J-7 : Wellington

17 05 2011

Embarcadère Bluebird, Wellington, 18 mai 2011, 7h09
Alors qu’il faisait beau jusqu’à tard hier soir, ce matin la pluie est de retour. J’ai regagné mon véhicule sous une belle averse. Une fois le linge propre rangé, je me dirige vers l’embarcadère situé à 200 mètres.
Après avoir récupéré mes deux tickets, celui du van et le mien, je m’installe tranquillement dans la file d’attente.
Alors que le jour commence à pointer, seules quelques gouttes continuent à tomber, remplacées par le vent qui se lève. Espérons que cette éclaircie soit la bonne. Un dernier regard sur la météo indique que les prévisions sur les deux côtes n’ont pas changé. Après un petit tour à Picton, je descendrai sur Bluff par Kaikoura, Christchurch, Akaroa, Dunedin, les Caitlins. Si jusqu’à Blenheim la route est jolie, d’après d’autres routards, le paysage est relativement plat dans les 200 kms autours de Christchurch.
En route, il est temps que j’embarque.





A la découverte du Far North : Whangarei – Russel

23 04 2011

Opua, Bay of Islands, 23 avril 2011, 20h30

Après une bonne nuit de sommeil, un petit déjeuner simple, mais équilibré un peu de pain sous le miel, quelques fruits, un bon bol de lait et une tasse de thé, me voilà repartis pour de nouvelles aventures. Un premier arrêt à un Park’n’Save me permet d’acheter une petite poêle, des linges à vaisselle, et une nouvelle bouteille d’eau. Le deuxième sera plus touristique, je profiterai de l’absence des hordes de voyageurs encore endormis à cette heure pour contempler les chutes de Whangarei. Effectivement, même si l’eau ne plonge que de 26 mètres,  leur beauté doit être reconnue. Je ne me pose cependant pas en expert, les seules dont je me souvienne, à part la Pisse-Vache en Valais, sont les Chutes du Rhin près de Schaffhouse, un véritable fleuron national suisse.

Whangarei Falls, vue depuis la rive

Certains me diront que je me focalise sur les murets et séparations agricoles, mais toutefois, à la sortie de Whangarei, la route est bordée sur quelques kilomètres de part et d’autre par un muret de pierres sèches, quelque peu humidifiées par la rosée matinale et les ondées nocturnes. Ce dernier semble presque discontinu, épousant les formes courbes du paysage, sans aucune cassure aux limites de deux propriétés. Seule la présence des portails apporte un peu de dynamisme à l’ensemble. Derrière, parfois cachés par des haies, parfois à découvert, parfois dérobés aux regards,  à l’abri de quelques arbres, des demeures, des vignes, ou quelques vergers sont plantés. Chemin faisant, les murs jumeaux disparaissent, mais d’autres réapparaîtront plus tard, clôturant quelques pâturages, à la place des traditionnelles barrières à fils métalliques (le célèbre n°8) et piquets de bois.

Muret de pierres basaltiques, dans la brume du petit matin

Peu à peu, les flancs collinéens deviennent plus abrupts, les virages courts apparaissent, la signalétique indiquant les vitesses conseillées dans les courbes fleurit sur les routes, autant de signes indiquant que je m’approche de la côte. Peu avant d’y arriver, je franchirai enfin la frontière me séparant du district du Far North. Au passage, je subirai mon premier alcootest au sommet d’une colline. Bien que la procédure soit quasi industrielle, en testant les chauffeurs de trois voitures, après trois voitures, le gendarme est bien sympathique et nous taillons un brin de causette afin que l’éthylomètre analyse mon haleine. Je reprends la route Kiripaka, Ngunguru, Tutukaka. Tous ces noms maoris font partie désormais de mon paysage quotidien. Au détour d’un dernier virage, la vue dégagée sur une baie presque fermée est magnifique : une plage en premier plan, deux caps protégeant l’anse, une bande de sable s’avançant dans la baie. Matapouri est un véritable village de vacances: les baies vitrées des maisons s’ouvrant sur la baie,  séjour au premier étage pour profiter de la vue, terrasse surélevée pour jouir du paysage. Il ne me dérangerait point d’y avoir une petite demeure au front d’océan.

