J32 – Copland track : le retour et Fox Glacier

12 06 2011

Lake Matheson, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 21h40

Trajet : Welcom Flat Hut – Fox Glacier – Lake Matheson
D = 4724.5 km

Alors que les premières lueurs de l’aube pointent, je me réveille, m’habille chaudement et rejoins la clairière des sources chaudes, d’où la vue sur les sommets est la plus belle. Trop rapidement le rose matinal pâlit, remplacé par une froide couleur blanche. Je retourne à la cuisine préparer mes pancakes matinales – il semblerait que cela soit devenu une tradition pour chaque premier déjeuner en cabane –. Annika me rejoint, quelques peu frigorifiée par les températures matinales. Il faut dire qu’elles doivent être proche du zéro de degré, mesurées positivement à l’intérieur et négativement dehors. Après s’être demandée pourquoi mon sac était si gros pendant tout un après-midi, elle possède enfin la réponse à ses questions. Il faut dire qu’entre transporter un curry, deux bouteilles de bières, des biscuits shortbreads, du chocolat, de quoi préparer des pancakes, du fromage et son pain, un peu de beurre, le matériel de cuisine, incluant réchaud, une casserole et une poêle, ainsi que sel et poivre, cela prend du volume.

Après un bon petit déjeuner, nous préparons nos affaires et repartons à quelques minutes d’intervalles en direction de la plaine. Les deux autres couples présents à Welcome Flat, séjournant dans des tentes, sont très surpris que nous ne profitions pas encore une fois des sources chaudes. Il faut dire que de leur côté, ils en abusent presque entre leur arrivée après la randonnée, durant la nuit et encore ce matin. Personnellement l’option ne me tente pas. Si cela était plus qu’agréable hier de se plonger dans l’eau brûlante après une longue randonnée, cela ne me tente guère d’y retourner le matin. Et je crois bien que cela m’enlèverai toute l’énergie que j’ai récupérée pendant une bonne nuit de sommeil.

Peu avant d’arriver au premier pont, je rejoins Annika, et nous retournerons sur nos pas ensembles, palabrant de choses et d’autres ou simplement en appréciant le silence de la vallée, troublé uniquement par quelques chants et vols d’oiseaux. Je vous passerai les détails du chemin emprunté, son itinéraire est opposé à celui de hier. Sachez simplement qu’il était un peu moins humide, car aucune pluie n’est venu gonfler les ruissellements durant la nuit, et qu’une couleur céruléenne servait d’arrière plan pour le cirque montagneux du Mt Sefton. Un peu plus de 4h30 plus tard, soit 30 minutes de moins qu’à l’aller et 2h30 de gagnées sur le temps du DOC, nous sommes de retour au parking, après une dernière traversée de rivière, qui finira de tremper nos souliers. Vers 12h30, une demi-heure avant notre arrivée, nous croisons un couple se rendant à Welcome Flat pour la première fois, ne semblant pas très débrouillard en randonnée, ils arriveront sans doute durant la nuit, après 7 à 7h30 de randonnée. Même moi, je ne serai pas parti si tard dans l’après-midi en ne connaissant point le chemin ni les difficultés.

Sitôt à l’arrêt, une escadrille serrée de sandfly fonce sur nos jambes et nos bras, ne nous laissant aucune chance pour nous défendre. Je défaits mon sac, range quelque peu mes affaires, étends mes chaussettes avec le fol espoir de réussir à les faire sécher. Dans l’attente que son amie vienne la chercher avec le campervan, je partage une dernière bière avec Annika, le temps d’une dernière discussion sur mes projets, et mes prochaines destinations. Il paraîtrait que je doive absolument passer par Hokitika Gorges, pour y admirer les eaux remplies de Glacier Flour, ces fines particules amenant les eaux des glaciers à arborer transparence et une couleur azur/turquoise. De mon côté, je lui fais promettre qu’après être passée 11 mois en Nouvelle-Zélande, elle se doit absolument de regarder un film au Cinema Paradiso de Wanaka  et manger un burger chez Fergburger, vu que les demoiselles retournent sur Queenstwon.

Un dernier adieu, après cette magnifique balade et nous partons chacun de notre côté, l’un au nord, les autres au sud. Depuis que nous sommes sortis de la forêt, les nuages ont de nouveau envahi le ciel. Alors qu’une vingtaine de kilomètres plus loin j’arrive à Fox Glacier, dont le nom lui fut donné par le premier ministre Sir William Fox en 1872,  une petite bruine se met à tomber. Cela ne m’empêchera pas d’effectuer une petite balade pour aller admirer le front du glacier. Épousant la forme du terrain, la langue de glace se brise en de nombreux séracs, perpendiculaire aux fronts de la vallée, lui donnant l’air d’un vers des sables au moment où il plonge dans les Dunes. Il faut savoir que tant Fox que Franz Joseph Glacier rampent de 0.5 à 1 mètre par jour, dix fois la vitesse des glaciers helvétiques. Franz peut même être pris d’une crise de frénésie et avance alors de 5 mètres en un jour. Dans la pratique, cela fait longtemps que la fonte équilibre leur formidable avancée.

