J64 – Une dernière matinée à Sydney

14 07 2011

EK419, Sydney-Bangkok-Dubaï, 13 :47 (GMT+0)

D_t_BKK : 2336 miles

Et voilà, il s’agit de mon dernier jour à Sydney. Levé de bonne heure comme d’habitude, je descendrai prendre mon petit déjeuner. Malheureusement, il ne me reste du véritable beurre que pour deux tartines, je devrai me contenter de simple margarine sur les autres toasts. Après avoir empaqueté mes affaires, contrôlé que je ne laissais rien derrière moi dans la chambre, il est déjà neuf heure. Mon avion décollant un peu après 18h00, compte tenu des trois heures de marge conseillées pour le check-in et les quarante minutes nécessaires à la navette pour rejoindre l’aéroport, il me faut être de retour à l’hôtel vers 14h00. Il me reste donc suffisamment de temps pour déambuler une dernière fois dans les rues de la cité. Je repasserai par tous les lieux que j’ai appréciés.

Quittant Funk House, je longe Victoria Street. Cette rue, où deux rangées d’arbres poussent de part et d’autre de la route, est un de mes coups de cœurs de la cité : l’architecture des maisons forme une véritable cohésion. Datant toutes de la même époque, elles présentent ces façades à doubles terrasses, ornées d’une dentelle en fer forgé. Parfois un élégant troisième, voire même un quatrième étage chapeaute le tout. Devant, parfois, un étroit jardinet permet à quelques plantes grimpantes de s’épanouir, grimpant aux balustrades, escaladant les murs. De temps à autres, la silhouette particulière d’un immeuble Art Déco vient s’intercaler, dominant de sa dizaine d’étages les bâtisses voisines.

Dévalant les escaliers de Butcher Steps, rejoignant  Woolloomooloo Wharf, me voilà de retour aux jardins botaniques. Aujourd’hui, je les traverserai du Sud au Nord pour émerger face à l’Opéra. Chemin faisant, le bruit d’une balayeuse ayant dérangé les chauves-souris, ces dernières, malgré la période diurne, s’envoleront de leur perchoir poussant des cris stridents. J’observerai une nuée de dizaines, de centaines de ces mammifères s’ébattant dans le ciel bleu, avant que, retournant sur leurs arbres-dortoirs, tout redevienne calme.

Alors que j’arrive à Belongong Point, ce dernier est quasiment désert, seule une douzaine de personnes sont présentes sur l’esplanade et les escaliers de Sydney Opera House. Comme la première fois que je l’ai vraiment observé, le ciel est céruléen, les toits de céramique blanche se découpent parfaitement, brillants dans le soleil. Architectures audacieuses, je me sens presque transporté dans un roman de science-fiction lorsque mon regard erre sur ses courbes.

Glissant dans les rues de la cité, j’arrive à Darling Harbour, m’arrêterai le temps de croquer rapidement la silhouette de Pyrmont Bridge. Je l’emprunterai une dernière fois pour gagner la rive d’en face, profitant de jeter un rapide coup d’œil sur l’Australian Maritime Museum. Après avoir longé quelques centaines de mètres Darling Harbour, je ne résiste pas à l’envie de monter dans Sydney Monorail. Comme les trams à Lisbonne, comme l’ancienne ficelle ou l’actuelle M2 à Lausanne, comme le Cable car de Wellington, il est nécessaire d’emprunter ces moyens de locomotions, parfois datant d’une autre époque. Le monorail, comme à Gotham City, circule à quelques mètres au dessus de la rue, savamment accroché à son seul et unique rail central, glissant à quelques mètres au-dessus des routes, passant d’un côté à l’autre de la rue. Comme un long serpent articulé, les cabines comportent huit places assises et quelques-unes debout et sont reliées les unes aux autres par les boogies centraux.

Après avoir effectué un tour presque complet, descendant un arrêt avant celui où j’étais monté, je traverse à nouveau Pyrmont Bridge, remonte Pitt Street Mall, redescends la moitié de Hyde Park, passe devant St Mary’s Cathedral, bifurque au niveau de l’Australian Museum, et poursuit ma route en direction de Kings Cross. Au bout de William Street, le rouge de la publicité Coca-Cola focalise mon attention. Finalement, je suis de retour à Funk House. J’y patienterai encore une petite demi-heure avant de prendre la navette.

