J40 – Wellington et Te Papa

20 06 2011

Easy Key Laundry, Wellington, lundi 20 juin 2011, 19h00

Finalement, durant toute la traversée j’ai veillé, hypnotisé par le phare au feu blanc scintillant marquant l’entrée du Port de Wellington. Rien de plus magnifique qu’une approche dans la nuit, alors que les lumières de la ville inonde la rade, que l’éclat régulier des lampadaires marque les quais en front de mer. Lorsque j’avais emprunté le ferry pour rejoindre South Islands, j’avais remarqué un campervan tranquillement arrêté au bout d’un petit cap, où se trouve l’un des feux de navigations. Longeant la côte, je finis par laisser les lumières de la ville derrière moi, alors que je roule le long du promontoire de Miramar et finis par arriver à son extrémité, où un clignotement régulier marque le temps. C’est ici que je me reposerai pour le reste de la nuit.

A mon lever vers 8h00, après avoir dormi un peu moins que 6 heures, le temps semble s’être amélioré. Le soleil est loin de briller dans un ciel dégagé, mais il ne pleut déjà plus à verse. Alors que je prépare eggs & bacons, une légère bruine viendra maculer mes vitrines de fines traces allongées. Avant de me rendre à l’office du tourisme pour récupérer quelques informations, un petit détour par la piscine me permet de préparer mon retour à la civilisation. Mis à part mon arrêt à Nelson (50’000 habitants), la dernière ville que j’avais rencontrée était Dunedin (110’000 habitants), quelques semaines en arrière. Le menu « découverte » de la journée sera principalement centré sur Te Papa, ce magnifique musée retraçant l’histoire de la Nouvelle-Zélande, de sa formation géologique aux revendications maories actuelles.

A l’ouverture des portes, je pénètre pour la deuxième fois dans le bâtiment. Au lieu de reprendre ma visite où j’en étais resté la dernière fois, je monte jusqu’au dernier étage et descendrai dans le temps en même temps que les escaliers. Au 6ème, l’exposition temporaire est une rétrospective de l’œuvre artistique en terre-cuite (jarres, plats, …) néo-zélandaises. Quelques belles pièces sont présentes, mais la poterie me laisse définitivement de marbre. A l’étage inférieur, depuis son déménagement dans le nouvel immeuble, Te Papa s’est enrichi d’une collection artistique diverse allant de tableaux et gravures européens datant de la découverte d’Aotearoa par Cook au XVe siècle, jusqu’aux photographies et autres œuvres contemporaines d’artistes néo-zélandais, en passant par l’art tribal maori. Cette dernière partie sera de loin la plus intéressante avec des pendentifs en pounamu, des meres en néphrite ou encore nombre d’objets en bois sculptés. Pour rappel, jusqu’à l’arrivée des européens, les maoris ne connaissaient pas les métaux, et art et artisanat étaient centré sur le pounamu, le bois et l’ivoire (de baleine).

Dès mon arrivée au 4ème étage, il devient plus difficile de vous raconter la richesse du musée. Te Papa, un nom qui lui sied à merveille. En maori, son vrai nom Te Papa Tongarewa, peut être traduit par la boîte à trésor. Je l’utiliserai plutôt au pluriel, la boîte aux trésors, tant le nombre de sujets abordés est important : de la géologie à l’histoire naturelle, de l’art à l’artisanat, d’un monde vierge à l’introduction d’animaux considérés aujourd’hui comme pestiférés… Et les trésors ne sont rien d’autres que les objets présentés et les informations partagées. Les descriptifs ne sont ni trop longs – cela serait rébarbatif à lire, – ni trop courts – sinon bonjour l’avarice -, les pièces sont mises en valeurs comme il m’a rarement été donné de les voir. Pour ceux qui ont eu la chance de visiter le musée Hervé à Louvain-la-Neuve, la muséologie est du même niveau. Et à l’instar de ce dernier, le bâtiment fut dessiné pour ses besoins. Une véritable merveille. Je vous passerai les détails, il faut en faire véritablement l’expérience. S’il m’avait fallu une bonne heure pour arriver à bout des deux précédents étages, n’occupant pas toute la surface du bâtiment, il me faudra un peu plus de deux heures trente pour explorer l’intégrité du quatrième. Parmi mes meilleurs souvenirs :

  • L’exposition consacrée au Pounamu, présentant de nombreuses meres, dont trois possédant une histoire particulièrement importante, une vitrine remplies de Hei-Kete, pendentifs représentant l’ancêtre des humains, finement ciselés, parfois possédant des incrustations de nacre ou de corail ou encore quelques haches au tranchant affuté. Deux vidéos de facture remarquable montraient un maori ciselant un bijou, ou utilisant l’un des outils en pounamu pour sculpter du bois – particulièrement efficace.
  • Les vitrines présentant hameçons, crochets et autres leurres utilisés par les maoris. La majorité est composite, avec une pointe en os, rattachée à un corps en bois. A l’arrivée des européens, les pointes métalliques ont peu à peu remplacé l’ivoire, plus fragile, mais les maoris ont conservé leur ligature à base de fibres de flax et de noix-de-coco, rejetant le chanvre européen ou le coton, qui se désagrégeaient trop rapidement.
  • Golden Day, plus un film théâtral qu’une véritable exposition. Assis sur de vieux fauteuils ou d’antiques  fauteuils, le spectateur est placé face à une devanture remplie de jouets et d’équipements sportifs pour enfants. Alors que le film en arrière-fond retrace le XXème siècle néo-zélandais, les objets s’animent, entrent en mouvement… Tous les sujets sont abordés, des plus heureux comme les années soixante, le début insouciant du surf, l’arrivée de la pilule, aux plus durs tels que les deux guerres, la crise économique, en passant par la politique anti-nucléaire suite à l’attentat du Rainbow Warrior. Le tout abordé avec humour, comme le refus de laisser un navire de l’armée américaine à propulsion nucléaire, croiser dans les eaux nationales, ou violence, comme durant la deuxième guerre mondiale. Je crois bien qu’il s’agisse DU film  à ne pas rater si vous passez par Wellington.
iStay, Wellington, 20h00

En début d’après-midi, une petite coupure m’amène à prendre l’air à Wellington. Sur le quai, une petite bruine, un véritable crachin breton, m’accueille. Déambulant dans les rues, je rejoins le quartier du parlement où quelques bâtiments valent le détour. Le Beehive (ruche), devenu un véritable emblème architectural de la cité, avant la construction du Te Papa n’a pas besoin d’une description, tant sa silhouette est en adéquation avec son nom. Style aimé ou détesté, personnellement j’ai des doutes sur l’esthétisme sur l’ensemble qu’il constitue avec l’ancien bâtiment, austère avec sa façade grise. De l’autre côté de la rue, l’ancien bâtiment gouvernemental élève sa silhouette crème. Au vue des ornementations, des pierres taillées aux angles apparents, aucun doute sur son matériau, de la véritable pierre. Dans la réalité, il s’agit d’une des plus grandes constructions en bois. J’ai été tester pour vous. Rassurez-vous, pas de manière destructive, simplement en toquant contre le mur : il s’agit bien de bois.

