J38 – Abel Tasman National Park

18 06 2011

Nelson, samedi 18 juin 2011, 17h40

Trajet : Marahau – Nelson

D = environ 5661.3 Km

9h30, nous embarquons dans le bateau, reposant sur sa remorque. Tirés par un tracteur, nous parcourrons ainsi les 500 mètres nous séparant de la rampe de mise à l’eau. C’est bien la première fois que je fais du bateau à roulette sur une route nationale. Avant de mettre le cap sur Anchorage, un petit détour nous amène près de l’amer dit « Apple Split Rock », le rocher de la pomme coupée. Aucun besoin de commentaire, le nom se suffit à lui-même. L’excursion jusqu’à Anchorage se fait dans une mer formée, 2 mètres de creux. Malgré la dextérité du pilote, les chocs sont parfois violents, l’écume vole… Une demi-heure de navigation, naviguant loin des côtes, la vue n’est pas terrible, amoindrie par un rideau d’eau. L’approche jusqu’à la plage se fait dos au vague, quelques surfs sur les déferlantes barrant l’accès avant de nous retrouver sur le calme – tout relatif – à l’abri de la baie.

M’y voilà enfin, le paysage est magnifique : eau turquoise – agitée –, sable ocre – mouillé –, forêt verdoyante – détrempée –. Un vrai paradis si la pluie n’avait pas redoublé d’ardeur à mon débarquement. Ma première pensée  fut de me demander si j’étais sain d’esprit à venir me balader par un temps pareil. A la vue des pantalons de jeans, des vestes à moitiés ouvertes, sans capuchons des trois autres jeunes passagers, je suis persuadé que mes neurones fonctionnent parfaitement. Il ne reste plus qu’à marcher, 12.4 kilomètres me séparent encore de ma destination.

Free House, Nelson, 19h00

La marée haute me repousse dans les hautes herbes à l’orée de la forêt pendant que je longe la plage. De temps à autre une vague plus grande que les autres, déferle au sommet de la dune, m’éclaboussant d’écumes et d’embruns. Alors que le sentier continue le long de la plage en direction de Bark Bay, je bifurque vers l’est, prenant peu à peu de la hauteur. Dès le début de la montée, je repense à l’excursion jusqu’au Bridge to Nowhere. Ici aussi le chemin n’est plus qu’un lit de rivière : l’eau ruisselle, dévale la pente… de temps à autre une rigole de bois canalise une partie du liquide vers le talus en une magnifique gerbe, alors que le trop plein bondit par-dessus la traverse et continue de dévaler la pente. Arrivé au sommet, avant de poursuivre sur l’Abel Tasman Track, je descends jusqu’à Water Cove. Encore plus que sur le chemin principal, le U du sentier est complètement inondé par l’eau. Arrivé au niveau de la plage, je peux admirer le lieu où Dumont D’Urville ravitailla en eau l’Astrolabe, après avoir cartographié la région. D’ailleurs nombre de dénominations possède une consonance française comme Adele Island, dont la silhouette est visible, fondue dans la nébulosité des averses. J’y retrouve les mêmes tonalités qu’à Anchorage : turquoise, ocre et vert. Une magnifique palette qui resplendit malgré le mauvais temps. Il s’agit d’un phénomène qui m’a surpris et me surprend toujours en Nouvelle-Zélande. Malgré les fortes précipitations, la luminosité est importante, la couverture nuageuse semble toujours fine, comme si la pluie allait s’arrêter bientôt. Un phénomène bizarre, pour moi, qui suis habitué à un ciel gris, un univers sombre avec pareil temps.

Alors que je rejoins les hauteurs, je ressens un froid liquide s’infiltrer entre mes orteils.  Après avoir dégouliné sur mon imperméable, la pluie ruisselle le long du pantalon jusque sur mes souliers, imbibant peu à peu le tissu. Je suis définitivement persuadé qu’une randonnée sous la pluie ou constituée de traversée de rivière se déroule selon trois stades distincts. Le premier consiste à marcher en faisant attention à l’endroit où les pieds vont se poser afin de préserver l’aridité du soulier, le deuxième est quand l’humeur devient quelque peu grincheuse alors que, malgré toutes les précautions, l’humidité a fini par gagner l’intérieur de la chaussure et enfin le troisième, quand il n’existe plus d’autre choix que de continuer dans ces conditions. A partir de là, la route devient bien plus facile. Marchant au milieu du chemin, devenu rivière, le paysage peut à nouveau être admiré sans regarder toutes les deux secondes le sol afin de ne pas mettre les pieds dans l’eau. Aujourd’hui il ne m’a fallu qu’un petit quart d’heure pour arriver au troisième stade.