A l’aéroport, rien de bien intéressant. Le check-in a été rapide. Le passage de la douane s’est effectué sans aucun problème. Le contrôle de mon sac n’a pas relevé d’objets illicites. Je n’ai pas sonné au passage du portillon. Ah oui, j’ai été sélectionné par le plus grand des hasards pour subir un deuxième contrôle, destiné à vérifier que je ne dissimulais pas d’arme sur moi et que je n’avais été en contact avec aucun explosif ces derniers mois. Je considère que cela est le plus grand des hasards, quand les deux autres personnes subissant ce test portent aussi une barbe de plusieurs semaines. Le test est assez rigolo. Après vous avoir fait lire un document vous expliquant le test, et se concluant par une demande formelle si vous êtes d’accord, ou plutôt si cela vous dérange de subir le test. Vous pouvez bien sûr répondre que cela vous dérange, ils vous amèneront alors dans une salle à l’abri des regards pour effectuer la fouille. L’examen se déroule en deux étapes. Durant la première l’agent passe un morceau de tissu sur diverses parties intérieures et extérieures de vos habits et de votre sac et le fait analyser par un appareil indiquant la présence ou l’absence de substances explosives sur vos habits. La deuxième étape n’est rien de plus qu’une fouille corporelle par palpation. Si dans l’un ou l’autre des cas quelque chose était découvert, vous restez pour de bon en Australie. Ce ne fut pas mon cas.

Je profite de la visite des terminaux pour faire quelques derniers achats, une petite dizaine de minutes avant l’heure de l’embarquement, je rejoins la porte 57. L’avion ayant un peu de retard, il me faut encore patienter une bonne demi-heure avant de rejoindre ma place. Peu après le décollage, nous avons droit à des crackers pour l’apéro que j’accompagnerai avec un verre de Chardonnay. Pour souper, poulet à la coriandre sur son lit de salade, suivi d’un harissa de bœuf et un cake aux dates pour le dessert. Le tout arrosé d’un Côte du Rhône et d’un petit Whisky. Un vrai régal.

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J51 – Sydney : The Rocks et Opera House

1 07 2011

Funk House, Sydney, vendredi 1 juillet 2011, 23h00 (GMT+10)

Est-ce la fatigue, toujours est-il que les rues de Sydney me semblent moins agitées pendant la nuit. Comme d’habitude en ville, je serai réveillé bien avant l’aube, le temps d’empaqueter le peu d’affaires que j’avais sorti hier soir, et je rejoins mon nouveau logement, Funk House, dans le quartier de King Cross. 15 minutes de train, 5 minutes à pieds, et il est à peine sept heures et demie. L’accueil y est bien plus chaleureux que hier soir au Sydney Central YHA. Le temps de remplir les différents documents (passeport, adresse…), et me voilà en possession de la clef de ma chambre quadruple, que je ne partage avec personne. Un vrai bonheur. Le backpack offre même le petit déjeuner, qui se résume à deux confitures, du beurre et des toasts, et thé, café, lait ou chocolat comme boisson. Rien d’exceptionnel, il ne me reste plus qu’à acheter un pot de miel, et quelques fruits pour avoir un repas équilibré, sans avoir à me soucier du pain.

Une fois restauré, je décide de rejoindre The Rocks, là où l’Union Jack a flotté la première fois sur l’Australie. Une colonie allait être fondée sur ces rochers et porter le nom de Sydney, en l’honneur de – vous l’aurez devené – Lord Sydney. Pour y aller, une petite demi-heure de marche. Au contraire de la Nouvelle-Zélande, où la matière première est le bois, ici, les maisons sont bâties en briques ou en pierres. Les décorations, si chères au style victorien, ne sont plus sculptées dans des planches rapportées, mais en métal coulé ou en fer forgé. Les anciens bâtiments côtoient des plus récents, alors que les hautes tours modernes du centre détachent leur squelette de verre et d’acier au-dessus du centre. Petites rues, escaliers, quai le long de Woolloomooloo Bay me mènent jusqu’à l’entrée du jardin botanique qu’il me faut traverser. Soudain, au loin, en-dessus de la frondaison, apparaissent les toits, avec leur forme si caractéristique, de Sydney Opera House. Le temps de traverser le parc, je découvre de nouveaux oiseaux, surtout par leurs cris, qui ressemblent bien plus à des croassements, quelquefois en chaire et en os, avant qu’ils ne disparaissent à mon approche.

