News (22 août 2011)

22 08 2011

Trop occupé depuis mon retour en Suisse, j’ai décidé de scinder mes journées en deux parties. L’une pour rattraper le retard dans mes récits et vous narrer de nouvelles aventures, l’autre pour les paperasses et les demandes d’emplois pour le chômage. La deuxième partie ne vous intéressant guère, voici les dernières nouvelles périmées de mon petit voyage :





J47 – Coromandel : des pâturages septentrionaux aux anciennes prairies montagnardes

27 06 2011

Crosbies Hut, Coromandel Range, 27 juin 2011, 17h00

Trajet : Fantail Bay – Te Puru – Crosbies Hut

D = 7212.1 km

L’aube pointe; je paresse encore un peu, regardant les noires découpes des branches sur le ciel rosissant, bien au chaud caché sous la couette. Pour un peu, je pourrais m’imaginer l’odeur de l’air marin en écoutant le léger ressac. Miel, beurre, confiture, définitivement ce pain aux noix est un véritable délice. J’avais déjà découvert des pains pas si mauvais, à croûte ferme, mais celui-ci mérite tous les honneurs en Nouvelle-Zélande.

Quelques kilomètres me séparent encore de Cape Colville, au nord du Far North des Coromandel. Après avoir longé la côte, la route escalade le promontoire. Au passage j’admire quelques pohutukawa se cramponnant à flanc de montagne. Je découvre aussi des pâturages, où paissent tranquillement des modzons, dont la pente ne peut être qu’enviée par les drus valaisans. Arrivé au sommet, les lueurs du soleil levant teintent d’orange les prés, alors qu’en contrebas le vallon est encore plongé dans l’ombre; le sable de la plage, drapé dans un voile gris, ne resplendit pas au soleil.

Un premier val, puis un deuxième. A chaque fois, je redescends au niveau de la mer, traversant sans hésiter à gué les petites rivières. Un dernier vallon et j’arrive à Fletcher Bay. A ma gauche, Cape Colville n’est pas un promontoire bien menaçant, je préfère de loin la pointe rocheuse plus à l’ouest. Un petit sentier tracé m’invitera à une petite ballade. Longeant la crête, au sommet d’abruptes pentes herbeuses, se terminant par quelques rochers avant d’atteindre la mer, je domine l’océan. Aucun bruit, si ce n’est le bruissement du vent dans l’herbe haute. Les rayons solaires, absorbés par mon pull noir, irradient d’une douce chaleur. Les prés verdoyant occupent un paysage vallonné. Bosquets ou arbres isolés dressent leurs squelettes, torturés par le vent, dans ces prairies accueillantes. Seules les clôtures marquent de leur droiture le paysage aux formes arrondies. Il s’agit d’un de ces moments intemporels, un peu comme à Akaroa, au Red Tarns (Aoraki/Mt Cook), à Luxmore Point… où je n’ai que l’envie de me coucher, sentir les brins d’herbe chatouiller ma nuque,  et attendre le temps qui passe. J’adore cette sensation d’éternité, que rien de mal ne peut se produire, par ces journées d’été indien, aux températures si douces, malgré la saison.

Mais il faut continuer, de nouveau roulant vers le Sud, le long du rivage, suivant le chemin inverse de hier soir. Les paysages sont magnifiques : la route est nichée au bord de la rive, tantôt incrustée dans le coteau presque vertical, tantôt s’étalant dans la plaine d’un large val, déroulant son ruban d’asphalte à l’ombre des pohutukawas Le jeu d’ombre et de lumière, les couleurs ocres de la terre, la mer bleu turquoise, les pointes rocheuses émergeant des flots, cette route de corniche me rappelle la Côte d’Azur, pas loin d’Agay. Que de bons souvenirs lorsque mes parents m’y avaient emmené, quand je n’étais encore qu’un gamin. Whangaahei, Colville, puis retour à Coromandel Town en passant par l’intérieur des terres.

