Du port de La-Tour au Bouverêt

31 07 2012

Ecublens, le 31 août 2012

Trajet : La-Tour-de-Peilz – Bouverêt

Lever ce matin presque en même temps que le soleil, je m’empresse d’aller chez Freddy, une des meilleures boulangeries – à mon avis – de la côte vaudoise. Quelle ne sera pas ma déception de la découvrir fermée jusqu’au 5 août pour les vacances estivales. En attendant que les supermarchés ouvrent, je retourne au voilier pour bricoler un ou deux petits trucs.

Ayant récupéré hier un nouveau feu de mat pour remplacer celui qui ne fonctionnait plus, je déplace le bateau de quelques mètres pour amener le mat à la verticale de la grue à mater. J’envoie au sommet du mat un bidon contenant l’ampoule, une brosse de nettoyage, un spray au téflon, une patte, un ou deux tournevis de tailles diverses si j’en ai besoin. Quelques minutes plus tard, perché au sommet de la grue, j’essaie d’attraper le mat. Mais celui-ci se dérobe une dizaine de fois avant de réussir à l’attacher. Nettoyage de la tête de mat, détoilage (d’araignée) la girouette, sprayage des réas des multiples poulies, et enfin changement d’ampoule. La première phase de test débouche sur un échec : aucune lueur n’apparaît au sommet du mat. Plutôt que de remonter, je démonte les connecteurs au niveau du pont et découvrir une pellicule de vert-de-gris sur les connecteurs cuivrés. Après les avoir brossé, tout fonctionne de nouveau et le feu de tête luit enfin.

Alors que je retourne dans le bourg, je me souviens qu’il existe une deuxième boulangerie, presque aussi bonne que la première. Adieu les croissants secs de la coop ou de la Migros, à moi les brioches et les croissants au chocolat, toutes deux confectionnées avec amour et beurre. Petit déjeuner excellent à la terrasse du club nautique local, avec vue sur le port. A la veille du premier août, quelques voiliers arborent oriflamme et grand pavois. Une bien belle image.

Le port de La-Tour-de-Peilz

J’appareille peu après 8h30. Le soleil matinal a suffisamment réchauffé les côtes pour qu’une légère brise thermique ride par endroit la surface du lac. Glissement lentement, je grappillerais les encablures, yards après yards, je m’approche doucement du Bouverêt. Tout au long de la traversée, je profite de bichonner Voyage – c’est le nom du voilier – : gratouiller le pont pour le débarrasser de ces horribles traces grisâtres et des fientes de canard, nettoyer le liston pour supprimer les araignées, épousseter haubans et manœuvres pour le débarrasser des toiles. Arrivé dans la baie du Bouverêt, je m’amarre à une bouée pour me jeter à l’eau, et bien entendu profiter de lustrer sa coque. Peu après midi, c’est pimpant, la coque au vent, que je rentre dans le port du Bouverêt.

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A la découverte du Haut-Lac : les Grangettes

30 07 2012

Saint-Maurice – Renens VD, le 31 juillet 2012

Trajet : Villeneuve – Bouverêt – Vevey – La Tour-de-Peilz

Ayant promis à deux amies blekiennes, Charline et Natacha, de les embarquer sur le voilier de mes parents au port de Vevey ce soir à 18h00, pour rallier la cité vaudoise, il me faut tout d’abord rejoindre le Bouverêt, port d’attache du bateau. Au lieu de prendre un bateau de la Compagnie Générale de Navigation qui m’amènerait de Lausanne au Bouverêt en passant par Saint-Gingolphe, je décide de traverser le chablais à pied, en longeant la réserve des Grangettes.

Arrivé à Villeneuve, il me suffit de traverser l’Eau Froide pour me trouver à la lisères de la deuxième plus grande zone de marais de Suisse, qui s’étends de Villeneuve jusqu’au bord du Rhône sur les berges du Léman. Depuis le sol, les Grangettes se résument à un mur de végétation : roselière surmonté d’une canopée verdoyante. Une tour d’observation, me permet de prendre de la hauteur et surtout de prendre conscience de l’écosystème : étangs entourés de roselière, clairière marécageuse, agglomérats de feuillus, … et dans ce complexe, la vie fourmille : multiples races de canards (grèbes, foulque, colvert, …), mouettes, goélands et cormorans, poissons divers (tanche et …) et encore deux paires de tortues, prenant un bain de soleil sur des branches mortes.

