J22 – Découverte de Fjordland

2 06 2011

Control Gate, Te Anau, 2 juin 2011, 22h00

Trajet : Monowai Lake – Manapouri – Te Anau

Distance : environ 3509.1 km

Réveil tranquille, petit déjeuner savoureux. Une petite balade matinale jusqu’à un point de vue situé à 3 petits kilomètres du camping accélère la digestion. La vue sur Monowai Lake et les contreforts des Fjords en arrière plan est cadrée par la surface du lac et un plafond nuageux ne laissant entrapercevoir que la partie inférieure des montagnes. Magnifique. Partie intégrante d’un complexe hydroélectrique, le niveau du lac est monté de 2.5 mètres lors de la construction du barrage, expliquant les nombreux troncs perçant la surface à proximité des rives.

J’ai à peine démarré que je m’arrête quelques kilomètres plus loin pour me promener dans Borland Ridge, une étendue de landes  composées d’un sol partagé entre des lichens blanchâtres et des herbes sèches, parsemé d’arbustes similaires à nos bruyères et à nos genets. Je suis une piste forestière, en emprunte une deuxième au gré de mes envies. Attention à ne pas se perdre dans ce paysage toujours semblable, mais en perpétuel changement: n’aurais-je pas déjà croisé ce buisson, à moins qu’il n’ait été un chouïa plus grand? Je retrouverai ce type de végétation plus tard dans la journée à proximité de Rakatu Wetland. De l’autre côté de la vallée, je parcours la courte boucle de Borland Nature Walk, qui traverse un exemple de forêt local. Ici, les beechs constituent l’espèce dominante. Sur les hauteurs, seul un tapis de mousses et de fougères parsème le sol; dès que la forêt pousse sur des terres inondables, des arbustes occupent un étage de végétation supplémentaire entre le sol et la frondaison, les fougères se font aussi plus présentes.

Avant Manapouri, je m’arrête proche de Rakatu Wetland, une zone humide en partie régénérée par les exploitants du complexe hydroélectrique. Si les premiers étangs marécageux me déçoivent beaucoup – les digues permettant cette revitalisation présentent une forme tout sauf naturelle – en poursuivant mon chemin je découvre un marais original, bien plus vivant, bien plus fractionné que les constructions artificielles. Peut être qu’en donnant du temps à la nature, cette dernière reprendra ses droits. Manapouri, plutôt hub touristique des croisières à destination du Doubtfull Sound que véritable village, je m’enquièrs d’ailleurs auprès des agences des diverses possibilités et coûts, avant de poursuivre mon trajet jusqu’à Te Anau, la grande ville de Fjordland avec près de 3000 habitants.

Pour l’aparté historique, en 1952, des milliers de néo-zélandais se sont battus contre le gouvernement pour que le lac reste à l’état naturel. En effet, le pouvoir en place, afin de pourvoir en électricité l’usine d’aluminium de Tiwai entre Bluff et Invercargill, voulait construire un barrage et monter le niveau de l’eau d’une trentaine de mètres. Le compromis trouvé fut d’exploiter le lac à son niveau habituel et la défaite du parti aux élections suivantes.

Sur le chemin, je m’arrête à Rainbow Reach pour parcourir quelques kilomètres du célèbre Kepler Track, l’une des sept Great Walk, dont le tracé forme une boucle dans les montagnes de la région entre Manapouri et Te Anau Lake. Après avoir traversé Waiau River sur un magnifique pont suspendu, oscillant sous mes pas, je longe la rivière vers le Sud. Je chemine à nouveau dans une forêt de beechs, au très agréable tapis moussu. L’endroit est grandiose, avec ces grands troncs qui s’élancent vers le ciel, une rivière bordée d’une rive de galets. Elle a d’ailleurs servi de décor lorsque les neufs Nazgul poursuivant Arwen s’élancent dans la rivière Anduin. Plus loin, je découvrirai aussi la région marécageuse des Dead Marshes que Frodon, Sam et Gollum franchissent pour approcher le Mordor. L’endroit y est d’ailleurs plus que ressemblant, avec les nombreuses petites mares, les plantes carnivores et la végétation particulière des marais. Il ne manque que la brume. Je suis presque surpris d’entendre plus d’oiseaux ici aux abords du Fjordland plutôt que sur Rakiura. Il est vrai qu’ici aucun vent, aucune rafale, aucun grincement d’arbre ne vient troubler le silence quasi religieux de la forêt.

