A la découverte du Far North : Russel – Cape Reinga

24 04 2011

Frienz, Auckland, 26 avril 2011, 21h30

A l’instar des deux autres matins, le ciel est nuageux, quoique un peu plus gris. Seconde mission du matin, après celle de l’ineffable petit déjeuner, descendre vers le Sud jusqu’à Kawakawa, pour admirer des toilettes publiques. Kawakawa n’a rien d’exceptionnel, il s’agit d’une ville kiwi comme les autres, à l’exception  du numéro 60 de Gillies Street, position des susmentionnés sanitaires. Les plans, ainsi que la décoration de ces derniers est le fruit de l’artiste et éco-architecte autrichien Friedensreich Hundertwasser, ayant passé sa vie et trépassé dans une maison isolée sans électricité de cette ville. Les photos sont plus parlantes que les mots pour son œuvre, mosaïque de verres et de céramiques bariolées.

Vue extérieure des toilettes Hunderwasser à Kawakawa

De retour à Paihia, bien qu’il s’agisse d’un must de faire un tour dans la Bay of Islands pour découvrir ses merveilles, la météo incertaine me pousse à ne pas choisir cette option. L’arrivée massive d’une foule débarquant de plusieurs bus, pour embarquer qui sur les ferry, qui sur les jetboats me confortera dans ma décision. Je reviendrai un jour, pour y naviguer, que dis-je! pour y voguer sur un voilier à mon bon plaisir, mais en dehors de la saison touristique, bien entendu. L’alternative a tout pour me séduire avec son attrait historique. Si j’ai attendu plus de 20 ans en Suisse avant de me rendre sur le Rütli, la prairie où fut conclu le pacte originel entre Uri, Schwyz et Unterwald, fondateur de la Suisse, il ne m’aura pas fallu 2 mois pour fouler le sol sur lequel fut signé le traité faisant d’Aotearoa, une nation à part entière sous l’égide du Commonwealth. Je quitte avec joie Paihia et ses  hordes de touristes, pour Waitangi, situé de l’autre côté de la rivière Haumi. Le seul point intéressant de la ville est sans doute l’église St Paul’s Church, construite en 1925 en pierres basaltiques issues des carrières de Kawakawa, sur l’emplacement de la première église d’Aotearoa.

St Paul's Church à Paihia

Si la fondation de la Suisse est basée sur une légende, l’histoire de la Nouvelle-Zélande est très bien documentée. D’ailleurs, il est nécessaire de vous la conter en quelques mots : si la majorité des relations entre maoris et colons sont positives, certaines tensions existent quant aux terres et aux propriétés. De plus, avec l’arrivée toujours plus nombreuse de baleiniers, de navires, de repris de justices, de marchands, de missionnaires catholiques, Bay of Islands devient bondée. Kororareka gagne son surnom d’Hell-Hole of Pacific. James Busby est ainsi mandaté en tant que Résident Britannique par le gouvernement anglais pour y remettre un peu d’ordre. Arrivé en 1833, il n’aura que très peu de ressources pour mener sa mission à bien. Toutefois, ses relations avec les maoris sont excellentes. En 1834, il obtient même de l’amirauté pavillon maritime et régistration pour les navires maoris. En 1835, lorsqu’un français, Baron de Thierry, s’autoproclame Souverain Chef  d’Aotearoa, il arrive à rassembler 35 chefs maoris de l’île du Nord, qui finissent par signer la Déclaration d’Indépendance de la Nouvelle-Zélande. En début 1840, le Capitaine William Hobson débarque à Bay of Islands avec les pleins pouvoirs de la Reine d’Angleterre pour conclure un traité. Busby l’aidera à réviser son brouillon. Le Révérend Henry Williams et son fils finiront la traduction tard dans la nuit à la veille de sa présentation officielle. Le 5 février 1840, maoris et européens sont réunis par centaines à Waitangi. Après une nuit complète de discussion, 43 chefs maoris signent le traité, face à la Résidence (de Busby). Si en septembre de la même année, plus de 500 autres chefs ont paraphé des copies du traité, le 21 mai Hobson a proclamé la souveraineté de la Couronne Britannique sur la Nouvelle-Zélande. Si le débat sur l’interprétation du traité se poursuit encore de nos jours, il est surtout regardé comme un agrément entre deux peuples voulant vivre et travailler de commun.

