J23 – Doubtful Sound

3 06 2011

Fjordland Cinema, Te Anau, 18h00

Trajet : Te Anau – Doubtful Sound – Te Anau        

Distance : environ 3519.1 km

Modifié à The Keys, Queenstown

Déçu par ma première ébauche, je l’ai remaniée pour faire honneur à ce magnifique fjord…

Lever vers 6h15, je suis transis par le froid, l’humidité perçant la triple couche que je porte ce matin à mon réveil. Un véritable chocolat chaud est le bienvenu, regarder fondre les carrés de chocolat noir dans le lait immaculé, alors que mes mains se réchauffent au contact de la casserole. Alors que l’aube pointe, je prépare quelques sandwichs pour l’en-cas de midi. J’ai trouvé hier, au petit supermarché du coin, du pain avec une véritable croûte croustillante. Deux tranches beurrées, enduites de moutarde, garnies de corned-beef ou de fromage feront d’excellents sandwichs. Pour rassurer un certain Mathieu, la moutarde est de la véritable dijonnaise, un pot de Maille découvert dans un autre petit marché.

Un peu avant 8h00, je rejoins l’iSite, où un bus viendra me chercher pour m’amener jusqu’au port de Matapouri, où j’embarquerai à destination de Doubtful Sound. Du parking du DOC, je longe la plage de galets, typique d’un lac de barrage au niveau fluctuant. Les couleurs sont sombres, les nuages recouvrent le paysage à mi-montagne, au-dessus de Lake Te Anau, et sûrement sur tout le Fjordland. Devant l’office du tourisme, je sympathise avec Alex, un germain d’une vingtaine d’année, qui découvre la Nouvelle-Zélande depuis le mois de janvier.

Pour résumer la situation: je suis arrivé  hier dans le Fjordland, sans doute la région la plus sauvage de la Nouvelle-Zélande. Occupant la frange sud-ouest de l’île, elle est presque restée à l’état originel. Seuls les divers animaux tels que rats, fouines, opossums… font des ravages dans la faune locale, comme partout ailleurs en Nouvelle-Zélande. Topographiquement, la région n’est pas très accueillante pour les humains : essentiellement des fjords, difficiles d’accès tant par voie maritime que terrestre. Le climat est tout aussi rude : les vents d’Est, ces fameux Quarantièmes Hurlants soufflent régulièrement à plus de 50 nœuds dans les passes, apportant nombre de nuages qui viennent se bloquer contre les parois élevées des fjords ; 200 jours de pluie précipitent de 7 à 9 mètres d’eau annuellement selon les vallées. Fjordland National Park englobe la majorité de la région, et forme, avec Mount Aspiring, Aoraki/Mt Cook et Westland Tai POutini National Park, le Te Wahipounamu Southewest NZ World Heritage Area, reconnu par l’UNESCO comme un patrimoine mondiale qu’il est nécessaire de protéger.

Si quelques marches parcourent les forêts où poussent principalement les trois espèces beechs, rouge, argentée et de montagne, mêlées à quelques conifères endémiques et à de très nombreuses fougères, avec plus de 80 espèces répertoriées, elles se restreignent pour les plus connues, comme la Milford ou Kepler Track à la partie est de la région, parcourant les monts intérieurs.  Aucun fjord n’est accessible facilement, excepté Milford Sound, au nord, relié au reste du monde soit par un chemin, Milford Track, soit par la route. Il est d’ailleurs devenu le fleuron commercial, avec plus d’un million de touristes y déferlant chaque année. Ou plus au sud, le Doubtful Sound, trois fois plus long, dix fois plus grand, plus majestueux au dire du nombre – bien plus réduit – de personnes qui l’ont visité. Pour y accéder, il faut d’abord traverser Lake Manapouri, puis transiter en bus 22 kilomètres sur une route de gravier, avant d’arriver enfin à Deep Cove, le bras s’avançant le plus profondément dans les terres. Les excursions durent au minimum une journée, et les tours opérateurs n’hésitent pas à monnayer plus cher cette excursion, tout en réduisant la taille des bateaux pour en préserver l’intimité. L’hiver amenant les touristes à éviter cette région humide, froide, inhospitalière, les offres spéciales se multiplient, les prix baissent. Rod et Mark, m’ayant affirmé qu’il fallait visiter les deux, j’ai fini par planifier une double excursion, aujourd’hui au Doubtful, et demain au Milford Sound.

Arrivé à Matapouri, j’embarque avec une quinzaine d’autres passager à bord d’un petit bateau à moteur à destination de West Arm, de l’autre côté du lac. Le temps d’une traversée, une petite heure, le skipper et son copilote nous racontent l’histoire de la région, du lac, de la croisade populaire pour préserver la région – la même que je vous ai contée hier –. Ils me montrent le célèbre Mont Venteux, géographiquement connu sous le nom de The Monument, qui a servi de décor dans Lord of The Ring lorsque le chef de fils des Nazguls poignarde Frodon. West Arm, 200 mètres au-dessus du niveau de la mer, entouré par des parois abruptes s’élevant à plus de 1400 mètres, et pourtant dans les brumes surgissent pylônes et lignes à haute tension, s’élançant au-dessus du promontoire. Le bateau glisse devant une gigantesque prise d’eau, encastrée dans la roche, des grilles protégeant les bouches géantes engouffrant des litres et des litres d’eau à chaque minute.

