J 28 – Wanaka

8 06 2011

Youth Hostel, Wanaka, mercredi 8 juin 2011, 20h30
Trajet : Queenstwon – Wanaka
D = 4336.8 km

Ciel nuageux à mon lever à 6h30. Après m’être restauré de quelques pancakes, j’attends que le jour se soit suffisamment levé pour jeter un dernier coup d’œil sur la rivière Anduìn. Je laisse le vignoble derrière moi, direction Wanaka, situé de l’autre côté des montagnes de Pisa Range. J’emprunte une route, dont le type de tracé m’était encore inconnu en Nouvelle-Zélande, une succession de lacets serrés avec des virages en épingles à cheveux. Toutefois, cela ne dure que les premiers kilomètres; elle longe ensuite le flanc de la montagne, dominant la vallée où coule Kawarau River. A mesure que je m’élève, le brouillard descend à ma rencontre. Arrivé au plus au point, malgré une vue limitée à quelques dizaines de mètre par une brume plus dense que jamais, je m’arrête au pied d’un mémorial. Une plaque incorporée dans le monument résume l’histoire de cette route. Empruntée par la première fois par W.G. Rees et P. von Tunzelman en 1860 à la recherche de nouveaux pâturages, le tracé ne fut goudronné qu’à l’approche de l’an 2000 pour améliorer la liaison entre Wanaka et Queenstown. Aujourd’hui, il s’agit du tronçon bitumé le plus haut de Nouvelle-Zélande.

Sitôt passé le col, je descends de l’autre côté. La route redescend, de façon rapide; la pente doit être d’environ une dizaine de pourcent. A sa vue, je ne suis même pas étonné que cette route soit régulièrement fermée en plein hiver, malgré l’obligation de chaîner en cas de forte chute de neige. Je suis persuadé qu’en roulant, vitesse sortie, j’aurais pu rouler jusqu’à Cadrona, éloignée d’une dizaine de kilomètres, sans aucun problème. J’avais d’ailleurs prévu une petite halte dans ce village pour y déguster un café dans l’un des plus vieux hôtels du pays. Toutefois, ce dernier s’avère fermé du 7 au 9 pour quelques travaux d’adaptation. Dommage, je poursuis ma route tranquillement.

Avec cette mauvaise visibilité qui empêchait toute photographie, une halte en moins, j’arrive à Wanaka au environ de 10h00, avec deux heures d’avances sur mon planning. Si la météo est meilleure ici qu’à Queenstown, de nombreux nuages flottent au-dessus de Lake Wanaka, dissimulant Mount Aspiring à ma vue, dont seule la cime pointe entre deux couches de cumulonimbus. Devant ce temps quelques peu tristounet, je remets ma balade à Lake Diamond pour demain, les prévisions météorologiques prévoyant une journée presque radieuse, dans tout les cas moins embrumée qu’aujourd’hui. Je ne serai toutefois pas en peine pour le reste de la journée: Wanaka possède un musée m’intéressant au plus haut point, le Stuart Landsborough’s Puzzling World. Derrière ce nom se cache une attraction, unique au monde, consacrée aux illusions optiques des plus excentriques. Il est composé de deux parties, la première purement liée à ces phénomènes surprenants, la deuxième est le Great Maze, un labyrinthe géant, qui fut lors de sa construction une première mondiale. Sitôt arrivé devant le musée, ce dernier surprend par son architecture particulière, jouant avec les volumes et les angles.

Je ne vous ferai pas plus languir et rentrerai directement dans le vif du sujet. La partie liée aux illusions d’optiques se divise en quatre salles. Sitôt rentré, la figure d’Einstein vous suit, non seulement du regard mais de toute la tête. Il ne s’agit pas d’une sculpture rotative, mais d’une représentation 3D statique, donnant cette illusion, un peu comme le regard de la Joconde de Léonard de Vinci qui vous suit, mais grandement améliorée. La première regroupe une collection impressionnante d’hologrammes tridimensionnels. Les premières pièces produites pour cette collection datent déjà d’une vingtaine d’années, et présentent des hologrammes statiques. Par contre, à mesure que les images se font plus récentes, elles présentent divers états selon l’angle de vue. Dans mes préférées figurent l’adaptation d’un dessin d’Escher, un célèbre dessinateur d’illusions d’optiques, représentant un pavage qui se transforme en lézard, ainsi qu’une vitrine contenant une sculpture grecque, avant et après le vol, effectué par bris de glace.

