J61 – Manly

11 07 2011

Funk House, Sydney, dimanche 11 juillet 2011, 17h10

Levé avant l’aube, je me déplace jusqu’au front de mer afin d’admirer le lever de soleil tout en avalant mon petit déjeuner. Dans la lumière naissante, je découvre une faune sportive : personnes courant le long de la plage, premiers surfeurs gagnant les flots, ou encore un attroupement de demoiselles faisant des exercices de gymnastique sportive, rythmées par les ordres de leur coach. Quel monde de fou. Pour ma part, je range tranquillement mon véhicule, rassemble mes affaires, remise mon matériel de camping et prépare mon sac à dos.

Manly, situé sur la côte Nord, à proximité de la North Head, la pointe qui marque la frontière nord entre Sydney Harbour et l’Océan Pacifique. Le quartier profite des eaux abritées pour ses marinas où mouillent quelques luxueux navires et des vagues du large pour les nombreux jeunes surfeurs fraîchement débarqués. Je commencerai ma balade dans la réserve de North Head, appartenant à Sydney Harbour National Park. A l’écoute des oiseaux, traversant le bush australien, en arrivant à l’orée du bois, à proximité de Collins Beach, je découvre une borne à moitié avalée par la jungle, commémorant l’emplacement où le gouverneur Phillip Arthur fut blessé par la lance d’un aborigène suite à un malentendu. La plage, se transformant en havre de paix pour des pingouins à la nuit tombée, pourrait paraître paradisiaque, si proche de la cité et pourtant si naturelle, si je n’avais pas déjà découvert des coins bien plus magnifiques ces derniers jours. De retour en milieu urbain, après avoir traversé le parc construit sur l’ancien promontoire où se dressait une usine à gaz jusqu’à la fin de la dernière guerre mondiale, j’arrive à Little Manly Cove. Cette baie pittoresque possède encore une partie du charme de la belle époque. La moitié de la plage est occupée par une vieille structure en bois, maintenant des barreaux métalliques à intervalles réguliers, destinés à empêcher les requins d’entrer dans l’espace du bain. La peinture blanche s’écaille, le fer rouille, sur la falaise le mot « bath » est à moitié effacé. Sur la plage, l’ancienne cabine pour se changer est en partie reconvertie en un petit bistrot. Pour la petite histoire, au début du XXe siècle, la population aurait voulu que les bains pour homme et femme soit construits de part et d’autre de Manly Cove; malgré la distance, la municipalité refusa la proposition et construisit les bains pour hommes dans cette petite crique.

Manly Cove, tout aussi charmante que sa petite sœur, arbore d’un côté un immense wharf pour les ferrys, tandis que l’autre extrémité est occupée par des abris en bois : cabanes de pêcheurs ou locaux du club des 16-pieds australiens. En 1852, Manly n’était qu’un petit village de pêcheurs où se dressaient quelques petites bâtisses, lorsqu’un entrepreneur, Henri Gilbert Smith, eut la vision d’en faire une « resort ». Il n’a fallu que trois petites années pour que la première liaison régulière en ferry soit établie. Dès lors, Manly n’a cessé de croître. Au XIXe siècle, l’expansion se concentra autour de The Corso. Le long de cette avenue, nombre de bâtiments datent de cette époque, et leur affectation n’a que peu évolué : magasins, restaurants et cafés occupent toujours les bords de cette avenue piétonne. Cœur de Manly, pourtant tout est calme, peu d’officines ont déjà ouvert leur porte, les serveurs s’affairent à réinstaller les terrasses, sortir les tables, disposer les tables, hisser les parasols. Arrivé sur South Steyne, se prolongeant après avec Marine Parade, la vie diurne a repris ses droits : surfeurs, badauds ou habitués se croisent et s’entrecroisent. Sous le soleil, le spectacle des longues lames qui roulent est splendide. Alors que la vague se forme, que la crête s’élève, la coloration de l’eau vire du bleu ultramarin au turquoise transparent. Le vent soufflant de la terre, entraîne des panaches d’embruns vers le large, coiffant les déferlantes de gigantesques plumes argentées. De temps à autre, un surfeur plus habile que ses congénères s’élance pour une vertigineuse descente horizontale.

Mes pas m’entraînent un peu plus loin, en direction de Shelly Beach. La promenade longe les plateaux marins surplombés par des bâtisses dont la vue, tout comme le prix, doit valoir son pesant d’or.  Brisant les contours naturels, une piscine avance ses formes trapézoïdales au milieu de la mer. Plus loin, je découvre une charmante plage, éloignée de Manly; elle est en ce moment oubliée de la foule. Seul un pélican profitait de s’y baigner en solitaire, jusqu’à ce que je vienne le déranger. Rien de tel qu’une petite trempette matinale pour bien débuter sa journée. Les quelques longueurs de nage auront l’obligeance de dénouer les muscles endoloris des jambes, envahis par des courbatures à force de dormir en chien de fusil. Quittant le sable pour grimper sur l’escarpement rocheux, arrivé au bout du promontoire, la vue s’étend depuis Cabbage Tree Bay, baignant Shelly Beach, jusqu’à Queenscliffs. Dominée par une rangée de pins, cachant à grande peine quelques horribles immeubles aux façades élevées, la plage de Manly Beach est assaillie par des vagues, à l’allure de fantômes délétères. Dans le lointain, les avancées rocheuses des protubérances côtières se perdent dans la brume et les embruns et peu à peu leurs silhouettes grises s’estompent dans le lointain.

Sur le chemin du retour, des maisons aux styles architecturaux des plus divers – mission espagnole, grec, géorgien ou résolument moderne – bordent Bower Street. Elles ne partagent sans doute que deux points communs : une situation privilégiée et le prix qui en découle. La petite ruelle de Fairy Bower Road, le long de laquelle se dresse d’anciennes maisons de briques à deux étages, me ramène jusqu’à la route principale. Derrière s’élève une imposante bâtisse: il s’agit de l’ancien séminaire de Saint Patrick, un élégant ensemble néo-gothique. Sa construction débuta en 1819, après de longues discussions entre les politiciens de Manly, la plupart protestants et voyant d’un mauvais œil la présence de catholiques. Aujourd’hui, il abrite l’International College of Tourism and Hotel Management. Sa façade est ornée de nombreux drapeaux, y compris celui de la Confédération Helvétique. Mais comme dans de nombreux pays, les proportions de l’emblème ne sont pas respectées. La forme carrée est abandonnée au profit du rectangle bien plus usuel.

Au lieu de prendre la route directe jusqu’à Mascot, je profite du temps qu’il me reste pour rentrer par le chemin des écoliers, m’arrêtant au gré des plages et des points de vue. J’ai particulièrement apprécié la halte à The Pitt. Un ancien bain anti-requin, édifié selon le même modèle que celui de Little Manly Cove, occupe la plage; au large, une marina, où moteurs et voiliers sont tranquillement mouillés, occupe Fisher et Sandy Bay. L’excellent petit chocolate fudge brownies dégusté rend peut être mon jugement partial. Une fois traversé Middle Harbour, je planifie une route directe jusqu’au garage.

Première étape: traverser Sydney Harbour. Mon choix sera vite fait entre m’enfoncer sous la rade ou emprunter le célèbre pont. La dentelle d’acier de la double arche, renforcée d’un entrelacs de poutrelles, de plaques de renforts, le tout maintenu par des millions de rivets est plus qu’agréable à contempler. J’aurais volontiers effectué un aller-retour supplémentaire, s’il ne fallait pas payer une taxe à chaque traversée. Il s’agit des rares fois où je regrette d’être seul. La présence d’un copilote me permettrait de lui laisser le volant, pendant que je photographie la merveille. De l’autre côté, une petite erreur de direction et me voilà errant dans les rues de l’Ultimo. Au bout d’une dizaine de minutes, je retombe enfin sur une avenue dont le nom ne m’est pas inconnu et qui me mènera directement au carwash indiqué par le loueur. Je ne m’attendais pas à trouver une station service, où le nettoyage est facturé 36AU$ pour la main d’œuvre. Impossible de s’en passer. Après négociation le prix tombe à 30$. J’accepterai plutôt que de perdre du temps et rouler des kilomètres avant de trouver une autre station. L’avantage est que le nettoyage intérieur et extérieur, rapide, est effectué d’une main de maître en moins d’une vingtaine de minutes. Avant de rendre la voiture, un dernier tour chez le pompiste m’effraie à nouveau : le 2.2 litres de ma Ford Falcon, transmission automatique, est un véritable gouffre à carburant. Le moteur consomme un litre et demi supplémentaire par rapport à Hibiscus, sans apporter le même confort de logement.

J’avais sans doute oublié de vous raconter la mauvaise surprise de hier soir. Alors que je revenais des commissions, j’avais trouvé un air changé à ma voiture. Ce n’est que ce matin, lors du déjeuner, que je me suis rendu compte qu’il manquait un enjoliveur sur la roue arrière gauche. Inspection faite, toutes les roues avaient été délestées de leur décoration. Le remplacement me sera facturé la modique somme de 50$. Le prix n’est pas assez élevé pour que j’aille faire une déclaration de vol à la Police et me faire rembourser par l’assurance.

A mon retour à l’hôtel en fin d’après-midi, il ne me reste qu’à peine une heure de soleil. Je décide de rester à Funk House mettre de l’ordre dans mes affaires, dactylographier ces derniers jours, me décrasser la moindre. Un peu fatigué par ces nuits difficiles, il sera pourtant minuit quand je me coucherai. Le temps s’écoule définitivement trop rapidement pendant des vacances.





J38 – Abel Tasman National Park

18 06 2011

Nelson, samedi 18 juin 2011, 17h40

Trajet : Marahau – Nelson

D = environ 5661.3 Km

9h30, nous embarquons dans le bateau, reposant sur sa remorque. Tirés par un tracteur, nous parcourrons ainsi les 500 mètres nous séparant de la rampe de mise à l’eau. C’est bien la première fois que je fais du bateau à roulette sur une route nationale. Avant de mettre le cap sur Anchorage, un petit détour nous amène près de l’amer dit « Apple Split Rock », le rocher de la pomme coupée. Aucun besoin de commentaire, le nom se suffit à lui-même. L’excursion jusqu’à Anchorage se fait dans une mer formée, 2 mètres de creux. Malgré la dextérité du pilote, les chocs sont parfois violents, l’écume vole… Une demi-heure de navigation, naviguant loin des côtes, la vue n’est pas terrible, amoindrie par un rideau d’eau. L’approche jusqu’à la plage se fait dos au vague, quelques surfs sur les déferlantes barrant l’accès avant de nous retrouver sur le calme – tout relatif – à l’abri de la baie.

M’y voilà enfin, le paysage est magnifique : eau turquoise – agitée –, sable ocre – mouillé –, forêt verdoyante – détrempée –. Un vrai paradis si la pluie n’avait pas redoublé d’ardeur à mon débarquement. Ma première pensée  fut de me demander si j’étais sain d’esprit à venir me balader par un temps pareil. A la vue des pantalons de jeans, des vestes à moitiés ouvertes, sans capuchons des trois autres jeunes passagers, je suis persuadé que mes neurones fonctionnent parfaitement. Il ne reste plus qu’à marcher, 12.4 kilomètres me séparent encore de ma destination.