The Wakamarinian Cafe, Havelock, écrit le dimanche 19 juin 2011, 15h30

De retour sur le chemin principal, l’itinéraire est maintenant relativement plat, je poursuis mon périple. Erodé par les nombreux passages des touristes, l’eau stagne, formant de petites flaques, puis des gouilles et enfin de véritables étangs où la surface arrive au bas de la cheville. La seule différence avec Whanganui est la couleur: ici l’eau, qui ne s’est pas enrichie de divers sédiments argileux, reste limpide. De temps en temps, quand le chemin rentre dans un petit vallon, au bout de ce dernier un pont enjambe, ce qui fut à l’origine un petit ruisseau. Aujourd’hui, gonflé par les pluies torrentielles, ils sont devenus de véritables rivières, débordant de leur lit, envahissant le sous-bois voisin, ou encore inondant le chemin. Je ne compte même plus le nombre de cascades déversant des litres et des litres d’eau sur le tracé et le promeneur isolé. Par ailleurs, lorsque surviennent de fortes rafales, balayant la forêt depuis le nord, les arbres secoués lâchent une avalanche de grosses gouttes, qui s’ajoutent aux nombreuses petites de la pluie, dont l’intensité ne cesse d’augmenter. Je ne ressortirai d’ailleurs plus mon appareil photographique jusqu’à la prochaine accalmie.
Je me souviens avoir parlé de presser le pas si les éléments se déchaînaient. Sans courir, j’ai appliqué cette décision à la lettre. Toutefois, à plusieurs reprises je n’ai pu m’empêcher de partir sur des sentiers de traverses, pour aller admirer le panorama à partir de quelques promontoires, ou rejoindre les plages ceignant les criques.  Entre marée haute, refoulant l’eau douce dans les terres, et torrents dévalant les pentes rejetant leur liquide dans la mer, la lutte est âpre à Akersten Bay. D’ailleurs devant le statut quo de cette lutte, qui ne voit que le niveau augmenter, le chemin disparaît complètement sous le mélange des flots, barrant l’accès à la plage.

De toutes mes balades, j’ai rarement vu une forêt si verdoyante: les feuilles des manukas sont particulièrement éclatantes, loin de la terne teinte qu’elles arboraient plus au sud, comme sur les flancs de Mount Robert ou sur Stewart. Sans être aussi dense que sur cette dernière île, la jungle me rappelle celle que j’y ai rencontrée sur le premier tronçon, jusqu’à maoris beach. Exubérante, descendant jusqu’au beige du sable paradisiaque. La géologie du terrain est par contre complètement différente: au lieu d’une épaisse couche de terre, la région de l’Abel Tasman, dans la prolongation de la West Coast est constituée de granit, recouvert par une mince couche d’humus, permettant tout juste aux racines des arbres et arbustes d’y rayonner alors que mousses et fougères tentent de s’imposer.

The Flying Haggis, Picton, 20h00

Après un peu plus de deux heures trente de marche, je rejoins la limite de l’Abel Tasman National Park à Marahau, bien content d’être enfin arrivé à destination. La pluie s’est enfin calmée, une légère bruine m’humidifie alors que je lance un dernier coup d’œil en arrière. Un dernier kilomètre à parcourir jusqu’à Hibiscus, et je peux enfin revêtir des habits secs. Si le T-shirts le restera, les chaussettes, quant à elles, s’humidifieront rapidement au contact des souliers. Mais même si le bonheur ne dure qu’un instant, il est bien réel. Le poste de pilotage du campervan se transforme en véritable étendage, il n’est pas question que le moindre habit humide termine dans la cellule de vie à l’arrière avant d’être redevenu sec. Les prévisions météorologiques prévoyant encore un dimanche pluvieux, et un retour des éclaircies dans le courant de lundi après-midi, je m’apprête à vivre quelques jours dans l’humidité.