Orere Point, Hauraki, mardi 28 juin 2011, 20h15

Trois kilomètres plus au sud, j’emprunte la SH309, la mythique 309. Une route de gravier reliant les deux côtes des Coromandel, en coupant à travers les montagnes centrales entre bushs primitifs et pinèdes, 22 kilomètres dont 12 de graviers.

Au début de la route, un panneau résume les dangers : les conducteurs doivent être attentifs sur ces routes gravillonnées aux tracés sinueux, à la largeur restreinte et aux côtes importantes. Je suppose que l’attrait mythique de cette route a mené bon nombre de conducteurs touristiques à l’accident sur son tracé, car j’ai trouvé la conduite sur cette route bien moins pénible que sur bon nombre d’autres gravel road. L’habitude, sans doute, car mon cumul de kilométrage sur de telles routes n’est plus négligeable. Ne m’attendant pas à un paysage différent de ce que j’avais observé des forêts des Coromandel, je ne fus pas déçu. Au début, la route étend la fin de son ruban bitumeux au travers des pinèdes. Dès que le gravier remplace le goudron, la jungle luxuriante fait son apparition : ratas, rimus, arbres-fougères… et les autres végétaux faisant parties de la panoplie habituelle. Dans le lointain surgit à contre jour Castel Rock, un escarpement rocheux à l’allure massive. Quelques kilomètres plus loin, j’admire Waiau Falls, une petite chute d’eau, avant qu’une petite balade m’amène jusqu’aux kauris. Ils dressent leur haute silhouette caractéristique bien au-dessus de la frondaison de la forêt environnante. Multimillénaires, ils font partie des derniers survivants qui ont échappé à l’industrie forestière de la fin du XIXe siècle. La raison très simple est encore une preuve de la vénalité humaine: le classement minier du sous-sol de la région rendait impossible l’exploitation des arbres. La levée de cette ordonnance ne datant que du dernier quart du XXe siècle, l’industrie forestière était enfin devenue plus responsable.

Après-avoir fait demi-tour, je rejoins à nouveau la SH25, direction Thames. Je traîne un peu en chemin, question d’admirer ce paysage magnifique. Soleil, mer turquoise, route ombragée, fenêtre ouverte, de véritables vacances. J’arrive à Te Puru un peu avant treize heure. Après avoir rangé de façon très négligée vivres, sac de couchage, réchaud, habits chauds dans mon sac à dos, me voilà parti en direction de Crosbies Hut. Je prends le temps de lire les instructions de marche sur le panneau indicatif du DoC : quelques traversées de ruisseaux, la montée jusqu’à Crosbies Clearing peut être boueuse par temps de pluie, et la végétation peut être dense par endroits. Aucun aspect bien effrayant. Les trois traversées de rivière ont lieu successivement sur le premier kilomètre. Si les deux premières sont plus que faciles, la dernière s’avère plus délicate. La largeur du lit est moins importante et donc d’autant plus profonde. L’eau fraîche montant plus haut qu’à mi-cuisse, je suis bien content d’avoir retiré mon short par simple précaution.

A partir de cet instant, le chemin ne cessera de monter jusqu’à la clairière de Crosbies (Crosbies Clearing). A travers la véritable forêt dense et profonde des Coromandel, le tracé grimpe ardemment le flanc de la montagne. La côte est raide ; la végétation luxuriante a envahi le chemin ; des troncs abattus recouverts d’une sorte de lierre sont à escalader ; des lianes rampent sur le sol, formant autant de croche-pieds ; le sol limoneux est particulièrement glissant. La randonnée n’est pas de tout repos. Au trois-quarts de la montée, un replat aurait pu permettre un temps de repos, si le sol n’était pas constitué d’une fange. Ce sera la première fois de tout mon voyage que je rangerai mon appareil photographique dans le sac et me saisirai d’un bâton pour sonder la profondeur du bourbier devant mes pas et m’aider à choisir le meilleur emplacement pour mes pas. Loin de me déplaire, ce chemin ressemble à l’idée que je me faisais d’une randonnée dans une forêt primitive : boue, végétation abondante, difficulté de progression… un véritable tout. Arrivé à l’intersection de Crosbies Clearing, je n’aurai qu’un gros quart-heure d’avance sur le temps préconisé par le DoC. Finalement, le DoC prépare très bien les chemins uniquement dans les zones touristiques; partout ailleurs, il ne fait que les entretenir en les débroussaillant de temps à autres. Une nouvelle que je mettrai à mon profit si je reviens en Nouvelle-Zélande.

