J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

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J32 – Copland track : le retour et Fox Glacier

12 06 2011

Lake Matheson, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 21h40

Trajet : Welcom Flat Hut – Fox Glacier – Lake Matheson
D = 4724.5 km

Alors que les premières lueurs de l’aube pointent, je me réveille, m’habille chaudement et rejoins la clairière des sources chaudes, d’où la vue sur les sommets est la plus belle. Trop rapidement le rose matinal pâlit, remplacé par une froide couleur blanche. Je retourne à la cuisine préparer mes pancakes matinales – il semblerait que cela soit devenu une tradition pour chaque premier déjeuner en cabane –. Annika me rejoint, quelques peu frigorifiée par les températures matinales. Il faut dire qu’elles doivent être proche du zéro de degré, mesurées positivement à l’intérieur et négativement dehors. Après s’être demandée pourquoi mon sac était si gros pendant tout un après-midi, elle possède enfin la réponse à ses questions. Il faut dire qu’entre transporter un curry, deux bouteilles de bières, des biscuits shortbreads, du chocolat, de quoi préparer des pancakes, du fromage et son pain, un peu de beurre, le matériel de cuisine, incluant réchaud, une casserole et une poêle, ainsi que sel et poivre, cela prend du volume.

Après un bon petit déjeuner, nous préparons nos affaires et repartons à quelques minutes d’intervalles en direction de la plaine. Les deux autres couples présents à Welcome Flat, séjournant dans des tentes, sont très surpris que nous ne profitions pas encore une fois des sources chaudes. Il faut dire que de leur côté, ils en abusent presque entre leur arrivée après la randonnée, durant la nuit et encore ce matin. Personnellement l’option ne me tente pas. Si cela était plus qu’agréable hier de se plonger dans l’eau brûlante après une longue randonnée, cela ne me tente guère d’y retourner le matin. Et je crois bien que cela m’enlèverai toute l’énergie que j’ai récupérée pendant une bonne nuit de sommeil.

Peu avant d’arriver au premier pont, je rejoins Annika, et nous retournerons sur nos pas ensembles, palabrant de choses et d’autres ou simplement en appréciant le silence de la vallée, troublé uniquement par quelques chants et vols d’oiseaux. Je vous passerai les détails du chemin emprunté, son itinéraire est opposé à celui de hier. Sachez simplement qu’il était un peu moins humide, car aucune pluie n’est venu gonfler les ruissellements durant la nuit, et qu’une couleur céruléenne servait d’arrière plan pour le cirque montagneux du Mt Sefton. Un peu plus de 4h30 plus tard, soit 30 minutes de moins qu’à l’aller et 2h30 de gagnées sur le temps du DOC, nous sommes de retour au parking, après une dernière traversée de rivière, qui finira de tremper nos souliers. Vers 12h30, une demi-heure avant notre arrivée, nous croisons un couple se rendant à Welcome Flat pour la première fois, ne semblant pas très débrouillard en randonnée, ils arriveront sans doute durant la nuit, après 7 à 7h30 de randonnée. Même moi, je ne serai pas parti si tard dans l’après-midi en ne connaissant point le chemin ni les difficultés.

Sitôt à l’arrêt, une escadrille serrée de sandfly fonce sur nos jambes et nos bras, ne nous laissant aucune chance pour nous défendre. Je défaits mon sac, range quelque peu mes affaires, étends mes chaussettes avec le fol espoir de réussir à les faire sécher. Dans l’attente que son amie vienne la chercher avec le campervan, je partage une dernière bière avec Annika, le temps d’une dernière discussion sur mes projets, et mes prochaines destinations. Il paraîtrait que je doive absolument passer par Hokitika Gorges, pour y admirer les eaux remplies de Glacier Flour, ces fines particules amenant les eaux des glaciers à arborer transparence et une couleur azur/turquoise. De mon côté, je lui fais promettre qu’après être passée 11 mois en Nouvelle-Zélande, elle se doit absolument de regarder un film au Cinema Paradiso de Wanaka  et manger un burger chez Fergburger, vu que les demoiselles retournent sur Queenstwon.

Un dernier adieu, après cette magnifique balade et nous partons chacun de notre côté, l’un au nord, les autres au sud. Depuis que nous sommes sortis de la forêt, les nuages ont de nouveau envahi le ciel. Alors qu’une vingtaine de kilomètres plus loin j’arrive à Fox Glacier, dont le nom lui fut donné par le premier ministre Sir William Fox en 1872,  une petite bruine se met à tomber. Cela ne m’empêchera pas d’effectuer une petite balade pour aller admirer le front du glacier. Épousant la forme du terrain, la langue de glace se brise en de nombreux séracs, perpendiculaire aux fronts de la vallée, lui donnant l’air d’un vers des sables au moment où il plonge dans les Dunes. Il faut savoir que tant Fox que Franz Joseph Glacier rampent de 0.5 à 1 mètre par jour, dix fois la vitesse des glaciers helvétiques. Franz peut même être pris d’une crise de frénésie et avance alors de 5 mètres en un jour. Dans la pratique, cela fait longtemps que la fonte équilibre leur formidable avancée.