Free House, Nelson, 19h00

La marée haute me repousse dans les hautes herbes à l’orée de la forêt pendant que je longe la plage. De temps à autre une vague plus grande que les autres, déferle au sommet de la dune, m’éclaboussant d’écumes et d’embruns. Alors que le sentier continue le long de la plage en direction de Bark Bay, je bifurque vers l’est, prenant peu à peu de la hauteur. Dès le début de la montée, je repense à l’excursion jusqu’au Bridge to Nowhere. Ici aussi le chemin n’est plus qu’un lit de rivière : l’eau ruisselle, dévale la pente… de temps à autre une rigole de bois canalise une partie du liquide vers le talus en une magnifique gerbe, alors que le trop plein bondit par-dessus la traverse et continue de dévaler la pente. Arrivé au sommet, avant de poursuivre sur l’Abel Tasman Track, je descends jusqu’à Water Cove. Encore plus que sur le chemin principal, le U du sentier est complètement inondé par l’eau. Arrivé au niveau de la plage, je peux admirer le lieu où Dumont D’Urville ravitailla en eau l’Astrolabe, après avoir cartographié la région. D’ailleurs nombre de dénominations possède une consonance française comme Adele Island, dont la silhouette est visible, fondue dans la nébulosité des averses. J’y retrouve les mêmes tonalités qu’à Anchorage : turquoise, ocre et vert. Une magnifique palette qui resplendit malgré le mauvais temps. Il s’agit d’un phénomène qui m’a surpris et me surprend toujours en Nouvelle-Zélande. Malgré les fortes précipitations, la luminosité est importante, la couverture nuageuse semble toujours fine, comme si la pluie allait s’arrêter bientôt. Un phénomène bizarre, pour moi, qui suis habitué à un ciel gris, un univers sombre avec pareil temps.

Alors que je rejoins les hauteurs, je ressens un froid liquide s’infiltrer entre mes orteils.  Après avoir dégouliné sur mon imperméable, la pluie ruisselle le long du pantalon jusque sur mes souliers, imbibant peu à peu le tissu. Je suis définitivement persuadé qu’une randonnée sous la pluie ou constituée de traversée de rivière se déroule selon trois stades distincts. Le premier consiste à marcher en faisant attention à l’endroit où les pieds vont se poser afin de préserver l’aridité du soulier, le deuxième est quand l’humeur devient quelque peu grincheuse alors que, malgré toutes les précautions, l’humidité a fini par gagner l’intérieur de la chaussure et enfin le troisième, quand il n’existe plus d’autre choix que de continuer dans ces conditions. A partir de là, la route devient bien plus facile. Marchant au milieu du chemin, devenu rivière, le paysage peut à nouveau être admiré sans regarder toutes les deux secondes le sol afin de ne pas mettre les pieds dans l’eau. Aujourd’hui il ne m’a fallu qu’un petit quart d’heure pour arriver au troisième stade.

The Wakamarinian Cafe, Havelock, écrit le dimanche 19 juin 2011, 15h30

De retour sur le chemin principal, l’itinéraire est maintenant relativement plat, je poursuis mon périple. Erodé par les nombreux passages des touristes, l’eau stagne, formant de petites flaques, puis des gouilles et enfin de véritables étangs où la surface arrive au bas de la cheville. La seule différence avec Whanganui est la couleur: ici l’eau, qui ne s’est pas enrichie de divers sédiments argileux, reste limpide. De temps en temps, quand le chemin rentre dans un petit vallon, au bout de ce dernier un pont enjambe, ce qui fut à l’origine un petit ruisseau. Aujourd’hui, gonflé par les pluies torrentielles, ils sont devenus de véritables rivières, débordant de leur lit, envahissant le sous-bois voisin, ou encore inondant le chemin. Je ne compte même plus le nombre de cascades déversant des litres et des litres d’eau sur le tracé et le promeneur isolé. Par ailleurs, lorsque surviennent de fortes rafales, balayant la forêt depuis le nord, les arbres secoués lâchent une avalanche de grosses gouttes, qui s’ajoutent aux nombreuses petites de la pluie, dont l’intensité ne cesse d’augmenter. Je ne ressortirai d’ailleurs plus mon appareil photographique jusqu’à la prochaine accalmie.
Je me souviens avoir parlé de presser le pas si les éléments se déchaînaient. Sans courir, j’ai appliqué cette décision à la lettre. Toutefois, à plusieurs reprises je n’ai pu m’empêcher de partir sur des sentiers de traverses, pour aller admirer le panorama à partir de quelques promontoires, ou rejoindre les plages ceignant les criques.  Entre marée haute, refoulant l’eau douce dans les terres, et torrents dévalant les pentes rejetant leur liquide dans la mer, la lutte est âpre à Akersten Bay. D’ailleurs devant le statut quo de cette lutte, qui ne voit que le niveau augmenter, le chemin disparaît complètement sous le mélange des flots, barrant l’accès à la plage.

De toutes mes balades, j’ai rarement vu une forêt si verdoyante: les feuilles des manukas sont particulièrement éclatantes, loin de la terne teinte qu’elles arboraient plus au sud, comme sur les flancs de Mount Robert ou sur Stewart. Sans être aussi dense que sur cette dernière île, la jungle me rappelle celle que j’y ai rencontrée sur le premier tronçon, jusqu’à maoris beach. Exubérante, descendant jusqu’au beige du sable paradisiaque. La géologie du terrain est par contre complètement différente: au lieu d’une épaisse couche de terre, la région de l’Abel Tasman, dans la prolongation de la West Coast est constituée de granit, recouvert par une mince couche d’humus, permettant tout juste aux racines des arbres et arbustes d’y rayonner alors que mousses et fougères tentent de s’imposer.

The Flying Haggis, Picton, 20h00

Après un peu plus de deux heures trente de marche, je rejoins la limite de l’Abel Tasman National Park à Marahau, bien content d’être enfin arrivé à destination. La pluie s’est enfin calmée, une légère bruine m’humidifie alors que je lance un dernier coup d’œil en arrière. Un dernier kilomètre à parcourir jusqu’à Hibiscus, et je peux enfin revêtir des habits secs. Si le T-shirts le restera, les chaussettes, quant à elles, s’humidifieront rapidement au contact des souliers. Mais même si le bonheur ne dure qu’un instant, il est bien réel. Le poste de pilotage du campervan se transforme en véritable étendage, il n’est pas question que le moindre habit humide termine dans la cellule de vie à l’arrière avant d’être redevenu sec. Les prévisions météorologiques prévoyant encore un dimanche pluvieux, et un retour des éclaircies dans le courant de lundi après-midi, je m’apprête à vivre quelques jours dans l’humidité.

L’accalmie ne sera que de courte durée: alors que je mets le cap sur Nelson, mes essuie-glaces fonctionnent à plein régime. Je ne retournerai pas me balader avec un temps pareil. Toutefois, ayant ouï dire que la région possède un caractère artistique et surtout viticole fortement développé, je doute que cela pose un problème. Après avoir sélectionné quelques caves dans un prospectus, aidé dans mon choix par le guide du Lonely Planet et, hier, par une des demoiselles de l’office de tourisme de Motueka, je me  mets en route. Des vignobles, quels vignobles. Alors que je m’attendais comme du côté de Blenheim à découvrir des vignes recouvrant les flancs de côté, je fus déçu par le patchwork de pâturages, vergers et vignes que j’ai découvert. L’ensemble manque cruellement d’unité pour être esthétique. Arrivé devant le premier cellier, je trouverai la porte close pour la saison d’hiver. Dans mon choix, il me reste encore une cave, dont les vignes sont situées sur les collines à Upper Moutere. Arrivé à Woollaston Estate, je découvre un charmant carnotzet, d’où la vue par temps clair doit s’étendre de l’Abel Tasman National Park jusqu’à Nelson, couplé avec une petite galerie d’art. Si les œuvres me laisseront froid, je me ferai un plaisir de déguster deux vins – il ne faut pas abuser en conduisant –. Le premier sera un riesling, première fois que je vois ce cépage en Nouvelle-Zélande, le deuxième un pinot noir, dont la vigne est plantée sur un sous-sol argileux. Cette caractéristique est l’un des traits particulier des vignobles du Nelson, situé sur les collines.

  • Riesling 2009 (4 étoiles Michel Coopers) : Sec, l’attaque est un mélange de lime et de citron, laissant un final un peu acide. Toutefois, le tout est balancé par la douceur du sucre résiduel.
  • Pinot noir, 2006 : prune rouge au nez, le vin est très équilibré. Long en bouche, sans être très puissant, j’ai trouvé le final élégant. Il irait bien avec un plateau de formage à pâte molle, ou un bleu délicat.

Quittant les hauteurs, je rejoins le bord de l’eau à Mapua, situé au bord de l’estuaire de Waimea River, l’un des plus grand Nouvelle-Zélande. J’y découvre un charmant petit port, oscillant entre les baraquements de pêcheurs où j’achèterai un morceau de Makerel fumé, les restaurants spécialisés dans le poisson et quelques galeries – comme les nombreuses qui parsèment tout le Nelson – d’art. Par curiosité, je visiterai Cool Store Gallery, regroupant les œuvres d’artistes locaux, dont la visite est recommandée par le Lonely Planet. Je ne serai pas déçu et ressortirai difficilement sans rien acheter. Les objets présentés ne sont pas hors de prix et possèdent tous un cachet certain, relié à l’histoire contemporaine maorie et néozélandaise. J’arriverai à ne pas craquer devant un tableau humoristique sur les rivalités solaires entre Blenheim et Nelson, traité dans l’esprit kiwi.

Chemin faisant, je regagne l’intérieur des terres et débarque à Seifried, une cave dont les vignes sont situées dans les plaines aux pieds d’Upper Moutere, avec un sous-sol radicalement différent. Il s’agit d’une des plus grandes caves de la région, et l’assortiment proposé comprend plus d’une vingtaine de vins différents. Je laisserai la lourde tâche du choix à la serveuse, la seule contrainte, me surprendre et me faire découvrir le meilleur, en choisissant un blanc et un rouge. Sa sélection sera un Gewürztraminer et sur un Cabernet Merlot. Ayant été un peu déçu par le rouge, je goûterai aussi un pinot noir :

  • Gewürztraminer 2010 : fort arôme de muscat, très délicat. Je ne suis toutefois pas un grand habitué de ce cépage. Il irait très bien en sabayon.
  • Cabernet-Merlot 2009 : arôme de fruit rouge et riche au palais, sa jeunesse laisse transparaître le chêne. Final un peu poivré, et relativement court.
  • Pinot noir 2009 : épicé et fruits des bois au nez. Tanins et arômes fruités sont très équilibrés. Un caractère bien plus achevé que le cabernet-merlot.