A partir de Crosbies Clearing, le chemin longe la crête de la chaîne des Coromandel. La végétation a changé du tout au tout : la jungle a complètement disparu, remplacée par un bush de manukas et de fougères, essaimé de petites clairières, le tout poussant sur un sol marécageux. Lorsque je parle d’une crête, il faut penser en terme jurassien, plutôt que valaisan. Aucune dérupe de part et d’autre d’une étroite arête, plutôt un long replat arrondi qui couronne la montagne. La vue sur les environs est toujours portée aux abonnés absents; par contre, le ciel a changé de couleur: du bleu éclatant il y a deux bonnes heures, il s’est drapé d’un gris sombre. Si la montée jusqu’à la clairière fût rude, par endroit, la traversée de portions marécageuses est plus qu’ardue. Dans la plus pure tradition d’Indiana Jones, le sol se dérobe sous votre pied, l’eau stagnante grimpant jusqu’à mi-mollet. Des rondins de bois posés en travers du chemin, dont le but initial est de le rendre plus solide, flottent en réalité entre deux eaux et s’enfoncent sous votre poids. De petits étangs, colonisés par des algues vertes, doivent être franchis en marchant délicatement sur les bords, alors que ces derniers s’affaissent doucement. Des mousses, à l’allure ferme, s’avèrent de véritables pièges spongieux, aspirant votre soulier. Une véritable aventure.

Chemin faisant, je rejoins un groupe de six kiwis, trois couples, dont le but est aussi Crosbies Hut. Je les laisserai progresser à leur rythme et me hâterai jusqu’à la cabane. Les 200 derniers mètres grimpent comme il n’est pas permis entre deux haies de manukas sur un sol détrempé, dont les touffes d’herbes s’arrachent sous vos pieds. Quelques derniers pas, et me voilà arrivé au sommet. Si en Suisse les refuges sont construits à l’abri du vent, en Nouvelle-Zélande, la vue prime. Crosbies Hut est construite au sommet d’une éminence à 628 mètres au-dessus de la mer. Bâtie en 2010, son architecture est résolument moderne avec un toit presque plat, deux parois rouges, et de grandes fenêtres donnant sur le couchant. Arrivé à destination, une fois mes souliers troqués contre mes tongues, je me dirige vers le bûcher pour préparer du petit bois. Alors que l’équipe néo-zélandaise arrive, le feu ronfle déjà dans la cheminée. Au-dessus du poêlon, mes pâtes sont mises à réchauffer; d’ici deux bonnes heures le repas sera prêt.

Une fois les présentations effectuées, je discuterai un grand moment avec Claire et Tom, l’un des couples. M’ayant appris que le centre du DoC de Kauaeranga Valley est fermé, je modifie mes plans initiaux. Plutôt que de descendre par Booms Flat au fond de la vallée et faire du stop depuis le centre – ce qui risque de fonctionner plutôt difficilement – j’emprunterai un autre chemin qui me mènera directement jusqu’à Thames. De là, il me sera plus facile de trouver une voiture pour remonter jusqu’à Te Puru. Profitant du calme de la cabane, je mets à jour mes quelques notes, et observe mes compagnons. Alors qu’il s’agit d’une bande de potes, je serai très surpris de voir que chaque couple, l’un après l’autre, prépare son repas. D’autant plus quand je verrai que chacun a amené sa propre bouteille de gaz et de réchaud. Je n’arrive pas à comprendre qu’ils ne se soient pas mis d’accord pour un repas communautaire et porter le moins possible ou au contraire, pouvoir emporter un apéro ou autres petits trucs à grignoter. Curieuse coutume. Je n’ai pas l’impression de me fondre dans le décor avec ma bière et mes petites tartines beurrées pour l’entrée.