Poussant plus loin mon exploration, je profite de visiter Old St Paul’s. Construite en 1866 sur l’ancien emplacement d’un Pa maori, son architecte le Révérend Frederick Thatcher, adapte le style néo-gothique, utilisé en Angleterre à la même époque pour les bâtiments officiels, aux matériaux et conditions locaux. Il en résulte, sous un extérieur fraîchement repeint, un magnifique intérieur gothique, avec arches brisées et toutes les fioritures, une véritable merveille. Si, au début, les vitraux n’étaient que des verres peints, au fur et à mesure des années, de véritables œuvres d’arts les ont remplacés. Jugée trop petite, le clergé décide de la démolir pour ériger une cathédrale de plus grande dimension. Il s’ensuivra une des batailles les plus acharnées pour la sauvegarde d’un bâtiment. Sauvée, classée monument historique puis restaurée, elle fut à nouveau ouverte au public en 1970. Il est bon de savoir que cette petite cathédrale fut sauvée, quand on observe la nouvelle. Pour la petite histoire, alors que des artisans, peut-être francs-maçons, sculptaient dans les chapiteaux de nos églises des visages grimaçants, un charpentier a ciselé une face dans l’extrémité d’une poutre surplombant le transept.

Sur le chemin me ramenant à Te Papa, je passe devant le célèbre funiculaire rouge, le Wellington Cable Car. Je me laissera guider par mon envie, et la rame m’amènera jusque sur les hauteurs de Wellington. Toutefois, à l’inverse des funiculaires lisboètes, la vue sur la ville en contrebas n’est pas aussi charmante. Au lieu de redescendre par le même moyen, je décide d’emprunter les allées descendant à travers le jardin botanique. Passant à côté de l’observatoire Crater, dont la position d’une des astrolabes est le point connu avec la plus grande précision en Nouvelle-Zélande, je rejoins le jardin des cactées, avant de m’engager sur l’allée des Camélias. Remontant jusqu’au sommet de Druid Hill, j’y découvre une magnifique sculpture, Listening et Viewing Device. Son créateur a voulu que le spectateur joue avec. Il est possible de la pousser, provoquant un doux grincement, ou encore de la frapper afin de la faire résonner comme un gong. Le son m’a toutefois déçu, je m’attendais à une sonorité plus importante. Avant de rejoindre la cité, j’arrive à nouveau dans un cimetière, que l’on dirait abandonné à voir l’état des pierres tombales. Il faut dire qu’il s’agit du premier cimetière de la ville, et que les enterrés ne possèdent plus forcément de descendants. D’ailleurs, lors de la construction de l’autoroute, le tracé de cette dernière fut dessiné en passant à travers le cimetière, le ceignant en deux. Si un certain nombre de tombes furent relocalisées, les corps dont les pierres tombales étaient devenue illisibles furent simplement enlevés, et un mémorial érigé.

De retour sur les quais, je rejoins à nouveau le Te Papa. Il me reste les deux étages que j’avais déjà partiellement découverts lors de mon premier passage. L’artistique et le politique ayant été préalablement abordé, l’aspect scientifique forme la colonne vertébrale de cette partie. Ce fut un régal de revoir le fonctionnement d’un volcan, ou encore d’en apprendre plus sur le climat régissant les différentes régions du pays, notamment celui entre la côte ouest et est de South Island, séparée par les Southern Alps. Le petit film « ma place » est une perle rare : j’y découvre divers habitants, immigrés, résidents ou citoyens néo-zélandais dévoilant la place où ils se sentent chez eux en Nouvelle-Zélande, et pourquoi il s’agit de cette endroit particulier. Au travers de mes diverses visites, je dois cumuler environ 8 heures de découvertes dans ce musée, et j’ai l’impression de ne pas l’avoir véritablement visité, d’avoir simplement effleuré la couche supérieure de l’édifice. Si un jour je devais revenir à Wellington, je reviendrai sans nul doute m’y balader.

Le premier moment fort de cette après-midi est l’exposition temporaire à propos de l’identité maorie, que ce soit au niveau culturel, avec son art, sa langue, ou encore aux niveaux historique et politique, avec les terres confisquées lors des guerres nationales, ou des achats peu officiels des terrains par les colons, ou encore la lecture du Traité de Waitangi, et son interprétation en fonction du document rédigé en anglais ou en maori. Le deuxième moment fort est  l’immense carte nationale dessinée sur des catelles lumineuses se reflétant sur les parois noires. J’ai retracé mon chemin parcouru, mettant un pied devant l’autre; cela fait un bout de trajet, ou comme l’appelle Antoine Sigg « une belle tranche de voyage… »

Je ressors alors que la nuit est déjà tombée. Traintrain urbain oblige, je me mets en quête d’une buanderie pour faire ma lessive. Avant de me retrouver dans un cybercafé pour poster quelques nouvelles, avant de rejoindre Hibiscus, manger une morceau et rejoindre mon lit chaud – dans la réalité, il doit être plutôt humide –.

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J 9 – Peintures maories et inscriptions françaises

20 05 2011

Akaroa, 20 mai 2011, 19h00

Waikari – Akaroa

D= 1551 km

La grasse matinée jusqu’à 7h30 ce matin est facilement explicable. Après avoir relu ces dernières semaines le seigneur des anneaux, je me devais de voir à nouveau les films afin de replacer les scènes dans les différents paysages – la seule entorse tolérée à ma règle de ne pas utiliser l’ordi pour autre chose que pour rédiger des billets –. Cela n’aura pas servi à rien, lorsque Frodon et Sam ressortent d’Osgiliath par le passage souterrain, ils arrivent effectivement dans une pinède, comme celle que j’ai entraperçue à Waitarere. Comme la journée va commencer par une petite marche matinale, je n’hésite pas à me faire des œufs brouillés pour déjeuner; malheureusement il manquera le bacon.

