J23 – Doubtful Sound

3 06 2011

Fjordland Cinema, Te Anau, 18h00

Trajet : Te Anau – Doubtful Sound – Te Anau        

Distance : environ 3519.1 km

Modifié à The Keys, Queenstown

Déçu par ma première ébauche, je l’ai remaniée pour faire honneur à ce magnifique fjord…

Lever vers 6h15, je suis transis par le froid, l’humidité perçant la triple couche que je porte ce matin à mon réveil. Un véritable chocolat chaud est le bienvenu, regarder fondre les carrés de chocolat noir dans le lait immaculé, alors que mes mains se réchauffent au contact de la casserole. Alors que l’aube pointe, je prépare quelques sandwichs pour l’en-cas de midi. J’ai trouvé hier, au petit supermarché du coin, du pain avec une véritable croûte croustillante. Deux tranches beurrées, enduites de moutarde, garnies de corned-beef ou de fromage feront d’excellents sandwichs. Pour rassurer un certain Mathieu, la moutarde est de la véritable dijonnaise, un pot de Maille découvert dans un autre petit marché.

Un peu avant 8h00, je rejoins l’iSite, où un bus viendra me chercher pour m’amener jusqu’au port de Matapouri, où j’embarquerai à destination de Doubtful Sound. Du parking du DOC, je longe la plage de galets, typique d’un lac de barrage au niveau fluctuant. Les couleurs sont sombres, les nuages recouvrent le paysage à mi-montagne, au-dessus de Lake Te Anau, et sûrement sur tout le Fjordland. Devant l’office du tourisme, je sympathise avec Alex, un germain d’une vingtaine d’année, qui découvre la Nouvelle-Zélande depuis le mois de janvier.

Pour résumer la situation: je suis arrivé  hier dans le Fjordland, sans doute la région la plus sauvage de la Nouvelle-Zélande. Occupant la frange sud-ouest de l’île, elle est presque restée à l’état originel. Seuls les divers animaux tels que rats, fouines, opossums… font des ravages dans la faune locale, comme partout ailleurs en Nouvelle-Zélande. Topographiquement, la région n’est pas très accueillante pour les humains : essentiellement des fjords, difficiles d’accès tant par voie maritime que terrestre. Le climat est tout aussi rude : les vents d’Est, ces fameux Quarantièmes Hurlants soufflent régulièrement à plus de 50 nœuds dans les passes, apportant nombre de nuages qui viennent se bloquer contre les parois élevées des fjords ; 200 jours de pluie précipitent de 7 à 9 mètres d’eau annuellement selon les vallées. Fjordland National Park englobe la majorité de la région, et forme, avec Mount Aspiring, Aoraki/Mt Cook et Westland Tai POutini National Park, le Te Wahipounamu Southewest NZ World Heritage Area, reconnu par l’UNESCO comme un patrimoine mondiale qu’il est nécessaire de protéger.

Si quelques marches parcourent les forêts où poussent principalement les trois espèces beechs, rouge, argentée et de montagne, mêlées à quelques conifères endémiques et à de très nombreuses fougères, avec plus de 80 espèces répertoriées, elles se restreignent pour les plus connues, comme la Milford ou Kepler Track à la partie est de la région, parcourant les monts intérieurs.  Aucun fjord n’est accessible facilement, excepté Milford Sound, au nord, relié au reste du monde soit par un chemin, Milford Track, soit par la route. Il est d’ailleurs devenu le fleuron commercial, avec plus d’un million de touristes y déferlant chaque année. Ou plus au sud, le Doubtful Sound, trois fois plus long, dix fois plus grand, plus majestueux au dire du nombre – bien plus réduit – de personnes qui l’ont visité. Pour y accéder, il faut d’abord traverser Lake Manapouri, puis transiter en bus 22 kilomètres sur une route de gravier, avant d’arriver enfin à Deep Cove, le bras s’avançant le plus profondément dans les terres. Les excursions durent au minimum une journée, et les tours opérateurs n’hésitent pas à monnayer plus cher cette excursion, tout en réduisant la taille des bateaux pour en préserver l’intimité. L’hiver amenant les touristes à éviter cette région humide, froide, inhospitalière, les offres spéciales se multiplient, les prix baissent. Rod et Mark, m’ayant affirmé qu’il fallait visiter les deux, j’ai fini par planifier une double excursion, aujourd’hui au Doubtful, et demain au Milford Sound.

