Retour du beau temps

18 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 20h30

Comme chaque année, une fois que nous avons pris nos quartiers au chalet, la crise, ou plutôt la maladie du chalet nous frappe. Hier soir, elle a fait son apparition au environ de 22h00, peu après nous étions tous au lit, dormant comme des bienheureux. Couché tôt, je me réveille tôt, peu après 7h15. J’ouvre délicatement le volet, dehors Joachim agite toujours les branches. Je me prélasse encore une bonne demi-heure au lit avant de descendre au séjour depuis le galetas où je dors.

Le temps de raviver les feux, d’ouvrir les volets, de ramener du bois depuis le bucher, mes parents ont le temps d’émerger, puis de se préparer le temps que le déjeuner soit prêt. Le temps s’est à peine amélioré depuis hier, les nuages restreignent toujours la vue, le vent dépose des flocons enlevés sur les cimes des arbres. Qu’à cela ne tienne je pars à nouveau en peau de phoque, avec un peu d’avance sur mes parents.

Suivant le même tracé, la progression est plus facile, s’il a neigé à nouveau cette nuit, le chemin suivi est encore bien visible. Je choles la vingtaine de centimètres de neige fraîche qui a recouvert en partie le sillon de hier. Joachim ayant déraciné de nouveaux arbres, il me faut faire par trois fois un détour. Le sapin couché au milieu du chemin empêche tout passage.  Le temps s’améliorant durant la matinée, je décide de poursuivre mon chemin en direction de la Croix-de-Cœur. Avant d’arriver à la lisière de la forêt, j’oblique sur la gauche pour rester encore à couvert le temps de m’éloigner des pistes de ski. J’ai bien raison, car par moment quelques skieurs ayant profités des ouvertures des remontées mécaniques zigzaguent entre les arbres pour profiter de la poudreuse.

Je dépasse l’orée de la forêt, en contrebas des ruines d’une ancienne bâtisse. Le sommet d’un mur carré de pierres sèches, percé d’une ouverture, dépasse de la neige. Glissant dans une petite combe, les mélèzes et sapins ont laissé place à quelques arolles solitaires poussant sur les crêtes. Devant moi la neige s’étends, presque vierge. Seules quelques traces indiquent que des skieurs sont déjà passés par ici. D’ailleurs en voici trois qui arrivent. Peu élégant, raide comme des passe-lacets, ils ne font presque aucun virage, leurs courbes sont aussi plates que l’horizon sur l’Atlantique. Alors qu’ils passent de l’autre côté de la tête, j’entends un bruissement en amont de moi. Quel ne fut pas ma surprise de reconnaître un tétras-lyre lorsque je le vois passé à une vingtaine de mètres devant moi, battant lourdement des ailes. Il a rapidement disparu en contrebas, avalé derrière un autre mamelon. Moment fugace, mais au combien délicieux que d’apercevoir cet oiseau bien trop rare.

J’arrive enfin en vue de la Croix-de-Cœur. D’ici je distingue déjà les corniches formées par le vent sur le versant nord. Une petite crête s’élève doucement. En la suivant je dois pouvoir atteindre sans encombre le sommet, en évitant les pentes et les surplombs. A mi-chemin j’ouïs mon nom. En contrebas je distingue mes parents qui m’ont peu à peu rattrapé. Il faut dire que le chemin était déjà tout tracé dans l’épaisse couche de neige fraîche. Avec un peu d’avance, je découvre un fantastique panorama. Le ciel est presque dégagé, seules quelques trainées nuageuses flottent encore en altitude. Le soleil brille, le vent a cessé de souffler. La vue s’étend de tous les côtés. Face à moi, le Val de Bagnes, Verbier à mes pieds, le Massif des Combin au loin. Derrière, toute la plaine du Rhône est enneigées aux pieds des Alpes qui séparent le Valais du canton de Berne.