Fjordland ne contient pas seulement la nature la plus sauvage de Nouvelle-Zélande, mais aussi l’ouvrage humain le plus imposant construit en Nouvelle-Zélande, une centrale hydroélectrique construite à 200 mètres sous terre. En 1904, l’idée d’utiliser le potentiel de la chute d’eau de 178 mètres entre le Lake Manapouri et Doubtful Sound est émise pour la première. Toutefois, l’ouvrage semble au-delà du réalisable, en partie pour les technologies de l’époque, mais surtout par rapport au climat et à l’accès difficile. Dans les années 1950, une société australienne, décidée à construire une usine d’aluminium, approche le gouvernement néo-zélandais afin d’utiliser le potentiel existant. Devant les soucis financiers de mener à bien les deux projets – la construction de l’usine à Tiwai et de la centrale à Matapouri -, l’état prend en charge celle de la centrale et décide unilatéralement une élévation du niveau de l’eau de 30 mètres pour le lac, qui avait été classé Parc National en 1952. L’histoire est ce qu’elle est devenue : une forte contestation populaire conduisant d’une part à la sauvegarde de la faune et flore locale si particulière, et d’autre part à la naissance de la conscience environnementale du pays, qui conduira plus tard au bannissement du nucléaire.

L’ouvrage débute en 1964 : travail de titan. Afin d’y amener hommes, outils puis plus tard éléments mécaniques et électriques pour la centrale, la solution, jugée à l’époque comme la plus avantageuse et la plus raisonnable, consiste a construire une route de Deep Cove à West Arm, en passant par Wilmost Pass, un col situé à 671 mètres au-dessus de la mer, plutôt que d’amener le matériel par voie maritime sur le Lake Matapouri. Au final, cette route tracée à travers les roches les plus durs du pays : granit, gneiss, quartzite, … sera la plus chère de Nouvelle-Zélande, avec un prix de revient de 80$ au mètre carré, pour une route de gravier. Un véritable gouffre financier en sachant qu’elle mesure 22 kilomètres de long, et 4 mètres minimum de large sur tout son tracé.

Malgré les conditions difficiles, la construction avance : forage et dynamitage sont les deux uniques méthodes connues à l’époque pour percer les sept mètres de tube d’amenée d’eau, haut de 200 mètres, creuser une galerie longue de 2 kilomètres pour descendre le matériel au cœur de la montagne, y excaver une salle longue de 110 mètres, large de 18, haute de 39 dans laquelle prennent place les 7 turbines, ainsi qu’une galerie de fuite longue de 10 kilomètres. 8 ans plus tard, l’ouvrage est achevé. La centrale hydroélectrique produit toutefois 575 MW sur les 700MW prévus, car les frictions hydrodynamiques dans la galerie de fuite sont plus importantes que prévues. Il faudra attendre les années 2000, avec la construction d’une deuxième galerie à l’aide d’un tunnelier, pour que la centrale atteigne son plein rendement. Par ailleurs, le design de la nouvelle turbine Francis, testée au Laboratoire des Machines Hydrauliques à l’EPFL, permettra de porter la puissance à 950 MW.

La visite se réduit à descendre dans le tunnel, d’un diamètre de 9 mètres, nécessaire pour descendre les plus gros éléments, et à accéder à la plateforme dominant la salle des machines. Seul le tiers supérieur est visible, mais l’endroit impressionne par sa taille gigantesque, ainsi que par l’alignement des sept excitateurs, magnifiques emboîtements de cylindres bleus. Je suis aussi enjoué par les splendides veines de quartz marbrant l’anthracite pegmatite. Fin de l’aparté historico-scientifique, laissons la place à la nature.

Après avoir rejoins le bus, le chauffeur nous conduit jusqu’à Deep Cove. Sur le chemin jusqu’à Wilmost Pass, première vue sur la nature sauvage bordant le Doubful Sound. A travers les déchirures du brouillard, montagnes abruptes, arbres à la silhouette menaçante étirant leurs branches recouvertes de lichens, mousses et fougères tapissant les sous-bois, … Arrivés au col, le temps d’un arrêt, notre vue embrase Doubtful Sound. Il paraît déjà impressionnant, et pourtant seuls les 13 derniers kilomètres du bras de mer le plus engoncé dans les terres est visible, le reste est jalousement caché par les flancs de la vallée. Reparti, le bus aborde le tracé le plus ardu, avec deux kilomètres affichant 20% de pentes. Le traditionnel panneau indiquant une forte déclivité est placé au début de la descente, humoristiquement tagué par un « buses free wheel », aisément traduisible par  « bus, roue libre ».

A Deep Cove, tous les passagers sont transbordés sur un bateau à moteur, qui appareille immédiatement. L’alarme stridente qui caractérise un moteur en surchauffe chez Volvo-Penta retentit. La chance nous sourit par deux fois, la première par la présence d’un mécanicien au port, la deuxième par la découverte d’une pièce de rechange à bord. Le temps de remplacer la pompe de refroidissement et nous voilà parti à la découverte du fjord. Malgré le fait qu’il soit cartographié sous le nom de Sound, Doubtful est un fjord. Ce terme fait référence à une ancienne vallée glaciaire recouverte par la mer suite à l’élévation du niveau 0, contrairement au sound dont la vallée s’est enfoncé dans la mer sous son propre poids, comme à Akaroa.