La deuxième salle, la plus impressionnante de mon point de vue, regroupe 168 têtes, 24 représentations de 7 figures différentes réparties en 4 rangées de 6 colonnes, qui vous fixent de la tête, comme Einstein à l’entrée. Les personnages représentés sont tous des génies des siècles passés : Einstein, Beethoven, Mandela, Lincoln, Van Gogh, Churchill et Teresa. Je dois dire que, de loin, Beethoven est le plus terrifiant avec ses sourcils marqués, sa bouche peu souriante. Ce tour de force est plus que magistral: j’ai tenté d’éduquer mon cerveau pour lui dire que cela n’était qu’illusion. Rien à faire, j’ai beau longer et longer une nouvelle fois la paroi, ils me dévisagent toujours.

La troisième salle est passionnante, jouant sur les distorsions dimensionnelles et géométriques. Une pièce particulière permet de faire croire que nous sommes des géants dans un angle et des nains dans un autre. Ce type d’illusion d’optique est régulièrement utilisé dans l’industrie du cinéma, notamment utilisé dans Lord of the Ring pour les séquences avec les hobbits. J’espère que les photographies seront bien plus parlantes que les mots.

La dernière salle est tout aussi surprenante: le plancher est penché selon un angle de 15°. Jouant avec nos sens perturbés de l’équilibre, la boule sur une table de billard semble remonter la pente, tout comme l’eau qui s’écoule depuis un robinet dans une rigole, ou un escalator qui descend du plancher jusqu’au 1er étage. La pièce de résistance est un mur orthogonal au plancher, avec à ses pieds un escabeau, dont les paliers sont véritablement horizontaux, tous comme les deux niveaux vissés dans le mur. Je dois dire qu’il me fut très difficile de croire les niveaux.

Dernière étape du musée, le Great Maze. Pour la petite histoire, Stuart et Jen Landsboroug, intrigués par les illusions d’optique et les puzzles, décidèrent de construire un labyrinthe géant. Devant le refus des banques de leur octroyer un prêt, ils vendirent leur maison pour se lancer dans la construction d’une structure sur un étage, le premier labyrinthe moderne au monde. Devant le succès rencontré, ils purent poursuivre l’aventure, notamment en  l’agrandissant, en y ajoutant un deuxième niveau à l’aide d’escaliers et de passerelles. Finalement, l’adjonction de salles dédiées aux illusions d’optiques, les unes après les autres, parachèvent leur œuvre. La deuxième salle avec les 168 figures est la dernière invention, édifiée en collaboration avec Weta Cave, les studios à l’origine de Lord of the Rings, ou plus récemment King-Kong. Le labyrinthe est construit avec sur une base carrée de 1.5 mètre de côté; toutes les parois sont rectilignes et les chemins tournent orthogonalement. S’y déplacer et mémoriser l’itinéraire demande une certaine concentration. Bien entendu, pour pimenter le tout, 2 challenges sont proposés. Le petit qui consiste à entrer, puis à sortir en ayant visité les quatre tours d’angle, jaune, verte, bleue et rouge dans le désordre, prend une demi-heure à une heure pour le terminer, ou le grand qui  consiste à effectuer la visite dans un ordre particulier jaune-vert-bleu-rouge, moyennant une à une heure et demie d’immersion complète. Ayant résolu le premier challenge en une petite demi-heure, mon sens de l’orientation me permit de terminer le second en un gros quart d’heure. Toutefois, retrouver son chemin dans un tel endroit demande un certain niveau de concentration.