De retour à Waikari village, je quitte mon van, embarque une bouteille d’eau, quelques noix et autres fruits secs à grignoter, puis marche sur le tracé de l’ancienne ligne ferroviaire devenue aujourd’hui une route agricole, avant de la quitter pour longer une clôture parcourant les pâturages. Ce chemin doit me mener jusqu’aux peintures rupestres maories, qui, d’après le guide, sont à plus ou moins 1 heure de marche. Parcourant la cambrousse néo-zélandaise, grimpant par dessus une première colline, puis une deuxième et j’arrive déjà à proximité d’un immense rocher oblong, orné d’une corniche. A l’abri de cette dernière se trouvent les susmentionnées peintures : noires et rouges, à l’instar des couleurs maories; personne ne sait ce qu’elles sont censées représenter : scènes de chasse, bande dessinée, ou encore motifs religieux.

Un peu déçu par cette trop courte promenade, j’erre sur le chemin du retour pour admirer les magnifiques blocs disséminés dans le paysage. J’avais déjà remarqué à l’aller que des os de moutons jonchaient par endroit le sol; je ne m’attendais pas à trouver le cadavre, dont les chaires avaient disparu depuis bien longtemps, et dont ne restait plus que la peau tannée par le climat et les os, derrière un des rochers. Macabre découverte! comme quoi le problème des ovins disparus ne doit pas exister qu’en Valais.

Retour à Waikari, puis en route, direction Christchurch, le dépôt d’Escape Rental pour aller chercher des chaînes à neige, car peut-être que j’en aurai besoin dans un futur plus ou moins proche. J’étais prévenu que dans un cercle de 100 km autour de Christchurch, il n’y avait rien à voir; toutefois, je ne m’attendais pas à un néant visuel aussi absolu que ça. Pas le moindre détail digne d’intérêt. Oui, en fait, il en existe un: il s’agit du café/brasserie Brew Moon, dont les bières artisanales, en tout cas la Hophead IPA que je bois en ce moment, sont excellentes.

Christchurch, dont le centre est interdit à la circulation et aux touristes depuis le tremblement de terre de février dernier. Si, au début, seules quelques cheminées, ou encore un pont coupé à la circulation sont les seuls signes apparents, au fur et à mesure ils deviennent plus importants : façades lézardées, toits éventrés, routes cabossées et taconnées dans l’urgence, bennes à gravats posées régulièrement dans les rues, toilettes chimiques, … Mais rien n’équivaut les abords du centre, où des barrières interdisent les accès, où les panneaux indiquent des routes barrées à 50 mètres, où des façades sont écroulées, des maisons déjà rasées, des grues et des engins de démolition en action. Je n’ai vraiment pas l’envie de m’arrêter. Sur le chemin, je passe à côté d’une partie des bâtiments de l’université. Je ne comptais pas spécialement m’arrêter, mais le dépôt d’Escape est juste à côté. Donc voilà, je vous laisse admirer une photo pour voir les dégâts.

Je quitte rapidement la ville pour rejoindre Akaroa sur la péninsule de Banks. Afin d’admirer la rade de Lyttelton, je passe par la ville éponyme, qui fut en son temps le port d’attache des expéditions menées par Scott et Shackleton en Antarctique. Mal m’en prit, j’aurai dû directement aller à Robertson Bay, donnant aussi sur Lyttelton Harbour, car la ville est en partie un monceau de débris, essentiellement les bâtiments historiques. Bref, je longe la rade, découvre à nouveau des paysages intéressants, passe un col, Gebbie Pass, le deuxième de la journée, et redescends de l’autre côté de la péninsule pour rejoindre la SH75 qui mène à Akaroa.

Banks Peninsula, nommée en l’honneur du naturaliste Sir Joseph Banks, embarqué sur l’Endeavour du capitaine Cook, lorsque ce dernier découvrit ce qu’il croyait être une île en 1770. L’histoire de cette péninsule est plus que particulière pour être contée. En 1838, le français Jean Langlois, capitaine de navire négocia l’achat de la péninsule aux tribus maories d’Akaroa, littéralement le long port, la plus grande des rades de l’isthme.  Il retourna en France fonder une compagnie pour l’exploiter. Pendant ce temps-là, Sir Hobson rédigeait le traité de Waitangi, dont deux chefs maoris, issus d’Akaroa le signèrent. Lorsque les 63 colons français arrivèrent en 1840, l’Union Jack flottait au-dessus de la péninsule. Les anglais, au courant des agissements français, avaient envoyé un navire pour hisser leurs couleurs sur l’île et ainsi démontrer l’appartenance de la Nouvelle-Zélande à la couronne d’Angleterre. Si les colons étaient arrivés en même temps que Langlois, le futur d’Aotearoa aurait pu être autre. Toutefois, en bonne entente avec les anglais, ils s’installèrent à Akaroa.

Le trajet est complètement dépaysant et ne ressemble à aucune péninsule ou région volcanique que j’ai rencontrée. Formée par l’éruption de deux volcans, dont le plus élevé, situé au large, à l’emplacement d’Akaroa, culminait jadis à près de 1800 mètres. Tels des pieuvres déroulant des tentacules, les deux volcans déversent leur lave en de longues langues s’étoilant à partir de leurs cratères respectifs, créant des vallées. Peu à peu, la péninsule s’enfonçant sous son propre poids, elles se remplirent d’eau, se transformant en rade. L’érosion rapide des sommets, le cycle de gel/dégel désagrégeant les roches, certaines baies se remplirent peu à peu, des plaines apparurent comme les membranes entre les bras d’une pieuvre, conférant à Banks Peninsula sa géométrie particulière.

Pour atteindre Akaroa, la route suit les contours de l’excroissance : une droite pour longer un flanc, une longue courbe pour épouser le fond de la baie, un tronçon rectiligne parallèle à l’autre flanc, et virage en épingle à cheveux pour négocier le cap, et le cycle recommence maintes fois. A Little River, anciennement terminus de la ligne ferroviaire Christchurch Akaroa, démantelée dans les années 1960, la route grimpe, s’élève par dessus l’un des bras jusqu’à Hilltop, le col qui dévoile une vue magnifique sur la rade d’Akaroa, le long port en maori.

Akaroa, la ville française, où il fait si bon de se balader. Je dis ça après l’avoir connue presque déserte, peut-être qu’en pleine saison d’été, lorsque près de 7000 touristes débarquent quotidiennement, je l’aurai fuie promptement. Ses vieilles église, érigées dans les années 1850, ou encore ses demeures comme aux premiers jours de la colonie ne sont sans doute pas étrangères à son cachet particulier, renforcé par l’atmosphère française qui y règne : drapeau tricolore, bâtiments arborant ces couleurs dans leur ornementation, ou encore dénominations françaises des rues (Rue Lavaud, Rue Benoît), des services (Gendarmeries), des échoppes et des hôtels (Chez la Mer, Le Bon de Sir, A la maison). Le musée de la ville narre l’aventure de la cité, à renfort de divers artefacts, pour la plupart ayant appartenu aux premiers colons. Après avoir longtemps été un sérail de la chasse à la baleine et aux phoques, elle devint un des premiers lieux de villégiature de Christchurch. D’ailleurs, au cours de sa vie trépidante, elle fut électrifiée 9 ans avant sa grande voisine.

