mon pied dans un des multiples cours d’eau ou encore dans la boue d’ici une à deux heures. Pour simplifier, je déciderapidement de m’élancer à travers un des bras de la rivière, chaussures aux pieds, … L’eau est froide, monte jusqu’au genou, mouille mon short, … Je me réjouis déjà de la suite. Les autres bras sont bien moins profonds et j’arrive rapidement de l’autre côté du lit, et pénètre enfin dans Copland Valley. Cette fois-ci, je ne suis ni sur une Great Walk, ni sur un chantier bien préparé du DOC : cailloux, racines, boue, eaux ruisselantes, lianes, … rythment mon avancée. A peine 500 mètres de parcourus, et voilà que j’ai déjà traversé deux petits ruisseaux, gambadé à travers des gouilles boueuses, … si toutes les marches pouvaient être ainsi, ce serait (presque) un véritable bonheur.

Je rejoins mon prédécesseur avant la traversée du deuxième cours d’eau d’importance, alors qu’elle hésite à enlever à nouveau ses souliers et me demande comment j’ai fait précédemment. Je lui explique ce que j’ai appris sur Rakiura Island. Bien que tu fasses attention, tu finis par mettre un de tes pieds dans la boue et un ruisseau, finalement le faire depuis le début t’évite bien des instants de réflexion, et te permet d’avancer un chouïa plus vite. Elle finira par être convaincue et nous poursuivrons le chemin de concert. Autour de nous, la végétation arbore toute la palette des verts, depuis celui électrique des mousses, jusqu’au sombre arboré par la face ombrée des fougères. Troncs, racines et lianes arborent des couleurs brunes qui déteignent dans les cours d’eau. Seul le sentier arbore des couleurs virant du beige au gris, tantôt composé de pâles galets, tantôt de terre battue. Le tracé, marqué par les souliers des randonneurs, continuellement érodé par le ruissellement de pluies, finit par se creuser de plus en plus. De temps à autre, j’évolue entre deux murs de limons, couronnés de chaque côté par un tapis de mousses, puis de fougères, poussant jusqu’à la canopée.

Soudain nous arrivons à l’orée de la forêt. Devant nous s’étend une praire humide : le chemin suit un tertre de terre érigé en son milieu. Ce dernier ne cesse de s’affaisser et finalement, il ne nous reste plus qu’à traverser une zone marécageuse, où l’herbe haute cache les flaques stagnantes, où le tracé n’est pas bien défini. Mes pieds s’enfoncent dans l’épais humus, bien que je prenne soin de les déposer sur des touffes d’herbe qui paraissent robustes. Court moment à l’air libre, avant de nous faufiler à nouveau dans une forêt d’arbres-fougères, aux troncs recouverts de mousses. Arrivant à la confluence entre Copland River et Karangarua River, un bon tiers du chemin est parcouru. Une petite ouverture entre les arbres permet d’admirer la jonction entre les eaux turquoise des deux rivières.

Sur notre chemin, quelques torrents succèdent à des champs de boue et rincent nos souliers. Alors que nous arrivons à la prochaine rivière, une surprise de taille nous attends, le DOC a érigé un pont pour faciliter la traversée. En profilé métallique, ancré sur de gros rochers de part et d’autre du lit, il ne bougera pas. Quittant à nouveau le couvert des arbres, nous progressons le long de Copland River parmi les pierres polies par l’écoulement, les troncs d’arbres rejetés sur les rives. Le chemin devient un peu plus scabreux et trace sa route sur deux magnifiques pans rocheux, présentant une douce courbure, résultat d’une érosion millénaire. Un nouveau pont permet de traverser MacPhee Creek. Suspendu, il ressemble aux nombreux autres du même type que j’ai déjà rencontrés en Nouvelle-Zélande, à une exception près. Son assise avale n’étant pas fixe, les mouvements engendrés lors de sa traversée sont plus importants. Sa portée étant ridicule, une vingtaine de mètre, l’amplitude n’est pas importante.

