J 26 – Queenstown – let’s go bungy jumping

6 06 2011

Internet Laundry, Queenstown, 6 juin 2011, 17h40

Trajet : The Key – Queenstown

D= 4011.4 km

Ce matin, sortir de dessous la couette fut une difficile opération : comme on se les caille ce matin, une expression valaisanne indiquant un froid mordant. Cela ne m’étonne même pas de voir que les vitres sont givrées à l’extérieur et que la condensation a gelé sur les deux pare-brises à l’intérieur. Un petit quart d’heure d’agitation pour ranger l’intérieur, préparer le déjeuner suffit à me réchauffer. Cela fait plaisir de retrouver des contrées sèches, à l’inverse des côtes où l’humidité vient à bout de tous vos efforts pour vous tempérer.

Après avoir admiré le lever de soleil sur les Takitimu Mountains, je commence à parcourir les 140 derniers kilomètres me séparant de Queenstown. De retour sur la route principale, je découvre une nimbée dans une nappe de brouillard, dont la densité ne cesse de varier. Maintenant que je roule en direction du Nord, du matin au soir, le soleil me fait face. Les contre-jours sur ces prairies composées de red tussocks, la même herbe qui pousse sur les steppes alpines, noyées dans la brume avec quelques arbres à la sombre silhouette sont d’une grande beauté.

A partir de Mossburn jusqu’à Five Rivers, le brouillard s’est déposé nuitamment sous forme de givre, et les nombreux panneaux que j’avais aperçu depuis le début de la semaine « slippery when frosty » (glissant en cas de gel) prennent tout leur sens. Peu à peu la brume se densifie, et mon champ de vision se réduit à une cinquantaine de mètres. Alors que j’arrive dans Mataura Valley, un vent à décorner les bœufs dissipe la brume, me dévoilant une large plaine verte, bordée par des coteaux, dont l’herbe sèche grimpe jusqu’aux pieds des élévations rocailleuses. Mis à part les pâturages, je retrouve le même type de paysage qu’à l’approche d’Aoraki, des monts aux pentes douces, sur lesquels se détachent de rugueuses et abruptes excroissances rocheuses dans une palette virant du beige au jaune brunâtre, teinté parfois de vert ou d’ocre.

Finalement, j’arrive à Kingston, situé à l’extrémité sud du Lake Wakatipu. Je comptais profiter de me balader sur le rivage venteux, mais ensoleillé, mais un nuage rampant sur les monts ouest propage son ombre sur la promenade. Devant la fraîcheur insidieuse, je retourne à mon campervan, et poursuis ma route longeant la rive est du lac. Les arrêts se font fréquents, mais il faut dire qu’entre les points de vue Devil’s Staircase et Halfway Bay, les panoramas sur les Eyre Mountains dominant la surface bleue, agitée de quelques vagues moutonnantes, est magnifique. Me surplombant, j’admire les impressionnants contreforts des Remarkables, une des chaînes de montagnes sur laquelle est construite une des trois stations de ski de Queenstown.

Arrivé à Queenstown juste avant midi, je passe d’abord à l’office du tourisme, avant de franchir d’un pas décidé l’entrée du bureau de AJ Hackett Bungy, prêt à faire le grand saut. Mon choix se porte (presque) sans hésitation sur Kawarau Bridge Jump pour des raisons historiques. En effet, c’est sur ce pont, en l’an de grâce 1988 que AJ Hackett et Henry van Asch firent les premiers sauts commerciaux. Si quelques têtes brulées de l’Oxford Dangerous Sports Club firent les premières expérimentations dans les années 1980, ce n’est qu’avec le saut effectué par AJ Hackett depuis le premier étage de la Tour Effeil en 1987 que commença véritablement l’aventure. Prochain départ pour ce lieu mythique: 12h00, ce qui me laisse juste le temps de monter dans le bus qui m’amènera à destination. Pour compagnon, en plus du chauffeur, deux étudiantes de Brisbane, originaires du New Jersey, qui effectueront aussi leur premier saut.

Kawarau Bridge, un ancien pont à suspension, construit sur un schéma identique à celui de Clifden. Désaffecté depuis que la SH6 passe sur un nouvel ouvrage en béton, surplombant la rivière de 44 mètres, il s’agit d’un lieu parfait pour faire un petit saut de 43 mètres. La possibilité de plonger la tête dans l’eau à la fin du saut m’est donnée, mais pour des raisons médicales – dont je ne citerai point l’origine – je préférais m’en abstenir. Il faut dire qu’ils n’ont pas eu de précédents cas expérimentaux pour savoir si cela est à risque ou pas. Il est temps d’y aller : l’un des préparateurs passe une sangle autour de mes mollets, protégés par un linge, l’accroche à l’élastique, il ne me reste plus qu’à sautiller jusqu’au bout de la planche. Un petit salut à l’appareil photographique. Three, Two, One, Go.

