Aux Tailles

6 08 2012

Chésières, le 7 août 2012, 18h30

A l’instar des années antérieures, Vanessa m’a annoncé il y a quelques semaines en arrière qu’elle prenait ses quartiers d’été pour une semaine de vacance aux chalets familiales des Tailles au début du mois d’août. Ne travaillant pas, j’ai répondu présent pour la rejoindre durant la semaine. C’est ainsi que hier en fin de journée, j’ai pris le bus à Aigle pour Chesières. Du Café du Soleil, une vingtaine de minute me furent nécessaire pour arriver jusqu’à la porte du chalet. Alors que le soleil avait brillé presque toute la journée, de gros nuages d’orage se sont amoncelés au-dessus de Villars. Le ciel a tonné alors que nous prenions l’apéro et n’a pas cessé de grondé de toute la soirée.

Lundi matin, après une grasse matinée, un épais brouillard ceint le chalet. La visibilité ne s’étend pas à plus d’une dizaine de mètre et le drapeau suisse, pourtant planter à quelques pas du chalet disparaît par moment dans la brume. Vers 10h30, peu avant de manger, nous entrapercevrons une dernière fois le soleil avant qu’un véritable déluge ne s’abatte sur le chalet, tambourinant sur le toit de cuivre de la galerie. Le temps restera maussade toute la journée : pluie, déluge, bruine, brouillard, nébulosité variable de médiocre à très mauvais. Bref, nous resterons calfeutré dans le chalet, qui à lire, qui à écrire des comptes rendus, du Montreux Jazz pour Vanessa et de mes pérégrinations.

Massif des Muverans dans les nuages

Au menu du soir, le filet d’agneau sauce aux morilles, accompagné de son risotto et des carottes vichy apporteront un véritable rayon de soleil.





Romainmôtier : sentier du patrimoine et abbatiale

3 08 2012

Chésières le 6 août 2012

Romainmôtier. Le nom même du village semble porter le poids de l’histoire. Nourrit par les récits et quelques photographies, souvenirs de mon enfance, j’imagine un joli bourg médiéval érigé autour d’une immense abbaye, encore intact, qu’une société monacale fait encore vivre. Un peu à la manière de Saint-Maurice d’Agaune, mais où le village serait encore préservé de constructions contemporaines. A peine débarqué du bus, l’atmosphère des lieux me ramène vers cette image d’Epinal. De vieilles et élégantes bâtissent bordent un côté de la rue principale. Face à elle, une succession de bâtiments à l’allure austère au milieu desquelles s’élève l’imposante Tour à l’Horloge. A sa base, une porte cochère la traverse de part en part, donnant accès au domaine abbatiale. Dans le soleil matinal, je suis instantanément séduit par la beauté des lieux, surtout qu’aucune ombre de touriste ne vient gâcher le tableau.

« Le temps fuit », tel est l’inscription qu’arbore chacun des quatre cadrans de l’horloge. Comme pour faire écho à cette maxime, les moines ont disparus depuis longtemps, et seuls un certain nombre d’édifices, magnifiquement restaurés, ont survécu aux siècles. Je longe l’église, mélangeant les genres, le chevet gothiques fait esthétiquement suite à la nef romane, caractérisée par de hauts murs exempts d’arc-boutant, percés de fines ouvertures se terminant en plein cintre. A l’arrière, un gigantesque tilleul planté dans l’axe de l’édifice, élève sa cime plus haute que le clocher et ombrage le chœur dont les murs sont renforcés par de massifs contreforts. Je quitte ce havre de paix en longeant le Nozon, une petite rivière au destin étrange : ses eaux alimentent aussi bien le Rhin que le Rhône.

Un pont sur le Nozon

 

Je descends le vallon verdoyant, où des feuillus aux teintes rendues presque électriques par les apparitions intermittente poussent drus sur les versants, alors que les chevaux broutent tranquillement le pâturage dans l’étroite plaine. Avant d’arriver à Croy, quittant les rives de la rivière, je longe un petit canal. Au lieu d’amener de l’eau aux moulins, il alimente simplement les lavoirs du village.  Restaurés, il est possible de s’agenouiller à la place des anciennes lavandières. Les genoux à même le sol pavé, le dos courbé, le thorax reposant sur la découpe (presque) ergonomique d’une extrémité de la planche sur laquelle le linge était frappé et rincé, la position n’est guère confortable. Un panneau informatif récapitule les différentes étapes de la Grande Lessive d’autrefois : deux fois par an, entre trois à quatre jours de durs labeurs.

Un des lavoirs de Croy

Au lieu de suivre directement le Sentier du Patrimoine, menant à la découverte des vestiges historiques dans les environs de Romainmôtier, je descends le long du Nozon jusqu’à la cascade du Dard. Au lieu-dit de La Vaux, glissant tranquillement contre une falaise, le flot tranquille prend son élan sur un petit surplomb et se précipite dans le vide, atterrissant dans une goulotte une dizaine de mètre plus bas. Nul puissant arc de cercle, l’eau se déverse en une simple chute, tombant telle une élégante draperie, avant de glisser à nouveau lentement au creux du val.