L’accalmie ne sera que de courte durée: alors que je mets le cap sur Nelson, mes essuie-glaces fonctionnent à plein régime. Je ne retournerai pas me balader avec un temps pareil. Toutefois, ayant ouï dire que la région possède un caractère artistique et surtout viticole fortement développé, je doute que cela pose un problème. Après avoir sélectionné quelques caves dans un prospectus, aidé dans mon choix par le guide du Lonely Planet et, hier, par une des demoiselles de l’office de tourisme de Motueka, je me  mets en route. Des vignobles, quels vignobles. Alors que je m’attendais comme du côté de Blenheim à découvrir des vignes recouvrant les flancs de côté, je fus déçu par le patchwork de pâturages, vergers et vignes que j’ai découvert. L’ensemble manque cruellement d’unité pour être esthétique. Arrivé devant le premier cellier, je trouverai la porte close pour la saison d’hiver. Dans mon choix, il me reste encore une cave, dont les vignes sont situées sur les collines à Upper Moutere. Arrivé à Woollaston Estate, je découvre un charmant carnotzet, d’où la vue par temps clair doit s’étendre de l’Abel Tasman National Park jusqu’à Nelson, couplé avec une petite galerie d’art. Si les œuvres me laisseront froid, je me ferai un plaisir de déguster deux vins – il ne faut pas abuser en conduisant –. Le premier sera un riesling, première fois que je vois ce cépage en Nouvelle-Zélande, le deuxième un pinot noir, dont la vigne est plantée sur un sous-sol argileux. Cette caractéristique est l’un des traits particulier des vignobles du Nelson, situé sur les collines.

  • Riesling 2009 (4 étoiles Michel Coopers) : Sec, l’attaque est un mélange de lime et de citron, laissant un final un peu acide. Toutefois, le tout est balancé par la douceur du sucre résiduel.
  • Pinot noir, 2006 : prune rouge au nez, le vin est très équilibré. Long en bouche, sans être très puissant, j’ai trouvé le final élégant. Il irait bien avec un plateau de formage à pâte molle, ou un bleu délicat.

Quittant les hauteurs, je rejoins le bord de l’eau à Mapua, situé au bord de l’estuaire de Waimea River, l’un des plus grand Nouvelle-Zélande. J’y découvre un charmant petit port, oscillant entre les baraquements de pêcheurs où j’achèterai un morceau de Makerel fumé, les restaurants spécialisés dans le poisson et quelques galeries – comme les nombreuses qui parsèment tout le Nelson – d’art. Par curiosité, je visiterai Cool Store Gallery, regroupant les œuvres d’artistes locaux, dont la visite est recommandée par le Lonely Planet. Je ne serai pas déçu et ressortirai difficilement sans rien acheter. Les objets présentés ne sont pas hors de prix et possèdent tous un cachet certain, relié à l’histoire contemporaine maorie et néozélandaise. J’arriverai à ne pas craquer devant un tableau humoristique sur les rivalités solaires entre Blenheim et Nelson, traité dans l’esprit kiwi.

Chemin faisant, je regagne l’intérieur des terres et débarque à Seifried, une cave dont les vignes sont situées dans les plaines aux pieds d’Upper Moutere, avec un sous-sol radicalement différent. Il s’agit d’une des plus grandes caves de la région, et l’assortiment proposé comprend plus d’une vingtaine de vins différents. Je laisserai la lourde tâche du choix à la serveuse, la seule contrainte, me surprendre et me faire découvrir le meilleur, en choisissant un blanc et un rouge. Sa sélection sera un Gewürztraminer et sur un Cabernet Merlot. Ayant été un peu déçu par le rouge, je goûterai aussi un pinot noir :

  • Gewürztraminer 2010 : fort arôme de muscat, très délicat. Je ne suis toutefois pas un grand habitué de ce cépage. Il irait très bien en sabayon.
  • Cabernet-Merlot 2009 : arôme de fruit rouge et riche au palais, sa jeunesse laisse transparaître le chêne. Final un peu poivré, et relativement court.
  • Pinot noir 2009 : épicé et fruits des bois au nez. Tanins et arômes fruités sont très équilibrés. Un caractère bien plus achevé que le cabernet-merlot.