Funk House, Sydney, samedi 2 juillet 2011, 19h20 (GMT+10)

A ma sortie du parc, je débarque sur Macquaries Street, une rue marquant la frontière est du centre. Fini des maisons à quelques étages, ici vieux bâtiments administratifs aux décorations magnifiques partagent l’espace avec des immeubles contemporains.  Le long de Bridge Street, je m’arrêterai à Macquaries Place, afin d’y admirer ancre et canon du Sirius, le navire porte-drapeau de First Fleet – le nom de la première flotte qui amena les colons en Australie – et qui sombra lors d’une reconnaissance à Norfolk Island. L’obélisque dressée en bordure de la place marque le « kilomètre zéro » de l’Australie. A sa base, les distances avec quelques points importants – Bathurst, Windsor, Parramatta, Botany Bay, … – sont indiquées en Miles, l’unité de référence utilisée à l’époque. Quelques petits détours m’amènent à passer devant St Phillip Church, grimper jusqu’au sommet d’Observatory Hill, où l’observatoire et ses jardins sont fermés, et redescendre jusqu’à The Rocks. Chemin faisant, j’y découvre l’origine de Sydney et ses petites bâtisses originelles, tout comme ses monstruosités contemporaines, et aperçois les arcs d’un chef d’œuvre d’ingénierie, celles du Sydney Harbour Bridge.

Arrivé à l’heure où l’office du tourisme, située au cœur de The Rocks, ouvre ses portes, je récupère quelques prospectus informatifs sur des mussés susceptibles de m’intéresser (Australian National Maritime Museum, Australian Museum) et surtout découvre une série de dépliants, sobrement intitulés  « Historical Walking Tours ». Ces petites merveilles couvrent les principaux quartiers avec une balade d’une à deux heures, au gré des bâtiments historiques et autres places jugées dignes d’intérêts. Je profite aussi de m’enquérir au sujet des autres randonnées dans les parcs nationaux égayant les environs de Sydney pour une petite semaine consacrée à la découverte de l’Australie au naturel. Avant de m’égayer dans le paysage urbain, il est plus que temps de m’intéresser à l’histoire de cette cité.

Dans la ruelle en contrebas réside, dans une ancienne bâtisse partiellement reconstruite, The Rocks Discovery Museum. Ce petit musée retrace l’origine de Sydney au travers de quatre salles. La première, dédiée à l’époque Warrane, raconte la vie du peuple Cadigal. Constitués en bande de 25 à 60 individus, rassemblés en Clans, les aborigènes possédaient une grande compréhension de l’équilibre naturel local. Chaque membre tend à posséder un savoir propre sur une petite région, et à ce titre devient temporairement une sorte de conseiller lorsque la bande s’en va vivre dans ce territoire particulier. Divers artefacts d’os, pierre ou bois permettent d’appréhender leur vie quotidienne, religion et art. La salle suivante retrace l’établissement de la colonie. La motivation de fonder une colonie anglaise en Australie était poussée par deux événements. Le premier est lié à la politique extérieur et visait à empêcher l’expansion française dans le Pacifique. Le deuxième résulte de l’indépendance des colonies d’outre-Atlantique : les conscrits anglais ne pouvant plus être déportés aux Amériques, ces derniers remplissent les prisons anglaises, conduisant une surpopulation toujours croissante. Ainsi, en 1788, la première flotte, First Fleet, débarque à Sydney Cove. Sur le millier d’individus, la moitié est constituée de conscrits, encadrés par une garnison d’environ deux cents hommes, veillant aussi à la sécurité des colons volontaires. Malgré des premiers contacts amicaux, les relations entre locaux et colons dégénèrent rapidement, ces derniers détruisant l’équilibre naturel local et conduisant les aborigènes à la famine. Quelques années seulement après le début de la colonisation, les tribus avaient diminué de moitié, les hommes morts de faim ou emportés par des maladies importées.

