J47 – Coromandel : des pâturages septentrionaux aux anciennes prairies montagnardes

27 06 2011

Crosbies Hut, Coromandel Range, 27 juin 2011, 17h00

Trajet : Fantail Bay – Te Puru – Crosbies Hut

D = 7212.1 km

L’aube pointe; je paresse encore un peu, regardant les noires découpes des branches sur le ciel rosissant, bien au chaud caché sous la couette. Pour un peu, je pourrais m’imaginer l’odeur de l’air marin en écoutant le léger ressac. Miel, beurre, confiture, définitivement ce pain aux noix est un véritable délice. J’avais déjà découvert des pains pas si mauvais, à croûte ferme, mais celui-ci mérite tous les honneurs en Nouvelle-Zélande.

Quelques kilomètres me séparent encore de Cape Colville, au nord du Far North des Coromandel. Après avoir longé la côte, la route escalade le promontoire. Au passage j’admire quelques pohutukawa se cramponnant à flanc de montagne. Je découvre aussi des pâturages, où paissent tranquillement des modzons, dont la pente ne peut être qu’enviée par les drus valaisans. Arrivé au sommet, les lueurs du soleil levant teintent d’orange les prés, alors qu’en contrebas le vallon est encore plongé dans l’ombre; le sable de la plage, drapé dans un voile gris, ne resplendit pas au soleil.

Un premier val, puis un deuxième. A chaque fois, je redescends au niveau de la mer, traversant sans hésiter à gué les petites rivières. Un dernier vallon et j’arrive à Fletcher Bay. A ma gauche, Cape Colville n’est pas un promontoire bien menaçant, je préfère de loin la pointe rocheuse plus à l’ouest. Un petit sentier tracé m’invitera à une petite ballade. Longeant la crête, au sommet d’abruptes pentes herbeuses, se terminant par quelques rochers avant d’atteindre la mer, je domine l’océan. Aucun bruit, si ce n’est le bruissement du vent dans l’herbe haute. Les rayons solaires, absorbés par mon pull noir, irradient d’une douce chaleur. Les prés verdoyant occupent un paysage vallonné. Bosquets ou arbres isolés dressent leurs squelettes, torturés par le vent, dans ces prairies accueillantes. Seules les clôtures marquent de leur droiture le paysage aux formes arrondies. Il s’agit d’un de ces moments intemporels, un peu comme à Akaroa, au Red Tarns (Aoraki/Mt Cook), à Luxmore Point… où je n’ai que l’envie de me coucher, sentir les brins d’herbe chatouiller ma nuque,  et attendre le temps qui passe. J’adore cette sensation d’éternité, que rien de mal ne peut se produire, par ces journées d’été indien, aux températures si douces, malgré la saison.

Mais il faut continuer, de nouveau roulant vers le Sud, le long du rivage, suivant le chemin inverse de hier soir. Les paysages sont magnifiques : la route est nichée au bord de la rive, tantôt incrustée dans le coteau presque vertical, tantôt s’étalant dans la plaine d’un large val, déroulant son ruban d’asphalte à l’ombre des pohutukawas Le jeu d’ombre et de lumière, les couleurs ocres de la terre, la mer bleu turquoise, les pointes rocheuses émergeant des flots, cette route de corniche me rappelle la Côte d’Azur, pas loin d’Agay. Que de bons souvenirs lorsque mes parents m’y avaient emmené, quand je n’étais encore qu’un gamin. Whangaahei, Colville, puis retour à Coromandel Town en passant par l’intérieur des terres.

Orere Point, Hauraki, mardi 28 juin 2011, 20h15

Trois kilomètres plus au sud, j’emprunte la SH309, la mythique 309. Une route de gravier reliant les deux côtes des Coromandel, en coupant à travers les montagnes centrales entre bushs primitifs et pinèdes, 22 kilomètres dont 12 de graviers.

Au début de la route, un panneau résume les dangers : les conducteurs doivent être attentifs sur ces routes gravillonnées aux tracés sinueux, à la largeur restreinte et aux côtes importantes. Je suppose que l’attrait mythique de cette route a mené bon nombre de conducteurs touristiques à l’accident sur son tracé, car j’ai trouvé la conduite sur cette route bien moins pénible que sur bon nombre d’autres gravel road. L’habitude, sans doute, car mon cumul de kilométrage sur de telles routes n’est plus négligeable. Ne m’attendant pas à un paysage différent de ce que j’avais observé des forêts des Coromandel, je ne fus pas déçu. Au début, la route étend la fin de son ruban bitumeux au travers des pinèdes. Dès que le gravier remplace le goudron, la jungle luxuriante fait son apparition : ratas, rimus, arbres-fougères… et les autres végétaux faisant parties de la panoplie habituelle. Dans le lointain surgit à contre jour Castel Rock, un escarpement rocheux à l’allure massive. Quelques kilomètres plus loin, j’admire Waiau Falls, une petite chute d’eau, avant qu’une petite balade m’amène jusqu’aux kauris. Ils dressent leur haute silhouette caractéristique bien au-dessus de la frondaison de la forêt environnante. Multimillénaires, ils font partie des derniers survivants qui ont échappé à l’industrie forestière de la fin du XIXe siècle. La raison très simple est encore une preuve de la vénalité humaine: le classement minier du sous-sol de la région rendait impossible l’exploitation des arbres. La levée de cette ordonnance ne datant que du dernier quart du XXe siècle, l’industrie forestière était enfin devenue plus responsable.