Ayant à chaque fois profité de discuter avec les cavistes et parfois les autres dégustateurs, les heures se sont écoulées rapidement. Arrivant à Nelson, la ville, par le Sud, je longe la côte, suivant Whakatu Drive puis Rocks Road. La vue sur Tasman Bay, Boulder Bank, noyée dans les teintes grises, est magnifique. Le temps de passer au supermarché, poster un ou deux billets et je profite d’être un soir à Nelson pour boire un verre à Free House, un bar occupant une ancienne église, spécialisé dans le service de produits néozélandais : bière, vin ou jus de fruit.  Attablé à une grande table ronde, profitant de rédiger, pour une fois, ma journée dans mon petit carnet je déguste tranquillement une excellente IPA, dont j’ai malheureusement oublié le nom de la brasserie. Lorsque deux couples amis viennent alors me rejoindre à ma table, je pousse cahier et crayons de côté. Dave, John, Lisa et Alice, les présentations sont vite accomplies. Rapidement, les sujets de conversations s’enchaînent : refroidissement de l’Europe suite au Gulf Stream, économie mondiale avec émergence de la Chine, chasses puis conscriptions militaires… Finalement lorsqu’ils quitteront la taverne après leur bière d’apéro ils me convient à venir manger avec eux, en face chez l’indien, le meilleur de Nelson et de tout South Island. Parfait exemple du véritable esprit kiwi. Pourquoi pas, comme aurait dit Jean Charcot, et me voilà partageant un mix de poulet Tandoori, boulettes d’agneaux et autres petits en-cas pour l’apéro avant de déguster un poulet karoo, qui se révèle excellent, épicé à souhait. La soirée est excellente, aussi surprenante et agréable que celle passée avec Mike à Devonport. Dans le prolongation d’une discussion qui a dévié sur le mariage et les enfants, éducation comprise, ils tenteront même de me marier avec une de leur amie, après avoir appris ma situation maritale. 22h30, alors que le restaurant s’apprête à fermer, je quitte les lieux en compagnie de ce jeune pilote de course professionnel, de l’expert écologique, et des deux employées de banques – bien placées –. Nous prendrons congé sur le trottoir, chacun partant dans des directions opposées.

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J 38 – Abel Tasman National Park

18 06 2011

Marahau, samedi 18 juin 2011, 8h30
Trajet : Marahau
D = 5565.4 Km

Dehors la pluie se déchaîne par intermittence : une averse chaque dix minutes. De nombreuses personnes m’avaient vanté Nelson, comme l’une des régions les plus ensoleillées de Nouvelle Zélande, tout comme la West Coast, l’endroit le plus pluvieux. Il semblerait que j’expérimente plutôt l’inverse. Depuis la fenêtre, je peux admirer une baie, vidée de son eau par la marée basse. La rive est découpée, la forêt dense descend jusqu’à la vase, d’étroits ruisseaux convoient l’eau douce jusqu’à la mer, serpentant sur le plat estuaire. Le paysage me fascine. Si je tourne casaque en raison de la météo, je sais pertinemment que je vais regretter amèrement de ne pas avoir bravé les éléments. Reste à savoir quel itinéraire je vais choisir. D’entrée, la longue marche Bark Bay – Marahau est exclue, marcher une journée sous la pluie ne me tente guère – je ne suis plus à Rakiura Islands –, ni sur la West Coast, encore moins dans le Fjordland. Le nombre d’arrêt afin de profiter du panorama ne sera pas moindre en raison du temps. Leur durée sera par contre écourtée, il n’est pas sûr que je recherche absolument un meilleur point de vue sur le paysage, vaquant de-ci de-là. Le trajet Bark Bay – Anchorage ne me tente pas trop, car je risque bien d’attendre le bateau taxi pendant 2h30, ce qui ne m’enchante guère. Finalement, une des meilleures solutions serait de débarquer à Anchorage et de revenir à pied jusqu’à Marahau, exempt de tout horaire. Je pourrai profiter de descendre jusqu’aux multiples baies si le temps s’éclaircit ou au contraire presser le pas si la pluie continue à tomber. Dans tous les cas, à mon arrivée, il ne me restera qu’à prendre le volant.

Alors que j’arrive au bureau de Marahau Water Taxi, j’apprends qu’aujourd’hui ils n’opèrent pas de liaison en raison de la météo, jugée exécrable. Ils m’indiquent par contre que leurs collègues d’Aqua-Taxi assurent leur service. Equipé de mes habits imperméables, la demoiselle à la réception me regarde avec des yeux écarquillés, lorsqu’après les salutations d’usage j’ajoute « il paraît que vous opérer des bateaux-taxi aujourd’hui ». Le patron sortira même de son bureau pour venir voir quel énergumène a décidé d’aller se promener aujourd’hui sur le sentier. Départ dans un peu moins d’une heure, juste le temps de recharger les batteries, écrire un billet.

Dehors, les gouttes forment un rideau d’eau. Cette fois-ci, il ne s’agit plus de quelques douches par intermittences, mais d’une véritable pluie faite pour durer. J’apprends qu’il s’agit des résidus nuageux qui a valu à l’Australie quelques inondations dans le sud-est. Je dis déjà adieu aux paysagex de carte postale : eau azur, à peine ridée par le vent, plages de sable fin resplendissantes au soleil, panorama à perte de vue sur les îles et les baies, …

Le reste des aventures et les photos de la journée, la prochaine fois que je me connecterai, sans doute quand je serai de retour à Windy Welly.





J37 – Nelson Lakes National Park

17 06 2011

Marahau, vendredi 17 juin 2011, 21h25

Trajet : Lake Rotoroa – Lake Rotoiti – Motueka

D = 5565.4 Km

Les brumes matinales nimbent les forêts descendant sur les rives du lac, alors que le ciel est voilé par les nuages. L’univers semble comme teinté de gris. Après quelques pancakes pour le déjeuner, j’effectue une petite balade pour amorcer la digestion dans la forêt attenante. Je retrouve les hêtres, mais un tapis de fougères remplace ici le sol moussu du fjordland. Je quitte le Lake Rotoroa, toujours timidement caché par le brouillard pour son petit frère, Lake Rotoiti dans la vallée d’à côté. Alors que je roule, un petit vent d’est commence à dissiper les brumes. Si j’ai de la chance, à mon arrivée à Saint-Arnaud, le temps sera découvert à basse altitude.

La crête et les sommets des montagnes se détachant sur un ciel blanc, je me décide pour la randonnée de Bushline Hut. D’après Mark Pickering, l’itinéraire donne les meilleures vues sur le lac. Départ à environ 870 mètres, je commencerai la boucle d’une dizaine de kilomètres par le côté le plus ardu, une raide montée de 500 mètres, jusqu’à Mount Robert, nommé ainsi par Julius von Haast en l’honneur de son fiston. Le sentier zigzague sur le flanc nord-est de la montagne. Côté aride, les forêts laissent rapidement place à la prairie alpine. A mi-hauteur, alors que le panorama sur le West Arm et la baie baignant Saint Arnaud, le chemin passe l’arrête, et s’enfonce dans la forêt poussant jusqu’à 1200 mètres sur les faces sud et ouest, bien plus humides. A mesure que je m’approche de la crête, la montagne s’arrondit, les herbes sèches gagnent du terrain et finissent par occuper tout le sommet. Longeant la crête, ma vue porte jusqu’aux Arthur’s Range, dominant l’Abel Tasman National Park, aussi loin que les Victoria Range au sud de Buller Gorge mais est stoppée à l’est par les montagnes dominant l’autre rive du lac.

Je redescends de l’autre côté de la montagne, passe à côté de Kea Hut, la première cabane construite dans Nelson Lakes National Park en 1934 par 6 skieurs. Je rejoins alors Bushline Hut, la cabane du DOC. Je profiterai de sa douce chaleur, subsistante après son occupation durant la nuit par un groupe de quatre allemands, pour me désaltérer, grignoter une pomme et quelques carrés de chocolat. A mesure que je poursuis le chemin, l’itinéraire tout en perdant de l’altitude s’avance sur un promontoire, dominant le lac. En contrebas, la forêt remplace à nouveau la prairie, épouse le changement de courbure de la pente et descend jusqu’au lac. Elle occupe toutes les rives, ne laissant apparaître qu’une mince bande de grève grise. Malgré la réflection du ciel, l’eau semble limpide, presque verte, glaciale. Je rejoins alors les premiers arbustes, manuka et tanuka croissent rapidement et masquent ma vue. Il ne me reste plus qu’à suivre le tracé plus ou moins horizontal pour regagner le parking.

Après cette charmante balade, passant par la source de Buller River, je rejoins le bord du lac à Saint-Arnaud, afin de découvrir son fin bras, s’élançant vers le sud, qui m’était caché pendant la randonnée. Une mince surface liquide enchâssée dans une vallée en V. De chaque côté, des montagnes, dont les formes leur furent donnée par l’érosion glaciaire. Nombre de vallons rythment ces pentes touffues, au centre desquelles le lit d’un tonitruant torrent se devine. Du bord du lac, j’admire sa surface lisse comme un miroir, regrettant amèrement l’absence de caillou adéquat afin d’y faire quelques ricochets.

Je reprends la route, direction Motueka, le dernier grand village avant l’Abel Tasman National Park. Sur le chemin, je remonte une vallée dont les flancs sont recouverts de forêts d’exploitation. Les cimes des pins sont alignées couverts, comme les casques des soldats lors une parade militaire, alors que des plantons sont régulièrement espacés sur les longues surfaces précédemment défrichées. Si je n’assisterai pas à la coupe du bois, je verrai par contre le chargement des fûts sur les camions. Pas comme chez nous, un tronc après les autres, la procédure est bien plus efficace, par paquet de dix, en trois bordées, la remorque est pleine. A mesure que je m’approche de la côte, les forêts artificielles laissent place à de verts pâturages, puis ces derniers sont remplacés par les plantations fruitières : kiwis, pommes, poires… ou encore houblon. Les arbres et poteaux s’alignent à perte de vue dans ces plaines collinéennes.

Arrivé à Motueka en milieu d’après-midi, je rejoins l’Office du Tourisme, afin d’y retirer quelques renseignements. Si aucune compagnie n’est d’accord de louer un kayak à un groupe composé d’un seul énergumène, les prévisions météorologiques me mettront du baume sur le cœur : pluie intermittente, températures de 4 à 16[°C] ne me semblent pas un temps idéal pour pagayer. Tant pis, je découvrirai l’Abel Tasman National Park à pied. Une des plus belles parties tant pour la variété du paysage que pour découvrir faune et flore de Bark Bay jusqu’à Anchorage. Si le temps est clair, je n’hésiterai pas à enchaîner cette portion avec le dernier tronçon menant à Marahau : 24 kilomètres, soit 6 à 7 heures de marche ne me font pas peur. Mais sous la pluie, peut-être que cela risque de perdre de son charme. Si je me restreins à la section Bark Bay jusqu’à Anchorage, je risque d’y attendre le bateau pendant 2 heures. Un compromis idéal semble débarquer à Onetahuti Bay vers 10h15, passer par l’intérieur des terres et rejoindre Anchorage pour 15h30. Environ 17 kilomètres à parcourir en 5 heures, aisément faisable, tout en profitant du paysage.