A la sortie du musée, en libre accès pour tout public, trône la cafétéria. Mais pas de n’importe quel type. Sur toutes les tables des casse-tête et autres puzzles destinés à être résolus. Je ne pourrai m’empêcher d’être pris au jeu pendant un certain moment. D’ailleurs, je ne ressortirai du musée que 4 heures plus tard. A l’instar d’un  musée des Beaux-Arts qui offre un nombreux choix d’ouvrages picturaux dans sa boutique, celle de Puzzling World est une caverne d’Ali-Baba. Au détour d’un rayon, quand je le verrai, unique, isolé, à côté de ses cousins plus petits, cubes de 3 ou de 4, je ne pourrai m’empêcher de craquer. Et oui, un Rubick’s Cube 5x5x5 siège fièrement dans mon Campervan.

Après cette visite intellectuelle et culturelle, une petite balade en pleine nature me fera du bien. En face du musée, Mount Iron, une colline culminant à 425 mètres, domine Wanaka. Cheminant entre les Kanukas et divers autres arbustes épineux du bush kiwi, je parvins au sommet une trentaine de minutes plus tard. Ma vue embrase les environs de Cadrona Valley depuis où je suis venu, jusqu’à l’isthme entre Lake Wanaka et Hawae que j’emprunterai d’ici un ou deux jours pour rejoindre la côte ouest. Par contre, au loin, les Southern Alp, Mt Aspiring National Cook, sont toujours cachés dans le brouillard et ne daignent pas se montrer.

De retour sur le plancher des vaches, bien qu’il ne soit que la fin d’après-midi, je décide d’aller au cinéma. Au cinéma? pourquoi justement au cinéma, alors que plein d’autres découvertes sont encore possibles car le crépuscule n’est pas encore arrivé? Peut-être qu’il s’agit du seul et unique cinéma qui figure dans les guides touristiques en tant que must-do du pays. Il faut dire que le Cinema Paradiso, nommé d’après le film éponyme – que je recommande vivement de voir – n’est pas comme les autres. Il ne faut pas imaginer un cinéma avec des sinistres caisses, puis une salle où les fauteuils seraient alignés couverts. Non, ce cinéma possède bien plus de charme, de pittoresque, de fantastique. Tout d’abord, l’accès se fait par le bistrot Paradiso, où le billet s’achète à même le bar. Bien entendu, il faut aussi profiter d’y commander une bière locale, typiquement une brewski, une lager possédant un coup houblonné formidable. En attendant que les portes ne s’ouvrent, admirer la décoration du troquet : le papier-peint est remplacé par des affiches de cinémas. Les différents plats et boissons sont délicatement écrits à la craie sur un immense tableau noir. Le mobilier n’est pas récent et date déjà d’une à deux décennies; repeint en de vives couleurs, il rajoute un certain cachet.

A l’heure du début de la séance, la salle de projection ouvre quand même ses portes. A l’intérieur, divans et fauteuils sont entassés, une Morris, repeinte en jaune, fournis trois places supplémentaires dans un angle; au fond de la salle, trois rangées de sièges issus d’un ancien avion prennent place. A gauche de l’entrée, une pile de coussin en libre service pour rendre l’assise et surtout la séance plus confortable. Début de la projection: au lieu des publicités standards, divers courts-métrages vantant les qualités du recyclage sont projetés, avant la bande-annonce d’un des prochains films. La projection est à l’image du cinéma, présentant un léger décalage avec l’écran, le doux ronronnement des bobines du projecteur déroulant le film berce le spectateur et ajoute un cachet inoubliable au son monocanal qui surgit de derrière la toile blanche. Je m’y sentirai comme à la maison dans cette ambiance détendue. Personne n’a peur de rire à gorge déployée suite aux péripéties d’un certain pirate des caraïbes. Au milieu, une coupure ? Les portes s’ouvrent, une entracte, mais cela n’était pas prévu au programme ! Une odeur de cookies envahit la salle, et personne ne résiste à la tentation d’aller en grignoter un pendant la mi-temps ou encore de discuter avec les employés des potins locaux, du temps qu’il fait ou des touristes bienvenus. Je recommande de tester les cookies doubles chocolate, un véritable délice, moelleux à la perfection. Une soirée mémorable que je ne suis pas prêt d’oublier. Et une halte nécessaire si un jour je reviens en Nouvelle Zélande.

