Funky Green Button

13 04 2011

Frienz, Auckland, mercredi 13 avril, 19:27 (GMT+12)

La journée a commencé en retard. 9h30. Alors qu’avec mon presque homonyme nous attendions, impatient, depuis près d’une demi-heure, l’arrivée de Tom, et surtout des panneaux qui l’accompagne, Mark reçoit un coup de téléphone. La voiture du troisième larron a déclaré forfait. Il est arrêté sur la grande avenue à moins de 500 mètres de son lieu de destination. Nous partons à sa rescousse, récupérons les panneaux, et laissons Tom à son triste sort, celui d’appeler une dépanneuse. Il nous rejoindra une heure plus tard, le sourire aux lèvres, seule la pompe à essence est décédée. Un dernier souci lors du montage du panneau est vite résolu. S’agissant de mon premier câblage, nous prenons un peu plus de temps, histoire que je sois autonome la prochaine fois.

Midi. Il est temps de mettre le circuit hydraulique sous pression, mais le traditionnel bourdonnement ne se fait pas entendre. En redémarrant le système par deux fois, sans avoir modifié de configuration, le miracle se produit, l’aiguille du manomètre indique les 200 bars habituels. Mark, étant attendu pour une réunion, nous quitte peu avant que nous procédions au premier essai. Si Tom s’occupe de régler les moult paramètres d’acquisition et d’expérimentation, l’honneur revient au producteur des panneaux d’appuyer sur le Funky Green Button. Après ces nombreuses semaines passées à instrumenter une première puis une deuxième fois les panneaux, résoudre les quelques problèmes, et surtout déplacer mon camp de base, le temps d’un ouikènne, dans une auberge au nom évocateur, je n’ai pas pu m’empêcher de nommer ainsi le bouton, de couleur verte, qu’il faut presser et maintenir enfoncé pour déclencher l’essai.

Si les premiers essais sont effectués à une vitesse de 1 [m/s], sa valeur est peu à peu augmentée par pas de 1 [m/s] jusqu’à atteindre 7 [m/s]. A toutes les étapes, les courbes obtenues correspondent à celles attendues : ce qui est encourageant. Les résultats seront toutefois traités et analysés plus finement demain, afin de savoir si les valeurs mesurées sont réelles ou proviennent d’une dimension supérieure.

Bien que le sommet du tank soit plus ou moins fermé avec des panneaux de plexiglas, dès l’instant où les 5[m/s] sont atteints, l’atmosphère devient un peu plus humide. Et il convient de protéger le matériel informatique à proximité.

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Premier test … ou pas

6 04 2011

Frienz, Auckland, 6 avril 2010, 18h36 (GMT+12)

Hier soir, après quelques verres à la Cassette Number Nine, à Vulcan Lane, retour au bercail dans la cour intérieure pour siroter quelques verres de ginto, moins le tonic, plus la limonade. La discussion se déroule dans un mélange franco-germano-english, mâtiné de quelques expressions latinos, et divaguent entre les sujets backpackers : South Island, camper-van, tramping, et petits potins du backpack. Vers minuit, nous sommes éconduits de ce charmant endroit pour ne pas déranger les braves gens qui dorment. Alors que nous montons sur la terrasse au cinquième, je profite de m’esquiver pour rejoindre mon lit.

Levé en plein forme, revigoré par une bonne douche froide et un superbe petit déjeuner, je me réjouis de cette journée où les premiers tests seront effectués. Juste avant de partir, je me rappelle que le dispositif expérimental n’est pas complètement prêt et qu’il faut encore monter une barre d’aluminium sur laquelle sont fixés les capteurs de déplacements (LVDT). Or, comme le tank, où se trouve la machine, est déjà rempli d’eau, le montage de la barre ne sera pas des plus simples. Je récupère mon maillot de bain, au cas où il faudrait se mouiller Sur le chemin me menant à IRL, Mark me récupère dans sa voiture alors que nous attendions tout deux que le feu passe au vert. Au lieu d’arriver du côté des entrepôts, j’arrive pour la première fois par l’entrée officielle, qui est bien plus pimpante.

Industrial Research Limited : entrée principale

3 étages plus bas, Tom nous y attend déjà. Je profite qu’il discute avec Mark à propos de son article pour prendre quelques photos des panneaux instrumentés, car personne ne connaît quelle allure ils pourraient avoir à la sortie des essais, après avoir subi un certain nombre de chocs, plus ou moins forts,  avec l’eau. 9h30 : il est temps de passer aux choses sérieuses. Avec Tom nous entrons, pieds nus, dans le tank. De manière un peu acrobatique, afin de ne pas se mouiller, nous grimpons sur la cage, entourant le dispositif de tests, dont seul un rebord n’est pas recouvert par l’eau. La place étant plus que comptée pour deux personnes, avec une petite hauteur sous barrot nous sommes obligés de travailler accroupis.

Et un écrou, un, qui ne sait pas nager. Il coule devant notre regard médusé. L’IRL étant un centre de recherche collaboratif entre l’Université d’Auckland et des industries, qui abrite la machine, seuls les outils nécessaires à son fonctionnement y sont présents. Les pièces de remplacements, petites visseries et autres outils se trouvent au CACM, à 20 minutes en voiture. Après avoir encore quelque peu tergiversé sur la meilleure manière de mettre en place cette fameuse barre porte-LVDT, je sors du tank pour chercher les clefs à molette. Le temps de descendre l’échelle, j’entends un petit « plouf ». Passant devant la fenêtre, permettant d’observer l’intérieur du réservoir, un regard confirme mon inquiétude : Tom hausse les épaules, et pointe du doigt la barre, reposant nonchalamment au fond du réservoir.

