J8 – Premiers phoques à fourrures

19 05 2011

Waikari, Canterburry, 19 mai 2011, 20h00

Trajet : Blenheim – Waikari

D = 1352 km

Brrr, pas chaud, est la première pensée que j’ai eue ce matin en me levant. Il faut dire que se coucher torse nu avec un simple duvet d’été n’était peut-être pas la meilleure idée. Toujours est-il que si pendant ces journées ensoleillées, T-shirt et short sont de rigueur car les températures automnales sont plus que clémentes, dès que le soleil se couche, le changement est radical avec une chute d’une bonne dizaine de degrés. Il fait toujours frisquet quand je dois sortir de ma cabine pour préparer le repas. Cuisinière et plan de travail étant accessibles depuis l’arrière, l’ouverture du coffre laisse échapper la maigre chaleur encore présente à l’intérieur. Je me réjouis déjà de cuisiner et manger en tenue d’hiver lorsque je stationnerai du côté de Wanaka ou Queenstown. Pour la première fois depuis mon départ, je peux profiter de la douce chaleur du soleil levant qui irradie dans mon corps. Un véritable bonheur.

Petit déjeuner avalé, je regagne la SH1, seule route descendant sur Christchurch de ce côté-ci de l’île. La route est construite sur une étroite langue de terre, serrée entre l’océan et des collines, qui s’élèveront peu à peu en montagnes. Véritablement scénique, avec une vue exceptionnelle sur l’Océan Pacifique, ses longues lames qui viennent déferler sur les rochers des promontoires ou mourir sur les galets des baies.

Première halte, à la pointe nord d’Okiwi Bay. Mon œil a aperçu des formes sombres  allongées sur les rocher, qui s’avéreront effectivement être des phoques, une colonie de phoques à l’état naturel. La première chose que j’apprendrai est l’origine de l’expression « puer comme un (ou des) phoques ». Etant situé sous le vent de la colonie, l’odeur est très prenante, plutôt déplaisante et imprègne rapidement les lieux où ces mammifères se vautrent, comme en témoignent les larges taches brunes et rémanentes, à la texture bitumeuse. Bien que ce ne soit que le début de matinée, ces phoques sont déjà en train de se prélasser au soleil, tels des pachas.

Le deuxième arrêt à Ohau Point sera l’occasion de faire une petite balade, pour remonter Ohau Stream jusqu’à la chute d’eau. En hiver, les nombreux bébés phoques à fourrure remontent cette rivière pour aller patauger et s’amuser dans la goulotte. La progéniture étant à l’abri des prédateurs marins, les parents peuvent s’adonner à leur sport favori. Dès le début de la balade, les cris et les bruits d’éclaboussures se font entendre et deviennent plus forts à mesure que l’on s’approche de la chute, tout comme le nombre de bébés est plus important. Au détour d’un dernier virage, les voilà, s’amusant comme des petits fous dans leur piscine naturelle, gesticulant, sautant, se tortillant, … un véritable spectacle. Je comprendrai presque pourquoi ces mignonnes petites bêtes provoquent un scandale lorsqu’elles sont chassées pour leur fourrure, s’il n’y avait pas cette âcre odeur qui vous prenait à la gorge. Toute image d’une starlette posant avec un bébé phoque dans ses bras est définitivement un montage.

Lors du retour à la voiture, je discute avec des employés du DOC venus améliorer l’aménagement du chemin pour garantir la sécurité des touristes, et dire que je pensais qu’il était déjà plus qu’aux normes. J’apprendrai toutefois qu’Ohau Stream est une petite partie d’une propriété privée et que le jour où le propriétaire voudra faire payer un droit de visite, il pourra le faire sans que l’état ne puisse sourciller. Actuellement l’un des combats du DOC est de devenir propriétaire du petit vallon et ne pas rester manager du terrain comme c’est le cas actuellement.

Sur le chemin de Kaikoura, je m’arrête à Nins Bin pour observer les maisons des vendeurs de homards et langoustines, peintes de couleurs vives et décorées de crustacés. Alors que je traverse le large lit d’Hapuku River, le lieu me semble propice pour un petit décrassage. Je parque le van à la sortie du pont, puis descends jusqu’au lit, où seule une petite rivière s’écoule. La vue en amont est magnifique; au-delà des collines s’élèvent de magnifiques montagnes enneigées. A sentir la température de l’eau, cette dernière doit provenir tout droit de la neige auréolant les sommets. Un moment bien revigorant.

