J7 – Détroit de Cook

18 05 2011

Marfells Beach, sud de Blenheim, 18 mai 2011, 20h00

D=1101.1 km

Voiture parquée, je suis monté au pont passager, que pour mieux redescendre dix minutes plus tard tirer le frein à main, remis à l’ordre, avec 2 autres conducteurs par le capitaine.  Je sors sur le pont humer le vent du large et admirer Wellington Harbour qui disparaît derrière nous. Windy Welli, cette fois-ci elle mérite bien son nom, le vent qui souffle les nuages vers l’est, rafraîchit l’atmosphère et j’enfilerai rapidement mon pantalon coupe-vent.

Alors que le navire n’est pas encore sorti de la rade, les vagues commencent à le faire rouler d’un bord sur l’autre. Roy avait raison: la traversée sera rude. Le détroit de Cook ne faillit pas à sa réputation. Etant plutôt résistant au mal de mer, je suis même plutôt content que cela bouge un peu, histoire de casser la monotonie de ces trois heures. Les autres passagers sont déjà vaincus par le réfrigérant biset, et je reste seul sur le pont avant, à admirer les lames déferler, ou encore éclater en gerbes à la proue du San Marina et recouvrir d’écume tout le pont. Deux membres d’équipage viennent me chercher et me convient à rentrer à l’intérieur car il leur a été ordonné de fermer l’accès au pont en raison des embruns. D’ailleurs, alors que nous battons en retraite le long du bastingage, à peine un des marins ayant fermé la porte qu’une vague vient se briser dessus. Nous sommes au premier rang pour la voir se vaporiser en une magnifique gerbe. A 10 secondes près, nous prenions un bon bain de mer. Une fois à l’intérieur, l’un des matelots me signale au cook d’une simple phrase : « c’est lui qui bravait les éléments ».

Alors que le ferry ne cesse de tanguer, rouler,  les chocs, les secousses secouent tout le navire. Tel passager, comme à moitié ivre, n’arrive plus à marcher et manque de tomber. Tel autre ne supporte plus le petit déjeuner qu’il vient d’avaler et tente de courir jusqu’aux toilettes. Untel verdit à vue d’œil et préfère s’étendre sur une banquette. Pour ma part, soit je profite du spectacle interne ou externe à traverse le hublot, soit je profite de planifier mon trajet une fois arrivé à terre. Une fois arrivé de l’autre côté du détroit, à l’abri des grandes lames parcourant le centre, et s’élevant jusqu’à 4-5 mètres, l’accès à l’extérieur est à nouveau autorisé. Je n’en demandais pas moins pour regagner ma place sur le pont avant.

Grandiose: ce terme en lui-même permet de qualifier l’apparition de South Island : la côte déchiquetée de Marlborough Sound, avec quelques montagnes enneigées en arrière plan. La destination du ferry, Picton, est situés presque au fond de Queen Charlotte Sound. Le ferry y accède par le sud d’Arapawa Island, par Tory Channel. A l’approche de l’entrée du chenal, la mer se lève un peu entre les deux têtes, mais derrière la barre, les eaux calmes d’un sound se font apercevoir.

Effectivement, dès l’instant où nous avons pénétré dans les terres, le vent se calme, la surface est ridée par une petite brise. Et le paysage! de chaque côté, des flancs boisés descendent en pente douce jusqu’à l’eau, les berges sont parsemées de criques. Je ne pense qu’à prendre un voilier pour y naviguer. J’adore ce paysage de fjords adoucis, ce sentiment de quiétude. Bref, je m’y poserai bien pour quelques jours tranquilles. D’ailleurs, nombre de petites maisons construites au bord de l’eau, sans accès autre que maritime sont construites au fond des criques. Parfois, caché derrière un petit îlot surgit un pêcheur, un voilier ou encore une ferme ostréicultrice. Et dire que sur la rive nord de Queen Charlotte Sound, dans cette forêt circule un magnifique sentier, classé dans les 7 grandes marches de la Nouvelle-Zélande. Juste à regarder le paysage, j’ai l’envie d’y aller. J’adore! et dire que je n’ai pas encore touché terre. Qu’est-ce que ce sera dans quelques semaines. Dégoûté ou définitivement conquis.

Une fois débarqué, je monte jusqu’au point de vue donnant sur le port pour voir mon ferry San Marina, dont les affiches touristiques de l’Île de la Beauté, du temps où il opérait dans une compagnie corse, ornent encore ses couloirs. Puis, je prends la route, direction Blenheim. Bien entendu, pas la route directe, mais celle qui passe de l’autre côté de Roberston Range. Les 27 kilomètres sur la SH1 seront plus que doublés sur cet itinéraire, dont la route n’a rien à envier à certains de nos tracés alpins.

Après avoir parcouru la dizaine de kilomètres nécessaire pour s’éloigner de Picton et Waikawa, je me retrouve presque en pleine nature. La route monte, redescend, serpente à flanc de coteau. Tout change entre les douces courbes de North Island et le relief plus montagneux, plus escarpé, du Sud. Le soleil ne cesse de briller, les températures sont plus fraîches, les fougères géantes ont repris des proportions européennes, la végétation présente moins cette fulgurance que dans les jungles nordiques. Même les routes sont moins bien entretenues, avec des arbres tombés au milieu, des nids de poule plus grands, ou des routes bien plus étroites.