Arrivé à Te Anau, après avoir réservé une croisière sur le Doubtfull Sound pour la journée de demain, et une sur le Milford pour le surlendemain dans l’après-midi, je me ballade à côté de Te Anau Lake, le plus grand lac de South Island, dont le niveau peut varier de 4 mètres suivant les besoins en eau du complexe hydroélectrique. Le parc, situé à l’entrée du village, permet de se forger une connaissance autant botanique avec les divers espèces d’arbres, qu’ornithologique avec quelques caches regroupant les principaux oiseaux, dont le célèbre kea, le seul perroquet alpin, grâce aux plaquettes descriptives. Déambulant paresseusement au bord du lac jusqu’au coucher du soleil, j’aurai bien aimé qu’il se couche à l’est car ses derniers rayons auraient éclairé d’une magnifique couleur les rives arborisées d’en face. Il est toutefois vrai que si j’avais été un septuagénaire, j’aurais été bien heureux de profiter de cette dernière chaleur depuis ma terrasse d’une maison de Te Anau. Il n’y a pas moyen d’avoir le beurre et l’argent du beurre.

Ravitailler le véhicule, acheter de quoi préparer des sandwichs pour demain, et je me trouve une petite place pour la nuit. Le temps de préparer mon repas –  bœuf tandoori aux poivrons, un vrai délice –  rédiger le billet du jour et voilà que mes doigts sont plus que frigorifiés. Bon! je préparerai mes sandwichs demain matin, après le petit-déjeuner; il est temps d’aller dormir pour moi, et de retourner travailler pour vous.

 

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J 11 – Arrivée dans les Mac Kenzies

22 05 2011

Aoraki/Mt Cook, dimanche 22 mai 2011, 19h20

Trajet : Peel Forest – Aoraki / Mount Cook

D=2104.4 km

Levé ce matin peu avant l’aube, le réveil est difficile. L’humidité présente dans l’air rend la fraîcheur du matin plus pénétrante. Trois tartines, un bouillon de thé bien noir, et je pars me promener dans Peel Forest. Cette forêt, l’une des plus importantes de Nouvelle-Zélande, contenant exclusivement des conifères endémiques, recèle en son sein, paraît-il, une cascade, Acland Falls. Une petite heure de marche, qui se réduiront à 30 minutes aller-retour, me permet de découvrir une petite chute d’eau, dont le moment enchanteur est sans nul doute de remonter le ruisseau pour y accéder. Je préférerai toutefois la courte promenade qui me mènera auprès du plus grand conifère de la forêt. Si son tronc de 9 mètres de périmètre n’a rien de comparable aux Kauris géants de Nord, les massives racines de ce Totora, âgé de plus de 1000 ans, assure l’assise de ce tronc, à l’écorce ligneuse.

La destination du jour est Aoraki, plus connu de par le monde par son nom européen, Mount Cook, la plus haute montagne de Nouvelle-Zélande. Distante de près de 200 kilomètres, il est temps de me mettre en route. Pour rejoindre l’Inland Scenic Route, je croise de magnifiques troupeaux de cervidés, qui me mettent l’eau à la bouche. Ces élevages seront remplacés peu à peu par des cultures de divers choux dont l’odeur âcre me coupe l’appétit. A Géraldine, je profiterai de remplir le réservoir, ainsi que de ravitailler le van en divers produits tous plus sains les uns que les autres pour la santé.

Je quitte cette ville pour Fairlies, surnommée la porte d’entrée pour les Mac Kenzies; cette région montagneuse comporte 22 des 27 sommets de plus de 3000 mètres de Nouvelle-Zélande. Le paysage plat retrouve peu à peu des formes, les champs se transforment en collines, les choux sont remplacés à nouveau par des moutons. Au loin, les premiers contreforts montagneux se distinguent, cachés par de grandes prairies aux formes voluptueuses. Je m’approche peu à peu de Burkes Pass, embarque à Fairlies  un kiwi autostoppeur en route pour Queenstown.