Dès la fin du XIXe siècle, la colonie se développe fortement : construction d’un chantier naval, fermes développant de multiples cultures, … En 1809, un premier bureau des Douanes est construit, afin de gérer les revenus liés au commerce avec la mère patrie. En 1820, Sydney devient auto-suffisante, et ne dépend plus d’une liaison avec l’ancien continent. A la fin du XIX, siècle les faubourgs de Sydney se sont agrandis jusqu’à l’actuel Circular Quay, où un nouveau Bâtiment des Douanes est construit aux abords des nombreux entrepôts. Dès lors, la cité ne cessera de croître, nouveaux quartiers, extensions des limites urbaines, … A partir du début du XXe siècle, il devient nécessaire d’améliorer la liaison entre les rives Nord et Sud, reliées uniquement par un ferry. La construction d’un pont permettra d’améliorer la circulation, et surtout d’améliorer le problème d’insalubrité du réseau d’étroites ruelles de The Rocks, où la peste est apparue. Après avoir abandonné l’idée dans les années cinquante, en 1970, le gouvernement prévoit un nouveau plan d’aménagement du quartier, où la majorité des anciens bâtiments n’ont plus leur place: seul Cadman’s Cottage est jugé digne d’intérêt. Outragés de ne pas avoir été consultés, les habitants se révoltent afin de sauver l’atmosphère du quartier. Le mouvement culmine en 1973, avec 78 arrestations lors d’une manifestation à Playfair Street. Les contestataires auront gain de cause en 1974 lorsque le conseil décidera de réhabiliter le secteur  en préservant les bâtiments historiques. Il en résulte aujourd’hui un magnifique quartier plein de charme.

A la sortie du musée, je ne manque pas de féliciter son conservateur. La présentation est du niveau de celle du Te Papa à Wellington, si ce n’est pas encore supérieure. Présentation sobre mais efficace des artefacts, textes percutants et intéressants, interactivité mêlant le toucher, l’écoute et la vue…  Nous discuterons un petit moment, et juste avant de partir, il me donnera la brochure consacrée à The Rocks des « Historical Walking Tour ». Seul le musée en possède encore quelques exemplaires qu’il distribue à des visiteurs passionnés par l’histoire locale. Alors que ce matin, j’hésitais à participer à une visite guidée gratuite devant me mener durant deux heures à la découverte de The Rocks, j’ai à présent la documentation nécessaire pour découvrir l’histoire des rues, ruelles et autres bâtiments par moi-même. Un véritable bonheur.

La ballade devait durer une à deux heures; finalement plus de trois me seront nécessaires pour accomplir le parcours. A ma sortie du musée, de délicieuses odeurs familières gagnent mes narines. Ce fumet provient d’un petit marché où diverses échoppes à l’abri de blanches tentes proposent une sélection de mets d’origine européenne : Italie, Allemagne, France, Espagne… de nombreux pays sont représentés. Cela me rappelle le marché de la Cigale à Auckland. Arrivé aux abords des quais, vent et distance dissipent les effluves. A la place, j’y apprécierai Cadman’s Cottage, l’un des plus vieux bâtiment de Sydney. Construit en molasse en 1816, à marée haute, la mer baignait la plage située à quelques mètres de la porte. Aujourd’hui, le bord du quai, où accostent les grands paquebots, se trouve à plusieurs dizaines de mètres. Le long de Circular Quay, nombre d’entrepôts, maisons de marchands, bâtisses de molasse érigées sans fioriture, mais dont la rigoureuse géométrie charme l’œil. Arrivé à Campbell Cove, je ne peux qu’admirer de l’autre côté de la baie, Sydney Opera House, élevant ses blanches et larges élytres. J’aurais pu être complètement ébahi, mais la couverture nuageuse brise l’enchantement: les ailes ne se découpent pas aussi parfaitement que sur un fond céruléen. De ce côté-ci, le bâtiment, connu sous le nom de Campbell’s Storehouse, occupe le quai. Arrivé en 1798, l’écossais Robert Campbell se démarqua rapidement comme un acteur important du commerce local en construisant une jetée privée en 1860. A la fin de 1861, 12 entrepôts bâtis en limon se dressent sur les quais, remplis de thé, sucre, alcool, habits, … Si en 1890, un deuxième étage en brique est adjoint pour répondre à la croissance du commerce, aujourd’hui, seule la présence de la poulie utilisée pour hisser les marchandises marque encore l’ancienne utilisation.