Comme à Aoraki/Mt Cook, paysages et impressions sont difficilement traduisibles en terme de vocabulaire, sans très vite tomber à court de mots. Je préfère présenter les éléments caractéristiques du décor, et laisser à votre imagination faire le reste du travail. La topographie se résume à une immense vallée principale, sinueuse, d’où partent de nombreux  vallons, les différents bras envahis par la mer : First Arm, Deep Cove, Bradshaw Sound, … Des crêtes et des pics, les pentes descendent jusqu’à la mer; ces dernières, principalement abruptes, présentent quelques arrondis ou encore de véritables à-pics. Quelques îles parsèment le fjord, reste de collines épargnées par la glace ou moraines centrales de glacier.

La géométrie toujours changeante des vallées est recouverte à partir de la mer d’une dense végétation. La forêt est composée essentiellement des trois espèces de hêtres, rouges, argentés et de montagne, cohabitant avec des conifères endémiques. En automne, aucune couleur éclatante n’habille les fjords; les hêtres possèdent un feuillage persistant. Doubtful Sound et ses compagnons paradent de vert vêtu toute l’année. Les sous-bois sont envahis par divers arbustes, de nombreuses fougères, dont plus de huitante espèces différentes sont répertoriées, qui poussent sur un sol moussu. Peu à peu, les forêts sont remplacées par les prairies alpines, à la couleur jaune, virant sur l’ocre orangé, des red tussocks, avant que ces dernières ne cèdent le pas au seul rocher nu, parfois recouvert d’une couche de neige.

Finalement, l’élément aqueux domine le tout. Rivières impétueuses, majestueuses chutes d’eau ou encore simples filets de liquide ruisselant sur une paroi, l’eau cascade de tout part. Elle vient napper la surface de la mer salée d’une couche d’eau douce, colorée d’un brun transparent par les tanins de l’humus. D’une épaisseur de 3 mètres, elle peut atteindre 15 mètres suite à des précipitations abondantes. A mesure que l’on s’approche du large, les eaux se mélangent, la sombre couleur qu’elle arbore à Deep Cove vire vers le turquoise de la Mer de Tasmanie.

Impossible de mettre plus de mots sur cet endroit enchanteur, où je me sens si petit, si insignifiant. Massif, grandiosesque – si j’ose le terme -, Doubtful Sound, à l’eau teintée d’un bleu profond, est une palette fruste de couleurs, étalages de gris pour les rochers, de verts pour les denses forêts, saupoudrés de blanc sur les sommets. Je vous laisse juger par vous-même. Une dernière remarque: ce que vous pouvez imaginer, ou que vous pouvez admirer sur mes photographies, multipliez le par cent et vous n’arriverez pas au millième de ce que j’ai entraperçu. Je n’ai qu’une seule envie, y retourner en voilier pour profiter du silence.

De retour au port, divers passagers avec qui j’ai discuté me demandent si j’ai eu beaucoup de plaisir, car il semblerait qu’un sourire ait gelé sur mon visage. Il est vrai qu’au bout des trois heures et demie de navigation, il commençait à faire un peu frisquet, mais pas au point de figer ma bouche. C’était juste magnifique. Nous repassons le Wilmost Pass en bus, avant d’embarquer à nouveau sur un bateau pour traverser Lake Matapouri. Une des plus belles journées que j’aie vécu en Nouvelle-Zélande, je ne regrette pas mon investissement.

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Son nom lui fut donné par le Capitaine Cook, qui  observant l’entrée, douta que les airs soient suffisant pour pousser à nouveau l’Endeavour vers le large. Il ne se risqua donc pas et l’appela Doubtful Haven, la rade-doute. Ce n’est qu’après une exploration légèrement plus approfondie par le capitaine espagnol Malaspina – la seule que ce capitaine ait effectuée en Nouvelle-Zélande – que le nom topologique fût changé en Sound; le qualificatif douteux resta. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle que des Européens se risquèrent à nouveau à pénétrer à l’intérieur du Fjord.





J21 – Southland

1 06 2011

Monowai Lake, Fjordland, 1 juin 2011, 19h45

Trajet : Invercargill – Tuatapere – Monowai Lake

Distance : environ 3415.8 km

Malgré un coucher tardif, j’émerge vers 6h00. Ce matin, je prends le temps de rédiger quelques billets pour mon blog, avant de retourner dernière mon volant, aux alentours de 9h00. Avant de quitter Invercargill pour Fjordland, je m’arrête tout d’abord dans un magasin de chasse, où je trouve enfin un Selke à ma taille, le traditionnel chapeau en toile cirée, imperméable et (presque) indéformable même en le rangeant roulé ou plié. Un détour par le supermarché est nécessaire pour ravitailler la cambuse pour la semaine à venir, ainsi qu’un passage à l’office du tourisme pour récupérer le guide de la « Southern Scenic Route » que je vais continuer de suivre jusqu’à Queenstown, en passant par Te Anau. En chemin, je passe à côté de l’ancien château d’eau, un magnifique bâtiment de brique rouge, haut d’un peu plus de 40 mètres et coiffé d’un réservoir en tôle métallique, dont les rivets brillent au soleil.

