J27 – Isengard

7 06 2011

Argonath, Rivier Anduìn, Gondor, 7 juin 2011, 18h40

Trajet : Twelve Mile Creek – Glenorchy – Fergburger – Argonath

D= 4223.4 km

Je pense que pour certains, ma position actuelle est aussi claire que de l’eau de roche, limpide rajouterai-je même. Pour d’autre, elle ne doit pas signifier grande chose, si ce n’est quelques obscures relations avec un certain livre de fiction historique. Patience, vous en apprendrez plus dans les paragraphes qui suivent.

Remontons dans le temps, jusqu’à hier en fin d’après-midi lorsque je déambulais dans les rues de Queenstown, apercevant une libraire, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil à l’intérieur, juste pour le plaisir. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais résisté à la tentation d’acheter le livre de Ian Bordie, retraçant les lieux de tournage de la trilogie de Lord of the Rings. Il y donne coordonnées ou encore les tours opérateurs quand il est impossible de s’y rendre par soi-même, ainsi qu’un petit commentaire lié au récit ou au film, plus rarement à d’autres curiosités de l’endroit, sportives, gastronomiques ou historiques. Bref, j’ai fini par craquer, sachant que la région de Queenstown, de Glenorchy à Wanaka, est à l’image de Wellington, truffée de lieux de tournage.

Malgré une petite averse cette nuit, les étoiles pâlissent dans l’aube naissante à mon réveil. Le temps d’avaler mon petit déjeuner, et surtout planifier un peu ma journée. Contrairement à mon habitude, je n’ai pas pris le temps de le faire hier soir, et il est toujours plus intéressant de savoir ce qu’il y a sur son chemin au moment du passage, que 20 kilomètres plus loin quand on a pris le temps de lire le guide. Depuis le début du voyage, j’avais l’envie d’aller jusqu’à Glenorchy, un nom à consonance écossaise, pour y admirer le delta de Dart River qui étend de nombreux méandres, avec les montagnes de Mt Aspiring National Park en arrière-plan. J’avais d’une part entendu dire que les paysages étaient fantastiques et d’autre part lu que la route de Queenstown à Glenorchy était particulièrement scénique. Par ailleurs, il se trouve que cette région, à la topographie bien particulière, a servi de décors pour l’Isengard, une région jouant un rôle important dans Lord of the Rings.

Ayant passé la nuit au camping de Twelve Mile Creek, j’effectue après mon petit déjeuner une balade dans le delta de cette rivière, jugé comme le parfait décor pour l’It ilien d’après Peter Jackson, le réalisateur : les plantes poussent sur un seul rocailleux, les matagouris élancent leurs branches couvertes d’épines, comme si l’ombre du sorcier Sauron plane sur la région. Par ailleurs, on imagine aisément Sam Gamegie couché dans les hautes herbes regarder les Oliphants, ou encore accompagné de Frodon et Sméagol (Gollum) regarder la bataille qui se déroule en contre-bas.

Il est temps de partir pour l’extrémité nord du Lake Wakatipu. Le tracé suit durant 45 kilomètres le rivage, tantôt grimpant sur des promontoires d’où la vue englobe un panorama époustouflant, tantôt regagnant le bord du lac, passant dans de petites échancrures reculées. Les pins occupent la basse montagne, peu à peu remplacés par les prairies alpines. Sur les crêtes, l’averse de cette nuit a saupoudré une fine couche de neige, enjolivant le paysage. Nombreux sont les arrêts pour embrasser la vue sur le lac, Thomson et Humboldt Mountains ou encore les monts du parc national dans le lointain. J’arrive enfin à Glenorchy, petite bourgade comptant 200 âmes, érigée sur une zone un peu surélevée par rapport à la plaine. Encadrée par des chaînes montagneuses, elle est complètement occupée par la confluence des rivières Dart et Rees, chacune développant un gigantesque delta de chaque côté de la plaine, bordé par des zones marécageuses. Quelques kilomètres en amont du rivage, une colline, séparant les deux cours d’eau, les domine de 900 mètres. Pour rejoindre Kinloch de l’autre côté de la vallée, le tracé effectue un immense détour pour économiser la construction d’un pont d’une longueur démesurée compte tenu du nombre d’habitants dans les environs.