Au lieu de descendre en partie par la piste comme hier, je descends à travers les bois. Zigzaguant entre mélèzes et arolles. Soudain, mon bâton s’enfonce, rompant mon appui, je pars à choupelet, la tête la première dans la neige. Le buste en aval, les jambes en amont, mes bras ne sont pas assez longs pour atteindre mes fixations. A forces d’essais j’arrive enfin à décrocher mes skis à l’aide des bâtons, mais à force de gesticuler, je me suis enfoncé peu à peu dans la neige. Je n’avais pas trouvé meilleur endroit que de tomber au pied d’un arbre déraciné. Enfoncé dans le trou, la neige me monte à mi poitrine. Il faudra que je prenne appuis sur mes skis pour réussi à en sortir. De retour au chalet, un petit apéro est organisé pour se remettre d’aplomb avant de redescendre en plaine.

Cette fin de semaine restera dans les annales tant pour les conditions météorologiques tempétueuse que pour les importantes chutes de neige. Sans compter, deux magnifiques randonnées à travers la forêt du Taillay et jusqu’à la Croix-de-Cœur.

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Première montée au chalet

17 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 17h10

Hier dans le courant de l’après-midi, mes parents me téléphonent pour savoir si je rentre en Valais cette fin de semaine. Comme Joachim nous a amené beaucoup de neige ces derniers jours, je me décide pour les accompagner au chalet. Avant de raccrocher, papa me dit qu’il va acheter des chaînes pour la voiture. Il doit être tombé beaucoup de neige pour que papa se soucie d’en avoir à bord. Il est plutôt du genre à les laisser à la maison. D’après mes souvenirs d’enfance, le nombre de fois où nous avons dû chaîner la voiture se compte sur les doigts d’une main, par conséquent papa doit être presque sûr de devoir les utiliser demain pour être si pressé d’en acquérir.

Samedi matin, il fait toujours mauvais temps lorsque je vais prendre le train. Un ciel couleur gris plombé s’étends au-dessus du Léman. Les flots sombres sont agités, de blancs moutons parsèment la crête des vagues. Les teintes du paysage sont restreintes, tous semblent noyés dans une palette bleue pétrole. Au loin, la neige apparaît, recouvre les vignobles du chablais vaudois. Sur les flancs du Grammont, la cheminée de l’usine de Chavalon se découpe sur le fond nuageux. Un véritable paysage de fin du monde.

Je quitte les abords du Lac. A mesure que le train s’enfonce dans le Valais, des nuages toujours plus épais de particules neigeuses sont projetées de part et d’autre de la locomotive. A Martigny, en attendant le régional, quelques flocons épars tombent. A Riddes, ils se sont faits plus nombreux et je découvre un village recouvert par une vingtaine de centimètres. Bien plus que j’en ai vu depuis des années en Valais. Sitôt arrivé à la maison, nous repartons pour les mayens. Papa au volant conduit prudemment. Quelques virages après avoir quitté la plaine, la route se pare de blanc. Un tapis neigeux, de plus en plus épais, la recouvre. Des flocons continuent de tomber. Nous continuons de monter lentement. Par endroit, une voiture de touriste est stationnée au bord de la route, le conducteur chaînant les routes. Ailleurs, nous observons les traces sinueuses d’une voiture ayant perdu l’adhérence. Partout des branches de sapins et de mélèzes jonchent la chaussée. Derrière une voiture, nous nous engageons dans le dernier virage. Là où la pente est la plus raide, la voiture ralentit, patine. Il est temps de chaîner. De toute façon, nous n’aurions pas échappé, l’automobile devant nous est arrêtée à son tour.

Une fois les chaînes installées, la conduite est presque un jeu d’enfant. Les roues s’accrochent à la neige, et nous gravissons sans problème la dernière côte. Peu avant l’arrivée en station, sur notre gauge, s’élève des montagnes de neige. Déblayée des routes du village, elle est déversée sur ce parking en attendant sa fonte. Le dernier tronçon de route pour arriver jusqu’au chalet est à peine dégager : une quinzaine de centimètre de neige tassée recouvre encore la chaussée. Lentement, derrière des voitures de touristes nous nous engageons. Le plus dur est fait. Il ne nous reste plus qu’à descendre jusqu’au chalet.