Après-avoir fait demi-tour, je rejoins à nouveau la SH25, direction Thames. Je traîne un peu en chemin, question d’admirer ce paysage magnifique. Soleil, mer turquoise, route ombragée, fenêtre ouverte, de véritables vacances. J’arrive à Te Puru un peu avant treize heure. Après avoir rangé de façon très négligée vivres, sac de couchage, réchaud, habits chauds dans mon sac à dos, me voilà parti en direction de Crosbies Hut. Je prends le temps de lire les instructions de marche sur le panneau indicatif du DoC : quelques traversées de ruisseaux, la montée jusqu’à Crosbies Clearing peut être boueuse par temps de pluie, et la végétation peut être dense par endroits. Aucun aspect bien effrayant. Les trois traversées de rivière ont lieu successivement sur le premier kilomètre. Si les deux premières sont plus que faciles, la dernière s’avère plus délicate. La largeur du lit est moins importante et donc d’autant plus profonde. L’eau fraîche montant plus haut qu’à mi-cuisse, je suis bien content d’avoir retiré mon short par simple précaution.

A partir de cet instant, le chemin ne cessera de monter jusqu’à la clairière de Crosbies (Crosbies Clearing). A travers la véritable forêt dense et profonde des Coromandel, le tracé grimpe ardemment le flanc de la montagne. La côte est raide ; la végétation luxuriante a envahi le chemin ; des troncs abattus recouverts d’une sorte de lierre sont à escalader ; des lianes rampent sur le sol, formant autant de croche-pieds ; le sol limoneux est particulièrement glissant. La randonnée n’est pas de tout repos. Au trois-quarts de la montée, un replat aurait pu permettre un temps de repos, si le sol n’était pas constitué d’une fange. Ce sera la première fois de tout mon voyage que je rangerai mon appareil photographique dans le sac et me saisirai d’un bâton pour sonder la profondeur du bourbier devant mes pas et m’aider à choisir le meilleur emplacement pour mes pas. Loin de me déplaire, ce chemin ressemble à l’idée que je me faisais d’une randonnée dans une forêt primitive : boue, végétation abondante, difficulté de progression… un véritable tout. Arrivé à l’intersection de Crosbies Clearing, je n’aurai qu’un gros quart-heure d’avance sur le temps préconisé par le DoC. Finalement, le DoC prépare très bien les chemins uniquement dans les zones touristiques; partout ailleurs, il ne fait que les entretenir en les débroussaillant de temps à autres. Une nouvelle que je mettrai à mon profit si je reviens en Nouvelle-Zélande.

A partir de Crosbies Clearing, le chemin longe la crête de la chaîne des Coromandel. La végétation a changé du tout au tout : la jungle a complètement disparu, remplacée par un bush de manukas et de fougères, essaimé de petites clairières, le tout poussant sur un sol marécageux. Lorsque je parle d’une crête, il faut penser en terme jurassien, plutôt que valaisan. Aucune dérupe de part et d’autre d’une étroite arête, plutôt un long replat arrondi qui couronne la montagne. La vue sur les environs est toujours portée aux abonnés absents; par contre, le ciel a changé de couleur: du bleu éclatant il y a deux bonnes heures, il s’est drapé d’un gris sombre. Si la montée jusqu’à la clairière fût rude, par endroit, la traversée de portions marécageuses est plus qu’ardue. Dans la plus pure tradition d’Indiana Jones, le sol se dérobe sous votre pied, l’eau stagnante grimpant jusqu’à mi-mollet. Des rondins de bois posés en travers du chemin, dont le but initial est de le rendre plus solide, flottent en réalité entre deux eaux et s’enfoncent sous votre poids. De petits étangs, colonisés par des algues vertes, doivent être franchis en marchant délicatement sur les bords, alors que ces derniers s’affaissent doucement. Des mousses, à l’allure ferme, s’avèrent de véritables pièges spongieux, aspirant votre soulier. Une véritable aventure.

Chemin faisant, je rejoins un groupe de six kiwis, trois couples, dont le but est aussi Crosbies Hut. Je les laisserai progresser à leur rythme et me hâterai jusqu’à la cabane. Les 200 derniers mètres grimpent comme il n’est pas permis entre deux haies de manukas sur un sol détrempé, dont les touffes d’herbes s’arrachent sous vos pieds. Quelques derniers pas, et me voilà arrivé au sommet. Si en Suisse les refuges sont construits à l’abri du vent, en Nouvelle-Zélande, la vue prime. Crosbies Hut est construite au sommet d’une éminence à 628 mètres au-dessus de la mer. Bâtie en 2010, son architecture est résolument moderne avec un toit presque plat, deux parois rouges, et de grandes fenêtres donnant sur le couchant. Arrivé à destination, une fois mes souliers troqués contre mes tongues, je me dirige vers le bûcher pour préparer du petit bois. Alors que l’équipe néo-zélandaise arrive, le feu ronfle déjà dans la cheminée. Au-dessus du poêlon, mes pâtes sont mises à réchauffer; d’ici deux bonnes heures le repas sera prêt.