Je parcours encore la petite vingtaine de kilomètre me séparant de Marahau. Apercevant une place peu avant l’arrivée au village, je profite d’y parquer mon campervan, je suis persuadé que les panneaux : « no overnight camping » doivent fleurir sur les deux derniers kilomètres. Alors que je finis de rédiger ce billet, la pluie a commencé à tambouriner sur mon toit. S’il continue ainsi toute la nuit, peut être considérerai-je demain matin uniquement l’option Bark Bay-Anchorage avec un peu de temps à tuer. La nuit porte conseille, je verrai bien.

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J36 – Buller Gorge

16 06 2011

Lake Rotoroa, jeudi 16 juin 2011, 20h30

Trajet : Hector, Lake Rotoroa

D = 5382.9 Km

Depuis ce matin, le soleil ne cesse de briller, comme pour s’il fallait absolument démystifier le côté pluvieux de la West Coast. Sitôt déjeuné, je m’élance le long de Charming Creek. Une balade temporelle dans l’histoire néozélandaise. Quand les premiers colons débarquèrent au XIXe siècle, ils s’empressèrent d’exploiter les arbres des forêts vierges. Cela permettait d’une part de déboiser les futurs pâturages, d’autre part la source de revenu de cette industrie d’exportation a permis de fonder une économie locale. Toutefois, au fil des années, les beaux fûts, les longs arbres se faisaient de plus en plus rares. La dernière forêt véritablement exploitable dans la région de Ngakawau se trouvait retranchée derrière des collines, avec pour seul accès Charming Creek, une rivière non navigable. George et Bob Watson, propriétaire d’une scierie à Granity, le village d’à côté, décidèrent la construction d’un tramway dans la gorge menant à ces ressources inexploitées. Terminé en 1912, la ligne à la largeur standard néozélandaise de 1.07 mètres était reliée au réseau ferroviaire de l’époque. En 1926, suite à la découverte d’un sous-sol riche en charbon, Bob fonda la Charming Creek Westport Coal Compagny et prolongea la ligne jusqu’à la mine. L’entreprise employa jusqu’à 69 hommes, extrayant 43.385 tonnes  de charbon en 1949, une bien plus grande échelle que les précédentes scieries. Toutefois, l’utilisation de la ligne cessa d’être rentable avec la création d’une route reliant Seddonville à Charming Creek, et le dernier tramway circula le 5 septembre 1958.

Dès le début, le chemin suit la voie ferrée, dont le ballast est recouvert par une fine couche de particules de charbon. Avançant entre les rails rouillés, les anciennes traverses rythment les pas. Après avoir passé l’aiguillage où les wagons de charbons étaient déchargés, j’entame véritablement le parcours menant jusqu’à la scierie. Construite dans une gorge, serrée entre la rivière et la montagne, peu de place était disponible pour la voie : édification de ponts pour traverser de petits affluents, percement de tunnel pour passer à travers des promontoires verticaux, élaboration de ponts suspendus pour traverser le cours d’eau principal, … Je repense aux moyens de l’époque : la construction n’a pas été une mince affaire. Comme en témoigne la forme en « S » de l’Irishmen Tunnel, provoquée par une erreur d’alignement lorsque le forage fut commencé à partir des deux extrémités. Plus tard, les aléas de l’utilisation d’engins mécaniques dérangea l’exploitation  : rupture des freins, emballements des machines… tant de causes d’accidents. Sans compter des conditions météorologiques exécrables, parfois entraînant des crues, qui par trois fois emportèrent le principal pont. Mais la ténacité des colons était la plus forte. La promenade est bucolique, entre rails tordus, wagons abandonnés, engrenages et autres mécanismes rouillés, éparpillés dans la forêt. Le paysage n’est pas en reste, avec un cours d’eau s’écoulant bruyamment au fond de la vallée, une jungle restée vierge, accrochée aux flancs vertigineux des montagnes. A la sortie du tunnel, appelé Papa Tunnel, le paysage change complètement : la vallée s’évase, la jungle est remplacée par une forêt qui se régénère depuis la fin de l’exploitation, débris et vestiges de l’industrie parsèment les sous-bois, tels ces deux anciennes chaudières, dont le cylindre extérieur est complètement rongé par la rouille.

L’ancien tracé continue jusqu’à la mine de charbon, près de Seddonville, et disparaît au détour d’une courbe. J’aurais bien aimé le suivre jusqu’au bout. Toutefois, je retournerai sur mes pas, choisissant de ne pas prolonger cette randonnée, au bénéfice de la culture. De retour au parking, j’admire une dernière fois l’ancien tracé du tramway ainsi que juste à côté, l’usine actuelle exploitant un autre filon. Au lieu d’un tracé ferroviaire, une ligne aérienne, suspendue à des pylônes permet d’acheminer le charbon de la mine jusqu’à son lieu de raffinement. Empruntant en sens inverse la route parcourue hier soir de nuit et sous la pluie, je me rends compte que le paysage n’avait rien d’exceptionnel. De retour à Westport, je m’arrête au Coaltown Museum, un musée qui retrace l’histoire minière de la West Coast.

Comme nombre d’autres musées du pays, ce dernier regorge d’objet usuels : machines à coudre, boîtes à tabac, cendriers… plus dignes d’une personne atteinte d’une collectionnite aigüe. Il contient toutefois quelques outils particuliers, comme ces instruments utilisés par la première brasserie de Westport (embouteilleur, appareil à insérer un bouchon dans une bouteille ou à gazéifier manuellement la bière, ou encore ce bric-à-brac d’objets maritimes allant de la roue de gouvernail au moteur à vapeur d’une ancienne barge en passant par la lampe de l’ancien phare de Cape Foulwind. Une splendide collection de minéraux, donnée par un local décédé, me fascinera, notamment les pierres phospho- et fluorescente. La partie la plus intéressante se réfère à l’histoire de la West Coast. Si la salle relative à l’exploitation forestière n’amène pas d’informations nouvelles par rapport à ce que j’ai déjà lu et vu ces dernières semaines, les documents relatifs à la ruée vers l’or ou l’industrie du charbon est bien plus instructive.

L’or, ce métal jaune, qui a fait et fait toujours tourner les têtes. Symbole de richesse, matériau si durement arraché à la terre. Il est partie intégrante de la West Coast. Après que les premiers colons ont débarqué, commencé le dur leur du défrichement pour permettre l’exploitation agricole, la découverte des premières pépites au sud de Greymouth déclencha une ruée vers l’or, similaire à celle de San Francisco. Par milliers, pionniers, mineurs, sans-emplois débarquèrent d’Australie, de la veille Europe, … pour tirer parti de ces gisements. A pieds, à cheval, à partir des premiers villages, les hommes gagnaient ces villes champignons le long de la côte. Les plages prirent ces noms si particulier, lié à des distances : Nine Mile, Fourteen, Five Mile Beach, Three Mile Lagoon pour simplement désigner leur emplacement aux prospecteurs. Aujourd’hui, ces villages se reposent sur leur gloire passée. Dépérissant suite à l’abandon des gisements devenus à peine rentable, leur population n’a cessé de décroître, alors que certaines possédaient des lignes maritimes directes avec les grandes villes du mondes, telle Charleston relié à Melbourne.

Au nord de Buller River le métal jaune était plus rare. Par contre, le charbon, véritable or noir, a créé des fortunes, érigé des villages entiers, entraîné des innovations technologiques. La première estimation fût donnée par un certain Julius von Haast, le chiffre fit tourner les têtes, jusqu’à celles du gouvernement qui décida la prolongation de la ligne ferroviaire depuis Greymouth, jusqu’à Westport puis Granity au plus près des mines. L’innovation la plus importante fut sans doute celle du plan incliné. Si l’idée est une reprise des mines d’or, jamais elle n’avait été mise en œuvre dans des proportions aussi gigantesques que celui de Denniston : les chariots, emplis de la précieuse ressource, descendaient le long d’un plan incliné. Un peu plus de deux minutes étaient nécessaires aux chariots afin de dévaler les 548 mètres de dénivellation, entraînés par leur propre poids. Attaché à un long filin métallique, la vitesse des chariots était régulée manuellement; la présence d’un énorme tambour de frein – 4 mètres de diamètres – permettait de les freiner à leur arrivée sur un replat à mi-parcours, nécessaire pour les orienter sur le deuxième tronçon, présentant une pente de 80%. Au milieu du XXe siècle, il fut fermé après 88 ans de loyaux services. 2 jours plus tard eut lieu le fameux tremblement de terre de Murchison – 7.5 sur l’échelle de Richter – qui l’endommagea profondément. Avant de quitter le musée, un petit passage dans la reconstitution d’une galerie charbonnière avec chariots, pics, pioches, loupiotes n’apportant guère plus qu’un mince halo lumineux.

Je quitte Westport pour rentrer dans les terres, direction Murchison, puis Lake Rotoroa, dans le Nelson Lakes National Park. La voie la plus courte emprunte la SH6, qui remonte dans Buller Gorge. A l’approche des montagnes, la vallée se resserre rapidement autour de la rivière, les parois se redressent. Arrivé au coude dénommé « Fer à Cheval », la route se réduit à une seule voie. La paroi, plongeant verticalement dans le fleuve, fut creusée pour laisser passer les diligences. De nos jours, l’ouvrage ne fut pas agrandi, aucun tunnel ne fut percé. La solution la plus simple, et la plus économique, fut de simplement installer deux feux de signalisation pour réguler le trafic automobile. Passé ce point, la rivière se met à serpenter dans une large plaine, occupée par des pâturages. Cette liberté est de courte durée. Sitôt passé la confluence avec Inangahua, la gorge reprend ses droits. La vallée ne sera plus aussi vertigineuse qu’auparavant, mais la route est confinée sur les hauteurs.

