Le Jour d’après…

6 01 2012

La Tsoumaz, 6 janvier 2012, 17h00

Lever peu avant 9h00 après une nuit qui m’a semblée relativement calme. Dans tous les cas, je n’ai pas entendu le vent souffler dans les grands sapins verts. Par la fenêtre au volet ouvert, je regarde la neige tomber en fin flocon : l’épaisseur sur l’avant-toit a presque doublé depuis avant-hier. Peu avant neuf heures, les feux ronflent dans leur cheminée respective, le petit déjeuner est presque ce prêt. Le temps que les scones finissent de cuire, je m’applique à déblayer la galerie du chalet. : apporté par le vent, neige et brindilles se sont engouffrées dans les angles ; sous les rafales les flocons se sont tassés, s’enfonçant dans les  encoignures.

Avant de partir en balade, je file jusqu’au bout du bisse pour voire les dégâts dont j’ai entraperçu l’importance hier soir. A la sortie du botzas – bosquet –, des troncs sont amoncelés, les branches pêlemêles, les racines à l’air, le chemin est complètement bloqué par les sapins. Je contourne l’obstacle en grimpant sur le talus. D’ici en haut le spectacle est encore plus désolant, ce n’est pas une dizaine d’arbre qui sont à batz – couché par terre –, mais une vingtaine étendus ou à moitié abattus. A la vue d’André, le propriétaire du chalet sur lequel s’est écrasé un sapin, je lui demande si le toit n’a pas trop souffert. Il semblerait que non, la neige ayant amorti le choc. Lorsque Braunhilde, sa femme apparaît sur le pas de porte et me propose à son tour de venir prendre un café, je ne pourrais me soustraire à l’invitation. Nous deviserons de la tempête Andréa, la comparant à nouveau à celle de Viviane. J’apprends d’ailleurs que le vent à souffler à 270 km/h, qu’un peu moins de 2000 foyers sont privés d’électricité dans les alpes vaudoises et que de nombreux voies ferrées ou routières sont encore fermée à la circulation.

Le retour au chalet est de courte durée, le temps de me changer. Papa a déjà préparé les skis pour partir en peau de phoque, il ne lui reste plus qu’à enfiler les souliers. Skis et sac sur le dos, nous montons jusqu’à la voiture, accompagné de Laurent et Justine bien décidé, cette fois-ci, à regagner la plaine. Le sillon du chemin a complétement disparu pendant la nuit, recouvert par la neige soufflée par le vent. Je choles les cinquante centimètres. Lorsqu’à deux reprises, je mets le pied hors de l’ancien chemin, la sanction ne se fait pas attendre : la jambe est happée jusqu’à l’aine. Nous rencontrons un voisin qui nous apprends que la route nous reliant jusqu’à la plaine sera ouverte dans une bonne demi-heure, au environ de midi et que des chalets, situés dans les hauts des mayens sont privés d’électricité.

Alors que Laurent et sa demoiselle déblaie leur voiture, avec papa, j’attaque la montée jusqu’au porte. Avançant tranquillement l’un derrière l’autre dans la neige fraîche, nous observons à nouveau quelques arbres affalés dans la neige. La route vient d’être dégagée, des troncs gisent en deux de part et d’autre de la chaussée, des branches jonchent les andains de neige. Une fois passé par-dessus le tunnel, nous sommes contraints à revoir notre itinéraire : un arbre est couché à travers l’arrivée de la piste de luge. Si d’autres ont subi le même sort, la progression ne sera pas des plus agréables. Par conséquent, comme les remontées mécaniques ne fonctionnent pas nous décidons de suivre la piste de ski Damée pendant la nuit, une fine couche de poudreuse s’est aussitôt déposée. Les conditions sont idéales pour une montée tranquille. Les efforts sont bien moindres que si nous étions passés en pleine forêt, au point que nous cheminons l’un à côté de l’autre. Pour éviter les nombreux autres randonneurs qui longent la piste principale, nous bifurquons par la tropicale pour rejoindre le Taillay. Le paysage ne change guère : arbres cassés à mi-hauteur, troncs éclatés, brindilles recouvrant le sol, ….