Après avoir traversé le pont enjambant le large lit de Dart River, je remonte la vallée de quelques kilomètres jusqu’à Scott Creek, où je découvre la topographie de l’Isengard. Pour rappel, dans Lord of the Rings, la tour d’Orthanc, construite dans le cercle d’Isengard, est occupée pendant le troisième âge par Saruman le blanc. Si aujourd’hui seul un pâturage où paissent quelques moutons occupe les lieux, il n’y eut jamais de véritable tournage avec des décors dans cette région. Seule la géométrie du lieu, avec sa plaine aux nombreux méandres, son cirque montagneux avec les Mighty Mountains, en réalité Mt Earnslaw et les Southern Alps en arrière plan, a été filmée, puis la tour noire, les orcs, ont été rajouté numériquement.

Je poursuivrai jusqu’au bout de la route gravillonnée pour effectuer une première balade dans Mt Aspiring National Park. Un sentier du DOC effectue une boucle dans une forêt de hêtres jusqu’à Sylvan Lake et revient par un autre itinéraire, le parfait endroit pour se dégourdir dans une forêt et retrouver l’atmosphère de celle de Fangörn poussant aux abords de l’Isengard. Je n’y retrouverai pas sa sombre ambiance, sans doute car la végétation y est bien moins touffue que dans les réels lieux de tournage. Toutefois, ce fut un réel plaisir, loin des sentiers battus, le chemin est bien moins aménagé par le DOC. Seuls quelques marqueurs oranges permettent de ne pas s’y perdre. Et je dois reconnaître qu’ils sont plutôt utiles, car rien ne ressemble plus à une partie de forêt de hêtres, qu’une autre partie de forêt de hêtres. Je serai même surpris à un certain moment, quand le seul moyen de franchir une petite étendue d’eau est de grimper sur un tronc. Pour le retour, je suis le tracé, connu sous le nom de « tramway ». Je me poserai bien des questions sur la dénomination. J’ai cru au début que cela faisait référence à la faible largeur de la piste serpentant entre de nombreux jeunes hêtres poussant en formation serrée. A mi-chemin, toutefois, l’explication survient d’elle même : j’ai l’impression de marcher sur des traverses serrées, alors que de longue poutres rectilignes, à moitié décomposées, bordent l’itinéraire rectiligne. Soudain, surgissant d’un buisson, trois anciennes roues, provenant sans doute d’un wagon utilisé à extraire les troncs coupés, rouillent, et sont recouvertes peu à peu de mousse.

Après avoir rejoins la voiture, je retourne jusqu’à l’intersection pour prendre le chemin menant à Paradise, le nom d’un pâturage situé de l’autre côté de Walter Peak. Personne n’en connaît l’origine:  serait-ce pour la beauté de la contrée, ou plus pragmatiquement pour Duck Paradise en raison des nombreux canards sauvages qui hantent Lake Diamond? La route s’enfonce dans le parc national et un écriteau met en garde contre la présence de gués ou de tronçons défoncés. La route semble de bonne facture, et comme j’avais déjà traversé plusieurs gués en Nouvelle-Zélande, je ne me faisais pas trop de soucis. Toutefois, arrivé devant le premier, je reste dubitatif, car contrairement à tout les précédents érigés en béton, ce dernier est un véritable gué, qui fut dans son jeune âge carrossable. Mais les crues du ruisseau l’ont rendus quelques peu scabreux. Un coup d’œil à la carte me permet d’estimer qu’une douzaine de kilomètres me séparent des forêts de Lothlórien. Parcourir une telle distance le long d’une route semi-carrossable ne me tentant guère, je fais demi-tour, direction Queenstown.

Quelques arrêts en cours de route pour observer le paysage, maintenant pleinement illuminé par le soleil radieux, presque trop, il semble comme écrasé. Toutefois j’apprécierai grandement sa chaleur à la sortie de mon bain dans ce lac alpin. Revigorant. Bien que je ne sois pas fan de Queenstown, je ne résisterai pas à la tentation de m’y arrêter pour déguster un excellent burger chez Ferg’. Je choisirai le sweet bambi : cerf sauvage du Fjordland, accompagné d’un chutney de prune, un vrai régal.