Petite ville loin de l’agitation de Queenstown sa grande sœur. J’avais beaucoup aimé l’atmosphère qui se dégageait de Wanaka lors de mon arrivée : tranquillité, un certain laisser-aller, la douceur de la température, la beauté du paysage. J’ai ressenti un peu la même impression que sur les bords de Lake Tekapo ou Alexandrina : juste l’envie d’y rester un moment de plus, de me laisser-aller à la farniente, à profiter du soleil… Avec cette soirée, Wanaka rejoint définitivement mes villes préférées. Passage par l’auberge de jeunesse pour poster quelques billets sur un blog, puis je quitte la ville pour me trouver un coin pour dormir. D’après Jonathan, au début de Motatapu Track, l’endroit est idéal pour camper avec un magnifique lever de soleil.

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J27 – Isengard

7 06 2011

Argonath, Rivier Anduìn, Gondor, 7 juin 2011, 18h40

Trajet : Twelve Mile Creek – Glenorchy – Fergburger – Argonath

D= 4223.4 km

Je pense que pour certains, ma position actuelle est aussi claire que de l’eau de roche, limpide rajouterai-je même. Pour d’autre, elle ne doit pas signifier grande chose, si ce n’est quelques obscures relations avec un certain livre de fiction historique. Patience, vous en apprendrez plus dans les paragraphes qui suivent.

Remontons dans le temps, jusqu’à hier en fin d’après-midi lorsque je déambulais dans les rues de Queenstown, apercevant une libraire, je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’œil à l’intérieur, juste pour le plaisir. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais résisté à la tentation d’acheter le livre de Ian Bordie, retraçant les lieux de tournage de la trilogie de Lord of the Rings. Il y donne coordonnées ou encore les tours opérateurs quand il est impossible de s’y rendre par soi-même, ainsi qu’un petit commentaire lié au récit ou au film, plus rarement à d’autres curiosités de l’endroit, sportives, gastronomiques ou historiques. Bref, j’ai fini par craquer, sachant que la région de Queenstown, de Glenorchy à Wanaka, est à l’image de Wellington, truffée de lieux de tournage.

Malgré une petite averse cette nuit, les étoiles pâlissent dans l’aube naissante à mon réveil. Le temps d’avaler mon petit déjeuner, et surtout planifier un peu ma journée. Contrairement à mon habitude, je n’ai pas pris le temps de le faire hier soir, et il est toujours plus intéressant de savoir ce qu’il y a sur son chemin au moment du passage, que 20 kilomètres plus loin quand on a pris le temps de lire le guide. Depuis le début du voyage, j’avais l’envie d’aller jusqu’à Glenorchy, un nom à consonance écossaise, pour y admirer le delta de Dart River qui étend de nombreux méandres, avec les montagnes de Mt Aspiring National Park en arrière-plan. J’avais d’une part entendu dire que les paysages étaient fantastiques et d’autre part lu que la route de Queenstown à Glenorchy était particulièrement scénique. Par ailleurs, il se trouve que cette région, à la topographie bien particulière, a servi de décors pour l’Isengard, une région jouant un rôle important dans Lord of the Rings.

Ayant passé la nuit au camping de Twelve Mile Creek, j’effectue après mon petit déjeuner une balade dans le delta de cette rivière, jugé comme le parfait décor pour l’It ilien d’après Peter Jackson, le réalisateur : les plantes poussent sur un seul rocailleux, les matagouris élancent leurs branches couvertes d’épines, comme si l’ombre du sorcier Sauron plane sur la région. Par ailleurs, on imagine aisément Sam Gamegie couché dans les hautes herbes regarder les Oliphants, ou encore accompagné de Frodon et Sméagol (Gollum) regarder la bataille qui se déroule en contre-bas.

