J71 – Sweet Switzerland

21 07 2011

Riddes, Suisse, dimanche le 24 juillet 2011, 10h45 (GMT+2)

21 juillet 2011, le dernier jour de mon périple : ce soir je débarquerai à Zurich, après quelques heures de vol. En attendant, j’abandonne le bacon de veau et les œufs brouillés pour un déjeuner plus léger, avec une triple portion de fruits, quelques mini-pâtisseries supplémentaires (pains aux raisins secs, feuilletés aux abricots, …) bien plus adaptées à ces latitudes. Sept heures trente: je m’aventure une dernière fois dans les rues du vieux Dubaï. Une fois Khor Dubaï traversé en Abra, je m’enfonce dans les ruelles de Deira jusqu’au marché aux poissons. Je ne résiste pas à aller me balader parmi les étals où des centaines de poissons, reposant sur des lits de glace, les yeux brillants de fraîcheur, vous observent. Comme l’autre jour, nombreuses sont les personnes qui tentent de me vendre leur produit ou encore demandent à être photographiées. Le plaisir sera partagé lorsque je revois d’anciennes connaissances. Si je devais à l’avenir un jour repasser par Dubaï, je suis tenu par une promesse de revenir en ces lieux afin de les rencontrer à nouveau. Quittant l’univers marin, je me dirige vers la section des dattes. Après en avoir dégusté un certain nombre, je me décide à en ramener quelques-unes. Je sélectionnerai trois espèces différentes, à un même stade de mûrissement : loin des produits semi-secs que l’on trouve en Europe, leur chair est moelleuse, sucrée, tendre. Les déguster revient presque à manger une cuillère de miel. D’ici 3 à 4 jours, celles que je n’aurai pas mangées se seront complètement liquéfiées, et il n’en restera qu’un sirop.

Les minutes s’écoulent bien trop vite; j’accélère le pas pour rejoindre le Souk aux épices, passant à travers le quartier des confections et des merceries, franchissant le marché aux matelas, celui des jouets, … Les devantures des échoppes du Souk de l’Or étant closes, mes yeux ne se régaleront pas une dernière fois des bracelets ciselés. Les effluves d’épices me parviennent enfin, et au détour d’une sikka je débouche dans la rue principale. Au cours des précédents passages, trois boutiques sortaient du lot: leurs commerçants ne tentaient pas de m’attirer à tout prix à l’intérieur, et répondaient patiemment à mes questions sur les différentes épices, sans vouloir absolument m’en fourguer quelques grammes. Je me déciderai finalement pour celle tenue par un vieil homme vêtu d’une dishdasha beige. Je demanderai  quelques grammes de safran et de la vanille de Madagascar, je sélectionnerai du curry, de la cardamone, du poivre rouge et du piment. Avant de négocier, le commerçant me glisse qu’il est rare de voir un européen avec une telle barbe et me propose un premier prix bien moins élevé que celui de ses concurrents. Quelques minutes plus tard, son dernier prix est de 170 dirhams. D’un air convaincant, je lui explique qu’il ne me reste plus que 155 dirhams. Il finira par céder la marchandise à ce prix, plutôt que de perdre la transaction. Ayant oublié d’acheter des fleurs d’hibiscus pour faire du karkadé, une tisane excellente, je m’arrêterai dans une autre échoppe afin d’y acheter un demi-kilogramme.

Avant de traverser à nouveau Khor Dubaï, je profite de longer une dernière fois les quais bordés des dhows. Comme d’habitude, l’activité y est débordante, des collies trimballent des paquets, de vieux camions grues chargent les véhicules sur les ponts, pneus et pots d’échappement s’empilent dans les soutes, … Pour un peu je serai prêt à embarquer sur l’un des boutres pour découvrir de nouveaux horizons. Au vieux Souk de Bur Dubaï, j’y achèterai encore un bout de tissu. Passant par la boutique d’Assiz, qui m’interpelle depuis le début de la semaine, j’achèterai un lainage en pashmina. Malgré une âpre négociation, qui permettra de baisser son prix de plus de deux tiers, je paierai le triple que dans l’émirat voisin.

De retour à l’hôtel, il ne me reste plus qu’à empaqueter une dernière fois mes affaires. Afin de gagner de la place, mes vieux souliers troués et des habits plus qu’usagés resteront sur place. Malgré ce délestage, il est difficile que tous mes effets rentrent dans le sac. Le problème majeur provient de mon tapis. Impossible de le ranger plié, je finirai par le rouler autour du sac à dos, et d’emballer le tout dans l’étui de protection. Le paquet final est plutôt lourd à soulever ; j’espère qu’il pèse toutefois moins que 30 kilogrammes, je me verrai mal devoir le refaire à l’aéroport.

Midi. Il est l’heure de rejoindre la navette de l’hôtel. Je m’attendais à un minibus, mais le standard de cet hôtel, malgré les faibles prix estivaux des chambres, veut qu’il s’agisse d’une voiture avec chauffeur privé. Après ces semaines à me coltiner mon sac à dos, cela fait bizarre de ne porter que mon petit sac de cabine et de voir le personnel soulever – presque avec peine – mon autre sac. A l’aéroport, il en sera de même, je ne pourrai aller chercher le trolley, ouvrir le coffre ou encore charger mes affaires, le chauffeur s’occupera de tout, et me fournira les dernières explications pour me rendre au check-in.

Mon sac pèse 29.8 kilogrammes sur la balance, 200 grammes de moins que la limite maximale imposée par la compagnie aérienne. Au passage de la douane, l’employé me demande comment j’ai trouvé Dubaï, et sera surpris d’apprendre que je suis parti me balader dans l’arrière pays en plein été. Il me reste un peu moins de 3 heures avant le départ de mon vol. Je me balade dans le gigantesque terminal, erre entre les étagères des Duty Free et craque pour du chocolat en lait de chameau et un ou deux derniers souvenirs. Après avoir marché de long en large dans le bâtiment, je trouve enfin une boîte aux lettres, située à l’autre extrémité de ma porte d’embarquement.

15h30. Je suis confortablement assis dans mon siège. Encore une fois, personne n’occupe la place à côté. Un dernier regard sur la skyline de Dubaï, The World ou Palm Jumeirah qu’il est à peine possible de distinguer au loin, et me voilà parti. Dans un peu plus de 6 heures je me poserai à Zurich. Survolant le golfe arabique, passant au-dessus des pleines d’Ankara, à mesure que l’avion s’approche de la Suisse, la couverture nuageuse se renforce.  Après n’avoir observé que du blanc au-dessus de l’Europe de l’Est et l’Autriche, une trouée me permet de distinguer Stein-am-Rhein. Quel bonheur que d’admirer ce paysage morcelé : si peu de distance entre les villages, des parcelles si petites, des bosquets et des haies éparpillées sur le sol, un paysage oscillant entre le vert des forêts et des pâturages et le beige des champs récoltés. La Suisse est définitivement un bien joli pays, bien plus accueillant que les contrées désertiques des Emirats Arabes Unis. Une fois débarqué, la fraîcheur helvétique m’accueille. Le thermomètre n’indique pas plus d’une quinzaine de degré, un choc thermique que mon corps n’appréciera pas beaucoup.

De l’autre côté de la frontière, Vanessa m’attend. Elle sera pliée en deux de rire lorsqu’elle me verra déballer mon paquet, afin que je puisse mettre mon sac sur le dos, le tapis, roulé, accroché sur ce dernier. Avant de rejoindre son domicile, je propose une petite halte à Zurich, à la Rheinfelder Bierhalle, à Niederdorfstrasse 76. Dans ce restaurant ouvert en 1870, découvert lors d’un cours de répétition de l’armée suisse dans les environs, on y déguste le Jumbo-Jumbo Schnitzel, un gigantesque cordon-bleu, dépassant de part et d’autre de la grande assiette. Mangé avec une choppe de bière brune, il est aussi bon que dans mon souvenirs. Arrivés à Aarau, une topette de Fendant sera ouverte, et le temps de la boire, tandis que je lui raconte mes dernières aventures, elle me met au courant des dernières nouvelles.