N’ayant plus rien à faire dans cette ville, je pars pour Arrowtown. Un détour m’amène à Kawarau Falls. Je comptais monter jusqu’à Deer Park Heights, une colline surplombant Queenstown, de l’autre côté de Shotover River. De par sa proximité avec la ville, son sommet servit de véritable studio. Malgré une unicité de végétation, la diversité dans sa topologie – rochers et étangs – permit de l’utiliser comme décors dans les trois films, pour des lieux différents ou encore de simple prises de vue servant dans des raccords. Au début de la route, un écriteau annonce « Private Property – No trespassing », je passerai sans autre, mais me retrouverai les pieds devant le mur, face à un portique d’entrée verrouillé par trois chaînes et deux cadenas. Dommage, du sommet la vue sur Lake Wakatipu  et ses environs devait être magnifique.

Je me rends donc à Arrowtown, éloigné d’une petite douzaine de kilomètres. A mon arrivée, l’ombre a déjà plongé la petite bourgade dans le froid. Au bord d’Arrow River, je découvre rapidement le lieu-dit dans Lord of the Rings du gué de Bruinen, où Arwen montée sur destrier Asfaloth, Frodon sur la croupe, défie les neufs Nazgul de traverser la rivière. L’endroit est reconnaissable, notamment depuis le point de vue d’Arwen, où passe le chemin suivi par les Neufs, avant d’être emportés par l’inondation magique, lors de leur charge.

Je profite de découvrir la petite bourgade, fondée suite à la découverte d’or dans la rivière en 1862. D’ailleurs, les bâtiments bordant la rue principale semblent sortir en droite ligne d’un western à propos de la Ruée vers l’Or californien à la même époque. Une véritable carte postale, s’il n’y avait pas autant de voitures parquées dans les rues. 7000 européens ou chinois débarquèrent pour profiter de cette manne. Très vite, les colons blancs mirent à l’écart les jaunes, comme aux Amériques, les amenant à vivre en communauté autarcique. Aujourd’hui, après que le gouvernement néozélandais se soit publiquement excusé de cette mise à l’écart, les cottages du peuplement chinois d’Arrowtown ont été complètement restaurés, et constituent l’un des uniques témoignages de l’arrivée des premiers chinois sur le sol maori. Un dernier petit détour m’amène jusqu’aux décors de Gladden Fields, le sentier où Isildur, attaqué par les orcs, est trahi par l’Anneau Unique. Ce dernier finit au fond de l’eau, où de nombreuses années plus tard, Déagol, le cousin de Sméagol le trouva. Et l’histoire suivit son cours. Si vous ne la connaissez pas, je ne peux que vous recommandez la lecture de Lord of the Ring, ou pour les plus paresseux d’entre vous, simplement regarder les films.

Avant que le soleil ne soit complètement couché, je retourne en direction de Kawarau Bridge, duquel je me suis élancé hier. Pour le tournage de Lord of the Ring, la rivière s’est appelée pour quelques jours Anduìn River, sur laquelle la Fraternité de l’Anneau voguera jusqu’à leur arrivée au Gondor, signalée par la présence de part et d’autre du fleuve des Argonaths. Ces piliers des rois, sculptés à même le roc, représentent Anárion et Isildur et marquent l’entrée nord dans le royaume du Gondor. Il est facile d’imaginer les trois barques descendant la rivière, occupées par les compagnons émerveillés à la vue des anciens rois. L’endroit où sont érigés les deux statues, incrustée numériquement dans le film, est aisément reconnaissable, situé 200 mètres en amont de l’ancien pont. Une des meilleures vues sur la rivière est située sur la route menant à Chard Farm, un vignoble, sans doute le plus haut de Nouvelle-Zélande. Pour y accéder une petite route, pas si étroite que ça pour un valaisan, est tracée dans les flancs abrupts. Un étrange panneau de signalétique est d’ailleurs placé à l’intersection avec la route principale.