Ce soir, je prends de la hauteur, et trouve entre deux tas de gravier, le long de Summit Road, un petit coin pour ranger mon campervan. Si la vue latérale n’est pas grandiose, ma fenêtre arrière donne sur Akaroa Harbour et la ville en contrebas. De plus, comme il fait particulièrement doux, sans doute quelques degrés de plus que hier, je peux profiter de la vue en ouvrant la porte du balcon.

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J-4 : Whanganui River (II)

15 05 2011

Atene, 15 mai 2011, 19h30

D=612.4 km

Finalement, les fiers aventuriers, équipés de leur gilet de flottabilité, et ayant revêtus un poncho étanche par-dessus leur veste, embarquent à bord d’un jetboat équipé d’un moteur Hamilton, du nom de l’inventeur des propulsions à jet d’eau. Sitôt parti, filant à plus de 30 [km/h], il pleut presque à l’horizontal et les gouttes de pluies se transforment en autant de petits projectiles percutant le visage. Si le poncho est équipé d’un super capuchon à visière, il est toutefois presque impossible de regarder en avant plus de 10 secondes. Seul le pilote, équipé d’une paire de lunettes de soleil, guide la barque; tous les passagers profitent de regarder le paysage à bâbord ou à tribord. Bien entendu, toute photo est impossible.

Sur le jetboat, poncho bleu pour se protéger de la pluie

De part et d’autre, le fleuve Wanganui, arborant une couleur brun-kaki, est cerné par deux pans, véritables murailles de limon aggloméré, tantôt gris, tantôt brun, ceint par une couronne de forêt vierge. Parfois, mousses et fougères prennent possession des parois, leurs croissances triangulaires pointant vers le bas. Les cascades, nombreuses en raison de la pluie, déversent leur eau, rendue brunâtre par l’apport des limons. De temps à autre, l’herbe a pris possession d’une avancée moins abrupte, atténuant la verticalité du paysage.

Pendant la remontée jusqu’à Mangapurua Landing, grottes, affluents ou ravissantes cascades sont découverts au gré des arrêts. Tout au long de la route, le guide contera  l’histoire du fleuve. Tout débute lorsque Taranaki, après bagarre avec Tongariro, amoureux de la splendide Pihanga, quitta le centre du pays pour la mer, creusant un sillon dans la terre. Tongariro envoya de l’eau fraîche pour soigner l’entaille, et ainsi est née Wanganui River.

Une fois débarqués, nous rejoignons une petite hutte pour enlever ponchos et gilets, qui vont nous encombrer pendant la petite marche de 40 minutes jusqu’au pont. A ce stade de l’aventure, je songe que lors de la prochaine halte dans une ville digne de ce nom, il me faudra acheter un surpantalon étanche, ainsi que peut être une nouvelle veste de pluie. Bien que ne laissant pas passer le vent, ma fidèle Mammut orange a commencé à prendre l’eau aujourd’hui. Si je rencontre à nouveau un temps pareil sur la côte ouest, je serai content de posséder une étanchéité digne de ce nom. Bref, la compagnie se remet en route, marchant sur un chemin plus que boueux à travers la jungle. Rainforest en anglais: jamais elle n’aura si bien porté son nom « forêt de pluie ». Peu à peu, le sentier se transforme en barrage, puis devient à un certain moment une véritable rivière. Aucune autre solution, que de s’aventurer à travers les torrents d’eau, j’envie presque les deux courageux à pieds nus. Mes souliers, qui avaient jusqu’à présent vaillamment résisté, déclarent forfait et je sens des flots d’humidité pénétrer à travers.

Le sentier, devenu lit d'un torrent, menant au Bridge to Nowhere

Alors que la pluie s’est calmée, nous arrivons au pont. Moment étrange que de découvrir un pont de béton, enjambant un canyon, dont les ancrages jaillissent de part et d’autre de la forêt : aucune route n’y mène, ni n’en repart. Il est là. Tout simplement. Depuis bientôt trois quarts de siècle, bravant l’hostilité de la nature, il résiste. Entre temps, la pluie a redoublé de vigueur et nous tendons rapidement une bâche entre quatre arbres pour pouvoir avaler notre pique-nique à l’abri des intempéries.  Chocolat chaud, thé et biscuits amenés par le guide sont plus que bienvenus.

Bridge to Nowhere

Le soleil pointant enfin le bout de son nez à travers un coin de ciel bleu, le guide nous sort de notre abri pour raconter l’histoire de ce pont. Au retour de la 1ère guerre mondiale, nombre de soldats néo-zélandais n’ont pas de travail, de même que bon nombre de morceaux de terre ne sont pas encore exploités; le gouvernement décide alors de les donner à ceux qui veulent des propriétés dans la région de Wanganui River. Sur les nombreux soldats ayant fait le chemin jusqu’où se dresse aujourd’hui le pont, peu décident de choisir cette vie à la vue des terres pentues à défricher, des nombreuses gorges, de la difficulté à accéder – trois jours de montée depuis Pipiriki, ou une longue marche à travers la forêt depuis Maungaroa.

Ceux qui s’y établirent, vivant dans des tentes, commencèrent par bâtir une maison avant d’y amener femmes et enfants, puis les pâturages s’agrandirent pour le nombre toujours croissant de moutons. Mais la vie restait dure: il fallait tout amener à dos d’ânes depuis Mangapurua Landing. L’accès aux quelques fermes situées de l’autre côté de la gorge où coule le Mangapurua se faisait à l’aide d’un pont suspendu, dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui. Une route devant relier Taranaki à Turangi est mise à l’étude. Sa construction depuis l’est débute en même temps que le pont au-dessus du Mangapurua. Béton, outils, graviers,… tout est amené à dos de mulets. Le pont est achevé en 1936. Mais aucune route ne fut construite de l’autre côté, et le pont obtint son nom actuel, Bridge to Nowhere. Finalement, sur ordre des gouvernements, les exploitations agricoles furent fermées pour permettre la création de Whanganui National Park. En 1950 la forêt vierge a déjà bien repris ses droits et le pont est recouvert d’un tapis d’herbe. Actuellement, rien ne permet de dire que la jungle actuelle est simplement régénérée, après son complet défrichement dans les années 1940 et n’est plus l’originale. Actuellement le pont est entretenu pour des besoins touristiques, mais aussi en tant que monument dans l’histoire régionale. Je fus d’ailleurs surpris du bon état des matériaux pour un pont laissé à l’abandon pendant près de 30 ans.