Une fois les présentations effectuées, je discuterai un grand moment avec Claire et Tom, l’un des couples. M’ayant appris que le centre du DoC de Kauaeranga Valley est fermé, je modifie mes plans initiaux. Plutôt que de descendre par Booms Flat au fond de la vallée et faire du stop depuis le centre – ce qui risque de fonctionner plutôt difficilement – j’emprunterai un autre chemin qui me mènera directement jusqu’à Thames. De là, il me sera plus facile de trouver une voiture pour remonter jusqu’à Te Puru. Profitant du calme de la cabane, je mets à jour mes quelques notes, et observe mes compagnons. Alors qu’il s’agit d’une bande de potes, je serai très surpris de voir que chaque couple, l’un après l’autre, prépare son repas. D’autant plus quand je verrai que chacun a amené sa propre bouteille de gaz et de réchaud. Je n’arrive pas à comprendre qu’ils ne se soient pas mis d’accord pour un repas communautaire et porter le moins possible ou au contraire, pouvoir emporter un apéro ou autres petits trucs à grignoter. Curieuse coutume. Je n’ai pas l’impression de me fondre dans le décor avec ma bière et mes petites tartines beurrées pour l’entrée.

Avant d’aller au lit, je trouve un fascicule intéressant qui raconte l’histoire de Crosbies Clearing, et surtout éclaire d’un jour nouveau la végétation si particulière. Sans entrer dans les détails, l’écossais Thomas Hunter Crosbies établit une petite ferme dans les environs en 1880. Si quatre autres blocs de 300 acres furent constitués, seul celui des Crosbies fut occupé de façon significative, malgré l’absence de route pour y accéder. Le bloc changea ensuite deux fois de propriétaire durant le premier quart du XXe siècle. A partir de 1976, il fut jugé que, la forêt ayant reconquis les terres, le droit de propriété tombe Aujourd’hui, seuls quelques vestiges restent comme les deux tôles ondulées rouillant dans un coin de forêt. Un autre feuillet m’apprend qu’un registre national tient à jour la localisation des artefacts rémanents de la colonisation : pour chaque objet, l’utilité ainsi que les coordonnées géographiques sont enregistrées.

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J42 – Hawke Bay et Napier

22 06 2011

Marine Parade, Napier, mercredi 22 juin 2011, 17h54

Trajet : Pahiatua – Napier

D = 6297.4 km

Avec mon retour sur la côte est, les journées débutent à nouveau plus tôt, alors que l’obscurité étend son voile presque à la même heure sur tout le pays, avec le solstice d’hiver qui appartient au passé, la longueur des jours va définitivement rallonger. Que du bonheur. A peine huit heure passée, je me mets en route pour Napier, accompagné par quelques nuages et une petite bruine. Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête à la Tui Brewery Compagny, qui brasse la célèbre Tui, la lager des jeunes kiwis, l’autre bière nationale, la Steinlager étant plutôt consommée par les trentenaires et plus âgés. Point question de dégustation de si bon matin – d’ailleurs la brasserie n’ouvre pour le public qu’à partir de 10h00 –, j’admirerai plutôt la célèbre tour de stockage des malts, reconnaissable à sa construction en brique, ornée de bandes verticales blanches, ainsi que les anciens bâtiments, couleur crème, encore utilisés comme entrepôts.

De retour derrière le volant, le voile nuageux est repoussé vers l’ouest, le crachin n’est plus qu’un souvenir. Au loin, alors que le soleil fait briller les mâts des éoliennes construites sur les crêtes de lointaines collines, un double arc-en-ciel s’y élève; ses rayons diffractés par quelques ultimes gouttes érigent un double arc-en-ciel. Au nord-est, bien qu’il soit déjà passé neuf heure, la portion d’horizon est drapée d’une magnifique robe orangée, qui se fond après dans les tons céruléens. L’explication viendra dans les minutes qui suivent, alors que j’écoute la radio, j’apprends que pour la deuxième fois le nuage de cendre, originaire du volcan chilien, passe au-dessus de la Nouvelle-Zélande. Or, d’un point de vue purement scientifique, plus un lever ou coucher de soleil présente une palette intense, plus le nombre de microparticules en suspension dans l’atmosphère est important.

Chemin faisant, je traverse une région où les dénominations possèdent des consonances scandinaves : Thor Street, Dannevirke, Norsewood. Dans ce dernier village, la halte m’amènera devant quelques maisons, dont l’architecture est similaire avec celle que l’on pourrait trouver en Norvège. Quelques maisons présentent des façades à clins, peintes en rouges, dont les poutres d’angle sont rehaussées de blanc, une véritable carte-postale. Le symbole du village est même l’historique roue scandinave où une simple double poutre en croix remplace les rayons de bois. Au XIXe siècle, Dr Isaac Featherstone, New-Zealand’s First Agent General à Londres, considéra que les peuples nordiques seraient les plus à même d’établir une colonie dans cette fruste et dure région, dont le climat continental est parfois froid et rigoureux. En 1872 et 1873, des norvégiens, accompagnés de suédois et de danois, débarquèrent dans cette région, dont l’appellation, 70 Miles Bush, dénote la difficulté de s’y implanter. Toutefois, la colonisation fut un véritable succès. Après 20 ans, un chêne, aujourd’hui en pleine croissance fut planté. Les traditions des pays d’origine sont loin d’être perdues : des effigies de trolls ornent les rues et le village fête les mêmes dates que les pays scandinaves.