La cascade du Dard

Gravissant la rive gauche, je rejoins le chemin du patrimoine avant de m’enfoncer dans une chênaie. Loin des solides troncs décrits par La Fontaine, ici leurs silhouettes est chétives, sculptées tant par un sol pauvre, que par les coupes rases, jadis effectuées à intervalles réguliers d’une trentaine d’année. Entre les troncs torturés, les taillis foisonnent, cachant une faune variée. Les vernes ne cessent de bruire, agitées de tremblements alors qu’aucun souffle de vent n’est perceptible. Souvent une pie ou geai en jaillit, parfois ce n’est qu’un écureuil qui fuit, grimpant de façon hélicoïdale jusqu’à la frondaison, mais à plusieurs reprises c’est un chevreuil qui s’enfuit à mon approche. Après avoir été aussi surpris que lui une première fois, j’avance dorénavant plus délicatement, faisant attention à ne pas faire craquer de bois sec sous mes pas. Entendant le cri du brocard, pareil à celui d’un chien enroué, et observant au loin, à mon vent, les taillis s’agiter, mon avance se fait furtive, dans l’espoir de l’épier. Soudain, dans le vide laissé par les feuilles entre les branches, la couleur brune de son pelage apparaît. Me figeant sur place, j’attends qu’il bouge doucement pour l’observer. Peu à peu je distingue son cou, puis sa tête avec deux courtes cornes dont les pointes sont légèrement recourbées. Je reste à l’observer pendant de longue minute, jusqu’à ce qu’il tourne sa tête dans ma direction. Aurais-je suffisamment fait de bruit pour l’inquiéter ?  Toujours est-il que ses yeux fixent ma direction pendant une dizaine de seconde, puis il disparaît faisant craquer les branches mortes sous ses bonds.

Un chevreuil dans les bois

Au milieu de la chênaie, je découvre la carrière du Chanay. Exploitée en 1826 pour la construction d’un pont à Orbe, une dizaine d’année plus tard, elle est reprise par un maître carrier spécialisé dans la construction de bassin. Pendant trente ans, plus de 200 pièces seront extraites, exportée dans tout le canton de Vaud. Aujourd’hui aucun vestige ne subsiste des crics en bois utilisé pour soulever les lourds blocs, tractés ensuite par un attelage comportant jusqu’à 25 bœufs. Les seuls témoins de cette exploitation sont gravés à même le roc : de nombreux trous oblongs sont visibles côtes à côtes. Bien qu’aujourd’hui recouvert par les lichens et parfois à moitié rempli d’humus, leur forme rectangulaire trahisse une origine artificielle.

La carrière de Chaney

Redescendant dans le val, les chênes laissent places aux érables, qui à leur tour cède devant les hêtres et des frênes, pour qui le climat humide du fond de la cuvette est bien plus propice. De l’autre côté du Nozon, le Sentier du Patrimoine évolue dans une réserve naturelle. Remontant dans un vallon humide, je découvre une tufière. La mousse a envahi l’endroit humide, mais le tapis n’est pas encore suffisamment épais pour masquer les traces de l’exploitation passée. La tufière présente une étrange silhouette en escalier, façonnée par l’extraction de blocs aux formes rectangulaires. Un peu plus loin, seul un trou rond marque l’emplacement d’un four à chaux.

Remontant sur l’adret, le climat devient de plus en plus sec. Les plantes thermophiles font leur apparition et les clairières sont envahies par des prairies sèches. Au lieu-dit de la Carrière Jaune, le sentier suit le sommet de la falaise, pourtant j’aperçois un petit sentier traversant l’hémicycle rocheux. Revenant sur mes pas, je découvre une petite sente s’enfonçant dans les taillis et descendant dans le vallon. A ses côtés un poteau indicateur arbore deux écriteaux jaunes, indiquant les directions du chemin agricole. Aujourd’hui seul les attaches de la flèche pointant en direction du vallon sont visibles, le panneau a disparu, comme si une volonté cherchait à protéger cette endroit.

La Carrière Jaune

La Carrière Jaune, aucun endroit n’a jamais porté si bien son nom, sauf peut-être le Rocher à l’Aigle dans le Royal National Park au sud de Sydney. Au milieu du bocage, une paroi d’un jaune lumineux est marquée par des traces de dépeçage. Exploitée du XVe siècle jusqu’au début du XIXe, sa pierre fut utilisée pour orné les encadrements des portes et des fenêtres. Aujourd’hui elle présente un intérêt écologique prépondérant avec un écosystème très particulier caractérisé par un sol calcaire et un milieu des plus secs où non seulement évolue vipères et lézards, mais aussi où de nombreuses plantes menacées ont trouvé refuge, dont quatre orchidée placées sur la liste rouge de l’UNESCO. Bien qu’aucune d’elle ne soit en fleur, le calme des lieux, l’absence de bruit ainsi que la douce chaleur de cette fin de matinée invite à s’allonger dans l’herbe pour prendre un peu de repos. Quittant la carrière j’emprunte l’ancienne route. Le tracé est bien visible dans la combe où la construction d’un remblai, renforcé de part et d’autre par deux petits murets, a permis à la route de s’affranchir des plissements présents. Toutefois il se perd rapidement dans la forêt dès l’instant où son tracé n’exigea pas de travaux de terrassement.