Le mat planté à l'emplacement de la signature du traité, et la Résidence en arrière plan

Aujourd’hui le sol sur lequel fut signé le traité a quelque peu changé, mais nombre de symboles s’y trouvent. A commencer par le mât, planté à l’endroit précis où le document fut signé. Si, aujourd’hui, à son sommet flotte le drapeau de la Nouvelle-Zélande, il comporte à mi-hauteur encore l’Union-Jack et le pavillon maori. Ou encore la Résidence, un petit cottage où a logé James Busby durant ses années passées à Nouvelle-Zélande : des 4 pièces de 1933, le cottage s’est adjoint 4 chambres supplémentaires en 1940 au sud, et l’extension de la partie domestique a créé l’aile nord. Sans compter la marae, érigée lors de la fête du Centenaire et dont les sculptures rappellent les ancêtres des diverses tribus maories, ainsi que le canoë de guerre Ngatokimatawhaorua construit pour la même occasion. Et tout cela dans un cadre plus ou moins champêtre où la pelouse à l’anglaise côtoie les espèces indigènes, tant florales qu’animales.

Le canoë de guerre Ngatokimatawhaorua

S’il est possible d’observer l’ameublement du XIXe siècle d’une pièce où travailla Busby, la Résidence regorge de quantité d’informations sur le travail effectué lors de sa restauration, les différents agencements et extensions qu’elle a possédés ou encore comment Waitangi Treaty Ground a échu au peuple néozélandais suite au don de Lord et Lady Bledisloe de cette propriété achetée en 1932. L’abri, près de la plage où débarquait chaque matin du début de février 1840, abrite le canoë, une série de photos liées à sa construction, à partir du dernier grand Kauri abattu par volonté humaine, dont la souche est aussi présentée.

Le cabinet de Mr Busby

Quittant ces lieux historiques, je monte vers le Nord, effectue un bref arrêt aux décevantes chutes d’Haruru, tant en terme de hauteur, que de cachet. A Kerikeri, près du bassin naval en aval de rivière, demeurent les bâtisses de la mission du Révérend Samuel Marsend. La première, Mission House, datant de 1822, est la plus veille maison de bois. Elle trône au milieu d’un jardin à la … où nombre de plantes différentes sont présentées au public. A côté, Stone Store, le plus veille édifice en pierre du pays. Datant de 1836, il regroupe actuellement une boutique vendant de nombreux biens produits à la manière de l’époque, du clou américain aux différentes serpes et pelles de jardinage. Ma seule déception sera le refus de la mégère de m’incorporer à la visite guidée qui vient tout juste de débuter quand j’arrive, mais l’odeur du travail à l’ancienne, visible sur les objets, mérite la visite. Le tout est surplombé par l’église St James Anglican Church, ma foi assez jolie. Je quitte la ville en passant par Rainbows Falls, dont les chutes, hautes de 27 mètres, s’effectuent sur fond de falaise entaillée d’une profonde grotte horizontale.

Rainbow Falls, bien plus belles que les chutes de Whangarei

Frienz, Auckland, 27 avril 2011, 6h45 (GMT+12)