Avant d’aller au lit, je trouve un fascicule intéressant qui raconte l’histoire de Crosbies Clearing, et surtout éclaire d’un jour nouveau la végétation si particulière. Sans entrer dans les détails, l’écossais Thomas Hunter Crosbies établit une petite ferme dans les environs en 1880. Si quatre autres blocs de 300 acres furent constitués, seul celui des Crosbies fut occupé de façon significative, malgré l’absence de route pour y accéder. Le bloc changea ensuite deux fois de propriétaire durant le premier quart du XXe siècle. A partir de 1976, il fut jugé que, la forêt ayant reconquis les terres, le droit de propriété tombe Aujourd’hui, seuls quelques vestiges restent comme les deux tôles ondulées rouillant dans un coin de forêt. Un autre feuillet m’apprend qu’un registre national tient à jour la localisation des artefacts rémanents de la colonisation : pour chaque objet, l’utilité ainsi que les coordonnées géographiques sont enregistrées.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J46 – Plages des Coromandel

26 06 2011

Fantail Bay, dimanche 26 juin 2011, 20h40
Trajet : Broken Hills – Fantail Bay
D = 7070.3 km

Cela faisait bien quelques semaines que je ne m’étais plus levé longtemps avant le soleil. Alors que les premières lueurs de l’aube apparaissent, je suis fin prêt à partir. En attendant que la luminosité devienne suffisante pour apprécier le paysage, je rejoins une petite goulotte que j’avais découverte hier au pied d’une cascade. L’eau y est fraîche, mais cette baignoire naturelle me convient parfaitement pour faire plus qu’un brin de toilette.

Premier arrêt de la journée quelques centaines de mètres en contrebas dans la vallée : une petite balade digestive jusqu’aux reliques des batteries de Broken Hills. Deux blocs recouverts de mousse, dont le béton commence à se désagréger : pas des plus intéressants. De retour sur la route goudronnée, je rejoins la côte à Tairu. Les derniers méandres de l’eau, s’écoulant dans la vaste baie intérieure, étincèlent sous le soleil levant. Au loin Paku Hill domine de sa noire silhouette vase et navires échoués. Un petit détour m’amène presque jusqu’au sommet de la colline. Le temps de grimper quatre à quatre des escaliers et j’atteins la pointe de cet ancien volcan.  La vue est tout simplement magnifique. Du sud au nord, la côte déchiquetée des Coromandel s’étend : plages, falaises, haut-fond, et mer turquoise. Au large, îles, îlots, et roches se dressent au-dessus des flots. A l’horizon, le ciel rosi par le petit matin est maculé de fins nuages blancs. A l’ouest, les montagnes des Coromandel : Pinnacles et Table Mountain se perdent dans le brouillard. Définitivement, je manque de chance pour observer les sommets en Nouvelle-Zélande.

Il est temps de poursuivre mon chemin avant que la marée montante ne me permette plus de profiter des merveilles de la nature. Du sommet des collines, entre forêt dense et terre rouge, une route secondaire coupe à travers les pâturages, avant de se terminer à Hot Water Beach. Jamais une plage n’a aussi bien porté son nom. Durant les deux heures de la marée basse, les sources d’eau chaude résurgentes de dessous la plage sont apparentes. Il ne reste plus qu’à creuser son propre jacuzzi dans le sable. Le choix de la position est une question de finesse : loin du front de la marée, la piscine durera plus longtemps, mais aucune vague ne viendra tempérer l’eau. Or, l’eau est chaude, très chaude. A mesure que je m’approche des sources, je sens le sable sous mes pieds devenir de plus en plus chaud. Une place étant disponible dans le trou communautaire, je m’installe confortablement. Un vrai bonheur à côté duquel le bain froid de ce matin est rétrogradé avec le qualificatif de glacial. Une demi-heure après, lors de ma sortie, j’ai sûrement la même impression qu’un homard sur le point de se faire déguster : cuit à point. Peu après, les vagues commencent à avoir raison de la digue, et le jacuzzi se fait peu à peu avaler par l’océan.