Si le cadre alpin est beau, je fus toutefois presque plus impressionné par Rob Roy Glacier, suspendu au-dessus des falaises dans la région de Wanaka. Peut-être étais-je un peu fatigué par ma marche du retour pour prendre pleinement conscience de la grandeur du Fox, ou peut-être est-ce que la météo tristounette a rendu l’endroit moins charmeur. Ce soir je dormirai prêt de Lake Matheson. Il paraît que par temps clair, lorsque Aoraki/Mount Cook se reflète sur la surface parfaitement lisse, le temps d’un lever ou d’un coucher de soleil, le cadre est photogénique. Je verrai si demain matin, le soleil brille sur les sommets, ou si je devrais simplement poursuivre ma route pour rencontrer Big Franz, sans avoir profité de la fabuleuse réflexion.

 

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J31 – Copland track : un accueil chaleureux après une randonnée humide

11 06 2011

Fox Glacier Town, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 18h30
Trajet : Knights Point – Copland Track Carpark – Welcom Flat Hut
D = 4692.4 km

J’avais souvent entendu parler d’une West Coast rendue pluvieuse par l’arrivée de nombreux nuages depuis la Mer de Tasmanie, pourtant ce matin les averses nocturnes se sont arrêtées et les nuages glissent lentement vers le Sud, remplacés par un ciel bleu. La décision de remonter le long de Copland que j’avais prise depuis quelques jours ne se trouve que confortée. Une soixantaine de kilomètres me séparent encore du départ, le temps d’effectuer une première halte au bord du Lake Moeraki, d’où je rejoins la plage Monro Beach. Parfaite petite balade pour un échauffement tranquille: le chemin se déroule à travers la forêt vierge, sur une pente douce jusqu’à la plage. Quelques grandes gouilles à contourner en marchant précautionneusement sur les bords préfigurent les rivières à traverser de la Copland. Comme hier, je retrouve cette végétation plus qu’abondante, poussant sur les sols limoneux, dans les marais où stagnent des eaux brunes de tanins. Seuls la plage et son univers minéral stoppent l’avancée de la forêt, remplacée par quelques herbes grasses.

Lake Matheson, West Coast, dimanche 12 juin 2011, 20h30

West Coast, que n’ai-je pas entendu les gens décrire cet endroit : forêt ininterrompue du bord de l’océan jusqu’à la limite neigeuse, plages battues par une mer continuellement déchaînée, chaînes montagneuses scintillantes dans leur blanc manteau, … une vraie merveille, un lieu insolite, sauvage, …. Et j’y suis enfin, prêt à le découvrir. Effectivement, la forêt est omniprésente, la route est un long ruban d’asphalte, une véritable tranchée dans la verdure, au bout de la ligne droite, deux paysages : des montagnes, encore des montagnes lorsque la route s’oriente vers l’est ou, simplement le ciel lorsque le tracé pointe vers l’ouest. Depuis ce matin, le soleil réchauffe la terre, des volutes de vapeurs s’élèvent du sol, nimbant de brouillard Lake Paringa et  les collines environnantes.

10h30, j’arrive à la route de graviers menant au parking de Copland Track. En guise de bienvenue, un panneau sur la barrière barrant l’accès « Please, shut the door », fermer la porte après votre passage. Je m’exécuterai. A peine ai-je refermé la barrière qu’un campervan arrive. De bonne humeur, je ferai le portier de fonction. Quelques centaines de mètres plus loin se trouve le parking, au bord de la première rivière à traverser. Sachant qu’il est impossible de traverser le dernier torrent, si le premier cours d’eau est difficilement franchissable, je vais jeter un coup d’œil, tout comme une des demoiselles de l’autre véhicule. Il ne semble pas poser de problème: je retourne auprès d’Hibiscus empaqueter mes affaires. Alors que je finis de fourrer ma polaire, et mes habits de pluie dans mon sac, une des filles s’élancent pour la traversée de la rivière, alors que la deuxième reste sur la terre ferme.