Arrivé à la station inférieure du télésiège, en pleine flémingite aigu, nous continuons notre bonhomme de chemin sur la piste. Au-delà de la lisière de la forêt, là où poussent les grands solitaires, trois vénérables reposent brisés dans la neige. La couverture nuageuse se dissipe, le voile de brume s’amincit, le soleil apparaît tel un disque de fer chauffant à blanc. Tout est nuance de blanc et de gris, seuls les arbres colorent leur paysage de tâches brunes ou vertes foncées. Seuls, toujours seuls, nous ne croisons aucune âme sur toute la randonnée. Arrivé à la hauteur de la Croix-de-Cœur, nous glissons le long de la crête, la neige complètement soufflée est devenue carton. Elle forme une croûte, où la surface est similaire à des écailles ou à des courtes vaguelettes figées par des températures trop froide. A l’abri de la gare d’arrivée du télésiège du Taillay, nous enlevons nos peaux-de-phoque, avalons un bon thé chaud et se préparons pour ce qui deviendra une descente d’anthologie.

Glissant doucement à la surface de la neige cartonnée, j’entends la surface se craqueler à chaque changement de virage. Peu à peu papa prends confiance et vitesse. Nous traçons l’un derrière l’autre de jolies petites courbes. Arrivés à l’orée des bois, à mesure que nous glissons dans la forêt la poudreuse devient plus épaisse. Nous nous faufilons entre les arbres, esquivant les branches basses des mélèzes, tournant autour des sapins. Cela faisait longtemps que je n’avais plus skié ainsi dans la forêt du Taillay, sans devoir me soucier d’une souche ou du manque de neige. Nous restons concentrés pour éviter de terminer dans un taillis de vernes, changeant parfois de direction au dernier moment. Les seules pauses que nous nous accordons sont au passage de route. Le temps d’attendre que l’autre nous ait rejoints et nous dévalons déjà le talus suivant. Nous arrivons déjà au Bisse de Saxon, une dizaine de sapin se sont couchés en travers du chemin à la Croix du Taillay, en dessus des bâtiments de l’alpage. Pour ne pas écourter trop vite cette mémorable descente, nous continuons à travers les prés, passons à côté d’un traxcavator en train de dégager une route. Nous nous arrêterons finalement au petit bisse. Il nous reste plus qu’à le suivre pour rejoindre notre chalet.

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Andréa

5 01 2012

Titre : Andrea

Tag : La Tsoumaz, Tempête, Andrea, Taillay

La Tsoumaz, 7 janvier 2012, 16h00

Si Andréa a fait la une des nouvelles radiophoniques ces derniers jours, au chalet l’évolution météorologique est suivie au jour le jour en suivant la couverture nuageuse et en observant le baromètre du chalet. Depuis quelques jours, la pression atmosphérique décroît lentement, ce qui en règle générale est toujours synonyme d’un mauvais temps qui dure et de la neige en abondance. Ce matin, l’aiguille indique 1018mbar, bien en deçà des 1033 habituels lorsqu’il fait beau. Dehors, il neige, quelques bourrasques soufflent, entraînent les flocons dans de grands tourbillons.

Après le déjeuner, nous décidons de partir pour une petite randonnée. Pour monter au Taillay, au lieu d’emprunter le chemin pédestre, nous suivrons un itinéraire que mes parents n’ont plus emprunté depuis quelques années. Il s’agit du tracé d’une vieille route qui montait en zigzag dans la forêt, jusqu’à rejoindre le Col de la Croix-de-Cœur. Quand je dis une ancienne route, il faut s’imaginer un chemin qui est tombé depuis des années en désuétudes au point de ne plus figurer sur les cartes modernes. Qu’à cela ne tienne, un vieux feuillet existe encore au chalet où le passage est indiqué en traits-tillés.

Je ne vous dirais rien de plus, ni le point de départ exact de la route, ni son lieu d’arrivée. Sachez toutefois que c’est une des plus belles balades de cet hiver. Au milieu de la forêt, les arbres ont bien poussé en quelques années, d’autres sont tombés. Il faut se faufiler entre les taillis, se dérouter pour éviter les troncs et les souches. Mais l’endroit est magique, nous sommes seuls au milieu des bois protégés du vent, seuls quelques flocons qui se sont glissés entre les branches nous rappellent que dehors il fait mauvais temps. Enfin pour le moment. Une fois à découvert, plus haut que l’orée supérieure, nous affrontons un véritable blizzard. Après avoir cholés la poudreuse lors de la montée, nous avançons sur de la neige carton. Porté à la surface, l’effort pourrait être moindre, nous devons redoubler d’ardeur pour avancer contre le vent. Il neige à l’horizontal.