Matapouri Bay

Sans savoir que ce petit coin perdu serai si joli, j’avais prévu d’y faire un tour. Il paraît qu’à l’extrémité Nord de la plage, en traversant une prairie, il est possible d’arriver à Mermaid Pool, une sorte de piscine circulaire creusée dans la roche par l’action des vagues, où il fait bon d’y faire trempette, en observant l’océan tout en étant protégé des vagues. Je me mets donc en quête de cet endroit. La marée étant presque haute, je me glisse avec de l’eau jusqu’à mi-cuisse pour accéder à la crique, d’où par le sentier à travers les herbes grasses. Toutefois au lieu d’accéder « simplement » comme cela est spécifié dans le Lonely Planet, le voilà qu’il se met à grimper. Si la montée est quelque peu raide, la descente de l’autre côté semble hasardeuse, et je redescendrai par le même chemin. De retour à la plage, après une petite baignade, je discute avec un Kiwi. Ce dernier me dit que l’ancien chemin, facile, a disparu suite à un glissement de terrain, et que le nouveau plus difficile, était effectivement celui que je suivais. Il aurait donc fallut persévérer en redescendant de l’autre côté.

Mermaid Pool se cache quelques part en contrebas

Impossible de continuer à longer de près ou de loin l’océan, la route retourne à l’intérieur des terres. A nouveau sur la Twin Coast Tourist Road, alors qu’elle monte directement sur Paihia, je bifurque en direction d’Oakura. Les tronçons rectilignes de la SH1, leur voie rapide, bidirectionnelle limitée à 100 km/h, n’est pas le meilleur chemin pour profiter du paysage. Bien qu’elle possède de part et d’autre une bande d’arrêt d’urgence, servant aussi de place de stationnement, dès l’instant où l’on sort du trafic, il est toujours long, voire très long, de trouver un instant où s’y glisser à nouveau. Si les routes primaires possèdent de part et d’autre deux petits fossés interdisant tout arrêt, elles sont toutefois dotées de-ci, de-là de places d’évitements ; ou encore les nombreux accès aux champs attenants sont autant d’endroits où stationner quelques minutes pour profiter des paysages différents.

Fin de la digression routière, je suis le rivage de près ou de loin, certaines routes en cul-de-sac permettant d’accéder localement à la petite baie desservie. Helena Bay est un petit coin charmant, avec un immense pohutukawa, se découpant à contre-jour. Baie après baie, je m’approche lentement de Russel. Chaque nouvelle pause grappillée est une étape supplémentaire de franchie.

le pohutukawa d'Helena Bay

Mon dernier détour me conduit sur une route de terre battue. Au bout de quelques kilomètres je m’arrête à la hauteur de Whangamumu Reserve. J’embarque mon sac à dos, y fourre bouteille d’eau, appareil photo, clefs, documents de voyages, franchis la clôtures et me voilà sur le chemin me menant à Whangamumu Harbour, (tristement) célèbre pour son passé à l’époque de la chasse à la baleine. En effet, cette crique ne servait pas seulement de base où le gras était récupéré sur les cadavres et fondu, mais a aussi joué le rôle de piège pour ces cétacés. En effet, nombre d’entre eux s’aventuraient dans cette crique, à l’étroite entrée. Un filet relevé entre les deux promontoires les emprisonnait à l’intérieur, et le harponnage pouvait alors commencer. A mi-chemin, peu après être arrivé au sommet de la montée, ma vue embrasse la baie, semblable à une pince de homard, prête à se fermer sur l’imprudent qui y glisserait un doigt. De gros nuages gris plombant le ciel, et n’ayant pas pris ma veste, je fais demi-tour. Dans ce pays, les averses sont brèves mais vigoureuses, elles vous trempent jusqu’à l’os en moins de cinq minutes.

Whangamumu Harbour, avec sa forme caractéristique en pince de homard

Frienz, Auckland, 26 avril 2011, 21h00

Je m’imaginais Russel plus grand, si j’avais lu attentivement le Lonely, j’aurai su que cette petite bourgade ne compte que 820 habitants. Pourtant, au XIXe siècle, sous le nom Kororareka, elle fut la première colonie européenne en Nouvelle-Zélande. Son premier nom est le même que celui du village fortifié de la tribu Ngahpui, cis au même emplacement, qui agréa le peuplement étranger. Tout comme les maoris, les européens trouvèrent que Bay of Islands (baie des îles) étaient un endroit merveilleux : riche en ressources premières (eau, poisson….). Très vite, de nouveaux arrivants vinrent s’établir et la baie grouilla de navires. Les transactions colons-maoris sont florissantes : les premiers échangent mousquets et poudre contre Kumara, bois de Kauri, … et autres richesses dont la valeur sur le Vieux-Continent est importante. Des repris de justice exilés d’Europe arrivent dans ce nouvel Eden qui bientôt gagnera le surnom de Hell Hole of the Pacific (Trou de l’enfer du Pacifique). Aujourd’hui la ville a perdu sa notoriété, mais gardé le charme des temps passés avec nombre de maisons victoriennes, et aussi le plus vieux bâtiment du pays, une église datant de 1836.