Avant d’arriver dans les plaines de Hawke Bay, un dernier arrêt m’amène à Monckton Scenic Reserve. Mark Pickering décrit si joliment la balade dans son livre, que je me suis dérouté pour effectuer cette petite marche d’à peine 3 kilomètres. Perdus au milieu des plaines, les méandres d’une rivière se sont peu à peu transformés en vallon, une dense forêt a bientôt occupés les lieux, et de nombreux oiseaux y sont venus s’installer. A peine arrivé, le calme est parfait; aucun bruit si ce n’est le ruissellement de l’eau et les sérénades des volatiles. La ballade suit tantôt la rive, tantôt la crête d’un méandre. Nombre d’escaliers et deux ponts permettent d’accomplir cette boucle en forme de huit. Les forêts vierges du Nord, ou les jungles touffues du Sud sont bien loin, ici totaras, hêtres, matais, tawas peuplent les bois, et si les sous-bois sont garnis, ils sont loin d’être touffus. Un peu de mousse colonise le sol, quelques fougères y poussent, mais ce sont les feuilles mortes qui recouvrent la terre. Sympathique petite balade pour dérouiller mes muscles et os, un peu mis au repos ces derniers jours. Au moment de repartir, quelques doutes se sont emparés de moi quand les roues arrières ont commencés à patiner dans l’herbe humide, alors que la boîte à vitesse était déjà sur la deuxième. En embrayant les vitesses lentes, je progresserai lentement, entendant parfois le glissement de la boue le long du caoutchouc. Après quelques minutes je parviendrai enfin à revenir sur un sol plus solide. Un vrai bonheur, quand la plus proche habitation est à quelques kilomètres!

Une longue descente entre les collines m’amène dans les plaines d’Hawke Bay. Un brouillard les recouvre, me cachant jusqu’aux derniers kilomètres avant Hasting les nombreux vignobles de la région. Ce ne fut pas une grande surprise, je savais pertinemment que j’allais traverser cette région. Mon premier arrêt sera pour Sileni Estate, dont le bâtiment semble comme avoir été projeté depuis les étoiles dans les terres. Effectivement, la bâtisse, à l’architecture symétrique et osée, apparaît au bout d’une allée rectiligne, bordée par les vignes. La géométrie parfaite des jardins, des allées et de la cave est impressionnante. Je pénètre dans le cellier, où un silence d’or règne en maître. L’accueil sera très chaleureux, la discussion animée avec l’hôtesse, discutant des vins néozélandais, des cépages cultivés en Valais, de la brume présente, … Un vrai plaisir, qui n’a d’égal que la qualité des vins dégustés :

  • Chardonnay (2009) « The Lodge » : amande en bouche, le chêne est fondu dans les arômes, et se perçoit subtilement à la fin. Son côté miné me plaît beaucoup.
  • Redmetal Merlot (78%)/Cabernet Franc (22%) (2009) : arôme de mûre/myrtille, les tanins ne sont pas fondus en raison de son jeune âge. D’ici 3-4 ans avec un bon pavé de bœuf!
  • Merlot (85%) / Cabernet Franc (15%), Label Noir (2008) : myrtille et floral, l’équilibre entre tanins et douceur est parfait. Il développe des arômes intenses qui emplissent la bouche, et perdurent longtemps. Un véritable must qui accompagnerait une bonne viande rouge, ou un bon morceau de fromage à pâte dure vieilli.

Parmi toutes les caves visitées, la qualité des vins de Sileni Estate m’a fortement impressionnée. La finesse est particulièrement impressionnante, dans le sens où même pour des vins rouges peu âgés (2-3 ans), le chêne est fondu et n’apparaît que de façon subtile, apportant un peu de puissance au vin. Lorsque je prendrai congé, aucun frais ne me sera facturé – comme il est pourtant indiqué – car ce fut un réel plaisir de discuter. Je repars avec le nom d’une autre cave où un autre arrêt est nécessaire. Le brouillard s’est levé, et je découvre enfin le vignoble dans son intégrité: aucun verger ou pâturage ne semble séparer les parchets de vignes. Façon de s’exprimer, car la vue ne porte pas à plus d’une centaine de mètres sur ces plaines plates.  Arrivé à Trinity Hill, de l’autre côté de la vallée, je dégusterai à nouveau trois vins. Un seul point noir au service, les vins  sont servis un peu frais pour développer pleinement leurs arômes :

  • Viogner (2007) : un cépage que je ne connaissais point. Agrume au nez, aromatique en bouche, il manque toutefois de caractère et présente une finale courte.
  • Chardonnay (2009) : j’y retrouve l’amande du précédent, avec un poil d’acidité sur la fin qui ne me convainc pas.
  • Pinot Noir (2008) : arôme de prune et de cerise. Le chêne n’est pas perceptible, sans doute car il s’agit d’un assemblage entre vin vieilli en fût de chêne, et vieilli en tank inox.

