Vénérables Mélèzes

16 10 2011

Ecublens, le 20 octobre 2011

Cela faisait longtemps que je voulais monter jusqu’à Prarion pour admirer les vénérables mélèzes, figurant parmi les plus vieux de Suisse.Une petite promenade au lendemain d’une journée de chasse est toujours bienvenue pour se détendre les muscle. Et rien ne vaut l’automne pour rendre visite à ces arbres, lorsque leurs aiguilles séchées virent du vert à l’orange, avant de choir sur le sol. Surtout par des jours radieux comme le Valais en profites depuis le milieu de la semaine : les derniers rayons de soleil de l’été viennent tiédir la froide atmosphère matinale, la douce chaleur méridienne inspire de tranquille balade. L’été indien est de retour après la glaciale fin de semaine dernière.

Peu avant dix heures, Paul, accompagné de sa copine Bénédicte, me rejoigne à Riddes avant de monter jusqu’aux Crétaux. Chemin faisant, je puise dans mes souvenirs diverses histoires, toutes liées à cette époque quand je travailler comme aide-géomètre et arpentait les hauteurs de Riddes, entre Isérables, Aude, Prarion, les Praz, … Que de bons moments passés à me balader à la recherche des croix, gravées à même la pierre, marquant les limites des clairières entre les terrains privés et la bourgeoise communale. Des plans datant, pour les plus vieux, de la fin du XIXème siècle, des mesures parfois imprécises, beaucoup d’imprévus et des instants marquants. Je ne vous serinerais pas plus longtemps avec mes mémoires et place à l’histoire du jour.

Une fois débarqué au Crétaux, nous nous enfonçons dans la forêt, où plutôt gravissons une route forestière. Arrivé à la lisière de la forêt, marquant la frontière les Praz, une des plus grandes clairières au-dessus d’Isérables, un virage nous repousse à l’ombre des mélèzes. Longeant la route, nous arrivons enfin au bisse de Saxon. La rencontre a lieu au Praz de Deuz. Littéralement le pré dans la forêt, cette prairie occupe un plateau où seuls quelques mélèzes épars ont poussés au milieu de l’herbe. La vue sur les Alpes Bernoises, pointant leur cime enneigée au-dessus des conifères est tout simplement enchanteresse. Bien que le plat chemin bordant le bisse asséché soit attrayant, nous continuons notre ascension en direction de Tracouet. A couvert de la forêt, le sentier recouvert d’aiguille de mélèze déroule son ruban brun sur un parterre recouvert d’arbustes à myrtilles, si aisément reconnaissable à leurs feuilles arrondies. Après avoir passé le Plan de Zerjona, nous gravissons une piste de ski. L’endroit est bien moins enchanteur avec une diversité végétale amoindrie, des poteaux métalliques destinés à soutenir des filets protecteurs, une absence de volupté sur la pente rectiligne. Arrivé au lieu-dit de la Croix de Saint-Pierre, j’observe trois croix plantées sur la crête, dont le lichen s’est approprié les faces ombragées. Le bois de la plus vieille est noirci par les ans et les intempéries, ses branches horizontales partent en morceaux. Bien que je ne sois pas croyants pour deux sous, j’admire fortement tous ces symboles religieux disséminés à travers les alpes, souvent présents sur les têtes des arêtes ou au plus haut des cimes.

Enfin, une vingtaine de minutes plus tard, nous arrivons à Tracouet. Si Paul et moi n’avons pas eu de peine à avaler les huit cents mètres de dénivelée, Bénédicte tire un peu la langue. La gare d’arrivée des remontées mécaniques nous domine ; si sa livrée blanche permet de se fondre dans le paysage en pleine hiver, elle est bien moins esthétique en été lorsqu’elle tranche avec les couleurs végétales du reste de l’année. Nous grimpons une dernière crête pour découvrir un plateau alpin, au centre duquel s’étends un lac aux eaux noirs. A peine ridé par une légère brise, il reflète la grise Dent de Nendaz, les mélèzes orangés et les arolles verdoyants. L’endroit aurait pu être encore plus merveilleux s’il n’y avait point eu ces pylônes de télésièges ou encore ces portacabines, vestiges de l’activité hivernale. Un peu plus loin, nous découvrons une grosse pierre, réchauffée par le soleil, parfaite pour le piquenique : pain, fromages, saucisses, petites sardines à l’huile, le tout arrosé d’un bon coup de rouge. Le bonheur est complet. Profitant de la tiédeur automnale nous paressons encore quelques peu avant de se remettre en route.

En redescendant en direction de Prarion, nous arrivons enfin au but de notre balade. Après avoir traversé une forêt où les mélèzes côtoient les arolles, nous apercevons nos premiers vénérables à proximité de la cabane de Balavaud. Si les jeunes conifères sont bien plus nombreux, quelques ancêtres âgés de 300 à 800 ans se dressent fièrement. Des troncs colossaux marqués par les siècles, des écorces rugueuses forgées par les vents, la pluie et le soleil, des branches torturées, des pointes bifides, frappées par la foudre, leurs donnent ces silhouettes massives, échevelées, mais tout aussi majestueuse. Surveillant depuis des siècles ces praires alpestres, ces êtres de légendes semblent presque vivants, toujours vaillant, prêt à braver encore de nombreuses tempêtes hivernales. La descente sera longue, ne pouvant que profiter de ce lieu magique, nous voguerons d’un arbre à l’autre. Le cœur rempli de bonheur de découvrir des silhouettes toutes plus étonnantes les unes que les autres, ou encore parfois attristé lorsque l’un de ces géants couchés par le vent ou la foudre repose à plat, exposé aux éléments, se décomposant lentement. Instant magique où le temps s’est envolé, j’aurais pu rester des heures à bagnauder entre ces êtres, mais il faut bien penser à continuer notre chemin.