Restes de l'ancien pont suspendu au Bridge to Nowhere

Sur le chemin du retour, les eaux de surfaces ne cessent de s’écouler et de s’accumuler sur le sentier, encore plus submergé que lors de la montée. Après avoir remis notre équipement, l’arrivée à l’embarquement fut une surprise: ce dernier est complètement submergé par la montée des eaux et Whanganui charrie un grand nombre de troncs et de branches. Une fois sur le jetboat, l’absence de pluie rend le trajet bien plus agréable et, la truffe en avant, nous profitons du vent-vitesse glissant sur notre visage. Cela me permet aussi de prendre quelques photographies, car j’étais quand même un peu contrarié lors de la montée. Le nombre de cascades et de chutes d’eau est encore plus important, sans compter de véritables jets d’eau qui se déversent dans le fleuve à travers des canaux naturels, percés dans les parois.

Nous profitions aussi de la joie du jetboat lorsque le pilote effectue embardée et virage à 360°.  Alors que arrivions à l’endroit où nous devions troquer notre bateau à jet d’eau contre un canoë canadien pour la suite de la descente, aucune embarcation n’est visible et nous reprenons notre chemin jusqu’à Pipiriki. Nous apprendrons qu’en raison de la montée subite du niveau de l’eau – 3 mètres entre 10h30 et 13h30 – accompagnée de remous et de bois flottés, la descente en canoë devenait imprudente pour des raisons de sécurité. Toutefois, la montée des eaux est loin d’atteindre le record maximal de 18 mètres en début du siècle passé. La nature limoneuse du sol le rendant presque parfaitement étanche doit expliquer ces crues soudaines, et, au dire du guide, fréquentes.

Whanganui River

Pour la petite histoire, le fleuve fut parmi les hits touristiques originaux de Nouvelle-Zélande et fut même qualifié de Rhin du pays Maoris. Nombre de vapeurs à aubes ont promené des touristes, bien avant que les jetboat les amènent se balader à plus grande vitesse. Un vapeur fut même converti en hôtel flottant, sur lequel de riches notables venaient passer une nuit, tout en naviguant sur le fleuve. Peu à peu, en même temps que le déclin économique du flottage du bois, les embarcations à vapeurs disparurent, ainsi que le tourisme de luxe, et furent remplacés depuis quelques décennies par des jetboats et des touristes moins fortunés. Fin de l’aparté historique.

Après avoir troqué mes habits humides contre d’agréables vêtements secs, je reprends la route, descendant Whanganui Road, longeant le fleuve du même nom. Comme la majorité des terres sont maories, il est recommandé de demander leur avis si l’ont veut photographier un bâtiment, ou encore descendre jusqu’à leur marae. A l’entrée de chaque village, le nom dans les deux langues est d’ailleurs affiché

Première halte sur ma descente, Hirharama (Jérusalem). Cette ancienne mission catholique française des Sœurs de la Compassion s’est installée en 1892 sur un promontoire dominant un méandre. Dès mon arrivée, la quiétude émane de ces lieux spirituels. Jouant le rôle de gîte et de retraite, il est possible de visiter le couvent. L’intérieur est lumineux, clair, la vue sur la rivière est magnifique, le silence est d’or, tout semble intemporel. Une douce chaleur surgissant d’un feu de cheminée réchauffe ma peau humide. Je passerai un moment à discuter avec une kiwie ayant passé les 6 dernières années de sa vie à voyager sur les 5 continents. En arrivant plus tard dans la journée, je pense que j’y aurai passé la nuit pour profiter de la tranquillité du lieu.

Les autres haltes seront plus à titres photographiques, notamment celle faite au moulin à farine de Koriniti, construit 1887 et restauré en 1980, puis classé monument historique. Un dernier arrêt à la marae de Koriniti où un panneau invite les gens à la visiter, si toutefois aucune cérémonie importante n’a lieu. N’ayant vu l’intérieur de marae que dans des musées (Auckland, Waitangi), je veux profiter de l’occasion pour en découvrir une vivante. A mon arrivée, la lumière éclaire un des bâtiments, et j’irai demander à un groupe de maoris assis à l’abri des intempéries la permission d’y entrer. La réponse sera positive à condition d’enlever mes chaussures. Etant surpris par la présence de nombreux lits en plus des chaises, je leur demanderai si l’intérieur est toujours aménagé ainsi. La réponse sera non: ce week-end est spécial car il fête le huitantième anniversaire de l’ancêtre de la tribu. Cette dernière me posant des questions en maori, la seule langue qu’elle connaît, une autre femme fait la traduction au fur et à mesure. L’impression donnée est particulièrement étrange.

Marae à Koriniti

Peu après Atene, je m’arrête au bord de la route avec une vue magnifique sur le coude de Whanganui River. Toutefois, un local s’arrête et me dit qu’il n’est pas vraiment sûr de rester à cet endroit et me conseille vivement de rejoindre une place de camping situé en amont d’Atene, avant de repartir depuis la direction d’où il est venu. J’avais vu cette dernière, mais elle n’était guerre accueillante. Ayant fini mon repas, devant cet étrange comportement, je déplacerai quand même mon van d’un kilomètre. J’avais remarqué une place aussi jolie de l’autre côté du coude. Première fois que je remarque un comportement aussi peu sympathique de la part d’un kiwi.

La descente de Whanganui Road jouit d’une magnifique vue sur le fleuve et les vallées environnantes, sur les pans desquelles foisonnent les genets irlandais. Cette espèce, véritable peste florale, au même titre que les opossums dans la catégorie faune, conquiert peu à peu tout le territoire néozélandais et sa prolifération semble inaltérable. J’ai de loin préféré la partie découverte ce matin, bien plus belle, et que je qualifierai même de grandiose par sa sauvagerie et son naturel.

P.S. Whanganui ou Wanganui, les deux orthographes sont tolérées, bien que la première soit officielle. Par contre, la prononciation correcte est vanganoui et non fanganoui.