D’Invercargill, je rejoins rapidement Riverton. Malgré son titre de plus ancienne ville de l’île du Sud et son importante histoire maorie, elle ne me fascinera pas. Rien d’exceptionnel n’émane d’elle. Je profiterai de sa baie, Taramea pour nager quelques longueurs. La présence proche de l’océan antarctique se ressent à travers la température de l’eau. En poursuivant ma route jusqu’à l’extrémité de la baie, j’arrive à The Rocks, une sorte de petit parc naturel, à moitié pâturé, à moitié laissé à l’état sauvage. Par temps claire, il est possible de voir Stewart Island, mais ma visibilité se restreint toutefois à Pig Island, située seulement à quelques milles au large. De même, les rochers aux formes surprenantes et à la surface similaire à celle que j’imagine pour la peau écailleuse d’un dragon me semblent bien plus intéressants.

Poursuivant ma route à travers les plaines d’Invercargill, j’arrive à Colac Bay. Au lieu d’y observer des surfeurs sur ce spot réputé, mais aujourd’hui très calme, je me contenterai de photographier celui sculpté, qui vous salue à l’entrée du village. Le détour par Cosy Nook, un village de pêcheur, autant que de villégiature, ne sera guère intéressant. Je n’arrive pas à comprendre ce qui en fait sa particularité, reconnu au point de figurer comme endroit à visiter. Je passerai sans m’arrêter à côté de Monkey Island, dont l’accès n’est possible qu’à marée basse, par un chemin submersible.

Je m’arrêterai quelques kilomètres plus loin à Gemstone Beach, une des plages où il est possible de trouver des pierres semi-précieuses : néphrites, quartz, ou encore la très célèbre greenstone, le jade néo-zélandais. Les maoris y venaient d’ailleurs exploiter les diverses pierres tant pour l’ostentatoire que pour en faire des outils ou des armes. Malheureusement, la marée haute recouvre la plage et ne me laisse accéder qu’à la bande supérieure composée de sable. Je ne pourrai ramener aucun trésor. Marchant le long des falaises de molasse, j’apprécie toutefois l’agencement des diverses strates colorées en beige, ocre ou encore anthracite par les sédiments.

Définitivement, aujourd’hui ne semble pas à marquer d’une pierre blanche. A Tuatapere, je comptais visiter le musée local, racontant l’histoire économique de la région, liée à l’économie forestière, comme partout ailleurs dans ce pays, mais aussi à l’exploitation aurifère. Je profiterai néanmoins de mon passage dans cette ville, connue par les kiwis comme étant la capitale de la saucisse, pour acheter quelques produits locaux au boucher. Une fois grillées, elles feront de sympathiques petits apéros, accompagnées d’une tomate ou d’un avocat, ainsi que d’une petite bière. A la sortie du village, je récupère Dani, un autostoppeur en route pour Te Anau. Cet israélien de 22 ans, à la fin de son service militaire de 3 ans, a décidé d’aller en Nouvelle-Zélande (3 mois) et Australie (2 mois) avant de commencer ses études.

Je dois dire que cette région de plaine autour d’Invercargill me fait le même effet que celle autour de Christchurch. Pastorales et maraîchères, les immenses parcelles forment un paysage plat, monotone, sans aucun relief, ni bosquet ou haie formée de grands arbres. Même la côte n’a pas le piquant des Catlins; cette dernière était bien plus dynamique, évolutive, parsemée de criques, de vaux et de monts. Il y avait bien une ballade à traverse le bush natif. Mais les espèces étant les mêmes que celle de Stewart Island, je n’y suis pas allé, car je n’aurai pu y retrouver la même grandeur et aurai sûrement été déçu.

Depuis que j’ai quitté la côte à MacCrackens Lookout, d’où la vue magnifique sur Te Waewae baie permet d’embrasser la silhouette des montagnes suds de Fjordland plongeant dans la mer, le paysage prend des formes, des collines apparaissent, des cailloux poussent, de la forêt remplace une partie des prairies, … J’arrive enfin à Clifden, et si le village est pour ainsi dire inexistant, la région possède 2 attractions touristiques.

La première, artificielle, est le pont à suspension de Clifden, l’un des plus longs de Nouvelle-Zélande avec sa travée de 111.5 mètres. Il est remarquable qu’en 1896 la technologie permettait déjà d’ériger une si fantastique construction. Les quatre tours en ciment, hautes de 7.5 mètres, supportent deux à deux les câbles auxquels est suspendue la structure en bois servant de tablier et de route. Aujourd’hui, elle a toutefois trop souffert, et il est dorénavant impossible de l’emprunter tant en véhicule qu’à pied. L’ouvrage vaut néanmoins le coup d’œil.

La deuxième est complètement naturelle et vieille d’un peu plus de quelques millions d’année. Il s’agit de Clifden Limestone Cave, une grotte longue d’environ 300 mètres qui déroule son réseau à travers la molasse. Son accès est réputé dangereux en cas de pluie avec des risques d’inondation éclaire. La météo actuelle est toutefois de notre côté. Dani et moi, une fois équipés de frontales, descendons par l’entrée principale. Grotte pour spéléologue en herbe, le DOC affiche néanmoins quelques conseils : s’habiller chaudement, préparer des piles de réserve, être au minimum deux, sortir immédiatement en cas d’arrivée d’eau, … A l’intérieur, des bandes réfléchissantes marquent le chemin. La progression est tout d’abord très facile, dans une galerie suffisamment large pour se tenir debout et circuler à deux de front. Dès l’entrée secondaire, il devient parfois nécessaire de se faufiler, marcher agenouillé, … pour descendre dans les profondeurs de la terre. Les concrétions de calcaire forment alors diverses merveilles, même si, bien entendu, stalactites et stalagmites ont été pillées. Par ailleurs, certains voyous ont préféré écrire au marqueur ou au spray leur nom, plutôt que de préserver la blancheur du calcaire. Mais la magie demeure.