Sur le chemin me menant à Doubtless Bay, je quitte l’intérieur des terres afin d’admirer Matauri Bay, une plage de surf, longue de 18 kilomètres, et Wainui. Retour sur la Twin Coast Tourist Route qui me conduit jusqu’à Mangonui, signifiant littéralement « Grand Requin ». Le front de mer de ce joli port de pêche est orné de magnifiques bâtiments historiques, malheureusement à moitié cachés par les enseignes publicitaires des magasins et café situés au rez. Premier arrêt à Mangonui Fish Shop, un établissement de restauration spécialisé, comme vous l’aurez deviné, dans le poisson. Situé dans un bâtiment construit sur pilotis au-dessus de l’eau, sa marque de fabrique  sont les Fish’n’chips. Le filet de poisson de votre choix est prélevé directement dans l’étal face à vous, avant de partir de suite dans la friteuse, accompagné des pommes-de-terre. Quelques minutes plus tard, le Fish’n’chips ressort, est emballé par la gentille poissonnière-cuisinière, arborant pour Pâques de cocasses oreilles de lapin. Il ne reste plus qu’à aller sur la terrasse le déguster face aux voiliers et bateaux de pêche tranquillement ancrés dans la baie, à l’abri de l’île située au large. Je dois reconnaître que, pour l’instant, il s’agit des meilleurs que j’ai dégustés.

Succulent Fish'n'chips

Une petite promenade digestive m’amène à la découverte de Mangonui. J’arpente le long quai, avant de grimper dans le village. Au hasard, je découvre la bâtisse à l’abandon de la Bank of Australasia, le célèbre hôtel Old Oak, l’un des plus luxueux de Nouvelle-Zélande en son temps, l’église dont le clocher est une simple construction en bois, où la corde de la cloche pend à l’air libre, me donnant presque l’envie de l’entendre carillonner. En redescendant de l’autre côté, le point de vue sur le port en contrebas, ainsi que sur Doubtless Bay est magnifique. Un dernier détour me mène près de trois cottages, dont malheureusement le plus joli est en train de pourrir. Si aujourd’hui Mangonui survit grâce à la pêche et aux expéditions touristiques menée à Cape Reinga et s’y arrêtant pour s’empiffrer rapidement d’un fish’n’chips, ces esthétiques demeures furent bâties entre 1790 et 1850, lorsque l’industrie baleinière et l’exportation de bois de Kauri faisaient de ce village une cité prospère.

Cottage en attente de restauration

16h00, le temps passe définitivement trop vite et je dois quitter à regret ce pittoresque village, en direction du but ultime de ma journée, Cape Reinga, situé encore à quelques 160 bornes. Je ne peux toutefois m’empêcher de monter jusqu’à Rangikapiti Pa, dont les divers remblais des étages fortifiés du village maori sont clairement visibles. Je n’aurais pas la chance d’admirer un coucher ou lever de soleil, jugé splendide depuis ce lieu. Les rayons solaires, tout comme la côte au loin, sont estompés par le ciel nuageux. La péninsule de Karikari, en face, fermant la baie, la mer, tout l’arrière-plan disparaît dans des teintes grises, sur lesquelles le beige des quelques plages, et les verts des prairies et des péninsules recouvertes de forêts se détachent. La vue sur Doubtless Bay est grandiose. Pour l’anecdote le nom provient d’une entrée dans le livre de bord du Capitaine Cook qui nota qu’il s’agissait sans doute d’une baie lors de sa première entrée. Oui, mais une p***** de grande baie mon capitaine.

Doubtless Bay

Trêve de digression, il est temps de reprendre la route. Le paysage pour rejoindre Awanui, au pied de la péninsule menant à Cape Reinga est monotone, pâturages sur fonds collinéens, avec quelques bosquets épars, quelques fermes plantées de-ci, de-là. A 16h49 j’arrive enfin au fond de la longue langue de terre menant à la pointe Nord de la Nouvelle-Zélande. Un panneau indicateur me signale qu’il ne me reste plus que 104 kilomètres avant d’atteindre mon but. Je doute y arriver avant que le crépuscule ne tombe. Sur la première moitié du trajet, un nombre incalculable de véhicules redescendant vers le Sud me croisent, par contre seules deux voitures, roulant à tombeau ouvert, sans doute des locaux, me dépasseront. Le paysage reste immuable, encore et toujours des pâturages, et surtout des vaches, encore des bovins. Jusqu’à présent le nombre de moutons rencontrés est bien inférieur aux prédictions théoriques.