Dans les buis de Ferreyeres, après être passé à côté d’un autre four à chaux, j’arrive près d’un édifice abritant deux fours à fer datant du Vie siècle. Comme son nom l’indique, Ferreyeres fut pendant longtemps un des centres de production de fer en raison des abondants gisements de minerai de la région. Peu après, la chênaie s’éclaircit à mesure que je grimpe jusqu’à déboucher sur une grande clairière où de l’herbe, jaunie par le soleil, pousse entre les larges dalles de pierres affleurantes du lapiez, à l’ombre de quelques tilleuls éparses. Après avoir brusquement tourné sur la droite, le sentier s’enfonce à nouveau dans la chênaie, procurant fraîcheur et ombre au paisible randonneur.

Un lapiez, au senteur méridionale

A mi-chemin de Romainmôtier, aux Gottettes, je découvre le dernier et plus ancien vestige de la journée, une pierre gravée, datée de 4000 av. JC. Ce bloc erratique, perdu au milieu des bois, est décoré de cupules, cercles et sillons, censé représenté une scène de chasse associant un ou deux hommes avec un animal. Témoignage du néolithique, tout au long du Jura, de nombreux blocs erratiques ou des pierres dressées sont décorés ainsi selon les croyances et rituels de l’époque.

La Pierre Gravèe

De retour à Romainmôtier, je découvre le domaine abbatial et ses évolutions successives. L’histoire commence en 910 par la construction d’un simple monastère sur la route du pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle. Son histoire bascule lorsqu’en 928, il est offert à l’abbaye bénédictine de Clugny, dont les abbés seront à sa tête jusqu’en 1109. L’histoire commune se poursuit jusqu’en 1537, année à laquelle elle est dédiée au culte reformé. Aujourd’hui du monastère il ne reste que l’église et la maison du prieur après que les dépendances des moines aient été transformées en grange et que le cloitre fut démoli lors des réformes. Toutefois, elle reste l’un des rares édifices de style uniquement clunisien. Au fil des ans et des incendies, l’église a évolué, mélangeant l’art roman au style gothique pour former un ensemble d’une rare élégance. Le porche finement sculpté ouvre sur un narthex au plafond ouvragé, où se trouvent les fonds baptismaux. Les deuxièmes vantaux franchis, une volée d’escalier permette d’accéder à la nef. Seuls les piliers à l’impressionnant diamètre subsistent de son origine romane, contrastant avec la finesse des nervures du chœur. Reconstruite dans un style semi-gothique au XIIe siècle, la nef arbore sur son toit en plein cintre des nervures en croisée d’ogive décorées de motifs symétriques et colorés. En la dépouillant de chaire ou de stalles sculptées, la réforme protestante l’a embellie à sa manière, drapant cette église dans une brute sobriété.

L’abbatiale de Romainmôtier

Quittant l’église, je rejoins la maison du Prieur, qui servait à loger les hôtes de marque du monastère. Il faudra toutefois prendre votre mal en patience pour connaître l’histoire rocambolesque de ce bâtiment, le temps de retrouver mes notes, laissées à Ecublens. Il ne me reste plus qu’à tirer la porte pour pénétrer dans la salle sise au troisième étage, que la maîtresse des lieux à transformer en bibliothèque. A peine la porte tirée, je suis transporter comme dans un rêve, planant à des milliers de pieds au-dessus de la terre. La pièce complète est ceinte par des étagères sur lesquelles sont alignés des centaines d’ouvrage. Au centre, séparant la pièce en deux se trouvent un escalier menant aux combles. Sur le côté gauche, canapés, bancs et tables basses forment un espace lecture, alors que sur la droite des tables où sont empilés magasines et lettres constituent, je le suppose, l’espace travail. Partout, sur chacun des meubles, trônent des bouquins aux sujets des plus variés : arts, cinémas, cuisines, contes & légendes, … Et bien entendu, un coin est dévolu aux encyclopédies allemandes, anglaises, françaises, … Parmi elles, deux modèles réduits de voiliers donnent à l’ensemble un certain cachet. Plus d’une dizaine comportant tous les volumes s’empilent sur les rayonnages. Personnellement, je ne trouve qu’un seul défaut, l’absence de bande dessinée.

Une bibliothèque de rêve

Dans les combles sont entassés pêle-mêle divers pièce de tissus, un métier à tisser, des tentures, une table de couturière où trônent une machine à coudre, des bobines de fils, et un mètre à ruban. Quittant ce capharnaüm je descends jusque dans les caves, où jadis se trouvaient les écuries. Aujourd’hui l’aménagement est le reflet du troisième étage, sur le sol pavé repose d’anciennes malles, de vieux outils en fer rouillé ou en bois et sur les étagères, divers bibelots – bouteilles vides, ustensiles en étain, … – sont déposés dans un désordre ordonné.

Ne pouvant arriver à l’heure à la gare de Croy pour prendre le train de 12h07, une dernière balade m’amène jusqu’au Belvédère sur les hauteurs de Romainmôtier. La vue sur le village m’impressionne tant par son unité architecturale que par l’absence de constructions contemporaines qui viendrait à gâcher la vue d’ensemble. De là, je discuterais avec un couple âgé, originaire de Premier, le village d’à côté, qui viennent descendent régulièrement jusqu’au Belvédère et à Romainmôtier pour profiter de son atmosphère particulière. Pour ma part, avant de quitter le bourg, un dernier détour m’amène dans les ruelles pour respirer une dernière fois le parfum qui émane de ce lieu. Sur le chemin du retour en traversant Croy, je découvre une magnifique fontaine du village, composée de deux énormes bassins. J’avais lu en début de matinée que dans la convention liant la municipalité aux tailleurs de pierre de la carrière de Chaney, elle s’était réservé deux belles pour y tailler ses bassins.