Le temps de gagner Cathedral Cove, encore un autre lieu magique de la Nouvelle-Zélande, dont le nom provient de la présence d’une arche naturelle, creusée par la mer dans la falaise de molasse. Sur le parking, un panneau du DoC préconise d’éviter de pénétrer sous la voûte, car cette dernière se désagrège peu à peu. Au début du sentier, une plateforme permet d’observer la côte en direction de la merveille. Des eaux turquoises baignent des falaises beiges, surmontées d’une couronne végétale, où le vert clair des fougères contraste avec le vert foncé des arbres. Le chemin serpente entre orée de forêts et pâturages, manukas, tanukas et autres taillis peuplant les landes s’avançant sur les promontoires. Quelques volées d’escaliers et mes pieds foulent le sable fin. La première impression est paradisiaque, avec ces contrastes colorés : une mer limpide, une longue voûte élégante en arc brisé, des sculptures délicates, œuvres du vent et de la mer, cette cascade ruisselant depuis le sommet de la falaise… Mais cette impression disparaît peu à peu car l’endroit est trop peuplé. Je n’ose imaginer la populace présente en plein été.

Ce sera la première fois que je transgresserai une prescription de sécurité du DoC, mais l’attrait d’emporter un souvenir plus isolé de cette endroit m’amène à passer outre les cordes jaunes, comme de nombreux touristes avant moi à voir les empreintes présentes. Un pas pressé pour traverser et me voilà de l’autre côté de la merveille. Si l’endroit n’est pas non plus complètement désert, l’arche n’apparaît plus à contre jour. Plus loin, un pilier isolé, aux pieds rongés par les vagues, se dresse à quelques mètres de la plage, vestige d’une ancienne voûte. Je regrette la présence de ces cordes de sécurité et les panneaux de mise en garde: il est bien difficile de trouver un cadrage intéressant, tout en évitant que ces éléments apparaissent sur la photographie. De retour de l’autre côté, j’attendrai patiemment qu’asiatiques et indiens, sans doute débarqués de quelques cars à vocation touristique, évacuent les lieux pour profiter de l’arc-en-ciel qui se déploie au pied de la chute d’eau. Une petite portion où les cinq couleurs apparaissent de manière éclatante, selon un angle de vision bien restreint. Magie que nombre de touristes n’ont pas su apercevoir. Sur le chemin du retour, je descendrai jusqu’aux deux autres baies. La première, Stingray Bay, est celle observée depuis le parking, une demi-lune ; la deuxième Gemstone Bay porte bien son nom, car au lieu du sable fin, des boulders, rochers aux formes arrondies de toutes tailles, forment une grève avenante, mais délaissée des touristes malgré une eau aussi translucide que dans les autres criques.