Arrivé au bout de Sydney Harbour Bridge, je découvre dans toute sa splendeur Sydney Harbour Bridge : une grise arche, à la fine dentelle d’acier, s’arcboutant entre quatre tours pour enjamber la rade d’une seule travée. L’ouvrage est prodigieux par sa grandeur, impressionnant son ampleur. Autant l’opéra représente la grâce esthétique des arts, autant le pont baigne dans une atmosphère fonctionnelle, laborieuse. Grimpant jusqu’à Tarra/Dawes Point, autrefois emplacement d’une batterie de canon, aujourd’hui situé sous le large tablier, j’admire la finesse du travail, l’innombrable nombre de rivets. Pendant ce temps, les bruits sourds des véhicules résonnent dans la charpente métallique. Inauguré en 1932, huit ans après le début des travaux, il détient encore aujourd’hui le record de la plus longue travée pour ce type de pont. Pour l’anecdote, « repeindre le pont » est devenu une métaphore pour une tâche sans fin, avec pas moins de 30’000 litres de peinture nécessaires pour lui adjoindre une couche protectrice.

Au gré de ma balade qui me ramènera jusqu’à Observatory Hill, je découvre le plus vieux sanitaire de la ville, arborant ses parois aux divers motifs floraux, coulées en fer. Si au début du XXe siècle, ce type de sanitaire était répandu dans Sydney, aujourd’hui, unique survivant, oublié par les habitants, méconnu par les touristes, à l’abri du pont, il n’atteint que quelques inconnus qui remontent dans le temps pour le découvrir. Déambulant dans les rues bordées tantôt de veilles bâtisses de limon, tantôt de petites demeures victoriennes, tantôt d’hôtels ayant eu pignon sur rue, surplombant les anciens wharfs réaménagés en restaurants, théâtres et autres appartements, je découvre Hero of Waterloo. Erigé en 1843, sur un étroit triangle à l’intersection entre deux rues, la porte d’entrée occupe la largeur de la façade frontale. Mur exposant la surface brut du limon, plafond aux sombres poutres apparentes, parquet patiné par les nombreux passages, l’intérieur s’évase; un feu crépite dans la cheminée sur le mur du fond. Il s’en dégage une atmosphère de bistrot centenaire, empli de nombreuses histoires. Il paraîtrait d’ailleurs que les marins, une fois ivres, emportés par les vapeurs d’alcool, soient emportés par des trappes secrètes. Une fois dessoulés, ils n’avaient plus d’autre choix que de se sevrer à bord, les terres étant déjà hors de vue du navire.

Au sommet d’Observatory Hill, je ne pourrai résister à rentrer dans l’observatoire dont l’entrée est libre. L’exposition est des plus attrayantes avec la présentation de nombreux anciens instruments d’observation astronomique ou météorologique : télescopes, lentilles, sphères armillaires présentant le mouvement des planètes, anciennes photographies datant du XIXe siècle… Au sommet d’un escalier en colimaçon, je découvrirai l’intérieur d’un dôme d’observation, presque transporté dans l’univers de Jules Verne. Sous le dôme de cuivre trône un télescope au reflet bronzé; il ne restait plus qu’à tourner le volant pour pointer le prodigieux instrument vers les astres pour en retirer la quintessence et la compiler dans les lourds traités d’astronomie.