Les Grangettes (depuis la tour d’observation)

Quittant la route bitumée, dévolue aux cyclistes, je bifurque sur une petite sente qui s’enfonce dans les Grangettes. Entourés de part et d’autre de bouleaux et de hêtres, le sous-bois est moussu, fougères et prêle d’hiverd’hiver occupent les bordures humides alors que roseaux et nénuphars envahissent les plans d’eau. De temps à autre, j’aperçois un chêne ou un saule qui a poussé sur une éminence plus sèche. Craquements de bois, glissements visqueux, bruissement des roseaux, froissements de l’humus, autant de symboles d’activité d’une faune adaptée à la moiteur du lieu, bruyante mais presque invisible. Parfois j’aperçois un ou deux canards, ou un lézard qui se glisse dans les racines d’un arbre couché par les vents. Seuls les insectes virevoltent en essaim, se rappelant de temps à autre que mes mollets et avant-bras sont des places privilégiées, bien que parfois un peu dangereuses, pour déguster une pinte de sang.

Piste créée par un blaireau dans les prêles d’hvier

De l’utre côté d’un petit canalon, dans une propriété privée je discerne à travers les arbres les murs rouges d’une maison. J’envie déjà ce particulier, qui vit dans un endroit presque paradisiaque. J’enlèverais le presque quand les suceurs de sang auront disparu. Peu à peu, alors que les contours de la bâtisse se dévoilent, je découvre un jardin où le désordre organisé semble régner en maître. Le jardin instinctif, décoré par Gérard Bonnet, un véritable artiste, regorge de dizaine d’essences différentes, séparée par des allées et des œuvres en bois flottés ou des sculptures en métal rouillés. Un vrai régal pour les yeux. A l’entrée du jardin, au bord de ce qui pourrait être un petit port, à l’ombre d’un parasol, sur une table métallique, entourées de quatre chaises, de celles que l’on trouvait autrefois sur les terrasses citadines, est posés une carafe d’eau, des citrons et des verres insiste le promeneur à s’arrêter pour profiter de l’instant présent.

Un semblant de port

Un peu plus loin, d’autres maisons perdues dans la cambrouse forme le hameau des Grangettes. Le chemin pédestre me fait traverser un camping, endroit que j’ai en horreur. Des centaines de touristes s’entassent dans des tentes, des dizaines d’habitués se massent dans leur caravane, s’étalent dans leur petit jardinet coincé entre deux mobilehomes. Heureusement, je suis déjà de l’autre côté dans un petit chemin qui se perd dans la nature. Le long d’une petite grève, un chêne déraciné s’est abattu dans l’eau. Reposant sur deux de ses branches, le reste de sa frondaison est d’un vert éblouissant, tranchant avec le bleu du Léman.

Chêne ayant chu

Des bateaux sont amarrés de part et d’autre du Grand Canal. Sur chaque rive, une route dessert les quelques bungalows. L’endroit est bien plus charmant que le hameau précédent. La largeur du canal est une véritable fenêtre sur le Léman. La côte vaudoise est visible au loin, sous le Mont Pellerin, il est facile de reconnaître Vevey, à la Tour Saint-Martin de son église perchée sur les hauteurs. Un kilomètre en amont, un pont me permet de continuer en direction du Bouverêt. En m’avançant plus au milieu des terres, les forêts marécageuses laissent la place à des prairies humides limitées par des bocages touffus. Sur ma gauche, une vieille grange construite sur la rive d’un grand étang, n’est plus guère entretenu. D’ici quelques années, si les trous dans la toiture ne sont pas bouchés, la charpente va partir en morceau et ce ne sera plus qu’une ruine. En bordure du lac, il est possible d’admirer des gerris – insectes glissant sur l’eau, aussi connu sous le nom d’hydroptère – à l’envergure impressionnante. Et pour ceux dont la faune aquatique laisse froid, il est aussi possible d’observer de splendides demoiselles, toutes de bleu vêtues.