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Rotorua & activités géothermiques

9 04 2011

Et bien sûr la petite histoire commence hier

Lime Cafeteria, Rotorua, 10 avril 2011, 16h00 (GMT+12)

Comme d’habitude, levé au alentour de  7h00, revigoré par un rapide petit déjeuner, je pars à la découverte de la ville. Dès que la porte est franchie, l’odeur caractéristique de Rotorua vous cueille. Je gagne l’office du tourisme en faisant un petit détour par le Kuirau Park et la ville. L’impression qu’elle m’avait donnée la veille ne changera pas : un peu triste avec ses longues avenues et routes se coupant à angles droits, ses magasins aux devantures publicitaires lumineuses et proéminentes, ses bâtiments, sans âge, mais tout sauf esthétiques. Kuirau Park, ma deuxième confrontation avec l’univers géothermique de la ville, est un parc entretenu à l’anglaise, parsemé de sources d’eau ou d’étangs boueux portés à ébullition par la chaleur souterraine. L’ambiance  est fantastique : fumerolles, plantes de marins, eaux et beaux à la surface desquelles viennent éclater des bulles, odeur soufrée exaltée à proximité de ces bains, ….

Kuirau Park : l'une des nombreuses sources chaudes

A partir du 14ème siècle, les premiers maoris à bord du canoë Te Arawa vinrent peupler cette région, en nommant le lac Rotorua, signifiant simplement deuxième lac, comme c’était le second qu’il venait de traverser. Dans les siècles, quelques guerres territoriales eurent lieu, toutefois ce n’est que l’éruption violente du Mont Tarawera en 1886 qui remodela complètement le paysage de la région, tuant près de 1000 personnes et détruisant les très touristiques pour l’époque Pink and White Terraces et donnant à cette région un aspect géologique nouveau. Fin de la parenthèse historique.

L’office du tourisme siège dans un des plus jolis bâtiments de la ville, dont l’imbrication des toits et la présence d’unetourelle, le font ressembler à un manoir. Le bois apparent de la structure est rehaussé par la peinture blanche des façades. J’achète mon ticket pour le Whakarewarewa Thermal Village, un village vivant habité par les maoris depuis plus de 200 ans, avec vue sur les geysers. Alors que je veux réserver ma place au Tamaki Maoris Village, une attraction touristique dont la principale qualité est de servir le plat traditionnel appelé hangi, il me sera impossible car leur bureau n’ouvre qu’à 9h00.  J’attrape le bus, direction le village.

Bâtiment accueillant l'office du tourisme (iSite)

Frienz, Auckland, 11 avril 2011, 7h30 (GMT+12)

Le terme de Whakarewarewa (Fa-ka-ré-oua-re-oua) pourrait être traduit par vapeurs et étangs bouillonnants. Le nom du village est aussi celui de la réserve géothermique, sur laquelle il est construit. Près de 500 sources, dont la température varie de froid à bouillant, ainsi que deux geysers principaux sont observables. Billet d’entrée validé, je visite le petit musée qui conte l’histoire du village et la raison de son ouverture aux touristes avec des visites guidées. Alors que l’état néo-zélandais voulait transformer et créer un parc culturel pour préserver cette culture, les maoris du village ont craint que cela ne se transforme en grande attraction touristique, un peu comme Disneyland, avec la présence des sources d’eau chaude. Ils décidèrent de prendre leur destinée en main, en s’opposant à l’état. La réserve fut finalement coupée en deux, à l’est Te Puia, l’attraction touristique voulue par la Nouvelle-Zélande qui regroupe l’Ecole Nationale de sculpture et de tissage, une réserve à kiwi (l’oiseau), deux musées, … Et à l’ouest, Whakarewarewa, ou tout simplement Whaka est devenu un village vivant.

Comme il est encore tôt, à peine 9h00, le public de la guide maorie est composé de deux personnes, une allemande et moi même. A l’instar des autres villages, une arche, ici destinée à se remémorer les maoris morts aux cours des deux guerres mondiales, marque l’entrée. Le pont au pennys, donnant l’accès au village, enjambe une rivière chaude, dont la couleur jaunâtre est générée par le souffre présent dans l’eau. Son nom provient de la tradition qu’avaient et ont encore les touristes de jeter des pièces à l’eau, afin que les enfants maoris plongent pour les récupérer. Le village, dont l’accès est interdit aux touristes de 18h00 à 8h00, est habité par 23 familles, soit environ 70 personnes. Village réellement vivant, la vie quotidienne continue, avec entre autre la présence d’une petite pelleteuse destinée à la réfection d’une route. La guide nous mènera de sources d’eau chaude en maisons historiques. Je passerai les détails pour narrer les plus intéressants.

Marae, maison des ancêtres à Whakarewrewa

L’ensemble du village est construit autour de la Marae, la maison ancestrale, couronnée par le tekoteko, une représentation sculptée de l’ancêtre. La face avant de la demeure est ornée par des panneaux sculptés, peints en rouges, regroupés sous le nom générique de poupous (piu-piu). Les personnages ciselés, koruru, figurent les ancêtres des locaux ou des tribus voisines. Ils sont représentés la langue tirée en signe de provocation envers l’ennemi. Les boiseries sont toujours peintes, souvent en rouge, symbole du sang, en tant que tribus, mais aussi de la guerre. Les deux autres couleurs essentielles restent le blanc, représentant le renouveau et la vie, ou encore le noir, relatif aux profondeurs terrestres.

tekoteko de la Marae

Les maoris ont décidé de s’installer près des sources thermiques malgré certains inconvénients. L’activité géothermique fragilise le sol, qui parfois cède et condamne l’accès à certaines parties du village. Ainsi, la zone entourant l’ancien bain principal s’est vue interdire l’accès suite à la presque disparition de sa source. Ce n’est pas la seule surprise puisque depuis l’année dernière une demeure est évacuée suite à l’éruption d’un geyser dans la chambre à coucher. Par ailleurs, le sous-sol étant trop actif, à l’arrivée de l’anglicanisme, il fut impossible de creuser des tombes ; ainsi les morts sont enterrés dans des sépultures blanches construites au dessus du sol.

Ancien bain de Whakarewarewa : au premier plan, la surface croûtée ne supporte plus le poids d'un enfant

Cependant, les avantages retirés, notamment au temps pré-européen sont bien plus importants. La chaleur dégagée par les sources garantit une température clémente tout au long de l’année, même durant les plus froids mois de l’hiver. Par ailleurs, ces sources permettent plusieurs méthodes de cuisson. La plus simple consiste à introduire les aliments, principalement les légumes, dans un panier en flax tressé, un chanvre néo-zélandais, et de les immerger directement dans Parekohuru, le plus grand chaudron bouillant, paré d’une belle couleur aigue-marine. La cuisson s’effectue en un temps record, sans qu’il soit nécessaire de porter l’eau à ébullition : 5 minutes pour 5 kilogrammes de riz.

