Devonport

29 03 2011

29 mars, Frienz, Auckland, 22h18

Question boulot au CACM, j’ai rajouté quelques pages et quelques figures à mon rapport. Sur le projet impliquant ma présence à Auckland, la forme des adaptateurs pour les capteurs de pression est finalisée et validée. Callum, un des mécaniciens, est en train de les usiner aujourd’hui. Demain, les panneaux seront percés, les adaptateurs montés à l’intérieur, une partie des jauges de contraintes collées. J’espère pouvoir faire les premiers essais au début de la semaine prochaine.

Emirates Team New Zealand

Emirates Team New Zealand

Après avoir rapidement vu Mark Battley en début d’après-midi pour discuter de la suite, au lieu de me mettre en position d’attente au labo, et surtout comme le soleil brille dehors, je prends un petit après-midi de congé pour aller visiter Devonport. J’embarque sur le ferry qui me mène sur la rive Nord de Waitemata Habour. Durant la traversée, j’ai le plaisir d’admirer à tribord Emirates Team New-Zealand, un ancien IACC, et sur bâbord, un peu plus loin un AC 45, prénommé Artémis.

AC 45 : Artemis

A peine débarqué, un petit passage par le iSite, l’office du tourisme en Nouvelle-Zélande, puis je pars à la découverte du quartier, depuis le lieu de débarquement des premiers colons à Aotearao en direction de North Head. La ballade commence en longeant le bord de mer sur King Edward Parade, où deux maisons jumelles de style victorien peuvent être admirées. Construites dans les années 1900, elles furent ensuite réquisitionnées par la Navy pendant la deuxième guerre mondiale pour y loger les soldats. Elles ne furent rendues à l’utilisation civile qu’en 1990. Côté mer, quelques coulées de lave sont visibles au ras des flots. En bas de Church Street, le monument Tanui Memorial commémore le lieu d’arrivée d’un des sept premiers canoës de guerre maoris au environ de 1350. Le monument est surmonté de la réplique de l’oiseau mythique Korotangi qui fut amené par les maoris depuis leur terre natale.

Korotangi, l'oiseau mythique, ramené de la terre natale sur un canoë de guerre jusqu'à Aotearoa

30 mars, Frienz, Auckland, 7h40

Un petit aparté stratégique est nécessaire pour comprendre la militarisation de Devonport. Historiquement, si la Nouvelle-Zélande a toujours été en retrait des grands conflits en raison de son éloignement, la longueur de ses côtes n’en fait pas une nation facile à défendre ; de plus, son principal allié, la Grande Bretagne, est situé de l’autre côté de la terre. Ainsi dès l’instant où de puissantes flottes guerrières, appartenant à des nations considérées comme ennemies de celle du Commonwealth, telle que la Russie, il fut nécessaire à la Nouvelle-Zélande de se militariser. C’est pourquoi elle commença par ériger une ligne de défense autour d’Auckland, alors la capitale. Les meilleurs points de vue étaient bien sûr Rangitoto, où des casemates furent installés lors la deuxième guerre mondiale, North Head et Mont Victoria, plus près de la cité, qui possède une vue imprenable sur le Golf d’Hauraki et Waitemata Harbour. Ces deux volcans furent donc fortement militarisés, spécialement North Head, le verrou qui ferme l’accès au port. Cette dernière tête est d’ailleurs presque autant percée de galerie que les Alpes suisses, hérissées de tourelles, batteries sur tout son pourtour. A partir du XXe siècle, la Navy est la présence armée prépondérante à Devonport. Elle y possède toujours l’une de ses bases, du côté du Mont Victoria, à partir de laquelle des navires gris sillonnent le golf, ou encore son musée près de North Head.

Je ne profiterai pas de l’instruction offerte gratuitement sur la glorieuse histoire de la Navy, et gravirai tout de suite Maungauika. Toutefois, je ferai un détour par la batterie sud, pour rentrer dans la casemate souterraine. Les tunnels, non éclairés, sont libres d’accès pendant la journée. Tout un chacun est libre de prendre une lampe de poche et de s’y aventurer. Si au début cela m’a surpris, je me suis vite rendu compte que les souterrains ne sont pas aussi grand que ceux excavés en Suisse, et ne présentent pas de longs couloirs non protégés par une carapace en béton, où le risque d’un éboulement existe toujours. Petite visite sympathique, mais au final bien peu impressionnante.

King Edward Parade et North Head

Comme depuis tous les volcans d’Auckland, le panorama à partir du sommet est magnifique. A chaque fois le point de vue diffère, l’œil se focalise sur des détails différents, d’autres îles, découpes de côtes, … sont observées. Mais de tous les volcans, Maungauika est l’un des plus plaisants pour se balader. Des chemins sont soigneusement entretenus, tondus au travers de la prairie d’herbe grasse qui recouvre le mont. Quelques bancs épars sont situés à l’ombre des arbres aux branches tarabiscotées, … Un vrai petit parc mi-anglais pour les allées, mi-sauvage là où la nature est laissée à elle même.

