J34 – Wild West Coast

14 06 2011

Cobden Beach, mardi 14 juin 2011, 20h30

Trajet : Okarito – Greymouth

D = 5040.9 Km

Hier de nouveaux tremblements de terre ont secoué la région de Christchurch, 5.5 sur l’échelle de Richter à 13h00 suivi d’un écho plus violent à 14h20, dont la magnitude a atteint 6.5. Sur la Côte Ouest, rattachée à une différente plaque tectonique, je n’ai rien senti et me porte toujours comme un charme, excepté quelques courbatures dans les jambes ce matin.

Avant de me mettre en route pour remonter la côte vers le Nord, je traîne encore un peu à Okarito. Alors que je déjeune, le soleil teinte d’une couleur mordorée les brumes au-dessus du lagon. Si les couleurs auront changé le temps que j’atteigne les rives, elles appartiendront toujours à la palette de l’aube : bleu azur, rose saumon,  orange clair,… une véritable fresque picturale. Alors que je profite du wharf pour m’avancer au-dessus de l’eau, un héron blanc vient se poser sur la cabane

Devant la quiétude du lieu, la douce chaleur du soleil levant, j’aurais volontiers loué un kayak pour m’aventurer dans le lagon. Toutefois, les deux échoppes sont fermées l’une pour deux semaines de vacance, l’autre pour l’hiver complet. Dommage. Cela doit être magnifique de pagayer tout en admirant le sublime horizon des Southern Alpes, avec l’Aoraki/Mt Cook, le Mt Tasman ou encore le Mt Sefton se profilant au loin. Sur la route me ramenant à l’intérieur des terres, une petite balade du DOC m’amènera au sommet d’une butte. De là-haut, ma vue porte sur le lagon entier, s’étirant le long de la côte, séparé de la Mer de Tasmanie par une longue bande de terre.

Et voilà, j’ai rejoint la Highway SH6, partant d’Invercargill, passant par Wanaka et remontant la West Coast, avant se terminer à Nelson. Si sur la côte Est un certain nombre de routes permettent de multiplier les itinéraires, de ce côté-ci, un seul chemin permet de circuler du Nord au Sud ou inversement. Depuis Haast, elle déroule son long ruban d’asphalte entre deux murs végétaux; parfois quelques pâturages brisent la monotonie des arbres-fougères, matais et autres essences indigènes, à moins qu’en s’approchant d’un lac, la vue s’étende jusque de l’autre côté. Aujourd’hui comme hier, je traverse les forêts et les réserves naturelles, peu de villages égrènent le long de la route, Whataroa, Harihari, … parfois quelques fermes solitaires parsèment de vastes clairières, où paissent des troupeaux de vaches. Les kilomètres défilent au compteur, la longue route continue de dérouler son ruban rectiligne, parfois entrecoupé d’une grande courbe. Seule la présence de quelques monticules la transforme pour une dizaine de virages serrés en route de montagne à aborder à vitesse réduite, puis elle reprend son caractère droit. Peu à peu, les sommets des Southerns Alps disparaissent derrières les crêtes de la forêt. Alors que le bleu du ciel n’est entaché que par un petit nombre de nuages, une forte brume s’élève des cours d’eau et des lacs, rampant au-dessus de la plaine, nimbant arbres et clôtures. Seule l’orée de la forêt forme une barrière assez puissante pour le contenir. L’odeur étrange mais pas désagréable des feux de charbons plane autour des maisons, d’où la lourde fumée, s’échappant de la cheminée, se mélange avec le brouillard.

Malgré quelques arrêts pour profiter des paysages rendus si étranges par la brume, le temps s’écoule lentement, seul derrière mon volant. J’arrive enfin à Pukekura. Une centaine de kilomètres me sépare déjà d’Okarito. En chemin, rien d’intéressant. Une balade le long de la côte à Harihari aurait pu m’emporter à travers le bush. Mais, lassé par cette végétation, elle ne m’attire point. Par contre, ici, à Pukekura, ce petit hameau compte une petite merveille de la West Coast, le Bushmen Museum. Entre plaisanteries, récits véridiques, et mythes locaux, il raconte l’histoire récente de la West Coast. Je ne vous relaterai pas les histoires liées aux opossums, ni celle des anguilles géantes, encore moins l’industrie des mousses végétales exportées en direction des pays asiatiques, … toutes ces histoires relatives au passé, et encore au présent des Coasters, ces habitants de la West Coast à la culture si différentes du reste de l’île. Je me contenterai de vous narrer ce qui fut l’une des dernières grandes aventures néo-zélandaises.

Tout commença en 1851 dans la région de Nelson quand deux biches et un cerf furent relâchés dans la nature. Neuf ans plus tard, la région comptait pas moins d’une septantaine de cervidés. Devant ce succès, d’autres lâchers eurent lieu sur les deux îles. En 1920, les premiers avertissements sont formulés au sujet des impacts sur la faune et la flore locale de ces mammifères. Dix ans plus tard, le problème est devenu national, le gouvernement décide d’agir pour contrôler le nombre de cerf. Dans les années 1950, n’ayant pas réussi à enrayer la croissance, la création d’une milice de chasse nationale, forte de 100 à 125 hommes à temps complet, est décidée. Malgré le tire de 50 à 65 mille bêtes annuellement, cela n’était toujours pas suffisant et elle ouvrit la chasse aux amateurs et autres professionnels. Dès cet instant, tous les moyens furent bons pour traquer le gibier et récupérer les carcasses, aux véhicules utilitaires succédèrent les tracteurs modifiés, les jetboats ou encore les petits avions capables de se poser sur des terrains réduits. A la fin des années 1950, les chasseurs héliportés firent leur apparition : le pilote conduit l’hélicoptère, petit et maniable, suivant les cerfs, tandis que le chasseurs les ajustent en plein vol. En général, un troisième homme aide à la manœuvre quand il s’agit de suspendre les carcasses à un crochet pour les ramener en plaine. Bien que les accidents soient réguliers – il y eut plus de 80 morts –, les équipes sont de plus en plus nombreuses. En 1967, 110’000 cerfs seront abattus durant l’année, générant une industrie d’exportation pesant plusieurs millions de dollars.