Au fond de chaque crique, un petit pâturage, avec une ou deux maisons, quelques bateaux à l’ancre, une dizaine de moutons, une rivière qui s’écoule, une plage de galets ou de sable. De véritables coins de paradis. Après avoir observé des kiwis ramasser les algues amenées par la marée, ainsi qu’une ancienne bassine destinée à fondre la graisse des baleines,  j’arrive à Robin Hood Bay, où un simple camping du DOC est installé. 13h00. Il est bien trop tôt pour s’arrêter, pour monter un camp; toutefois je profiterai de manger une morce, seul au monde. Je quitte ces premières contrées montagneuses par un dernier virage en épingle à cheveux qui me dévoile des vignes aux reflets mordorés. Pincement de cœur: je suis effectivement au Marlborough, première région viticole de Nouvelle-Zélande, connue notamment pour ses sauvignons blancs.

La route menant à Blenheim est cernée à partir de Tuamarina par des vignobles. Ces derniers poussent dans l’immense plaine de Wairau River. Orientées Nord-Sud, les lignes peuvent ainsi se gorger de soleil, du levant jusqu’au couchant, amenant toutes les grappes à une même maturité pour faciliter la récolte mécanique. J’apprendrai plus tard que seuls 10% sont actuellement vendangés à la main, les raisins pour les vins de qualité supérieure et les quelques zones plantées soit dans des terrains plus pentus, soit dont l’orientation n’est pas Nord-Sud.

Une fois à Blenheim, je profite de remplir ma bonbonne de GPL, histoire de ne pas tomber en rade alors que je prépare mon repas du soir. Toutefois, le pompiste refuse de la remplir devant l’aspect rouillé du fond du réservoir. Je me rends donc chez Marlborough Cylinder Testing pour en acheter une nouvelle, aux frais d’Escape après avoir obtenu leur accord. Du moment que j’y suis, je demande à l’inspecteur chez quel propriétaire-encaveur je dois déguster un produit local.

Je me rends donc chez Brandcott Estate, situé à Riversland, dont la cave a des allures d’église romane. Conduisant, je me résigne à déguster trois vins. Le premier sera un sauvignon blanc, un peu trop sucré. Le second sera un sauvignon gris pétillant, dont le gaz est infusé, qui ne m’a franchement pas convaincu. Enfin le troisième est un Pinot Noir, récolté dans le centre de l’Otago en 2008, qui présente une robe claire, avec un caractère très doux rappelant un peu la myrtille et la prune. Bien que je sois descendu dans le sud pour le caractère sauvage de l’Île, je ne peux me résigner à ne pas accomplir un petit tour dans les vignobles. A ma grande déception, tous les parchets de vignes sont clôturés comme d’immenses champs, et il est impossible de s’y balader. De plus, étant tous plantés dans la plaine, il est difficile de trouver une éminence pour embrasser l’ensemble du territoire.

La meilleure solution est d’aller chez le dernier venu, Highfield, dont la cave rappelant l’idée que je me fais des maisons toscanes est surmontée d’une tourelle. Ouverte au public, elle permet de jouir du panorama. D’ailleurs, la dégustatrice, sûre d’elle, n’hésite pas à me dire qu’il s’agit du meilleur point de vue sur le vignoble, quand je repartirai pour finir ma boucle viticole. Et elle avait raison. Avant de partir, je succomberai à la tentation de goûter un de leur vin. Ayant profité de leur amabilité, il n’aurait pas été poli de partir sans déguster. Un seul verre, et ce sera leur sauvignon blanc, haut de gamme, dénommé Lone Gum, du nom de la parcelle où sont vendangées les grappes comportant un arbre de cette espèce proche de l’eucalyptus. Une robe presque transparente, un nez subtile, et un peu sec en bouche. Il s’allierait parfaitement avec un poisson délicatement préparé.

Ah! le sud et son relief accidenté, je n’avais pas pensé que j’allais perdre autant de jours que ça. Il est à peine 17h30, que le soleil est déjà couché. J’avais prévu d’aller dormir proche de Big Lagoon; une route de graviers se terminant en cul de sac y mène. Je serai quelque peu désappointé quand je me rendrai compte, une fois sur place, que l’accès de cette propriété privée est fermé par une grille cadenassée, un peu comme au Cape North. Bref, je reprends la route, et décide d’aller jusqu’au camping du DOC Marfells Beach, 30 kilomètres plus au sud.

A l’écoute de la rumeur de l’océan, je me cuisine de bonnes petites pâtes tomates-thon-oignons, dont le thon, sans ma vigilance, aurait terminé dans le ventre d’un chat féral absolument pas intimidé par ma présence, ni mes bruitages. Toutefois, à peine mouillé par quelques gouttes d’eau projetées à l’aide d’une bouteille, il déguerpira sans demander son reste.

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J-7 : Wellington

17 05 2011

Embarcadère Bluebird, Wellington, 18 mai 2011, 7h09
Alors qu’il faisait beau jusqu’à tard hier soir, ce matin la pluie est de retour. J’ai regagné mon véhicule sous une belle averse. Une fois le linge propre rangé, je me dirige vers l’embarcadère situé à 200 mètres.
Après avoir récupéré mes deux tickets, celui du van et le mien, je m’installe tranquillement dans la file d’attente.
Alors que le jour commence à pointer, seules quelques gouttes continuent à tomber, remplacées par le vent qui se lève. Espérons que cette éclaircie soit la bonne. Un dernier regard sur la météo indique que les prévisions sur les deux côtes n’ont pas changé. Après un petit tour à Picton, je descendrai sur Bluff par Kaikoura, Christchurch, Akaroa, Dunedin, les Caitlins. Si jusqu’à Blenheim la route est jolie, d’après d’autres routards, le paysage est relativement plat dans les 200 kms autours de Christchurch.
En route, il est temps que j’embarque.