Une fois débarqués, la hauteur de neige de part et d’autre de la route est encore plus impressionnante. Le manteau neigeux doit bien mesurer un mètre d’épais. Pour rejoindre le chalet, nous nous engageons sur le chemin commun, dégagé avec une fraiseuse. De petits murets d’une soixantaine de centimètres s’élèvent de part et d’autre. L’aventure débute à nouveau lorsque nous quittons le sentier. Si l’été nous devons traverser une haute prairie herbeuse, aujourd’hui je trace le chemin dans un plus-qu’épais manteau neigeux. A peine engagé sur le tracé habituel que je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse. Secoué par le vent, la neige accrochée sur les branches du sorbier profitent de dégringoler sur ma tête au moment où je passe dessous. Peu après, le niveau atteint le sommet des hanches. A chaque pas, je dois ressortir complètement ma jambe de la neige, la jeter en avant, pour m’enfoncer à nouveau. Lentement je progresse jusqu’au chalet. Dans mon souvenir, je ne me souviens plus avoir vu pareil quantité de neige tomber en une fois. Maman, elle se souvient ne l’avoir vu qu’une seule autre fois, un matin de février – mois reconnu pour ses importantes chutes de neige. J’arrive enfin au chalet, l’escalier et le balcon sont ensevelis sous la neige. Je cherche à tâtons les marches jusqu’au palier.

Il est temps d’allumer le feu du potager pour dégager le conduit de la cheminée. Le bois se consume difficilement, la fumée peine à trouver son chemin vers la sortie. Il faudra atteindre quelques minutes avec que le feu ne ronfle comme à son habitude. Il est alors temps d’allumer le foyer principal, puis de déblayer les abords du chalet. Que de neige, à pousser en bas du balcon, à enlever des escaliers, à dégager pour accéder au bûcher. Une bonne heure sera nécessaire pour venir à bout de la tâche.

Alors que le chalet commence à se tempérer, nous partons pour une petite randonnée en peau de phoque. Après avoir chaussés les skis devant le chalet, nous nous enfonçons dans un paysage de Grand Nord. Les barrières disparaissent sous la neige, d’épaisses couches recouvrent les toits, les branches ploient sous les amas blancs, … Seule la route principale est bien dégagée, lorsque nous gravissons les deux raidillons en direction du bisse, la chaussée est encore recouverte par une vingtaine de centimètre. Arrivé en vue de la Maison de la Forêt, situé en aval du bisse, je grimpe sur le sentier pédestre. Personne ne nous a précédés, en tête, je choles – trace mon chemin – dans un demi-mètre de neige, laissant un profond sillon derrière mois. La progression est lente, un peu pénible, mais le paysage est splendide.

Avec papa nous nous relayons en tête, alors que maman ferme la marche. Par moment, il est possible d’enfoncer les bâtons dans la neige jusqu’à la poignée sans qu’ils ne touchent le sol. Nous rejoignons la route forestière lorsqu’elle s’enfonce dans les bois. Les ratracs ont du passé hier sur la piste, les skis s’enfoncent moins profondément et la progression est facilitée sur ce chemin damé. Par deux fois, un épineux déraciné par la tempête s’est renversé, il faut baisser la tête et courber le dos pour passer l’obstacle. Arrivé à l’intersection avec le chemin pédestre, il est temps de rejoindre le sous-bois. Le passage du talus est ardu, l’importante quantité de neige ne facilite pas l’accroche des peaux de phoques, et la pente, momentanément importante, rend la tâche d’autant plus difficile.

Sous le couvert des arbres, avec les importantes chutes de neige, le manteau est tout aussi important. Il faut à nouveau choler cinquante centimètres. Mais la vue est bien plus jolie que sur la route. Les arbres ont cessés de formé deux hautes murailles, il faut zigzaguer entre les troncs, chaque changement de direction apportant un nouveau point de vue, chaque courbe dévoilant une nouvelle merveille : branches d’épineux alourdies, noisetiers et sorbiers ployé sous le poids de la neige, sapenets dont la cime émerge tout juste de la surface, …  Arrivé à la lisière supérieure de la forêt, les bourrasques de la tempête nous cueille, les flocons poussés par les rafales s’engouffrent dans les moindres ouvertures, la neige nous cingle le visage, … Nous regagnons la piste de ski, enlevons les peaux de phoque, buvons rapidement du thé, versé fumant depuis le thermos puis redescendons jusqu’au chalet. Ne résistant pas à l’attrait de la poudre, je coupe à travers une ancienne trouée. La neige est toutefois un peu plus lourde qu’escomptée et sans l’importante pente, je serais resté immobilisés à la fin de certains virages. Demain, je recomence.