Altitude : un peu plus de 700 mètres. Il ne faut pas l’imaginer comme un étroit col suisse en V, coincé entre deux montagnes s’élevant de part et d’autre de la route. En Nouvelle-Zélande, la forêt s’arrête entre 500 et 600 mètres, peu à peu remplacée par de petits arbustes puis par des steppes. Burkes Pass : une grande plaine recouverte de prairies sèches aux herbes jaunâtres, limitées par des collines. Devant nous, la route s’étend à perte de vue, déroulant son long ruban anthracite dans la lande ; l’horizon est seulement barré par les MacKenzies aux sommets enneigés. D’ailleurs il semblerait qu’un nuage lenticulaire couronne Aoraki.

J’avais prévu une petite balade après Tekapo Lake, à mi-chemin du Mont Cook. Pour l’atteindre, encore près de 40 kilomètres dans cette steppe située à plus de 700 mètres de haut. Lorsque je m’imaginais Aoraki et les autres montagnes, jamais je n’avais pensé que ces hauteurs s’élèveraient soudainement au milieu d’une vaste plaine. Une bien belle surprise. Et quand je pensais à Pukaki ou Tekapo Lake, j’imaginais ces grands lacs serrés, au moins d’un côté, si ce n’est des deux par d’immenses flancs montagneux, mais non, ils se situent simplement au milieu des steppes.

Tekapo Lake: j’avais déjà entendu parler de ses eaux couleurs turquoises. Tel un lac de glacier, ses eaux contiennent des micro-sédiments qui lui donnent cette couleur bleue laiteuse, tranchant avec le jaune des steppes et des collines environnantes, ainsi que le blond cuivré des mélèzes poussant sur son rivage. Tekapo, aussi le nom d’un petit village sur la rive sud du lac, pas des plus jolis, mais j’envie presque les possesseurs de ces maisons au panorama si magnifique. Face au lac, une petite chapelle, Church of the Good Shepherd, érigée en chêne et en pierre, dresse fièrement sa silhouette dans ce cadre idyllique. Bien que l’hiver diminue le flot de touristes, l’arrivée d’un car en provenance de Queenstown, m’amène à quitter les rives.

Suivant l’avis du 202 Great Walks, je rejoins les abords d’Alexandrina Lake. Quelques kilomètres dans les steppes sur une route de gravier, où seuls les 4×4 sont autorisés en condition hivernale, m’amènent près d’un hameau. Situés à l’extrémité sud, de nombreux bachs ouvrent leur fenêtre sur un lac, dont les eaux sombres tranchent avec les herbes jaunies, et les couleurs cendrées des contreforts montagneux. Il paraît qu’il faut plusieurs saisons pour tomber amoureux de ce lac; personnellement, il ne me faudra que quelques minutes.  Calme et volupté, miroir admirable, reflétant le ciel sur une surface exempte de ride, douce chaleur automnale irradiant de l’astre solaire. Un moment juste parfait, qui se prolongera encore, le temps d’une promenade me menant jusqu’à mi-lac. Là, un autre hameau où s’écoule les eaux d’Alexandrina dans Mac Gregor lake, qui vont alors se mélanger avec celle du Tekapo. Rien à redire de ce début d’après-midi. Grandiose.

J’aurais bien squatté la terrasse de l’un des bachs, ou je me serais bien volontiers allongé tranquillement sur l’un des pontons, mais il me faut reprendre le chemin. La route déroule à nouveau son ruban rectiligne à travers les steppes, mais je quitterai le tracé principal pour m’engager sur une route privée, longeant un canal, dans lequel s’écoulent les eaux du Tekapo, aisément reconnaissables à leur couleur caractéristique. En chemin, elles baignent la ferme à Saumon du Mont Cook, avant de se déverser dans deux conduites forcées, alimentant une centrale hydroélectrique nommée Tekapo B, avant de se déverse dans Pukaki Lake… Ce canal, un ouvrage presque disproportionné pour ce pays où les ponts à une voie sont légions, ou les tunnels ne sont pas foison, étend ses larges remblais de part et d’autre dans la plaine pour contenir ce flot tranquille. Pukaki Lake, à l’origine un lac creusé par les glaciers du Mont Cook, est l’un des rares lacs artificiels de Nouvelle Zélande suite à la construction de deux barrages sur la rive sud. Il étend sur près de 45 kilomètres sa surface aux couleurs ultramarines jusqu’aux pieds des Mackenzie. Depuis le barrage, plaque tournante pour aller jusqu’aux pieds du Mont Cook, une vue splendide sur les MacKenzies.