Le soleil brillant pleinement dans un firmament bleu, si ce n’est au Nord où les lueurs roses orangées couronnent les crêtes des montagnes, je décide de monter jusqu’à Te Mata Peak, afin que ma vue embrase pleinement la région. Sur le chemin, je m’arrête à Hastings, qui, tout comme Napier, fût reconstruite après un tremblement de terre dans un style Art Déco. Le Westerman’S Building occupé par l’office du tourisme possède une magnifique entrée, aux vitres décorées. Je passerai aussi devant le Hawke Bay Opera House, un survivant d’avant la catastrophe possédant une façade dans le style des missions espagnoles. Pour arriver jusqu’au parking du début de la marche, je traverserai un quartier dont les rues sont bordées de magnifiques maisons, où les SUV de grandes marques européennes occupent les places de stationnement.

Te Mata Peak, qui dans la bouche d’un kiwi devient tomato peak, est une abréviation pour Te Mata o Rongokako, le géant endormi. D’après la légende maorie, le grand chef Rongokako repoussa son plan d’attaque de la tribu voisine lorsqu’il vit la beauté de la fille de son rival. Pour prouver sa virilité, il fut obligé d’accomplir de difficiles tâches. Il les réussit toutes sauf la dernière, qui était de se frayer un chemin en dévorant tout sur son passage. Aujourd’hui son corps forme les collines dont Te Mata o Rongokako est la plus élevée, et la morce qu’il arracha à la terre est la baie d’Hawke Bay. Si vous prenez le temps de regarder une carte, vous verrez que cette baie possède la forme caractéristique d’une morsure dans le littoral de North Island. De façon plus terre à terre, ces montagnes sont le résultat de la rencontre entre les plaques tectoniques du pacifique et de l’Australie qui repoussa les roches sédimentaires en dehors de leur plan horizontal.

Le chemin monte à flanc de colline entre taillis et pâturages occupés par de tranquilles moutons, avant d’arriver jusqu’à la crête. Tout en la longeant jusqu’au sommet, culminant à 399 mètres, je profite de la vue qui s’étend tous azimuts, de Maiha Peninsula jusqu’au Mt Ruapehu, avec la plaine d’Hawke Bay au Nord et Cape Kidnapper au Sud. J’oserai presque le terme de grandiose, mais les nombreux feux de sarments dans les vignobles qui recouvrent les plaines d’un fin voile à l’esthétisme douteux m’en enlèvent l’envie. Je retourne à Hibiscus en longeant l’autre arrête, descendant dans une parois de molasse où de nombreux coquillages fossilisés sont mis à nu par les précipitations. La vue porte sur les nombreuses collines au loin et deux petits lacs essaimant dans les prés en contrebas. Je rejoins le couvert des arbres dans une forêt de séquoias qui élancent leurs troncs rectilignes jusqu’au ciel, avant qu’un petit sentier entouré d’espèces plus locales me reconduise jusqu’au parc. Comme à Redwood Forest à Rotorua, aucun arbuste ne pousse dans le sous-bois.

Encore une vingtaine de kilomètres sans m’arrêter avant de rejoindre Napier. Aucun problème pour une fois, l’abord de la ville n’est pas des plus pittoresques, coincé entre diverses usines. Par contre, une fois arrivé à destination, le décalage temporel est impressionnant. Petit retour vers le passé: ville colonisée dès le 12e siècle par les maoris, James Cook cartographia les parages en 1769 et dès 1854, une colonie fut établie, nommée en l’honneur du général britannique et administrateur colonial Charles Napier. Très vite, elle devint une ville, souffrant d’exiguïté, emprisonnée entre la mer et les eaux d’un lagon. Le 3 février 1931, un violent tremblement de terre, atteignant 7.9 sur l’échelle de Richter, accompagné de ses répliques fit table rase sur la région : Napier et Hastings furent complètement détruites. 258 morts furent comptabilisés, ainsi qu’un nombre incalculable de blessés. A tout malheur son bonheur: la catastrophe souleva la terre, transforma le lagon en des terres situées 2 mètres au-dessus des eaux. Le gouvernement n’hésita pas à proclamer comme siennes ces terres émergées, ainsi que la surface des six anciennes îles appartenant aux maoris. Après quelques mois de planifications commença la reconstruction dans le style en vigueur de l’époque : l’Art-Déco, faisant actuellement de Napier, la capitale mondiale de l’Art-Déco en raison de l’uniformité architecturale.