Avant de rejoindre la SH25, un détour me mène à Purangi Estate. Je me posais bien des questions sur la présence de cette cave dans une région au climat humide (3 à 4000 mm/an), tout sauf propice à la vigne. Peut-être que les raisins sont vendangés dans une vigne plus au sud et vinifiés ici? Une pratique courante en Nouvelle-Zélande où la récolte peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant d’être pressée. Purangi Estate produit du vin local: les fruits sont tous issus de vignobles poussant sur la péninsule. Je vous passerai les détails cette fois : sauvignon blanc, chardonnay ou encore pinot noir ne développent par les saveurs de leurs cousins méridionaux: un final très acide pour les blancs et une amertume prononcée pour le rouge ne m’emballent pas. Les producteurs, conscients de leurs problèmes, se sont recentrés sur d’autres produits : liqueur de prunes, feijoas – excellente – ou de miel de manuka – une merveille -, arak ou pastis, cidre de pommes ou de feijoas, vins de kiwi, … Le choix est large. Après avoir testé leur produit populaire, je dois reconnaître que la qualité est bien meilleure que celle de leur vin. Pour la petite histoire, alors que je savais que le kiwi est originaire de Chine, je supposais que le feijoa, malgré son nom, était un pur produit néozélandais. Mais cette plante fut à l’origine ramenée du Brésil et de l’Uruguay en Europe pour ses fleurs rouges très ornementales, avant d’être amenée sur Aotearoa par les colons. La fleur rouge du feijoa, si belle, se confond avec celle des pohutukawas, si bien que son aspect décoratif a disparu. C’est à ce moment que les colons ont remarqué la présence des excellents fruits. Aujourd’hui, il est encore possible de trouver des feijoas sur le Vieux-Continent, en Espagne, Italie ou le Sud de la France, où l’arbre n’est toujours qu’apprécié pour sa floraison.

Sur les conseils de Dani, l’un des producteurs, je me rends jusqu’à Shakespeare Cliff, du sommet duquel la vue porte sur tout Mercury Bay. Une fois de plus, le nom fut donné par le Capitaine Cook, lorsque ce dernier ancra l’Endeavour dans cette baie afin d’y observer le transit de Mercure du 5 au 15 septembre 1769. La vue est réellement magnifique et permet de prendre conscience de l’immensité de cette baie, partagée en deux par ce promontoire élevé. 40 kilomètres seront nécessaires pour gagner Whitianga, situé de l’autre côté, où je remplirai une dernière fois le réservoir d’Hibiscus. Après avoir coupé à travers les terres, escaladant les collines, je quitte la SH25 à Kuaotunu et m’engage sur une route gravillonnée en direction de l’est. Les montées sont encore plus impressionnantes: je n’atteindrai péniblement que les 25 [km/h] par endroits. Mais le jeu en vaut largement la chandelle: je découvre à Otama une longue plage de sable blanc, si fin que j’ai l’impression de marcher dans de la silice colloïdal. Sous mes pas, le crissement aigu des grains se fait entendre à chaque enjambée, lorsque mes souliers marquent la plage de leurs empreintes. Je roulerai jusqu’à Opito Bay, où le Lonely Planet décrit la plage comme l’un des secrets jalousement gardé des Coromandel. Pour ma part, je considère que la précédente est bien plus magique.

De retour sur la SH25, je flâne le long de la côte pour profiter de quelques avancées rocheuses, parfois occupées par des locaux pêchant ou profitant de tricoter au soleil. De retour dans les terres, je suis le rivage de Whangapoua Harbour, une immense rade découverte à marée basse, jusqu’au village éponyme où la route se termine en cul-de-sac. Mais, de là, il est possible de gagner New Chums Bay, une plage presque toujours déserte. L’accès semble relativement aisé, excepté le premier obstacle, une rivière à traverser. La marée étant haute, la profondeur du cours d’eau est d’autant plus élevée. Un local me confirme qu’il s’agit bien de l’unique chemin. Il me met en garde contre le crépuscule qui sera là d’ici une bonne heure et que le retour peut s’avérer quelque peu scabreux de nuit sur les boulders de la grève. La frontale accrochée à mon sac le rassurera, et, juste avant de partir me lance un « profitez bien de cette plage, elle est classée dans les sept plus belles du monde ». Chemin faisant, je rencontre trois gars – un montréalais et deux bulgares – cascadeurs durant le tournage de Spartacus, une série télévisée. Cascadeurs de profession, mais de véritables poules mouillées à entendre leurs cris lorsqu’il s’agit de traverser une fraîche rivière. Chemin faisant, je les laisserai bien derrière, et arriverai à New Chums avec les derniers rayons du soleil. Une véritable splendeur, sans doute la plus belle plage que j’aie vue : forêt exubérante, le sable fin et blanc du sommet des dunes devenant plus grossier et se teintant de pourpre au niveau de l’eau, falaise ornée de cailloux, présentant des strates multicolores – noir, blanc, orange, ocre et même rouge –, parois basaltique, blocs épars sur la plage, dont la coloration si cramoisie de l’un le fait paraître artificiel. Je n’aurai qu’un seul regret: celui d’être arrivé après le couchant. De jour, les couleurs ravivées par le soleil doivent être grandioses. Au retour, j’escaladerai la tête, située à l’est de la baie. La vue sur la plage en contrebas vaut l’effort fourni pour y arriver. Je n’y resterai pas longtemps, juste encore quelques minutes en raison du panorama, se terminant avec les crêtes des montagnes se découpant dans le ciel orangé.