104 km du Cape Reinga

Si en longeant Houhora Harbour, le panorama se modifie avec cette langue d’eau salée à l’intérieur des terres conduisant à la présence de mangroves à proximité des côtes, ce n’est qu’après avoir passé Te Kao que les premières grandes dunes apparaissent, que les pâturages laissent la place à des forêts et des landes. Toutefois, le peu de place ne permet pas de s’arrêter tranquillement et comme la route est tout sauf rectiligne, je n’ose m’y arrêter en plein milieu. Avisant une petite route menant à une habitation, je m’y engage de quatre roues bien décidées. Impossible de remonter en marche arrière, le campervan reste posé sur trois roues, dont une seule est motrice, en contrebas, quelques bancs de sables limitent la place pour tourner. Bref, me voilà dans une situation quelques peu embêtante, quand soudain un kiwi débarqué de sa grosse jeep me lance un « You’ve got in troubles », auquel je ne peux que répondre « yep ». Après avoir tenté une énième tentative en marche arrière, habitué des automatiques, il prend le volant, et n’hésite pas pour effectuer un demi-tour en contrebas, à mettre les gaz et laisser un peu de gomme sur le gravier. La leçon, ne jamais hésiter à monter haut dans les tours en cas de situation problématique.

Une photo qui m'a valu quelques déboires. Je ne sais point si elle en vaut la peine

Me voilà reparti, après une petite demi-heure d’immobilisation. Je parcours les 50 kilomètres restants jusqu’au cap. L’impression est fantastique : rouler isolé, de nuit, dans l’obscurité la plus totale, sur la route serpentent sur la crête des collines, seuls mes phares percent l’obscurité, et éclairent les catadioptres et lignes de circulation du long ruban de bitume. Aucun arrêt supplémentaire, la nuit rend toute photographie impossible.

Seul mes phares percent l'obscurité de la lande

18h45, j’arrive enfin au parc, encore deux voitures y sont stationnées. Alors que je me prépare, embarquant lampe de poche, habits chauds et veste car le vent souffle à décorner un bœuf, les occupants sont de retour. Je descends alors tranquillement jusqu’au phare, situé presque à la pointe de Cape Reinga. Un chemin aménagé mène jusqu’au phare. Les cinq faisceaux lumineux de la lanterne rotative balaient à tour de rôle la lande et le large. Le bruyant murmure du ressac se fait entendre, couvert de temps à autre par le bruit des longues rafales de vent.

Même s’il est impossible de voir la mer, la luminescence blanche des déferlantes luit sur la noirceur de l’océan. Moment magique que de découvrir un phare de nuit. Je n’en ai pas souvent eu l’habitude, et encore moins de profiter de ses éclats aucunement troublés par les lumières d’une ville proche. Ici l’obscurité est la plus complète.

Phare du Cape Reinga, j'y suis enfin arrivé

Je mettrais fin à ce moment magique, en faisant un peu le zouave à l’autre bout du monde, jouant avec les divers réglages de mon appareil photo; je tenterai de saisir de fugaces moments ou encore profiterai de laisser ma silhouette fantomatique orner le mur. En remontant jusqu’au campervan, je croiserai mes premiers opossums vivants, quatre yeux ronds et brillant me fixant dans l’obscurité, plutôt troublant sur le moment. Je dormirai à 500 mètres du parc, sur une petite place d’évitement : au loin la lumière du phare du Cap Maya van Diemen scintille dans la nuit, et les rumeurs du vents et de la mer berceront mes rêves.

Et pour la petite histoire, afin de ne pas faillir à la tradition pascale, je me suis lancé dans une chasse aux œufs campervan, que j’avais préalablement cachés ce matin. Et bien sûr, je n’ai pas manqué de croquer les oreilles du lapin en premier.

