J70 – New Dubaï

20 07 2011

Renens, mardi le 16 août 2011, 17h20

Après avoir tenté sans succès d’augmenter la température de consigne, je me résigne à vivre dans une pièce réfrigérée à 30°C. Contrairement à l’excellent petit déjeuner de style arabique servi dans l’autre hôtel, ici le premier repas de la journée est dans la tradition anglaise : œufs brouillés, bacon de veau – à défaut de porc – accompagnés de toasts, confitures, fruits, … Bien plus conséquent, mais aussi comme je le remarquerai plus tard, moins adapté à une journée découverte sous le soleil des émirats. L’Orient Guets House possède de plus un autre avantage de taille, celui de servir le repas dès 7h00 : je gagne ainsi une heure de fraîcheur matinale pour partir en ballade.

Première étape, prendre le métro à Khalid bin al-Waleed Le trajet sera bien moins pénible que quelques jours en arrière, et je pourrai profiter du décor de cette station. Si la majorité du tracé est à l’air libre, circulant sur un viaduc à plusieurs mètres du sol, le métro plonge sous terre pour franchir Khor Dubaï. La station est décorée à l’image de l’estuaire voisin : tout le décor baigne dans une ambiance bleue, du sol au plafond en passant par le carrelage des murs. Au-dessus des escalators, les filaments des lampes, dont la forme rappelle celle des méduses, pulsent doucement d’une lueur blanche, tandis que je rejoins le quai, décoré de photographies bicolores. Une fois propulsé hors de terre, le métro surplombe Sheikh Zahid Road, la principale route de Dubaï, une autoroute à 12 voies. De part et d’autre s’élèvent deux rangées d’immenses gratte-ciels. Ces immeubles dont tout le monde a entendu parler – Emirates Tower, Burj Khalifa, …. –  et identifié à Dubaï, à cette cité moderne, sans penser qu’il puisse y exister encore de vieux quartiers. Le panorama est plus qu’étrange: ces constructions surgissent au milieu de rien, ou plutôt sont cernées au sud par les dunes du désert et les mangroves de Ras-Al-Khor, alors que les quartiers résidentiels s’étendent sur la bande de terre les séparant de la mer. Résolument plates, les maisons ne comptent que 2 à 3 étages, entre lesquelles la frondaison des palmiers ressort. Je n’avais pas imaginé New Dubaï ainsi, je pensais que les gratte-ciels auraient été bien plus nombreux, dressant partout leur silhouette. Seule aux abords de Jumeirah Beach Residences, la haute stature de ces buildings forme des quartiers d’habitations au plus près de l’eau salée.

Bien décidé à découvrir tant le quartier d’affaires où se dresse Burj Khalifa, la plus haute tour du monde, dont l’antenne culmine à 828 mètres, que les quartiers résidentiels, je descends à Business Bay et rejoins Jumeirah Road à pied. New Dubaï, une cité où tout est pensé pour le transport routier : des embellissements floraux ornent les échangeurs autoroutiers, et des bandes de pelouse bordent les axes macadamisés, alors qu’aucune allée arborisée n’ombre les trottoirs, souvent à peine terminés. Le chemin n’est pas des plus bucoliques, mais me permet de découvrir ces quartiers dont les directeurs d’aménagement à court d’idée les ont simplement nommés Jumeirah 1, Jumeirah 2 et Jumeirah 3. Leur imagination fera de même défaut avec le nom des rues, dont l’appellation se résume à un numéro. Si la dénomination est paraît-il logique, je n’arrive pas à trouver la moindre séquence raisonnable dans cette numérotation. La 22 suit la 25, alors que de l’autre côté, je viens de passer la 15b suivant la 19.