Arrivé à mi-parcours, nous atteignons « The Hill », la piscine qu’il faut contourner en progressant sur son bord arrondi, et rendu glissant par l’humidité. N’ayant pas pris de sac à d’os pour faciliter la marche souterraine, l’exercice devient un peu plus délicat lorsque j’essaie d’une main de maintenir mon appareil photo afin d’éviter tout mouvement de balancier, un peu déséquilibrant. La progression devient plus lente, avec un passage dans une étroite fissure, de longues enjambées pour passer au-dessus de grandes gouilles. Trois échelles permettent de franchir facilement des niveaux séparés de 5 à 7 mètres, puis d’atteindre la sortie. Sympathique promenade d’une bonne heure, nous ressortons tous les deux avec des habits tâchés de molasse beige mais avec de beaux souvenirs.

Je dépose mon passager sur la SH99, alors que je quitte la route menant à Te Anau pour Monowai Lake, au bord duquel un camping du DOC permet de passer la nuit tranquillement. Je traverse Waiau River sur un pont similaire à celui de Clifden. La chaussée est composée d’une fine couche de goudron qui recouvre les traverses en bois originelles; l’impression de rouler sur une antiquité au tablier de bois, suspendu par des filins d’acier rouillés est plutôt bizarre.

A mesure que je m’approche de Fjordland, les monticules prennent du relief, les forêts réapparaissent, les pâturages laissent de plus en plus de place à la nature. Au sommet d’une côte, lorsque je vois la silhouette, parfois enneigée, de montagnes à l’horizon, je sais que je touche à mon but. Demain j’y serai. Peu avant d’arriver au camping, je pénètre dans Fjordland National Park, un des sous-ensembles de Te Wahipounama National Park, considéré par la communauté internationale comme un trésor à protéger, et classé en tant que tel.

J’installe Hibiscus dans une petite clairière. Pas un seul bruit, si ce n’est celui de mes carottes qui cuisent. Une fois la nuit tombée, seuls les hululements de plusieurs chouettes Morepork se répondant troublent les bruits feutrés de l’activité de la faune nocturne qui reprend son cours.

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J16 – Catlins Ouest

27 05 2011

Près de Slope Point, vendredi 27 mai 2011, 19h30

Trajet : Nugget Point – Slope Point

D=3011.8km 

Ce matin, le ciel est grand bleu; seuls quelques nuages sont éparpillés loin à l’horizon. Le lever de soleil est magnifique sur Nugget Point, quand les côtes des Catlins se parent de couleurs mordorées. Aujourd’hui je poursuis ma descente vers le sud, sûrement ma dernière partie, car une fois passé Slope Point, le point le plus au sud, il faudra bien remonter vers le nord.

Lever de soleil sur la côte des Catlins

Les Catlins, j’en avais longuement entendu parler par de nombreux voyageurs, vantant ses qualités, sa magnificence. A la fin de cette belle journée, je n’arrive pas à me décider si je suis déçu ou pas ; mais, dans tous les cas, cela ne dépasse pas mes espérances. Entre la petite introduction de Nugget Point et la phrase d’un célèbre écossais dont les paysages locaux lui rappelaient son pays natal, je m’attendais à une nature un peu plus sauvage. Oui, les dunes sont vierges, les falaises intactes, et quelques grands massifs forestiers sont intacts, mais partout ailleurs les pâturages font la loi, moutons et vaches se repaissent en paix de cette herbe rendue si verte par l’humide climat. Je ne suis pas contre les prairies. Traverser de grandes régions plantées de forêt où la route serpente entre deux murs végétaux, telle celle de Waipoua Forest, est intéressant les dix premières minutes, après le paysage devient monotone : reliefs invisibles, absence de profondeur, perte de luminosité, …. Mais, trêve de réflexion, si je n’ai pas beaucoup avancé en ligne directe, ma journée s’est déroulée agréablement, entrecoupée de nombreuses pauses et balades, dont voici les grands moments.

Première halte à Cannibal Bay, nommée ainsi en raison des ossements humains découverts lors de fouilles archéologiques. Une petite balade le long de plage me conduira jusqu’à Surat Bay. En chemin, je rencontrerai quelques lions de mer néo-zélandais, espèce endémique au pays. Pesant près de 300 kilogrammes, soit le double des phoques à fourrure, avec une mine patibulaire, il ne me viendrait pas à l’idée de m’approcher. D’ailleurs, lors de la traversée des dunes entre les deux baies, lieu de couchage de ces mammifères, j’observerai mon chemin, bien décidé à faire demi-tour si l’un d’eux se trouvait sur le tracé.