Pour passer la nuit, je me suis délicatement parqué, collé contre la paroi, dominant d’un côté Kawarau Bridge et de l’autre les Argonaths. Un des propriétaires du vignoble m’invitera à me déplacer jusqu’à l’entrée de la propriété, car mon emplacement n’était pas idéal. Pourtant, il y avait suffisamment de place pour croiser 2 paires de voitures. Je ne vais pas me plaindre, le plancher est bien plus plat à mon nouvel emplacement.

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J-3 – Taumarunui – Mangaeturoa

14 05 2011

Mangaeturoa, 14 mai 2011, 19h30 (GMT+12)

D= 571.6 km

La pluie fait des claquettes sur le toit, ainsi chantait Nougaro et ainsi fut le premier son entendu de la journée. Je bouquinerai le Lonely Planet en attendant que ces sombres tintements cessent. Petit déjeuner vers 7h30, puis je reprends la route en direction du Tongariro National Park. En chemin je m’arrête à Raurimu pour voir la spirale ferroviaire qui permet au Tranzscenic, le train qui relie Wellington à Auckland de s’élever de 220 mètres en quelques kilomètres pour rejoindre le plateau. Malgré la construction d’un mirador par l’Australian Automobile et d’un modèle explicatif impossible de distinguer les lacets dans la montagne.

Gravissant la longue côte à une vitesse de pointe d’environ 50 [km/h], j’arrive enfin au niveau du plateau. Par beau temps, j’aurai pu apercevoir dans le ciel bleu les silhouettes des trois volcans Tongariro, Ngautuhoe et Ruapheu. Aujourd’hui seul un ciel nuageux, d’un blanc étincelant, est visible au-dessus des landes. A National Park, je bifurque sur la SH48, aussi connue sous le nom de Desert Highway. Une route secondaire me mènera jusqu’à  Whakapapa Village, le véritable centre touristique du Tongariro National Park avec le bureau du DOC.

SH 48 : Desert Road

Historiquement, le Tongariro National Park fut créé suite aux dons des maoris des trois volcans à la couronne d’Angleterre. Ils avaient rapidement remarqué que c’était la meilleure solution de protéger ces sols tapù de l’avidité des européens. Dès 1887, le Parc National est créé, le quatrième au monde, dont les frontières ne cesseront de s’étendre.  Il fait partie actuellement d’un des trois World Heritage Sites que la Nouvelle-Zélande compte, au même titre que les Pyramides d’Egypte, la Grande barrière de Corail ou encore le Colisée de Rome. Aujourd’hui il est tout aussi connu pour avoir servi de lieu de tournage pour le Mordor et les Plaines de Gorgoroth de la trilogie Lord of the Rings par Peter Jackson.

La route menant à Whakapapa traçant une ligne presque droite, je n’ai pas l’impression d’avoir changé d’altitude, et pourtant, en 6 kilomètres, me voici plus de 300 mètres plus haut que Desert Road. Juste avant l’arrivée au village, sur la droite, se dresse Château Tongariro, un hôtel de luxe, établi lorsque le ski fit son apparition dans le pays.

Je rejoins le centre du DOC qui propose une excellente exposition permanente sur les volcans de la région, régulièrement actifs, ainsi que sur la faune et la flore alpines, si particulière au parc. Un excellent film/théâtre raconte la légende maorie qui a conduit à l’éveil des volcans. Alors que Ngatoro-i-rangi, chef reconnu plus pour ses capacités guerrières que de navigation, était à la recherche de terre pour sa tribu, il s’est perdu dans les montagnes. La pluie, qui avait commencé à tomber, se transforma bientôt en neige. Ngatoro-i-rangi pria alors les Dieux du feu. Te Pupu et Te Hoata lui vinrent en aide: jetant un coup d’œil à Whakaari (White Islands), ils explosèrent à Rotorua puis sortirent de terre à Tongariro pour réchauffer le chef.

Je monte en Campervan jusqu’à Iwakau Village, une station de ski en hiver. Je n’y verrai pas les falaises d’Emyn Muril, mais par contre les plaines désolées où poussent tant bien que mal herbes et arbustes au-dessus d’un lit de lave solidifiée ressemblant à s’y méprendre à celle menant au Mordor. Devant le brouillard qui ne cesse de monter et descendre, je finis par reculer et redescends à Whakapapa pour me dégourdir les jambes.