A Kaikoura, je m’arrête au bout de la péninsule. Comme j’avais prévu d’arriver aux environs de midi, alors que la marée est basse, je peux suivre l’itinéraire proposé par mon génial guide de balade. La promenade consiste à suivre le pourtour de la presque-île en passant par les plateaux rocheux, situés aux limites de marnages, puis à revenir par le sommet de la falaise. Une petite phrase dans le descriptif n’échappe pas à mon attention: elle met le promeneur en garde contre les phoques, cachés derrière les roches, qui n’aiment pas se faire marcher dessus lors de leur sieste.

Le premier tiers du chemin, sur la terre ferme, est tracé par les nombreux touristes. A nouveau, phoques et divers volatiles sont visibles, ainsi qu’un étrange oiseau à l’allure de pingouin, sans en être véritablement un. Le mystère subsistera, des pêcheurs n’ayant pas su me renseigner. Le paysage est magnifique. Il faut imaginer deux ou trois promontoires rocheux se détacher des falaises, occupés à leur base par un large pré continuellement en-dessus de la limite de vives eaux et une plage de galets blancs étincelants et se terminant par d’immenses plateaux rocheux présentant de fines ciselures.

Arrivé à la fin du chemin officiel, un panneau du DOC met en garde contre la marée sur la suite du chemin, ainsi que sur l’absence de repères officiels. Le littoral est plus accidenté que précédemment avec des gros rochers jonchant le sol, de petites grottes à la base des falaises, … Revenons à nos histoires de phoques. Alors que je zigzague pour éviter de déranger les phoques, je souffle un bon coup en passant entre ce que je crois être les deux derniers. Alors que je monte sur un rocher, quelle n’est pas ma surprise d’être accueilli par un belle bête de 300 kilogrammes, beuglant et gesticulant. Je bats rapidement en retraite, mon cœur battant la chamade, mon taux d’adrénaline en forte hausse et sans doute avec la plus belle peur de ma vie. Le phoque, quand à lui, s’est tranquillement recouché comme si de rien n’était.

A l’avenir, et surtout dans l’immédiat car je traverserai encore 2 colonies, je ferai davantage attention à ne pas marcher sur un phoque. La balade est enchanteresse, les ciselures des plateaux évoluent en fonction du type de rocher, parfois ligne droite, parfois incurvé, ou encore bombé, autant de formes que de petites baies. Sur le chemin du retour, la vue depuis le sommet de la falaise permet de jouir d’une autre perspective sur les différents milieux, et surtout m’amènera à traverser un grand troupeau de vaches pâturant paisiblement. Rien à dire, l’odeur est familière.

De retour à la voiture, alors que je songe à aller manger une langoustine grillée, j’aperçois chez l’un des vendeurs un écriteau « Sheep Shearing Show 10$ ». J’avais demandé dans le Waitomo à des paysans croisés sur la route s’ils savaient quand devait passer un tondeur de mouton, mais aucun de ces derniers n’étaient actuellement dans la région. Et il faut dire que je ne me vois pas quitter la Nouvelle Zélande sans avoir vu un seul mouton se faire tondre. L’occasion, bien que sentant un peu l’attrape-touriste, est à saisir.

Finalement, nous ne serons que deux personnes à assister à la tonte, une bernoise et moi. En règle générale, les propriétaires ne savent pas tondre eux-mêmes et font appel à des gens qualifiés. Toutefois le possesseur des moutons paissant sur une partie de la presqu’île de Kaikoura pratique la tonte. Il a flairé le  bon filon, qui consiste à tondre 2 moutons par jours, et à demander une contrepartie financière aux touristes en échange du show. Si ce prix est quand même un peu surfait, j’ai appris de nombreuses choses, depuis le type de race, jusqu’à la manière de tondre, la qualité des différents poils, la mise en ballots. Pour résumé, lors de chacune de ces deux tontes annuelles, un mouton Rodney, la race la plus présente en Nouvelle-Zélande, ramène environ 4 kilogrammes de laine vierge : 1kg de basse qualité se vendant à 1$, et 3 de bonne qualité se vendant à 4$/kg, alors que les poils de mérinos se négocient aux alentours de 15$/kg. Aujourd’hui la tonte du mouton lui a rapporté presque le triple par rapport au prix de la matière. Quand je vous parlais d’un bon deal, imaginez la plus-value en plein été.