De retour au chalet, complètement frigorifié, tchia – trempé –  par les flocons qui s’insinuaient dans tous les interstices, je serais content de prendre une bonne douche chaude. L’apéro qui suivra sera aussi des plus copieux avec viande sèche, jambon, lard, saucisse, fromage, tomme, rebibe et bien entendu un petit coup de blanc pour que le gosier ne s’assèche pas.

Tout l’après-midi, les précipitations se font plus importantes, le vent rugit de plus en plus dans les arbres. Situé au fond d’une combe, le chalet est habituellement bien protégé des rafales, mais aujourd’hui les sapins plient sous les bourrasques. En fin d’après-midi, je descends jusqu’au village. Pendant que je poste quelques nouvelles sur mon blog, par la fenêtre j’observe les panneaux s’envoler, les gens s’accrochaient au lampadaire pour ne pas glisser. En début de soirée, lorsque je remonte au chalet par le chemin du bisse, j’hume une forte odeur de résineux. Un grand sapin gît, affalé dans la neige, la pointe délicatement posée sur le toit du chalet des Imboden. Plus loin deux autres ont aussi été abattus par le vent.

Au chalet, l’apéro règne de nouveau en maître. Laurent, un collègue de travail à mon papa, est venu lui rendre visite avec Justine, sa copine. Après avoir brièvement raconté l’état du bisse, tous me disent avoir entendu les craquements, et mes parents rajoutent que la force du vent au chalet leur rappelle Viviane. Viviane est le nom de la tempête hivernale qui s’est abattue le jour de carnaval en février 1990. Durant 3 jours, il n’y avait plus d’électricité dans la station, et les routes jusqu’à la plaine étaient coupées. Un de mes plus beaux souvenirs de gosse.

Après une bonne fondue, papa et moi raccompagnons nos hôtes jusqu’à la voiture. Le chemin a presque disparu, seule une petite dépression indique encore son tracé. Pour la nième fois de ces deux semaines, je trace un nouveau sillon. Avant de revenir au chalet, un petit détour obligé, nous amène jusqu’au bout du bisse. Les trois arbres qui s’étaient abattus avant la tombée du jour ont été rejoint par, à vue de nez dans l’obscurité, une petite dizaine d’autres. Personne ne passera plus par cette itinéraire jusqu’à la fin de l’hiver, à moins de grimper dans le talus et créer un nouveau passage dans un bon mètre de neige.

A peine étions-nous de retour, que la sonnerie du téléphone retenti. Laurent demande s’il peut venir dormir au chalet, à la sortie du premier tunnel à la descente, les pompiers l’arrêtent : une dizaine d’arbres se sont couchés en travers de la route. Le temps d’une nuit, le chalet a donc accueilli deux réfugiés, deux tourtereaux perdus dans la grande tempête hivernale.

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1er janvier

1 01 2012

La Tsoumaz, lundi 2 janvier 2011

Bonne année à tous. Avez-vous pris des résolutions, des bonnes ou des mauvaises ? Je serais plutôt persuadé que c’est de celle que de toute façon vous n’arriverez pas à tenir. Pour ma part, lecteur tu seras seul juge. La seule et unique résolution que j’ai pris est d’essayé de tenir à jour plus régulièrement ce blog, pour éviter de vous raconter les pérégrinations de ces quatre derniers mois en quelques semaines.

La semaine dernière, au vu des conditions d’enneigement fantastique, je voulais au premier jour de l’an faire le tour des 4 Vallées en télémark. La météo m’a rattrapé et je savais déjà depuis quelques jours que cela serait impossible. Bref, hier soir j’ai réveillonné avec mes parents : foie gras poêlé sur lit de rampons, filet Wellington, parfait flambé au Lagavulin, et enfin un petit verre Glenrothes pour trinquer à la nouvelle année. Lorsqu’à mon lever, mes yeux se portent sur le ciel nuageux. Encore une journée où la visibilité sera médiocre pense-je. Au lieu de me précipiter sur les pistes, j’ai préparé à un petit déjeuner plantureux, où les scones, préparé par maman, se mariaient à merveille avec le cacao maison. Un vrai délice.