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Du port de La-Tour au Bouverêt

31 07 2012

Ecublens, le 31 août 2012

Trajet : La-Tour-de-Peilz – Bouverêt

Lever ce matin presque en même temps que le soleil, je m’empresse d’aller chez Freddy, une des meilleures boulangeries – à mon avis – de la côte vaudoise. Quelle ne sera pas ma déception de la découvrir fermée jusqu’au 5 août pour les vacances estivales. En attendant que les supermarchés ouvrent, je retourne au voilier pour bricoler un ou deux petits trucs.

Ayant récupéré hier un nouveau feu de mat pour remplacer celui qui ne fonctionnait plus, je déplace le bateau de quelques mètres pour amener le mat à la verticale de la grue à mater. J’envoie au sommet du mat un bidon contenant l’ampoule, une brosse de nettoyage, un spray au téflon, une patte, un ou deux tournevis de tailles diverses si j’en ai besoin. Quelques minutes plus tard, perché au sommet de la grue, j’essaie d’attraper le mat. Mais celui-ci se dérobe une dizaine de fois avant de réussir à l’attacher. Nettoyage de la tête de mat, détoilage (d’araignée) la girouette, sprayage des réas des multiples poulies, et enfin changement d’ampoule. La première phase de test débouche sur un échec : aucune lueur n’apparaît au sommet du mat. Plutôt que de remonter, je démonte les connecteurs au niveau du pont et découvrir une pellicule de vert-de-gris sur les connecteurs cuivrés. Après les avoir brossé, tout fonctionne de nouveau et le feu de tête luit enfin.

Alors que je retourne dans le bourg, je me souviens qu’il existe une deuxième boulangerie, presque aussi bonne que la première. Adieu les croissants secs de la coop ou de la Migros, à moi les brioches et les croissants au chocolat, toutes deux confectionnées avec amour et beurre. Petit déjeuner excellent à la terrasse du club nautique local, avec vue sur le port. A la veille du premier août, quelques voiliers arborent oriflamme et grand pavois. Une bien belle image.

Le port de La-Tour-de-Peilz

J’appareille peu après 8h30. Le soleil matinal a suffisamment réchauffé les côtes pour qu’une légère brise thermique ride par endroit la surface du lac. Glissement lentement, je grappillerais les encablures, yards après yards, je m’approche doucement du Bouverêt. Tout au long de la traversée, je profite de bichonner Voyage – c’est le nom du voilier – : gratouiller le pont pour le débarrasser de ces horribles traces grisâtres et des fientes de canard, nettoyer le liston pour supprimer les araignées, épousseter haubans et manœuvres pour le débarrasser des toiles. Arrivé dans la baie du Bouverêt, je m’amarre à une bouée pour me jeter à l’eau, et bien entendu profiter de lustrer sa coque. Peu après midi, c’est pimpant, la coque au vent, que je rentre dans le port du Bouverêt.

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A la découverte du Haut-Lac : les Grangettes

30 07 2012

Saint-Maurice – Renens VD, le 31 juillet 2012

Trajet : Villeneuve – Bouverêt – Vevey – La Tour-de-Peilz

Ayant promis à deux amies blekiennes, Charline et Natacha, de les embarquer sur le voilier de mes parents au port de Vevey ce soir à 18h00, pour rallier la cité vaudoise, il me faut tout d’abord rejoindre le Bouverêt, port d’attache du bateau. Au lieu de prendre un bateau de la Compagnie Générale de Navigation qui m’amènerait de Lausanne au Bouverêt en passant par Saint-Gingolphe, je décide de traverser le chablais à pied, en longeant la réserve des Grangettes.

Arrivé à Villeneuve, il me suffit de traverser l’Eau Froide pour me trouver à la lisères de la deuxième plus grande zone de marais de Suisse, qui s’étends de Villeneuve jusqu’au bord du Rhône sur les berges du Léman. Depuis le sol, les Grangettes se résument à un mur de végétation : roselière surmonté d’une canopée verdoyante. Une tour d’observation, me permet de prendre de la hauteur et surtout de prendre conscience de l’écosystème : étangs entourés de roselière, clairière marécageuse, agglomérats de feuillus, … et dans ce complexe, la vie fourmille : multiples races de canards (grèbes, foulque, colvert, …), mouettes, goélands et cormorans, poissons divers (tanche et …) et encore deux paires de tortues, prenant un bain de soleil sur des branches mortes.

Les Grangettes (depuis la tour d’observation)

Quittant la route bitumée, dévolue aux cyclistes, je bifurque sur une petite sente qui s’enfonce dans les Grangettes. Entourés de part et d’autre de bouleaux et de hêtres, le sous-bois est moussu, fougères et prêle d’hiverd’hiver occupent les bordures humides alors que roseaux et nénuphars envahissent les plans d’eau. De temps à autre, j’aperçois un chêne ou un saule qui a poussé sur une éminence plus sèche. Craquements de bois, glissements visqueux, bruissement des roseaux, froissements de l’humus, autant de symboles d’activité d’une faune adaptée à la moiteur du lieu, bruyante mais presque invisible. Parfois j’aperçois un ou deux canards, ou un lézard qui se glisse dans les racines d’un arbre couché par les vents. Seuls les insectes virevoltent en essaim, se rappelant de temps à autre que mes mollets et avant-bras sont des places privilégiées, bien que parfois un peu dangereuses, pour déguster une pinte de sang.