Avant d’arrivé à Architect Creek, une peur bleue nous envahit à la vue de petits engins de chantiers, ainsi que la présence d’une véritable autoroute. A savoir un de ces tracés gravillonnés, égalisés, … en deux mots, bien préparés du DOC. Toutefois, après une portion avec quelques lacets serrés, avalant les mètres de dénivelées, le sentier retrouve son état d’origine, boueux, enraciné… encore plus sympathique que celui de Stewart Island.  Et enfin, nous arrivons à Architect Creek, un des gros cours d’eau à traverser. Mais le DOC, jugeant cela plutôt dangereux, sans doute depuis qu’un certain nombre de touristes et de locaux se soient décidés à monter jusqu’à Welcome Flat Hut, a construit un pont suspendu. Il ne faut pas imaginer deux magnifiques ancrages, des câbles porteurs supportant un tablier de bois. L’ensemble métallique est bien plus proche d’une passerelle himalayenne : 4 câbles métalliques supportent le passavant large d’une vingtaine de centimètre, deux autres de part et d’autre, avec un treillis métallique, forment les garde-corps. La longueur est plus que conséquente, une bonne soixantaine de mètres tout au moins. A peine une dizaine de franchi, et voilà que le pont entre en résonance, se tortillant de gauche à droite, oscillant verticalement, … Je pense qu’un certain nombre de personnes font demi-tour à sa simple vue.

Alors que le chemin était plutôt plat, si l’on néglige les petites montées et descentes pour épouser le terrain, il se met à coter rudement. Deux petites pauses seront les bienvenues d’une part pour se désaltérer, d’autre part pour admirer le paysage. La vallée est d’une grande beauté, recouverte de forêt sur les deux flancs; de temps à autre une grande cascade blanche tranche dans la verdure. Un seul défaut à ce paysage: la présence de brumes qui nous cache la vue sur les sommets enneigés. Jusqu’à Welcome Flat Hut, nous ne traversons plus qu’une petite dizaine de ruisseaux, les 3 trois torrents suivants étant pontés. Si les deux suivants sont de simples ponts statiques, le dernier, traversant Tekano Creek, est du même type que précédemment décrit, élançant ses filins métalliques à travers un large vallon. La vue durant sa traversée embrase  le paysage de Copland Rivier en contrebas jusqu’à la cime d’une montagne  dominant le lit rocailleux.

Après la traversée d’une forêt de fuchsia nous arrivons enfin à la Welcome Flat Hut, érigée en 1986. 5 heures de dure randonnée, sur un chantier bien plus difficile que nombre de nos tracés alpins. La cabane est construite sur un large replat envahi par la végétation. Toutefois, au-dessus de la frondaison il est possible d’apprécier le magnifique cirque montagneux qui nous entoure, dont le Mt Sefton, inséparable compagnon du Mt Cook. L’endroit est juste merveilleux, et le paysage admirable vaut largement la peine de la montée. Tracy, la gardienne, nous accueille avec un sourire amical, explique brièvement le fonctionnement du lieu, nous montre la place de rassemblement en cas d’incendie et surtout nous indique où se trouve l’accueil chaleureux de cette cabane.

Le temps de déposer nos sacs à dos, préparer nos couchages, échanger nos souliers de marche trempés contre une paire de tongs, suspendre nos chaussettes plus qu’humidifiées pour les sécher, et nous parcourons la centaine de mètre qui sépare la cabane des hot pools de Welcome Flat Hut. Et oui, des sources d’eau chaude dont la température oscille entre 45 à 60 [°C] alimentent quelques piscines naturelles d’où montent des volutes de vapeurs à travers l’air frais de la vallée. Je vous passerai les détails, mais s’allonger dans un bain d’eau chaude, après une bonne marche, avec une vue splendide sur les sommets enneigés,… juste grandiose. Et aucun mot ne pourra décrire le moment où le soleil couchant rosit les cimes, alors qu’une chaleur bienfaisante envahit nos muscles sollicités par cette journée.

Ce n’est qu’à la nuit tombée, après que la lune éclaire d’un blafard éclat la clairière, que nous regagnons la cabane. Je m’attaque à la longue tâche d’allumer le poêle. L’opération nécessite une bonne demi-heure car le bois véritablement sec n’existe pas sur la côte ouest. J’y ajouterai quelques pellées de charbons, le véritable, pas ce facsimilé disponible dans nos marchés suisses, et une odeur surprenante, mais point désagréable, que je respire pour la première fois envahit un peu la pièce. Le temps de réchauffer nos repas respectifs et nous voilà attablés. A nouveau, je maudirai les architectes du DOC, avec leurs hauts plafonds. Impossible de chauffer pareil endroit. Le reste de la soirée se passera assis sur un banc, proche du fourneau, à capter la moindre parcelle de chaleur et ingurgiter des thés chauds. En guise d’occupation, non seulement la lecture du livre de cabane, signé par nos nombreux prédécesseurs, mais aussi nos histoires respectives, nos découvertes de la Nouvelle-Zélande, de nos pays d’origine, … Alors que nous nous glissons dans nos sacs de couchage, les fenêtres donnent sur la chaîne de montagnes écrêtant à partir du Mt Sefton, dont la blancheur de la neige resplendit sous la lueur sélénite, détachant leurs silhouettes sur le bleu sombre du ciel nocturne.

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