Il est temps de partir pour l’extrémité nord du Lake Wakatipu. Le tracé suit durant 45 kilomètres le rivage, tantôt grimpant sur des promontoires d’où la vue englobe un panorama époustouflant, tantôt regagnant le bord du lac, passant dans de petites échancrures reculées. Les pins occupent la basse montagne, peu à peu remplacés par les prairies alpines. Sur les crêtes, l’averse de cette nuit a saupoudré une fine couche de neige, enjolivant le paysage. Nombreux sont les arrêts pour embrasser la vue sur le lac, Thomson et Humboldt Mountains ou encore les monts du parc national dans le lointain. J’arrive enfin à Glenorchy, petite bourgade comptant 200 âmes, érigée sur une zone un peu surélevée par rapport à la plaine. Encadrée par des chaînes montagneuses, elle est complètement occupée par la confluence des rivières Dart et Rees, chacune développant un gigantesque delta de chaque côté de la plaine, bordé par des zones marécageuses. Quelques kilomètres en amont du rivage, une colline, séparant les deux cours d’eau, les domine de 900 mètres. Pour rejoindre Kinloch de l’autre côté de la vallée, le tracé effectue un immense détour pour économiser la construction d’un pont d’une longueur démesurée compte tenu du nombre d’habitants dans les environs.

Après avoir traversé le pont enjambant le large lit de Dart River, je remonte la vallée de quelques kilomètres jusqu’à Scott Creek, où je découvre la topographie de l’Isengard. Pour rappel, dans Lord of the Rings, la tour d’Orthanc, construite dans le cercle d’Isengard, est occupée pendant le troisième âge par Saruman le blanc. Si aujourd’hui seul un pâturage où paissent quelques moutons occupe les lieux, il n’y eut jamais de véritable tournage avec des décors dans cette région. Seule la géométrie du lieu, avec sa plaine aux nombreux méandres, son cirque montagneux avec les Mighty Mountains, en réalité Mt Earnslaw et les Southern Alps en arrière plan, a été filmée, puis la tour noire, les orcs, ont été rajouté numériquement.

Je poursuivrai jusqu’au bout de la route gravillonnée pour effectuer une première balade dans Mt Aspiring National Park. Un sentier du DOC effectue une boucle dans une forêt de hêtres jusqu’à Sylvan Lake et revient par un autre itinéraire, le parfait endroit pour se dégourdir dans une forêt et retrouver l’atmosphère de celle de Fangörn poussant aux abords de l’Isengard. Je n’y retrouverai pas sa sombre ambiance, sans doute car la végétation y est bien moins touffue que dans les réels lieux de tournage. Toutefois, ce fut un réel plaisir, loin des sentiers battus, le chemin est bien moins aménagé par le DOC. Seuls quelques marqueurs oranges permettent de ne pas s’y perdre. Et je dois reconnaître qu’ils sont plutôt utiles, car rien ne ressemble plus à une partie de forêt de hêtres, qu’une autre partie de forêt de hêtres. Je serai même surpris à un certain moment, quand le seul moyen de franchir une petite étendue d’eau est de grimper sur un tronc. Pour le retour, je suis le tracé, connu sous le nom de « tramway ». Je me poserai bien des questions sur la dénomination. J’ai cru au début que cela faisait référence à la faible largeur de la piste serpentant entre de nombreux jeunes hêtres poussant en formation serrée. A mi-chemin, toutefois, l’explication survient d’elle même : j’ai l’impression de marcher sur des traverses serrées, alors que de longue poutres rectilignes, à moitié décomposées, bordent l’itinéraire rectiligne. Soudain, surgissant d’un buisson, trois anciennes roues, provenant sans doute d’un wagon utilisé à extraire les troncs coupés, rouillent, et sont recouvertes peu à peu de mousse.