Arrivé à Lyell, alléché par un panneau indiquant « historic area », je ne me soustrais pas à son attirance. A part le rare fait d’une prairie complètement ensoleillée, une maison perdue au fond du vallon, rien d’exceptionnel n’émane de ce lieu. Et pourtant, lors de la ruée vers l’or, ici même, s’élevaient 6 hôtels, 3 banques, 1 école, 1 cabinet médical dont le docteur enseignait la médecine. Jusqu’à 3500 personnes y vécurent et Lyell posséda même la deuxième faction de police professionnelle de Nouvelle Zélande, forte de 12 hommes, une véritable révolution. Aujourd’hui, il n’en reste plus grande chose, si ce n’est quelques photographies noirs et blanches, montrant que la route passe à travers l’emplacement de nombreux anciens bâtiments. Un chemin historique permet de revivre l’aventure. Après avoir passé près du cimetière ayant servi de 1870 à 1900, perdu dans la forêt, un petit chemin amène jusqu’à l’Alpine Battery. Batterie, ce terme que j’avais régulièrement entendu ces derniers jours, ces instruments mécaniques permettant de réduire en poudre l’amalgame quartz et or, afin d’en récupérer le précieux métal. Je n’avais aucune idée de son fonctionnement, ni de sa forme. Perdu en pleine végétation, au bord de New Creek, au pied d’une ancienne mine, une ancienne batterie, replacée sur un support par le DOC, continue de rouiller. Mais maintenant, j’en sais un peu plus sur son mode opératoire. Pour la petite anecdote, l’un des plus fameux mineurs de la vallée fut Biddy of The Buller. Bridget Goodwin de son prénom, ce petit bout de femme, haut de quatre pieds (1.2 mètres), lourd comme sept pierres, est née en Irlande. Vétérante des mines d’or d’Australie et de Nelson, à son arrivée en 1860s à Lyell, elle était entourée de ses deux compagnons, pour qui elle gérait l’argent. Après une vie passée à acheter des biens de premières nécessités, du tabac – le plus fort est le meilleur – et du whiskey, elle se retira à Reefton où elle mourut en 1899, âgée de 86 ans.

Mon prochain arrêt sera aussi historique que rigolo. A 16 kilomètres de Murchison, je décide de payer un droit de passage pour traverser le plus long swingbridge de Nouvelle-Zélande, avec une travée de 110 mètres. Le nom de swingbridge fait référence à un pont suspendu, ne laissant le passage qu’à une seule personne de front. Je m’attendais à une traversée un peu plus oscillante, au moins du même niveau que ceux des ponts suspendus de la Copland. Au final, cela s’avère bien moins rigolo. Toutefois, de l’autre côté une petite balade nous amène à un des épicentres du tremblement de terre de Murchison du 17 juin 1929, à 10h17, atteignant 7.8 sur l’échelle de Richter. S’il y eut plusieurs épicentres, celui de White Creek Fault est le plus impressionnant : une falaise de 4.5 mètres de haut sépare les deux côtés de la faille. Scindant la route en deux niveaux, la violence de l’événement fut telle que le granite rose de la région changea localement de couleur sous la contrainte imposée et présente aujourd’hui une strie grise dans le prolongement de la faille. Je retourne de l’autre côté de la Buller River en Flying Fox, une sorte de tyrolienne équipée d’une chaise pour le confort. Cette méthode fut souvent utilisée durant le XIXe siècle dans tout le pays pour traverser les nombreuses rivières. Aujourd’hui, elle est soit utilisée comme attraction touristique, comme ici avec une portée de 160 mètres, soit comme à son origine pour franchir des cours d’eau, notamment sur la Dusky Track, une des plus difficile marche du pays située dans le Fjordland.

Je passerai à Murchison presque sans m’arrêter, l’office du touriste étant fermé et poursuivrai ma route jusqu’à Lake Rotoroa, l’un des deux lacs de Nelson Lake National Park. Peu à peu, les forêts naturelles disparaissent, alors que je vois à nouveau des plantations de pins, les premières depuis plus de trois semaines, quand je les avais abandonnées après Blenheim. La vallée devient moins sauvage, plus civilisée avec un nombre croissant de fermes; même l’importance du trafic augmente. Le décompte des véhicules rencontrés par heure demande maintenant les deux mains. Alors que je m’approche de l’extrémité ouest du lac, en remontant un vallon à la large plaine, j’apprécie le coucher de soleil sur le Mount Hopeless, dominant les Travers Range. A mon arrivée au bord du lac, je ne pourrai immortaliser que les dernières couleurs, pâlissant sur les sommets. Alors que je prépare mon souper, je discuterai avec un couple de Coaster sexagénaire, en vacances dans le coin pour le weekend. Leur moyen de locomotion, un campervan comme Hibiscus, sans les taggues décoratifs extérieurs, mais avec un intérieur bien plus personnalisé. Je serai d’ailleurs jaloux de la cuisinière à double foyer. Quoique, depuis que j’ai acheté le brûleur pour la petite bonbonne de gaz Primus – utilisée sur Rakiura Island, puis à Welcome Flat -, il est vraiment plus facile de garder mes petits plats au chaud.

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J35 – Wild West Coast (II)

14 06 2011

Cobden Beach, mardi 14 juin 2011, 20h30

Trajet : Greymouth – Hector
D = 5206.2 Km

Depuis hier soir, les vents d’Ouest apportent régulièrement des grains. La pluie frappe à intermittence régulière le toit d’Hibiscus. Ce matin, le ciel est nuageux, gris, à l’instar de la Mer de Tasmanie qui le reflète. 8h15. Malgré l’heure avancée, il fait encore sombre et  je décide de retourner à Greymouth, où j’espère que les deux galeries que je veux visiter seront déjà ouvertes. Roulant fenêtre ouverte, je respire à plein poumon l’odeur particulière des chauffes à charbons. Greymouth, la bouche grise, si le nom de la ville fait référence à l’estuaire de la rivière Grey, par cet hivernal matin, son qualificatif pourrait se référer tant à la météo, qu’au mode de chauffe principale.

Je réserve ma première visite à la galerie de Stewart Nimmo. Photographe plus que reconnu, son atelier-magasin occupe trois autres personnes. J’y découvre des clichés splendides. Les supports de reproduction sont divers, allant de simples tirages sur papier glacé à l’impression de peinture sur canevas tissés. Toutefois, ce qui m’a le plus intéressé sont les reproductions sur aluminium poli. Les photographies deviennent dynamiques, presque vivantes, les couleurs évoluent légèrement selon l’angle de vision. Des nombreuses photos, j’apprécierai spécialement celle du Wharf d’Okarito Lagoon, prise un matin à marée haute et celle de Pororari River avec son arc-en-ciel. Ayant demandé à la vendeuse la permission de prendre une photographie, Stewart répond par l’affirmative et s’approche pour discuter. J’apprendrai qu’il apprécie beaucoup les petits villages de montagne en Suisse, spécialement ces chalets arborant de si photogéniques fleurs rouges, les traditionnels géraniums. Il me questionnera sur mon voyage et plus direct me demandera si je suis content de mes clichés. Je lui avouerai que seul 5% de mes photos sont dignes d’intérêt, et que presque dix fois ce nombre ne valent même pas la peine d’être gardée. Ce à quoi il me réplique que l’apprentissage est un long travail, mais que je n’apprendrai à connaître mon appareil et les cadrages qu’à force de réglages manuels et d’un certain nombre de ratés. Encourageant.

La seconde visite sera pour un Jade Country Greymouth, un magasin présentant, comme son nom l’indique, des bijoux en pounamu, œuvres de véritables artistes. Une des pièces maîtresses me plait particulièrement, avec ses ciselures intriquées, ses formes élancées. Un chef d’œuvre à plusieurs milliers de dollars. L’exposition ne se résume pas à la présentation de ces pièces, une des plus grosses pierres de pounamu brute est mise en évidence dans une grande pièce ovoïde. L’origine de la pierre est expliquée, soit en termes scientifiques, schémas à l’appui, soit en conte fabuleux, issu des légendes maories. Je ne ramènerai point de parure, mais achète un morceau de pounamu brut, sachant que je regretterai des mois durant si je rentre en Suisse sans un morceau de cette pierre.

Un dernier passage sur les quais de Greymouth, occupés par des chariots à charbons, antiques vestiges d’une époque révolue, puis je quitte la cité, direction Westport sur la SH6, dont le tronçon est considéré comme l’une des dix plus belles routes côtières du monde. Mon premier arrêt officiel est Punakaiki, 44 kilomètres au nord. Il me faudra toutefois une heure et demie pour y arriver : les arrêts sont fréquents pour profiter du paysage. Sur une carte, la côte semble rectiligne, dans les faits, son dynamisme est impressionnant : baies, promontoires, avancées rocheuses, plages de galets ou de sable, falaises à pics, ou encore pâturages s’étendent entre les collines et le rivage… A ma gauche, la Mer de Tasmanie, balayée par le Vent d’Ouest, toujours aussi violent, assiège de ses infatigables vagues la côte, à ma droite une chaîne collinéenne, entièrement recouverte de forêts arborant des verts électriques, entrecoupée par de nombreux vallons aux embranchements multiples. Au milieu, la route, tantôt accrochée à flanc de falaise, tantôt glissant entre de larges prairies, tantôt enjambant de larges estuaires. Le paysage est grandiose: il s’agit effectivement d’une des plus belles côtes, dont l’esthétisme surpasse la côte d’azur, dont la sauvageries dépassent celles des Catlins.

Arrivé à Punakaiki, situé dans le Paparoa National Park, je passe rapidement au bureau du DOC pour savoir si la randonnée le long de Fox River jusqu’à la grotte et au lieu-dit de The Ball room est possible. La réponse est celle à laquelle je m’y attendais, la pluie de hier et les averses intermittentes d’aujourd’hui gonflent de façon trop importante le flot pour que les traversées de rivières non-pontées puissent être effectuée sans danger. A la place, je remonterai le long de Pororari River, une autre vallée charmante.

Avant de m’y rendre, je ne peux me soustraire à la visite des célèbres Pancakes Rocks, ces formations rocheuses à la forme si particulière que l’on dirait des piles de pancakes. Créées par la sédimentation d’organismes marins par strates sur le fond de l’océan il y a quelques millions d’années, ces concrétions sont ensuite remontées à la surface par l’effet de glissements, plissements et soubresauts du terrain. Vents et courants marins, marées rongeant les côtes, grignotant des cavernes, les ont façonnées pendant des milliers d’années. Aujourd’hui, lorsque la marée est haute et que le vent souffle en rafale depuis l’ouest, telle des geysers, les embruns jaillissent, lorsque l’eau salée, mélangée à l’air, est expulsée sous la pression des vagues par les cheminées verticales. Piscines infernales, chaudrons bouillonnants, bruits sourds, résonances caverneuses, molasses sculptées aux formes surprenantes, cet univers est fabuleux. J’y passerai une bonne heure à l’observer sous toutes ses formes : au soleil, sous la pluie ou encore dans un léger brouillard. Son faciès est toujours changeant, mais toujours admirable.

Un petit détour m’amène ensuite par la grotte, si bien nommée Caverne. En Nouvelle-Zélande, je me suis trouvé un attrait tout particulier pour la spéléologie touristiques : s’enfoncer de dix, cinquante ou plusieurs centaines de mètres sous terre me plaît de plus en plus. Comme toutes les autres grottes que j’ai visitées, celle-ci est creusée dans un sous-sol de molasse. Et à l’instar de ses grandes sœurs de Waitomo ou de Clifdens, des glowworms tapissent son plafond. Rien à faire, je trouve ces petites bêtes toujours aussi fabuleuses.