Après ce bref intermède agricole, j’irai déguster une langouste, fifty/fifty avec la bernoise, chez Kaikoura Seafood BBQ. Simplement grillée, accompagnée d’une petite salade et de riz, un vrai délice. Pour la petite histoire maorie, car il y en a régulièrement une, Kai signifie nourriture et Koura la langouste ou le homard, d’où le passage gastronomique obligé. Quittant cette péninsule, je reprends ma route vers le Sud, direction Waikari, en longeant d’abord le bord de mer sur la SH1, puis en remontant la vallée où s’écoule le Stanton River jusqu’à la Highway 70 qui me mène à destination. En chemin, les paysages possèdent toujours leur petit charme particulier, sans toutefois le petit plus qui me pousse à m’arrêter. De même, au niveau culturel, je parcourrai près de 130 kilomètres sans entrapercevoir le moindre truc  intéressant.

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Waiheke Island (day 2) – Stoney Batter & Man’O’War Bay

3 04 2011

Pour commencer l’aventure, rendez-vous ici.

Onetangi Beach (Waiheke Island), 3 avril 2010, 10h10

Hier, la soirée s’est déroulée de manière fort agréable, attablé dehors sur la terrasse, avec un kiwi, en vacances sur l’île, et un jeune couple d’anglais. Parmi la discussion, le sujet des marches, à nouveau le Tangariro Alpin Crossing sort en tête avec ses paysages lunaires et volcaniques. Définitivement à faire.  Vers 11h00, je me retire dans mon dortoir ; dehors la musique est toujours aussi forte. Début de nuit plutôt brillante, mais je m’endors rapidement comme un loir.

La terasse de Herekua Lodges

Ce matin, levé vers 7h00, départ vers 8h00, direction Palm Beach. Objectif : une petite baignade matinale pour se réveiller. Je continue ma promenade côtière en rejoignant Onetangi, par Ocean View Road, mais dont seulement le nom annonce une vue magnifique sur l’océan. Toutefois, la vue sur l’intérieur des terres est exceptionnelle : au loin, divers monts aux formes arrondies, plus proche quelques maisons éparses dont les toits pointent à travers les forêts. Onetangi est la plus grande plage de Waiheke : sable blanc, petits rouleaux qui viennent s’y briser, bachs faisant face à la mer, … un véritable lieu de villégiature.  Je profite d’un des deux petits café-bar pour siroter un véritable ice-chocolate, avec sa boule de glace vanille. Une petite baignade pour se rafraîchir à l’heure de l’apéro  et je reprends la route, direction l’extrémité est de l’île où se trouve le fort de Stony Batter.

Onetangi Beach

Frienz, Auckland, 3 avril 2010 20h30

Sur le chemin, je profite de traverser la réserve forestière d’Onetangi, un refuge pour nombre d’oiseaux, ainsi que des Kauris – une espèce menacée d’arbre local. Située en contrebas de la route, le bruit des véhicules est rapidement amorti dans la végétation, et l’on se retrouve comme seul au monde à avancer sur un chemin quelque peu boueux.  Encore plus qu’ailleurs, en raison du silence, le chant des oiseaux retentit, toujours aussi inconnu. J’aurai à peine le temps d’apercevoir deux volatiles, dont l’un arbore des plumes jaunes et oranges, avant qu’ils ne disparaissent dans la végétation. Même en restant immobile de longues minutes, rien ne bouge, les animaux ayant senti l’intrus présent dans leur domaine.

Finalement je ressors du côté est de la réserve, sur Waiheke Road. La vue est imprenable sur les monts et les vaux aux formes douces se dressant à perte de vue. Je longe la route en espérant tant bien que mal être pris en stop pour rejoindre Stoney Batter. La route qui y mène quitte alors la route principale et se transforme en chemin de terre battue. Au bout d’une bonne heure à admirer le paysage : moutons, vaches, prairies, quelques bosquets de végétaux exotiques, une paire de couple m’invite à monter dans leur jeep, et me déposeront au niveau de la route qui mène à Stony Batter. A titre d’information, durant la deuxième guerre mondiale, un fort pour protéger Auckland y fut construit : q il possède le plus grand complexe souterrain militaire de la Nouvelle-Zélande.

Intérieur des terres sur l'est de Waiheke Island

Une petite dizaine de minutes plus tard et j’arrive enfin dans les prairies qui ont donné le nom au fort. Ces dernières sont recouvertes de pierres ovoïdes, recouvertes de marbrures blanches, de différentes tailles. Ces pierres sont les résidus de lave qui coulèrent du volcan il y a 70 millions d’années. Elles doivent leurs coulures blanche à l’eau acide qui gouttait de la canopée de la forêt lorsque cette dernière recouvrait l’île. Il s’agit d’un phénomène unique dans la région d’Auckland, de même que leur pierre basaltique qui se trouve plus habituellement près de Warkworth. Ce paysage, complètement irréaliste pour un européen, est splendide. Au loin, depuis les Coromandel, le vent pousse les nuages ainsi qu’un rideau de pluie dans notre direction.