Arrivé à Matapouri, j’embarque avec une quinzaine d’autres passager à bord d’un petit bateau à moteur à destination de West Arm, de l’autre côté du lac. Le temps d’une traversée, une petite heure, le skipper et son copilote nous racontent l’histoire de la région, du lac, de la croisade populaire pour préserver la région – la même que je vous ai contée hier –. Ils me montrent le célèbre Mont Venteux, géographiquement connu sous le nom de The Monument, qui a servi de décor dans Lord of The Ring lorsque le chef de fils des Nazguls poignarde Frodon. West Arm, 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, entouré par des parois abruptes s’élevant à plus de 1400 mètres, et pourtant dans les brumes surgissent pylônes et lignes à haute tension, s’élançant au-dessus du promontoire. Le bateau glisse devant une gigantesque prise d’eau, encastrée dans la roche, des grilles protégeant les bouches géantes engouffrant des litres et des litres d’eau à chaque minute.

Fjordland ne contient pas seulement la nature la plus sauvage de Nouvelle-Zélande, mais aussi l’ouvrage humain le plus imposant construit en Nouvelle-Zélande, une centrale hydroélectrique construite à 200 mètres sous terre. En 1904, l’idée d’utiliser le potentiel de la chute d’eau de 178 mètres entre le Lake Manapouri et Doubtful Sound est émise pour la première. Toutefois, l’ouvrage semble au-delà du réalisable, en partie pour les technologies de l’époque, mais surtout par rapport au climat et à l’accès difficile. Dans les années 1950, une société australienne, décidée à construire une usine d’aluminium, approche le gouvernement néo-zélandais afin d’utiliser le potentiel existant. Devant les soucis financiers de mener à bien les deux projets – la construction de l’usine à Tiwai et de la centrale à Matapouri -, l’état prend en charge celle de la centrale et décide unilatéralement une élévation du niveau de l’eau de 30 mètres pour le lac, qui avait été classé Parc National en 1952. L’histoire est ce qu’elle est devenue : une forte contestation populaire conduisant d’une part à la sauvegarde de la faune et flore locale si particulière, et d’autre part à la naissance de la conscience environnementale du pays, qui conduira plus tard au bannissement du nucléaire.

L’ouvrage débute en 1964 : travail de titan. Afin d’y amener hommes, outils puis plus tard éléments mécaniques et électriques pour la centrale, la solution, jugée à l’époque comme la plus avantageuse et la plus raisonnable, consiste a construire une route de Deep Cove à West Arm, en passant par Wilmost Pass, un col situé à 671 mètres au-dessus de la mer, plutôt que d’amener le matériel par voie maritime sur le Lake Matapouri. Au final, cette route tracée à travers les roches les plus durs du pays : granit, gneiss, quartzite, … sera la plus chère de Nouvelle-Zélande, avec un prix de revient de 80$ au mètre carré, pour une route de gravier. Un véritable gouffre financier en sachant qu’elle mesure 22 kilomètres de long, et 4 mètres minimum de large sur tout son tracé.

Malgré les conditions difficiles, la construction avance : forage et dynamitage sont les deux uniques méthodes connues à l’époque pour percer les sept mètres de tube d’amenée d’eau, haut de 200 mètres, creuser une galerie longue de 2 kilomètres pour descendre le matériel au cœur de la montagne, y excaver une salle longue de 110 mètres, large de 18, haute de 39 dans laquelle prennent place les 7 turbines, ainsi qu’une galerie de fuite longue de 10 kilomètres. 8 ans plus tard, l’ouvrage est achevé. La centrale hydroélectrique produit toutefois 575 MW sur les 700MW prévus, car les frictions hydrodynamiques dans la galerie de fuite sont plus importantes que prévues. Il faudra attendre les années 2000, avec la construction d’une deuxième galerie à l’aide d’un tunnelier, pour que la centrale atteigne son plein rendement. Par ailleurs, le design de la nouvelle turbine Francis, testée au Laboratoire des Machines Hydrauliques à l’EPFL, permettra de porter la puissance à 950 MW.