De retour à Hibiscus, alors que l’obscurité voile le paysage, deux choix s’offrent à moi. Le premier est de trouver un coin peu éloigné pour y camper et revenir à New Chums demain matin pour profiter de cette merveille, au risque d’une amende salée pour camping sauvage de la part de la vigilante police des Coromandel, ou simplement suivre mon plan initial et rouler jusqu’à Fantail Bay, situé presque au bout des Coromandel. Malgré les huitante kilomètres restant à parcourir, la deuxième solution l’emportera. A l’instant où je franchis le col me menant sur la côte ouest, je crois être retourné d’une demi-heure dans le passé, tant la luminosité est redevenue plus importante. Toutefois, le répit ne sera que de courte durée: un voile sombre s’étendra sur Coromandel Harbour et son chapelet d’îles bien rapidement. A Coromandel Town, il ne me reste plus que 25 kilomètres de routes goudronnées à parcourir, avant d’entamer les 23 derniers sur le graviers. La route se tortille au gré des caprices costaux, grimpe, descend, vire à gauche, se courbe à droite, une vraie montagne russe.

Arrivé enfin aux environs de dix-neuf heure, je me parque au bord de l’eau, de manière à ce que le bruit des vagues me berce durant la nuit. Pour souper, avocat en apéro, steak de bœuf, carottes vichy et kumaras grillés aux petits oignons, le tout accompagné d’un ou deux verres de Pinot Noir de l’Otago Central. Et pour dessert, j’ai réussi à trouver un véritable pain aux noix, à la croûte croustillante. Beurré, accompagné du cheddar goûteux et d’un bleu succulent, un vrai régal.

Après souper, la question de ces deux prochains jours se pose. Je décide de passer une dernière nuit en cabane, demain, dans les Coromandel Range. Une randonnée de quatre heures pour y aller, après avoir découvert le Far North de cette péninsule en matinée. En prévision, je retourne derrière mon fourneau à un seul feu préparer mon repas pour demain soir. La facilité du réchauffé permet d’avoir un bon petit plat mitonné, après une dure journée de marche, sans avoir à cuisiner.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J45 – Coromandel

25 06 2011

Katikati, samedi 25 juin 2011, 18h50

Trajet : Katikati – Broken Hills

D = 6828.4 km

La nuit fut loin d’être paisible: entre des courses de voitures, effectuées de manière nocturne et officieuses sur la SH2, entre minuit et 2 heure, un véhicule venu jouer de sa pédale d’accélérateur juste à côté de mon campervan peu après 3 heure de matin, comme si ma présence le dérangeait. Et enfin, le doux canon de cocoricos entamés par les coqs à partir de 5h30 du matin. Après un petit déjeuner matinal, je visite Katikati, reconnue pour ses fresques. Au gré des murs, j’apprends l’histoire de la ville, des personnages principaux et diverses anecdotes hors du commun. Ainsi, avant l’arrivée du train, le véhicule à huit places desservant Waihi, embarqua jusqu’à 21 personnes, celle allongée sur le capot devant dicter la route au conducteur. Bien entendu, lors de chaque montée, les passagers étaient priés de descendre afin que la voiture arrive au sommet de la côte. J’y découvrirai aussi un chemin, dans la plus pure tradition zen, serpentant entre cours d’eau, arbres, maisons…. Des cailloux gravés d’haïku, ces poèmes d’origine japonaise se résumant à trois vers, ponctuent la progression du flâneur vers la tranquillité de l’âme.