A Punakaiki Village, je parque la voiture, embarque mon sac à dos, une bouteille d’eau, quelques afghans, une sorte de biscuit de type shortbread chocolaté, contenant des chips de corn-falke et enrobé d’une  épaisse couche de chocolat. Je sais bien que la marche ne durera pas trois heures, comme le panneau du DOC tente de me le faire croire, mais mieux vaut prendre ses précautions, peut-être qu’un jour, j’en trouverai une où le temps est correctement indiqué. Pororari River, me voici. Depuis ce matin, le changement de végétation est radical avec une température qui s’est radoucie en allant au Nord – l’huile d’olive n’est plus figée – : les hêtres ont disparu, cédant la place aux palmiers, les espèces de fougères ont diminué, remplacées par divers flax, yie-yie et autre supplejacks. Les verts foncés sont devenus clairs, électriques. La forêt était vierge, elle s’est faite véritable jungle avec des racines géantes, des troncs gigantesques, des lianes descendant des branches, des végétaux grimpants sur les troncs, … Les eaux limpides chargées de fines particules glacières cèdent la place à des rivières charriant des eaux rendues beiges par les limons en suspension. Les solides parois du sud sont remplacées par de friables falaises de limons, façonnées par le vent s’engouffrant dans les vallons et les pluies, qui, elles, sont toujours aussi fréquentes et torrentielles. Merveilleuse Aotearoa aux multiples visages.

Je découvre un environnement complètement nouveau, autant vous dire tout le plaisir que j’ai eu pendant cette balade. Au niveau topologique, la vallée ressemble plus à un canyon, creusé par un Pororari serpentant, courbes, contrecourbes. De chaque côté de la rivière, une petite berge, envahie par la végétation, avant que les parois n s’élèvent presque verticalement quelques dizaines de mètres plus haut La météo n’a pas changé depuis cette nuit, courtes averses succèdent à des moments ensoleillés. Les teintes sont changeantes, tantôt rendu magnifiées par les rayons du soleil, tantôt scintillantes de pluie. Le chemin épouse le terrain, soumis à de réguliers glissements. Tantôt gravissant une bosse, tantôt s’enfonçant entre deux blocs de molasses pour ressurgir dix mètres plus loin, parfois à l’air libre, parfois emprisonné sous une épaisse frondaison. Deux heures de dépaysement dans une contrée exotique, je n’imaginais pas que pareille végétation poussait en Nouvelle-Zélande. Ce pays est bien trop gâté par Mère Nature. Et sinon, au détour d’une grève, j’ai enfin découvert une pierre de pounamu, polie par les mouvements de la mer. Un vrai bijou.

Avant de pousser plus au Nord, j’emprunte encore Truman Track, un petit chemin menant jusqu’à Te Mito Point, où une petite plage aux nombreux plateaux marnals. Pour y aller, je traverse la forêt côtière, dont les essences locales ne me sont pas inconnus : Ramus, Matais, Flax, … Je découvrirais une grande crique, ceinte par une beige falaise de molasse, couronnée par un vert intense, d’où s’écoule une petite cascade sur les gravillons arrondis de la plage. Provenant du large, les rouleaux se brisent les uns après les autres sur les plateaux, le bruit de leur agonie résonne entre les parois.

Déjà le milieu de l’après-midi, je reprends la route, quittant cette riche région de Punakaiki, pour m’arrêter une dizaine de kilomètre plus loin, après avoir traversé Fox River. Ce n’est pas parce qu’il m’est impossible d’effectuer une véritable balade, que je ne profiterai pas de me dégourdir les jambes sur la longue plage. Je ne vous décrirai pas le spectacle, invariablement le même avec la Mer de Tasmanie. Par contre, j’envierai les propriétaires d’une des maisons faisant face à Woodpecker Bay. Spécialement le plus au Nord, avec ses grandes fenêtres, aux cadres bordeaux, découpés dans ses murs lattés verticalement. Au bord de la rivière, j’admirerai aussi l’ancien pont, entièrement construit en bois, des madriers de sa structure aux pieux plantés dans le lit de la rivière, protégés par une structure en demi-rondin. Actuellement, cet ancêtre est mal en point, une restauration est envisagée par une association, toutefois, devant la difficile collecte des fonds, elle met en garde contre une traversée potentiellement dangereuse de l’ouvrage.

Plus au Nord, la route quitte la côte, grimpant dans les terres. Le paysage est bien moins captivant, mais l’intersection menant à Cape Foulwind est bientôt là. Plus qu’une douzaine de kilomètre et je découvrirai ce cap bien particulier. Les maoris le nommait Tauranga Point, ancrage abrité. Abdel Tasman le premier européen l’appela Clyppygen Hock – Pointe rocheuse – et lorsque James Cook y ancra l’Endeavour en 1770, il se trouva dans une violente tempête et le qualifia de foulwind, littéralement « vent de folie ». A peine arrivé, j’ai l’impression que la portière d’Hibiscus va être arrachée par les rafales. J’enfile rapidement une polaire supplémentaire sous mon coupe-vent et monte à l’assaut de la colline supportant le phare. De nombreux arbustes, à l’allure rabougrie, masquent la vue de la mer, mais de sourds grondements se fond entendre, alors que les embruns jaillissent de derrières les feuillages. Je suis le sentier menant jusqu’à Tauranga Bay, et découvre le panorama. Situé à 50 mètres de haut, je domine un terre-plein herbeux, se finissant par des criques de galets, des avancées rocheuses, des pics rocailleux jaillissant de la mer. Un grain fond sur le cap, le vent est tellement fort qu’il se met à pleuvoir à l’horizontal, les gouttes cinglent visages et mollets, toutes parties non protégées par des habits.

Un petit sentier mène jusqu’en bas des parois, là où circulait l’ancienne voie reliant Westport à Charleston, ou encore le chemin de fer nécessaire à exploiter la carrière, situé sur les rochers du cap. Durant la descente, les rafales soufflent à faire retourner une paupière. Avec des nuages bas, un soleil couchant orangé, parfois masqué par un grain balayant la mer en direction du Nord, une éclaircie à l’horizon, bordée par des nuages rosissant, des gerbes d’embruns volant dans les airs, le son assourdissant des déferlantes, la mer disparaissant sous le blanc de l’écume… une parfaite ambiance de fin du monde. Je la préfère de loin à Cape Reinga ou Slope Point. La seule difficulté du lieu, réussir à figer l’ambiance entre l’averse d’un grain, et la douche d’embruns perpétuelle.

Le soleil est couché depuis un bon quart d’heure quand je suis de retour au parking. Un passage par la ville de Westport me permet d’acheter 4 bières différentes à la brasserie locale, ainsi qu’un petit coup de téléphone à ma famille pour les prévenir de ma bonne santé – même celle de mon doigt –.  Il ne me reste plus qu’à trouver un coin tranquille pour dormir. Jonathan m’avait parlé d’un parking à l’entrée d’Hector, le village où commence ma balade de demain matin. Je m’y rends dans la nuit, roulant sous un déluge survenu de nulle part. A mi-chemin, l’averse est passée, la lune brille à nouveau. Le temps de me parquer face à la mer, de mijoter un petit masala de bœuf et je suis attablé devant un bon repas chaud.

Hier, j’avais pris la décision de ne pas monter jusqu’à Arthur’s Pass. Un détour qui en terme de distance ne me rallongerait le chemin que d’une grosse centaine de kilomètres, soit une bonne demi-journée de conduite avec des arrêts fréquents. Aujourd’hui, je pense que mon choix était plus que bon. Avec le flot intermittent de nuages provenant de la Mer de Tasmanie, les sommets montagneux doivent être complètement cachés dans les brumes, comme c’était le cas lors de ma traversée du Haast. Non seulement, j’aurais été frustré de ne pas pouvoir faire de balade, mais en plus par une météo peu propice à l’admiration presque béate.

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J22 – Découverte de Fjordland

2 06 2011

Control Gate, Te Anau, 2 juin 2011, 22h00

Trajet : Monowai Lake – Manapouri – Te Anau

Distance : environ 3509.1 km

Réveil tranquille, petit déjeuner savoureux. Une petite balade matinale jusqu’à un point de vue situé à 3 petits kilomètres du camping accélère la digestion. La vue sur Monowai Lake et les contreforts des Fjords en arrière plan est cadrée par la surface du lac et un plafond nuageux ne laissant entrapercevoir que la partie inférieure des montagnes. Magnifique. Partie intégrante d’un complexe hydroélectrique, le niveau du lac est monté de 2.5 mètres lors de la construction du barrage, expliquant les nombreux troncs perçant la surface à proximité des rives.

J’ai à peine démarré que je m’arrête quelques kilomètres plus loin pour me promener dans Borland Ridge, une étendue de landes  composées d’un sol partagé entre des lichens blanchâtres et des herbes sèches, parsemé d’arbustes similaires à nos bruyères et à nos genets. Je suis une piste forestière, en emprunte une deuxième au gré de mes envies. Attention à ne pas se perdre dans ce paysage toujours semblable, mais en perpétuel changement: n’aurais-je pas déjà croisé ce buisson, à moins qu’il n’ait été un chouïa plus grand? Je retrouverai ce type de végétation plus tard dans la journée à proximité de Rakatu Wetland. De l’autre côté de la vallée, je parcours la courte boucle de Borland Nature Walk, qui traverse un exemple de forêt local. Ici, les beechs constituent l’espèce dominante. Sur les hauteurs, seul un tapis de mousses et de fougères parsème le sol; dès que la forêt pousse sur des terres inondables, des arbustes occupent un étage de végétation supplémentaire entre le sol et la frondaison, les fougères se font aussi plus présentes.

Avant Manapouri, je m’arrête proche de Rakatu Wetland, une zone humide en partie régénérée par les exploitants du complexe hydroélectrique. Si les premiers étangs marécageux me déçoivent beaucoup – les digues permettant cette revitalisation présentent une forme tout sauf naturelle – en poursuivant mon chemin je découvre un marais original, bien plus vivant, bien plus fractionné que les constructions artificielles. Peut être qu’en donnant du temps à la nature, cette dernière reprendra ses droits. Manapouri, plutôt hub touristique des croisières à destination du Doubtfull Sound que véritable village, je m’enquièrs d’ailleurs auprès des agences des diverses possibilités et coûts, avant de poursuivre mon trajet jusqu’à Te Anau, la grande ville de Fjordland avec près de 3000 habitants.

Pour l’aparté historique, en 1952, des milliers de néo-zélandais se sont battus contre le gouvernement pour que le lac reste à l’état naturel. En effet, le pouvoir en place, afin de pourvoir en électricité l’usine d’aluminium de Tiwai entre Bluff et Invercargill, voulait construire un barrage et monter le niveau de l’eau d’une trentaine de mètres. Le compromis trouvé fut d’exploiter le lac à son niveau habituel et la défaite du parti aux élections suivantes.