La visite se réduit à descendre dans le tunnel, d’un diamètre de 9 mètres, nécessaire pour descendre les plus gros éléments, et à accéder à la plateforme dominant la salle des machines. Seul le tiers supérieur est visible, mais l’endroit impressionne par sa taille gigantesque, ainsi que par l’alignement des sept excitateurs, magnifiques emboîtements de cylindres bleus. Je suis aussi enjoué par les splendides veines de quartz marbrant l’anthracite pegmatite. Fin de l’aparté historico-scientifique, laissons la place à la nature.

Après avoir rejoins le bus, le chauffeur nous conduit jusqu’à Deep Cove. Sur le chemin jusqu’à Wilmost Pass, première vue sur la nature sauvage bordant le Doubful Sound. A travers les déchirures du brouillard, montagnes abruptes, arbres à la silhouette menaçante étirant leurs branches recouvertes de lichens, mousses et fougères tapissant les sous-bois, … Arrivés au col, le temps d’un arrêt, notre vue embrase Doubtful Sound. Il paraît déjà impressionnant, et pourtant seuls les 13 derniers kilomètres du bras de mer le plus engoncé dans les terres est visible, le reste est jalousement caché par les flancs de la vallée. Reparti, le bus aborde le tracé le plus ardu, avec deux kilomètres affichant 20% de pentes. Le traditionnel panneau indiquant une forte déclivité est placé au début de la descente, humoristiquement tagué par un « buses free wheel », aisément traduisible par  « bus, roue libre ».

A Deep Cove, tous les passagers sont transbordés sur un bateau à moteur, qui appareille immédiatement. L’alarme stridente qui caractérise un moteur en surchauffe chez Volvo-Penta retentit. La chance nous sourit par deux fois, la première par la présence d’un mécanicien au port, la deuxième par la découverte d’une pièce de rechange à bord. Le temps de remplacer la pompe de refroidissement et nous voilà parti à la découverte du fjord. Malgré le fait qu’il soit cartographié sous le nom de Sound, Doubtful est un fjord. Ce terme fait référence à une ancienne vallée glaciaire recouverte par la mer suite à l’élévation du niveau 0, contrairement au sound dont la vallée s’est enfoncé dans la mer sous son propre poids, comme à Akaroa.

Comme à Aoraki/Mt Cook, paysages et impressions sont difficilement traduisibles en terme de vocabulaire, sans très vite tomber à court de mots. Je préfère présenter les éléments caractéristiques du décor, et laisser à votre imagination faire le reste du travail. La topographie se résume à une immense vallée principale, sinueuse, d’où partent de nombreux  vallons, les différents bras envahis par la mer : First Arm, Deep Cove, Bradshaw Sound, … Des crêtes et des pics, les pentes descendent jusqu’à la mer; ces dernières, principalement abruptes, présentent quelques arrondis ou encore de véritables à-pics. Quelques îles parsèment le fjord, reste de collines épargnées par la glace ou moraines centrales de glacier.

La géométrie toujours changeante des vallées est recouverte à partir de la mer d’une dense végétation. La forêt est composée essentiellement des trois espèces de hêtres, rouges, argentés et de montagne, cohabitant avec des conifères endémiques. En automne, aucune couleur éclatante n’habille les fjords; les hêtres possèdent un feuillage persistant. Doubtful Sound et ses compagnons paradent de vert vêtu toute l’année. Les sous-bois sont envahis par divers arbustes, de nombreuses fougères, dont plus de huitante espèces différentes sont répertoriées, qui poussent sur un sol moussu. Peu à peu, les forêts sont remplacées par les prairies alpines, à la couleur jaune, virant sur l’ocre orangé, des red tussocks, avant que ces dernières ne cèdent le pas au seul rocher nu, parfois recouvert d’une couche de neige.