De retour sur la SH2, en raison de l’heure matinale pour ce samedi matin, je roule presque seul sur la route. Aucun autre conducteur, pressé de rentrer après sa longue journée de travail, ne me fait des appels de phares. Si le paysage n’est pas des plus folichons, je me concentre suffisamment sur la direction du campervan, pour ne pas y prêter attention. Le vent souffle avec vigueur, des rafales violentes balaient la plaine, les nuages sont soufflés au loin et le soleil brille à nouveau. Il est à peine 9h00 quand j’arrive à Waihi. Un passage à l’office du tourisme me permet de m’enquérir de la météo, ainsi que d’apprendre par mes interlocutrices, toutes du troisième âge, que le bureau fonctionne sur le volontariat. Fondée en 1878, suite à la découverte d’un filon d’or, suite à des améliorations technologiques, Waihi devint en 1890 la troisième plus grande colonie à l’intérieur des terres avec une population dépassant les 7000 âmes. En 1952, lorsque l’exploitation du filon Martha Mine cessa, 174.16 tonnes d’or et 11.932 millions kilogrammes d’argent ont été extraits de la mine grâce à 175 kilomètres de tunnels, s’enfonçant jusqu’à 600 mètres sous la surface. En 1912, la population décrut brutalement avec l’arrivée de machines industrielles pour l’exploitation, et se stabilisa malgré la fermeture de la mine. En 1987, l’exploitation reprit à nouveau avec des technologies modernes. Au lieu de creuser des tunnels, la mine est excavée à ciel ouvert, conduisant à la création d’un trou profond de 250 mètres, soit 100 mètres sous le niveau de la mer, long d’environ 1 kilomètre et large de 500 mètres.

Le spectacle est impressionnant : les parois sont constituées de gradins à 45°. Ocre, beige ou recouvert de coulures blanchâtres, le paysage est de temps en temps ponctué de touches vertes, lorsque la végétation a pris possession des replats. Mais dans cet univers industriel, l’humain a le dernier mot : explosifs, pelleteuses, camions Caterpillar sont les maîtres de ces endroits. Pour le moment tout du moins. La mine se tarit peu à peu, et aujourd’hui, les limites de la rentabilité sont atteintes avec seulement 6 grammes d’or extraits pour 1 tonne de matériaux bruts. L’avenir est toutefois déjà planifié: la mine sera transformée en un lac artificiel, propice à la baignade, la pêche ou la flânerie sur ses berges. Toutefois, il faudra compter entre dix et vingt ans afin de remplir la gigantesque baignoire. Afin d’en prendre complètement mesure, je parcours le chemin suivant la crête de la mine. Le début est marqué par la présence du bâtiment de pompage n°5 de l’ancienne mine,  pouvant extraire jusqu’à 9 millions de litres par jour. Afin de préserver ce bâtiment, classé comme historique, lors de la reprise de l’exploitation, il était nécessaire de le déplacer. Monté sur des patins en téflon, glissant sur des rails d’acier, le bâtiment a été repositionné à 300 mètres de sa position initiale.  Si la première moitié du chemin est fantastique avec une vue exceptionnelle sur la mine, la présence d’un Caterpillar 777, des panneaux didactiques intéressants, une fois traversée la plantation de jeunes kauris, où des manukas en fleurs s’épanouissent, la balade, tracée à travers des pâturages, devient moins intéressante.

Note du jeudi 30 juin 2011, à 11h20 : la suite est consignée dans mon précieux carnet actuellement en route pour la Suisse. Comme mon vol va durer trois heures, j’aurai sans doute le temps de vous raconter la fin de cette journée cette après-midi (jeudi 30 juin 2011)

Ce diaporama nécessite JavaScript.