NZ Sealion, lion de mer endémique à la Nouvelle-Zélande (Cannibal Bay)

De retour sur la Southern Scenic Route, je m’arrête une fois passé Tunnel Hill, afin d’admirer un haut fait d’ingénierie du XIXe siècle. Alors que l’économie de la région battait son plein, notamment avec l’exploitation forestière, la construction d’une ligne ferroviaire fut décidée afin de permettre un transport facilité et rapide des troncs. Comportant pentes et ponts parmi les plus osés construits sur South Island, un tunnel dut même être percé : pics, pioches et pelles furent employés pour accomplir à bien la tâche. Commencé en 1891, le tunnel complètement recouvert de briques produites sur place fut ouvert deux ans plus tard. Devant le déclin de l’économie forestière, ainsi que par la concurrence du transport routier, le dernier train circula en 1971 avant que la ligne ne soit démantelée. Dans le fond, la Nouvelle-Zélande compta un grand nombre de lignes ferroviaires, principalement destinées à la marchandise, avant d’être pour la plupart abandonnées dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Le bout du tunnel (Tunnel Hill)

Owaka, principale ville locale, fière de ses 395 habitants, abrite un excellent petit musée sur la région. Il me permettra d’apprendre entre autre que le nom de Catlins est dérivé de celui du capitaine Catlin, chasseur de baleines qui acheta un très grand terrain aux maoris peu après la signature du traité de Waitangi. Seule la partie arborant aujourd’hui son nom fut toutefois reconnue comme étant sa propriété. Humide, propice tant à l’exploitation forestière et agricole qu’aux stations de baleines, l’économie locale décolla rapidement. L’histoire régionale est retracée depuis les maoris, chasseurs de Moa, dont de nombreux ossements furent retrouvés jusqu’à l’époque actuelle en passant par l’âge d’or. Comme dans de nombreux musées néo-zélandais, relativement à l’âge du pays, les artefacts historiques utilisés sont ceux qu’auraient pu utiliser mes arrières grands-parents. D’ailleurs je suis persuadé que j’ai déjà vu à de nombreuses reprises ces machines à coudre Singer et ces appareils photographiques d’un autre temps dans des brocantes sur le vieux continent, ou encore tous ces outils simplement suspendus à l’extérieur des raccards et autres chalets valaisans.

Outils divers (Owaka, Catlins Museum)

Quittant les terres, je rejoins la côte et longe l’estuaire d’Owaka Lake jusqu’à Jak’s Bay. Une petite marche d’approche m’amène aux abords de Jack’s Blowhole, un véritable chaudron des enfers, si l’eau était remplacé par la lave. Situé à près de 200 mètres de la mer, les vagues déferlent dans un étroit canal jusque dans ce trou profond de 55, long de 144 et large de 68 mètres. L’écho assourdissant des vagues qui s’écrasent contre les parois domine les bêlements des moutons situés dans les champs voisins. Le lieu fut nommé en l’honneur du Chef Maoris Tuhawaiki, surnommé bloody Jack. Le spectacle est plutôt impressionnant, notamment quand plusieurs lames se déversent successivement sans que l’eau n’ait le temps de refluer vers la mer.

Jack’s Blowhole (près de Catlins Head)

Abandonnant la violence océane, je ne quitte pas pour autant l’élément aqueux. Lors de deux petites balades dans des forêts régénérées composées d’essences locales comme les Totoras, Matais ou Muris ou autres Kahikateas, je découvre deux chutes d’eaux. La première, Purakaunui Falls se distingue par sa chute, divisée en trois paliers successifs. Ces sections de tailles identiques lui donne un petit air artificiel. Sans la présence du rocher sur le premier plateau ou des arbres poussant de façon savamment enchevêtrée, la construction aurait pu être humaine. La seconde, Matai Falls ne vaut pas vraiment le détour: il s’agit plus d’une petite cascade que de véritables chutes.

Purakauni Falls (Catlins)

La dernière visite de la journée ne sera pas des moindre avec Cathedral Caves, de spectaculaires grottes naturelles creusées dans les parois par les vagues. Pour les visiter, deux conditions. La première est liée à la marée: elles ne sont accessibles que durant une heure de la basse mer; la deuxième est que l’océan permette de marcher sur la plage pour y accéder. Aujourd’hui la deuxième condition était juste à la limite de l’acceptable, les déferlantes remontants hauts dans la plage. Les visiteurs sont obligés de se déchausser pour visiter les grottes et aussi de se mouiller jusqu’à mi-cuisse pour admirer les entrées dans leur ensemble. Mais l’effort vaut la peine, le spectacle est plus que magnifique. Pour ma part, je rentrerai dans la première caverne, dont l’entrée est digne d’un géant, puis me glisserai par un large couloir relié à l’autre grotte pour ressortir par la deuxième porte, tout aussi gigantesque que la première. Par pur plaisir d’ailleurs, je repasserai dans l’autre sens, avant de me glisser à moitié dans l’eau pour observer l’ensemble. Un peu refroidi, les pieds glacés, je remonte jusqu’au Campervan alors que le soleil couché a rendu bien sombre le petit chemin se faufilant dans la forêt.