Si le cadre alpin est beau, je fus toutefois presque plus impressionné par Rob Roy Glacier, suspendu au-dessus des falaises dans la région de Wanaka. Peut-être étais-je un peu fatigué par ma marche du retour pour prendre pleinement conscience de la grandeur du Fox, ou peut-être est-ce que la météo tristounette a rendu l’endroit moins charmeur. Ce soir je dormirai prêt de Lake Matheson. Il paraît que par temps clair, lorsque Aoraki/Mount Cook se reflète sur la surface parfaitement lisse, le temps d’un lever ou d’un coucher de soleil, le cadre est photogénique. Je verrai si demain matin, le soleil brille sur les sommets, ou si je devrais simplement poursuivre ma route pour rencontrer Big Franz, sans avoir profité de la fabuleuse réflexion.

 

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités




J31 – Copland track : un accueil chaleureux après une randonnée humide

11 06 2011

Fox Glacier Town, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 18h30
Trajet : Knights Point – Copland Track Carpark – Welcom Flat Hut
D = 4692.4 km

J’avais souvent entendu parler d’une West Coast rendue pluvieuse par l’arrivée de nombreux nuages depuis la Mer de Tasmanie, pourtant ce matin les averses nocturnes se sont arrêtées et les nuages glissent lentement vers le Sud, remplacés par un ciel bleu. La décision de remonter le long de Copland que j’avais prise depuis quelques jours ne se trouve que confortée. Une soixantaine de kilomètres me séparent encore du départ, le temps d’effectuer une première halte au bord du Lake Moeraki, d’où je rejoins la plage Monro Beach. Parfaite petite balade pour un échauffement tranquille: le chemin se déroule à travers la forêt vierge, sur une pente douce jusqu’à la plage. Quelques grandes gouilles à contourner en marchant précautionneusement sur les bords préfigurent les rivières à traverser de la Copland. Comme hier, je retrouve cette végétation plus qu’abondante, poussant sur les sols limoneux, dans les marais où stagnent des eaux brunes de tanins. Seuls la plage et son univers minéral stoppent l’avancée de la forêt, remplacée par quelques herbes grasses.

Lake Matheson, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 20h30

West Coast, que n’ai-je pas entendu les gens décrire cet endroit : forêt ininterrompue du bord de l’océan jusqu’à la limite neigeuse, plages battues par une mer continuellement déchaînée, chaînes montagneuses scintillantes dans leur blanc manteau, … une vraie merveille, un lieu insolite, sauvage, …. Et j’y suis enfin, prêt à le découvrir. Effectivement, la forêt est omniprésente, la route est un long ruban d’asphalte, une véritable tranchée dans la verdure, au bout de la ligne droite, deux paysages : des montagnes, encore des montagnes lorsque la route s’oriente vers l’est ou, simplement le ciel lorsque le tracé pointe vers l’ouest. Depuis ce matin, le soleil réchauffe la terre, des volutes de vapeurs s’élèvent du sol, nimbant de brouillard Lake Paringa et  les collines environnantes.

10h30, j’arrive à la route de graviers menant au parking de Copland Track. En guise de bienvenue, un panneau sur la barrière barrant l’accès « Please, shut the door », fermer la porte après votre passage. Je m’exécuterai. A peine ai-je refermé la barrière qu’un campervan arrive. De bonne humeur, je ferai le portier de fonction. Quelques centaines de mètres plus loin se trouve le parking, au bord de la première rivière à traverser. Sachant qu’il est impossible de traverser le dernier torrent, si le premier cours d’eau est difficilement franchissable, je vais jeter un coup d’œil, tout comme une des demoiselles de l’autre véhicule. Il ne semble pas poser de problème: je retourne auprès d’Hibiscus empaqueter mes affaires. Alors que je finis de fourrer ma polaire, et mes habits de pluie dans mon sac, une des filles s’élancent pour la traversée de la rivière, alors que la deuxième reste sur la terre ferme.