Sur le chemin, je m’arrête à Rainbow Reach pour parcourir quelques kilomètres du célèbre Kepler Track, l’une des sept Great Walk, dont le tracé forme une boucle dans les montagnes de la région entre Manapouri et Te Anau Lake. Après avoir traversé Waiau River sur un magnifique pont suspendu, oscillant sous mes pas, je longe la rivière vers le Sud. Je chemine à nouveau dans une forêt de beechs, au très agréable tapis moussu. L’endroit est grandiose, avec ces grands troncs qui s’élancent vers le ciel, une rivière bordée d’une rive de galets. Elle a d’ailleurs servi de décor lorsque les neufs Nazgul poursuivant Arwen s’élancent dans la rivière Anduin. Plus loin, je découvrirai aussi la région marécageuse des Dead Marshes que Frodon, Sam et Gollum franchissent pour approcher le Mordor. L’endroit y est d’ailleurs plus que ressemblant, avec les nombreuses petites mares, les plantes carnivores et la végétation particulière des marais. Il ne manque que la brume. Je suis presque surpris d’entendre plus d’oiseaux ici aux abords du Fjordland plutôt que sur Rakiura. Il est vrai qu’ici aucun vent, aucune rafale, aucun grincement d’arbre ne vient troubler le silence quasi religieux de la forêt.

Arrivé à Te Anau, après avoir réservé une croisière sur le Doubtfull Sound pour la journée de demain, et une sur le Milford pour le surlendemain dans l’après-midi, je me ballade à côté de Te Anau Lake, le plus grand lac de South Island, dont le niveau peut varier de 4 mètres suivant les besoins en eau du complexe hydroélectrique. Le parc, situé à l’entrée du village, permet de se forger une connaissance autant botanique avec les divers espèces d’arbres, qu’ornithologique avec quelques caches regroupant les principaux oiseaux, dont le célèbre kea, le seul perroquet alpin, grâce aux plaquettes descriptives. Déambulant paresseusement au bord du lac jusqu’au coucher du soleil, j’aurai bien aimé qu’il se couche à l’est car ses derniers rayons auraient éclairé d’une magnifique couleur les rives arborisées d’en face. Il est toutefois vrai que si j’avais été un septuagénaire, j’aurais été bien heureux de profiter de cette dernière chaleur depuis ma terrasse d’une maison de Te Anau. Il n’y a pas moyen d’avoir le beurre et l’argent du beurre.

Ravitailler le véhicule, acheter de quoi préparer des sandwichs pour demain, et je me trouve une petite place pour la nuit. Le temps de préparer mon repas –  bœuf tandoori aux poivrons, un vrai délice –  rédiger le billet du jour et voilà que mes doigts sont plus que frigorifiés. Bon! je préparerai mes sandwichs demain matin, après le petit-déjeuner; il est temps d’aller dormir pour moi, et de retourner travailler pour vous.

 

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J 12 – Aoraki et Red Tarn

23 05 2011

Pukaki Lake, lundi 23 mai 2011, 19h20

D=2167.7 km

Alors que le soleil n’est pas encore levé, je me réveille doucement. Comme la clarté ne sera suffisante que dans une bonne heure pour aller marcher sans frontale, j’ai le temps de préparer pancakes, bacon, et un bon thé pour le déjeuner. 8h00, j’embarque mon sac préparé hier soir, direction Hooker Valley, qui me mènera au pied du lac terminal du glacier éponyme, s’étirant au pied du Mont Cook.

Comme d’habitude, le chemin est très bien préparé. L’épaisseur de graviers est par endroit trop importante pour que la marche soit agréable; cela procure la même sensation que de marcher sur de la neige damée. Alors que je m’attendais à des durées de marche légèrement plus précises en raison de l’univers montagneux et des nombreuses mises en garde du DOC, j’arrive au premier pont suspendu en moitié moins de temps qu’il n’en faudrait réellement. Dès le début de la marche, si l’Aoraki est caché par les Mount Cook Ranges, le Sefton et la Pérouse présentent leur face sud, leurs glaciers composés presque entièrement de séracs surplombant Mueller Lake en contrebas. Le chemin trace sa route dans un bush composé de matagouris, un arbuste épineux que j’avais déjà rencontré hier, poussant à profusion sur les rives d’Alexandrina Lake. Après avoir longé la montagne, un deuxième pont suspendu traverse une gorge, où s’écoule les eaux de Hooker Lake, pour rejoindre l’ancienne moraine médiane des glaciers Hooker et Mueller. Peu à peu, les contreforts ouest du Mont Cook émergent derrières les taillis, et finalement la forme en V de Hooker Valley apparaît comme un parfait écrin pour le triangulaire Aoraki.

Montagne majestueuse, sa hauteur de 3755 mètres en fait la plus grande d’Australasie. Nommée en l’honneur du capitaine Cook, les maoris l’avaient déjà nommée Aorangi, ou Aoraki en maori du South Island, en l’honneur d’une de leur déité. Elle attira très tôt les premiers grimpeurs, et malgré les difficultés et les morts, continue de fasciner les montagnards.  Le 2 mars 1882, Willam Spotswood, accompagné de deux guides suisses, après une épique ascension de 62 heures, échoue à quelques mètres du sommet. Ce ne sera que 2 ans plus tard que trois locaux, Fyfe, Graham et Clarke, en viendront à bout, coiffant sur le fil deux autres européens. En prévision de l’ascension de l’Everest, Edmund Hillary, accompagné de Tenzing Norgay, s’entraîne sur l’arête sud. Fin de l’aparté historique. Pour ma part, Aoraki se détache des autres montagnes par l’unicité de sa cime s’élevant bien plus haut que ses arêtes, seule, sans autres pics qui viennent lui voler la vedette. A l’approche du lac terminal, il me faut déchanter: je ne verrai pas de majestueux glaciers, le réchauffement climatique a aussi fait son œuvre. Le lac terminal s’est étendu, la glace a fondu, le glacier s’est retiré bien au fond de Hooker Valley. Je redescends à la voiture, alors que les nuages qui s’étaient déjà accroché sur le Sefton, tendent leurs doigts brumeux sur le Mont Cook. Sur le chemin du retour, je croiserai des touristes équipés selon les prescriptions du DOC pour cette balade : chaussures de randonnées (ok), veste (ok), écharpes, gants, guêtres, pantalons imperméables, et aussi sac à dos camelback, avec les traditionnels bâtons de randonneurs. Je veux bien que la météo dans la région du Mont Cook, à peine éloigné de 44 kilomètres de la mer Tasmane, soit changeante, mais de là à s’équiper comme pour effectuer une longue marche dans un environnement rigoureux, il y a une certaine marge.

Je retourne alors jusqu’à Mont Cook Village pour effectuer une deuxième ballade, celle du Red Tarn, l’étang rouge, dont la vue sur Hooker Valley, et les Mac Kenzies est magnifique. Et surtout, son tracé s’élevant de plus de 300 mètres risque de s’avérer un peu plus sportif. L’amour que portent les néo-zélandais pour les escaliers sur les chemins de montagne ne m’est pas inconnu. Toutefois c’est la première fois que j’en rencontre réellement sur une randonnée. Quelques 1500 marches plus tard, je comprends qu’ils annoncent près de 2h00 pour la balade aller-retour, cumulant une distance de 4 km. Ayant pris mon courage à deux mains, j’ai gravi ventre à terre ces volées d’escaliers, pour atteindre 25 minutes plus tard un plateau, nommé Red Tarns. Ce nom provient des végétaux poussant dans les deux étangs, très communs au niveau de la mer, beaucoup moins à 1200 mètres d’altitude. La vue sur la Hooker Valley, Mueller Lake, la plaine et l’Hermitage en contrebas est magnifique.

Toutefois, en avance sur mon programme, je décide de poursuivre l’ascension jusqu’à Mount Sébastopol, situé à un peu moins de 300 mètres plus haut. Un petit sentier s’élance à flanc de montagne, zigzaguant proche d’un gigantesque pierrier. Que du bonheur! je retrouve un vrai chemin de montagne, bien comme chez nous (en Suisse), entre cailloux, rochers et petits arbustes. J’atteins un deuxième replat herbeux: quelques marécages ont envahi les bas-fonds occupés par des gouilles. Mes premiers névés néozélandais: je peux vous le garantir maintenant, la neige a la même consistance que dans l’autre hémisphère. La suite s’annonce plus délicate, le sentier devient presque inexistant, seule la présence de petits cairns marque encore le chemin dans une pente plus abrupte. La végétation est peu à peu remplacée par des rochers apparents. Le tracé s’apparente un peu à la crête de la Pierre Avoi: il ne faut pas faire de faux pas,  sous peine de dérupiter dru en bas la pente. Finalement, j’arrêterai mon ascension à quelques dizaines de mètres du sommet. En équilibre sur une arête je regarde le couloir mi-pierrier, mi-ravine. Aucun danger a priori, sauf celui de glisser ou que le sol se dérobe sous mes pieds. Mais personne n’étant au courant de ma destination, je préfère ne pas servir de repas pour les divers charognards hantant ces lieux. Je ne regretterai pas la montée jusqu’ici. Alors qu’au Red Tarns, ma vue était limitée à la Hooker Valley, ici, elle s’étend depuis Pukaki Lake jusqu’au Mount Cook, en passant par le lac terminal de Tasman Glaciers, ainsi que sa rivière qui s’écoule en de nombreux méandres dans la plaine. Mais le plus beau souvenir est sans doute la rencontre avec l’Edelweiss of South Island, présentant les mêmes caractéristiques duveteuses que sa cousine helvétique, tant sur ses blancs pétales que sur ses feuilles. De retour au village, après une descente rapide mais prudente des 1500 marches, je profite de la douche des sanitaires publics. 4 dollars néozélandais pour 10 minutes de douche chaude, un vrai délice. J’en ressors propre comme un sous neuf.

Avant de quitter Mount Cook Village, je passe au centre du DOC pour visiter l’exposition sur le Parc National d’Aoraki, classé au patrimoine mondiale de l’UNESCO. Avec Westland, Fjordland et Mount Aspiring National Parks, il occupe 2.6 millions d’hectare de South Island, soit près du 10% de la surface du pays. Faunes et flores sont aussi bien présentés que son histoire, englobant la création du parc en 1985 et les nombreuses tentatives et réussites d’ascension. Pour les petites histoires, d’une part le nom de MacKenzies provient du nom de famille du fermier qui fut le premier européen à apercevoir de près ces montagnes, lorsqu’il cherchait à étendre ses terres. D’autre part la végétation actuelle, composées principalement de steppes et de bush, est celle ayant remplacé les forêts de conifères originelles suites aux brulis et pâturages des moutonniers au milieu du XIXe siècle. Il faudra attendre l’intervention du gouverneur George Bowen qui classa la région et sauva les derniers hectares de conifères, surplombant aujourd’hui le village. Un dernier détour par l’Hermitage me permet de visiter Sir Edmund Hillary Alpine Center qui retrace la vie de ce grand homme. J’y retrouve l’histoire de l’ascension de l’Everest ou encore la conquête du Pôle Sud, ainsi que nombre d’artefacts dont les célèbres tracteurs. La présence de ce musée n’est pas un hasard, en plus de s’être entraîné à maintes reprises sur l’Aoraki, cette région lui était chère en tant que berceau montagnard de Nouvelle-Zélande, station de ski sur Tasman Glacier qui existait encore à son époque.