Finalement, l’élément aqueux domine le tout. Rivières impétueuses, majestueuses chutes d’eau ou encore simples filets de liquide ruisselant sur une paroi, l’eau cascade de tout part. Elle vient napper la surface de la mer salée d’une couche d’eau douce, colorée d’un brun transparent par les tanins de l’humus. D’une épaisseur de 3 mètres, elle peut atteindre 15 mètres suite à des précipitations abondantes. A mesure que l’on s’approche du large, les eaux se mélangent, la sombre couleur qu’elle arbore à Deep Cove vire vers le turquoise de la Mer de Tasmanie.

Impossible de mettre plus de mots sur cet endroit enchanteur, où je me sens si petit, si insignifiant. Massif, grandiosesque – si j’ose le terme -, Doubtful Sound, à l’eau teintée d’un bleu profond, est une palette fruste de couleurs, étalages de gris pour les rochers, de verts pour les denses forêts, saupoudrés de blanc sur les sommets. Je vous laisse juger par vous-même. Une dernière remarque: ce que vous pouvez imaginer, ou que vous pouvez admirer sur mes photographies, multipliez le par cent et vous n’arriverez pas au millième de ce que j’ai entraperçu. Je n’ai qu’une seule envie, y retourner en voilier pour profiter du silence.

De retour au port, divers passagers avec qui j’ai discuté me demandent si j’ai eu beaucoup de plaisir, car il semblerait qu’un sourire ait gelé sur mon visage. Il est vrai qu’au bout des trois heures et demie de navigation, il commençait à faire un peu frisquet, mais pas au point de figer ma bouche. C’était juste magnifique. Nous repassons le Wilmost Pass en bus, avant d’embarquer à nouveau sur un bateau pour traverser Lake Matapouri. Une des plus belles journées que j’aie vécu en Nouvelle-Zélande, je ne regrette pas mon investissement.

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Son nom lui fut donné par le Capitaine Cook, qui  observant l’entrée, douta que les airs soient suffisant pour pousser à nouveau l’Endeavour vers le large. Il ne se risqua donc pas et l’appela Doubtful Haven, la rade-doute. Ce n’est qu’après une exploration légèrement plus approfondie par le capitaine espagnol Malaspina – la seule que ce capitaine ait effectuée en Nouvelle-Zélande – que le nom topologique fût changé en Sound; le qualificatif douteux resta. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que des Européens se risquèrent à nouveau à pénétrer à l’intérieur du Fjord.





J21 – Southland

1 06 2011

Monowai Lake, Fjordland, 1 juin 2011, 19h45

Trajet : Invercargill – Tuatapere – Monowai Lake

Distance : environ 3415.8 km

Malgré un coucher tardif, j’émerge vers 6h00. Ce matin, je prends le temps de rédiger quelques billets pour mon blog, avant de retourner dernière mon volant, aux alentours de 9h00. Avant de quitter Invercargill pour Fjordland, je m’arrête tout d’abord dans un magasin de chasse, où je trouve enfin un Selke à ma taille, le traditionnel chapeau en toile cirée, imperméable et (presque) indéformable même en le rangeant roulé ou plié. Un détour par le supermarché est nécessaire pour ravitailler la cambuse pour la semaine à venir, ainsi qu’un passage à l’office du tourisme pour récupérer le guide de la « Southern Scenic Route » que je vais continuer de suivre jusqu’à Queenstown, en passant par Te Anau. En chemin, je passe à côté de l’ancien château d’eau, un magnifique bâtiment de brique rouge, haut d’un peu plus de 40 mètres et coiffé d’un réservoir en tôle métallique, dont les rivets brillent au soleil.