Ayant à chaque fois profité de discuter avec les cavistes et parfois les autres dégustateurs, les heures se sont écoulées rapidement. Arrivant à Nelson, la ville, par le Sud, je longe la côte, suivant Whakatu Drive puis Rocks Road. La vue sur Tasman Bay, Boulder Bank, noyée dans les teintes grises, est magnifique. Le temps de passer au supermarché, poster un ou deux billets et je profite d’être un soir à Nelson pour boire un verre à Free House, un bar occupant une ancienne église, spécialisé dans le service de produits néozélandais : bière, vin ou jus de fruit.  Attablé à une grande table ronde, profitant de rédiger, pour une fois, ma journée dans mon petit carnet je déguste tranquillement une excellente IPA, dont j’ai malheureusement oublié le nom de la brasserie. Lorsque deux couples amis viennent alors me rejoindre à ma table, je pousse cahier et crayons de côté. Dave, John, Lisa et Alice, les présentations sont vite accomplies. Rapidement, les sujets de conversations s’enchaînent : refroidissement de l’Europe suite au Gulf Stream, économie mondiale avec émergence de la Chine, chasses puis conscriptions militaires… Finalement lorsqu’ils quitteront la taverne après leur bière d’apéro ils me convient à venir manger avec eux, en face chez l’indien, le meilleur de Nelson et de tout South Island. Parfait exemple du véritable esprit kiwi. Pourquoi pas, comme aurait dit Jean Charcot, et me voilà partageant un mix de poulet Tandoori, boulettes d’agneaux et autres petits en-cas pour l’apéro avant de déguster un poulet karoo, qui se révèle excellent, épicé à souhait. La soirée est excellente, aussi surprenante et agréable que celle passée avec Mike à Devonport. Dans le prolongation d’une discussion qui a dévié sur le mariage et les enfants, éducation comprise, ils tenteront même de me marier avec une de leur amie, après avoir appris ma situation maritale. 22h30, alors que le restaurant s’apprête à fermer, je quitte les lieux en compagnie de ce jeune pilote de course professionnel, de l’expert écologique, et des deux employées de banques – bien placées –. Nous prendrons congé sur le trottoir, chacun partant dans des directions opposées.

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J 38 – Abel Tasman National Park

18 06 2011

Marahau, samedi 18 juin 2011, 8h30
Trajet : Marahau
D = 5565.4 Km

Dehors la pluie se déchaîne par intermittence : une averse chaque dix minutes. De nombreuses personnes m’avaient vanté Nelson, comme l’une des régions les plus ensoleillées de Nouvelle Zélande, tout comme la West Coast, l’endroit le plus pluvieux. Il semblerait que j’expérimente plutôt l’inverse. Depuis la fenêtre, je peux admirer une baie, vidée de son eau par la marée basse. La rive est découpée, la forêt dense descend jusqu’à la vase, d’étroits ruisseaux convoient l’eau douce jusqu’à la mer, serpentant sur le plat estuaire. Le paysage me fascine. Si je tourne casaque en raison de la météo, je sais pertinemment que je vais regretter amèrement de ne pas avoir bravé les éléments. Reste à savoir quel itinéraire je vais choisir. D’entrée, la longue marche Bark Bay – Marahau est exclue, marcher une journée sous la pluie ne me tente guère – je ne suis plus à Rakiura Islands –, ni sur la West Coast, encore moins dans le Fjordland. Le nombre d’arrêt afin de profiter du panorama ne sera pas moindre en raison du temps. Leur durée sera par contre écourtée, il n’est pas sûr que je recherche absolument un meilleur point de vue sur le paysage, vaquant de-ci de-là. Le trajet Bark Bay – Anchorage ne me tente pas trop, car je risque bien d’attendre le bateau taxi pendant 2h30, ce qui ne m’enchante guère. Finalement, une des meilleures solutions serait de débarquer à Anchorage et de revenir à pied jusqu’à Marahau, exempt de tout horaire. Je pourrai profiter de descendre jusqu’aux multiples baies si le temps s’éclaircit ou au contraire presser le pas si la pluie continue à tomber. Dans tous les cas, à mon arrivée, il ne me restera qu’à prendre le volant.