Je profiterai de la fin d’après-midi pour rejoindre Bennelong Point où se dresse l’Icône australienne, dont la silhouette est aussi représentative que celle du Cervin pour la Suisse. Aucun mot ne saurait décrire cet édifice à l’architecture audacieuse. Une visite guidée me permettra de visiter le bâtiment et de prendre connaissance de sa riche histoire. Suite au concours international de la ville de Sydney pour un projet d’opéra comportant deux grandes salles de spectacles à Bennelong Point, l’architecte danois Jorn Udzon remporta le projet. L’audace architecturale des toits, l’idée de disposer les deux salles l’une à côté de l’autre plutôt qu’en enfilade, pour optimiser l’espace, émurent  le jury par rapport aux projets plus traditionnels. La construction devait s’étaler sur 3 ans et coûter la modeste somme de 7 millions. Dès le début, l’audace architecturale posa des problèmes, des centaines de solutions furent calculées, monopolisant les ressources d’un ordinateur, ou plutôt un centre de calcul des années soixante. Alors que les fondations sont terminées et que la construction de la base est bien avancée, alors que Udzon et les ingénieurs sont persuadés que le problème est insoluble, l’architecte le résoudra finalement durant une nuit. La solution est simple, efficace et élégante – les grecs ne l’auraient pas reniées –. La forme des toits est réductible à de simples portions sphériques, et il devient possible de produire des briques élémentaires identiques, puis à les assembler telles des Légo©. Les vitres, présentant plus de trois cents formes différentes, durent être spécialement commandées en France. 14 ans de construction plus tard, au cours desquels l’architecte a démissionné sous les contraintes publiques et politiques, un coût de construction qui atteint les 102 millions de dollars, paré de 1’056’000 de catelles céramiques – 27’320 tonnes – provenant de Suède, le plus haut dôme culmine à 67 mètres au-dessus des flots. L’inauguration a lieu en 1973 par la reine Elizabeth II. Lors de cette visite, j’ai découvert de nombreuses similitudes entre Sydney Opera House et un certain bâtiment récemment construit sur le site de l’EPFL. Toutefois, la ressemblance s’arrête là. Dans un des cas, l’architecte a trouvé la solution au problème: le bâtiment est un véritable chef d’œuvre tant esthétique que pratique. Sans compter une qualité acoustique hors du commun, même pour un opéra.

Plus pratiquement, si les formes géométriques, telles que les nervures en béton laissées apparentes et les courbures, m’ont particulièrement séduites, les aménagements intérieurs sont vieillots, reflétant au goût des années cinquante. Il faut dire que si Udzon a créé l’enveloppe extérieure, suite à sa démission en 1966, un comité de designers australien s’est chargé de l’aménagement intérieur. Seule la couleur mauve de la moquette des foyers est le choix, osé, de l’architecte. Cette teinte est en effet censée porter malheur dans les théâtres, car quiconque osait porter un habit de cette couleur, réservée à la royauté, se voyait trancher la tête. J’ai aussi adoré mon passage aux toilettes, découvrant des lavabos à la forme surprenante : continuum lisse, présentant de légère dépression, je ne m’attendais pas à ce que l’écoulement de l’eau soit si efficace. De retour à l’air libre, je traînerai encore un peu sur l’esplanade et autour du bâtiment, afin d’admirer les élytres se parer d’un mordoré avant que le soleil ne disparaisse derrière l’horizon. Symbole de Sydney, Icône Australienne, je sais déjà qu’il me sera nécessaire d’y revenir demain à l’aube pour l’apprécier, avant que la foule n’envahisse les lieux.

De retour à Funk House, je rejoins la terrasse pour participer au barbecue commun, où en échange d’une modeste somme, bière, hamburgers, saucisses et chips sont à disposition. Ce backpack abrite une grande famille, dont les plus anciens membres vivent ici depuis près de deux ans. J’y rencontre un anglais, Robert, dit Bob, qui porte le Valais dans son cœur, après avoir passé 3 ans à Nendaz, à skier, admirer les combats de reines, aduler le FC Sion, … un véritable phénomène. Sympathique soirée, qui se terminera dans le bar/boîte de nuit situé en face. Loin des standards néozélandais où le port de tongs et d’un short ne pose aucun problème, une tenue « correcte » est exigée. Pour la deuxième fois depuis mon départ de Suisse, je serai obliger d’enfiler un pantalon pour m’y rendre. Par contre, je ne suis pas convaincu que des souliers de marche représentent un choix plus « correct » que des tongs, comme l’estime le vigile à l’entrée.

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