Piste créée par un blaireau dans les prêles d’hvier

De l’utre côté d’un petit canalon, dans une propriété privée je discerne à travers les arbres les murs rouges d’une maison. J’envie déjà ce particulier, qui vit dans un endroit presque paradisiaque. J’enlèverais le presque quand les suceurs de sang auront disparu. Peu à peu, alors que les contours de la bâtisse se dévoilent, je découvre un jardin où le désordre organisé semble régner en maître. Le jardin instinctif, décoré par Gérard Bonnet, un véritable artiste, regorge de dizaine d’essences différentes, séparée par des allées et des œuvres en bois flottés ou des sculptures en métal rouillés. Un vrai régal pour les yeux. A l’entrée du jardin, au bord de ce qui pourrait être un petit port, à l’ombre d’un parasol, sur une table métallique, entourées de quatre chaises, de celles que l’on trouvait autrefois sur les terrasses citadines, est posés une carafe d’eau, des citrons et des verres insiste le promeneur à s’arrêter pour profiter de l’instant présent.

Un semblant de port

Un peu plus loin, d’autres maisons perdues dans la cambrouse forme le hameau des Grangettes. Le chemin pédestre me fait traverser un camping, endroit que j’ai en horreur. Des centaines de touristes s’entassent dans des tentes, des dizaines d’habitués se massent dans leur caravane, s’étalent dans leur petit jardinet coincé entre deux mobilehomes. Heureusement, je suis déjà de l’autre côté dans un petit chemin qui se perd dans la nature. Le long d’une petite grève, un chêne déraciné s’est abattu dans l’eau. Reposant sur deux de ses branches, le reste de sa frondaison est d’un vert éblouissant, tranchant avec le bleu du Léman.

Chêne ayant chu

Des bateaux sont amarrés de part et d’autre du Grand Canal. Sur chaque rive, une route dessert les quelques bungalows. L’endroit est bien plus charmant que le hameau précédent. La largeur du canal est une véritable fenêtre sur le Léman. La côte vaudoise est visible au loin, sous le Mont Pellerin, il est facile de reconnaître Vevey, à la Tour Saint-Martin de son église perchée sur les hauteurs. Un kilomètre en amont, un pont me permet de continuer en direction du Bouverêt. En m’avançant plus au milieu des terres, les forêts marécageuses laissent la place à des prairies humides limitées par des bocages touffus. Sur ma gauche, une vieille grange construite sur la rive d’un grand étang, n’est plus guère entretenu. D’ici quelques années, si les trous dans la toiture ne sont pas bouchés, la charpente va partir en morceau et ce ne sera plus qu’une ruine. En bordure du lac, il est possible d’admirer des gerris – insectes glissant sur l’eau, aussi connu sous le nom d’hydroptère – à l’envergure impressionnante. Et pour ceux dont la faune aquatique laisse froid, il est aussi possible d’observer de splendides demoiselles, toutes de bleu vêtues.

Lac à la Praille

Au port du Vieux-Rhône, je revois avec plaisir Pénélope. Ce voilier appartenant à un vieux couple de vaudois est armé comme pour affronter l’océan pour un tour du monde. Fidèle à l’adage « trop fort n’a jamais cassé », au-dessus de sa coque métallique, peinte de rouge, il arbore une solide mature divisée pour en faire un ketch. Ses superstructures blanches sont régulièrement percées d’hublot rectangulaires. Il rappelle par de nombreux points le mythique « Joshua » de Bernard Moitessier. La dernière surprise de cette petite balade est de découvrir un écriteau au lieu-dit du fort indiquant que cette propriété, située juste à côté du Rhône, appartient à la commune de la Tour-de-Peilz. Une dernière passerelle me permet d’enjamber le Rhône et une vingtaine de minute plus tard, je suis arrivé au port du Bouverêt.

Le Rhône depuis la passerelle des Grangettes

Le temps d’avitailler le bateau en fromage et saucisson pour la sortie de ce soir et je largue les amarres, direction Vevey. Il est malheureusement trop tôt pour que les thermiques se lèvent et je traverse au moteur. Le bruit d’une petite tondeuse à gazon m’accompagnera jusqu’à la Pointe à la Becque. De là, un très léger biset m’a permis de hisser les voiles. Un demi-mille en un peu plus d’une demi-heure, l’allure n’est pas des plus fulgurantes. Je ne patienterais qu’une petite dizaine de minute avec que les demoiselles n’embarquent. Si à la sortie du port, une petite brise nous tire sur quelques centaines de mètres, elle s’essoufflera rapidement. Avec le passage régulier de nuages cette après-midi, les écarts de température entre l’eau et la terre sont faibles et les thermiques ne seront guère enclin à se lever. Que cela ne tienne, les vieux gréements du lac sont réunis à Vevey pour une rencontre de tradition. Regarder voguez la Vaudois et la Savoie sous voile, admirer les lignes élégantes de la galère ou apercevoir l’Aurore, la petite nau valaisanne est un vrai spectacle. Surtout quand le soleil vient à se coucher et embrase d’orange le paysage.