Sans hésitation, sans un cri, je plonge. 2 secondes de chute, avant que l’élastique ne me ralentisse, se tende et me propulse à nouveau vers le ciel. Moment étrange que celui où la gravité prend à nouveau le relais et que tel un rapace fondant sur sa proie, je plonge vers l’eau. Encore un rebond, puis un autre plus petit, et c’est déjà fini, un bateau me récupère et me ramène au bord de la gorge. Je n’ai plus qu’à gravir les escaliers jusqu’à la plateforme de départ. Grandiose, je redemande de l’adrénaline sous cette forme, à quand le prochain saut. Je serai presque tenté par Nevis Hihgwire, un saut à l’élastique de 134 mètres, mais pour des raisons financières, ce sera pour ma prochaine visiter en Nouvelle-Zélande. Après avoir récupéré mon T-shirt, un certificat et acheté les photos – 45$ les voleurs -, nous rentrons tous jusqu’à Queenstown. Je suis le seul à être prêt à recommencer l’aventure si la possibilité m’était donnée.

Twelve Mile Creek, Lake Wakatipu, 6 juin 2011, 20h00

Milieu d’après-midi ensoleillé, je décide de découvrir cette ville. Historiquement, les premiers Pakeha (blancs) n’arrivèrent dans cette région qu’au milieu du XIXe siècle, d’abord les fermiers puis les chercheurs d’or après la découverte d’un filon dans Shotover River. En moyenne d’une année, le bled perdu devint une ville comptant plusieurs centaines d’âmes, des rues, de véritables maisons …  Elle fut alors déclarée « fit for the Queen » (prête à être visitée par la Reine), et dès lors le nom est resté. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une des capitales des sports d’aventure : jetboating, chute libre, saut à l’élastique, parapente, … il y en a pour tous les goûts. Construite sur les rives du Lake Wakatipu, entourée par de nombreuses chaînes montagneuses : The Remarkables, Harris Mountains, Coronet Peak, autant de qualités pour en faire une station d’été comme d’hiver. Un centre orienté piétons plutôt que voitures, des promenades sur la rive, des rues bordées d’échoppes, je déambule dans cette ville, visite son jardin, encore fortement fleuri pour la saison, découvre le frisbee-golf, un sport similaire au golf, qui consiste sur un parcours à amener le frisbee dans le but en un minimum de coup. Le paysage est juste magnifique avec ce lac d’un bleu profond, encadré par les montagnes, dont les silhouettes se découpent sur un ciel azur.

Architecturalement parlant, il n’y a pas vraiment de style dominant : diverses influences se mélangent : béton, pierre sèches, bois, … l’ambiance manque de grâce, sans toutefois être un peu disharmonieux. J’y découvre toutefois le plus vieux bâtiment, William Cottage, un joli petit cottage face au lac, érigé en 1864, sur un plan divergeant de la tradition avec de hauts plafonds, auquel une annexe en pierre fut adjointe à la fin du XIXe. Depuis 1930, tant l’extérieur que l’intérieur, avec d’anciens papiers peints à la Française, n’ont pas changé, tout comme l’aménagement du jardin qui date de 1920. L’église St Peter posséderait des vitraux ainsi qu’un orgue digne d’être admiré, toutefois la porte de la bâtisse en bois est malheureusement fermée à clef.

Queenstown, une ville au charme bien particulier. Il y a un je-ne-sais-quoi qui me rappelle Verbier ou Montana, ces stations un peu huppées, … tout y est trop parfait, sans que le tout ne puisse être qualifié de splendide. Je m’y sens bien pour m’y balader un après-midi, apprécier la douceur du lac, la fraîcheur de la montagne, regarder les nombreuses vitrines étalant des objets hors de prix ou des souvenirs bon marché, boire une bière, manger un bon burger. A ce propos, je me suis arrêté chez Fergburger, dont les mets figurent parmi les meilleurs burgers du monde. Je me suis contenté du simple The Fergburger, sans fioriture, ni luxe, hamburger, salade, oignon, tomate, … entre deux tranches de pain. Le résultat est gustativement excellent : ni trop gros, ni trop petit, ni trop gras, ni trop de végétaux, ni trop de sauce, ni sec… juste parfait. Un vrai délice. Pour moi, le meilleur que j’aie jamais mangé.

Alors qu’il ne fait pas encore nuit, il me semble déjà avoir fait le tour. Je passe encore par une laverie pour la lessive hebdomadaire, avant de rejoindre Twelve Miles Creek, où se situe un camping au bord du lac, à une dizaine de kilomètres de la cité en direction de Glenorchy.

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