Lac à la Praille

Au port du Vieux-Rhône, je revois avec plaisir Pénélope. Ce voilier appartenant à un vieux couple de vaudois est armé comme pour affronter l’océan pour un tour du monde. Fidèle à l’adage « trop fort n’a jamais cassé », au-dessus de sa coque métallique, peinte de rouge, il arbore une solide mature divisée pour en faire un ketch. Ses superstructures blanches sont régulièrement percées d’hublot rectangulaires. Il rappelle par de nombreux points le mythique « Joshua » de Bernard Moitessier. La dernière surprise de cette petite balade est de découvrir un écriteau au lieu-dit du fort indiquant que cette propriété, située juste à côté du Rhône, appartient à la commune de la Tour-de-Peilz. Une dernière passerelle me permet d’enjamber le Rhône et une vingtaine de minute plus tard, je suis arrivé au port du Bouverêt.

Le Rhône depuis la passerelle des Grangettes

Le temps d’avitailler le bateau en fromage et saucisson pour la sortie de ce soir et je largue les amarres, direction Vevey. Il est malheureusement trop tôt pour que les thermiques se lèvent et je traverse au moteur. Le bruit d’une petite tondeuse à gazon m’accompagnera jusqu’à la Pointe à la Becque. De là, un très léger biset m’a permis de hisser les voiles. Un demi-mille en un peu plus d’une demi-heure, l’allure n’est pas des plus fulgurantes. Je ne patienterais qu’une petite dizaine de minute avec que les demoiselles n’embarquent. Si à la sortie du port, une petite brise nous tire sur quelques centaines de mètres, elle s’essoufflera rapidement. Avec le passage régulier de nuages cette après-midi, les écarts de température entre l’eau et la terre sont faibles et les thermiques ne seront guère enclin à se lever. Que cela ne tienne, les vieux gréements du lac sont réunis à Vevey pour une rencontre de tradition. Regarder voguez la Vaudois et la Savoie sous voile, admirer les lignes élégantes de la galère ou apercevoir l’Aurore, la petite nau valaisanne est un vrai spectacle. Surtout quand le soleil vient à se coucher et embrase d’orange le paysage.

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Navigation crépusculaire

10 09 2011

Ecublens, lundi le 19 septembre 2011

Cela faisait longtemps que je n’avais plus repris la plume pour conter mes péripéties. Depuis le lundi, un fort vent d’Ouest balayait le Léman. Paul et moi étant tour à tour occupé en début de semaine, ce n’est que le mercredi soir que nous pouvions profiter de cette belle brise. A notre grand désespoir, les airs se calment durant la matinée. Toutefois, la décision est prise de tenter notre chance. 17h00, je rejoins Paul au laboratoire. Avant d’aller récupérer Bénédicte, sa demoiselle, ainsi que ses affaires de navigation, nous passons par chez moi pour que je prenne la clef du voilier, que j’y avais oublié. Le temps de faire trois courses pour le pique-nique, que Mathieu nous rejoigne et nous quittons Lausanne peu avant 18h00.

Si entretemps le vent s’est renforci, depuis l’autoroute, nous observons ce dernier s’essouffler au large de La Pichette. Devant ce triste constat, seules les vagues levées dans le Grand-Lac doivent agiter la baie du Bouverêt, à l’abri des pointes de Meilleries et Saint-Gingolphe. Au port, une petite brise souffle de la terre, j’ose espérer qu’elle se renforcera à mesure que le Soleil se couche sur l’horizon. Voyage est rapidement débâché, les vivres et passagers embarqués, le génois endray. Une fois le moteur démarré nous appareillons. Alors que nous glissons entre deux estacades, Paul finit de préparé les bouts. Sitôt l’entrée franchie, nous hissons les voiles.