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Nouvelles

30 07 2012

Bon d’accord, je n’ai guère réussi à tenir ma promesse faite en début d’année qui était d’alimenter ce blog plus régulièrement de petits récits de voyages. D’ailleurs, il faudrait que je me mette à les raconter, entre mon périples grisons, mon escapade bretonne, quelques navigations et balades par-ci, par-là, il y aurait bien de quoi pondre presque une vingtaine d’articles.

D’ailleurs j’ai déjà recommencé à prendre la plume, je vous laisse découvrir une randonnée le long de la Venoge qui m’amena jusqu’à Saint-Prex ou mon ultime balade au Conquet le matin de mon retour en Suisse. Pour le reste, je vous serais gré d’attendre encore quelques jours, le temps de coucher mes souvenirs.

Bon été à tous et n’oubliez pas de vous enduire de crème solaire pour ne pas ressembler à un homard!





D’Ecublens à Saint-Prex

28 07 2012

Ecublens, le dimanche 29 juillet 2012

Trajet : Ecublens – St-Prex par le Venoge et le long du lac

Itinéraire Suisse :  Chemin du Panorama Alpin (3), Via Jacobi (4), Via Francigena (70)

Tracé GPS : http://www.endomondo.com/workouts/oj4sCHo757U

5h30 le réveil sonne. Dehors le ciel est couvert et une légère averse tambourine sur le regard métallique situé au milieu de la pelouse. Le soleil se lèvera bientôt, mais le ciel restera drapé de gris. Je me retourne dans mon lit et me rendort aussitôt.

8h30 je me réveille. Dehors le ciel est toujours gris et les brins d’herbes sont couverts de gouttes d’eau. La météo n’est pas au grand mauvais temps, elle s’emble plutôt d’inspiration Bretonne. La couverture nuageuse est fine, et arbore de magnifique teinte de gris et luit d’un blanc étincelant là où le soleil darde ses rayons. Petit-déjeuner avalé, appareil photo en bandoulière, chaussures aux pieds, je pars en balade, direction Saint-Prex par le bord du lac.

Quittant Ecublens, je rejoins les rives de la Venoge, cette petite rivière qui inspira le poète vaudois Gilles. Une véritable apologie où ce petit court d’eau revêt, dans une envolée lyrique, les traits d’un fleuve. Tranquillement, les eaux s’écoulent en méandres. Sur les deux rives, l’humidité profite à la végétation luxuriante, bouleaux et hêtres se dressent fièrement, fourrés où dominent les noisetiers, buttes où foisonnent épilobes et orties. Un petit chemin de terre battue suit les circonvolutions de la rivière ; de temps à autres, une sente descend jusqu’à de minuscules grèves. Il est alors possible d’admirer les filets d’eau se glisser entre les troncs d’arbres échoués, sous les branches feuillues, ou encore les élégants petits tourbillons créés aux abords des berges. Tout autour de moi la forêt murmure d’activité, lapereaux fuyant le bruit de mes pas, écureuils sautant de branches en branches s’égayant à mon arrivée. A mesure que je m’approche de l’embouchure, le havre de paix est troublé par le bruit des voitures suivant la route cantonale.

La Venoge

De l’autre côté, la Venoge a perdu sa douce sauvagerie, des bateaux sont régulièrement répartis de part et d’autre de son court, rattaché aux estacades par deux amarres. De chaque côté, la présence humaine est marquée par les maisons, terrains de sport ou de camping. Arrivant au bord du lac, je rejoins le sentier pédestre. Jusqu’à Saint-Prex, il ne me reste plus qu’à suivre le sentier emprunté par les deux grands itinéraires de randonnée de la Via Jacobi (3) et du Panorama Alpin (4), reliant Genève à Rorschach.

Jusqu’à Morges le sentier n’a rien d’extraordinaire, je longe le lac, bordé par la longue plage artificielle de Préverenges. Quelques joggeurs et cyclistes me dépassent. Une ou deux familles sont venues profiter des rives malgré le temps maussade. L’absence de soleil ne rebutera pas un vieux couple de nager, comme cela doit être leur habitude. La baie de Morges est remplie de voiliers et canots amarrés à leur bouée respective. Au loin, la massive stature du château, dressant ses quatre tour, veillent au-dessus du port alors que dans le lointain, la haute tour du château de Saint-Prex détache sa silhouette de la rive. En arrivant par l’ouest, le quai de Morge est bordé par de magnifiques propriétés. Mitoyenne les maisons dressent leur élégante façade, percée de grandes fenêtres, au fond de grand jardin arborisé ceint d’un mur. Deux portes s’y découpent, l’une petite laisse le passage aux particuliers. L’autre s’ouvre sur un hangar à bateau. Au pied de la large ouverture, deux rails jaillissent et se jettent dans le Léman. Un élégant système de poulies et de treuilles, aujourd’hui caché, permettent la mise à l’eau d’un canot à moteur. Je me plais à imaginer la scène autrefois, avant que les barcasses en plastique ne remplacent les élégants runabouts construit en teck et acajou.