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J70 – New Dubaï

20 07 2011

Renens, mardi le 16 août 2011, 17h20

Après avoir tenté sans succès d’augmenter la température de consigne, je me résigne à vivre dans une pièce réfrigérée à 30°C. Contrairement à l’excellent petit déjeuner de style arabique servi dans l’autre hôtel, ici le premier repas de la journée est dans la tradition anglaise : œufs brouillés, bacon de veau – à défaut de porc – accompagnés de toasts, confitures, fruits, … Bien plus conséquent, mais aussi comme je le remarquerai plus tard, moins adapté à une journée découverte sous le soleil des émirats. L’Orient Guets House possède de plus un autre avantage de taille, celui de servir le repas dès 7h00 : je gagne ainsi une heure de fraîcheur matinale pour partir en ballade.

Première étape, prendre le métro à Khalid bin al-Waleed Le trajet sera bien moins pénible que quelques jours en arrière, et je pourrai profiter du décor de cette station. Si la majorité du tracé est à l’air libre, circulant sur un viaduc à plusieurs mètres du sol, le métro plonge sous terre pour franchir Khor Dubaï. La station est décorée à l’image de l’estuaire voisin : tout le décor baigne dans une ambiance bleue, du sol au plafond en passant par le carrelage des murs. Au-dessus des escalators, les filaments des lampes, dont la forme rappelle celle des méduses, pulsent doucement d’une lueur blanche, tandis que je rejoins le quai, décoré de photographies bicolores. Une fois propulsé hors de terre, le métro surplombe Sheikh Zahid Road, la principale route de Dubaï, une autoroute à 12 voies. De part et d’autre s’élèvent deux rangées d’immenses gratte-ciels. Ces immeubles dont tout le monde a entendu parler – Emirates Tower, Burj Khalifa, …. –  et identifié à Dubaï, à cette cité moderne, sans penser qu’il puisse y exister encore de vieux quartiers. Le panorama est plus qu’étrange: ces constructions surgissent au milieu de rien, ou plutôt sont cernées au sud par les dunes du désert et les mangroves de Ras-Al-Khor, alors que les quartiers résidentiels s’étendent sur la bande de terre les séparant de la mer. Résolument plates, les maisons ne comptent que 2 à 3 étages, entre lesquelles la frondaison des palmiers ressort. Je n’avais pas imaginé New Dubaï ainsi, je pensais que les gratte-ciels auraient été bien plus nombreux, dressant partout leur silhouette. Seule aux abords de Jumeirah Beach Residences, la haute stature de ces buildings forme des quartiers d’habitations au plus près de l’eau salée.

Bien décidé à découvrir tant le quartier d’affaires où se dresse Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, dont l’antenne culmine à 828 mètres, que les quartiers résidentiels, je descends à Business Bay et rejoins Jumeirah Road à pied. New Dubaï, une cité où tout est pensé pour le transport routier : des embellissements floraux ornent les échangeurs autoroutiers, et des bandes de pelouse bordent les axes macadamisés, alors qu’aucune allée arborisée n’ombre les trottoirs, souvent à peine terminés. Le chemin n’est pas des plus bucoliques, mais me permet de découvrir ces quartiers dont les directeurs d’aménagement à court d’idée les ont simplement nommés Jumeirah 1, Jumeirah 2 et Jumeirah 3. Leur imagination fera de même défaut avec le nom des rues, dont l’appellation se résume à un numéro. Si la dénomination est paraît-il logique, je n’arrive pas à trouver la moindre séquence raisonnable dans cette numérotation. La 22 suit la 25, alors que de l’autre côté, je viens de passer la 15b suivant la 19.

Chemin faisant, je découvre avec bonheur la présence de fontaines à eau : sorte de tireuses à bière dispensant un liquide bien frais. Le doux fluide ambré y est toutefois remplacé par un liquide bien plus simple, mais au combien plus agréable. De temps à autre, je me retourne, admirant la haute forme hélicoïdale de Burj Khalifa écrasant les environs de son élévation. J’arrive enfin au site archéologique de Jumeirah, où se trouvent les ruines d’une antique agglomération. Alors qu’il est normalement possible de visiter le terrain vague, aujourd’hui ceint par une clôture métallique, un cadenas et une chaîne restreignent solidement l’accès. Dépité, je continue mon chemin jusqu’au Maljis Ghorfat Um-al-Sheef. Il était rare que les  maisons soient érigées loin du centre commerçant de Bur Dubaï, pourtant un marchand a fait édifier une bâtisse devant lui servir de villégiature estivale au milieu de sa palmeraie. Loin des grandes constructions, dont les plans s’articulent autour d’une cour centrale, la maison est des plus simples : le rez-de-chaussée comportant une petite salle accolée à une zone ombrée ouverte sur trois côtés  et parsemée de piliers supporte un étage séparé en une longue galerie, abritée du côté sud et le séjour, un long maljis. Je profiterai de la fraîcheur de la pièce et surtout des cousins pour m’asseoir à la place traditionnellement réservée au chef de famille. Un petit moment de repos, plus que bienvenu avant d’aller affronter à nouveau la chaleur extérieure. Avant de quitter cet endroit, je profite de déambuler un peu dans le jardin, dont l’aménagement correspond à celui d’une palmeraie traditionnelle avec son puits et les divers petits canaux, destinés à hydrater les palmiers, tout en diminuant les pertes aquifères.

J’ai presque oublié de vous décrire le quartier résidentiel. Les maisons plus ou moins modernes arborent les styles les plus fantaisistes : italien, pseudo-romain, espagnol, ou encore reprise du modèle local ou libre interprétation des bâtiments arabes. Ceintes d’un muret dont la hauteur les protège des poussières et du vent, et les barbelés et tessons de verre des personnes mal-attentionnées, une meute de SUV ou de voiture luxueuse trône devant le lourd portail de ferraille. La peinture claire des revêtements tranche avec l’exubérante verdure poussant à l’intérieur des propriétés ou encore plantée sur le terrain compris entre le trottoir et le mur. Plus les voitures semblent chères, plus la végétation extérieure est luxuriante, comme s’il était le comble de la richesse que de montrer sa probité à gaspiller de l’eau. Pelouse verte côtoyant le sable du désert est l’apanage de New Dubaï.

Renens, mercredi le 17 août 2011, 15h20

Pour rejoindre Madinat Jumeirah, je décide de prendre le bus le long de Jumeirah Road. Bien que l’arrêt de bus se trouve juste de l’autre côté de la route, je dois revenir en arrière sur près d’un demi-kilomètre pour gagner le plus proche passage piéton. J’aurais volontiers traversé les quatre voies de circulation, si l’ilot centrale n’était pas doté d’une barrière haute de plus d’un mètre destinée à empêcher les piétons de traverser comme bon leur semble. Enfin arrivé à l’endroit officiel pour traverser la route, je patiente encore cinq minutes. Le feu de circulation ne virant toujours pas au vert, je me décide à franchir la route en toute illégalité, avant de parcourir à nouveau les cinq cents mètres jusqu’à l’arrêt de bus. Visiter une partie de New Dubaï à pied tient de la gageure, d’ailleurs tout est prévu pour rendre l’attente supportable : les bancs de l’abribus sont enfermés dans une enceinte climatisée. Tout comme dans le bus après, la température est presque insupportable, tant elle est froide.

Peu avant d’arriver à destination, je descends à l’arrêt de Wild Wadi Waterpark, un gigantesque parc de loisirs aquatiques. Tout proche se dresse Burj Al-Arab, l’hôtel le plus luxueux de Dubaï, reconnaissable à son élégante silhouette en forme de voile. Devenu rapidement l’une des icônes de la ville et des Emirates, un pont incurvé permet d’accéder à l’île artificielle sur lequel il est construit. Sur la terre ferme, un contrôle d’accès garde l’entrée : un véritable poste douanier avec sa guérite centrale, ses solides barrières métalliques qui ne s’abaissent que pour laisser entrer un véhicule à la fois. A moins d’y séjourner pour une nuit, le garde ne vous laissera entrer que si vous avez réservé une table, au minimum le jour d’avant. Et n’oubliez surtout pas de vous habillez de façon formelle, l’homme doit obligatoirement porter un costard et arborer une cravate. Autant vous dire, que je ne verrai pas le somptueux intérieur de l’hôtel, dont 1600 mètres carrés sont recouverts de feuilles d’or. Avant de repartir, je voulais photographier l’entrée sécurisée avec Burj Al-Arab en arrière-plan, mais un responsable s’est précipité pour me l’interdire. Bien que tout un chacun puisse le voir, le standing de l’hôtel ne supporterait pas que pareille image circule sur la toile.