Au grand largue, nous traversons la baie du Bouverêt. Arrivé à l’embouchure du Rhône, les airs sont suffisants pour envoyer le spinnaker et notre bulle grise se gonfle rapidement. Paul prends la barre pour expérimenter pour la première fois de sa vie, la conduite d’un voilier naviguant vent arrière, et affrontons les vagues de face. Si en règle générale, les vagues avancent dans la même direction que le vent, parfois sur le Léman, les brises thermiques levées au couchant et au lever du soleil inverse le phénomène. La douceur n’est pas l’apanage de ce cas particulier : si le voilier s’élance facilement dans les vagues, il s’arrête tout aussi brusquement dans la suivante. Par à coup et relance, à mesure que nous approchons de Saint-Gingolphe, Mathieu perd ses belles couleurs. Sujet à un léger mal de mer, il reconnaît qu’il préfère lorsque ses deux pieds touchent fermement la terre.

Aux abords du village franco-suisse, les airs deviennent changeants : les thermiques descendants du Grammont s’opposent à ceux provenant du Valais, sans compter des risées intrusives de vent d’Ouest. La navigation sous spi devient un peu plus hasardeuse : il faut dire que cette voile n’est guère faite pour remonter au pré comme nous le pratiquons par moment. Après l’avoir affalée et remplacée par le génois, nous virons lof pour lof, cap sur notre port d’attache. Chemin faisant, il est l’heure du pique-nique : bouteille de blanc, saucisses, fromages, pain, pâté font leur apparition sur leur pont. Un véritable délice.

Alors que la nuit est tombée, nous arrivons en vue du port. Seul le feu rouge scintillant sur notre gauche marque l’entrée de la passe, le phare vert doit être en panne. Accompagné du seul ronronnement de notre moteur, nous regagnons notre place. Ce fut une sympathique petite navigation crépusculaire.

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Nav’ de nuit

19 08 2011

Ecrit à Renens, le lundi 22 août 2011, 20h00

Vendredi soir, j’arrive enfin à convaincre papa, avec l’aide de maman pour descendre au bateau dans l’espoir de profiter des thermiques du soir. Il faut dire qu’à midi, l’idée repose sur quelques hypothèses. D’une part, il faudrait que papa soit d’accord d’abandonner maman pour une nuit, alors qu’elle est encore quelque peu handicapée par son pied ; d’autre part, le régime de vents thermiques, qui d’habitude s’établit après le coucher du soleil, pourrait ne pas se mettre en place : les températures élevées, supérieurs à trente degrés, pourraient agir comme une chape de plomb et empêcher tout mouvement. Moins de trois quarts d’heure après qu’il ait prononcé du bout des lèvres un petit oui, nous sommes fin prêt à partir : spinnaker chargé, piquenique préparé.

Le temps de descendre jusqu’au Bouveret, d’entendre mon p’tit père émettre quelques regrets et nous arrivons peu avant le coucher du soleil. Voyage, un Surprise construit par Archambault en 1998, nous attends toujours à la même place. Depuis le jour où papa l’a nettoyé au mois de juin, mes parents ne sont jamais descendus : les araignées ont profité de le coloniser complètement, étendant leurs toiles entre les haubans et les espars. Une fois débâché, il est nécessaire de passer un petit coup de brosse pour enlever les petits poils de plastique tombés de la bâche, cuite par le soleil. Génois endraillé, grand-voile prête à être envoyée, nous quittons le port, alors que le lac est d’huile.

Nous gagnons au moteur l’embouchure du Rhône, où nous nous amarrons sur l’une des bouées marquant les points d’ancrage du barrage du Rhône. Cet ouvrage composé de tonnes est destiné à retenir les branches et les troncs flottés par le fleuve en cas d’orage dans les vallées alpines ou de crue générale, qui, en liberté, pourraient entraver la navigation. Avant que le soleil ne se couche, nous profitons de faire une petite beauté à Voyage. Le pont est nettoyé à grande eau, le plastique est frotté, le revêtement en pointe de diamant gratouillé, jusqu’à ce que les résidus crasseux soient évacués par les vide-vite du cockpit. A force d’astiquer, nous voilà en sueur, le plongeon dans le Léman ne servira pas qu’à nous rafraîchir. Une fois à l’eau je profites de nettoyer les flancs de la coque, qui recouvre un peu, mais pas complètement leur blancheur initiale. Je jetterais aussi un coup d’œil sur les œuvres vives, la partie immergée de Voyage. Mal m’en a pris, je ressors ma tête de l’eau complètement épouvanté : il ne s’agit plus d’une coque lisse, mais d’un jardin laissé en jachère. Les algues ont complètement colonisé la peinture antifooling, formant une carapace de près d’un demi-centimètre d’épaisseur. Une vraie catastrophe, si les thermiques sont faibles, notre vitesse sera nulle.