Toutefois, le déclin des troupeaux sauvages conduisit les chasseurs à devenir éleveurs. Toutefois, au lieu de se tourner vers les traditionnels animaux, ils décidèrent d’élever des cervidés. L’étape la plus difficile fut de capturer des animaux en état de se reproduire. Aux techniques rudimentaires initiales, telles que sauter de l’hélicoptère sur le dos d’une biche pour l’arrêter, succédèrent des trésors de l’ingéniosité kiwie : fusil à superball pour assommer plutôt que tuer le gibier, arbalète à fléchette soporifique et finalement le fusil à filet, instrument le plus efficace. Si efficient, que les chasseurs néozélandais furent appelé aux Etats-Unis et au Canada afin de chasser élans et wapitis destinés à l’élevage. Si aujourd’hui le temps des chasseurs embarqués dans les hélicoptères est révolu, ce dernier est toujours utilisé que ce soit par l’industrie forestière, afin de procéder à des coupes sélectives, ou encore par les amateurs pour sortir le gibier des profondes contrées forestières. Par ailleurs, si les cerfs, chamois, chèvres ou encore thars sauvages sont encore chassés par les amateurs, les professionnels traquent d’autres proies : opossums et autres nuisibles introduits par les colons, afin de préserver les espèces locales.

Poursuivant ma route, je découvre Ross, une des autres villes dont la gloire est passée depuis de longues années. Créée au milieu du XIXème siècle, suite à la découverte d’or dans Totora River, elle compta jusqu’à 3500 chercheurs. Phénomène rare, le précieux métal se présentait sous toutes ses formes : dépôts alluvions, imbriqués sur le quartz ou encore simplement sous la forme de pépites dans le sable de la plage. Ross devint très rapidement la capitale aurifère : investissements et ingéniosités permirent la construction d’équipements miniers de haute qualité. Au traditionnel crible du début succéda sluice box, minage hydraulique par projection d’eau, ground sluicing ou encore l’utilisation de barges pour prospecter les dunes des lagons. Toutes ces techniques nécessitaient quantité d’eau : des bisses furent construits, la plupart du temps à flanc de colline. Toutefois, afin de raccourcir les distances, de nombreux tunnels furent creusés, des aqueducs érigés, dont le plus important mesura 170 mètres et s’élevait à 40 mètres au dessus du sol. La plus grande des mines, aujourd’hui devenue un lac, descendait jusqu’à 90 mètres, 45 mètres au-dessous du niveau de la mer. Pompes entraînées d’abord par les chevaux, puis par des roues à eau et enfin des machines à vapeur assuraient un débit de 100 litres par seconde, la maintenant à sec contre marées et pluies. En 1909, la plus grosse pépite néozélandaise y est découverte, pesant 2.772 kilogrammes. Achetée par le gouvernement, elle fut offerte au roi George V. La quantité d’or découvert devint insuffisante par rapport aux investissements et la ville déclina peu à peu. Depuis une dizaine d’année, alors que le gisement est encore estimé à 10’000 millions d’onces, quelques velléités d’exploitation resurgissent.

Coden Beach, mercredi 15 juin 2011, 7h00

Pour le simple badaud, une petite promenade, Waterace Walk, qui suit en partie l’ancien bisse principal permet de se lancer à la découverte de la fabuleuse histoire de la ville. Le tracé longe Totora River et divers anciens équipements sont présentés depuis une route à eau, jusqu’à la buse hydraulique. A Jones Creek où l’on peut s’essayer à l’orpaillage, un panneau du DOC promulgue les différentes règles, telles que laisser la nature intacte, ou les outils autorisés : pics, pioches, panières et en aucun cas moyens motorisés. L’itinéraire quitte la route forestière pour un petit sentier à l’endroit où fut découverte la première pépite. Le tracé s’enfonce dans la forêt, où de nombreux vestiges des temps passés sont encore visibles, peu à peu rongés par la nature : tuyau en fer percé par la rouille, tunnels à moitié effondrés, remugle d’un ancien aqueduc, sillon d’un long bisse,… Le cottage d’un mineur, datant de 1885, n’est pas si différent de ceux édifiés par les Gumdiggers tout au Nord de la Nouvelle-Zélande. Je ressors du couvert végétal à l’ancien cimetière, presque fantôme. Quelques tombes éparses à flanc de colline, protégées par des enclos rouillés, voient leur pierre tombale peu à peu glisser dans la pente. Le visiter une nuit de pleine lune, alors que la brume étend ses longs filaments entre les hautes herbes, que des chouettes Morepork hululent, doit être une expérience inoubliable. Sympathique balade.