10 minutes plus tard, fin prêt pour l’aventure je m’élance. Le choix se présente : retirer ou ne pas retirer ses souliers pour traverser le premier torrent. Avec un peu de chance je finirai par mettre mon pied dans un des multiples cours d’eau ou encore dans la boue d’ici une à deux heures. Pour simplifier, je déciderapidement de m’élancer à travers un des bras de la rivière, chaussures aux pieds, … L’eau est froide, monte jusqu’au genou, mouille mon short, … Je me réjouis déjà de la suite. Les autres bras sont bien moins profonds et j’arrive rapidement de l’autre côté du lit, et pénètre enfin dans Copland Valley. Cette fois-ci, je ne suis ni sur une Great Walk, ni sur un chantier bien préparé du DOC : cailloux, racines, boue, eaux ruisselantes, lianes, … rythment mon avancée. A peine 500 mètres de parcourus, et voilà que j’ai déjà traversé deux petits ruisseaux, gambadé à travers des gouilles boueuses, … si toutes les marches pouvaient être ainsi, ce serait (presque) un véritable bonheur.

Je rejoins mon prédécesseur avant la traversée du deuxième cours d’eau d’importance, alors qu’elle hésite à enlever à nouveau ses souliers et me demande comment j’ai fait précédemment. Je lui explique ce que j’ai appris sur Rakiura Island. Bien que tu fasses attention, tu finis par mettre un de tes pieds dans la boue et un ruisseau, finalement le faire depuis le début t’évite bien des instants de réflexion, et te permet d’avancer un chouïa plus vite. Elle finira par être convaincue et nous poursuivrons le chemin de concert. Autour de nous, la végétation arbore toute la palette des verts, depuis celui électrique des mousses, jusqu’au sombre arboré par la face ombrée des fougères. Troncs, racines et lianes arborent des couleurs brunes qui déteignent dans les cours d’eau. Seul le sentier arbore des couleurs virant du beige au gris, tantôt composé de pâles galets, tantôt de terre battue. Le tracé, marqué par les souliers des randonneurs, continuellement érodé par le ruissellement de pluies, finit par se creuser de plus en plus. De temps à autre, j’évolue entre deux murs de limons, couronnés de chaque côté par un tapis de mousses, puis de fougères, poussant jusqu’à la canopée.

Soudain nous arrivons à l’orée de la forêt. Devant nous s’étend une praire humide : le chemin suit un tertre de terre érigé en son milieu. Ce dernier ne cesse de s’affaisser et finalement, il ne nous reste plus qu’à traverser une zone marécageuse, où l’herbe haute cache les flaques stagnantes, où le tracé n’est pas bien défini. Mes pieds s’enfoncent dans l’épais humus, bien que je prenne soin de les déposer sur des touffes d’herbe qui paraissent robustes. Court moment à l’air libre, avant de nous faufiler à nouveau dans une forêt d’arbres-fougères, aux troncs recouverts de mousses. Arrivant à la confluence entre Copland River et Karangarua River, un bon tiers du chemin est parcouru. Une petite ouverture entre les arbres permet d’admirer la jonction entre les eaux turquoise des deux rivières.

Sur notre chemin, quelques torrents succèdent à des champs de boue et rincent nos souliers. Alors que nous arrivons à la prochaine rivière, une surprise de taille nous attends, le DOC a érigé un pont pour faciliter la traversée. En profilé métallique, ancré sur de gros rochers de part et d’autre du lit, il ne bougera pas. Quittant à nouveau le couvert des arbres, nous progressons le long de Copland River parmi les pierres polies par l’écoulement, les troncs d’arbres rejetés sur les rives. Le chemin devient un peu plus scabreux et trace sa route sur deux magnifiques pans rocheux, présentant une douce courbure, résultat d’une érosion millénaire. Un nouveau pont permet de traverser MacPhee Creek. Suspendu, il ressemble aux nombreux autres du même type que j’ai déjà rencontrés en Nouvelle-Zélande, à une exception près. Son assise avale n’étant pas fixe, les mouvements engendrés lors de sa traversée sont plus importants. Sa portée étant ridicule, une vingtaine de mètre, l’amplitude n’est pas importante.

Avant d’arrivé à Architect Creek, une peur bleue nous envahit à la vue de petits engins de chantiers, ainsi que la présence d’une véritable autoroute. A savoir un de ces tracés gravillonnés, égalisés, … en deux mots, bien préparés du DOC. Toutefois, après une portion avec quelques lacets serrés, avalant les mètres de dénivelées, le sentier retrouve son état d’origine, boueux, enraciné… encore plus sympathique que celui de Stewart Island.  Et enfin, nous arrivons à Architect Creek, un des gros cours d’eau à traverser. Mais le DOC, jugeant cela plutôt dangereux, sans doute depuis qu’un certain nombre de touristes et de locaux se soient décidés à monter jusqu’à Welcome Flat Hut, a construit un pont suspendu. Il ne faut pas imaginer deux magnifiques ancrages, des câbles porteurs supportant un tablier de bois. L’ensemble métallique est bien plus proche d’une passerelle himalayenne : 4 câbles métalliques supportent le passavant large d’une vingtaine de centimètre, deux autres de part et d’autre, avec un treillis métallique, forment les garde-corps. La longueur est plus que conséquente, une bonne soixantaine de mètres tout au moins. A peine une dizaine de franchi, et voilà que le pont entre en résonance, se tortillant de gauche à droite, oscillant verticalement, … Je pense qu’un certain nombre de personnes font demi-tour à sa simple vue.