Eglise de Russel, au centre d'un cimetière engazonné, comme à leur habitude en Nouvelle-Zélande

Je commence ma visite par le petit musée citadin qui retrace la découverte de la Bay of Islands par le Capitaine Cook, l’arrivée des premiers colons, sa lente descente aux enfers, son histoire liée à celle des baleiniers, puis l’arrivée des touristes avec la plaisance, les plages, … Le point fort du musée est sans doute la réplique au 1/5e de l’Endeavour, le navire de Cook, ou encore la section maorie. Une brève balade me mènera entre les principaux bâtiments chargés d’histoire, comme l’église, quelques cottages en front de mer, ou encore  la maison Pompallier. Cette dernière est une ancienne mission catholique. Durant 28 ans, depuis 1842, 40’000 ouvrages en maoris y furent traduits et imprimés, avant d’être vendue en 1870 à un privé. La visite, en plus de m’apprendre un peu plus sur le dénommé Pompallier, un missionnaire français, est un musée vivant où la fabrication d’un livre selon la méthode utilisée au XIXe siècle est mise en application. Depuis l’impression des pages à partir d’une presse de type Gutenberg, à la reliure manuelle, et enfin le collage de la couverture en cuir tout y est présenté. Bien entendu, le cuir utilisé est tanné sur place : à l’arrière du bâtiment, prennent place quatre cuves, chacune plus tannique que la précédente, dans lesquelles sont passées successivement les peaux en cuir, avant de passer à l’assouplissement nécessitant, lui, cinq étapes.

Maison Pompallier

Avant de quitter la ville, je sirote une petite bière sur la terrasse de l’hôtel Duke of Marlbourgh, quatrième établissement érigé sur le site, les précédents ayant été détruits soit par le feu, soit suite à l’un des sacs de la sulfureuse adolescence de Russel. Actuellement, il possède encore la License n°1, établie pour la première fois en Juillet 1840 pour le bar à grog de monsieur John Johnson, cis au même emplacement. Et cette petite bière, il la fallait bien pour fêter l’anniversaire, avec un jour de retard soit, d’une mémorable soirée d’avril de l’an 2010.

Duke of Marlbourgh

Je reprends le volant, et pour conclure ma découverte de Russel, je monte à Maiki, la colline où fût hissé le deuxième drapeau néozélandais. Pour la petite histoire, par trois fois, dans les mois qui suivirent la signature du traité, le mat fut coupé à coup de haches par des maoris, menés par Hone Heke, le premier signataire du traité. Mais à quatre reprises la colline fut reprise et le drapeau hissé à nouveau. Durant la dernière tentative, les navires anglais ancrés dans la baie n’hésitèrent pas à ouvrir le feu sur la ville, et des boulets de canons y sont déterrés presque lors de chaque excavation.

Je rejoins alors Okiato, lieu d’embarquement pour le ferry qui me mènera à Opua, de l’autre côté de la Bay of Islands. Suite à la signature du traité, Okiato devint la première capitale de la Nouvelle-Zélande. Lorsque ce privilège fut transféré à Auckland en 1841, dont l’emplacement fut choisi en raison de la fonction future, Okiato est abandonnée, et son nom d’alors, Russel, transféré au village nommé Korokareka,

Okiato, un simple rond-point, avec mon campervan, pour marquer l'emplacement de la première capitale de Nouvelle-Zélande

La traversée en ferry me permet de profiter d’une des nombreuses anses de Bay of Islands. Si le paysage est joli, je n’en vois pas la raison d’en faire un plat. Une fois débarqué, je rejoins le Holiday Park Top 10, pour passer la nuit en camping, et surtout charger la batterie afin de profiter de ma réserve de 40 litres d’eau. Je ne vous ferai pas une longue digression, mais à 16$, soit presque le même prix qu’une nuit en backpack, sans avoir la qualité d’accueil, ni les partages, mais par le défaut de subir celui des désagréments des touristes, je doute que j’y remette les pieds de sitôt. Par contre, au menu du soir, le deuxième steak d’agneau et le kumara poêlé accompagnés d’une petite salade de tomates en entrée passent à merveille.

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