Alors que j’arrive au bureau de Marahau Water Taxi, j’apprends qu’aujourd’hui ils n’opèrent pas de liaison en raison de la météo, jugée exécrable. Ils m’indiquent par contre que leurs collègues d’Aqua-Taxi assurent leur service. Equipé de mes habits imperméables, la demoiselle à la réception me regarde avec des yeux écarquillés, lorsqu’après les salutations d’usage j’ajoute « il paraît que vous opérer des bateaux-taxi aujourd’hui ». Le patron sortira même de son bureau pour venir voir quel énergumène a décidé d’aller se promener aujourd’hui sur le sentier. Départ dans un peu moins d’une heure, juste le temps de recharger les batteries, écrire un billet.

Dehors, les gouttes forment un rideau d’eau. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de quelques douches par intermittences, mais d’une véritable pluie faite pour durer. J’apprends qu’il s’agit des résidus nuageux qui a valu à l’Australie quelques inondations dans le sud-est. Je dis déjà adieu aux paysagex de carte postale : eau azur, à peine ridée par le vent, plages de sable fin resplendissantes au soleil, panorama à perte de vue sur les îles et les baies, …

Le reste des aventures et les photos de la journée, la prochaine fois que je me connecterai, sans doute quand je serai de retour à Windy Welly.





J37 – Nelson Lakes National Park

17 06 2011

Marahau, vendredi 17 juin 2011, 21h25

Trajet : Lake Rotoroa – Lake Rotoiti – Motueka

D = 5565.4 Km

Les brumes matinales nimbent les forêts descendant sur les rives du lac, alors que le ciel est voilé par les nuages. L’univers semble comme teinté de gris. Après quelques pancakes pour le déjeuner, j’effectue une petite balade pour amorcer la digestion dans la forêt attenante. Je retrouve les hêtres, mais un tapis de fougères remplace ici le sol moussu du fjordland. Je quitte le Lake Rotoroa, toujours timidement caché par le brouillard pour son petit frère, Lake Rotoiti dans la vallée d’à côté. Alors que je roule, un petit vent d’est commence à dissiper les brumes. Si j’ai de la chance, à mon arrivée à Saint-Arnaud, le temps sera découvert à basse altitude.

La crête et les sommets des montagnes se détachant sur un ciel blanc, je me décide pour la randonnée de Bushline Hut. D’après Mark Pickering, l’itinéraire donne les meilleures vues sur le lac. Départ à environ 870 mètres, je commencerai la boucle d’une dizaine de kilomètres par le côté le plus ardu, une raide montée de 500 mètres, jusqu’à Mount Robert, nommé ainsi par Julius von Haast en l’honneur de son fiston. Le sentier zigzague sur le flanc nord-est de la montagne. Côté aride, les forêts laissent rapidement place à la prairie alpine. A mi-hauteur, alors que le panorama sur le West Arm et la baie baignant Saint Arnaud, le chemin passe l’arrête, et s’enfonce dans la forêt poussant jusqu’à 1200 mètres sur les faces sud et ouest, bien plus humides. A mesure que je m’approche de la crête, la montagne s’arrondit, les herbes sèches gagnent du terrain et finissent par occuper tout le sommet. Longeant la crête, ma vue porte jusqu’aux Arthur’s Range, dominant l’Abel Tasman National Park, aussi loin que les Victoria Range au sud de Buller Gorge mais est stoppée à l’est par les montagnes dominant l’autre rive du lac.