10 minutes plus tard, fin prêt pour l’aventure je m’élance. Le choix se présente : retirer ou ne pas retirer ses souliers pour traverser le premier torrent. Avec un peu de chance je finirai par mettre mon pied dans un des multiples cours d’eau ou encore dans la boue d’ici une à deux heures. Pour simplifier, je déciderapidement de m’élancer à travers un des bras de la rivière, chaussures aux pieds, … L’eau est froide, monte jusqu’au genou, mouille mon short, … Je me réjouis déjà de la suite. Les autres bras sont bien moins profonds et j’arrive rapidement de l’autre côté du lit, et pénètre enfin dans Copland Valley. Cette fois-ci, je ne suis ni sur une Great Walk, ni sur un chantier bien préparé du DOC : cailloux, racines, boue, eaux ruisselantes, lianes, … rythment mon avancée. A peine 500 mètres de parcourus, et voilà que j’ai déjà traversé deux petits ruisseaux, gambadé à travers des gouilles boueuses, … si toutes les marches pouvaient être ainsi, ce serait (presque) un véritable bonheur.

Je rejoins mon prédécesseur avant la traversée du deuxième cours d’eau d’importance, alors qu’elle hésite à enlever à nouveau ses souliers et me demande comment j’ai fait précédemment. Je lui explique ce que j’ai appris sur Rakiura Island. Bien que tu fasses attention, tu finis par mettre un de tes pieds dans la boue et un ruisseau, finalement le faire depuis le début t’évite bien des instants de réflexion, et te permet d’avancer un chouïa plus vite. Elle finira par être convaincue et nous poursuivrons le chemin de concert. Autour de nous, la végétation arbore toute la palette des verts, depuis celui électrique des mousses, jusqu’au sombre arboré par la face ombrée des fougères. Troncs, racines et lianes arborent des couleurs brunes qui déteignent dans les cours d’eau. Seul le sentier arbore des couleurs virant du beige au gris, tantôt composé de pâles galets, tantôt de terre battue. Le tracé, marqué par les souliers des randonneurs, continuellement érodé par le ruissellement de pluies, finit par se creuser de plus en plus. De temps à autre, j’évolue entre deux murs de limons, couronnés de chaque côté par un tapis de mousses, puis de fougères, poussant jusqu’à la canopée.

Soudain nous arrivons à l’orée de la forêt. Devant nous s’étend une praire humide : le chemin suit un tertre de terre érigé en son milieu. Ce dernier ne cesse de s’affaisser et finalement, il ne nous reste plus qu’à traverser une zone marécageuse, où l’herbe haute cache les flaques stagnantes, où le tracé n’est pas bien défini. Mes pieds s’enfoncent dans l’épais humus, bien que je prenne soin de les déposer sur des touffes d’herbe qui paraissent robustes. Court moment à l’air libre, avant de nous faufiler à nouveau dans une forêt d’arbres-fougères, aux troncs recouverts de mousses. Arrivant à la confluence entre Copland River et Karangarua River, un bon tiers du chemin est parcouru. Une petite ouverture entre les arbres permet d’admirer la jonction entre les eaux turquoise des deux rivières.

Sur notre chemin, quelques torrents succèdent à des champs de boue et rincent nos souliers. Alors que nous arrivons à la prochaine rivière, une surprise de taille nous attends, le DOC a érigé un pont pour faciliter la traversée. En profilé métallique, ancré sur de gros rochers de part et d’autre du lit, il ne bougera pas. Quittant à nouveau le couvert des arbres, nous progressons le long de Copland River parmi les pierres polies par l’écoulement, les troncs d’arbres rejetés sur les rives. Le chemin devient un peu plus scabreux et trace sa route sur deux magnifiques pans rocheux, présentant une douce courbure, résultat d’une érosion millénaire. Un nouveau pont permet de traverser MacPhee Creek. Suspendu, il ressemble aux nombreux autres du même type que j’ai déjà rencontrés en Nouvelle-Zélande, à une exception près. Son assise avale n’étant pas fixe, les mouvements engendrés lors de sa traversée sont plus importants. Sa portée étant ridicule, une vingtaine de mètre, l’amplitude n’est pas importante.