Quelques centaines de mètre plus loin, j’entre dans Madinat Jumeirah, une resort touristique. Véritable ville dans la ville, le style architectural du gigantesque complexe hôtelier s’inspire des anciens maljis du vieux Dubaï. Tous les détails sont respectés, des tours à vents jusqu’aux décorations; seuls la taille et les aménagements extérieurs diffèrent. Les bâtiments, comptant une petite dizaine d’étages, sont entourés de petits jardinets où foisonnent bananiers, bougainvillées, palmiers, … Au lieu des rues, un réseau de canaux à la vénitienne relie les différents endroits, parcourus par des abras, bien trop ripolinés pour faire vrai. Le cœur du complexe est occupé par le souk… quoique j’aie de la peine à qualifier cet endroit ainsi. Si le décor fait penser à un véritable souk, comme celui du marché aux épices, avec ses toitures de bois ombrageant les ruelles, les allées recouvertes par un toit sont climatisées pour maintenir une température d’une vingtaine de degré, sans doute nécessaire à la survie des touristes. De même, au lieu de trouver des échoppes colorées, des marchands qui vous interpellent, la plupart des magasins sont bien rangés, d’une propreté presque clinique, les vitres sans une trace de doigts. Si l’endroit m’a fait piètre impression, deux petits magasins regorgeant de souvenirs divers et variés, neufs ou anciens, relèvent le niveau, lorsque les marchands me voyant regarder des khanjars, la traditionnelle dague incurvée, me proposeront des prix bien meilleurs marchés que ceux indiqués sur les lames. Je ressortirai les poches vides, l’endroit est bien trop artificiel pour que j’aie du plaisir à y acheter un article.

Renens, mardi le 22 août 2011, 10h00

Une fois dehors, je suis les indications fournies par le gardien pour rejoindre l’arrêt de bus. Toutefois, ne voyant aucune trace de la station climatisée ou d’un quelconque panneau indicatif, je poursuis mon chemin à pied. Je ne suis plus étonné d’observer de larges plates-bandes engazonnées et décorées de massifs floraux de part et d’autre de la route, mais je me questionne toujours autant sur leur utilité. Une rangée d’arbre apporte de l’ombre, mais située bien trop éloignée de l’étroit trottoir pour rendre la marche plus agréable au piéton. A mesure que je m’approche de Sheikh Zayed Road, les aménagements piétons se font de plus en plus maigre, jusqu’à la disparition complète du trottoir. Arrivé à l’intersection, je marche sur ce qui s’apparente à une sorte de terrain vague où briques de construction côtoient quelques touffes d’herbes asséchée sur un sol mal plat, alors que les bas-côtés de l’échangeur resplendissent de fleurs colorées. Au milieu de nulle part surgit la silhouette d’une entrée de métro, l’accès au deuxième monde de Dubaï. Un sol en pierres polies baigne dans une atmosphère climatisée, des escalators et autres tapis roulants empêchent de faire le moindre effort. Tout s’oppose au monde de dehors, poussiéreux, chaud, humide, salissant, …

De l’autre côté de la passerelle, j’arrive à Mall of the Emirates. Plus grande que les galeries d’Ibn Battuta, trois ou quatre étages d’immenses atriums recouverts par de magnifiques verrières, des sols de marbre : le gigantisme et l’élitisme triomphent à tous les étages. Il s’agit du deuxième centre par sa grandeur et sa popularité derrière Dubaï Mall. Si je me suis arrêté ici, c’est surtout pour aller observer Ski Dubaï, une piste de ski dans une enceinte à atmosphère contrôlée. La façade donnant sur les galeries des magasins est entièrement vitrée afin que badauds, touristes et locaux puisent admirer l’adresse des skieurs. Il est même possible de siroter un chocolat chaud au St Moritz Café. Vraies fausses cheminées, murs de pierres sèches, l’atmosphère alpine qui s’en dégage est le véritable cliché d’un chalet traditionnel.

Finalement je me laisserai tenter. Pour toutes les personnes qui me soutiendraient que mon acte n’est pas très écologique, je répondrai simplement que, de mon point de vue, ce ne sont pas deux petite heures à zéro degré qui influenceront grandement mon empreinte carbone, déjà bien mise à mal par un tour du monde en avion, sans compter les kilomètres parcourus en Nouvelle-Zélande et en Australie. Arrivé en salle d’équipement, je suis servi par un sympathique marocain. Pour la taille des skis, il me propose des carvings de 155 centimètres. Devant mon air ébahi, il ajoute qu’il possède des plus grands de 165. Ce n’est qu’à ma demande qu’il m’apportera les plus longs de leur stock, et à mon tour je resterai surpris en le voyant revenir avec une paire de 175. Jamais je n’ai skié avec d’aussi courts skis, mais je ferai avec. L’expérience ne peut que s’avérer rigolote. Par contre, il me procurera une paire de souliers sortant du carton. Un véritable plaisir à enfiler, par rapport aux premières chausses que j’avais enfilées.

Alors que je m’apprête à entrer dans la halle d’hiver, des personnes complètement frigorifiées sortent en courant. Une fois à l’intérieur, si la température est fraîche, il ne fait pas froid. Je supporterai aisément de skier sans gants, ni cache-oreille. Ski Dubaï est une véritable station de ski en miniature, un télésiège à quatre places remontent skieurs et passagers jusqu’au sommet de la piste, une station intermédiaire permet de s’arrêter à mi-chemin pour ne pas avoir à dévaler une pente trop raide, ou à accéder directement à un petit chalet de bois. Ce dernier renferme l’Avalanche, un petit bistrot où il est possible de se régaler à travers les fenêtres à carreaux des gens chutant lourdement et sans élégance. Me voilà au sommet, je suis surpris en bien par la qualité de la neige. Il ne faut pas se représenter une superbe poudreuse, mais il ne s’agit pas non plus d’une neige artificielle dure, gelée, comme nous avons l’habitude en Europe. Il faut dire qu’avec une température qui n’excède jamais 1[°C], la neige ne peut pas se liquéfier. Par contre, il ne s’agit pas de grand ski: 80 mètres de dénivelée maximum, 400 mètres de long, cinq grosses courbes ou une quinzaine de petits virages et me voilà déjà au fond, moins de 30 secondes après mon départ. Heureusement qu’il existe un petit téléski POMA, qui permet de diviser par cinq le temps de montée.  L’expérience est intéressante. Il s’agit réellement d’un must-do si vous passez par Dubaï et que vous aimez skier. Peut-être serez-vous le seul sur la piste à savoir glisser et serez acclamé pendant votre descente et accueilli par une salve d’applaudissements à votre arrivée, comme il m’est arrivé couramment. Au bout d’une heure trente et une vingtaine de descente, la piste n’a plus de secret pour moi. Je quitte sans regret l’enceinte, ainsi que Mall of the Emirates. Il est temps de prendre le métro pour aller à Dubaï Mall.