Le long du quai de Morges

Après avoir quitté Morges, et surtout laissé derrière mois son deuxième port, la nature reprend ses droits. Empruntant le sentier de la truite, je longe la pointe du Boiron où poussent fourrés et feuillus aussi dru que sur les rives de la Venoge. Entre deux arbres je redécouvre la petite grève où j’étais venu échouer mon catamaran bien des années auparavant. Par une semaine de forte bise, j’étais parti à l’aventure pour quelques jours sur le Léman. Ayant quitté le Bouverêt le matin, dans l’impossibilité de remonter au vent, je m’étais réfugié dans le port d’Evian vers midi. Ne voulant pas rester bloquer dans la ville française si le vent ne se calmait pas dans les jours à venir, j’ai profité d’une petite accalmie en fin d’après-midi pour la côte Suisse. Hélas, la bise était trop forte, et sur mon catamaran mal équilibré – il y avait un gros tonneau étanche au centre où je rangeais mes affaires -, il m’était impossible de maintenir le cap sur Morges. C’est ainsi que je suis venu m’échouer pour la nuit à la pointe du Boisrond. Mon aventure commençais par une belle journée de près de 20 milles parcouru. Mais elle ne devait pas s’arrêter en si bon chemin. Le lendemain je devais chavirer devant Rolle. Remis d’aplomb deux jours plus tard, une manille lâcha en face d’Yvoire et le mat s’est abattu. Je rejoignis la côte pour le remater, maintenant tant bien que mal le mat sur le trampoline pendant que je pagaillais. Le retour au Bouverêt fut bien plus calme, avec que des brises légères. Trèves de bons souvenirs, il est temps de poursuivre la route.

A la pointe du Boiron, la grève sur laquelle j’avais échoué mon catamaran

Peu avant d’arriver à Saint-Prex, le chemin s’éloigne de la côte. Bafouant une loi garantissant le libre passage à pied le long de la côte lémanique, il est interdit sur quelques propriétés – sans doute aux bénéfices de forfaits fiscaux – au quidam de traverser leur belle pelouse. En rejoignant le village par l’intérieur des terres, j’arrive devant l’ancienne porte de ce vieux bourg. Dernier vestige des remparts encore visible, la Tour à l’Horloge, percée d’une porte cochère dont les anciens gonds sont encore visible, se dressent fièrement. De part et d’autre, elle est aujourd’hui entourée de solides masures mitoyennes, construites avec les pierres des murailles détruites. L’office du tourisme est sise dans une petite épicerie-fromagerie pittoresque. Une fois à l’intérieur, les odeurs affluent à s’en pourlécher les babines. La sympathique tenancière de l’échoppe s’occupe aussi de renseigner les touristes à la recherche d’information. Fait rare pour le relever, je découvre un petit livret – tenant sur une feuille A4 – qui emmène le badaud pour une balade commentée. La promenade débute avec l’histoire de Saint-Prex à la Tour de l’Horloge, puis m’emmène à travers le bourg, narrant de manière succincte mais intéressantes les points dignes d’importance. Descendant la Grand’Rue, j’admire au passage le Foyer une splendide maison communautaire bâtie en moellons. Sur l’angle à la croisée avec la rue Saint-Porthais, elle arbore une magnifique enseigne en fer forgé symbolisant un coq. Au fond de la rue se dresse le Manoir Forel, une grande bâtisse datant du XIIIe siècle, construite et embellie par une famille de célèbre médecin et psychiatre, juste en aval de la pointe Suchet, d’où la vue, par temps claire, embrase tout le Léman de Genève à Villeneuve, du Moléson à la Dôle. Amer des plus reconnaissables du Léman, au même titre que l’église de Meillerie ou le clocher de Vevey, je découvre enfin la tour du château, peinte de blanc. Une plaque scellée dans la base du donjon narre l’histoire de la fortification de Saint-Prex, les changements d’allégeance entre chanoines Lausannois, Duc savoyard, envahisseurs bernois et finalement indépendance vaudoise. J’achèverais ma visite du village en déambulant dans le reste du village découvrant tour à tour le bain des Dames, le Vieux Collège ou encore la maison Warnery-Dessaux. Mais c’est sur la façade avant d’une vieille grange que je découvrirais le spectacle le plus pittoresque, des dizaines d’hirondelles se sont abritées sous l’avant-toit, perchées sur des câbles téléphoniques.

Une colonie d’hirondelles

De retour à l’échoppe, je demande à la fromagère l’origine du couronnement des Rois qui a lieu demain dans la Grand’Rue. Elle m’expliquera qu’il s’agit d’une vieille tradition instaurée par la non moins ancienne société de tir. Devant mon intérêt, elle m’indique que des visites guidées du bourg s’effectue pendant l’été, emmenée par un passionné, féru d’histoire qui conte l’histoire au moyen d’anecdote et d’élément architecturaux. Avant de regagner la rue, je n’ai point résisté à la tentation d’acheter un petit fromage frais de brebis ainsi qu’un morceau de tome vigneronne provenant du village.

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Retour en Suisse

21 07 2012

Ecublens, le 29 juillet 2012

Conquet – Brest – Rennes – Lyon – Genève – Ecublens

Il est juste passé 6h00 quand je me réveille. L’aube est déjà là, mais le soleil n’a pas encore surgit derrière l’horizon. Bien décidé à profiter de cette dernière demi-journée, je m’habille rapidement dans un silence religieux pour ne pas troubler la quiétude de la maison, saisi mon appareil photo, monte délicatement à l’étage pour ne pas faire grincer les marches et ouvrir la porte. Bip. Bip. Un signal retentit. J’ai oublié l’alarme. En quelque sorte, de toute manière je ne sais pas où elle se débranche. Je referme la porte, restant immobile à l’intérieur, attendant à voir surgir Francis de la chambre. Ce dernier ne tarde guère et débranche le dispositif pour me libérer.