N’allez pas imaginer les hauteurs du Chrysler building de New-York, l’Art-Déco s’est répandu à même le sol, ne s’élevant que rarement avec des bâtiments de plus de 2 étages. Zigzags, ziggourats, lignes de vitesses, motifs anciens d’inspirations maya, égyptienne et occasionnellement maorie décorent les façades. Les teintes sont pastels : rose, ocre, vert…. Le style est sobre, colonnes et encorbellements ayant fait de nombreux morts et blessés, …. Murs plâtrés et sculptés, terracota travaillée, fenêtres, voûtes, vitres décorées, détails à profusions, … Toutes les caractéristiques sont présentes, un véritable voyage dans le temps. Même les lampadaires électriques installés plus récemment ou l’aménagement des rues possèdent un air rétrograde qui s’intègre parfaitement dans l’architecture. Une petite balade dans les rues m’amènera devant les plus beaux bâtiments : Gaiety de Luxe Cinema, Hotel Central, Scinde Building, Daily Telegraph Building, … Arrivé devant le Deco Center, qui abrite le Art Deco Trust qui s’est longuement battu pour préserver la lignée stylistique de la ville, j’y pénètre sans hésitation. Une veille dame m’accueille et me propose de visionner un film sur l’histoire de la cité. Je n’hésiterai pas une seconde : rappel historique, leçon accélérée sur le mouvement Art Déco, introduction à l’Art Nouveau, avec exemples stylistiques locaux. A la sortie, je discuterai jusqu’à la fermeture du magasin avec cette anglaise au moins septuagénaire, mais si vive. J’apprends que ses premières leçons de ski datent de 1956, en Autriche dans un village où seul son professeur et elle parlaient anglais, qu’elle arriva à Napier il y a une cinquantaine d’années. Elle travaille actuellement pour l’association à titre de bénévole. Un véritable poème. Me voyant emballé par ce mouvement, elle me compte des histoires à propos du weekend Art Déco qui se tient à Napier chaque année : durant ces deux jours particuliers, anciennes voitures emplissent les rues, les habitants revêtent des costumes d’époque, le train de vie redevient celui des années 1930. Cela donne vraiment envie d’y participer.

De retour sur Marine Parade, l’avenue qui longe le front de mer, comme la Promenade des Anglais à Nice, et gagne un des parcs situés à l’entrée de la mer, je jette un coup d’œil à Tania of the Reef (1954), qui possède un air de ressemblance avec la Petite Sirène de Copenhague, et, comme le Lonely Planet m’apprend, a été volée et retrouvée en 2005. Le plus intéressant reste toutefois la fontaine Tom Parker Fountain, illuminée à la nuit tombée de couleurs vives.

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J41 – Weta Cave, et retour vers le nord

21 06 2011

Pahiatua, mardi 21 juin 2011, 19h00

Trajet : Wellington – Pahiatua

D = 6078.1 km

Ce soir, j’ai dormi au même emplacement que la nuit dernière, au bout de Miramar. La vue nocturne sur Wellington, Mount Victoria et ses habitations est tout simplement magnifique. Après m’être restauré, je rejoins Weta Cave. Un nom qui sans doute ne vous rappelle rien. Si j’ajoute maintenant les titres suivant : Lord of the Rings, King Kong, Distric 9, Avatar, Chronicle of Narnia, la liaison avec l’industrie cinématographique est évidente. Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux peu connu sur la scène internationale, jusqu’à ce que Peter Jackson décide de travailler avec eux pour sa célèbre trilogie. Le binôme Peter-Weta n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà travailé sur le splendide et anticonformiste Braindead.

Suite aux divers films, les fans étaient désireux de découvrir l’envers des studios, notamment ceux des effets spéciaux. Toutefois, ces derniers devaient rester fermés pour des soucis de confidentialité relative aux futures productions. Les fondateurs de Weta Workshop ont alors eu l’idée de créer une officine ouverte au public, Weta Cave, la grotte de Weta, une véritable caverne d’ali-baba où pièces de collection appartenant au petit musée et objets disponibles à la vente se mêlent. L’accueil est chaleureux, vif. A la simple réponse qu’il s’agit de votre première visite, vous êtes propulsé dans le théâtre. Une pièce recouverte de tentures noires, sur lesquelles sont accrochées les diverses armures, casques et autres armes ayant été produits dans le cadre du Seigneur des anneaux. Le film projeté est intéressant au plus au point. Le générique de début est composé de divers séquences de films pour lesquelles l’atelier a travaillé. Je dois reconnaître que seuls deux extraits m’étaient inconnus. Après une brève introduction sur les raisons de la caverne, les différents corps de métier regroupés au sein de l’atelier sont présentés, ainsi que les méthodes mise en œuvre : sculpture, ferronnerie, moulage, peinture, soudage…. ou les matériaux utilisés : bronze, plasticine, latex, fer, acier… toute les matières pouvant se tordre, se sculpter, se marteler, se déformer … sont utilisées. Finalement, les employés actuels sont passés rapidement en revue. Leur présentation est loin d’être celle d’un entretien d’embauche, et chacun y va de sa petite grimace ou autre farce.

A la sortie, vous êtes libre de déambuler dans le musée, qui se résume à une pièce de très petite taille. L’un des angles est occupé par un rocher sur lequel sont présentées les nombreuses statuettes sculptées après le Seigneur des anneaux. Grandiose, tous les personnages principaux sont représentés, j’aime particulièrement le Balrog, Sauron lorsqu’il est sur le point de se faire trancher son doigt portant l’anneau, le buste de Saruman. Le reste des murs est occupé par des boîtes vitrées, empilées les unes sur les autres. Chacune contient des objets spécifiques à leur film les plus connus. Il reste alors à visiter l’échoppe, recouvrant deux fois la superficie de la précédente pièce. Il ne s’agit pas d’une boutique comme celle que l’on retrouve dans un musée. Si de nombreux livres aux prix raisonnables sont présentés, les objets intéressants sont des répliques de ceux utilisés durant la production des films ou encore des sculptures ou représentations des personnages et lieux principaux. Ces derniers, bien qu’ils soient à vendre, font en quelque sorte partie de l’exposition, les prix étant à la hauteur des heures de travail nécessaire à leur réalisation. Il est aussi possible d’y observer Lürz, le premier Huruk-kaï, mesurant près de 2,0 mètres comme l’acteur qui le campa, ou encore l’armure de Sauron et celles portées par les hommes d’armes du Gondor durant le troisième âge. Du merchandising à la portée d’une bourse normale est aussi disponible. Il ne faut toutefois pas s’attendre à du bon marché, car la qualité des pièces est comparable à celle des effets spéciaux. Je craque pour le porte-clef Weta et aussi pour la représentation épineuse et magnétique du casque de Sauron