Le coucher de soleil sera magnifique. Loin du ciel immaculé d’un événement cinématographique, un gros nuage s’élève à l’horizon, au dessus des crêtes du Jura. Lorsque le soleil disparaît derrière, les bords du gris cumulus brillent de milles feux, des cônes d’ombre sont projetés à tout va, découpé dans la masse opaque du nuage. Roses, pourpres, violacées, les couleurs se sont emparées d’une palette rouge. Tout en profitant du spectacle, nous dégustons fromages et saucisses, arrosées d’une petite bière. Alors que le disque incandescent du soleil réapparaît sous les nuages, avant de disparaître derrière le Jura, une petite brise se met à souffler.

Alors que papa fini de ranger le repas, je découvre avec effroi que les feux de routes et de positions ne fonctionnent pas. Connaissant mon père, et sa prudence maladive, je me vois déjà remettre le moteur en route et rentrer au Bouveret. A ma grande surprise, il me propose de profiter des thermiques. Le temps de monter la grand-voile, larguer les amarres, hisser le génois et nous filons déjà trois nœuds en direction de Villeneuve.

Alors que l’obscurité s’installe, la côte helvétique s’illumine de tous ses feux : il est possible d’imaginer les découpes de la rive grâce à l’éclairage publique. Le rivage français n’est éclairé que par intermittence, entre les tâches lumineuses des villages, la forêt reste sombre, seul le passage d’une voiture de temps à autre rappelle qu’il existe d’une route. Le Valais, quand a lui, est complètement envahi par les ténèbres : du Bouveret à Villeneuve, l’orée de la forêt des grangettes est dessiné d’un noir d’ancre sur l’horizon. Quelques points blancs indiquent des bateaux ancrés, deux feux scintillants, l’un vert, l’autre rouge, marquent l’entrée du canal menant au port du Vieux-Rhône. Au dessus de la frondaison, une brume grise est légèrement teintée par la couleur orange des lampes au sodium de la lointaine Monthey.

Peu à peu, le vent descendant de la Vallée du Rhône forci, nous atteignons bientôt quatre nœuds de moyenne. Alors que la musique émanant d’un concert à Villeneuve s’est tue, je donne la barre à papa pour qu’il profite de cet instant magique. Nous glissons tranquillement à la surface de l’eau, sans un bruit, si ce n’est celui d’un doux clapotis. Papa m’étonnera encore une fois, me proposant si les airs se maintiennent de continuer à naviguer jusqu’à l’aube. Sous le vent de l’île de Peilz, sagement caler à la gîte, nous profitons d’une adonnante pour gagner un nœud supplémentaire. Il est temps toutefois d’abattre pour descendre le long de la côte vaudoise.

Les airs, qui jusqu’à présent se sont montrés généreux, faiblissent un peu. Pour maintenir une bonne vitesse, je décide d’envoyer nuitamment le spi. Dans un premier temps, suite à une saute de vent, il se gonflera à contre. Le temps de corriger le cap, et notre bulle, gonflée, nous tire en avant. Cinquante, cent, cent-cinquante mètres. Ce sera tout, les thermiques nous quittent alors que nous n’avons pas encore atteint Chillon.

Minuit, nous arrêterons la navigation. Une fois le génois ferlé sur le pont, nous gagnons le port du Basset au moteur. Alors qu’un ciel exempt de tout nuage recouvre le Léman, dans l’arrière pays vaudois, des éclairs de chaleurs illumine de temps à autre l’horizon. Une heure plus tard, tranquillement amarrés le cul à une bouée, l’étrave au quai, nous dégusterons un dernier whisky avant de se glisser dans nos sacs-de-couchage respectif.

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