Et voilà, plus que 55 kilomètres avant d’arriver à Mont Cook Village, alias l’Hermitage, du nom du premier hôtel construit ici en 1884. Il s’agit d’une des plus belles routes de Nouvelle-Zélande, surplombant les eaux bleues de Pukaki Lake, longeant sa côte, cachant et découvrant au gré de ses ondulations la blanche silhouette d’Aoraki dans le lointain, encadrée par le Seftron, Malte Brun ou encore La Pérousse, ses coreligionnaires. Et imaginez 2 choses. La première: rouler le long du lac de Neuchâtel, sans âme qui vive sur près de 50 kilomètres, sans croiser plus de 2 véhicules par heure. La deuxième: le Cervin ou le Bietschhorn élever leur profil caractéristique à Martigny, et qu’il est impossible de les perdre de vue dès que l’on passe Aigle. Mélangez ces impressions, multipliez par 10, 100 ou 1000 et vous n’obtiendrez qu’une pauvre contrefaçon du sentiment ressenti aujourd’hui.

Pour fêter ces instants de perfection, le passage du deux-millième kilomètre, une nuit qui s’annonce fraîche à l’ombre d’Aoraki, un excellent petit souper: rumsteak de bœuf, accompagné de ses carottes vichy, et ses kumaras herborisés, le tout servi avec un Pinot Noir d’Otago. Un vrai délice, comme j’aurai pu l’apprêter à Ecublens. Même mon van, me ressemble de plus en plus, affiches et cartes sont scotchées à l’aide de gaffeur aux parois, duvets et coussins ne sont mêmes plus rangés tout les matins, seule la cuisine présente encore un semblant d’ordre. Il faut dire que des couteaux qui se baladent peuvent présenter un certain danger et que je ne suis point un fan des bouteilles d’huile, de vinaigre ou de lait renversées.

Pour finir, deux dernières petites remarques. Cela fait longtemps que je pense qu’il est impossible de traduire certains panoramas en terme de mots. Aujourd’hui,  je suis tombé sur un extrait d’Alexander Turnball, qui a ressenti la même frustration : « Il est impossible pour moi de décrire en des mots adéquats la beauté majestueuse qui m’entoure ; ces fantastiques chaînes montagneuses aux pics couronnés, aux flancs recouverts de glacier, souvent cassé en d’innombrables séracs… , toutes ces impressions vous nourrissent d’une profonde admiration». Sinon, depuis que je suis sur l’île du Sud, j’ai réellement pris conscience que si le soleil se lève à l’Est pour se coucher à l’Ouest, il trace sa courbe diurne en passant par le Nord. Jamais, il ne marque le sud, comme il a coutume de le faire en Europe. Cela ne m’avait pour ainsi dire pas fait tilt lors de mes balades dans le Far North, à Waiheke ou Rotorua.

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Wai-O-Tapu et Kerosine Creek

10 04 2011

L’histoire commence le vendredi 9, par le voyage jusqu’à Rotorua

Frienz, Auckland, 11 avril 2011, 19h00 (GMT+12)

Lors de mon retour au Funky Green vers 22h00, je passe par la salle commune et m’attable avec l’équipe de backpackers présents. Les deux sujets en cours :

  • Est-ce qu’il s’agit réellement de vin dans la bouteille acheter à 6$ au Countdown estampillée, « vin doux et sucré » d’Afrique du Sud et titrant seulement 7.4% ?
  • Les italiens ont inventé l’expresso, et les anglo-saxons ont procédés aux autres améliorations : capuccino, Boccaccino, … très à la mode dans cette partie du monde ?

Alors que tout ce joyeux monde gagne le grand salon, situé de l’autre côté de la route, je regagne la chambre. Le programme de demain est chargé : d’après l’office du tourisme, je ne pourrai faire qu’une seule activité, et des backpackers me souhaitent bonne chance car j’ai un bout de route à parcourir en autostop, et surtout une deadline : mon bus repart de Rotorua à 16h55.