Une pierre de Stony Batter, couronnée par votre conteur

J’aurais pu rester des heures à le contempler, toutefois ayant entraperçu une fille et ses parents déjà âgés, je suis persuadé qu’ils sont venus en voiture. Je les rejoins donc au niveau du parking et leur demande s’il est possible de me faire un brin de conduite, ce qu’ils acceptent immédiatement. Dans la voiture la discussion, comme à l’accoutumée, va bon train avec les présentations, le pays d’origine, le pourquoi du comment, … j’apprends d’ailleurs que la mère a fait toutes ses études à Vevey. Toutefois, le temps me manquera pour lui en demander les raisons, car nous arrivons à Man’O’War Bay, ma prochaine étape. Man 'O' War Bay, avec son débarcadère

Le temps de faire une petite esquisse de la baie où Cook ravitailla le HMS Endeavour en eau, au lieu dit « The Black Rock » sur lesquels je passerai après et la pluie arrive. Je me réfugie, dans une petite masure où la cave Man’O’War propose une dégustation gratuite. A la traditionnelle demande de ce que je voudrai déguster, je réponds simplement à la demoiselle, qu’elle connaît sûrement mieux l’ordre que moi. Résultats, je dégusterai l’ensemble des vins proposés. L’encaveur propose la gamme traditionnelle « Man’O’War », ou celle plus select appelée « Black label »  pressée avec les plus beaux raisins, et portant à chaque fois un nom :

  • Sauvignon blanc, Waiheke 2010 : très fruits exotiques au début, toutefois un peu court en bouche avec un arôme particulier sur la fin.
  • Sauvignon blanc Gravestone, Waiheke 2010 : composé à 70% de Sauvignon blanc, et 30 % de Sémillon. Son goût plus sauvage se termine avec un final d’herbe fraîche. Excellent, les arômes restent présents très longtemps.
  • Chardonnay 2009, composé à 70% de vin vieilli dans une cuve et de 30% vieilli en baril. Relativement doux, avec un chêne très fondu dans l’ensemble. Un peu acide en finale.
  • Chardonnay 2009, Black Label, élevé complètement en fût de chêne,  note de grapefruit. Il mérite d’attendre encore un peu.
  • Pinot Gris 2010, très charmeur, sucré, très proche des pinots gris alsaciens. Pour moi le vin où j’ai le plus retrouvé l’Europe à l’intérieur.
  • Pinot gris, Exiled, 2010 : composé d’un clone du Pinot Gris qui permet une vendange plus tardive en préservant les grains de la pourriture. L’attaque est très sucrée, avec un palais un peu minéral. Arôme d’épices (gingembre, cannelle). Il serait excellent avec un foie gras.
  • Merlot-Cabernet Franc (42% de Merlot, 27% Cabernet, 19% Malbec, 12% Cabernet Sauvignon). Vin à boire jeune, relativement léger. Parfais pour l’été.
  • Merlot-Cabernet Ironclad (52% Merlot, 27% Cabernet Franc, 10.5% Malbec, 9% Petit Verdot 1.4%  Cabernet Sauvignon). Elevé en fût de chêne provenant à 80% de Bordeaux. L’attaque, un peu terreuse, est très complexe : fruits rouges avec prédominance cassis. Tannique juste comme il faut pour accompagner un bon pavé de bœuf.
  • Syrah Dreadnought, 2008 : très Syrah au nez, équilibrée. Toutefois, très, trop courte. Nos valaisannes restent définitivement meilleures.

Je quitte Man’O’War Bay, en prenant un petit chemin parcourant l’Estran et les célèbres « Black Rock » où Cook s’est ravitaillé. Toutefois, je n’apercevrai pas le moindre court d’eau. Je remonte de l’autre côté de la pointe et rejoins la route qui va me ramener de l’autre côté de l’île. Alors que j’imaginais qu’elle parcourait les crêtes comme celle m’ayant amené depuis Onetangi, le paysage est moins plaisant, et ce n’est que rarement que je me retrouve au soleil, avec vue sur le paysage. Bien entendu, les voitures empruntant cette route sont rarissimes, je n’en croiserai que quatre sur les deux heures. Par chance, la cinquième s’arrête et me ramène jusqu’à Oneroa.

Îles d'Hauraki Gulf

Une dernière baignade, dans une mer agitée par le vent d’ouest, puis je descends à Matirait Wharf prendre le ferry qui me ramène à Auckland.

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