Une bande de pâturage me sépare de la mer, alors que je pensais la longer jusqu’à Hokitika. Avant de découvrir la ville, un petit détour par Hokitika Gorge s’impose. Après avoir entendu ma réponse à propos de la beauté des Blue Pools sur le col du Haast, Annika m’avait fait promettre de passer par cet endroit, où la magie des glaciers est mille fois plus merveilleuse. La petite boucle d’une soixantaine de kilomètres en vaut largement la peine. A nouveau, un sentier parcourt la forêt, bientôt remplacé par une passerelle à flanc de paroi. Soudain, Hokitika River, dans sa livrée lapilazuli se dévoile, coulant paisiblement entre deux rives aux blancs rochers, sur lesquelles s’accrochent la mousse, puis une dense végétation. La palette de couleurs est magnifiqu; je regrette un peu le ciel d’un blanc voilé. Alors que partout ailleurs, les eaux chargées de Glacier Flour, littéralement « farine des glaciers », possèdent cette teinte bleu-vert si particulière, ici comme aux Blue Pools, la coloration est plus transparente, plus bleue, … Un pont suspendu traversant la rivière permet de profiter encore plus de la magie qui émane de cette endroit. Au bout du chemin, menant à des rochers formant l’extérieur d’un des coudes de la rivière, le spectacle est encore plus beau. En aval, la rivière s’écoule sous le pont, avant qu’une paroi blanchâtre la détourne vers la plaine. En amont, le lit ondule entre les deux rives sur lesquelles se dresse une majestueuse jungle. Un des nombreux moments, comme celui que j’ai vécu à Roberts Point, où je m’assois simplement à regarder la nature, mes pensées divaguant au loin.

De retour à Hokitika, je passe par l’office du tourisme récupérer un guide des bâtiments historiques de la ville, dont la fondation remonte au 1er octobre 1864 quand Hudson et Price furent les deux premiers résidents blancs de cet endroit précédemment occupé par les maoris. La ruée vers l’or les suivit de près et Hokitika devint une véritable ruche. Aujourd’hui, l’or a changé de couleur; de jaune, il est devenu vert. Non comme les dollars étasuniens, mais la teinte du jade. Hokitika était déjà connue à l’époque des maoris comme l’un des principaux gisements de pounamu. Ville bourdonnante durant l’été, tout autant qu’à l’époque où les barges étaient nombreuses le long des quais, durant l’hiver elle sombre dans une torpeur mélancolique. La cité n’est pas franchement belle, quelques anciennes bâtisses lui donnent toutefois un certain charme. J’ai longé le quai jusqu’au mat de signalement, qui permettait au XIXe siècle d’indiquer l’état de la mer proche du rivage pour les navires approchant, avant de revenir le long de la plage. Entre sable et galets, battus par le vent balayant la Mer Tasmane, la brise est rafraichissante. De retour dans les rues, déambulant, je n’arrive pas à me sentir à l’aise dans cette ville, comme si je n’y avais pas ma place. Je retrouve la même sensation de vide qu’à mon arrivée à Oamaru sur la côte est.

N’ayant plus de chaussettes propres ou sèches, les habits salis par une semaine où les randonnées furent mes principales activités, l’intérieur d’Hibiscus ne sent plus franchement la rose. A la recherche d’une buanderie afin d’y faire une bonne lessive, j’en trouverai une, malheureusement fermée. Un passage par l’office du tourisme confirme mes doutes, il n’y a pas d’autre machine à laver public à Hokitika. N’ayant pas l’envie de me poser dans un backpacker, et le soleil n’étant pas couché, je décide de reprendre la route, direction Greymouth, une quarantaine de kilomètres au nord. Avant de partir, je rends visite à un magasin vendant des bijoux en Pounamu, fabriqués par des artisans locaux. Nombreuses sont les belles pièces exposées, mais bien souvent au-delà de portée pour ma bourse. J’y apprendrai toutefois qu’une partie des pierres brutes proviennent d’Arahura River. Le cours d’eau étant sur mon chemin, un arrêt est nécessaire pour prospecter les environs. Une demi-heure plus tard, je repartirai bredouille. J’ai bien emporté un caillou-souvenir, mais je doute qu’il s’agisse de jade.

A Greymouth, premier arrêt au supermarché pour avitailler une nouvelle fois ma cambuse. Je ne sais pas comment il se trouve, mais elle se vide presque plus vite que je ne la remplis. En allant jusqu’à la buanderie, indiquée par une gentille caissière, je passe devant la piscine nautique. Jusqu’à ce qu’Annika me souffle le mot l’autre jour après la marche, je n’avais jamais pensé à simplement aller à la piscine pour se laver à l’eau chaude. En plus, avec un prix d’entrée d’environ cinq dollars, la douche n’est pas plus chère que dans un sanitaire public, avec un grand avantage en plus, le temps est illimité. Que du bonheur! Ce soir je dormirai propre comme un sous neuf, dans des draps fraîchement lavés. Après la lessive, je chercherai en vain un endroit où me connecter à internet. D’une part, j’espérais trouver cette ressource dans une ville de 10’000 habitants, d’autre part j’aurai bien aimé donner quelques nouvelles de mon état de santé. Je suis persuadé que certaines personnes doivent se faire du souci. Je finis par abandonner, et gagner Cobden Beach sur l’autre rive de Grey River pour y passer la nuit.