Le large, vu depuis l'une des grottes (Cathedral Caves)

Le plus dur de la journée sera de trouver une petite place pour dormir. Sachant que le camping sauvage est particulière surveillé dans les Catlins et que l’amende salée s’élève jusqu’à 20$, mieux vaut trouver le bon endroit. Aucun parking du DOC avec des toilettes plus ou moins proches, il existe bien le MacLean Camping, mais il faut débourser 25$ pour une place: un peu cher. Le prochain étant situé à Curio Bay, distant de 30 kilomètres, je déciderai d’en parcourir 10 de plus pour rejoindre un gratuit situé à Weits Beach, que m’avait indiqué Jonathan, et proche de Slope Point. Arrivé tardivement, je me prépare un bon petit curry de poulet, accompagné de graines de couscous et d’un bon morceau de fromage et d’excellents sablés au chocolat, dans la plus pure tradition des walkers écossais.

Il semblerait que le dicton affirmant que pas une journée ne se passe sur les Catlins sans qu’une goutte de pluie ne mouille les routes soit plus que valable, à entendre le grain qui vient de s’abattre sur Hibiscus. Et dire qu’il y a 30 minutes, j’admirai la voie lactée, si visible par l’absence de pollution lumineuse. J’espère que le vent emportera bien vite ces nuages pour admirer un beau lever de soleil sur Slope Point demain matin.

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J-2 : Whaiharakeke-Taumarunui

13 05 2011

Piriaka Lookout, Taumarunui, 13 mai 2011, 19h45 (GMT+12)

D=414.8 km

Les lueurs de l’aube me tirent de mon sommeil. Le temps de ranger mon lit, avaler un petit déjeuner et me voilà reparti, direction Waitomo. La route grimpe par monts et vaux. Laissant Kawhia Harbour dans mon sillage, je m’enfonce à l’intérieur des terres du Waikato, le nom de cette région. Premier arrêt à Mangapohue Arch: un chemin, composé en grande partie d’une galerie suspendue à flanc de rocher, mène à une arche perdue dans la jungle. Culminant à 17 mètres de haut, elle est le vestige d’une ancienne grotte écroulée, et arbore en ses flancs une petite arche et de magnifiques stalactites. Après avoir passé la petite arche, le sentier se poursuit dans une prairie boueuse et mène jusqu’à un rocher recouvert d’huîtres fossilisées de taille plus que conséquente. Je retournerai jusqu’au campervan sous un début d’averse qui se transformera en pluie battante.

Waitomo, dont le nom, forgé à partir des termes maoris Wai, l’eau, et trou, tomo, convient particulièrement bien à cette région karstique, possédant plus de 400 grottes, dont une descendant à plus de 1000 mètres. Ma découverte commence par Ruakuri Cavern: un sentier aménagé par le DOC grimpe à flanc de coteau, enjambe une arche naturelle, redescend dans une dépression; il possède une vue exceptionnelle sur la rivière Waitomo qui serpente en contrebas, tantôt calme, tantôt tumultueuse, au détour d’un lacet, ou encore traverse des tunnels creusés par la rivière. Mais le point d’orgue est sans doute la plateforme, construite dans Ruakuri Cave, qui offre une vue d’enfer sur la rivière s’engouffrant dans les profondeurs de la montagne.

Ruakuri Cavern : les flots de la rivière Waitomo à l'entrée de la grotte

Waitomo, aussi le nom du petit village, est surtout connu pour ses grottes, possédant soit des sécrétions extraordinaires, soit des colonies de glowworms. Les attractions touristiques sont diverses, entre le nombre de caves, et la façon de les explorer. Je ne choisirai pas l’option qui me permettra le plus de profiter des merveilles de la nature, en explorant à pieds secs les grottes. Mon cœur a penché vers le rafting souterrain: Waitomo Adventure affichant complet, et le prochain tour étant dans plus de 4h00, je me laisserai entraîner par la Legendary Blackwater Rafting Compangy, qui aurait popularisé, si ce n’est pas inventé le rafting spéléologique. Je choisis la découverte Labyrinth Tour, qui va m’amener, ainsi qu’un jeune couple hollandais, Ingrid et Alex, cascader et me laisser flotter sur une bouée, de type chambre à air de camion au gré des courants.

Première étape, après avoir revêtu la combinaison néoprène pour se protéger du froid, les bottes en caoutchoucs antidérapantes, ainsi qu’un casque et frontale étanche, une petite photo souvenir des joyeux aventuriers. Deuxième étape, Lucy, notre guide, amène notre petit groupe en bus jusqu’à Ruakuri Cave. Le nom de la grotte, signifiant littéralement Deux (Rua) chiens (Kuri), fait référence à une histoire maorie. Alors que le chef de la tribu Kawhia, Tane Tinorau menait ses guerriers au combat, ils passèrent devant une grotte d’où surgit une meute de chiens, qui furent tous tués. La caverne devient alors Tapu, lieu de cérémonie spirituelle. Après le choix de la taille de la bouée et les premiers essais, qui nous permettent de déguster la température de l’eau, 10°C, nous gagnons Ruakuri Cave, dont nous empruntons l’entrée secondaire, elle-aussi arrivée d’eau d’un bras de la rivière Waitomo. La principale entrée est destinée aux touristes secs.