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A la découverte du Far North : Whangarei – Russel

23 04 2011

Opua, Bay of Islands, 23 avril 2011, 20h30

Après une bonne nuit de sommeil, un petit déjeuner simple, mais équilibré un peu de pain sous le miel, quelques fruits, un bon bol de lait et une tasse de thé, me voilà repartis pour de nouvelles aventures. Un premier arrêt à un Park’n’Save me permet d’acheter une petite poêle, des linges à vaisselle, et une nouvelle bouteille d’eau. Le deuxième sera plus touristique, je profiterai de l’absence des hordes de voyageurs encore endormis à cette heure pour contempler les chutes de Whangarei. Effectivement, même si l’eau ne plonge que de 26 mètres,  leur beauté doit être reconnue. Je ne me pose cependant pas en expert, les seules dont je me souvienne, à part la Pisse-Vache en Valais, sont les Chutes du Rhin près de Schaffhouse, un véritable fleuron national suisse.

Whangarei Falls, vue depuis la rive

Certains me diront que je me focalise sur les murets et séparations agricoles, mais toutefois, à la sortie de Whangarei, la route est bordée sur quelques kilomètres de part et d’autre par un muret de pierres sèches, quelque peu humidifiées par la rosée matinale et les ondées nocturnes. Ce dernier semble presque discontinu, épousant les formes courbes du paysage, sans aucune cassure aux limites de deux propriétés. Seule la présence des portails apporte un peu de dynamisme à l’ensemble. Derrière, parfois cachés par des haies, parfois à découvert, parfois dérobés aux regards,  à l’abri de quelques arbres, des demeures, des vignes, ou quelques vergers sont plantés. Chemin faisant, les murs jumeaux disparaissent, mais d’autres réapparaîtront plus tard, clôturant quelques pâturages, à la place des traditionnelles barrières à fils métalliques (le célèbre n°8) et piquets de bois.

Muret de pierres basaltiques, dans la brume du petit matin

Peu à peu, les flancs collinéens deviennent plus abrupts, les virages courts apparaissent, la signalétique indiquant les vitesses conseillées dans les courbes fleurit sur les routes, autant de signes indiquant que je m’approche de la côte. Peu avant d’y arriver, je franchirai enfin la frontière me séparant du district du Far North. Au passage, je subirai mon premier alcootest au sommet d’une colline. Bien que la procédure soit quasi industrielle, en testant les chauffeurs de trois voitures, après trois voitures, le gendarme est bien sympathique et nous taillons un brin de causette afin que l’éthylomètre analyse mon haleine. Je reprends la route Kiripaka, Ngunguru, Tutukaka. Tous ces noms maoris font partie désormais de mon paysage quotidien. Au détour d’un dernier virage, la vue dégagée sur une baie presque fermée est magnifique : une plage en premier plan, deux caps protégeant l’anse, une bande de sable s’avançant dans la baie. Matapouri est un véritable village de vacances: les baies vitrées des maisons s’ouvrant sur la baie,  séjour au premier étage pour profiter de la vue, terrasse surélevée pour jouir du paysage. Il ne me dérangerait point d’y avoir une petite demeure au front d’océan.

Matapouri Bay

Sans savoir que ce petit coin perdu serai si joli, j’avais prévu d’y faire un tour. Il paraît qu’à l’extrémité Nord de la plage, en traversant une prairie, il est possible d’arriver à Mermaid Pool, une sorte de piscine circulaire creusée dans la roche par l’action des vagues, où il fait bon d’y faire trempette, en observant l’océan tout en étant protégé des vagues. Je me mets donc en quête de cet endroit. La marée étant presque haute, je me glisse avec de l’eau jusqu’à mi-cuisse pour accéder à la crique, d’où par le sentier à travers les herbes grasses. Toutefois au lieu d’accéder « simplement » comme cela est spécifié dans le Lonely Planet, le voilà qu’il se met à grimper. Si la montée est quelque peu raide, la descente de l’autre côté semble hasardeuse, et je redescendrai par le même chemin. De retour à la plage, après une petite baignade, je discute avec un Kiwi. Ce dernier me dit que l’ancien chemin, facile, a disparu suite à un glissement de terrain, et que le nouveau plus difficile, était effectivement celui que je suivais. Il aurait donc fallut persévérer en redescendant de l’autre côté.