Longue journée, j’ai toutefois un sentiment d’insatisfaction. Il doit s’agir d’une des journées ou j’ai roulé le plus, la majorité du temps, enserré entre deux murs végétaux, sans toutefois que le nombre de grandes découvertes au long de la journée soit important. Je ressens un sentiment d’incomplétude, proche de celui que j’avais ressenti après avoir quitté Aoraki/Mt Cook National Park, comme si la rupture entre les fabuleux paysages et les villes est trop importante. Aller! une bonne nuit de sommeil et demain ça ira mieux.

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J17 – Catlins Est

28 05 2011

Bluff, samedi 28 mai 2011, 20h00

Trajet : Slope Point – Niagara – Bluff

Distance : 3171.9 km

Franchement bizarre la météo sur les Caitlins! Durant cette nuit, un grand nombre d’averses s’est abattu sur mon campervan, la pluie tambourinant sur le toit métallique. Si au-dessus de moi, la noirceur des nuages cachait le ciel, les étoiles étaient visible de part et d’autre du grain. L’éclairage translucide des gouttes de pluie par la lune au loin donne une ambiance irréelle. De nouveau, la chance est avec moi, le ciel étant clair, je roule encore quelques kilomètres vers le sud, jusqu’à Slope Point, le point le plus méridional de la Nouvelle Zélande, si Steward Island est exclue. Slope, la pente en anglais, a donné son nom à cette pointe, car les terrains descendent en pente douce jusque vers la mer, s’arrêtant en de petites falaises d’une vingtaine de mètres. Une fois parqué, une petite balade m’amène jusqu’au bout du monde, balayé par un vent déchaîné, le même qui souffle sur les quarantièmes hurlants. Un bon bol d’air, qui aura même effleuré l’antarctique avant de venir rafraîchir les côtes néo-zélandaises, me pousse à marcher à moitié courbé pour ne pas être renversé par les bourrasques.

J’y arrive enfin, 46°40’40’’ Sud, 169°00’11’’ Est, 7 kilomètres plus au sud que Bluff. La pointe est ornée de trois signaux, chacun destiné à une catégorie particulière de gens. Le plus connu est sans nul doute celui des touristes, indiquant que l’on se trouve plus proche du Pôle Sud que de l’équateur; vient ensuite la tourelle des marins, dont le but est d’avertir les navires de cette extrémité et enfin la troisième ne concerne que les géomètres et topographes: un vieux trépied rouillé surmonte un point de mensuration. Bien après son lever, le soleil darde ses rayons sur Slope Point. Il doit s’élever suffisamment haut afin d’être visible par dessus la colline. Pour ma part, je ne profiterai que d’un court moment de sa chaleur bienfaisante, de gros nuages ayant décidé d’en jouir pleinement.

North Arm Hut, Rakiura Track, Stewart Island 14h30

Bien que n’ayant pas encore déjeuné, il souffle bien trop par ici pour me restaurer. Je me préparerai eggs and bacon lorsque je serai parvenu dans un endroit plus abrité. Prochaine destination, Curio Bay, où le vent sera tout aussi puissant. Alors que la marée est presque haute, j’ai encore le temps d’admirer la forêt pétrifiée. Il y a un peu plus de 170 millions d’années, des crues soudaine ont emporté la forêt, l’enterrant sous des flots de boue et de limon. Aujourd’hui, les vagues ayant fait leur oeuvre, rongeant petit à petit leur gangue, les troncs fossilisés sont devenus apparents. Les détails sont innombrables: l’empreinte de l’écorce, les grains du bois sont visibles, les cernes saisonnières texturent la roche en de multiples vallons, … Les troncs pétrifiés, plus durs que la pierre environnante, détachent leurs longues silhouettes sur le plateau marnal. Une petite ballade le long de la côte m’amène jusqu’à Porpoise Bay. Je n’y verrai point les dauphins Hector, une espèce très spécifique à la Nouvelle-Zélande, partis dans des eaux plus chaudes pour passer l’hiver. En retournant sur mes pas, je converserai avec un charmant couple de personnes âgées, vivant à Nelso : « You’re a silly boy », un garçon, un bon, pour visiter l’île du Sud en fin d’automne.

Je remonte alors la vallée jusqu’à Niagara Falls (NZ) situé dans le village éponyme. Nommées ainsi par un voyageur local à son retour du Canada, ces chutes d’eau, ou plutôt cascades, même pas, je ne trouve point de mot pour définir ce petit rapide chutant d’à peine 1 mètre. Aussi minuscules qu’elles puissent paraître, leur influence sur l’économie locale fut importante puisqu’elles arrêtèrent complètement la remontée des scows: troncs d’arbre et blés devaient donc transiter par voie de terre depuis l’intérieur du pays avant d’être transbordés sur un bateau ici à Niagara pour rejoindre Dunedin.

Direction Catlins Forest, je me permets une petite halte à Waikawa pour d’une part éliminer déchets et bouteilles que je transbahute depuis quelques jours, et surtout  pour me restaurer. Il est presque l’heure de l’apéro, eggs and bacon seront les bienvenus. Deux autres arrêts touristiques seront nécessaires, l’un pour admirer l’ancienne auge en ciment, dans laquelle s’abreuvèrent les cheveux de la diligence suite à la rude montée de Cemetary Hill, l’autre pour regarder les vestiges de la vieille route empruntée par cette ligne. Je serai toutefois incapable de découvrir la moindre trace sur 500 mètres d’une route terminant en cul-de-sac.