Durant tout le trajet, je ne cesse de regarder la silhouette de Burj Khalifa, qui malgré sa hauteur plus que conséquente, joue à cache-cache derrière les immeubles. Si la station de métro est reliée par bus jusqu’à Dubaï Mall, je préfère m’y rendre à pieds, afin de prendre pleinement conscience de cette tour. Peut-être ai-je oublié de vous décrire la prouesse d’ingénierie de Burj Khalifa. Il faut dire que d’après sa majesté le Sheikh Mohammed bin Rashid al Maktoum le mot impossible n’existe pas dans le vocabulaire d’un leader, et qu’importe le challenge, la détermination peut en venir à bout. Marchant dans les traces de son père, il décida d’ériger la plus haute tour au monde. Il ne fallut que 6 ans pour que 13’000 travailleurs érigent les 828 mètres de Burj Khalifa. A mesure que je m’approche du centre commercial, je me sens rapetisser. Il faut dire qu’à moins de 100 mètres de ses fondations, l’effet est saisissant. Toutefois, l’élégance de ce pseudo-cylindre contrebalance l’effet de sa hauteur:  je ne me suis jamais senti dominé par cette construction majestueuse. Envouté serait un terme plus judicieux. Je me serais bien abandonné dans une contemplation lascive de l’édifice, accoudé contre un palmier la tête dans les nuages. Mais la chaleur me pousse à rejoindre la fraîche atmosphère de Dubaï Mall.

Je me suis senti encore plus petit à l’intérieur des galeries, tant Dubaï Mall est un gigantesque mammouth commercial. Je mettrai un bon quart d’heure pour rejoindre et surtout trouver les guichets de Burj Khalifa, où j’achèterai un billet pour monter jusqu’au 124ème étages, culminant à plus de 400 mètres au dessus du sol. Toutefois, il me faut patienter encore trois heures avant d’accéder aux ascenseurs. Qu’à cela ne tienne, je me décide pour une séance de shopping, ou plutôt de découvrir les entrailles du plus grand centre commercial. Imaginez plus de 1200 commerces répartis sur 800’000 mètres carrés, une patinoire accueillant 2000 personnes, un gigantesque aquarium dont l’un des bassins contient 10 millions de litres d’eau, quatre étages, de vastes atrium, une double fontaine intérieure où l’eau s’écoule sur plus de 20 mètres de haut, … Presque indescriptible. Pour vous donner un semblant de mesure, imaginez 450 magasins de haute couture – Dior, Chanel, Yves Saint-Laurent, … – occupant 80’000 mètres carrés dans un espace luxueux où marbre et véritable dorure envahissent murs, sols et plafonds. Les technophiles seront ravis par le dernier étage où les magasins des grandes marquent se suivent côte à côte : Sony, Samsung, Bose, Denon, Harmon-Kardon, … présentant chacune l’ensemble de leur catalogue. Au centre d’un atrium, une manifestation promeut la culture traditionnelle : dégustation de figues, présence de camélidés, d’un dresseur de faucon ou encore représentation de danseurs de tambour, cette danse tribale où les hommes se réunissaient pour danser, jouer du tambour et de la flûte, les nuits de pleine lune parfois jusqu’au lever du soleil. Des sons étranges mais séduisants, des rythmes lancinants, mais entêtants, un caractère hypnotique qui m’envoûte complètement le temps d’une danse. Bref, ces trois heures ont presque été trop courtes.

Il est temps de rejoindre l’antichambre où je patienterai jusqu’à ce que la visite débute. L’attente n’est pas rébarbative dans cette salle où quelques informations parcimonieuses mais fascinantes sont dispensées. Au centre, sur un socle triangulaire trône un modèle réduit de la tour. Ses étages s’illuminent à tour de rôle, alors que des écrans, disposés sur le pourtour du support, expliquent leur fonction : commerces, habitations, hôtels, maintenance, … Après un passage obligatoire au travers d’un portique de sécurité, un tapis roulant m’emporte à travers une galerie d’introduction. Au mur, l’histoire abrégée de Dubaï est racontée à l’aide d’images animées d’une grande beauté : des pêcheurs de perles aux constructions modernes, à chaque étape, l’un des éléments du décors se transforme en texte, déroulant sa calligraphie arabe en voluptueuses courbes. Plus loin, le mur s’est mué en un tableau blanc, puis noir, sur lequel le génie de la tour est conté : de son inspiration végétale, de sa structure enroulée, similaire au tore d’un coquillage, aux essais effectués en soufflerie, … Enfin l’ascenseur m’amène à plus de 10m/s jusqu’à mi-hauteur.

Dehors, il fait nuit. Sur la terrasse, en altitude, la température de l’air est supportable. La vue sur Dubaï est magnifique. Les artères éclairées, les gratte-ciel illuminés, la sombre obscurité du désert ou de la mer au loin, les scintillements multicolores des décorations, … Les voitures ne sont plus que des pixels rouges ou blancs se mouvant sur des lignes de communication. La hauteur des autres buildings qui de la terre paraissait immense, est toute relative: d’ici je les domine. Lorsque je regarde en l’air, la vue est aspirée par la pointe illuminée de Burj Khalifa, pointant vers le ciel. Dubaï m’avait parut grande ; de nuit, elle me paraît inhumaine, pareille à une cité qui ne dormirait jamais, qui ne voudrait que grandir, s’étendre à perte de vue. Quelle doit être l’impression, en découvrant son étendue de jour, lorsque la vue porte jusqu’à The World et Palm Islands, ces grandes îles artificiellement construites au large de la côte! Par deux fois je ferai le tour du bâtiment, admirant l’horizon à 360°C, cette nuit sans étoile, où la lueur de la lune est si pâle. De retour au niveau 0, le long du couloir de sortie, il est possible d’écouter les témoignages des nombreuses personnes associées au projet – ingénieur, architecte, maître d’œuvre, ouvriers, … – et de découvrir l’histoire de la construction. Je ressors de Dubaï Mall par l’esplanade le séparant de Burj Khalifa, où se trouve aussi Dubaï Fountain. Cette gigantesque fontaine prend vie chaque 20 minutes à la nuit tombée : des jets d’eau ondulent au gré de la musique tels des danseuses de Belly, se parant de multiples couleurs, jaillissant jusqu’à 150 mètres. Le spectacle est grandiose, sans doute l’image que Sheik Mohammed ibn Rashid Al Maktoum veut que l’on emporte de sa ville. Sur le chemin me menant au métro, je me retourne plusieurs fois pour contempler la silhouette blanche et effilée de Burj Khalifa.

De retour à Deira, pour mon dernier repas ethnique à Dubaï, je resterai dans le thème de New Dubaï en mangeant philippin. Il s’agit des derniers travailleurs arrivés à Dubaï, après les autres ressortissants des divers pays arabes. Par milliers ils furent ouvriers sur les dernières grandes réalisations des Emirates, que ce soit Burj Khalifa, JBR, … A l’apéro je dégusterai un sago’t gulaman, un rafraîchissement typiquement philippin à base de tapioca, dans lequel flotte des jelly beans, de la gelée sous forme de bille. Si le goût est bon, l’aspect gélatineux des billes met mes sens en émoi. Par contre, le repas est excellent : crevettes grillées à l’ail en entrée, suivies d’un abobo, une sorte de ragoût de porc fortement épicé, cuit dans du vinaigre, de l’ail et du soyo. En rentrant par le quai aux dhows, peu avant de prendre un abra pour traverser Bur Dubaï, je suis attiré par la musique émanant de derrière un petit bistrot. Je découvre un groupe de jeunes asiatiques répétant une chorégraphie. Je me joindrai aux locaux, admirant le spectacle, et apprendrai que cette séance a lieu de manière hebdomadaire au même endroit. J’attraperai le dernier abra pour traverser le fleuve et rejoindrai tardivement mon gîte. Une bonne douche – chaude comme à son habitude – et je rejoindrai avec joie mon plumard.

New Dubaï, je crois que je l’ai visité. S’il m’a fallu plus de deux jours pour découvrir les vieux quartiers, je ne pense pas qu’il faille plus d’une journée pour appréhender les nouveaux quartiers. Enfin, il ne s’agit que de mon point de vue. La majorité des européens qui y viennent, ne s’y rendent que pour le shopping, dormant dans l’une de ces gigantesques resorts. Peut-être, prendront-il plaisir à découvrir chaque jour une galerie différente.