Un petit tour en télémark pour souhaiter la bonne année aux employés des remontées m’a appris qu’il avait plu jusqu’au sommet des Savolyeres à plus de 2200 mètres. Au gré des descentes, je file de temps à autres en hors-piste. Les conditions ne sont guère fantastiques, la neige qui fut poudreuse est devenue une lourde et épaisse crème. Rencontrant des amis, je profite de skier avec eux, je me plais d’être en télémark. Me jouant des conditions et des fausses traces, je file dans la neige raffolée presque sans effort apparents. Mes cuisses sont en feu, mais, question d’honneur, je ne laisserais rien transparaître. En début d’après-midi, alors que mes camarades se dirigent vers le restaurant le plus proche, je dévale encore deux ou trois pentes avant de retourner au chalet. Le timing était bon, j’y arrive peu après mes parents et l’apéro ne tarde guère.





Mont Fort avec Valérie

31 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 15h00

Demain Valérie s’envole pour la Turquie avec son petit ami. N’ayant pas encore télémarker avec ma sœur cet hiver, nous profiterons de ce dernier jour pour y remédier. Rendez-vous peu avant dix heures aux Ruinettes, nous filons tout de suite au Mont Fort. Jamais je ne me lasserais du paysage alpin. Comme hier, nous admirons les becquets, tentons de les appeler par leur nom. A deux, l’exercice est plus facile que hier et il nous en manque presque aucun. Peu avant de nous élancé, nous rencontrons et discutons avec Roger, un veille ami montagnard de notre père, qui avec sa fille, accompagnée par des amis, descendrons sur la face Sud-Est du Mont Fort et remonterons en peau de phoque jusqu’à un petit col pour profiter d’une belle descente de poudreuse.

Pour notre part, je choisis presque le même itinéraire que hier pour rejoindre Tortin. D’abord la belle pente sur le glacier du Mont Fort en dessous du téléférique, puis je rejoins les Louettes Econdoués – signifiant les pentes cachées en patois –. Toutefois, au lieu de prendre à droite après le Col des Gentianes, je bifurque sur la gauche. Je serais toutefois un peu déçu, alors que d’habitude la neige est ici toujours un peu plus poudreuse qu’ailleurs, elle a déjà été tassée par le passage de skieurs trop nombreux. Nous nous attardons guère au fond de la vallée et remonter directement jusqu’au Mont Gelé. Définitivement cette descente est une des plus belles du domaine des 4 Vallées.

Valérie étant un peu anxieuse à la veille de son départ, elle est capable d’imaginer tous les cas de figure, y compris celui où, blessée elle ne pourrait pas partir. Lors de notre arrivée, après une dernière descente sur Tortin, le soleil a atteint la terrasse de la Baraka Frite. Nous ne résisterons pas à nous arrêter un petit moment pour déguster une assiette de frite avec une petite mousse. Les températures douces invitent à farniente encore un moment, mais nous nous ne laisserons pas avoir et repartons skier. Quelques descentes sur pistes pour saluer les employés des remontées, que nous connaissons bien, puis nous nous quittons. Valérie rejoins Martigny en descendant par Verbier. Je repars sur La Tsoumaz, en passant par le Vallon d’Arby. Il s’agit d’un magnifique petit val qui se termine avec les Lacs des Vaux, en contrebas des Attelas. Encaissé entre le Plan du Fou et la Pointe des Etablons, ses pentes vertigineuses descendent immaculées jusqu’à la Farraz, une petite rivière qui s’écoule tranquillement, gelée par les froidures hivernales. Deux itinéraires à ski y prennent naissance, l’un descendant sur Verbier en passant de l’autre côté du Col des Mines, l’autre rejoignant La Tsoumaz par le lieu-dit de Chassoure.