De retour sur une route de gravier – sans en emprunter aucune, il est impossible d’appréhender les Catlins dans leur intégrité -, j’arrive enfin à Waikawa Forest, l’une des rares forêts dont une partie de la végétation n’a pas été influencée par le fort développement de la région à la fin du XIXe siècle. Sur le prospectus, la note suivant la description de la ballade m’avait interpellée, indiquant qu’un bon niveau de forme et qu’une certaine expérience est requise. Le traditionnel panneau du DOC, au début du tracé, met en garde, quant à lui, contre un chemin mal plat et glissant, ainsi que des cours d’eau à traverser à gué. Je m’en réjouis d’avance, et d’ailleurs je n’en ressortirai pas déçu.

Le tracé s’enfonce dans les hautes herbes avant de disparaître dans l’univers sombre de la végétation touffue : feuillus aux troncs recouverts de mousse, fougères-arbres, lichens, racines luisantes, tout transpire d’humidité; à peine un rayon de soleil frappe une surface, que de la vapeur d’eau s’élève de cette dernière. Les verts sont éclatants, les bruns lumineux, … mais tout baigne dans l’ombre de la canopée. Et le chemin, proche de ceux de chez nous, déroule son ruban sinueux entre les arbres. A la place de pierres pour traverser les endroits boueux, des tronçons de pieds de fougère, quelques planches de bois, maintenues par des piquets, pour former de rudimentaires escaliers dans les endroits pentus et éviter des glissements de terrain, … Les cours d’eau à traverser ne seront toutefois que de petits ruisseaux, aisément franchissables d’un long pas, et les endroits glissants, à moins de ne pas savoir poser ses pieds correctement, ne sont pas de véritables dérupes. Sans offense, je n’y amènerai quand même pas mes grands-parents, le chemin reste quand même mal plat.

Et les chutes d’eau? Sans rentrer dans les spectaculaires telles Breidal Vell ou  celle de Kerikeri, elles sont bien jolies. Au pluriel, car il y en a deux. La petite, située plus bas, déverse l’eau en un large ruban, sur une hauteur raisonnable, alors que sa grande soeur, en amont, projette son puissant jet dans un magnifique amphithéâtre sauvage. Il n’est toutefois possible de l’admirer pleinement qu’en traversant la rivière, le pont ayant été emporté par quelques précédentes crues, un peu d’acrobatie  sur de gros rochers, conglomérats de sable et de cailloux recouverts de lichen, permet d’éviter de mettre les pieds dans l’eau. Mais le coup d’oeil vaut le coup: la longue cascade est cernée à gauche par une falaise de molasse, verdie par des mousses, ornée d’une couronne de fougères descendant en grappe, alors qu’à droite la forêt touffue, prenant appui sur de gros blocs, laisse apparaître quelques gigantesques arbres morts, penchés au-dessus du cours d’eau. Magnifiques ballades, sans compter que j’ai oublier de décrire la sérénade des Tuis et de leurs incroyables battements d’ailes. Je vous en avait déjà parlé, mais j’ai découvert aujourd’hui le volatile à l’origine de ce bruit : le pigeon des bois, un oiseau bien plus massif que son cousin des villes.

Déjà le milieu de l’après-midi, le temps s’écoule définitivement trop vite, le dernier arrêt d’importance dans les Catlins sera Waipapa Point, sur lequel est érigé un phare dont la cloche sonna le 1er janvier 884 pour la première fois, annonçant la présence de récifs au large. Il faut dire que l’endroit a connu le pire désastre maritime de la Nouvelle-Zélande lors du naufrage du SS Tararua le 29 avril 1881, avec la mort de 131 passagers sur les 151 embarqués. En début d’après-midi, alors qu’il s’écrase contre les rochers, les naufragés sont tout d’abord confiants, lorsque l’un des leurs a réussi à nager les 300 yards jusqu’au rivage pour prévenir des secours. Toutefois, ils arriveront trop tard, et à mesure que la journée avance, la panique s’accroît à bord, surtout lorsque la mer se fait de plus en plus agitée. Finalement, à 2 heures du matin, un dernier cri se fait entendre, et les corps seront rejetés sur le rivage. Leur décomposition étant trop rapide, ils seront enterrés dans un lopin de terre jouxtant la plage. Si une stèle et trois pierres tombales marquent l’endroit, cela n’empêche pas les moutons d’y venir pâturer en paix.

De ce cimetière, Tararua Acre, je gagnerai le phare en marchant le long de plage, à la bordure du ressac. Il paraîtrait que des sables mouvants hantent les pieds des dunes. J’ai pris beaucoup de plaisir à respirer cet air chargé d’embrun, le nez au vent, la veste claquant dans les rafales. Moment intemporel, perdu dans l’infini bleu de l’océan. Peu avant la pointe, je remonte sur les dunes, sous le regard bienveillant de deux gros lions de mer mâles gardant le troupeau. Le phare, dans sa blanche livrée de rigueur, est surmonté d’une petite girouette rouge vif. A ses côtés, un massif d’arbres aux troncs couchés par le vent, à la frondaison sculptée par les airs, marque l’emplacement de l’ancien bach des gardiens. Aujourd’hui, seules deux poutres de fondation résistent encore. Dos au vent, le retour jusqu’à Hibiscus est bien plus véloce.