Arrivé à Prarion, je passerais chez Jean-Louis, un ami de mon père que j’ai connu lorsque je travaillais comme aide-géomètre. Surpris de me voir ici, il nous invitera à boire l’apéro. Je me souvenais qu’il gardait l’article d’un journal narrant une terrible histoire qui s’était déroulé sur l’alpage : en 1996, la foudre avait frappé une conduite d’eau, foudroyant seize vaches  paissant à proximité de son tracé. Bref, nous avons évoqué le bon vieux temps, discutaillé de la pluie et du beau temps, admiré ses vaches d’Hérens, avant de repartir en direction du bisse de Saxon. Nous longerons ce dernier jusqu’au sommet des Praz, avant de redescendre le long d’un sentier traversant l’immense clairière. En fin d’après-midi, nous aurons rejoins les Crétaux, puis descendrons jusqu’à Riddes.

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N.B. Si le récit de la balade vous a plu, je ne peux que vous recommander de monter une fois jusqu’à Balavaud, soit par le même itinéraire (12km, 3h00 pour bon marcheur) ou en partant depuis Isérables ou Riddes pour les plus sportifs d’entre vous. Une alternative au départ de Nendaz est proposée par cet excellent site internet.

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Des bords du Lac, aux érables là-haut

20 08 2011

Ecrit à Renens, le mardi 23 août 2011, 7h10

7h30, le jour est déjà là. Alors que je me réveille doucement, j’entends mon coéquipier s’éveiller à son tour, s’étirer les bras tout en poussant quelques courts râles. Lorsque le soleil émerge derrière la crête et baigne de ses rayons le pont, le lac est plat, aucun pet de vent à l’horizon. Je reviendrais bredouille de l’épicerie au coin de la rue, cette dernière n’ouvrant qu’au environ de huit heures et quart. Entretemps, quelques rides sont apparues au large du torrent de la Baye de Clarens et s’étendent en direction de Montreux. La décision d’appareiller prise, nous quittons le port enchanteur du Basset avec l’île de Salagnon, sur laquelle se dresse une maison de style classique au milieu des saules. A peine la risée atteinte, les voiles sont hissées.

Les airs sont légers, très légers. Nous peinerons à atteindre un petit nœud. Finalement, la risée continue, nous laissant loin dans son sillage. Encalminé comme hier soir, nous poursuivons la route, entraîné par les pétarades de notre moteur deux temps. Chemin faisant, une fois le génois rangé, je frotte la plage avant, jusqu’à ce que les cailles des oiseaux ne soient plus qu’un souvenir. J’ai presque le regret d’avoir rangé les voiles, lorsque je vois un Toucan, tiré par son spi gonflé, glisser sur l’eau. Toutefois, vu l’état de notre coque, je doute que ces petits airs soient suffisamment puissants pour nous emporter. De retour au Bouveret, nous nous laissons dériver au large du Rhône, alors que immergé dans l’eau, nous nettoyons les œuvres vives : les algues se mélangeant aux particules de l’antifooling autoabrasif se détachent sous nos coups d’éponge. Emporté par un léger courant, l’eau grise et les résidus végétaux sont emportés, nous laissant baigné dans une eau presque propre. Le nettoyage de la quille se révèlera long et fastidieux, j’ai presque l’impression que les algues y adhèrent bien plus que sur le safran ou la coque. A l’heure de l’apéro, après s’être rincé une dernière fois, nous regagnons le port.

De retour à Riddes, je décide, malgré la chaleur de monter jusqu’à Isérables, où se tient la fête de l’érable. La balade est plaisante, les odeurs qui se dégagent de l’herbe séchant au soleil sont fortes, agréables. Les senteurs me font déjà penser à l’automne. Au lieu de rejoindre le village par la route directe, arrivé à Teur, j’empreinte la voie des Erables. De cet arbre qui donna le nom au village, et dont la feuille est devenu son emblème, il ne reste plus que des souvenirs. Entre ormes et noisetiers, entre prés et jardins, les anciens accès aux terrasses céréalières sont devenus un sentier touristique. Tout au long, des panneaux didactiques narrent dans un style plus ou moins poétique l’histoire épique de ce petit village accroché sur les pentes abruptes dérupitant dans la Farraz, qui ne fut relié au réseau routier qu’en 1967. Des incendies à répétition à la quête des énergies renouvelables, de raccards en mazots, de terrasses céréalières, soutenus par des murs de pierres sèches aux vergers d’abricotier, du sentier muletier à l’avènement du téléférique en 1942, … Isérables recèle de petites anecdotes.

Arrivé au village, je suis déçu par la fête : alignement de bars et de cantines, étales d’artisans locaux, où le mot art a perdu toute signification, un seul stand vraiment dédié aux produits des érables, où seuls des produits de grands commerces sont disponibles. Je profites toutefois de découvrir le musée local, où un petit nombre d’artefacts locaux sont mis en valeurs : scie, faucille, berceaux, hottes, brante, … ainsi que des témoignages audio racontés par des habitants, vieux ou jeunes. Ce doit être l’un des derniers endroits en Suisse, où vous pourrez rencontrez un jeune de 25 ans raconter que dans sa jeunesse il portait le fumier dans une hotte depuis le village jusqu’au champs. En fin d’après-midi, il me faudra moitié moins de temps pour redescendre jusqu’à Riddes compte tenu de la déclivité du chemin muletier.

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