Chemin faisant, je découvre avec bonheur la présence de fontaines à eau : sorte de tireuses à bière dispensant un liquide bien frais. Le doux fluide ambré y est toutefois remplacé par un liquide bien plus simple, mais au combien plus agréable. De temps à autre, je me retourne, admirant la haute forme hélicoïdale de Burj Khalifa écrasant les environs de son élévation. J’arrive enfin au site archéologique de Jumeirah, où se trouvent les ruines d’une antique agglomération. Alors qu’il est normalement possible de visiter le terrain vague, aujourd’hui ceint par une clôture métallique, un cadenas et une chaîne restreignent solidement l’accès. Dépité, je continue mon chemin jusqu’au Maljis Ghorfat Um-al-Sheef. Il était rare que les  maisons soient érigées loin du centre commerçant de Bur Dubaï, pourtant un marchand a fait édifier une bâtisse devant lui servir de villégiature estivale au milieu de sa palmeraie. Loin des grandes constructions, dont les plans s’articulent autour d’une cour centrale, la maison est des plus simples : le rez-de-chaussée comportant une petite salle accolée à une zone ombrée ouverte sur trois côtés  et parsemée de piliers supporte un étage séparé en une longue galerie, abritée du côté sud et le séjour, un long maljis. Je profiterai de la fraîcheur de la pièce et surtout des cousins pour m’asseoir à la place traditionnellement réservée au chef de famille. Un petit moment de repos, plus que bienvenu avant d’aller affronter à nouveau la chaleur extérieure. Avant de quitter cet endroit, je profite de déambuler un peu dans le jardin, dont l’aménagement correspond à celui d’une palmeraie traditionnelle avec son puits et les divers petits canaux, destinés à hydrater les palmiers, tout en diminuant les pertes aquifères.

J’ai presque oublié de vous décrire le quartier résidentiel. Les maisons plus ou moins modernes arborent les styles les plus fantaisistes : italien, pseudo-romain, espagnol, ou encore reprise du modèle local ou libre interprétation des bâtiments arabes. Ceintes d’un muret dont la hauteur les protège des poussières et du vent, et les barbelés et tessons de verre des personnes mal-attentionnées, une meute de SUV ou de voiture luxueuse trône devant le lourd portail de ferraille. La peinture claire des revêtements tranche avec l’exubérante verdure poussant à l’intérieur des propriétés ou encore plantée sur le terrain compris entre le trottoir et le mur. Plus les voitures semblent chères, plus la végétation extérieure est luxuriante, comme s’il était le comble de la richesse que de montrer sa probité à gaspiller de l’eau. Pelouse verte côtoyant le sable du désert est l’apanage de New Dubaï.

Renens, mercredi le 17 août 2011, 15h20

Pour rejoindre Madinat Jumeirah, je décide de prendre le bus le long de Jumeirah Road. Bien que l’arrêt de bus se trouve juste de l’autre côté de la route, je dois revenir en arrière sur près d’un demi-kilomètre pour gagner le plus proche passage piéton. J’aurais volontiers traversé les quatre voies de circulation, si l’ilot centrale n’était pas doté d’une barrière haute de plus d’un mètre destinée à empêcher les piétons de traverser comme bon leur semble. Enfin arrivé à l’endroit officiel pour traverser la route, je patiente encore cinq minutes. Le feu de circulation ne virant toujours pas au vert, je me décide à franchir la route en toute illégalité, avant de parcourir à nouveau les cinq cents mètres jusqu’à l’arrêt de bus. Visiter une partie de New Dubaï à pied tient de la gageure, d’ailleurs tout est prévu pour rendre l’attente supportable : les bancs de l’abribus sont enfermés dans une enceinte climatisée. Tout comme dans le bus après, la température est presque insupportable, tant elle est froide.