Mermaid Pool se cache quelques part en contrebas

Impossible de continuer à longer de près ou de loin l’océan, la route retourne à l’intérieur des terres. A nouveau sur la Twin Coast Tourist Road, alors qu’elle monte directement sur Paihia, je bifurque en direction d’Oakura. Les tronçons rectilignes de la SH1, leur voie rapide, bidirectionnelle limitée à 100 km/h, n’est pas le meilleur chemin pour profiter du paysage. Bien qu’elle possède de part et d’autre une bande d’arrêt d’urgence, servant aussi de place de stationnement, dès l’instant où l’on sort du trafic, il est toujours long, voire très long, de trouver un instant où s’y glisser à nouveau. Si les routes primaires possèdent de part et d’autre deux petits fossés interdisant tout arrêt, elles sont toutefois dotées de-ci, de-là de places d’évitements ; ou encore les nombreux accès aux champs attenants sont autant d’endroits où stationner quelques minutes pour profiter des paysages différents.

Fin de la digression routière, je suis le rivage de près ou de loin, certaines routes en cul-de-sac permettant d’accéder localement à la petite baie desservie. Helena Bay est un petit coin charmant, avec un immense pohutukawa, se découpant à contre-jour. Baie après baie, je m’approche lentement de Russel. Chaque nouvelle pause grappillée est une étape supplémentaire de franchie.

le pohutukawa d'Helena Bay

Mon dernier détour me conduit sur une route de terre battue. Au bout de quelques kilomètres je m’arrête à la hauteur de Whangamumu Reserve. J’embarque mon sac à dos, y fourre bouteille d’eau, appareil photo, clefs, documents de voyages, franchis la clôtures et me voilà sur le chemin me menant à Whangamumu Harbour, (tristement) célèbre pour son passé à l’époque de la chasse à la baleine. En effet, cette crique ne servait pas seulement de base où le gras était récupéré sur les cadavres et fondu, mais a aussi joué le rôle de piège pour ces cétacés. En effet, nombre d’entre eux s’aventuraient dans cette crique, à l’étroite entrée. Un filet relevé entre les deux promontoires les emprisonnait à l’intérieur, et le harponnage pouvait alors commencer. A mi-chemin, peu après être arrivé au sommet de la montée, ma vue embrasse la baie, semblable à une pince de homard, prête à se fermer sur l’imprudent qui y glisserait un doigt. De gros nuages gris plombant le ciel, et n’ayant pas pris ma veste, je fais demi-tour. Dans ce pays, les averses sont brèves mais vigoureuses, elles vous trempent jusqu’à l’os en moins de cinq minutes.

Whangamumu Harbour, avec sa forme caractéristique en pince de homard

Frienz, Auckland, 26 avril 2011, 21h00

Je m’imaginais Russel plus grand, si j’avais lu attentivement le Lonely, j’aurai su que cette petite bourgade ne compte que 820 habitants. Pourtant, au XIXe siècle, sous le nom Kororareka, elle fut la première colonie européenne en Nouvelle-Zélande. Son premier nom est le même que celui du village fortifié de la tribu Ngahpui, cis au même emplacement, qui agréa le peuplement étranger. Tout comme les maoris, les européens trouvèrent que Bay of Islands (baie des îles) étaient un endroit merveilleux : riche en ressources premières (eau, poisson….). Très vite, de nouveaux arrivants vinrent s’établir et la baie grouilla de navires. Les transactions colons-maoris sont florissantes : les premiers échangent mousquets et poudre contre Kumara, bois de Kauri, … et autres richesses dont la valeur sur le Vieux-Continent est importante. Des repris de justice exilés d’Europe arrivent dans ce nouvel Eden qui bientôt gagnera le surnom de Hell Hole of the Pacific (Trou de l’enfer du Pacifique). Aujourd’hui la ville a perdu sa notoriété, mais gardé le charme des temps passés avec nombre de maisons victoriennes, et aussi le plus vieux bâtiment du pays, une église datant de 1836.