Au lieu de suivre à la lettre l’itinéraire, ce qui m’amènerait à descendre après la première crête, je continue à flanc de coteau. D’autres skieurs m’ont précédé et le chemin est déjà bien marqué. Quelques montées en escalier, des poussées de bâtons, et j’atteins enfin une combe où seuls quelques traces existent. Je ne pousserais pas plus loin : en avant se trouve quelques couloires à avalanches, dont les trouées dans la forêt sont encore bien visibles. D’ailleurs, les températures sont suffisamment douces, pour que des plaques glissent jusqu’au sol, laissant apparaître la prairie. Zigzaguant entre les sapins, je glisse sur la neige encore vierge. Sitôt rejoint l’itinéraire à ski, la descente se transforme en champs de bosses, où la neige est déjà durcie par le passage des skieurs. Plutôt moyen, je garderais en souvenirs la pente, là-haut, où la neige était encore légère.

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Peau de phoque dans la tourmente

30 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 12h50

A lire en écoutant :

  • J.S. Bach, « Das Wohltemperierte Klavier, II. Buch, », Préludes et Fugues N°14 à 24 (BWV 883 à 893)
  • Giants of Jazz play Brassens

Il est presque 8h30 dans la quiétude du chalet lorsque je me réveille. Par la fenêtre, dont le volet est resté ouvert hier soir, je vois les flocons de neige, emportés par les bourrasques, tourbillonner sur l’avant-toit ; par moment, je ne distingue plus rien, le nuage de fines particules forme un véritable brouillard immaculé. Maintenant que je suis bien réveillé je peux entendre le sourd souffle des rafales de vent descendre dans la combe où se trouve notre chalet, étouffé par la neige entassée sur le toit.

A peine ai-je la fenêtre est-elle ouverte pour ouvrir les volets, qu’une véritable tornade propulse des flocons de neige dans le chalet. Une fois refermée, ils viennent se coller à la vitre et forment à contrejour de magnifiques arabesques. A chaque autre fenêtre, le phénomène  se répète, introduisant un duvet blanc qui fondra rapidement. Une fois les feux allumés, ces derniers ne vrombissent pas comme d’habitude, le vent s’engouffrant dans le tuyau de cheminée rabat les flammes. Par moment, une odeur âcre émane du potager, la fumée repoussée ne peut plus que s’échapper par la porte et les grilles du tirage.

Nullement pressé, les remontées mécaniques ne devant pas fonctionner par cette mistoufle. Bien au chaud, alors que dehors le vent ne cesse de tourbillonner, les brindilles cassées de virevolter, les aiguilles de mélèze de pirouetter, je prépare le petit déjeuner. Luxueux repas accompagné de miels, de confitures, de cacao, de café ou encore de thé, … D’ailleurs le temps de l’avaler suffira à ce que la neige recouvre à nouveau les balcons fraichement déblayés ce matin. Cette année aucun écureuil n’est encore venu se restaurer à notre mangeoire. Aucunes traces du petit mammifère, bien que chaque matin les noisettes disparaissent. Mésanges huppées et jaunes ont déjà fait leur apparition aujourd’hui, se régalant des graines et des morceaux de pains. Les petits volatiles ont disparus soudainement, laissant place à un magnifique casse-noix. Quelque peu affamé par cet hiver rigoureux, il vient se régaler des noisettes, avant de disparaître à nouveau dans les bois.

Peu après  10h00, je me prépare pour partir en peau de phoque. Comme il y a deux semaines, pendant la tempête Joachim, je grimperais dans la forêt jusqu’à la lisière au niveau du Taillay. Je pars dans la tourmente, par moment la vue ne porte pas à plus d’une dizaine de mètre. Je croise le traxcavator déblayant la neige, lorsque je monte un petit raidillon bordé de chalet. Il racle la neige presque jusqu’au sol, laissant derrière lui deux traînées grises, où percent les gravillons. Bientôt, je rejoins la forêt dans laquelle je m’enfonce, grimpant le long du sentier pédestre. La neige est emportée des branches en de multiples flocons, noyant le paysage dans une brume blanche. Sous les coups des bourrasques, j’ai l’impression d’entendre un torrent bruire ou encore une locomotive à vapeur passer dans les sous-bois.

