J 29 – Matukituki Valley

9 06 2011

Youth Hostel, Wanaka, jeudi 9 juin 2011, 21h30
Trajet : Wanaka – Matukituki Valley – Wanaka
D = 4433.1 km

Effectivement, le lever de soleil sur End Peak est splendide, toutefois au lieu que le ciel ne se drape d’une immaculée robe bleutée, de nombreux ravoures rosés s’embrasent à l’est au-dessus du lac. Les nuages ne tarderont d’ailleurs pas à envahir la vallée, mettant fin au spectacle lumineux sur les montagnes. Ayant prévu une journée de randonnée, je me prépare un solide petit déjeuner : bacons, eggs, tartines, miel, beurre, confiture, … accompagné d’un petit jus d’orange, d’une tasse de thé et d’un bouillon de lait. Un vrai régal, après mon frugal repas de hier soir, composé du cookie, énorme il est vrai.

Après avoir roulé quelques kilomètres, je m’arrête après avoir quitté les rivages du lac à Glendhu Bay, pour m’enfoncer dans Matukituki Valley. 202 Great Walks conseille la balade de Diamond Lake, avec un panorama étourdissant sur les montagnes de Mount Aspiring National Park. Sam et Jonathan m’avaient d’ailleurs chaudement recommandé de la faire. Malgré le temps, le cœur plein d’espoir, je m’élance dans l’ascension de ce mont(-icule), culminant à 700 mètres, 400 mètres plus haut que la plaine. Un chemin forestier conduit  jusqu’à un premier plateau où s’étend Diamond Lake, un véritable miroir. Le DOC réhabilitant les aménagements, la moitié de ces derniers ont été enlevé ces dernières semaines, un véritable sentier à la valaisanne me conduit jusqu’au sommet. Sous mes pas, les crissements des brins d’herbe gelés ou encore les légers craquements de la fine pellicule de glace déposée nuitamment sur les cailloux se fait entendre, quelques oiseaux trillent dans les arbustes, et parfois, au loin, la rumeur de quelques jeeps avalant des kilomètres d’asphalte. Le chemin tantôt monte à travers une petite prairie d’herbe sèche, tantôt longe un étang alpin, ou encore se met à gravir un raidillon, à l’abri de quelques surplombs rocheux.

Le panorama est tellement magnifique qu’il n’est pas question de faire l’ascension d’une seule traite. Premier arrêt sur une plateforme surplombant Diamond Lake. Un petit détour jusqu’au point de vue sur Lake Wanaka  me réserve un spectacle époustouflant : loin des côtes rectilignes de Lake Wakatipu aux abords de Queenstown, les rivages présentent maintes découpes : grandes baies creusées, nombreuses petites criques, promontoires, péninsules, îles,… le paysage est si dynamique, un véritable plaisir visuel. Peu à peu je m’approche du sommet, et au détour d’un dernier contour, alors que je devrais profiter d’un panorama époustouflant sur les montagnes au loin, seul le brouillard m’accueille. Les prairies sont nimbées dans les brumes, une falaise au loin étrenne une robe grise plutôt que noire. Dommage, toutefois cela restera dans mes très belles balades au pays des kiwis.

Pour redescendre, j’emprunte le tracé ouest. Ce dernier se révèle rapidement plus humide, de nombreux filets d’eau ruissellent depuis diverses sources. L’herbe rase forme un magnifique composite de fibres végétales dans une matrice de glace. Plus au loin, sur un replat, il ne s’agit plus d’une fine pellicule de verglas, mais de flaques complètement gelées et de pierres enrobées dans des gangues de glace. Alors que je m’approche de petit lac, j’aperçois un fin câble jaune, déposé durant ma ballade. Il me rappelle étrangement les téléphones de campagnes ou les cordons détonateurs de notre armée nationale. Une dizaine de mètre plus loin, un employé du DOC, Dave, me fait signe de remonter. Un rocher doit être dynamité d’ici quelques minutes afin d’améliorer le tracé. Le bruit de l’explosion résonnera longuement à travers la vallée, amplifié par l’écho des divers vallons. Méthode quelque peu dévastatrice, car si le but est atteint, avec un rocher éparpillé en une pléthore de fragments, la végétation a aussi souffert. Les arbustes, aux troncs noircis, ont perdu la majorité de leurs feuilles dans l’aventure. Je discuterai un petit moment avec Dave, parlant des différences de chemin entre Suisse et Nouvelle-Zélande, il me quitte sur un : « mais ici, mêmes les personnes en surpoids important doivent pouvoir marcher sur nos chemins ».

Knight Point, West Coast, vendredi 11 juin 2011, 19h30

Selon Dave, les nuages ne devraient pas encore avoir pénétré dans la vallée. Je décide donc de poursuivre ma route, remontant le long de Matukituki River. Après l’intersection où la route goudronnée se termine, donnant naissance à deux tracés gravillonnés, l’un montant à la station de ski de Treble Cone, l’autre suivant le fond de la vallée, je m’arrête auprès d’Heliservices, compagnie d’hélicoptère pourvoyant de scéniques vols au-dessus de Mt Aspiring National Park, pour m’enquérir une dernière fois des conditions. La demoiselle très sympathique jettera un coup d’œil sur la webcam de Treble Cone. Elle m’interdira de regarder l’écran, et me conseillera de partir sur ces propos sibyllins : « cela doit être bon, je vous laisse la surprise ». Et donc me voilà parti sur cette route qui perd très rapidement ses graviers pour n’être constituée que de terre battue. Le tracé commence par zigzaguer au milieu de la vallée, avant de se retrouver coincé contre la parois abrupte, acculé par le large lit de la rivière. Vaches et moutons paissent tranquillement dans les pâturages avoisinants, se baladant de temps à autre sur le chemin. Si l’ovin est rapidement effrayé, il faut en général patienter quelques minutes avant que le tranquille ruminant remarque votre présence et décide de se retourner dans le pré. Jusqu’à présent, un plafond de brouillard recouvre toujours la vallée, et au détour d’un virage, la surprise apparaît, quelques kilomètres en amont, le vallon est ensoleillé.