La dernière balade de la journée m’amènera d’ailleurs sur la moraine frontale de ce glacier. Un peu plus d’un siècle en arrière, il était possible de gravir directement sur le glacier; aujourd’hui la moraine sert de barrage naturel créant un magnifique lac terminal. Le glacier en lui même n’est pas très esthétique, disparaissant sous un manteau sombre, présentant une paroi frontale grise. Et pourtant, il s’agit du plus grand de Nouvelle-Zélande, encore épais par endroit de 600 mètres. Morphologiquement, sa face supérieure est très plane, et il fond de haut en bas. Sa zone d’ablation est donc recouverte d’une moraine de surface. Ce qui fait sa beauté est la présence d’icebergs qui se détachent de temps à autre du glacier et parcourent le lac pour venir mourir à l’embouchure de la rivière.

Alors que le soir approche, je quitte cette magnifique région, dont le ciel est orné de nuages de type Hogsback, liés à la topologie particulière de la région, subissant l’assaut d’air chargé d’humidité de la côte ouest, qui se déverse en vent sec, mais violent sur la côte est. Il est vrai qu’entre hier et aujourd’hui, je n’ai observé que des nuages aux formes bizarroïdes, bien éloignées des cirrus, stratus et autres cumulonimbus habituels. Surplombant Pukaki Lake, presque à l’extrémité de la rive sud, je sens déjà la fraîcheur humide du lac monter, glaçant peu à peu mes doigts. Il faudrait que je songe définitivement à acheter une fine paire de gants.

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J 11 – Arrivée dans les Mac Kenzies

22 05 2011

Aoraki/Mt Cook, dimanche 22 mai 2011, 19h20

Trajet : Peel Forest – Aoraki / Mount Cook

D=2104.4 km

Levé ce matin peu avant l’aube, le réveil est difficile. L’humidité présente dans l’air rend la fraîcheur du matin plus pénétrante. Trois tartines, un bouillon de thé bien noir, et je pars me promener dans Peel Forest. Cette forêt, l’une des plus importantes de Nouvelle-Zélande, contenant exclusivement des conifères endémiques, recèle en son sein, paraît-il, une cascade, Acland Falls. Une petite heure de marche, qui se réduiront à 30 minutes aller-retour, me permet de découvrir une petite chute d’eau, dont le moment enchanteur est sans nul doute de remonter le ruisseau pour y accéder. Je préférerai toutefois la courte promenade qui me mènera auprès du plus grand conifère de la forêt. Si son tronc de 9 mètres de périmètre n’a rien de comparable aux Kauris géants de Nord, les massives racines de ce Totora, âgé de plus de 1000 ans, assure l’assise de ce tronc, à l’écorce ligneuse.

La destination du jour est Aoraki, plus connu de par le monde par son nom européen, Mount Cook, la plus haute montagne de Nouvelle-Zélande. Distante de près de 200 kilomètres, il est temps de me mettre en route. Pour rejoindre l’Inland Scenic Route, je croise de magnifiques troupeaux de cervidés, qui me mettent l’eau à la bouche. Ces élevages seront remplacés peu à peu par des cultures de divers choux dont l’odeur âcre me coupe l’appétit. A Géraldine, je profiterai de remplir le réservoir, ainsi que de ravitailler le van en divers produits tous plus sains les uns que les autres pour la santé.

Je quitte cette ville pour Fairlies, surnommée la porte d’entrée pour les Mac Kenzies; cette région montagneuse comporte 22 des 27 sommets de plus de 3000 mètres de Nouvelle-Zélande. Le paysage plat retrouve peu à peu des formes, les champs se transforment en collines, les choux sont remplacés à nouveau par des moutons. Au loin, les premiers contreforts montagneux se distinguent, cachés par de grandes prairies aux formes voluptueuses. Je m’approche peu à peu de Burkes Pass, embarque à Fairlies  un kiwi autostoppeur en route pour Queenstown.

Altitude : un peu plus de 700 mètres. Il ne faut pas l’imaginer comme un étroit col suisse en V, coincé entre deux montagnes s’élevant de part et d’autre de la route. En Nouvelle-Zélande, la forêt s’arrête entre 500 et 600 mètres, peu à peu remplacée par de petits arbustes puis par des steppes. Burkes Pass : une grande plaine recouverte de prairies sèches aux herbes jaunâtres, limitées par des collines. Devant nous, la route s’étend à perte de vue, déroulant son long ruban anthracite dans la lande ; l’horizon est seulement barré par les MacKenzies aux sommets enneigés. D’ailleurs il semblerait qu’un nuage lenticulaire couronne Aoraki.

J’avais prévu une petite balade après Tekapo Lake, à mi-chemin du Mont Cook. Pour l’atteindre, encore près de 40 kilomètres dans cette steppe située à plus de 700 mètres de haut. Lorsque je m’imaginais Aoraki et les autres montagnes, jamais je n’avais pensé que ces hauteurs s’élèveraient soudainement au milieu d’une vaste plaine. Une bien belle surprise. Et quand je pensais à Pukaki ou Tekapo Lake, j’imaginais ces grands lacs serrés, au moins d’un côté, si ce n’est des deux par d’immenses flancs montagneux, mais non, ils se situent simplement au milieu des steppes.

Tekapo Lake: j’avais déjà entendu parler de ses eaux couleurs turquoises. Tel un lac de glacier, ses eaux contiennent des micro-sédiments qui lui donnent cette couleur bleue laiteuse, tranchant avec le jaune des steppes et des collines environnantes, ainsi que le blond cuivré des mélèzes poussant sur son rivage. Tekapo, aussi le nom d’un petit village sur la rive sud du lac, pas des plus jolis, mais j’envie presque les possesseurs de ces maisons au panorama si magnifique. Face au lac, une petite chapelle, Church of the Good Shepherd, érigée en chêne et en pierre, dresse fièrement sa silhouette dans ce cadre idyllique. Bien que l’hiver diminue le flot de touristes, l’arrivée d’un car en provenance de Queenstown, m’amène à quitter les rives.

Suivant l’avis du 202 Great Walks, je rejoins les abords d’Alexandrina Lake. Quelques kilomètres dans les steppes sur une route de gravier, où seuls les 4×4 sont autorisés en condition hivernale, m’amènent près d’un hameau. Situés à l’extrémité sud, de nombreux bachs ouvrent leur fenêtre sur un lac, dont les eaux sombres tranchent avec les herbes jaunies, et les couleurs cendrées des contreforts montagneux. Il paraît qu’il faut plusieurs saisons pour tomber amoureux de ce lac; personnellement, il ne me faudra que quelques minutes.  Calme et volupté, miroir admirable, reflétant le ciel sur une surface exempte de ride, douce chaleur automnale irradiant de l’astre solaire. Un moment juste parfait, qui se prolongera encore, le temps d’une promenade me menant jusqu’à mi-lac. Là, un autre hameau où s’écoule les eaux d’Alexandrina dans Mac Gregor lake, qui vont alors se mélanger avec celle du Tekapo. Rien à redire de ce début d’après-midi. Grandiose.

J’aurais bien squatté la terrasse de l’un des bachs, ou je me serais bien volontiers allongé tranquillement sur l’un des pontons, mais il me faut reprendre le chemin. La route déroule à nouveau son ruban rectiligne à travers les steppes, mais je quitterai le tracé principal pour m’engager sur une route privée, longeant un canal, dans lequel s’écoulent les eaux du Tekapo, aisément reconnaissables à leur couleur caractéristique. En chemin, elles baignent la ferme à Saumon du Mont Cook, avant de se déverser dans deux conduites forcées, alimentant une centrale hydroélectrique nommée Tekapo B, avant de se déverse dans Pukaki Lake… Ce canal, un ouvrage presque disproportionné pour ce pays où les ponts à une voie sont légions, ou les tunnels ne sont pas foison, étend ses larges remblais de part et d’autre dans la plaine pour contenir ce flot tranquille. Pukaki Lake, à l’origine un lac creusé par les glaciers du Mont Cook, est l’un des rares lacs artificiels de Nouvelle Zélande suite à la construction de deux barrages sur la rive sud. Il étend sur près de 45 kilomètres sa surface aux couleurs ultramarines jusqu’aux pieds des Mackenzie. Depuis le barrage, plaque tournante pour aller jusqu’aux pieds du Mont Cook, une vue splendide sur les MacKenzies.

Et voilà, plus que 55 kilomètres avant d’arriver à Mont Cook Village, alias l’Hermitage, du nom du premier hôtel construit ici en 1884. Il s’agit d’une des plus belles routes de Nouvelle-Zélande, surplombant les eaux bleues de Pukaki Lake, longeant sa côte, cachant et découvrant au gré de ses ondulations la blanche silhouette d’Aoraki dans le lointain, encadrée par le Seftron, Malte Brun ou encore La Pérousse, ses coreligionnaires. Et imaginez 2 choses. La première: rouler le long du lac de Neuchâtel, sans âme qui vive sur près de 50 kilomètres, sans croiser plus de 2 véhicules par heure. La deuxième: le Cervin ou le Bietschhorn élever leur profil caractéristique à Martigny, et qu’il est impossible de les perdre de vue dès que l’on passe Aigle. Mélangez ces impressions, multipliez par 10, 100 ou 1000 et vous n’obtiendrez qu’une pauvre contrefaçon du sentiment ressenti aujourd’hui.

Pour fêter ces instants de perfection, le passage du deux-millième kilomètre, une nuit qui s’annonce fraîche à l’ombre d’Aoraki, un excellent petit souper: rumsteak de bœuf, accompagné de ses carottes vichy, et ses kumaras herborisés, le tout servi avec un Pinot Noir d’Otago. Un vrai délice, comme j’aurai pu l’apprêter à Ecublens. Même mon van, me ressemble de plus en plus, affiches et cartes sont scotchées à l’aide de gaffeur aux parois, duvets et coussins ne sont mêmes plus rangés tout les matins, seule la cuisine présente encore un semblant d’ordre. Il faut dire que des couteaux qui se baladent peuvent présenter un certain danger et que je ne suis point un fan des bouteilles d’huile, de vinaigre ou de lait renversées.

Pour finir, deux dernières petites remarques. Cela fait longtemps que je pense qu’il est impossible de traduire certains panoramas en terme de mots. Aujourd’hui,  je suis tombé sur un extrait d’Alexander Turnball, qui a ressenti la même frustration : « Il est impossible pour moi de décrire en des mots adéquats la beauté majestueuse qui m’entoure ; ces fantastiques chaînes montagneuses aux pics couronnés, aux flancs recouverts de glacier, souvent cassé en d’innombrables séracs… , toutes ces impressions vous nourrissent d’une profonde admiration». Sinon, depuis que je suis sur l’île du Sud, j’ai réellement pris conscience que si le soleil se lève à l’Est pour se coucher à l’Ouest, il trace sa courbe diurne en passant par le Nord. Jamais, il ne marque le sud, comme il a coutume de le faire en Europe. Cela ne m’avait pour ainsi dire pas fait tilt lors de mes balades dans le Far North, à Waiheke ou Rotorua.

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