Eglise de Russel, au centre d'un cimetière engazonné, comme à leur habitude en Nouvelle-Zélande

Je commence ma visite par le petit musée citadin qui retrace la découverte de la Bay of Islands par le Capitaine Cook, l’arrivée des premiers colons, sa lente descente aux enfers, son histoire liée à celle des baleiniers, puis l’arrivée des touristes avec la plaisance, les plages, … Le point fort du musée est sans doute la réplique au 1/5e de l’Endeavour, le navire de Cook, ou encore la section maorie. Une brève balade me mènera entre les principaux bâtiments chargés d’histoire, comme l’église, quelques cottages en front de mer, ou encore  la maison Pompallier. Cette dernière est une ancienne mission catholique. Durant 28 ans, depuis 1842, 40’000 ouvrages en maoris y furent traduits et imprimés, avant d’être vendue en 1870 à un privé. La visite, en plus de m’apprendre un peu plus sur le dénommé Pompallier, un missionnaire français, est un musée vivant où la fabrication d’un livre selon la méthode utilisée au XIXe siècle est mise en application. Depuis l’impression des pages à partir d’une presse de type Gutenberg, à la reliure manuelle, et enfin le collage de la couverture en cuir tout y est présenté. Bien entendu, le cuir utilisé est tanné sur place : à l’arrière du bâtiment, prennent place quatre cuves, chacune plus tannique que la précédente, dans lesquelles sont passées successivement les peaux en cuir, avant de passer à l’assouplissement nécessitant, lui, cinq étapes.

Maison Pompallier

Avant de quitter la ville, je sirote une petite bière sur la terrasse de l’hôtel Duke of Marlbourgh, quatrième établissement érigé sur le site, les précédents ayant été détruits soit par le feu, soit suite à l’un des sacs de la sulfureuse adolescence de Russel. Actuellement, il possède encore la License n°1, établie pour la première fois en Juillet 1840 pour le bar à grog de monsieur John Johnson, cis au même emplacement. Et cette petite bière, il la fallait bien pour fêter l’anniversaire, avec un jour de retard soit, d’une mémorable soirée d’avril de l’an 2010.

Duke of Marlbourgh

Je reprends le volant, et pour conclure ma découverte de Russel, je monte à Maiki, la colline où fût hissé le deuxième drapeau néozélandais. Pour la petite histoire, par trois fois, dans les mois qui suivirent la signature du traité, le mat fut coupé à coup de haches par des maoris, menés par Hone Heke, le premier signataire du traité. Mais à quatre reprises la colline fut reprise et le drapeau hissé à nouveau. Durant la dernière tentative, les navires anglais ancrés dans la baie n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur la ville, et des boulets de canons y sont déterrés presque lors de chaque excavation.

Je rejoins alors Okiato, lieu d’embarquement pour le ferry qui me mènera à Opua, de l’autre côté de la Bay of Islands. Suite à la signature du traité, Okiato devint la première capitale de la Nouvelle-Zélande. Lorsque ce privilège fut transféré à Auckland en 1841, dont l’emplacement fut choisi en raison de la fonction future, Okiato est abandonnée, et son nom d’alors, Russel, transféré au village nommé Korokareka,

Okiato, un simple rond-point, avec mon campervan, pour marquer l'emplacement de la première capitale de Nouvelle-Zélande

La traversée en ferry me permet de profiter d’une des nombreuses anses de Bay of Islands. Si le paysage est joli, je n’en vois pas la raison d’en faire un plat. Une fois débarqué, je rejoins le Holiday Park Top 10, pour passer la nuit en camping, et surtout charger la batterie afin de profiter de ma réserve de 40 litres d’eau. Je ne vous ferai pas une longue digression, mais à 16$, soit presque le même prix qu’une nuit en backpack, sans avoir la qualité d’accueil, ni les partages, mais par le défaut de subir celui des désagréments des touristes, je doute que j’y remette les pieds de sitôt. Par contre, au menu du soir, le deuxième steak d’agneau et le kumara poêlé accompagnés d’une petite salade de tomates en entrée passent à merveille.

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