Arrivé à la station inférieure du télésiège du Taillay je m’arrête. Je rejoins les employés dans le cabanon de surveillance. Depuis ce matin, Luc et Eddy patiente bien au chaud. D’ici quelques dizaines de minutes, le chef devrait téléphoner s’ils les libèrent. 11h30, Maurice Besse, responsable des patrouilleurs a reçu le dernier bulletin météo  qui ne prévoit aucune amélioration, demain devrait même être pire. Peu après, la décision est prise, les installations resteront fermées toutes la journée. Luc et Eddy rangent les cordes, les filets et les poteaux métalliques afin que le ratrac puisse déblayer correctement la neige, puis rejoignent la station. Pour ma part, arrivé à la lisière supérieure de la forêt, je ne continuerais pas la balade. A l’abri des arbres, la peau de phoque est agréable. Plus haut, il me faudrait affronter le blizzard de face, le vent me cinglerais le visage, je ne verrais guerre. Sans compter une descente sans aucune visibilité. Il est temps de rentrer, je glisse sur la piste, damée en début de nuit, elle est recouverte d’une vingtaine de centimètre de neige poudreuse, légère, un véritable rêve de tous télémarkeurs. Sans effort, j’enchaîne des petits virages, me régalant de chaque courbe. Je suis déjà de retour au chalet. Un peu moins d’une heure de montée pour à peine dix minutes de descente, mais le jeu en valait largement la chandelle.

Une bonne douche chaude pour me revigorer, un petit apéro pour se restaurer et je passe le reste de l’après-midi au chalet, à regarder dehors la neige tomber, les branches des sapins s’agiter, … Entre lecture et écriture, le temps s’écoule lentement.

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Le télémark, il n’y a rien de tel

26 12 2011

La Tsoumaz, 26 décembre 2011, 22h00

Après  un coucher la veille presque à l’heure des poules, le lever est matinal. Après avoir dérupité l’échelle du galetas, le ciel est juste rossi au-dessus du Fou lorsque j’ouvre les volets de cuisine. Je ravive le feu du potager où se consume les restes d’une briquette, rallume le feu dans l’âtre principal. Le crépitement des résineux brulant se fait bientôt entendre, il est temps de préparer les boissons du petit déjeuner, café, lait chaud et thé. Je profite de mettre mijoter dans une casserole d’eau un demi citron et une orange en tranche, ainsi qu’un demi-bâton de cannelle. Plus tard je rajouterai le sucre et le miel, y ferrai infuser du thé corsé avant de remplir mon thermos de cet agréable breuvage. Accompagné du tintement de la vaisselle, assiettes et tasses viennent rejoindre confitures et miels déjà déposé sur la table. Le ciel a perdu ses couleurs pastelles lorsque mes parents sortent de leur chambre. Avant qu’ils soient aptes à déjeuner, j’ai les temps d’accomplir les corvées de bois, autrement dit d’aller jusqu’au bucher par deux fois pour ramener les grosses buches pour alimenter le foyer principal, le petit bois pour allumer le feu, ainsi que le bois pour le potage. Bien que la cuisinière soit en partie électrique, au chalet nous préférons de loin encore utiliser le potager à bois pour effectuer toute la cuisine.

Peu après 9h00, je quitte le chalet. Comme d’habitude je pars avec mon sac à dos où sont fourrés pêle-mêle gants, lunettes, crème solaire, couches supplémentaires. Ne partant pas pour enchaîner les descentes, j’y ajoute aussi mon gros appareil photographique. Il faut dire que les blanches silhouettes des montagnes se détachent parfaitement sur ce fond d’un bleu céruléen. S’il ne fait pas aussi froid qu’en plein mois de février, l’atmosphère est très cristalline, avec me semble-t-il peu d’humidité. Un temps idéal pour aller admirer le panorama depuis le sommet du Mont Fort.

Une fois à Savolyeres, dans le soleil matinal, je dévale la piste du Sud parfaitement damée. Aucun pingueli – touriste perdu ne sachant pas skier – ne me barre la route. Les champs libres, l’instant est magique. Je trace des courbes sur toute la largeur de la piste. Bien trop courte, je suis déjà au fond. Profitant de ma vitesse, je m’élance sur la route Carrefour qui me permet d’atteindre la partie inférieur des pistes à Verbier. Un télésiège m’amène jusqu’aux Ruinettes, puis un deuxième sur les hauteurs de la Chaux. De là, je gagne la station inférieur du SuperJumbo, le nom du grand téléphérique qui m’amènera au col des Gentianes. A la frontière de Nendaz et Verbier, il se trouve au fond du glacier du Mt Fort. Depuis mon enfance, le glacier a bien fondu et où s’étendait encore une vaste plaine, la dépression se fait, année après année, plus importante. Un dernier téléphérique, le jumbo m’emporte presque jusqu’au sommet du Mt Fort à 3330 mètres.