Arrivé à Aspiring Station, la dernière ferme, un panneau signalétique se dresse au bord de la route : « BACKOUNTRY ROAD : gué profond ; condition routière variable ; dommage de véhicule possible ». Dave et la demoiselle m’ayant tous deux affirmé que je n’aurai pas de problème avec mon véhicule, j’observe attentivement le premier gué, décrit comme le plus important par Mark Pickering dans 202 Great Walks. Plutôt impressionnant par sa largeur, les pierres semblent toutefois solidement posées au fond, et le courant n’entraîne pas les cailloux avec lui. Je me lance, outrepassant la mise-en-garde ; je m’arrête une fois la rivière passée et décide d’ausculter Hibiscus. A part l’eau vaporisée par la chaleur du moteur qui s’élance de sous le véhicule, rien à signaler. Je poursuis donc ma route, et traverse presque insouciemment les 5 gués suivants, après y avoir jeté un coup d’œil inquisiteur avant de m’élancer. Finalement, à 51 kilomètres de Wanaka, j’arrive au bout de la Mount Aspiring Road; il ne me reste plus qu’à parquer la voiture.

Le paysage que je découvre est manichéen. Le côté ouest resplendit sous le soleil, alors que le flanc est, drapé dans un manteau blanchâtre, est recouvert de givre. Encore plus qu’à Diamond Lake, le crissement de l’herbe gelée se fait entendre, l’empreinte de mes souliers marque mes pas. Le sentier remonte la rive droite de la rivière, bénéficiant d’une vue époustouflante sur Mount Tyndall, et sur une montagne à la silhouette caractéristique en dent de requin. Un pont suspendu m’amène dans Rob Roy Valley. L’ouverture de la gorge est impressionnante: d’un côté une sombre paroi recouverte d’arbres, poussant dès qu’une maigre terre leur permettent d’y prendre racine, de l’autre une pente vertigineuse où s’accroche un bush dense. Seul le chemin trace un sillon à travers les arbustes. Grimpant face au soleil, je n’arrive pas à apercevoir quelle merveille se cache au fond de la vallée. Alors qu’il est enfin caché par les cimes des montagnes, je progresse en pleine forêt, où conifères et feuillus persistants réduisent mon champs de vision à la rivière, dont les eaux glacées givrent rochers et fougères environnantes.

Finalement, une trouée dans la frondaison, quelques branches dénudées de feuilles me permettent d’admirer les montagnes : des falaises abruptes d’où jaillit une cascade dévalant d’un seul bond toute la hauteur. Couronnées de crêtes enneigées, elles ceignent les flancs de Mount Rob Roy d’une sombre robe. Il me faudra patienter encore quelques centaines de mètres, avant d’atteindre l’orée de la forêt pour profiter du spectacle : Rob Roy Glacier accroché aux flancs de la montagne écartelant sa glace en de multiples séracs bleutés. A l’est, le glacier se poursuit sur une pente plus douce, continuité d’un blanc manteau qui s’écoule le long de la face. Le spectacle est juste grandiose.

Au bout de la marche, je rencontre un écossais habitant pour une année l’Otago. Chacun de notre côté nous partirons en exploration un bout plus loin, à travers rocailles, pierriers et autres pentes où s’égaillent quelques buissons alpins, résistants ardemment aux difficiles conditions locales. Lorsque nous verrons un kea, perroquet alpin, voler au-dessus de la vallée, nous ne penserons qu’à revenir à l’extrémité du chemin où nous avons laissé nos sacs. Il faut dire que ces volatiles, curieux de nature, ont l’habitude de se prêter à toutes sortes d’expériences sur des nouveaux objets. S’ils ne sont pas dotés de mains avec doigts préhensibles, leurs puissant becs font toutefois parfaitement l’affaire. Alors que nous arrivons, deux kéas, tranquillement en train d’escalader nos affaires, décident de reculer quelque peu, grimpant sur les rochers environnants. Nous profiterons de les admirer un long moment, avant de décider de redescendre dans la vallée. Grande et longue discussion sur les randonnées, nos métiers respectifs, nos attentes de la Nouvelle-Zélande sur le chemin du retour.

De retour dans la vallée principale, le brouillard y a fait son apparition et gâche les splendides tons du début de l’après-midi. Traversant dans l’autre sens les 6 gués, le retour jusqu’à Wanaka s’effectue sans problème. Posé le long de la rive, je profite de la fin d’après-midi pour me mitonner un bon petit plat, que je déguste face au lac, avant que le crépuscule n’arrive. Un rouge de l’Otago accompagne à merveille ces tendres steaks d’agneau, accompagnés de leurs kumaras rôtis aux petits oignons et de rondelle de carottes au beurre. Pain noir et un bon bleu finiront parfaitement ce sympathique repas.

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