Même heure de lever que hier, je gagne Fenton Street où j’assiste à la reconstitution d’un accident par la police. Afin de connaître la vitesse réelle de l’arrivée de la voiture impliquée, le véhicule de police ne cesse de prendre de plus en plus d’élan afin de retrouver la même distance de freinage. Je descends le long de Fenton Street, mon pouce tendu vers le haut. Mon but: être à Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, à 8h30, soit à l’ouverture du site. Au bout de 3 kilomètres, je m’arrête juste avant le début de la voie rapide. Vers 8h00, un kiwi monté dans une grosse jeep cherokee s’arrête et m’embarque. Venant de Tauranga et allant à Taupo, il est très content de pouvoir tailler le bout de gras. A l’instar de tous les autres néo-zélandais qui m’ont fait un brin de conduite, il fera le détour pour me poser juste devant l’entrée de Wai-O-Tapu. 8h27, je dois encore patienter 3 minutes avant l’ouverture. Rapide et efficace ce matin. Alors que j’achète mon ticket, la caissière, reconnaissant mon sac de couleur funky green, se confond en excuse de ne pas avoir pu me prendre en stop ce matin à Rotorua, car elle amenait quatre autres employés du centre. Définitivement accueillant.

Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, est l’un des sites géothermiques les plus fameux au monde. Sur une petite surface il présente un nombre impressionnant de mares de tailles et de couleurs les plus diverses. Je ne vais pas vous décrire intégralement ce que j’ai vu, vous êtes assez grands pour le découvrir vous-même sur les photos et imaginer le reste.  J’aurai deux seuls regrets pour cette visite, tous deux liés à la météo. Les nuages, cachant le soleil, seront mon premier : les couleurs ne sont pas aussi intenses que s’il avait fait grand beau, et l’absence de vent ne dissipe pas les vapeurs. Le deuxième est le manque de pluie de ces derniers jours : l’évaporation ayant diminué la taille de nombreuses mares. Une bonne heure et demie sur un chemin serpentant entre cratères, mares de boues et sources chaudes me mène d’un bout à l’autre du parc.

Lac Ngakoro

La promenade commence par la Demeure du Diable, cratère formé suite à l’effondrement du sous-sol rongé par l’acidité, et le pot d’encre démoniaque, tous deux remplis par un boueux liquide d’un sombre gris bouillonnant. Ce n’est qu’arrivé à proximité de la Palette de l’Artiste, que les sels métalliques parent de diverses teintes dépôts et fluides. Des jaunes issus des composés soufrés, aux eaux aigues-marines teintées par les éléments chloreux et alcalins, en passant par le pourpre de l’oxyde de manganèse, l’ocre de celui du fer, l’orange de l’arsenic et de l’antimoine, toutes les couleurs de l’arc en ciel sont représentées.

La Palette de l'Artiste

Cet endroit est clairement magique, j’avais déjà lu quelques livres sur les formations géothermiques, les dépôts colorés, mais les observer dans leur lieu naturel, avec les odeurs et l’humidité dégagée leur donne une toute autre dimension. La finesse des détails, la diversité des formes, le bruit de l’éclatement des bulles, le gargouillement des sources chaudes, ne cessent de m’étonner. Mes éléments préférés dans le parc sont sans nul doute les manifestations du démon comme son pot d’encre (Devil’s Ink Pot), où graphite et pétrole brute se mélangent à la surface, ou son bain (Devil’s Bath), couleur turquoise, mélange de souffres, de composé ferreux et des eaux excédentaire de Champagne Pool, ainsi que le tranquille lac Ngakoro – grand-père en maori -, teinté en vert sarcelle. La grande attraction est la Palette de l’Artiste dont les vives couleurs habituelles sont ternies par le manque d’eau. Elle dispute sa place avec Champagne Pool, aujourd’hui recouverte par ses vapeurs, qu’aucun léger courant ne vient dissiper. Tirant son nom de la finesse des bulles de dioxyde de carbone qui remonte à sa surface, il s’agit non seulement de la plus grande source de la région, avec un diamètre de 65 et une profondeur de 62 mètres, mais aussi de celle contenant les métaux les plus diverses : or, argent, cuivre, mercure, arsenic, thallium ou encore antimoine.