Parekohuru

L’autre manière consiste à cuire les aliments au dessus d’un trou d’où s’échappe de la vapeur. Bien vite cette méthode s’est perfectionnée en ajoutant une structure en bois autour de la source, ainsi qu’un couvercle pour en faire un compartiment fermé, et cuire les aliments à l’étouffée. La viande en dessous, les légumes et enfin le poisson par dessus composent le plat maori dénommé hangi. Toutefois, l’apanage de la cuisson à la vapeur pour ce repas n’existe que dans ce village. La méthode est radicalement différente pour les hangis préparés dans la majorité des autres tribus.

Boîte à Hangi : la technologie actuelle permet de protéger les aliments dans un film aluminium. Temps de cuisson du poisson : de 30 secondes à 2 minutes, jamais plus

L’activité géothermique et volcanique de cette région est à la source de nombreuses légendes maories. Site presque unique en Nouvelle-Zélande Whakarewarewa comptait à l’origine plus de 35 geysers différents. En raison de l’activité touristique qui a conduit à la généralisation des spas dans les hôtels toujours plus nombreux, aujourd’hui seuls deux sont réellement actifs. Si j’ai eu la chance de les voir dès mon arrivée, Pohutu n’était toutefois pas au mieux de sa forme.

  • Prince of Wale’s Feather, le plus actif des deux. Il fut autrefois annoncé l’annonciateur car son éruption précède de peu celle de son majestueux grand frère.
  • Pohutu, traduction maorie d’explosion, est le plus grand des deux, jaillissant entre 10 à 30 mètres jusqu’à 20 fois par jours.

Les geysers Pohutu et Prince of Whale's Feather (en fin d'éruption)

Même si les geysers sont majestueux, je préfère de loin les différents chaudrons gargouillant ou encore les boues bouillonnantes présentant des formes plus diverses, des figures plus esthétiques, … Un petit sentier trace son chemin à l’arrière du village jusqu’au Roto Kanapanapa, le lac vert ancien lieu de culte, à côté des mares de boues, longe Opouri, le lac noir et termine sa route près de Te Roto A Tamaheke, présentant des sources d’eau chaude à une température supérieure au point d’ébullition, et un paysage dantesque suite à la chute du niveau d’eau d’une hauteur d’un mètre  provoqué par les forces de Mère Nature.

Te Roto A Tamaheke

En dernier lieu, le village présente les traditionnelles activités maories comme la sculpture ou encore le tissage du flax ; mais en saison d’hiver les maisons présentant ces techniques n’ouvrent qu’en début d’après-midi. Toutefois, j’assisterais toujours avec le même plaisir à la représentation culturelle, mêlant danses, chants maoris et traditionnel haka. Après un dernier tour pour observer à nouveau quelques chaudrons, je retourne en stop jusqu’à Rotorua.

Je passe rapidement à l’iSite réserver la prestation touristique de ce soir au Tamaki Maoris Village et obtient gratuitement un billet d’entrée pour le Rotorua Museum, faisant partie de ma liste de visite. Toutefois je gagne d’abord les rives du lac Rotorua, formé dans la caldera d’un volcan ayant explosé, il y a plus de 700 mille ans pour visiter Ohinemutu, un ancien village où les cultures maorie et européenne ont fusionné. Les éléments architecturaux et structuraux de l’église anglicane St Faith sont ciselés dans la tradition et peints en rouges, rehaussant le blanc des façades. Face à elle, pendant laïc, la Marae Tama-te-Kapua, construite en 1905, tient son nom du capitaine du canoë Te Arawa. Sacrée pour cette tribu, elle n’est pas ouverte au public, mais il est intéressant d’observer la richesse de la décoration, spécialement de l’encadrement de la porte et de la fenêtre sur la façade principale. Au bord du lac, les restes d’un canoë de guerre sont visibles, vestiges d’un temps passé.

Eglise anglicane St Faith, au bord du lac

En rejoignant le Rotorua Museum par le bord du lac, je passe à côté du Canoë de guerre Te Arawa Waka, utilisé lors de l’America’s Cup en 1995 à San Diego lorsque les kiwis la ramenèrent en Nouvelle Zélande. Je passe ensuite par les jardins gouvernementaux, taillés à l’anglaise et où une partie de croquet se déroule. Il faut dire que ce sport ce fond à merveille dans le décor, avec l’ancien bâtiment des bains, de style Tudor, en arrière plan. Ce dernier, tout comme la bâtisse de l’office du tourisme, est couronné par nombre de tourelles, toits enchevêtrés ; ses façades recouvertes de fenêtres, ainsi que d’un magistral bow-window sur la façade principale. L’intérieur n’est pas en reste avec le magnifique escalier qui s’élève en arrondi pour gagner la galerie de l’étage, ainsi que des sculptures en marbre décorant l’énorme halle d’entrée.

L'ancien bâtiment des bains abritant le Rotorua Museum

Le musée, destiné aux arts et à l’histoire, occupe l’ancien établissement des bains, construit en 1908 avec l’aide de l’état. Par manque de budget, l’aile sud resta à l’époque inachevée. Elle est actuellement en cours de construction afin de rétablir la symétrie voulue à l’origine, suite à une décision prise pour son centenaire. Tout d’abord, un film retrace l’histoire de Rotorua, depuis la formation volcanique de la région, illustrée par une veille légende maorie, l’arrivée de Te Arawa, l’éruption du Mont Tarawera, qui laissa une longue cicatrice dans le paysage et la construction des bains thermaux. Animation, bruitage et sièges remuants vous plongent dans l’enfer vécu par les habitants la nuit du 10 juin 1886.

La suite du musée nous fait découvrir l’univers des cures à Rotorua au début du siècle passé, avec les bains parcourus par des courants électriques, des douches de rayons X, ou plus simplement des cures avec les célèbres sources chaudes de la région, et les bains de boue, ramenée depuis Whakarewarewa. L’envers du décor est aussi accessible en ayant accès au sous-sol de l’établissement, parcouru à l’époque par les nombreuses conduites d’eau, rapidement corrodées par le sulfure d’hydrogène, ou encore aux combles où les conduites d’aération destinée à aspirer les vapeurs toxiques tombaient en panne les unes après les autres. Finalement la corrosion a eu raison de l’établissement. Un rapport accablant écrit en 1947, précipite la fermeture dans les années qui suivent. Il est en partie transformé en restaurant- café théâtre, avant de devenir un entrepôt. Racheté par la ville en 1966, le bâtiment ouvre ses portes en tant que musée dès 1969, et ne cesse depuis d’être réhabilité.