Peu avant d’arriver à destination, je descends à l’arrêt de Wild Wadi Waterpark, un gigantesque parc de loisirs aquatiques. Tout proche se dresse Burj Al-Arab, l’hôtel le plus luxueux de Dubaï, reconnaissable à son élégante silhouette en forme de voile. Devenu rapidement l’une des icônes de la ville et des Emirates, un pont incurvé permet d’accéder à l’île artificielle sur lequel il est construit. Sur la terre ferme, un contrôle d’accès garde l’entrée : un véritable poste douanier avec sa guérite centrale, ses solides barrières métalliques qui ne s’abaissent que pour laisser entrer un véhicule à la fois. A moins d’y séjourner pour une nuit, le garde ne vous laissera entrer que si vous avez réservé une table, au minimum le jour d’avant. Et n’oubliez surtout pas de vous habillez de façon formelle, l’homme doit obligatoirement porter un costard et arborer une cravate. Autant vous dire, que je ne verrai pas le somptueux intérieur de l’hôtel, dont 1600 mètres carrés sont recouverts de feuilles d’or. Avant de repartir, je voulais photographier l’entrée sécurisée avec Burj Al-Arab en arrière-plan, mais un responsable s’est précipité pour me l’interdire. Bien que tout un chacun puisse le voir, le standing de l’hôtel ne supporterait pas que pareille image circule sur la toile.

Quelques centaines de mètre plus loin, j’entre dans Madinat Jumeirah, une resort touristique. Véritable ville dans la ville, le style architectural du gigantesque complexe hôtelier s’inspire des anciens maljis du vieux Dubaï. Tous les détails sont respectés, des tours à vents jusqu’aux décorations; seuls la taille et les aménagements extérieurs diffèrent. Les bâtiments, comptant une petite dizaine d’étages, sont entourés de petits jardinets où foisonnent bananiers, bougainvillées, palmiers, … Au lieu des rues, un réseau de canaux à la vénitienne relie les différents endroits, parcourus par des abras, bien trop ripolinés pour faire vrai. Le cœur du complexe est occupé par le souk… quoique j’aie de la peine à qualifier cet endroit ainsi. Si le décor fait penser à un véritable souk, comme celui du marché aux épices, avec ses toitures de bois ombrageant les ruelles, les allées recouvertes par un toit sont climatisées pour maintenir une température d’une vingtaine de degré, sans doute nécessaire à la survie des touristes. De même, au lieu de trouver des échoppes colorées, des marchands qui vous interpellent, la plupart des magasins sont bien rangés, d’une propreté presque clinique, les vitres sans une trace de doigts. Si l’endroit m’a fait piètre impression, deux petits magasins regorgeant de souvenirs divers et variés, neufs ou anciens, relèvent le niveau, lorsque les marchands me voyant regarder des khanjars, la traditionnelle dague incurvée, me proposeront des prix bien meilleurs marchés que ceux indiqués sur les lames. Je ressortirai les poches vides, l’endroit est bien trop artificiel pour que j’aie du plaisir à y acheter un article.

Renens, mardi le 22 août 2011, 10h00

Une fois dehors, je suis les indications fournies par le gardien pour rejoindre l’arrêt de bus. Toutefois, ne voyant aucune trace de la station climatisée ou d’un quelconque panneau indicatif, je poursuis mon chemin à pied. Je ne suis plus étonné d’observer de larges plates-bandes engazonnées et décorées de massifs floraux de part et d’autre de la route, mais je me questionne toujours autant sur leur utilité. Une rangée d’arbre apporte de l’ombre, mais située bien trop éloignée de l’étroit trottoir pour rendre la marche plus agréable au piéton. A mesure que je m’approche de Sheikh Zayed Road, les aménagements piétons se font de plus en plus maigre, jusqu’à la disparition complète du trottoir. Arrivé à l’intersection, je marche sur ce qui s’apparente à une sorte de terrain vague où briques de construction côtoient quelques touffes d’herbes asséchée sur un sol mal plat, alors que les bas-côtés de l’échangeur resplendissent de fleurs colorées. Au milieu de nulle part surgit la silhouette d’une entrée de métro, l’accès au deuxième monde de Dubaï. Un sol en pierres polies baigne dans une atmosphère climatisée, des escalators et autres tapis roulants empêchent de faire le moindre effort. Tout s’oppose au monde de dehors, poussiéreux, chaud, humide, salissant, …

De l’autre côté de la passerelle, j’arrive à Mall of the Emirates. Plus grande que les galeries d’Ibn Battuta, trois ou quatre étages d’immenses atriums recouverts par de magnifiques verrières, des sols de marbre : le gigantisme et l’élitisme triomphent à tous les étages. Il s’agit du deuxième centre par sa grandeur et sa popularité derrière Dubaï Mall. Si je me suis arrêté ici, c’est surtout pour aller observer Ski Dubaï, une piste de ski dans une enceinte à atmosphère contrôlée. La façade donnant sur les galeries des magasins est entièrement vitrée afin que badauds, touristes et locaux puisent admirer l’adresse des skieurs. Il est même possible de siroter un chocolat chaud au St Moritz Café. Vraies fausses cheminées, murs de pierres sèches, l’atmosphère alpine qui s’en dégage est le véritable cliché d’un chalet traditionnel.