Je descends jusqu’au bord de la ria. La marée est encore haute et la mer a envahi les prés salés, un voilier flotte sur les flots. Aucune brise thermique ne vient troubler le parfait miroir de l’aber. L’eau limpide reflète la lisière de la forêt, les amarres des voiliers, et même la brume qui s’évapore délicatement sur l’autre rive. Douce volupté du matin naissant, je profite de cet instant majestueux qui me rappelle le lever de soleil sur Matheson Lake en Nouvelle-Zélande. Un moment tout aussi magique où l’eau semble s’être changé en mercure tant sa surface est immobile. Au-dessus des crêtes, les premiers rayons s’égayent dans un ciel bleu aux nuances mauves. A l’apparition du disque solaire, les reliefs bleutés se parent d’anthracite, alors que le ciel, baigné dans une clarté orangée, se refléter sur la ria à la surface moirée par une brise légère.

Quiétude matinale

Quittant mon état contemplatif, je longe la berge jusqu’à l’ancienne usine d’iode que je contourne. De l’autre côté, tant les murs de la rampe de mise à l’eau, que ceux de la maison se parent d’ocre. Un subtil jeu d’ombres et de lumières se déroulent devant moi. Ombres chinoises d’arbres, raies lumineuses, tout évolue minute après minute. Peu à peu, le soleil s’élève, projetant ses rayons de plus en plus loin sur le bourg encore endormi. Les ombres nocturnes reculent, les façades dorées donnent un petit air du sud à ce village breton. Le long de la grève, je découvre une petite crevette blafarde à la limite des flots, stade primaire de son développement de crustacé.

Vue sur la ria depuis le pont aux rembardes bleues

Traversant la ria sur le pont aux rambardes bleues, à mi-chemin je me plonge dans l’ombre. Le soleil ne s’est pas encore levé sur l’autre rive. Poursuivant mon chemin, je passe devant l’imposante entrée de la ferme fortifiée de Cosquies, avant d’admirer la façade arrière de la longère où séjournait il y a fort longtemps les troupes du roi. Devant moi s’étends la presque-île de Kermorvan, réserve naturelle. Comme pendant ces derniers jours, je suis le GR34, surplombant de quelques mètres le port du Conquet. Face à moi se dresse tout le village, en premier plan, la maison du seigneur avec ses formes si caractéristiques et le petit escalier menant jusqu’au bord de l’eau, où sont ancrés trois vieilles barques.

Le Conquet qui prends un petit air du sud

Enfin, au détour d’une pointe, la silhouette carrée du phare de Kermorvan se détache au-dessus des rochers. Sur la même avancée rocheuse un fort d’inspiration Vauban fut construit à l’époque des rois de France pour protéger le Conquet des invasions anglaises et hollandaises. Plus tard, les allemands y creusèrent un blockhaus. D’ailleurs tout l’éperon arbore de nombreuses casemates de béton, comme autant d’épine que sur un porc-épique. Si j’avais eu plus de temps, je n’aurais pas hésité à passer outre l’interdiction pour m’approcher du phare. Il faut dire qu’avec les trois façades côté mer enduites de blanc, et la dernière, laissée à l’état naturel, qui exhibe ses pierres, il est très photogénique.

La presque-ìle de Kermorvan avec le phare éponyme

Poursuivant ma route je m’enivre de cette odeur iodée que m’apporte à chaque souffle le vent marin. Lorsque j’arrive face à l’Îlette où est érigé un fort, la marée est descendante depuis plus de deux heures. Là, dans cet étroit passage entre la côte et l’île, une ligne de démarcation s’est créée. D’un côté le flot de la marée descendante rejoint l’Atlantique. Les lignes de courant sont marqués telles des filets rectilignes. Puis soudain, la bataille se déchaîne, là où se rencontre le fort courant et la houle marine. Un fort ressac se crée, formant un triangle allongé, là où existent les hautfonds. Immuable, invariable chaque six heures, depuis des millénaires et pour des centaines d’années, cette bataille se déroule. Bien que l’envie ne me manque pas de visiter le fort, je ne prends pas le risque de traverser. Si la profondeur me semble faible, le courant est fort. Ce serait dommage de m’arrêter ici après avoir bu une trop grosse tasse. Ma balade est presque terminée, me voici à la plage des Blancs Sablons. Comme dans un rêve, en ce matin ensoleillé, je suis seul. Aucun touriste ni locaux n’est encore venu foulé la plage ce matin.

Plage des Blancs Sablons

9h15, de retour à la maison, les enfants viennent tout juste d’émerger. Le déjeuner se transformera en véritable brunch où les andouilles côtoient la confiture de mur, le fromage s’accompagne de pains, beurre salé et sucre se fondent en un caramel sur les crêpes réchauffées. Un vrai régal.

Le temps passe trop vite, ces cinq jours ont glissé entre mes doigts comme du sable. Il est bientôt l’heure de partir, mais j’ai encore le temps de partager un dernier apéro avec la famille au complet. Quarante minute après avoir savouré un dernier pastis face à la ria, je suis assis dans le TGV, direction Rennes, Lyon puis Genève et enfin Ecublens. Sur le chemin du retour je profiterais de me reposer de ces longues journées. Il me faudra bien une ou deux bonnes nuits de sommeil pour récupérer complètement.

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