D’Invercargill, je rejoins rapidement Riverton. Malgré son titre de plus ancienne ville de l’île du Sud et son importante histoire maorie, elle ne me fascinera pas. Rien d’exceptionnel n’émane d’elle. Je profiterai de sa baie, Taramea pour nager quelques longueurs. La présence proche de l’océan antarctique se ressent à travers la température de l’eau. En poursuivant ma route jusqu’à l’extrémité de la baie, j’arrive à The Rocks, une sorte de petit parc naturel, à moitié pâturé, à moitié laissé à l’état sauvage. Par temps claire, il est possible de voir Stewart Island, mais ma visibilité se restreint toutefois à Pig Island, située seulement à quelques milles au large. De même, les rochers aux formes surprenantes et à la surface similaire à celle que j’imagine pour la peau écailleuse d’un dragon me semblent bien plus intéressants.

Poursuivant ma route à travers les plaines d’Invercargill, j’arrive à Colac Bay. Au lieu d’y observer des surfeurs sur ce spot réputé, mais aujourd’hui très calme, je me contenterai de photographier celui sculpté, qui vous salue à l’entrée du village. Le détour par Cosy Nook, un village de pêcheur, autant que de villégiature, ne sera guère intéressant. Je n’arrive pas à comprendre ce qui en fait sa particularité, reconnu au point de figurer comme endroit à visiter. Je passerai sans m’arrêter à côté de Monkey Island, dont l’accès n’est possible qu’à marée basse, par un chemin submersible.

Je m’arrêterai quelques kilomètres plus loin à Gemstone Beach, une des plages où il est possible de trouver des pierres semi-précieuses : néphrites, quartz, ou encore la très célèbre greenstone, le jade néo-zélandais. Les maoris y venaient d’ailleurs exploiter les diverses pierres tant pour l’ostentatoire que pour en faire des outils ou des armes. Malheureusement, la marée haute recouvre la plage et ne me laisse accéder qu’à la bande supérieure composée de sable. Je ne pourrai ramener aucun trésor. Marchant le long des falaises de molasse, j’apprécie toutefois l’agencement des diverses strates colorées en beige, ocre ou encore anthracite par les sédiments.

Définitivement, aujourd’hui ne semble pas à marquer d’une pierre blanche. A Tuatapere, je comptais visiter le musée local, racontant l’histoire économique de la région, liée à l’économie forestière, comme partout ailleurs dans ce pays, mais aussi à l’exploitation aurifère. Je profiterai néanmoins de mon passage dans cette ville, connue par les kiwis comme étant la capitale de la saucisse, pour acheter quelques produits locaux au boucher. Une fois grillées, elles feront de sympathiques petits apéros, accompagnées d’une tomate ou d’un avocat, ainsi que d’une petite bière. A la sortie du village, je récupère Dani, un autostoppeur en route pour Te Anau. Cet israélien de 22 ans, à la fin de son service militaire de 3 ans, a décidé d’aller en Nouvelle-Zélande (3 mois) et Australie (2 mois) avant de commencer ses études.

Je dois dire que cette région de plaine autour d’Invercargill me fait le même effet que celle autour de Christchurch. Pastorales et maraîchères, les immenses parcelles forment un paysage plat, monotone, sans aucun relief, ni bosquet ou haie formée de grands arbres. Même la côte n’a pas le piquant des Catlins; cette dernière était bien plus dynamique, évolutive, parsemée de criques, de vaux et de monts. Il y avait bien une ballade à traverse le bush natif. Mais les espèces étant les mêmes que celle de Stewart Island, je n’y suis pas allé, car je n’aurai pu y retrouver la même grandeur et aurai sûrement été déçu.

Depuis que j’ai quitté la côte à MacCrackens Lookout, d’où la vue magnifique sur Te Waewae baie permet d’embrasser la silhouette des montagnes suds de Fjordland plongeant dans la mer, le paysage prend des formes, des collines apparaissent, des cailloux poussent, de la forêt remplace une partie des prairies, … J’arrive enfin à Clifden, et si le village est pour ainsi dire inexistant, la région possède 2 attractions touristiques.