Dernière étape de la journée : Fortrose, la porte d’entrée ou de sortie à l’est des Catlins. J’y trouve une pierre, la dernière de l’ancienne forge de Fortrose, qui fut aussi une fonderie durant l’Age d’Or de la région. Il en sortait marmites à graisse pour les baleiniers,  bougies et éléments de wagon pour les trains destinés à sortir les troncs de la forêt, ou encore divers éléments de machines à vapeur. Un peu à l’écart, le cimetière dans lequel est enterré le capitaine du SS Tararua fonctionne à la manière de celui d’une grande ville avec ses quartiers et un immense tableau récapitulant la position des tombes, le nom et le prénom de l’enterré, ainsi que sa date d’inhumation.  Sinon je profite de rajouter quelques litres d’essence dans le réservoir, avec 400 km au compteur depuis le dernier plein, il me serait théoriquement possible d’atteindre Invercargill situé une soixantaine de kilomètres, mais je préfère ne pas tomber en rade en pleine campagne.

Invercargill, une ville dépeinte comme triste et grise par les voyageurs. Il faut dire que coincée entre les Catlins et Fjordlan, elle aurait bien de la peine à rivaliser avec ces merveilles de la nature. Pourtant, durant mon bref arrêt, je ne la trouve pas dénuée de charme avec sa rue principale ornée de façades de la fin XIXe/début XXe siècle, si particulières à ces villes du Nouveau Monde. Passage par le supermarché pour acheter quelques effets qui me seront sans doute nécessaires sur Stewart Island, puis je me trouve un petit coin pour dormir. Alors que je réchauffe mon curry, un orage éclate. Je me réfugie à l’intérieur pour finir de cuisiner : opération délicate lorsque le réchaud est coincé derrière l’évier, mais cela m’évite quelques aller-retour sous une pluie battante. La seule obligation, une grande aération à la fin du repas pour éviter que toute la vapeur générée ne condense au petit matin, et ne se transforme en déluge intérieur.

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Wai-O-Tapu et Kerosine Creek

10 04 2011

L’histoire commence le vendredi 9, par le voyage jusqu’à Rotorua

Frienz, Auckland, 11 avril 2011, 19h00 (GMT+12)

Lors de mon retour au Funky Green vers 22h00, je passe par la salle commune et m’attable avec l’équipe de backpackers présents. Les deux sujets en cours :

  • Est-ce qu’il s’agit réellement de vin dans la bouteille acheter à 6$ au Countdown estampillée, « vin doux et sucré » d’Afrique du Sud et titrant seulement 7.4% ?
  • Les italiens ont inventé l’expresso, et les anglo-saxons ont procédés aux autres améliorations : capuccino, Boccaccino, … très à la mode dans cette partie du monde ?

Alors que tout ce joyeux monde gagne le grand salon, situé de l’autre côté de la route, je regagne la chambre. Le programme de demain est chargé : d’après l’office du tourisme, je ne pourrai faire qu’une seule activité, et des backpackers me souhaitent bonne chance car j’ai un bout de route à parcourir en autostop, et surtout une deadline : mon bus repart de Rotorua à 16h55.

Même heure de lever que hier, je gagne Fenton Street où j’assiste à la reconstitution d’un accident par la police. Afin de connaître la vitesse réelle de l’arrivée de la voiture impliquée, le véhicule de police ne cesse de prendre de plus en plus d’élan afin de retrouver la même distance de freinage. Je descends le long de Fenton Street, mon pouce tendu vers le haut. Mon but: être à Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, à 8h30, soit à l’ouverture du site. Au bout de 3 kilomètres, je m’arrête juste avant le début de la voie rapide. Vers 8h00, un kiwi monté dans une grosse jeep cherokee s’arrête et m’embarque. Venant de Tauranga et allant à Taupo, il est très content de pouvoir tailler le bout de gras. A l’instar de tous les autres néo-zélandais qui m’ont fait un brin de conduite, il fera le détour pour me poser juste devant l’entrée de Wai-O-Tapu. 8h27, je dois encore patienter 3 minutes avant l’ouverture. Rapide et efficace ce matin. Alors que j’achète mon ticket, la caissière, reconnaissant mon sac de couleur funky green, se confond en excuse de ne pas avoir pu me prendre en stop ce matin à Rotorua, car elle amenait quatre autres employés du centre. Définitivement accueillant.

Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, est l’un des sites géothermiques les plus fameux au monde. Sur une petite surface il présente un nombre impressionnant de mares de tailles et de couleurs les plus diverses. Je ne vais pas vous décrire intégralement ce que j’ai vu, vous êtes assez grands pour le découvrir vous-même sur les photos et imaginer le reste.  J’aurai deux seuls regrets pour cette visite, tous deux liés à la météo. Les nuages, cachant le soleil, seront mon premier : les couleurs ne sont pas aussi intenses que s’il avait fait grand beau, et l’absence de vent ne dissipe pas les vapeurs. Le deuxième est le manque de pluie de ces derniers jours : l’évaporation ayant diminué la taille de nombreuses mares. Une bonne heure et demie sur un chemin serpentant entre cratères, mares de boues et sources chaudes me mène d’un bout à l’autre du parc.