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J66 – Deira – fishmarket

17 07 2011

XVA Hotel, Dubaï, dimanche 17 juillet 2011, 6h27 (GMT+4)

En fin d’après-midi, alors que j’ai plus ou moins planifié l’itinéraire pour ces prochains jours et surtout réservé mon moyen de locomotion, je retourne en abras de l’autre côté de Khor Dubaï. Je ne résiste pas à faire un petit détour par le marché aux épices pour humer encore une fois ces senteurs, avant de me rendre dans des ruelles plus vénales. Abrité par un large toit portant l’inscription « Dubaï, cité de l’or » en anglais et en arabe, le Souk de l’or, un vaste entrelacs d’allées où les vitrines miroitent et scintillent d’or et d’argent. Des tonnes et des tonnes d’or ciselés sous forme de bagues, bracelets, boucles d’oreille, parures, … D’après le guide, pas moins de 25 tonnes de cet inestimable matériau sont présentes en tout temps chez les joaillers. Les devantures ne brillent pas par leur simplicité, croulant sous les anneaux et les bustes, surmontés par de gigantesques enseignes lumineuses. Un monde complètement à part. Je visiterai quelques boutiques : un portier vous ouvre la porte, les marchands arborent costard-cravate, … tout semble des plus artificiels. Je préférai de loin Al Romaizan, une échoppe tenue par des arabes vêtus de leur costume traditionnel. L’atmosphère est bien moins guindées : ici, aucun prix n’est affiché et toute estimation est sujette à discussion. L’une des créations, une parure pectorale à motifs floraux, me séduit par la qualité de son travail, spécialement la représentation des badianes. Toutefois, elle est bien hors-de-portée de ma bourse, même si son prix reste « raisonnable » comparativement à ce qu’un joailler européen en demanderait.

Sur le chemin me menant au marché au poisson, je longe la ruelle où sont présentes les parfumeries, d’où sortent des effluves entêtantes. Chacune propose les Grands Parfums de la mode, ainsi qu’une petite sélection de senteurs plus prisées par les arabes, sans oublier les différents types de musc. En dehors d’une importante activité matinale, le marché au poisson retrouve toute sa vigueur en début de soirée. Partageant les lieux avec les fruits et légumes, quelques employés me taquinent en me disant que jamais je n’oserai mettre les pieds dans la partie poiscaille, tant l’odeur est impressionnante. Malgré les lits de glace, par une journée où la température ne descend pas en dessous de 40°, le fumet est plus que développé. Cela ne m’arrêtera pas et  je découvrirai sans doute le marché le plus actif depuis mon arrivée. Les vendeurs crient, gesticulent dans l’espoir d’attirer l’attention des acheteurs et finissent d’écouler leur stock. Me faisant interpeller à plusieurs reprises, je les surprendrai, quand, sans hésitation, je saisis le poisson, la seiche ou encore le requin qu’ils me tendent, dans l’espoir que je sois séduit par le produit. En retrait des principaux stands, une zone est attribuée uniquement aux poissons séchés : morues, sardines, alevins, … l’odeur, un peu âcre, est encore plus forte que dans le reste du marché.

Dès l’instant où je prendrai une ou deux photographies, quelques employés me demandent d’être immortalisés à côté de leur stand, puis m’entraînent auprès de leurs amis pour que je saisisse l’instant présent. De bonne humeur, ils ne cesseront de se taquiner, qui déposant un poisson sur l’épaule de l’autre, qui glissant une seiche dans le cou, … Il s’agira sans doute d’un des meilleurs souvenirs de Dubaï, tant l’ambiance est complètement délirante, ouverte… Les discussions iront bon train sur ce petit suisse qui se balade sans être dégoûté par les poissons défraîchis et les odeurs. Avant de quitter l’endroit, je déambule entre les étales colorés du marché aux légumes. Discutant avec les détaillants, certains me feront goûter leur produits locaux : concombres, tomates,… si je prends en photographie leur stand. En plein au milieu de la zone trône un long étalage rempli de dattes : tailles, couleurs, états de séchage, origines, varient. Je serai forcé par les vendeurs à en déguster quelques unes. Je découvre être particulièrement friand de la datte mûre à point, qui vient d’être cueillie. Au lieu d’être sèche, le noyau est entouré d’une chair sucrée, moelleuse, ressemblant presque à un miel coulant. Avant de quitter le marché, je siroterai le lait d’une noix de coco fraîche, avant de me régaler de sa chair. Deux vrais régals.

Quittant cet endroit fantastique, je me perdrai dans les rues de Deira Covered Souk. Un dédale de ruelles à ciel ouvert, où les échoppes de marchands de tissus, rubans, fils, boutons… se suivent, intercalées avec des tailleurs et des officines de confection. Si j’avais écouté les nombreux indiens, je serais reparti avec une garde-robe complète. Arrivant l’heure du souper, je me dirige vers Afghan Kebab House. Il ne faut pas imaginer un kebab comme nous avons l’habitude en Europe. Il s’agit plus d’un véritable restaurant où des brochettes de viandes – mouton, poulet et bœuf – sont simplement servies avec des galettes, du riz, et quelques légumes. Si l’un des employés m’amène une fourchette et un couteau, je me fondrai dans la clientèle, surprenant les habitués, en me délectant de cette nourriture à pleine main. Je l’avoue, pour notre culture, manger avec les mains fait un peu homme de Cro-Magnon, mais les aliments possèdent un tout autre goût.

Pour ces prochains jours, je saute presque dans l’inconnu. Après une petite visite au musée de Dubaï, je récupère une voiture et je pars dans les Emirats. Mon premier arrêt sera pour Sharjah, avant de rejoindre la côte Est à Dibba et de la descendre jusqu’à la frontière avec Oman et de revenir, peut-être par Al-Ain. Je me réjouis de voir des levers et couchers de soleil, de passer des nuits à la belle étoile; par contre je ne sais pas encore ce que je vais manger. Il m’a été impossible de trouver le bon modèle de bouteille de gaz pour mon brûleur. J’ai encore l’espoir d’en trouver une dans un magasin de camping le long de Jumeira Beach Road. Avant de partir à l’aventure, il me faut encore m’avitailler en eau, légumes et pain. Mon seul souci majeur est le début d’après-midi, entre 12h00 et 16h00: je ne sais pas encore comment je vais le gérer. Peut-être me réfugierais-je dans un café traditionnel, à moins que je ne reste planqué dans la voiture climatisée. Je découvrirai cela dans quelques heures.

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J66 – Deira et News

16 07 2011

XVA Hotel, Dubaï, Samedi 16 juillet 2011, 15h00

T=44[°C], Hrel=62%

En ce début d’après-midi, je profite d’être réfugié dans ma chambre pour vous tenir au courant de ces derniers jours, et mettre à jour des récits plus anciens, comme ma balade à Manly ou encore mes pérégrinations dans Ku-Ring-Gai-Chase National Park. Par contre, il manque toujours le 52 et le 63ième jour.

XVA Art Hotel, Dubaï, samedi 16 juillet 2011, 8h40 (GMT+4)

Ce matin, je me réveille en pleine forme à 6h30, comme si je ne m’étais pas rendu compte du décalage horaire. Je me demandais si l’impression de hier soir n’avait été qu’un rêve lors de ma douche. Mais non, il s’agit bien de la réalité, l’eau froide est plus que tiède. Il ne sert à rien d’ajouter un filet d’eau chaude pour la tempérer. Adieu douche revigorante! je me réjouis de vous retrouver à mon retour en Suisse. En attendant le déjeuner, qui n’est servi qu’à huit heures, je planifie ma journée qui me conduira de l’autre côté de Khor Dubaï à Deira, parmi les vieux souks. Je me réjouis d’avance. Le déjeuner est somptueux : jus d’oranges fraichement pressées, café accompagné d’une tranche de pastèque, d’une sorte de pancake avec sa gelée d’abricot et une sorte de crème acidulée – un vrai délice –, ainsi que d’une petite omelette, dont les plissements la font ressembler à une fleur.