Avant d’arrivé à Architect Creek, une peur bleue nous envahit à la vue de petits engins de chantiers, ainsi que la présence d’une véritable autoroute. A savoir un de ces tracés gravillonnés, égalisés, … en deux mots, bien préparés du DOC. Toutefois, après une portion avec quelques lacets serrés, avalant les mètres de dénivelées, le sentier retrouve son état d’origine, boueux, enraciné… encore plus sympathique que celui de Stewart Island.  Et enfin, nous arrivons à Architect Creek, un des gros cours d’eau à traverser. Mais le DOC, jugeant cela plutôt dangereux, sans doute depuis qu’un certain nombre de touristes et de locaux se soient décidés à monter jusqu’à Welcome Flat Hut, a construit un pont suspendu. Il ne faut pas imaginer deux magnifiques ancrages, des câbles porteurs supportant un tablier de bois. L’ensemble métallique est bien plus proche d’une passerelle himalayenne : 4 câbles métalliques supportent le passavant large d’une vingtaine de centimètre, deux autres de part et d’autre, avec un treillis métallique, forment les garde-corps. La longueur est plus que conséquente, une bonne soixantaine de mètres tout au moins. A peine une dizaine de franchi, et voilà que le pont entre en résonance, se tortillant de gauche à droite, oscillant verticalement, … Je pense qu’un certain nombre de personnes font demi-tour à sa simple vue.

Alors que le chemin était plutôt plat, si l’on néglige les petites montées et descentes pour épouser le terrain, il se met à coter rudement. Deux petites pauses seront les bienvenues d’une part pour se désaltérer, d’autre part pour admirer le paysage. La vallée est d’une grande beauté, recouverte de forêt sur les deux flancs; de temps à autre une grande cascade blanche tranche dans la verdure. Un seul défaut à ce paysage: la présence de brumes qui nous cache la vue sur les sommets enneigés. Jusqu’à Welcome Flat Hut, nous ne traversons plus qu’une petite dizaine de ruisseaux, les 3 trois torrents suivants étant pontés. Si les deux suivants sont de simples ponts statiques, le dernier, traversant Tekano Creek, est du même type que précédemment décrit, élançant ses filins métalliques à travers un large vallon. La vue durant sa traversée embrase  le paysage de Copland Rivier en contrebas jusqu’à la cime d’une montagne  dominant le lit rocailleux.

Après la traversée d’une forêt de fuchsia nous arrivons enfin à la Welcome Flat Hut, érigée en 1986. 5 heures de dure randonnée, sur un chantier bien plus difficile que nombre de nos tracés alpins. La cabane est construite sur un large replat envahi par la végétation. Toutefois, au-dessus de la frondaison il est possible d’apprécier le magnifique cirque montagneux qui nous entoure, dont le Mt Sefton, inséparable compagnon du Mt Cook. L’endroit est juste merveilleux, et le paysage admirable vaut largement la peine de la montée. Tracy, la gardienne, nous accueille avec un sourire amical, explique brièvement le fonctionnement du lieu, nous montre la place de rassemblement en cas d’incendie et surtout nous indique où se trouve l’accueil chaleureux de cette cabane.

Le temps de déposer nos sacs à dos, préparer nos couchages, échanger nos souliers de marche trempés contre une paire de tongs, suspendre nos chaussettes plus qu’humidifiées pour les sécher, et nous parcourons la centaine de mètre qui sépare la cabane des hot pools de Welcome Flat Hut. Et oui, des sources d’eau chaude dont la température oscille entre 45 à 60 [°C] alimentent quelques piscines naturelles d’où montent des volutes de vapeurs à travers l’air frais de la vallée. Je vous passerai les détails, mais s’allonger dans un bain d’eau chaude, après une bonne marche, avec une vue splendide sur les sommets enneigés,… juste grandiose. Et aucun mot ne pourra décrire le moment où le soleil couchant rosit les cimes, alors qu’une chaleur bienfaisante envahit nos muscles sollicités par cette journée.

Ce n’est qu’à la nuit tombée, après que la lune éclaire d’un blafard éclat la clairière, que nous regagnons la cabane. Je m’attaque à la longue tâche d’allumer le poêle. L’opération nécessite une bonne demi-heure car le bois véritablement sec n’existe pas sur la côte ouest. J’y ajouterai quelques pellées de charbons, le véritable, pas ce facsimilé disponible dans nos marchés suisses, et une odeur surprenante, mais point désagréable, que je respire pour la première fois envahit un peu la pièce. Le temps de réchauffer nos repas respectifs et nous voilà attablés. A nouveau, je maudirai les architectes du DOC, avec leurs hauts plafonds. Impossible de chauffer pareil endroit. Le reste de la soirée se passera assis sur un banc, proche du fourneau, à capter la moindre parcelle de chaleur et ingurgiter des thés chauds. En guise d’occupation, non seulement la lecture du livre de cabane, signé par nos nombreux prédécesseurs, mais aussi nos histoires respectives, nos découvertes de la Nouvelle-Zélande, de nos pays d’origine, … Alors que nous nous glissons dans nos sacs de couchage, les fenêtres donnent sur la chaîne de montagnes écrêtant à partir du Mt Sefton, dont la blancheur de la neige resplendit sous la lueur sélénite, détachant leurs silhouettes sur le bleu sombre du ciel nocturne.

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