Devil's Ink Pot : le pot d'encre démoniaque

9h52, il est malheureusement temps de quitter le parc, pour rejoindre Lady Knox, un geyser qui entre en éruption tous les jours à 10h15 précise. Ce dernier fait partie des attractions de Wai-O-Tapu, toutefois il est situé à un 5 petites minutes en voiture de l’entrée. Avisant deux touristes sur le point de partir, je leur demande s’ils peuvent m’emmener avec eux. Ce couple madrilène répondra par la positive. Le geyser trône fièrement au milieu d’un amphithéâtre où sont disposés des gradins pouvant accueillir jusqu’à 200-300 touristes, à vue de nez. Avant de voir l’éruption de Lady Knox, la question de savoir pourquoi le geyser entrait en activité par cycle de 24heures à 10h15 me trottait dans la tête. Et bien, la veille dame supporte très mal les tâches ménagères : l’introduction d’un kilogramme de surfactant biodégradable – un produit chimique similaire au savon – dans sa tuyère provoque chez elle des quintes de toux d’une extraordinaire violence.

Pour la petite histoire, à la fin du 18ème siècle, un camp de prisonniers était établi près de la réserve thermale. Les prévenus avaient pour tâche quotidienne de défricher le bush dans les environs afin d’y planter pins et eucalyptus pour l’industrie forestière. Un jour, les défricheurs sont tombés sur une source d’eau chaude ; l’offre de Dame Nature leur permit d’améliorer les rudes conditions de lavage, habituellement pratiqué à l’eau froide. Il ne fallut pas longtemps avant que le premier groupe n’y soit amené pour faire la lessive. Alors que les détenus décrassaient avec force brosse et savon leurs habits, le bain entra en éruption, projetant eau froide et vêtements, qui retombèrent dans les environs. Suite à cette mésaventure les prisonniers construisirent un monticule à l’aide de rocher autour du geyser, qui aujourd’hui recouvert de silicates et autres dépôts minéraux forment la tuyère du geyser. Quelques décennies plus tard, alors que le tourisme arrivait dans cette zone géothermique quelqu’un eut l’idée de lessiver quotidiennement Lady Knox afin de provoquer une pluie d’eau froide, de flashs et surtout d’exclamations.

Lady Knox Geyser dans toute sa splendeur

Le couple espagnol m’invite à monter dans leur voiture. Nous faisons un petit détour par Mud Pool, une grande mare de boue qui ne cesse de bouillir. Les bulles venant crever la surface projettent le fluide visqueux en d’esthétiques surfaces libres, avant de retomber dans le bain. Comme les amoureux rentrent sur Rotorua pour savourer un hangi, ils me déposent à l’intersection entre la SH5, Thermal Explorer Highway et Old Waiotapu Road. Je marche sur cette petite route gravillonnée pendant une petite demi-heure, le temps d’admirer sur ma gauche la sauvage nature du lac Rotowhero, remplacé petit à petit par une forêt dense, et sur ma droite des arbres plantés aux cordeaux dont le destin scellé les conduira à être transformé en papier dans une usine japonaise. Arrivé au niveau d’un petit parking, où stationnent quelques voitures, j’emprunte le petit sentier me menant à Kerosine Creek. Ce petit ruisseau, coulant à plus de 40° degré, se déverse, après une petite chute d’eau, dans une goulotte. Il forme ainsi un petit spa en pleine nature, et d’accès totalement gratuit – qualificatif rare en Nouvelle-Zélande. L’endroit est enchanteur, ombragé par quelques pins, quelques fumerolles noyées par le soleil pénétrant le feuillage. Quelques pierres empilées me permettent de glisser dans le fluide plus que tempéré et rejoindre quelques locaux. Bien que les remous provoqués par la chute soient agréables, la température y est trop élevée à mon goût, et je m’éloigne quelque peu dans des eaux plus tranquilles. Douce chaleur envahissant mes membres, et relaxant mon corps. Encore mieux que hier après-midi à Rotorua. Comme tous les autres baigneurs retournent à Rotorua, je n’ai que l’embarras du choix pour le lieu où je veux être déposé. Toutefois, l’un des conducteurs ayant appris que je veux aller jusqu’au Blue Lake se propose de m’y emmener car le lac se trouve sur sa route.