Hibiscus au Mordor

La balade menant à Taranaki Falls, parmi les 200 plus belles de Nouvelle-Zélande, emprunte un sentier dans les landes où herbes jaunies par l’automne combattent avec quelques arbrisseaux rachitiques ou encore des fleurs aux pétales minuscules. Un véritable paysage alpin; même les fougères géantes, palmiers, … ont disparu des forêts qui sont constituées d’arbres plus fins, aux troncs torturés par les rudes conditions météorologiques; la mousse a envahi les sous-bois où poussent encore quelques chétives fougères. De temps à autre, le chemin est remplacé par des caillebotis, permettant de traverser à pieds secs quelques zones marécageuses. Ah, les chutes d’eau de Taranaki: seulement 20 mètres de haut, mais une si parfaite harmonie. Jaillissant entre de sombres rochers couronnant la falaise nue, elles sont splendides, débarrassées de leurs fioritures végétales que leurs cousines du Nord arborent. Retour au village en suivant le cours de la rivière, dénommée aussi Whakapapa.

Taranaki Falls

Les volcans, ces grands timides, étant toujours cachés derrière leurs nuages, je décide d’aller au moins fouler leurs contreforts. Sur la route pour rejoindre Desert Highway, je m’arrête au niveau de Mounts Walk, le chemin des monticules, intrigué par le nom. Cette courte marche me mène au sommet d’un des nombreux monticules qui tapissent les abords de la Whakapapa road. Lors d’une violente éruption de Ruahpeu, le souffle dévala la pente, rasant tout sur son passage. Seuls quelques andains de matériaux résistèrent sur lesquels retombèrent les cendres, ainsi que celles des éruptions suivantes, créant ces monticules, visibles uniquement dans cette zone.

Quittant la SH48 pour une route de graviers, je rejoins le parc de Mangatepopo, une des extrémités du célèbre  Tongariro Alpine Crossing. Bien qu’il souffle un peu et que brouillard tenace et nuages soient accrochés aux flancs des volcans, je m’aventure sur le  tracé. 6 kilomètres me séparent de Soda Spring, la fin de la première partie du Tongariro Alpine Crossing, la partie la plus facile, aux tracés relativement plats. Les prévisions n’avaient pas tort: le vent du Nord-Ouest souffle, et pas qu’un peu. Alors que je gravis la montagne, la végétation rapetisse, laissant la place à un paysage plus lunaire. Bientôt, seules quelques touffes d’herbes jaunies s’accrochent encore sur la plaine recouverte de sables grossiers et de scories noires.

Alors que seul le vent soufflait, une violente averse s’abat. A peine le temps de mettre ma veste et ranger l’appareil photo que l’arrière de mon pantalon, exposé aux intempéries, est déjà trempé. Je croise un certain nombre de personnes qui descendent, certaines complètement frigorifiées. N’a-t-on pas idée d’aller se balader par des temps pareils en jupe ou en short, avec à peine une pèlerine pour se protéger du vent et de la pluie ? Même moi j’ai abandonné ce matin mes shorts pour une paire de pantalons. Je poursuis mon chemin, et je serai récompensé: alors que je contemple Soda Spring, une source cascadant sur une paroi, le brouillard se fait moins épais, et quelques éclats de soleil parviennent jusqu’à moi. Toutefois, aujourd’hui mon destin  n’était pas de voir Mount Doom, le nom qu’arbore le Ngautuhoe pour le film de Lord of the Rings.

Je rebrousse chemin. Arrivé au parking, je serai le dernier à quitter les lieux. Après une journée dans les landes, la route menant à Pipiriki est bordée de plats pâturages. A Raehti, je compte me ravitailler en carburant avant ma descente sur Whanganui. C’est la première fois de ma vie que je tombe sur une pompe à essence où le patron est en train d’afficher « No more standard carburant ». Il me faudra faire un détour aller-retour dans le village d’à côté, Ohakune, situé à une dizaine de kilomètres. De retour sur la bonne route, j’aperçois au loin la silhouette des collines arrondies de Whanganui. Alors que la nuit est en train de prendre possession des paysages, je décide de m’arrêter. Demain, je dois être à 10h00 à Pipiriki. Autant rouler de jour et profiter de ce paysage différent.

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