Après avoir rejoins la voiture, je retourne jusqu’à l’intersection pour prendre le chemin menant à Paradise, le nom d’un pâturage situé de l’autre côté de Walter Peak. Personne n’en connaît l’origine:  serait-ce pour la beauté de la contrée, ou plus pragmatiquement pour Duck Paradise en raison des nombreux canards sauvages qui hantent Lake Diamond? La route s’enfonce dans le parc national et un écriteau met en garde contre la présence de gués ou de tronçons défoncés. La route semble de bonne facture, et comme j’avais déjà traversé plusieurs gués en Nouvelle-Zélande, je ne me faisais pas trop de soucis. Toutefois, arrivé devant le premier, je reste dubitatif, car contrairement à tout les précédents érigés en béton, ce dernier est un véritable gué, qui fut dans son jeune âge carrossable. Mais les crues du ruisseau l’ont rendus quelques peu scabreux. Un coup d’œil à la carte me permet d’estimer qu’une douzaine de kilomètres me séparent des forêts de Lothlórien. Parcourir une telle distance le long d’une route semi-carrossable ne me tentant guère, je fais demi-tour, direction Queenstown.

Quelques arrêts en cours de route pour observer le paysage, maintenant pleinement illuminé par le soleil radieux, presque trop, il semble comme écrasé. Toutefois j’apprécierai grandement sa chaleur à la sortie de mon bain dans ce lac alpin. Revigorant. Bien que je ne sois pas fan de Queenstown, je ne résisterai pas à la tentation de m’y arrêter pour déguster un excellent burger chez Ferg’. Je choisirai le sweet bambi : cerf sauvage du Fjordland, accompagné d’un chutney de prune, un vrai régal.

N’ayant plus rien à faire dans cette ville, je pars pour Arrowtown. Un détour m’amène à Kawarau Falls. Je comptais monter jusqu’à Deer Park Heights, une colline surplombant Queenstown, de l’autre côté de Shotover River. De par sa proximité avec la ville, son sommet servit de véritable studio. Malgré une unicité de végétation, la diversité dans sa topologie – rochers et étangs – permit de l’utiliser comme décors dans les trois films, pour des lieux différents ou encore de simple prises de vue servant dans des raccords. Au début de la route, un écriteau annonce « Private Property – No trespassing », je passerai sans autre, mais me retrouverai les pieds devant le mur, face à un portique d’entrée verrouillé par trois chaînes et deux cadenas. Dommage, du sommet la vue sur Lake Wakatipu  et ses environs devait être magnifique.

Je me rends donc à Arrowtown, éloigné d’une petite douzaine de kilomètres. A mon arrivée, l’ombre a déjà plongé la petite bourgade dans le froid. Au bord d’Arrow River, je découvre rapidement le lieu-dit dans Lord of the Rings du gué de Bruinen, où Arwen montée sur destrier Asfaloth, Frodon sur la croupe, défie les neufs Nazgul de traverser la rivière. L’endroit est reconnaissable, notamment depuis le point de vue d’Arwen, où passe le chemin suivi par les Neufs, avant d’être emportés par l’inondation magique, lors de leur charge.

Je profite de découvrir la petite bourgade, fondée suite à la découverte d’or dans la rivière en 1862. D’ailleurs, les bâtiments bordant la rue principale semblent sortir en droite ligne d’un western à propos de la Ruée vers l’Or californien à la même époque. Une véritable carte postale, s’il n’y avait pas autant de voitures parquées dans les rues. 7000 européens ou chinois débarquèrent pour profiter de cette manne. Très vite, les colons blancs mirent à l’écart les jaunes, comme aux Amériques, les amenant à vivre en communauté autarcique. Aujourd’hui, après que le gouvernement néozélandais se soit publiquement excusé de cette mise à l’écart, les cottages du peuplement chinois d’Arrowtown ont été complètement restaurés, et constituent l’un des uniques témoignages de l’arrivée des premiers chinois sur le sol maori. Un dernier petit détour m’amène jusqu’aux décors de Gladden Fields, le sentier où Isildur, attaqué par les orcs, est trahi par l’Anneau Unique. Ce dernier finit au fond de l’eau, où de nombreuses années plus tard, Déagol, le cousin de Sméagol le trouva. Et l’histoire suivit son cours. Si vous ne la connaissez pas, je ne peux que vous recommandez la lecture de Lord of the Ring, ou pour les plus paresseux d’entre vous, simplement regarder les films.