Lac Ngakoro

La promenade commence par la Demeure du Diable, cratère formé suite à l’effondrement du sous-sol rongé par l’acidité, et le pot d’encre démoniaque, tous deux remplis par un boueux liquide d’un sombre gris bouillonnant. Ce n’est qu’arrivé à proximité de la Palette de l’Artiste, que les sels métalliques parent de diverses teintes dépôts et fluides. Des jaunes issus des composés soufrés, aux eaux aigues-marines teintées par les éléments chloreux et alcalins, en passant par le pourpre de l’oxyde de manganèse, l’ocre de celui du fer, l’orange de l’arsenic et de l’antimoine, toutes les couleurs de l’arc en ciel sont représentées.

La Palette de l'Artiste

Cet endroit est clairement magique, j’avais déjà lu quelques livres sur les formations géothermiques, les dépôts colorés, mais les observer dans leur lieu naturel, avec les odeurs et l’humidité dégagée leur donne une toute autre dimension. La finesse des détails, la diversité des formes, le bruit de l’éclatement des bulles, le gargouillement des sources chaudes, ne cessent de m’étonner. Mes éléments préférés dans le parc sont sans nul doute les manifestations du démon comme son pot d’encre (Devil’s Ink Pot), où graphite et pétrole brute se mélangent à la surface, ou son bain (Devil’s Bath), couleur turquoise, mélange de souffres, de composé ferreux et des eaux excédentaire de Champagne Pool, ainsi que le tranquille lac Ngakoro – grand-père en maori -, teinté en vert sarcelle. La grande attraction est la Palette de l’Artiste dont les vives couleurs habituelles sont ternies par le manque d’eau. Elle dispute sa place avec Champagne Pool, aujourd’hui recouverte par ses vapeurs, qu’aucun léger courant ne vient dissiper. Tirant son nom de la finesse des bulles de dioxyde de carbone qui remonte à sa surface, il s’agit non seulement de la plus grande source de la région, avec un diamètre de 65 et une profondeur de 62 mètres, mais aussi de celle contenant les métaux les plus diverses : or, argent, cuivre, mercure, arsenic, thallium ou encore antimoine.

Devil's Ink Pot : le pot d'encre démoniaque

9h52, il est malheureusement temps de quitter le parc, pour rejoindre Lady Knox, un geyser qui entre en éruption tous les jours à 10h15 précise. Ce dernier fait partie des attractions de Wai-O-Tapu, toutefois il est situé à un 5 petites minutes en voiture de l’entrée. Avisant deux touristes sur le point de partir, je leur demande s’ils peuvent m’emmener avec eux. Ce couple madrilène répondra par la positive. Le geyser trône fièrement au milieu d’un amphithéâtre où sont disposés des gradins pouvant accueillir jusqu’à 200-300 touristes, à vue de nez. Avant de voir l’éruption de Lady Knox, la question de savoir pourquoi le geyser entrait en activité par cycle de 24heures à 10h15 me trottait dans la tête. Et bien, la veille dame supporte très mal les tâches ménagères : l’introduction d’un kilogramme de surfactant biodégradable – un produit chimique similaire au savon – dans sa tuyère provoque chez elle des quintes de toux d’une extraordinaire violence.

Pour la petite histoire, à la fin du 18ème siècle, un camp de prisonniers était établi près de la réserve thermale. Les prévenus avaient pour tâche quotidienne de défricher le bush dans les environs afin d’y planter pins et eucalyptus pour l’industrie forestière. Un jour, les défricheurs sont tombés sur une source d’eau chaude ; l’offre de Dame Nature leur permit d’améliorer les rudes conditions de lavage, habituellement pratiqué à l’eau froide. Il ne fallut pas longtemps avant que le premier groupe n’y soit amené pour faire la lessive. Alors que les détenus décrassaient avec force brosse et savon leurs habits, le bain entra en éruption, projetant eau froide et vêtements, qui retombèrent dans les environs. Suite à cette mésaventure les prisonniers construisirent un monticule à l’aide de rocher autour du geyser, qui aujourd’hui recouvert de silicates et autres dépôts minéraux forment la tuyère du geyser. Quelques décennies plus tard, alors que le tourisme arrivait dans cette zone géothermique quelqu’un eut l’idée de lessiver quotidiennement Lady Knox afin de provoquer une pluie d’eau froide, de flashs et surtout d’exclamations.

Lady Knox Geyser dans toute sa splendeur

Le couple espagnol m’invite à monter dans leur voiture. Nous faisons un petit détour par Mud Pool, une grande mare de boue qui ne cesse de bouillir. Les bulles venant crever la surface projettent le fluide visqueux en d’esthétiques surfaces libres, avant de retomber dans le bain. Comme les amoureux rentrent sur Rotorua pour savourer un hangi, ils me déposent à l’intersection entre la SH5, Thermal Explorer Highway et Old Waiotapu Road. Je marche sur cette petite route gravillonnée pendant une petite demi-heure, le temps d’admirer sur ma gauche la sauvage nature du lac Rotowhero, remplacé petit à petit par une forêt dense, et sur ma droite des arbres plantés aux cordeaux dont le destin scellé les conduira à être transformé en papier dans une usine japonaise. Arrivé au niveau d’un petit parking, où stationnent quelques voitures, j’emprunte le petit sentier me menant à Kerosine Creek. Ce petit ruisseau, coulant à plus de 40° degré, se déverse, après une petite chute d’eau, dans une goulotte. Il forme ainsi un petit spa en pleine nature, et d’accès totalement gratuit – qualificatif rare en Nouvelle-Zélande. L’endroit est enchanteur, ombragé par quelques pins, quelques fumerolles noyées par le soleil pénétrant le feuillage. Quelques pierres empilées me permettent de glisser dans le fluide plus que tempéré et rejoindre quelques locaux. Bien que les remous provoqués par la chute soient agréables, la température y est trop élevée à mon goût, et je m’éloigne quelque peu dans des eaux plus tranquilles. Douce chaleur envahissant mes membres, et relaxant mon corps. Encore mieux que hier après-midi à Rotorua. Comme tous les autres baigneurs retournent à Rotorua, je n’ai que l’embarras du choix pour le lieu où je veux être déposé. Toutefois, l’un des conducteurs ayant appris que je veux aller jusqu’au Blue Lake se propose de m’y emmener car le lac se trouve sur sa route.