Alors que le chemin était plutôt plat, si l’on néglige les petites montées et descentes pour épouser le terrain, il se met à coter rudement. Deux petites pauses seront les bienvenues d’une part pour se désaltérer, d’autre part pour admirer le paysage. La vallée est d’une grande beauté, recouverte de forêt sur les deux flancs; de temps à autre une grande cascade blanche tranche dans la verdure. Un seul défaut à ce paysage: la présence de brumes qui nous cache la vue sur les sommets enneigés. Jusqu’à Welcome Flat Hut, nous ne traversons plus qu’une petite dizaine de ruisseaux, les 3 trois torrents suivants étant pontés. Si les deux suivants sont de simples ponts statiques, le dernier, traversant Tekano Creek, est du même type que précédemment décrit, élançant ses filins métalliques à travers un large vallon. La vue durant sa traversée embrase  le paysage de Copland Rivier en contrebas jusqu’à la cime d’une montagne  dominant le lit rocailleux.

Après la traversée d’une forêt de fuchsia nous arrivons enfin à la Welcome Flat Hut, érigée en 1986. 5 heures de dure randonnée, sur un chantier bien plus difficile que nombre de nos tracés alpins. La cabane est construite sur un large replat envahi par la végétation. Toutefois, au-dessus de la frondaison il est possible d’apprécier le magnifique cirque montagneux qui nous entoure, dont le Mt Sefton, inséparable compagnon du Mt Cook. L’endroit est juste merveilleux, et le paysage admirable vaut largement la peine de la montée. Tracy, la gardienne, nous accueille avec un sourire amical, explique brièvement le fonctionnement du lieu, nous montre la place de rassemblement en cas d’incendie et surtout nous indique où se trouve l’accueil chaleureux de cette cabane.

Le temps de déposer nos sacs à dos, préparer nos couchages, échanger nos souliers de marche trempés contre une paire de tongs, suspendre nos chaussettes plus qu’humidifiées pour les sécher, et nous parcourons la centaine de mètre qui sépare la cabane des hot pools de Welcome Flat Hut. Et oui, des sources d’eau chaude dont la température oscille entre 45 à 60 [°C] alimentent quelques piscines naturelles d’où montent des volutes de vapeurs à travers l’air frais de la vallée. Je vous passerai les détails, mais s’allonger dans un bain d’eau chaude, après une bonne marche, avec une vue splendide sur les sommets enneigés,… juste grandiose. Et aucun mot ne pourra décrire le moment où le soleil couchant rosit les cimes, alors qu’une chaleur bienfaisante envahit nos muscles sollicités par cette journée.

Ce n’est qu’à la nuit tombée, après que la lune éclaire d’un blafard éclat la clairière, que nous regagnons la cabane. Je m’attaque à la longue tâche d’allumer le poêle. L’opération nécessite une bonne demi-heure car le bois véritablement sec n’existe pas sur la côte ouest. J’y ajouterai quelques pellées de charbons, le véritable, pas ce facsimilé disponible dans nos marchés suisses, et une odeur surprenante, mais point désagréable, que je respire pour la première fois envahit un peu la pièce. Le temps de réchauffer nos repas respectifs et nous voilà attablés. A nouveau, je maudirai les architectes du DOC, avec leurs hauts plafonds. Impossible de chauffer pareil endroit. Le reste de la soirée se passera assis sur un banc, proche du fourneau, à capter la moindre parcelle de chaleur et ingurgiter des thés chauds. En guise d’occupation, non seulement la lecture du livre de cabane, signé par nos nombreux prédécesseurs, mais aussi nos histoires respectives, nos découvertes de la Nouvelle-Zélande, de nos pays d’origine, … Alors que nous nous glissons dans nos sacs de couchage, les fenêtres donnent sur la chaîne de montagnes écrêtant à partir du Mt Sefton, dont la blancheur de la neige resplendit sous la lueur sélénite, détachant leurs silhouettes sur le bleu sombre du ciel nocturne.

Ce diaporama nécessite JavaScript.