Kerosine Creek : la goulotte forme un véritable spa en pleine nature

Chemin roulant, j’apprends que ma conductrice, d’origine russe, a longtemps servi d’entraîneuse dans diverses équipes de sports en Europe, avant de venir travailler en Australie et en Nouvelle-Zélande comme coach sportif afin d’aider les personnes en surpoids à perdre quelques centaines de gramme. Durant le trajet, je me rends compte que Blue Lake ne doit pas être exactement sur sa route, car nous avons laissé plus de 10 kilomètres en arrière la dernière maison des faubourgs de la cité, et aucun lac n’est encore visible. Si je me suis déjà habitué à la gentillesse des néo-zélandais, je finirai aussi par admettre cette nouvelle échelle de distance, où une quinzaine de kilomètres ne représentent qu’une très courte distance.

Arrivé à Blue Lake, elle me dépose près de la plage sud, et me conseille, si le temps me le permet, lors de mon retour à Rotorua de m’arrêter à Redwoods, pour me balader dans cette surprenante forêt. Je m’attendais à arriver dans un petit éden, avec un nom pareil et des critiques si positives. Si le lac et ses rives sont très jolis, je suis toutefois un peu deçu, sa couleur n’est pas aussi bleue que son nom le prétend, les canots moteurs et le ski nautique autorisés troublent la quiétude du lieu de leur vrombissement assourdissant. Mais bon, je n’ai pas fait tout ce trajet pour rien, et m’élance pour un tour du lac. Le sentier s’enfonce dans la forêt, surplombant la rive de quelques mètres. Au détour des courbes, entre les arbres qui élèvent leurs longs troncs, la beauté du lac se révèle par quelques roseaux poussant dans une petite crique, une plage accessible par une petite sente tortueuse. A l’extrémité sud du lac, le chemin se mue en route forestière avant de rejoindre Tarawera Road, après une légère côte. De ce point, la vue sur Green Lake est imprenable, d’une nature plus sauvage, son rivage ne semble que difficilement accessible. J’essaierai néanmoins de m’y rendre en suivant une piste. Toutefois, à l’inverse de celle de Rangitoto, cette dernière devient vite impraticable tant la végétation est florissante. Je redescends de l’autre côté en direction de Blue Lake via un escalier qui conduit à une petite plage, où quelques vaguelettes poussées par le vent viennent mourir sur le sable. Je ne résisterai pas à l’attrait de l’eau, et m’y plongerai. Brrr, fit-il en secouant sa tête. Bien plus fraîche que celle à laquelle je me suis habitué ces derniers temps, mais tellement plus revigorante.

Plage au sud de Blue Lake

Le chemin du retour, côté est, fraie son chemin à travers le bush néo-zélandais : fougères, palmiers, quelques pins et autres feuillus le peuplent. Je ne rencontre pas non plus de difficultés pour trouver une voiture qui me déposera au centre d’information de Redwoods. Comme il me reste encore un peu moins de trois heures avant de prendre mon bus pour retourner à Auckland, je m’élance sur la promenade, dont le temps est estimé à une heure et demie. De son vrai nom Whakarewarewa Forest, Redwoods doit son nom aux séquoias californiens qui furent plantés ici et qui donnent le caractère majestueux à cette forêt. Cette plantation de séquoias, ainsi que de 169 autres espèces fut entreprise à partir de 1899, sur une terre défrichée du bush originel, pour observer quelles espèces exotiques se développent le mieux en terre néo-zélandaise, et lesquelles sont à mieux de servir l’industrie forestière. La boucle que je parcoure me mènera à travers les plantations d’une quinzaine d’espèces différentes, mais seule celle des séquoias empêche aux espèces originelles de repousser, toutes les autres sont à nouveau envahies par les arbres natifs. Splendides balades, les séquoias aux larges troncs resteront à jamais gravés dans ma mémoire, car pour ce qui est des photos, je suis au regret de vous dire que la batterie de réserve est restée ce matin au Funky Green.

Redwood Forest, dans Whakarewarewa F : sequoias californien plantés en 1901

Un couple d’Australien, en vacances pour la troisième fois en Nouvelle-Zélande, et qui ne jure que par ce pays, me ramène à Rotorua. Le temps d’attraper mon sac-à-dos principal à l’auberge, saluer une dernière mes collègues de hier soir, et je retourne en ville, lisant le dernier adieu du Funky Green. En attendant le bus, je sirote un dernier café, accompagné d’un délicieux sablé au chocolat à la terrasse de Lime Cafeteria, une très bonne adresse de la ville.

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