Avant que le soleil ne soit complètement couché, je retourne en direction de Kawarau Bridge, duquel je me suis élancé hier. Pour le tournage de Lord of the Ring, la rivière s’est appelée pour quelques jours Anduìn River, sur laquelle la Fraternité de l’Anneau voguera jusqu’à leur arrivée au Gondor, signalée par la présence de part et d’autre du fleuve des Argonaths. Ces piliers des rois, sculptés à même le roc, représentent Anárion et Isildur et marquent l’entrée nord dans le royaume du Gondor. Il est facile d’imaginer les trois barques descendant la rivière, occupées par les compagnons émerveillés à la vue des anciens rois. L’endroit où sont érigés les deux statues, incrustée numériquement dans le film, est aisément reconnaissable, situé 200 mètres en amont de l’ancien pont. Une des meilleures vues sur la rivière est située sur la route menant à Chard Farm, un vignoble, sans doute le plus haut de Nouvelle-Zélande. Pour y accéder une petite route, pas si étroite que ça pour un valaisan, est tracée dans les flancs abrupts. Un étrange panneau de signalétique est d’ailleurs placé à l’intersection avec la route principale.

Pour passer la nuit, je me suis délicatement parqué, collé contre la paroi, dominant d’un côté Kawarau Bridge et de l’autre les Argonaths. Un des propriétaires du vignoble m’invitera à me déplacer jusqu’à l’entrée de la propriété, car mon emplacement n’était pas idéal. Pourtant, il y avait suffisamment de place pour croiser 2 paires de voitures. Je ne vais pas me plaindre, le plancher est bien plus plat à mon nouvel emplacement.

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J22 – Découverte de Fjordland

2 06 2011

Control Gate, Te Anau, 2 juin 2011, 22h00

Trajet : Monowai Lake – Manapouri – Te Anau

Distance : environ 3509.1 km

Réveil tranquille, petit déjeuner savoureux. Une petite balade matinale jusqu’à un point de vue situé à 3 petits kilomètres du camping accélère la digestion. La vue sur Monowai Lake et les contreforts des Fjords en arrière plan est cadrée par la surface du lac et un plafond nuageux ne laissant entrapercevoir que la partie inférieure des montagnes. Magnifique. Partie intégrante d’un complexe hydroélectrique, le niveau du lac est monté de 2.5 mètres lors de la construction du barrage, expliquant les nombreux troncs perçant la surface à proximité des rives.

J’ai à peine démarré que je m’arrête quelques kilomètres plus loin pour me promener dans Borland Ridge, une étendue de landes  composées d’un sol partagé entre des lichens blanchâtres et des herbes sèches, parsemé d’arbustes similaires à nos bruyères et à nos genets. Je suis une piste forestière, en emprunte une deuxième au gré de mes envies. Attention à ne pas se perdre dans ce paysage toujours semblable, mais en perpétuel changement: n’aurais-je pas déjà croisé ce buisson, à moins qu’il n’ait été un chouïa plus grand? Je retrouverai ce type de végétation plus tard dans la journée à proximité de Rakatu Wetland. De l’autre côté de la vallée, je parcours la courte boucle de Borland Nature Walk, qui traverse un exemple de forêt local. Ici, les beechs constituent l’espèce dominante. Sur les hauteurs, seul un tapis de mousses et de fougères parsème le sol; dès que la forêt pousse sur des terres inondables, des arbustes occupent un étage de végétation supplémentaire entre le sol et la frondaison, les fougères se font aussi plus présentes.