XVA Art Hotel, Dubaï, samedi 16 juillet 2011, 13h50 (GMT+4)

9h00, je quitte l’hôtel. Dans les rues étroites de Bastakia, la chaleur est amoindrie par la légère brise canalisée entre les murs. Les quelques centaines de mètres à parcourir jusqu’au Souq de Bur Dubaï, quittant l’abri de l’ancienne ville, et avant de profiter de l’ombre des toitures de palmes, la torpeur me rattrape. L’architecture urbaine contemporaine n’a rien appris des anciennes techniques, comptant sur la seule climatisation des voitures et des bureaux pour rendre la vie plus agréable. Arrivé sur le quai, je monte dans un abra en direction de Old Souq Deira.

Avant de m’aventurer dans la vieille ville, je longe Khor Dubaï. Le long des quais, des centaines de dhows sont en attente d’être chargés, amarrés à couple. Si les superstructures sont colorées en bleu, parfois rehaussées de blanc, la coque est nue. Le bois apparent est redevenu brut sous les assauts du temps et des intempéries. L’ensemble de ces anciens voiliers, aujourd’hui motorisés, forme un ensemble pittoresque. Sur les quais, quelques camions grues émergent entre des amoncelées de marchandises les plus diverses : gigantesques cartons, véhicules de deuxième, voire de troisième main, barres métalliques, pneus, … Arrivé en cargo depuis la Chine, Singapour ou encore de la Corée du Sud, le fret est réexporté à destination des autres pays arabes : Iran, Somalie, Yémen, Oman, Iraq, … moyennant, j’imagine, un plus que substantiel profit. Si la majorité des colis est chargée à dos d’homme, quelques camions grues sur les quais, ou encore installés dans les plus grands dhows permettent de charger véhicules et bidons d’huile. J’apprécie ces ambiances de docks, mi-contemporaines, mi-traditionnelles. La plupart du temps, les ouvriers et les patrons apprécient grandement d’être pris en photo. Il s’ensuit de grandes discussions lorsque l’un baragouine l’anglais, traduisant les questions des autres marins arabes. Finalement, je resterai à discuter avec plusieurs équipages, certains me demanderont même d’être pris en photo durant leur pose. Je ne me verrai refuser qu’une fois l’autorisation par un équipage africain.

Quittant les quais, je m’enfonce dans Deira et me perds dans ses rues. Errant à la recherche du Grand Souq de Deira, je passerai par diverses ruelles, chacune consacrées à un type de marchandises : tapis, plomberie ou encore électronique. Ce dernier domaine est des plus impressionnants : téléphones, ordinateurs, appareils photo, bouilloires électriques, lampes de toutes les couleurs, grille-pains… sont présentés en vitrines. Partout neufs ou de deuxième main, tout s’achète et se revend. Je comprendrai de mieux en mieux le travail à la libanaise d’un ancien vice-président logistique de Balélec. Au détour des méandres je finirai par arriver au Grand Souq de Deira. Comme partout ailleurs, chaque allée est bordée par des commerçants vendant les mêmes marchandises. La plus connie est sans doute celle du marché aux épices. Les effluves de cardamone, de cannelle, de curry, de karadé, ou encore de citrons séchés et de diverses fleurs séchées s’élèvent. Un vrai régal pour les yeux et le nez. Je m’arrêterai à plusieurs reprises, pénétrant dans telle ou telle échoppe, humant le safran, respirant l’odeur entêtante de l’encens. Deira, Ah! Deira, entre les quais et ce marché, tu auras sans doute droit à ma dernière visite la semaine prochaine.

Alors que je rejoins le quartier du Naif, observant les diverses vitrines, je rentre chez un grossiste en noix et thé. Au mur, de nombreuses étagères supportent les emballages, alors qu’au centre trônent des sacs de jute emplis de noix et de diverses graines. Discutant des prix, je découvre qu’ici un kilo de karkadé, les fleurs d’hibiscus, coûte 26 dirhams, alors que les cents grammes sont vendus huit dirhams au marché aux épices. Une véritable inflation d’une rue à l’autre.

L’appel du Muézin m’avertit que la fin de matinée est déjà là. Avant de rentrer à l’hôtel pour les chaudes heures du début d’après-midi, je décide de visiter encore deux bâtisses. La première sera Heritage House construite en 1890 par le Sheik Ahmed bin Dalmouk, elle ne comportait à l’origine que deux pièces. Les affaires prospérant, la maison se vit adjoindre de nombreuses pièces, un deuxième étage autour d’une cour centrale. L’architecture est similaire aux autres constructions de la même époque, par contre l’intérieur est ici fourni avec les anciens objets et meubles de la famille. La mise en scène avec l’adjonction de mannequins rend l’ensemble bien plus vivant et permet de mieux comprendre leur mode de vie. A l’entrée, avant de pouvoir continuer la visite, je me verrai offrir un thé et une petite assiette de poids-chiche en guise de bienvenue. J’avais ouï dire de la bonne hospitalité des arabes, sans en pouvoir faire l’expérience jusqu’à ces derniers jours ; et j’en suis conquis. A chaque fois, cela permet de discuter avec les locaux malgré quelques difficultés linguistiques. Les seuls moments où j’ai vu des sourcils froncés furent quand des occidentaux et occidentales portaient des habits plutôt courts. Pour ma part, j’ai tenté de me fondre dans la masse, troquant mon inséparable short, contre mon lourd pantalon et appris quelques mots d’arabes. Rien de tel que des tentatives d’intégration pour entrouvrir les barrières.

Ma dernière visite de la journée sera pour Al-Ahmadiy School. Alors que Dubaï ne comptait pas encore d’école, et que devant le succès croissant des sheiks-marchands, ces derniers voulurent que leurs fils aient une meilleure éducation. Le sheik Ahmed bin Dalmouk décida la construction d’une école privée. Il accueillit les premiers enfants en 1912 pour leur enseigner le Coran, la grammaire, la calligraphie arabe, les mathématiques, ainsi que la littérature et l’astronomie. Devant le succès, l’école fut agrandie, dotée petit à petit d’un deuxième étage. L’enseignement y fut dispensé jusqu’en 1963, avec l’introduction d’un cursus formel et officiel. Si l’architecture de ce bâtiment est aussi simple que celle des autres demeures, elle se démarque par la richesse de son ornementation. Ici les sourates ornent le dessus des portes, les arches de la cour intérieure sont ciselées… Je prendrai un véritable plaisir à la visite, malgré la chaleur étouffante. Sur le chemin du retour, la petite brise soufflant sur Khor Dubaï, lors de la traversée en abra, sera plus qu’agréable.

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J65 – Bur Dubaï

15 07 2011

XVA Art Hotel, Dubaï, vendredi 15 juillet 2011, 13h30 (GMT+4)

Lorsque j’avais réservé mon vol, je n’avais pas vu que le vol EK419 partant de Christchurch pour Dubaï, en plus de son escale à Sydney s’arrêtait aussi à Bangkok. Je regrette presque de ne pas avoir ajouté une escale supplémentaire sur mon trajet du retour. La vie y étant tellement bon marché, je pense que j’aurais facilement pu me permettre d’y séjourner deux semaines. Mais il est trop tard pour les regrets et il faut aller de l’avant.

Alors que nous approchons de l’Afrique, l’aube nous rattrape enfin. Entre la mer et le ciel, l’horizon se pare de couleurs orangées, virant sur le rose, sur lequel l’aile grise du Boeing se détache. Alors que nous survolons les Emirats Arabes Unis, les principaux axes routiers brillent de tous leur lampadaires, traçant des sillons de feu dans les plaines désertiques. Arrivé au-dessus de la côte Nord, la cité de Dubaï se distingue à peine dans le nuage de poussière et si le Golf Arabique détache ses sombres contours, Dubaï Creek, le fleuve baignant la ville éponyme, brille aux premières lueurs de l’aube. 5h50, après un petit soubresaut lors du premier contact des roues, l’avion atterrit sans problème. Alors qu’il roule jusqu’au Terminal 3, j’admire le soleil levant, un magnifique disque orangé, si particulier aux régions désertiques. Dès l’instant où je quitte le fuselage surclimatisé de l’avion, la chaleur m’assaillit. Il doit faire environ 25°C dans le bâtiment, alors que dehors la température est déjà de 34°C.