Depuis la plate-forme d’arrivée, la vue est grandiose, elle s’étend du Bietschorn jusqu’aux Dents du Midi en passant par le Cervin. Je ne résiste toutefois pas à l’envie de grimper jusqu’à la croix qui me domine encore d’une trentaine de mètre. De là-haut, la vue s’étend 360° degrés. Fait exceptionnel, les alpes bernoises, parées de leur tenue hivernale se détachent sur les sombres crêtes du Jura, là-bas à plus de 200 kilomètres. Pour les apercevoir et surtout distinguer autant de détail, aucun stratus ne doit recouvrir le plateau. Comme deux semaines en arrière, je ne me souvenais plus avoir vu autant de neige tombé en si peu de temps, je ne me souviens pas avoir admiré un panorama si étendu.  Majestueux panorama enneigé. Tous ces  « 4000 » qui dressent  leur fière silhouette au-dessus des Alpes. Si mon père les a presque tous gravis dans sa jeunesse, pour ma part je tâche au moins de me souvenir de leur nom. Weisshorn, Dent Blanche, Cervin, Dent d’Hérens, Pigne d’Arolla, Massif des Combins, Les Grandes Jorasses, le Mont Blanc, la Verte, les Dents du Midi, … la liste n’est de loin pas exhaustive et je vous invite à venir les découvrir ici même. Et pourquoi pas skier un jour ensemble ?

Trêve de touriste, il est temps de retourner skier. Je descendrai directement sous la gare d’arrivée. La pente est plus raide, mais la neige bien meilleure. J’ai grand plaisir de chausser à nouveau mes télémarks dans cette neige trafollée – neige poudreuse où des skieurs sont déjà descendu –. Un vrai régal. Un petit schuss dans le plat du glacier, au fond de la descente m’amène aux Louettes Econdouè, un itinéraire à ski qui rejoint Tortin. Nombre de touristes sont déjà passés, de nombreuses bosses se sont formées. Quelques peu tarabiscotées, elles restent toutefois douces à skier.  Je peine un peu dans la première moitié. Le temps de retrouver les anciens gestes, les vieux enchaînements et je suis loin. A nouveau, je fais la queue avant de remonter. Malgré tout, je trouve qu’il y a encore peu de monde – moins que les autres années –, alors que Noël est déjà passé depuis deux jours.

La Tsoumaz, 29 décembre 2011, 13h00

L’enneigement exceptionnel de cette année a permis à Verbier 4 Vallées d’ouvrir le Mont Gelé. Bien moins élevé que son grand frère le Mont Fort, dépourvu de glacier, il s’agit toutefois de ma descente préférée sur le secteur, sans doute la plus technique compte tenu de la pente et des obstacles rocailleux qui s’y dressent. Le téléphérique vert, à l’unique cabine, s’envole des Attelas pour rejoindre d’une seule traite le sommet de la montagne. Durant ces quelques minutes, j’adore admirer le raide versant ouest. Succédant aux barres rocheuses, entrecoupées par de minces linceuls blancs, les contreforts se terminent en une pente immaculée allant en s’adoucissant. Comme depuis quelques années, je reste pantois devant le nombre de sans-peurs qui l’ont descendue, malgré les importantes précipitations de ces derniers jours. La vie étant trop belle, je descends un peu à gauche de l’itinéraire officiel sur la face Est. Entre deux cailloux, je trouve encore quelques longueurs de poudreuses encore vierges où je laisse un éphémère sillon. Un vrai régal. Atteignant le fond du vallon, je rejoins les Louettes Econdouè puis Tortin.