Avant Manapouri, je m’arrête proche de Rakatu Wetland, une zone humide en partie régénérée par les exploitants du complexe hydroélectrique. Si les premiers étangs marécageux me déçoivent beaucoup – les digues permettant cette revitalisation présentent une forme tout sauf naturelle – en poursuivant mon chemin je découvre un marais original, bien plus vivant, bien plus fractionné que les constructions artificielles. Peut être qu’en donnant du temps à la nature, cette dernière reprendra ses droits. Manapouri, plutôt hub touristique des croisières à destination du Doubtfull Sound que véritable village, je m’enquièrs d’ailleurs auprès des agences des diverses possibilités et coûts, avant de poursuivre mon trajet jusqu’à Te Anau, la grande ville de Fjordland avec près de 3000 habitants.

Pour l’aparté historique, en 1952, des milliers de néo-zélandais se sont battus contre le gouvernement pour que le lac reste à l’état naturel. En effet, le pouvoir en place, afin de pourvoir en électricité l’usine d’aluminium de Tiwai entre Bluff et Invercargill, voulait construire un barrage et monter le niveau de l’eau d’une trentaine de mètres. Le compromis trouvé fut d’exploiter le lac à son niveau habituel et la défaite du parti aux élections suivantes.

Sur le chemin, je m’arrête à Rainbow Reach pour parcourir quelques kilomètres du célèbre Kepler Track, l’une des sept Great Walk, dont le tracé forme une boucle dans les montagnes de la région entre Manapouri et Te Anau Lake. Après avoir traversé Waiau River sur un magnifique pont suspendu, oscillant sous mes pas, je longe la rivière vers le Sud. Je chemine à nouveau dans une forêt de beechs, au très agréable tapis moussu. L’endroit est grandiose, avec ces grands troncs qui s’élancent vers le ciel, une rivière bordée d’une rive de galets. Elle a d’ailleurs servi de décor lorsque les neufs Nazgul poursuivant Arwen s’élancent dans la rivière Anduin. Plus loin, je découvrirai aussi la région marécageuse des Dead Marshes que Frodon, Sam et Gollum franchissent pour approcher le Mordor. L’endroit y est d’ailleurs plus que ressemblant, avec les nombreuses petites mares, les plantes carnivores et la végétation particulière des marais. Il ne manque que la brume. Je suis presque surpris d’entendre plus d’oiseaux ici aux abords du Fjordland plutôt que sur Rakiura. Il est vrai qu’ici aucun vent, aucune rafale, aucun grincement d’arbre ne vient troubler le silence quasi religieux de la forêt.

Arrivé à Te Anau, après avoir réservé une croisière sur le Doubtfull Sound pour la journée de demain, et une sur le Milford pour le surlendemain dans l’après-midi, je me ballade à côté de Te Anau Lake, le plus grand lac de South Island, dont le niveau peut varier de 4 mètres suivant les besoins en eau du complexe hydroélectrique. Le parc, situé à l’entrée du village, permet de se forger une connaissance autant botanique avec les divers espèces d’arbres, qu’ornithologique avec quelques caches regroupant les principaux oiseaux, dont le célèbre kea, le seul perroquet alpin, grâce aux plaquettes descriptives. Déambulant paresseusement au bord du lac jusqu’au coucher du soleil, j’aurai bien aimé qu’il se couche à l’est car ses derniers rayons auraient éclairé d’une magnifique couleur les rives arborisées d’en face. Il est toutefois vrai que si j’avais été un septuagénaire, j’aurais été bien heureux de profiter de cette dernière chaleur depuis ma terrasse d’une maison de Te Anau. Il n’y a pas moyen d’avoir le beurre et l’argent du beurre.

Ravitailler le véhicule, acheter de quoi préparer des sandwichs pour demain, et je me trouve une petite place pour la nuit. Le temps de préparer mon repas –  bœuf tandoori aux poivrons, un vrai délice –  rédiger le billet du jour et voilà que mes doigts sont plus que frigorifiés. Bon! je préparerai mes sandwichs demain matin, après le petit-déjeuner; il est temps d’aller dormir pour moi, et de retourner travailler pour vous.

 

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