Kerosine Creek : la goulotte forme un véritable spa en pleine nature

Chemin roulant, j’apprends que ma conductrice, d’origine russe, a longtemps servi d’entraîneuse dans diverses équipes de sports en Europe, avant de venir travailler en Australie et en Nouvelle-Zélande comme coach sportif afin d’aider les personnes en surpoids à perdre quelques centaines de gramme. Durant le trajet, je me rends compte que Blue Lake ne doit pas être exactement sur sa route, car nous avons laissé plus de 10 kilomètres en arrière la dernière maison des faubourgs de la cité, et aucun lac n’est encore visible. Si je me suis déjà habitué à la gentillesse des néo-zélandais, je finirai aussi par admettre cette nouvelle échelle de distance, où une quinzaine de kilomètres ne représentent qu’une très courte distance.

Arrivé à Blue Lake, elle me dépose près de la plage sud, et me conseille, si le temps me le permet, lors de mon retour à Rotorua de m’arrêter à Redwoods, pour me balader dans cette surprenante forêt. Je m’attendais à arriver dans un petit éden, avec un nom pareil et des critiques si positives. Si le lac et ses rives sont très jolis, je suis toutefois un peu deçu, sa couleur n’est pas aussi bleue que son nom le prétend, les canots moteurs et le ski nautique autorisés troublent la quiétude du lieu de leur vrombissement assourdissant. Mais bon, je n’ai pas fait tout ce trajet pour rien, et m’élance pour un tour du lac. Le sentier s’enfonce dans la forêt, surplombant la rive de quelques mètres. Au détour des courbes, entre les arbres qui élèvent leurs longs troncs, la beauté du lac se révèle par quelques roseaux poussant dans une petite crique, une plage accessible par une petite sente tortueuse. A l’extrémité sud du lac, le chemin se mue en route forestière avant de rejoindre Tarawera Road, après une légère côte. De ce point, la vue sur Green Lake est imprenable, d’une nature plus sauvage, son rivage ne semble que difficilement accessible. J’essaierai néanmoins de m’y rendre en suivant une piste. Toutefois, à l’inverse de celle de Rangitoto, cette dernière devient vite impraticable tant la végétation est florissante. Je redescends de l’autre côté en direction de Blue Lake via un escalier qui conduit à une petite plage, où quelques vaguelettes poussées par le vent viennent mourir sur le sable. Je ne résisterai pas à l’attrait de l’eau, et m’y plongerai. Brrr, fit-il en secouant sa tête. Bien plus fraîche que celle à laquelle je me suis habitué ces derniers temps, mais tellement plus revigorante.

Plage au sud de Blue Lake

Le chemin du retour, côté est, fraie son chemin à travers le bush néo-zélandais : fougères, palmiers, quelques pins et autres feuillus le peuplent. Je ne rencontre pas non plus de difficultés pour trouver une voiture qui me déposera au centre d’information de Redwoods. Comme il me reste encore un peu moins de trois heures avant de prendre mon bus pour retourner à Auckland, je m’élance sur la promenade, dont le temps est estimé à une heure et demie. De son vrai nom Whakarewarewa Forest, Redwoods doit son nom aux séquoias californiens qui furent plantés ici et qui donnent le caractère majestueux à cette forêt. Cette plantation de séquoias, ainsi que de 169 autres espèces fut entreprise à partir de 1899, sur une terre défrichée du bush originel, pour observer quelles espèces exotiques se développent le mieux en terre néo-zélandaise, et lesquelles sont à mieux de servir l’industrie forestière. La boucle que je parcoure me mènera à travers les plantations d’une quinzaine d’espèces différentes, mais seule celle des séquoias empêche aux espèces originelles de repousser, toutes les autres sont à nouveau envahies par les arbres natifs. Splendides balades, les séquoias aux larges troncs resteront à jamais gravés dans ma mémoire, car pour ce qui est des photos, je suis au regret de vous dire que la batterie de réserve est restée ce matin au Funky Green.

Redwood Forest, dans Whakarewarewa F : sequoias californien plantés en 1901

Un couple d’Australien, en vacances pour la troisième fois en Nouvelle-Zélande, et qui ne jure que par ce pays, me ramène à Rotorua. Le temps d’attraper mon sac-à-dos principal à l’auberge, saluer une dernière mes collègues de hier soir, et je retourne en ville, lisant le dernier adieu du Funky Green. En attendant le bus, je sirote un dernier café, accompagné d’un délicieux sablé au chocolat à la terrasse de Lime Cafeteria, une très bonne adresse de la ville.

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