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La tempête Joachim

16 12 2011

Écublens, le 19 décembre 2011, 8h00

Comme vous le savez sans doute, la tempête Joachim a déferlé sur l’Europe le 15 décembre dernier. En suisse, elle a atteint son paroxysme le vendredi. Les vents violents balayant le Léman ont contraint la Compagnie Générale de Navigation (CGN) a arrêté complètement leur service pendant toutes la journée. Au milieu de l’après-midi, j’ai donc décidé d’aller observer les flots tumultueux. Dehors le vent ne cesse de souffler, la pluie tombe dru, les gouttes sont transformées en projectile par les bourrasques qui s’enchaînent les unes après les autres.

Des chaussures de marche aux pieds, un pantalon étanche, une veste des plus imperméables, je maintiens mon équilibre tant bien que mal, mon vélo sollicité par des coups de boutoirs tempétueux. Alors que j’arrive en vue de la Plage du Pélican à Saint Sulpice, je reste coi : ce petit coin de paradis reconnu pour sa plage de galet, ses eaux claires, sa pelouse accueillante est transformée en enfer. Les branches des arbres claquent au vent. Le lac est déchaîné, au point que les mouvements houleux viennent soulever le fond argileux, teintant les eaux d’une couleur boueuse. Seul loin au large, le lac conserve sa couleur habituelle, ce vert sombre, digne d’un orage estival. Les embruns jaillissent derrière la sculpture du pélican. L’écume volent jusqu’au milieux du parc. Les galets sont projetés sur les rives. La plage a complètement disparu, engloutie par les vagues. Les pontons privés sont happés par les flots. Le vent cingle mon visage.

Plus loin au débarcadère de la CGN le spectacle est le même : la pelouse et le lac semble de niveau. Les vagues s’éclatent contre la jetée de granite, projetant des milliers de gouttelettes qui s’envolent à l’horizontale. Elles déferlent sur les quais, inondant le gazon. M’aventurant jusqu’au bout du débarcadère, je ressens la violence des éléments déchaînés. Le vent tend à me coucher, l’eau courant sur le sol essaie d’emporter mes pieds. Mais la vue est magnifique : à quelques dizaines de mètres de l’eau, la petite église de Saint Sulpice se dresse., Alors que sa silhouette romane reste impassible malgré le temps, un peu en retrait, un drapeau suisse claque dans le vent, déchiré, lacéré par la brise.

Rebroussant chemin,je rejoins les abords de la Banane. Dans le port de Saint Sulpice, les bateaux dansent la gigue, entraînés par le vent. Le sentier longeant le lac jusqu’à la Banane, un des bâtiments de l’Université, dont la forme est si bien décrite par son surnom, est rendu impraticable par les déferlements incessants. Les flots impitoyables rongent la grève, projettent graviers et cailloux sur l’allée, détrempent le pré. Il ne manquerait plus qu’un peu de lave, des fumerolles et des odeurs soufrées pour croire à la fin du monde.

Alors que la fin de l’après-midi s’approche, et le voile de l’obscurité avec elle, je rejoins l’embouchure de la Sorge. A plus d’un mètre au dessus de son niveau normal, s’écoulant sur un rythme torrentiel, l’eau a gagné les deux rives, baignant le pied des bouleaux et des êtres. Les deux langues de terres s’étendant de part et d’autre de son petit delta ont disparu sous les flots. Les mouettes s’ébattent dans les rafales humides, alors que les canards cherchent péniblement un coin tranquille où s’abriter. Les cygnes quand à eux sont tranquillement installés sur la grève, insensibles aux évènements extérieurs. La blancheur de leur duvet contraste avec le gris plombé du ciel, et celui ardoise des galets.

Avec un dernier regard à un arbre isolé sur le promontoire ouest, se battant contre vents et marées, je rentre. Le retour à vélo est long, bataillant contre le vent j’avance péniblement. A mon arrivée, la douche chaude ne sera que des plus agréables.

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