Bref, j’attrape les clefs à molette, troque mes habits contre mon maillot de bain. Je plonge, récupère la barre et l’écrou. L’eau n’est pas très chaude : si les 15’000 litres ont eu le temps depuis hier de se thermostatiser à température de la salle, elle doit être de 18-19°C. Par ailleurs, j’ai déjà connu de meilleurs bains, cette piscine étant quelque peu mal entretenue : les micro-organismes végétaux colorent les parois blanches du tank d’un joli beige, virant sur le vert pâle. Tant qu’à être mouillé, je reste au fond du tank pour voir ce qui cloche dans le positionnement de la barre. Tout devient plus facile quand l’ensemble du dispositif est visible: la barre est trop longue : à première vue, seuls quelques millimètres sont en trop.

Ce que l'on ne ferait pas pour la science

Comme la modification est mineure, nous l’effectuons à IRL : une lime, de l’huile de coude et une petite demi-heure plus tard, la pièce est raccourcie. Nouvelle immersion dans l’eau, mais à nouveau, la barre ne rentre pas dans le dispositif : un des angles est remis en cause, il est nécessaire de l’arrondir, et la même extrémité doit être raccourcie de 3-4 millimètres supplémentaires.

Après avoir dégoté une veille scie à métaux qui traîne dans un coin l’usinage peut commencer. La lame rouillée ne résistera pas longtemps aux efforts conjugués d’un kiwi et d’un valaisan. Toutefois, l’inventivité helvético-néo-zélandaise triomphera, tout en confirmant l’adage que rien ne résiste à la douceur. La solution :

  1. A l’aide d’un des angles de la lime, utilisé comme une scie, entailler l’aluminium sur une profondeur de 1 ou 2 millimètres selon la découpe à effectuer
  2. Utiliser une clef à molette pour plier et déplier l’aluminium. Ce  mouvement de va et vient va fatiguer le métal, et finalement un petit volet de la largeur de la clef va se détacher
  3. Effectuer l’opération 2 autant de fois que nécessaire pour « découper » les parties excédentaires
  4. Fignoler le travail à la lime, si le temps le permet (ce qui n’est pas le cas)

Le résultat est un peu rustique, mais elle possède les bonnes dimensions. Il ne reste plus qu’à percer deux trous pour passer la vis, avant de mettre en place la pièce. Les écrous serrés, la voilà scellée pour la durée des tests. Bien qu’il commence à faire un peu frisquet dans l’eau, j’y reste encore une vingtaine de minute le temps de fixer les LVDTs sur la barre et récupérer les deux vis et la clef Allen que Tom précipitera dans l’eau par maladresse. Dernière étape, monter les capteurs de pressions, rassembler les câbles épars pour en faire une unique torche, et le dispositif est prêt à recevoir un panneau.

La partie la plus délicate consiste à amener le panneau mesurant 110 [cm] x 55 [cm] dans le tank, sans que le gros cordon gris ne glisse de la surface, tombe à son tour à l’eau humidifiant les connecteurs. Il est alors déposé dans deux sangles, comme un bébé dans son berceau. Il ne reste alors plus qu’à tendre les spansets et plaquer l’échantillon contre le support.

Panneau instrumenté : trois jauges de contraintes sur la face supérieur, trois capteurs de pression et une jauge de contrainte sur la face inférieur qui sera en contact avec l'eau.

Simple, beaucoup trop simple. Tout ne pouvait fonctionner aussi facilement que ça. Effectivement, alors que Tom et moi nous nous activons à tendre les deux sangles, le panneau ne se montre pas coopératif, opposant de plus en plus de résistance. Un rapide coup d’œil dévoile que l’échantillon n’est pas en place, mais que les capteurs de pression touchent déjà le support. Quelques minutes plus tard, Tom tilte. Avant l’instrumentation, il a confirmé à Erwan et moi que les capteurs sont placés à 35 millimètres du bord, valeurs qui correspondent à celle trouvées dans ses papiers et sur les schémas. En réalité, cette distance ne doit pas être mesurée à partir du bord du panneau, mais à partir du bord du support. Tom, habitué à cette machine, avait complètement oublié de nous mettre au courant : les capteurs sont trop proches du bord du panneau. Les essais sont reportés, une cellule de crise est montée.

Un bon quart d’heure de cogitation est nécessaire à trois cerveaux pour trouver la solution. S’il s’agit de la plus évidente : déplacer les capteurs, de nombreuses questions se sont posées sur l’influence des trous par lesquels passent les capteurs de pression, sur la suite des expériences. Toutefois, la chance est avec nous, car l’ancienne position des capteurs ne devrait pas influencer les résultats.

Après un petit casse-croûte à 13h00, retour au CACM. Je lance l’opération « instrumentation : le retour ». Callum, mon technicien préféré, est rapidement mis au courant. Il est bien sûr enchanté d’une part de fraiser 10 nouveaux trous dans des panneaux, déjà instrumentés, opération bien plus délicate que la dernière fois, et d’autre part d’usiner les 10 chanfreins, avec un outil dont le tranchant est émoussé par la première phase d’instrumentation.

Ah oui, j’allais oublier la bonne nouvelle de la journée, j’ai enfin reçu l’adhésif pour coller le restant des jauges sur les panneaux. Comme quoi, il ne faut pas complètement désespérer. Promis, juré, la prochaine fois que je vous parle de mon travail en longueur, ce sera avec des résultats et des grosses éclaboussures.