Ancien bain de cure, pouvant accueillir jusqu'à 3 baigneurs et 3000 litres d'eau

Un grand saut dans le temps nous ramène à l’époque pré-européenne, avec une présentation harmonieuse d’objets maoris choisis, comme des poupous, ou encore divers objets rituels. Cette dernière se poursuit par l’arrivée des européens, venus d’abord exploiter ces contrées boisées, avant que les premiers touristes ne débarquent pour s’extasier non seulement devant le bon sauvage, mais surtout devant la beauté des Pink et White Terraces visibles sur les flancs du Mont Tarawera. Cette période qui vit s’enrichir les tribus maories, qui apprirent très rapidement des européens à monnayer l’accès à ce que l’on qualifiait de huitième merveille du monde, prit fin lors de l’éruption du volcan. Il ne fallut pas attendre longtemps avant un renouveau, le centre touristique se déplaça près de Rotorua à Whakarewarewa. Finalement, l’histoire maorie se termine avec l’envoi d’un détachement d’homme issus des environs combattre en Méditerranée lors de la Seconde Guerre Mondiale. Un olivier, ramené de Crête, est d’ailleurs planté dans le War Memorial Park.

Sortant du musée vers h, j’ai encore devant moi un peu plus de 2h00 avant que le bus ne vienne me chercher devant le Funky Green Voyager pour m’amener à Tamaki Village. Etant à Rotorua, lieu hautement connu pour ses sources d’eau chaude, je ne peux me soustraire à profiter d’une source d’eau chaude. Je me décide donc pour un moment de détente au Polynesian Spa. Que du bonheur que de se détendre dans ces bains chauds. Pour ne rien gâcher la vue s’ouvre sur Sulfur Bay, remplie d’une eau laiteuse, pauvre en oxygène, envahie par une colonie d’oiseaux nichant dans cette réserve, bordée par une dense végétation. Un grand moment de repos. Deux petites heures plus tard, moitié assommé par la chaleur des bains, moitié revigoré par la douche froide, je retourne à mon backpack.

Vue depuis le Polynesian Spa

Le bus devant me mener à Tamaki sera à l’heure. Après quelques petits détours pour récupérer d’autres touristes, nous arrivons au village vers 19h00. En règle générale, je ne raffole pas ces animations trop touristiques, pour ne pas dire commerciale, toutefois, il est quasiment impossible de se retrouver amener à manger un hangi, car le plat demande une bonne journée de cuisson, et ne se prépare pas pour moins d’une vingtaine de convives. Bref, il s’agissait un peu de la meilleure façon pour aller en manger un. Durant le trajet en bus, je fais connaissance de mes futurs compatriotes, car nous allons arriver au village maori comme une tribu. D’ailleurs nous élirons même un chef qui sera chargé des salutations d’usage avec nos hôtes.

Une fois la cérémonie d’accueil, le hongi, passé, nous sommes considérés comme une tribu amie et pouvons pénétrer à l’intérieur du village. Ce dernier est aussi reluisant que la cérémonie d’accueil, les huttes sont pimpantes, aucune mousse ne pousse sur les planches, aucune moisissure ne gâche l’étanchéité du toit. Devant ces dernières, des maoris présentent leur tradition : tissages, sculptures, ou encore tatouages. J’y apprendrais d’ailleurs, que ne possédant pas d’aiguille, les maoris incisaient la peau sur 1 à 2 millimètres de profondeur pour y déposer l’encre. Les tatouages étaient donc très douloureux et il fallait presque l’ensemble d’une vie avant que son corps, ainsi que son visage, n’en soit entièrement recouvert. Je n’aurai pas le temps de discuter sculpture et bois, les guides nous pressent vers la hutte où cuit le hangi.

Maoris relatant la manière dont les tatouags sont pratiqués

Ce hangi est cuit de manière plus conventionnelle que celui de Whakarewarewa. En début de journée, un trou est creusé dans le sol, dont le bord est ici bétonné. Un feu, sur lequel des pierres basaltiques et réfractaires sont déposées, y est allumé. Lorsque le bois est entièrement consumé, cendres et braises sont retirées sur le côté, les pierres, chauffées à blanc, sont laissées au fond du trou. Des cageots contenants la viande, aujourd’hui poulet et agneau, sont déposés dessus, puis viennent les kumaras, patates douces et les légumes, entouré d’un panier en flax et finalement le poisson. Les feuilles sont  remplacées par un grand tissu de jute. Ce dernier est posé dessus, avant que le tout soit recouvert par la terre extraite lors du creusement. Il ne reste plus qu’à patienter le reste de l’après-midi avant de procéder à l’exhumation du repas du soir.

Hangi, le repas à la sortie de son trou, encore dans les cageots

Pendant que poulet, agneau, et autres légumes soient découpés pour le repas, nous sommes amenés rapidement dans une Marae transformée en théâtre. J’ai malheureusement été déçu par la prestation, un peu courte, et si les chants étaient magnifiques, le haka manquait malheureusement de conviction. Toutefois, le temps presse et nous sommes conduits dans une autre grande hutte pour déguster le hangi. S’il ne s’agit pas de grande cuisine, le repas, goûteux, possède un petit goût de fumé qui ne me déplaît pas. Agneau et poulet sont juteux, les kumaras tendres, les carottes à point. Seul la chaire des coquillages est trop sèche à mon goût, et je doute que le poisson, dont la cuisson est parfaite, ait été cuit avec le reste du hangi. D’ailleurs il n’a pas ce petit goût caractéristique. Pour terminer, gâteau au chocolat, ainsi que pavlova, que j’apprends être un dessert typiquement néo-zélandais.

Après une rapide et petite cérémonie d’adieux, effectuée par les guides et les aides au service, nous regagnons nos bus, moins de 3 heures après le début de la soirée. Notre conducteur est heureusement un joyeux luron, plein d’entrain, qui fera entonner à chaque habitant d’un pays différent une chanson de son choix. En tête de liste, je n’ai pu m’empêcher de choisir celle parlant des valaisannes, pour la plus grande joie de deux australiens comprenant le français, qui firent la traduction pour le reste du bus. Au final, comme je m’y attendais,  je déteste ce genre d’ambiance où près de 200 touristes sont parqués à des vues commerciales. Jamais, plus jamais. S’il y avait un autre moyen de découvrir un hangi, et sa sortie de terre, je ne pourrai que vous déconseiller que de participer à cette sorte de reconstitution, trop ripolinée pour être vraie.

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