Finalement je me laisserai tenter. Pour toutes les personnes qui me soutiendraient que mon acte n’est pas très écologique, je répondrai simplement que, de mon point de vue, ce ne sont pas deux petite heures à zéro degré qui influenceront grandement mon empreinte carbone, déjà bien mise à mal par un tour du monde en avion, sans compter les kilomètres parcourus en Nouvelle-Zélande et en Australie. Arrivé en salle d’équipement, je suis servi par un sympathique marocain. Pour la taille des skis, il me propose des carvings de 155 centimètres. Devant mon air ébahi, il ajoute qu’il possède des plus grands de 165. Ce n’est qu’à ma demande qu’il m’apportera les plus longs de leur stock, et à mon tour je resterai surpris en le voyant revenir avec une paire de 175. Jamais je n’ai skié avec d’aussi courts skis, mais je ferai avec. L’expérience ne peut que s’avérer rigolote. Par contre, il me procurera une paire de souliers sortant du carton. Un véritable plaisir à enfiler, par rapport aux premières chausses que j’avais enfilées.

Alors que je m’apprête à entrer dans la halle d’hiver, des personnes complètement frigorifiées sortent en courant. Une fois à l’intérieur, si la température est fraîche, il ne fait pas froid. Je supporterai aisément de skier sans gants, ni cache-oreille. Ski Dubaï est une véritable station de ski en miniature, un télésiège à quatre places remontent skieurs et passagers jusqu’au sommet de la piste, une station intermédiaire permet de s’arrêter à mi-chemin pour ne pas avoir à dévaler une pente trop raide, ou à accéder directement à un petit chalet de bois. Ce dernier renferme l’Avalanche, un petit bistrot où il est possible de se régaler à travers les fenêtres à carreaux des gens chutant lourdement et sans élégance. Me voilà au sommet, je suis surpris en bien par la qualité de la neige. Il ne faut pas se représenter une superbe poudreuse, mais il ne s’agit pas non plus d’une neige artificielle dure, gelée, comme nous avons l’habitude en Europe. Il faut dire qu’avec une température qui n’excède jamais 1[°C], la neige ne peut pas se liquéfier. Par contre, il ne s’agit pas de grand ski: 80 mètres de dénivelée maximum, 400 mètres de long, cinq grosses courbes ou une quinzaine de petits virages et me voilà déjà au fond, moins de 30 secondes après mon départ. Heureusement qu’il existe un petit téléski POMA, qui permet de diviser par cinq le temps de montée.  L’expérience est intéressante. Il s’agit réellement d’un must-do si vous passez par Dubaï et que vous aimez skier. Peut-être serez-vous le seul sur la piste à savoir glisser et serez acclamé pendant votre descente et accueilli par une salve d’applaudissements à votre arrivée, comme il m’est arrivé couramment. Au bout d’une heure trente et une vingtaine de descente, la piste n’a plus de secret pour moi. Je quitte sans regret l’enceinte, ainsi que Mall of the Emirates. Il est temps de prendre le métro pour aller à Dubaï Mall.