 »]Dans la première salle: explication sommaire du parcours, des choses à faire et surtout à ne pas faire, puis nous partons. Première (pseudo-)chute d’eau, la théorie est simple, sauter en arrière, la bouée passée autour de l’arrière train, comme nous l’avions entraîné à l’air libre. Toutefois, aucuns de mes deux collègues ne semble motivé à partir en premier, tant mieux. L’impression est étrange, de sauter dans le noir, regardant le faisceau de la lampe torche balayer le plafond. Nous nous laissons flotter. Gonflé par les pluies de ces derniers jours, le courant est suffisamment fort pour nous entraîner sans que nous ayons à nous agiter. Un petit bout de chemin à pied nous mène devant l’entrée d’un boyau, où la directive est de tourner 2 fois à gauche, 1 à droite et une dernière fois à gauche, Lucy, nous récupérant à la sortie. A nouveau, je pars en premier. Plutôt surprenant que de s’aventurer dans une grotte, mais j’aime plutôt bien m’aventurer, regarder les merveilles souterraines, les divers embranchements qui pourraient nous amener à nous perdre, ou encore la vue à travers une ouverture sur une salle en contrebas. Mes 40 mètres de tunnel sont bien trop courts, j’en aurai bien avalé dix de plus. La partie pédestre est terminée, une deuxième et dernière chute d’eau à passer de la même manière, mais cette fois de taille un peu moins modeste (1.5m). A la sortie de la goulotte, une corde à laquelle il ne faut pas manque de s’accrocher pour ne pas être entraîné plus loin sans le guide. Premier de cordée, je me lance: que du bonheur! Malheureusement nous n’avons droit qu’à un seul essai.

 »]La partie spectacle peut commencer: en formation d’anguille, les uns accrochés aux autres, nous glissons sur l’eau calme, la tête en arrière, les yeux rivés sur le plafond où scintillent des centaines de glowworms. J’en avais déjà vu à Whangarei, mais ici la population est bien plus nombreuse. Nous pourrions tout aussi bien flotter dans l’espace les yeux rivés sur la voie lactée. Nous glissons en contrebas d’une passerelle où quelques visiteurs de Ruakuri nous regardent passer. Mais la fin du tour approche, la lumière diurne éclaire le bout du tunnel, après 1h00 d’aventure souterraine. Presque la fin de l’aventure, une dernière portion à l’air libre, puis nous sortons de l’eau.

Retour au village où nous profitons d’une excellente douche, même un peu trop chaude à mon goût, d’une petite soupe de tomate et d’un excellent bagel grillé et beurré. Je ne regrette absolument pas l’attraction, et je reviendrais volontiers pour d’une part visiter les trois grottes en touriste plus standard, et surtout d’autre part pour faire The Lost World, un parcours entraînant l’aventurier pendant 5h00 dans l’obscurité, à travers rappels, dont un de 100 mètres, session de grimpes et de rampes, nages et glissades, dans ces rapides noirs.

Je reprends la route direction le Tongariro National Park. Un coup de fil met toutefois fin à mes espoirs. Les nuages ne disparaîtront pas et un véritable volcan va souffler sur ces sommets avec un vent soufflant à 60 [km/h], accompagné de rafales à plus de 100[km/h] jusqu’à la fin du ouikènne. N’étant plus contraint par le temps, mes arrêts se font plus fréquents pour profiter du paysage, magnifique, bien que devenu un peu monotone à la longue. La route serpente toujours tantôt sur le fond plat,  tantôt sur les crêtes arrondies de ces monts et vaux recouverts de pâturages d’un vert mi-acidulé, mi-électrique où s’élèvent bosquets et arbres esseulés.

Mon arrêt à Te Kuiti, capitale néo-zélandaise de la tonte de mouton, pour observer l’imposante sculpture de 7.5 tonnes, représentant Le Tondeur de Mouton, j’apprends quelques hauts faits de cette industrie. Pour assurer la production de 213’000 tonnes de laine, soit 25% de la production mondiale, 48.1 millions de moutons sont répartis sur 8.3 millions d’hectare dans 7945 fermes. Depuis 1969, les tondeurs de moutons se livrent une course effrénée sur une journée de 9h00. Les technologies étant, le record de moutons tondus est passé de 500 en janvier 1969 à 804 en 1980. Depuis 1981, toutefois, ce nombre tombe à 623 en 1981, après l’introduction d’un quota de 900 grammes de laine par agneaux et 3 kilogrammes par moutons, pour prétendre au record Ewe. Ce nombre remontera à 702 en 1994. Lors d’une tentative, le sportif voit son cœur battre 133 fois par minutes, ses poumons aspirer 1.65 litre d’oxygène par minute et consommer près de 5167 kilocalories . L ‘un dans l’autre, ces chiffres sont comparables à enchaîner plusieurs marathons d’affilée.

Le Tondeur de Mouton, de Te Kuiti

Un deuxième arrêt à Taumaranui me permet de découvrir cette cité, surnommée le Cœur du King Country. Ce district est ainsi nommé, car King Tawhio, un roi maori, posa son chapeau sur une carte de la Nouvelle-Zélande et déclara que tout ce qui était recouvert par son couvre-chef était sien. Cette région resta effectivement hors des mains européennes juqu’en 1883. Aujourd’hui, une sculpture représentant un chapeau recouvrant un roc célèbre ce haut fait. Je m’arrêterai pour passer la nuit quelques kilomètres au sud. Après un petit tour de 15 kilomètres parmi les pâturages pour trouver une jolie place, je reviens  à Piriaka Lookout, dont la vue sur la rivière Ongarue en contrebas est magnifique aux dernières lueurs des crépuscules. Son seul défaut: être située à côté de la SH4, une route principale. Au souper, garam masala d’agneau avec kumaras sautés. Excellent. Pomme et chocolat en dessert.

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