North Head : juste profiter de la vue, du soleil et de la brise marine

Au nord, un escalier me permet de descendre jusqu’à la plage de Cheltenham, une des plus belles de North Shore. Alors que je suis déjà à moitié à l’eau, comme surgis de nulle apparaissent deux oiseaux noirs, aux ailes rigides. Les deux AC 45 d’Oracle, pattes levées tracent leur route, à une allure vertigineuse par cette petite brise. Un vrai plaisir de les voir passer. Je ne résisterai pas à la tentation, et me précipite vers mon appareil photo.

Le temps de prendre quelques clichés et me voilà à discuter de ces catamarans avec un baigneur, sortant de l’eau tel Neptune. 10 minutes plus tard, assis sur le muret délimitant la plage, en train de parler des raisons de ma présence à Auckland, ou encore des différents termes marins pour parler de la marée montante, descendante, du jusant, il sort le fatidique « My name is Mick, and you’re ». Moins de 5 minutes après, je suis invité à manger, 3 Saint-Aubyn Street, aux alentours de 18h00, 18h15. Je prends le temps de nager quelques longueurs, avant de longer la plage et admirer les quelques maisons dont les portes s’ouvrent sur l’océan.

Maisons sur Cheltenham Beach

Revenant dans Devonport, j’emprunte Albert Road pour voir le numéro 28, paraît-il une splendide maison de style edwardienne. La légende urbaine ne ment pas, malgré les hauts taillis et la grille qui en protège l’accès, il est tout de même possible de voir le corps du logis, arborant une magnifique galerie, flanqué de deux annexes aux fenêtres blanches courant sur le pourtour.

28 Albert Road : une maison de style edwardienne

Je m’aiguille alors sur Church Street et emprunte l’impasse Flagstaff, d’où je gagne le sommet du Mont Victoria par un escalier qui se transforme en petit chemin abrupte. Dans la réalité, il existe un petit sentier légèrement pentu qui s’enroule autour du volcan, mais je ne voyais aucune raison de l’utiliser. A peine arrivé au sommet, je vois un champ de gros champignons au bonnet rouge à pois blancs. Que celui qui ne pense pas à Mario Bros en voyant ces champignons m’offre une bière.

Mario Bros, fut ma première idée, mais non, il s'agit simplement de la décoration des events des casemates sur le Mont Victoria

Le temps d’admirer le paysage, maudire l’énorme bloc locatif qui gâche la vue sur Auckland Harbour Bridge, et il est déjà presque 18h00. Je me mets donc en quête de la maison de mon hôte. Ce dernier vit seul, sa femme l’ayant quitté il y a 9 ans, avec un magnifique labrador noir. Pour commencer apéro, vin rouge et terrine – d’agneau il me semble au goût. Pendant que l’on prépare le repas, nous poursuivons notre discussion : famille, travail, … J’apprends ainsi que cet Anglais d’origine travaillait pour une entreprise londonienne travaillant dans les chemins de fer, possédant des succursales dans de nombreux pays. Il s’est occupé entre autres de la rénovation des wagons de l’Orient-Express dont les pièces provenaient de l’Europe entière. Il y a plus de 20 ans, il a atterri à Auckland, une cité où il fait bon vivre, un pays avec un système scolaire performant pour ses quatre enfants (juges, avocat, banquier et un dernier possédant aussi un très bon travail), et surtout la nature à proximité. Actuellement, il a repris les affaires, et monte une boîte avec des contacts dans divers pays d’Asie. Un sexagénaire qui ne doit avoir que quarante ans dans sa tête.

La maison de Mick

Vers 8h20 je prends le chemin du retour, Mick ayant une présentation à préparer pour demain, moi quelques courses à effectuer avant de rentrer à Frienz. Au moment de partir, il me fait promettre que si je reviens à  Devonport, je dois passer le voir. J’attrape le ferry de 8h30, admire Auckland, qui comme beaucoup d’autres cités, peut ravir à Paris le surnom de Ville des Lumières dans son sens littéral.

Auckland by Night, vu depuis l'autre côté de Waitemata Harbour

Finalement, si je n’ai pas découvert Devonport de la manière dont je m’y attendais, je garde un excellent souvenir de ce quartier. En effet, il représente pour moi une sorte d’archétype de ce à quoi devait ressembler Auckland il y a une dizaine d’années en arrière. Il s’agit d’ailleurs du quartier qui a conservé l’un des plus grands nombre de maisons de style victorien et edwardien. Dès l’instant où j’ai commencé à le visiter, je me suis senti comme chez moi, très à l’aise avec ces grandes rues ouvertes, ces maisons à partir desquelles l’océan est visible, l’ouverture dont les gens font preuve, … Et bien sûr sans oublier Mick et cette superbe soirée passée en sa compagnie.

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