En début d’après-midi, alors que j’arrive à nouveau aux Attelas, j’observe trois personnes s’agité au pied du Mont-Gelé, sur une avalanche. Remontant la trace grisâtre de la coulée, au-dessus d’une barre rocheuse, une franche cassure est visible dans le manteau neigeux. Au milieu, la large trace d’un surfeur. Alors que deux patrouilleurs de Verbier 4 Vallées apparaissent sur la crête et se dirige vers le début de la coulée, le bourdonnement d’un hélicoptère résonne dans la vallée. Il vient déposer d’autres secouristes accompagnés de trois chiens au pied de la coulée. J’apprends rapidement par un ami employé aux remontées mécaniques  que trois chanceux touristes, pris dans le flux neigeux, ont pu s’extraire par leur propre moyen, mais qu’ils ne savent pas si le surfeur était descendu bien avant la coulée, ou si ce dernier en la déclenchant pris aux pièges. Une bonne heure et demie plus tard, les recherches sont abandonnées : l’observation visuel, les sondages et le flaire des chiens n’a décelé aucun autre enseveli.

Pour bien terminer la journée, je remonte au Mont Fort pour emprunter par le même chemin que ce matin. Si le début de la descente est tout aussi beau, l’ombre des montagnes recouvre le fond du vallon menant à Tortin. Je termine dans la pénombre froide et bleutée d’une fin d’après-midi hivernale. Je ne résiste pas non plus à une dernière descente depuis le Col de Chassoure jusqu’à Tortin. Je retourne au chalet en passant par Verbier. Après m’être gorgé de soleil lors de la montée jusqu’à Savolyeres, je glisse à nouveau sur le versant nord. Au chalet, l’apéro est presque prêt. Un peu de viande séchée, un petit verre de blanc contribue à réchauffer mes sens.

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Noël

25 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 16h00

Comme depuis des années, la famille se réunie à Riddes le 24 au soir pour fêter Noël. Je suis donc rentré hier en Valais. Bien que je sache que la neige a envahi le canton, blanchissant tout sur son passage, de l’arrête sommitale des montagnes aux vergers des plaines, je reste agréablement surprise devant ce manteau qui scintille au sol. Depuis bien longtemps, je n’avais plus passé un réveillon blanc en plaine.

Le temps d’une soirée, mes grands-parents, ma sœur, Valérie, et son copain, Ozgür, mes parents et moi, nous nous sommes réunis autour de l’apéro, puis de la traditionnelle fondue chinoise et du désert. Chants de Noël et ambiance festive ont réchauffés les cœurs. Ce n’est que peu avant la messe de minuit que nous nous sommes séparés, mes grands-parents accompagnés de maman sont allés à l’église, alors que ma sœur, Ozgür, papa et moi avons joué aux marmitons.

Le lendemain, aucun réveil n’a retentit. Le ciel était déjà bleu claire lorsque je me suis réveillé. Les montagnes avaient perdu leur teinte rose depuis bien longtemps. Aucune trace de nuage, l’atmosphère est pure comme après un gros orage. Après avoir préparé nos affaires, mes parents et moi sommes montés au chalet à La Tsoumaz pour les deux prochaines semaines.

Le temps de décharger la voiture, de dégager les balcons envahis par la neige, d’allumer les feux pour chauffer le chalet, d’effectuer un premier rangement des nombreuses affaires, puis je me suis équipé pour aller skier. Aujourd’hui j’abandonne mes télémarks pour me saisir de ma veille planche Silberpfeil, un surf alpin que j’avais acheté il y a quelques années. Arrivé à Savolyeres, il n’y a pas trop de monde sur les pistes, comme c’est souvent le cas l’après-midi du 25 décembre. Splendide journée pour tracer de longues courbes, sans être gêné par un quelconque pingueli égaré – touristes ne sachant pas skier –. La neige est presque un peu molle, je grave un profond sillage dans la piste. Ephémère, demain il aura déjà disparu. Entre descente rapide, lente montée, je salue et discutes avec les employés des remontées mécaniques, mes anciens collègues lorsque je travaillais pendant mes études chez Verbier 4 Vallée comme remplaçant.

Ce n’est que lorsque l’ombre a bien envahi les versants nord que je redescends au chalet. Le froid a glissé sur les pentes, gelant l’activité diurne. Plus rien ne bouge, les oiseaux se sont tus, la lune se lève et la nuit tombe.

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P.S. Avec un peu de retard, j’espère que vous avez passé un sympathique Noël et que vous avez été bien gâtionné par votre famille !