Durant tout le trajet, je ne cesse de regarder la silhouette de Burj Khalifa, qui malgré sa hauteur plus que conséquente, joue à cache-cache derrière les immeubles. Si la station de métro est reliée par bus jusqu’à Dubaï Mall, je préfère m’y rendre à pieds, afin de prendre pleinement conscience de cette tour. Peut-être ai-je oublié de vous décrire la prouesse d’ingénierie de Burj Khalifa. Il faut dire que d’après sa majesté le Sheikh Mohammed bin Rashid al Maktoum le mot impossible n’existe pas dans le vocabulaire d’un leader, et qu’importe le challenge, la détermination peut en venir à bout. Marchant dans les traces de son père, il décida d’ériger la plus haute tour au monde. Il ne fallut que 6 ans pour que 13’000 travailleurs érigent les 828 mètres de Burj Khalifa. A mesure que je m’approche du centre commercial, je me sens rapetisser. Il faut dire qu’à moins de 100 mètres de ses fondations, l’effet est saisissant. Toutefois, l’élégance de ce pseudo-cylindre contrebalance l’effet de sa hauteur:  je ne me suis jamais senti dominé par cette construction majestueuse. Envouté serait un terme plus judicieux. Je me serais bien abandonné dans une contemplation lascive de l’édifice, accoudé contre un palmier la tête dans les nuages. Mais la chaleur me pousse à rejoindre la fraîche atmosphère de Dubaï Mall.

Je me suis senti encore plus petit à l’intérieur des galeries, tant Dubaï Mall est un gigantesque mammouth commercial. Je mettrai un bon quart d’heure pour rejoindre et surtout trouver les guichets de Burj Khalifa, où j’achèterai un billet pour monter jusqu’au 124ème étages, culminant à plus de 400 mètres au dessus du sol. Toutefois, il me faut patienter encore trois heures avant d’accéder aux ascenseurs. Qu’à cela ne tienne, je me décide pour une séance de shopping, ou plutôt de découvrir les entrailles du plus grand centre commercial. Imaginez plus de 1200 commerces répartis sur 800’000 mètres carrés, une patinoire accueillant 2000 personnes, un gigantesque aquarium dont l’un des bassins contient 10 millions de litres d’eau, quatre étages, de vastes atrium, une double fontaine intérieure où l’eau s’écoule sur plus de 20 mètres de haut, … Presque indescriptible. Pour vous donner un semblant de mesure, imaginez 450 magasins de haute couture – Dior, Chanel, Yves Saint-Laurent, … – occupant 80’000 mètres carrés dans un espace luxueux où marbre et véritable dorure envahissent murs, sols et plafonds. Les technophiles seront ravis par le dernier étage où les magasins des grandes marquent se suivent côte à côte : Sony, Samsung, Bose, Denon, Harmon-Kardon, … présentant chacune l’ensemble de leur catalogue. Au centre d’un atrium, une manifestation promeut la culture traditionnelle : dégustation de figues, présence de camélidés, d’un dresseur de faucon ou encore représentation de danseurs de tambour, cette danse tribale où les hommes se réunissaient pour danser, jouer du tambour et de la flûte, les nuits de pleine lune parfois jusqu’au lever du soleil. Des sons étranges mais séduisants, des rythmes lancinants, mais entêtants, un caractère hypnotique qui m’envoûte complètement le temps d’une danse. Bref, ces trois heures ont presque été trop courtes.

Il est temps de rejoindre l’antichambre où je patienterai jusqu’à ce que la visite débute. L’attente n’est pas rébarbative dans cette salle où quelques informations parcimonieuses mais fascinantes sont dispensées. Au centre, sur un socle triangulaire trône un modèle réduit de la tour. Ses étages s’illuminent à tour de rôle, alors que des écrans, disposés sur le pourtour du support, expliquent leur fonction : commerces, habitations, hôtels, maintenance, … Après un passage obligatoire au travers d’un portique de sécurité, un tapis roulant m’emporte à travers une galerie d’introduction. Au mur, l’histoire abrégée de Dubaï est racontée à l’aide d’images animées d’une grande beauté : des pêcheurs de perles aux constructions modernes, à chaque étape, l’un des éléments du décors se transforme en texte, déroulant sa calligraphie arabe en voluptueuses courbes. Plus loin, le mur s’est mué en un tableau blanc, puis noir, sur lequel le génie de la tour est conté : de son inspiration végétale, de sa structure enroulée, similaire au tore d’un coquillage, aux essais effectués en soufflerie, … Enfin l’ascenseur m’amène à plus de 10m/s jusqu’à mi-hauteur.