Si vous passez par Wellington, et que vous appréciez le cinéma, je pense que le détour est tout aussi important que celui de Te Papa. Certains m’objecteront que Weta Workshop n’a travaillé que sur des films de science fiction ou de fantasy. En partie, il est vrai, mais parmi leur grand succès, il y a aussi eu The Legend of Zorro, Kingdom of Heaven, Master and Commander et que l’un de leurs plus sérieux projets est actuellement rien de moins que l’adaptation cinématographique des Aventures de Tintin qui devrait sortir sur les écrans cette année. Le nom de l’atelier Weta, ainsi que leur logo, une sorte de cafard, provient de l’insecte éponyme, endémique à la Nouvelle-Zélande. Les fondateurs du studio ont choisi ce nom, car représenter les insectes était une de leur passion.

Le reste de la matinée ne s’éloignera pas du thème récurrent du Seigneur des Anneaux. Je me lancerai à nouveau sur l’itinéraire des lieux de tournage, qui essaime autour de la capitale. Il pourrait paraître bizarre de choisir Mount Victoria, un bois situé sur une colline en pleine ville, comme décors pour la Comptée lorsque les Hobbits la fuient. Et pourtant, le lieu y est si tranquille, aucune rumeur urbaine ne remonte, les arbres cachent la vie citadine. J’y découvrirai le célèbre rocher, en aval de la route, sous lequel se sont cachés Frodon, Sam, Pippin et Merry lorsque les cavaliers noirs étaient à leur poursuite. Pour les besoins du film, un énorme arbre aux racines enchevêtrées fut déposé par dessus afin que le sombre monde souterrain, emplis de vers de terre, araignées, … surplombe les petits hommes. Avant de quitter Wellington, je passe devant Embassy Theater, où fut présenté en première mondiale The Return of the King, pour admirer la sculpture du Weta Tripodex, un tripode surmonté d’une menaçante caméra.

Remontant Hutt Valley,  je ne m’arrêterai pas devant la carrière qui fût utilisée pour Helm’s Deep et Minas Tirith, toute trace du tournage ayant disparu. A Totara, les jardins d’Harcourt Park sont visités régulièrement par les étudiants en géologie. Le jardin est créé à l’emplacement de l’ancien lit de Hutt River. L’élévation du sol suite à un tremblement de terre, les eaux du fleuve furent déviée. Aujourd’hui, à l’emplacement de la faille, Wellington Fault,  un grand talus partage le parc en une partie supérieure et inférieure. Au niveau du fleuve, il est possible d’observer des graviers disposés verticalement, alors que partout ailleurs la strate présente un alignement horizontal. Lors du tournage de Lord of the Rings, Harcourt Park fut le décor d’Isengard Garden. On y voit Gandalf et Saruman discuter de la redécouverte de l’anneau, ou encore le magicien gris à cheval traverser le jardin le long d’une allée. Aujourd’hui, seuls les arbres sont présents, l’allée, construite pour les besoins, fut enlevée après, lors de la post-production. Un dernier arrêt m’amènera à Rivendell, dans le Kaitoke Regional Park, où Frodon se remettra de la destruction de l’anneau. Pour y accéder une petite route serpente dans un petit vallon où serpente une rivière, entre deux forêts denses, une représentation parfaite du pays des elfes.

La suite de la journée s’avère bien moins palpitante, après avoir abandonné mon fil conducteur je m’élance à nouveau sur la Highway SH2. Cette dernière traverse  Tararua Range, recouverte d’une végétation où les genêts aux jaunes fleurs et les manuka prédominent. Arrivé de l’autre côté, je retrouve le paysage si courant de l’île du Nord : des pâturages à perte de vue, des collines aux courbures arrondies, des bosquets disséminés, des clôtures rectilignes, des moutons et des vaches. Un panorama bien monotone après le dynamisme topologique du sud. Je quitte l’itinéraire principal pour un petit détour par Martinborough. Au milieu d’une immense pleine, je découvre un petit village dont les maisons victoriennes sont construites autour du square central. Bien que je sois de retour dans une région viticole, je ne rencontrerai de petit vignoble qu’à l’approche des caves que je compte visiter. Un rapide passage à l’office du tourisme m’a appris que les celliers présentent des horaires réduits, quand ils ne sont pas complètement fermés. Je trouverai porte close pour tous mes choix, sauf à la cave d’Ata Rangi, la plus veille de la région. Bien que la région soit réputée, je ne serai pas complètement convaincu par les deux vins dégustés :

  • ·       Chardonnay (2009) : arôme de pêche, palais citronné. L’aspect minéral me plaît bien.
  • ·       Pinot noir (2009), issu de vignes de plus de 20 ans. Prune au nez, l’attaque tannique est fondue avec le chêne et les fruits rouges. Un peu court.