Passage de la douane sans aucun soucis, et après avoir récupéré mon bagage, je me pose une demi-heure le temps de sélectionner un hôtel. Soit je choisis la solution la meilleure marché, l’Auberge de Jeunesse de Dubaï, située loin du centre, à 1 heure de transports publics, soit je séjourne dans un véritable hôtel mieux situé, mais au minimum 3 à 4 fois plus cher. Entre 13h00 et 16h00, il est presque impossible de se balader à Dubaï et dans les régions environnantes : température montant jusqu’à 45°C, taux d’humidité important. Avec la première option, ce que je gagne financièrement parlant, je risque de le perdre bien plus en confort. Sans compter que si je choisis l’option taxi pour gagner plus rapidement la cité le matin, et éventuellement revenir à midi, le coût risque d’être tout aussi important. Comparant les tarifs des hôtels situés à Bur Dubaï ou à Debra, les deux anciens quartiers, je découvre qu’en réservant par internet, le prix des chambres du XVA Art Hotel est divisé par deux. Situé dans une ancienne maison de marchand de perle, vieille de plus d’un siècle, dans le quartier historique de Bastakia, la description me plaît beaucoup.

Réservation effectuée, je suis obligé de prendre un taxi pour rejoindre la ville. Comme nous sommes vendredi, jour saint pour les musulmans, le métro n’assure les liaisons qu’à partir de 14h00. Chemin faisant, je discute avec le chauffeur de Dubaï, des anciens quartiers, de New-Dubaï et ses constructions modernes, du vendredi à l’activité plus qu’inerte. Alors que nous approchons de notre destination, il téléphone à l’hôtel pour savoir à quelle porte du quartier il doit me déposer. La majorité des rues étant trop étroites pour autoriser le passage de véhicule, cela me semble bien pittoresque. Durant le vol, je m’étais instruit sur Dubaï, sur son histoire, son boom démographique et économique, … La première impression correspond à mes attentes d’une ville bizarre, ayant trop rapidement grandit. Le changement d’univers depuis la Nouvelle-Zélande et l’Australie est plus que radical. Tout est sec, aride, poussière, sable, … même les palmiers sont recouverts d’un fine pellicule beige.

Une fois déposée à Al-Fahidi Street, alors que les gratte-ciel s’élèvent dans le lointain, que les silhouettes de hauts locatifs se distinguent à proximité, Bastakia Quarter est une véritable machine à remonter dans le temps. Devant moi s’élèvent les hauts murs d’anciennes bâtisses, surmontées des sh, les tours à vent. Les murs sont sombres, percés de quelques petites ouvertures, décorés de moulures en gypse. Les portes, massives, se fondent dans la continuité des façades. Les ruelles sont étroites. Alors qu’au début du XIXe siècle, l’économie est encore basée sur le commerce de perles et de tissus perses, les riches marchands s’établirent à Bur Dubaï, dans des maisons à deux étages. Tout était pensé pour rendre la vie plus agréable: des tours à vent qui canalisaient l’air à l’intérieur des maisons telles des ventilateurs modernes, des ruelles étroites, ombragées, où la brise s’engouffre et contribue à une sensation de fraîcheur. L’extérieur est résolument lisse, ne laissant aucune prise au vent en cas de tempête, portes sculptée, créneaux, panneaux de stucs colorés ou encore petites fenêtres grillagées sont les seuls, mais magnifiques oripeaux extérieurs.  J’arrive enfin au numéro 14. Après avoir passé le hall d’entrée, je pénètre dans la cour intérieure, autour de laquelle ces maisons traditionnelles sont construites. En opposition à l’aspect dénudé de l’extérieur, l’intérieur est digne des contes des milles et une nuits. Tel un cloître, une promenade percée d’élégantes arches ceint les trois côtés de cette cour, ombragée par des dais et des arbres. Si, au rez, les portes des chambres donnent accès à cette zone ombragée, à l’étage, elles s’ouvrent sur les terrasses. Arches, poutres sculptées, les détails ornementaux sont nombreux.

Ne pouvant récupérer ma chambre qu’à 13h00, je dépose toutefois mes affaires à la réception. Pendant que je profite de l’endroit pour planifier ma journée, je rencontre un couple de jeunes ayant profité de la même offre que moi. Le petit déjeuner, en plus d’être copieux, à l’air excellent. Je les laisserai à leur déjeuner afin de commencer mon exploration avec la tiédeur matinale. Je commencerai par déambuler dans Bastakia. La sensation de chaleur est impressionnante, avec ces rues sèches, ces murs s’élevant verticalement de part et d’autre de la venelle, l’absence complète de verdure, le beige clair des façades, le bleu presque blanc du ciel. Alors que je m’apprête à prendre une photographie, je suis surpris par la température de mon appareil. N’ayant connu que des prises en main fraîches voire glaciales ces dernières semaines, je me fais presque du souci pour sa santé. Et décide de ne plus le porter en bandoulière, mais de le ranger sagement dans son sac.

Poursuivant ma route, je passe à travers mon premier Souk. Seul touriste dans ces foules d’expats – expatriés étrangers venus travailler à Dubaï – et de locaux, je me fais interpeller à qui mieux-mieux pour acheter babioles, foulards, saris, … l’ambiance est sympathique, les lieux plutôt jolis. Mais je continuerai mon chemin, et en passant devant le fort d’Al-Fahidi, abritant le Dubaï Museum, j’admire son imposante architecture. Je devrai revenir cette après-midi lorsque le musée sera ouvert. Je passe devant Grande Mosquée, surmontée d’une cinquantaine de Dômes et du plus haut minaret de Dubaï, culminant à 70 mètres. Elle fut construite en 1998, sur les plans originaux de la mosquée qui s’y dressait en 1900. Elle jouait alors aussi le rôle de Kuttab, l’école où les enfants apprenaient à réciter le coran par cœur.

Longeant la rivière de Khor Duba, j’observe la ronde incessante des abras, ces traditionnels bateaux de bois, qui jouent le rôle de taxi pour les piétons entre les deux rives. J’arrive à Shindagha, où je retrouve la même architecture qu’à Bastakia. Si les premières maisons furent érigées dans les années 1860, ce n’est qu’au début du XIXe siècle que l’endroit devint important, lorsque la famille régnante décida de s’y établir. Classées en tant que patrimoine historique, les restaurations des bâtisses se poursuivent depuis 1996. Une grande partie des magnifiques résidences et des mosquées ont déjà retrouvé leur gloire et leur lustre d’antan. Certaines de ces anciennes bâtisses sont reconverties en musées. Dans l’une j’apprendrai l’histoire des pur-sang arabes, depuis leur origine, jusqu’à l’attrait des princes pour les courses, en passant par l’anatomie chevaline. Alors que j’ai fini le tour, le responsable chargé de la sécurité est trop content d’avoir un visiteur. Il ne me laissera pas partir sans que je regarde les diverses vidéos qui se révèleront intéressantes. Je me demande si son envie n’était pas de simplement montrer la technologie présente dans le musée, lecteurs de DVD, beamers et éclairages se commandant à partir d’un petit boitier tactile. Le bâtiment présente l’histoire des chameaux, ainsi que des courses. Le surveillant se révèlera bien moins sympathique et malgré son accord pour prendre des photos me priera d’évacuer les lieux après avoir tiré le portrait d’un chameau. Autres cultures, autres mœurs. Je vais essayer d’être plus prudent à l’avenir.