Dehors, il fait nuit. Sur la terrasse, en altitude, la température de l’air est supportable. La vue sur Dubaï est magnifique. Les artères éclairées, les gratte-ciel illuminés, la sombre obscurité du désert ou de la mer au loin, les scintillements multicolores des décorations, … Les voitures ne sont plus que des pixels rouges ou blancs se mouvant sur des lignes de communication. La hauteur des autres buildings qui de la terre paraissait immense, est toute relative: d’ici je les domine. Lorsque je regarde en l’air, la vue est aspirée par la pointe illuminée de Burj Khalifa, pointant vers le ciel. Dubaï m’avait parut grande ; de nuit, elle me paraît inhumaine, pareille à une cité qui ne dormirait jamais, qui ne voudrait que grandir, s’étendre à perte de vue. Quelle doit être l’impression, en découvrant son étendue de jour, lorsque la vue porte jusqu’à The World et Palm Islands, ces grandes îles artificiellement construites au large de la côte! Par deux fois je ferai le tour du bâtiment, admirant l’horizon à 360°C, cette nuit sans étoile, où la lueur de la lune est si pâle. De retour au niveau 0, le long du couloir de sortie, il est possible d’écouter les témoignages des nombreuses personnes associées au projet – ingénieur, architecte, maître d’œuvre, ouvriers, … – et de découvrir l’histoire de la construction. Je ressors de Dubaï Mall par l’esplanade le séparant de Burj Khalifa, où se trouve aussi Dubaï Fountain. Cette gigantesque fontaine prend vie chaque 20 minutes à la nuit tombée : des jets d’eau ondulent au gré de la musique tels des danseuses de Belly, se parant de multiples couleurs, jaillissant jusqu’à 150 mètres. Le spectacle est grandiose, sans doute l’image que Sheik Mohammed ibn Rashid Al Maktoum veut que l’on emporte de sa ville. Sur le chemin me menant au métro, je me retourne plusieurs fois pour contempler la silhouette blanche et effilée de Burj Khalifa.

De retour à Deira, pour mon dernier repas ethnique à Dubaï, je resterai dans le thème de New Dubaï en mangeant philippin. Il s’agit des derniers travailleurs arrivés à Dubaï, après les autres ressortissants des divers pays arabes. Par milliers ils furent ouvriers sur les dernières grandes réalisations des Emirates, que ce soit Burj Khalifa, JBR, … A l’apéro je dégusterai un sago’t gulaman, un rafraîchissement typiquement philippin à base de tapioca, dans lequel flotte des jelly beans, de la gelée sous forme de bille. Si le goût est bon, l’aspect gélatineux des billes met mes sens en émoi. Par contre, le repas est excellent : crevettes grillées à l’ail en entrée, suivies d’un abobo, une sorte de ragoût de porc fortement épicé, cuit dans du vinaigre, de l’ail et du soyo. En rentrant par le quai aux dhows, peu avant de prendre un abra pour traverser Bur Dubaï, je suis attiré par la musique émanant de derrière un petit bistrot. Je découvre un groupe de jeunes asiatiques répétant une chorégraphie. Je me joindrai aux locaux, admirant le spectacle, et apprendrai que cette séance a lieu de manière hebdomadaire au même endroit. J’attraperai le dernier abra pour traverser le fleuve et rejoindrai tardivement mon gîte. Une bonne douche – chaude comme à son habitude – et je rejoindrai avec joie mon plumard.

New Dubaï, je crois que je l’ai visité. S’il m’a fallu plus de deux jours pour découvrir les vieux quartiers, je ne pense pas qu’il faille plus d’une journée pour appréhender les nouveaux quartiers. Enfin, il ne s’agit que de mon point de vue. La majorité des européens qui y viennent, ne s’y rendent que pour le shopping, dormant dans l’une de ces gigantesques resorts. Peut-être, prendront-il plaisir à découvrir chaque jour une galerie différente.

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