Je redescends de l’autre côté de la montagne, passe à côté de Kea Hut, la première cabane construite dans Nelson Lakes National Park en 1934 par 6 skieurs. Je rejoins alors Bushline Hut, la cabane du DOC. Je profiterai de sa douce chaleur, subsistante après son occupation durant la nuit par un groupe de quatre allemands, pour me désaltérer, grignoter une pomme et quelques carrés de chocolat. A mesure que je poursuis le chemin, l’itinéraire tout en perdant de l’altitude s’avance sur un promontoire, dominant le lac. En contrebas, la forêt remplace à nouveau la prairie, épouse le changement de courbure de la pente et descend jusqu’au lac. Elle occupe toutes les rives, ne laissant apparaître qu’une mince bande de grève grise. Malgré la réflection du ciel, l’eau semble limpide, presque verte, glaciale. Je rejoins alors les premiers arbustes, manuka et tanuka croissent rapidement et masquent ma vue. Il ne me reste plus qu’à suivre le tracé plus ou moins horizontal pour regagner le parking.

Après cette charmante balade, passant par la source de Buller River, je rejoins le bord du lac à Saint-Arnaud, afin de découvrir son fin bras, s’élançant vers le sud, qui m’était caché pendant la randonnée. Une mince surface liquide enchâssée dans une vallée en V. De chaque côté, des montagnes, dont les formes leur furent donnée par l’érosion glaciaire. Nombre de vallons rythment ces pentes touffues, au centre desquelles le lit d’un tonitruant torrent se devine. Du bord du lac, j’admire sa surface lisse comme un miroir, regrettant amèrement l’absence de caillou adéquat afin d’y faire quelques ricochets.

Je reprends la route, direction Motueka, le dernier grand village avant l’Abel Tasman National Park. Sur le chemin, je remonte une vallée dont les flancs sont recouverts de forêts d’exploitation. Les cimes des pins sont alignées couverts, comme les casques des soldats lors une parade militaire, alors que des plantons sont régulièrement espacés sur les longues surfaces précédemment défrichées. Si je n’assisterai pas à la coupe du bois, je verrai par contre le chargement des fûts sur les camions. Pas comme chez nous, un tronc après les autres, la procédure est bien plus efficace, par paquet de dix, en trois bordées, la remorque est pleine. A mesure que je m’approche de la côte, les forêts artificielles laissent place à de verts pâturages, puis ces derniers sont remplacés par les plantations fruitières : kiwis, pommes, poires… ou encore houblon. Les arbres et poteaux s’alignent à perte de vue dans ces plaines collinéennes.

Arrivé à Motueka en milieu d’après-midi, je rejoins l’Office du Tourisme, afin d’y retirer quelques renseignements. Si aucune compagnie n’est d’accord de louer un kayak à un groupe composé d’un seul énergumène, les prévisions météorologiques me mettront du baume sur le cœur : pluie intermittente, températures de 4 à 16[°C] ne me semblent pas un temps idéal pour pagayer. Tant pis, je découvrirai l’Abel Tasman National Park à pied. Une des plus belles parties tant pour la variété du paysage que pour découvrir faune et flore de Bark Bay jusqu’à Anchorage. Si le temps est clair, je n’hésiterai pas à enchaîner cette portion avec le dernier tronçon menant à Marahau : 24 kilomètres, soit 6 à 7 heures de marche ne me font pas peur. Mais sous la pluie, peut-être que cela risque de perdre de son charme. Si je me restreins à la section Bark Bay jusqu’à Anchorage, je risque d’y attendre le bateau pendant 2 heures. Un compromis idéal semble débarquer à Onetahuti Bay vers 10h15, passer par l’intérieur des terres et rejoindre Anchorage pour 15h30. Environ 17 kilomètres à parcourir en 5 heures, aisément faisable, tout en profitant du paysage.

Je parcours encore la petite vingtaine de kilomètre me séparant de Marahau. Apercevant une place peu avant l’arrivée au village, je profite d’y parquer mon campervan, je suis persuadé que les panneaux : « no overnight camping » doivent fleurir sur les deux derniers kilomètres. Alors que je finis de rédiger ce billet, la pluie a commencé à tambouriner sur mon toit. S’il continue ainsi toute la nuit, peut être considérerai-je demain matin uniquement l’option Bark Bay-Anchorage avec un peu de temps à tuer. La nuit porte conseille, je verrai bien.

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