Lorsque je ressors, les degrés n’ont cessé de grimper et je décide de rejoindre le calme de l’hôtel. En chemin, je m’arrêterai à la maison de Sheik Juma Al-Maktoum qui contient une exposition sur les maisons traditionnelles. Je découvrirai les techniques de construction locale, les matériaux utilisés : troncs et branches de palmes, pierres de corral ou molasse, stuque et plâtre… les diverses ornementations : poutres sculptées, arches, portes, fenêtres, suspends, rigoles… tous ces petits détails donnant au style arabe ce cachet si particulier. Mon instruction durera bien plus qu’une heure et lors de ma sortie à 12h30, la chaleur m’assomme complètement. Je rentre presque directement jusqu’à l’hôtel, passant à travers le souk.  L’atmosphère est étrange: alors que je suis émerveillé par tant de nouveauté, je suis tout autant une attraction touristique pour les locaux. Descendant dans ce que les expats appellent Hinid Lane, je découvre une petite place occupée par une foule d’indiens, rassemblés autour de l’entrée d’un magasin, qui assis sur des bancs, qui discutant ardemment. L’endroit est plus que vivant et ressemble presque à grand lieu de rendez-vous. Des souliers s’amoncellent au pied d’un escalier, tout comme la piles de chaussures présentes à l’entrée d’une autre petite ruelle. Je découvrirai que chacun des passages mène à un lieu de culte, l’un au Shri Nathje Jayate Temple, l’autre au Sikh Gurudaba. Des commerçants tenteront de me vendre paramécies religieuses, bouquets floraux, paniers de fruits, cendres sacrées afin de les amener au temple comme offrande. Un dernier détour m’amène devant le centre islamique à l’impressionnante façade recouverte de carreaux en céramiques, à dominante bleue. De retour à l’hôtel, le thermomètre indique 44°C et 55% d’humidité.

XVA Art Hotel, Dubaï, vendredi 15 juillet 2011, 23h50 (GMT+4)

Je ne ressortirai qu’à 19h00, entre temps la température n’a chuté que de deux petits degrés. Après une bonne douche, j’ai profité de m’instruire sur Dubaï, réfléchissant à la planification de ces prochains jours. En Nouvelle-Zélande, j’avais affirmé que plus jamais je ne me lancerai dans une expédition touristique de grande envergure, peut-être avais-je tord. Toujours est-il que j’hésite à participer à un safari dans le désert avec une nuit dans un campement bédouin, avec tout le bataclan : tour en chameau, shisha, belly dance, feu de camp, coucher de soleil… Demain, au lieu de partir à la découverte de New Dubaï, je resterai dans les vieux quartiers, traversant Khor Dubaï pour me perdre dans les divers souks et marchés de l’autre rive. Alors que je pensais ressortir vers 17h00 pour visiter le Dubaï Museum et admirer le coucher de soleil sur Shindagha, le court instant de repos, allongé sur le lit, s’est transformé en une petite sieste. La chaleur de Dubaï conjuguée à la fatigue de ces dernières semaines, et peut-être un peu au décalage horaire, m’ont plongé dans les bras de Morphée.

XVA Art Hotel, Dubaï, samedi 16 juillet 2011, 23h50 (GMT+4)

T=40[°C], Hrel=60%

Alors que la nuit commence à tomber, je me dirige à nouveau vers Shindagha, longeant Khor Dubaï. Les façades des bâtiments que j’avais découvertes sont joliment illuminées, sans fioritures colorées, rehaussant les détails architecturaux. La maison de HH (His Honnesty) Sheik Saeed Al-Maktoum est ouverte. Cette magnifique bâtisse construite autour d’une traditionnelle cour centrale fut édifiée en 1896, lorsque Sheik Maktoum bin Hasher al-Maktoum décida de s’installer à Bur Dubai. Au cour de sa longue occupation par la famille régnante jusqu’en 1958, la villa s’est vue adjoindre différentes ailes et autres dépendances, notamment celle occupée par les musées du cheval et du chameau. Aujourd’hui, elle contient principalement une exposition photographique sur les temps pré-pétrolifères de l’émirat. Durant la première moitié du XXe siècle, Dubaï est consacré autour des trois sites historiques de Shindagha, Bastakia séparés de Deira par Khor Dubaï. Abras et dhows s’amarrent encore directement à la rive, s’échouant à marrée basse sur les plages. Seules des constructions traditionnelles se dressent, bâtisses de riches marchands en pierre ou demeures de pauvres édifiées en troncs et feuilles de palmes, le seul élément commun étant la présence des fameuses Barajeels. A partir des années 1960, des bâtisses modernes commencent à se dresser sur la rive de Deira, des routes se construisent, … La marche vers le progrès est lancée et ne s’arrêtera plus. Il faut dire que la levée des taxes douanières conjuguée à la découverte du pétrole dopèrent le commerce local. Si les échanges avec les régions arabes étaient déjà plus qu’importants, les exportations de produits de luxe avec les pays occidentaux sont une source de revenu non négligeable. Le commerce devint rapidement international et englobe actuellement tout type de denrées et moyens de transport : avions pour le fret international côtoient encore les traditionnels dhows, réexportant les marchandises chinoises débarquées des cargos à destinations de l’Afrique ou du monde arabe. Tout se vend et s’achète dans un mélange d’usages modernes et de coutumes ancestrales. Les grands centres commerciaux, climatisés, sont tout aussi prisés que les vieux souks où les transactions boursières – hawala, système d’échange d’argent au niveau international – fonctionnent sur la confiance et un simple code de quatre chiffres et une lettre, et où les frais sont extrêmement faibles, voir complètement inexistants

Les trois salles d’une des ailes contiennent divers artefacts, liés à des sujets différents. Je découvre dans la première une collection de monnaies et billets de banque utilisés dans la région avant l’introduction de leurs propres dirhams. Si les monnaies anglaises occupaient une place prépondérante lorsque les ports étaient des haltes importantes pour la Compagnie des Indes Orientales, la roupie indienne était une monnaie encore plus courante. A l’étage, des documents officiels, datant de la fondation des EAU sont présentés, ainsi qu’une collection de cartes marines, dont les plus anciennes remontent au XVe siècle. Je verrai d’ailleurs un original de celle dessinée par xxxx.

Dans la bâtisse d’à côté, je pénètre dans l’univers religieux de l’Islam. Il s’agit de mon véritable premier contact avec le Coran. J’apprécierai grandement de pouvoir lire quelques sourates, ainsi que des explications relatives à ces dernières. Toutefois, la partie de l’exposition comparant Coran et science me dérangera quelque peu, par son style endoctrinement. En effet, à chaque sourate mise en relation avec un fait scientifique, le texte commence par « comme le Prophète l’avait annoncé ». A la fin de l’exposition, le maître des lieux, un philippin nommé Essa, m’invite à partager un café. Finalement, il me fera aussi goûter thé, dates fraîches et séchées. Discutant de l’Islam, il m’expliquera que l’Islam est plus un chemin de vie qu’une véritable religion. Pour lui, la loi islamique ne devrait s’appliquer qu’aux musulmans, toutes les autres cultures ne devant pas être jugées en fonction du coran, la loi officielle du pays s’en chargeant déjà. J’aurai aussi droit à un bref rappel historique relatif au prophète Jésus, à la généalogie du Prophète, ainsi qu’aux principes de bases de l’islam. Je dois dire que depuis mon arrivée à Dubaï, je suis fortement surpris par l’ouverture d’esprit des gens, que ce soit au musée ou dans la rue, il est très facile de discuter avec eux, un certain nombre baragouinant l’anglais.

Sentant un petit creux au niveau de mon estomac, j’ai plus que le choix pour mon souper. Dans la ville cosmopolite de Dubaï, des restaurateurs issus de toutes les cultures sont présents : afghans, philippins, syriens, perses, irakiens, … Je me déciderai pour le Kan Zaman, un restaurant proposant mets arabiques et libanais. Au menu, Saj Manakish, des galettes grillées au feu de bois, que je choisirai fourrées au fromage et à la viande, un Fattoush, une salade verte mêlée avec du concombre, des tomates, des croûtons de pains arabiques grillés, dans une sauce huile d’olive, citron et thym. Un véritable délice pour moins d’une quinzaine de franc  et je repartirai, passez moi l’expression, la peau du ventre bien tendue. Je regrette à nouveau de voyager seul, à deux ou plus, j’aurais pu déguster d’autres spécialités. Commencer par un si bon restaurant n’est jamais la meilleure idée, j’aurais presque l’envie d’y revenir. A mon retour à l’hôtel, il ne fera plus que 40°C. Alors que j’avais réglé la climatisation à 25°C dans ma chambre, je décide de la monter jusqu’à 30°C, pour ne pas mourir gelé.

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