La première, artificielle, est le pont à suspension de Clifden, l’un des plus longs de Nouvelle-Zélande avec sa travée de 111.5 mètres. Il est remarquable qu’en 1896 la technologie permettait déjà d’ériger une si fantastique construction. Les quatre tours en ciment, hautes de 7.5 mètres, supportent deux à deux les câbles auxquels est suspendue la structure en bois servant de tablier et de route. Aujourd’hui, elle a toutefois trop souffert, et il est dorénavant impossible de l’emprunter tant en véhicule qu’à pied. L’ouvrage vaut néanmoins le coup d’œil.

La deuxième est complètement naturelle et vieille d’un peu plus de quelques millions d’année. Il s’agit de Clifden Limestone Cave, une grotte longue d’environ 300 mètres qui déroule son réseau à travers la molasse. Son accès est réputé dangereux en cas de pluie avec des risques d’inondation éclaire. La météo actuelle est toutefois de notre côté. Dani et moi, une fois équipés de frontales, descendons par l’entrée principale. Grotte pour spéléologue en herbe, le DOC affiche néanmoins quelques conseils : s’habiller chaudement, préparer des piles de réserve, être au minimum deux, sortir immédiatement en cas d’arrivée d’eau, … A l’intérieur, des bandes réfléchissantes marquent le chemin. La progression est tout d’abord très facile, dans une galerie suffisamment large pour se tenir debout et circuler à deux de front. Dès l’entrée secondaire, il devient parfois nécessaire de se faufiler, marcher agenouillé, … pour descendre dans les profondeurs de la terre. Les concrétions de calcaire forment alors diverses merveilles, même si, bien entendu, stalactites et stalagmites ont été pillées. Par ailleurs, certains voyous ont préféré écrire au marqueur ou au spray leur nom, plutôt que de préserver la blancheur du calcaire. Mais la magie demeure.

Arrivé à mi-parcours, nous atteignons « The Hill », la piscine qu’il faut contourner en progressant sur son bord arrondi, et rendu glissant par l’humidité. N’ayant pas pris de sac à d’os pour faciliter la marche souterraine, l’exercice devient un peu plus délicat lorsque j’essaie d’une main de maintenir mon appareil photo afin d’éviter tout mouvement de balancier, un peu déséquilibrant. La progression devient plus lente, avec un passage dans une étroite fissure, de longues enjambées pour passer au-dessus de grandes gouilles. Trois échelles permettent de franchir facilement des niveaux séparés de 5 à 7 mètres, puis d’atteindre la sortie. Sympathique promenade d’une bonne heure, nous ressortons tous les deux avec des habits tâchés de molasse beige mais avec de beaux souvenirs.

Je dépose mon passager sur la SH99, alors que je quitte la route menant à Te Anau pour Monowai Lake, au bord duquel un camping du DOC permet de passer la nuit tranquillement. Je traverse Waiau River sur un pont similaire à celui de Clifden. La chaussée est composée d’une fine couche de goudron qui recouvre les traverses en bois originelles; l’impression de rouler sur une antiquité au tablier de bois, suspendu par des filins d’acier rouillés est plutôt bizarre.

A mesure que je m’approche de Fjordland, les monticules prennent du relief, les forêts réapparaissent, les pâturages laissent de plus en plus de place à la nature. Au sommet d’une côte, lorsque je vois la silhouette, parfois enneigée, de montagnes à l’horizon, je sais que je touche à mon but. Demain j’y serai. Peu avant d’arriver au camping, je pénètre dans Fjordland National Park, un des sous-ensembles de Te Wahipounama National Park, considéré par la communauté internationale comme un trésor à protéger, et classé en tant que tel.

J’installe Hibiscus dans une petite clairière. Pas un seul bruit, si ce n’est celui de mes carottes qui cuisent. Une fois la nuit tombée, seuls les hululements de plusieurs chouettes Morepork se répondant troublent les bruits feutrés de l’activité de la faune nocturne qui reprend son cours.

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