Après cette petite halte, je roule, les kilomètres défilent, tout comme les prairies, et les rares villages que je traverse. La seule variante, la grandeur des localités, et la largeur de la plaine entre les deux rangées de collines. Alors que je m’arrête, j’ai déjà parcouru 6000 kilomètres depuis Auckland. Je doute terminer la boucle avec moins de 7000, comme je l’avais supposé au départ. Demain, la route sera longue, les 200 kilomètres au sud de Napier sont composés de pâturages, sans grande attraction culturelle. Un long chemin, jusqu’à la cité art-déco.

Tout en vous racontant ma journée, j’ai dégusté l’une des meilleures bières de mon séjour kiwi. Craftsman de la brasserie Renaissance Brewery Company est une Chocolate Oatmeals Stout. Son goût surpasse de loin celui de la Double Chocolate de Young’s. Sa formulation à base de malts houblonnés, dopés avec des fèves de cacaos torréfiées permet de dégager un arôme de chocolat noir particulièrement puissant. Un véritable dessert qui accompagne parfaitement de petits shortbreads.

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J 26 – Queenstown – let’s go bungy jumping

6 06 2011

Internet Laundry, Queenstown, 6 juin 2011, 17h40

Trajet : The Key – Queenstown

D= 4011.4 km

Ce matin, sortir de dessous la couette fut une difficile opération : comme on se les caille ce matin, une expression valaisanne indiquant un froid mordant. Cela ne m’étonne même pas de voir que les vitres sont givrées à l’extérieur et que la condensation a gelé sur les deux pare-brises à l’intérieur. Un petit quart d’heure d’agitation pour ranger l’intérieur, préparer le déjeuner suffit à me réchauffer. Cela fait plaisir de retrouver des contrées sèches, à l’inverse des côtes où l’humidité vient à bout de tous vos efforts pour vous tempérer.

Après avoir admiré le lever de soleil sur les Takitimu Mountains, je commence à parcourir les 140 derniers kilomètres me séparant de Queenstown. De retour sur la route principale, je découvre une nimbée dans une nappe de brouillard, dont la densité ne cesse de varier. Maintenant que je roule en direction du Nord, du matin au soir, le soleil me fait face. Les contre-jours sur ces prairies composées de red tussocks, la même herbe qui pousse sur les steppes alpines, noyées dans la brume avec quelques arbres à la sombre silhouette sont d’une grande beauté.

A partir de Mossburn jusqu’à Five Rivers, le brouillard s’est déposé nuitamment sous forme de givre, et les nombreux panneaux que j’avais aperçu depuis le début de la semaine « slippery when frosty » (glissant en cas de gel) prennent tout leur sens. Peu à peu la brume se densifie, et mon champ de vision se réduit à une cinquantaine de mètres. Alors que j’arrive dans Mataura Valley, un vent à décorner les bœufs dissipe la brume, me dévoilant une large plaine verte, bordée par des coteaux, dont l’herbe sèche grimpe jusqu’aux pieds des élévations rocailleuses. Mis à part les pâturages, je retrouve le même type de paysage qu’à l’approche d’Aoraki, des monts aux pentes douces, sur lesquels se détachent de rugueuses et abruptes excroissances rocheuses dans une palette virant du beige au jaune brunâtre, teinté parfois de vert ou d’ocre.

Finalement, j’arrive à Kingston, situé à l’extrémité sud du Lake Wakatipu. Je comptais profiter de me balader sur le rivage venteux, mais ensoleillé, mais un nuage rampant sur les monts ouest propage son ombre sur la promenade. Devant la fraîcheur insidieuse, je retourne à mon campervan, et poursuis ma route longeant la rive est du lac. Les arrêts se font fréquents, mais il faut dire qu’entre les points de vue Devil’s Staircase et Halfway Bay, les panoramas sur les Eyre Mountains dominant la surface bleue, agitée de quelques vagues moutonnantes, est magnifique. Me surplombant, j’admire les impressionnants contreforts des Remarkables, une des chaînes de montagnes sur laquelle est construite une des trois stations de ski de Queenstown.

Arrivé à Queenstown juste avant midi, je passe d’abord à l’office du tourisme, avant de franchir d’un pas décidé l’entrée du bureau de AJ Hackett Bungy, prêt à faire le grand saut. Mon choix se porte (presque) sans hésitation sur Kawarau Bridge Jump pour des raisons historiques. En effet, c’est sur ce pont, en l’an de grâce 1988 que AJ Hackett et Henry van Asch firent les premiers sauts commerciaux. Si quelques têtes brulées de l’Oxford Dangerous Sports Club firent les premières expérimentations dans les années 1980, ce n’est qu’avec le saut effectué par AJ Hackett depuis le premier étage de la Tour Effeil en 1987 que commença véritablement l’aventure. Prochain départ pour ce lieu mythique: 12h00, ce qui me laisse juste le temps de monter dans le bus qui m’amènera à destination. Pour compagnon, en plus du chauffeur, deux étudiantes de Brisbane, originaires du New Jersey, qui effectueront aussi leur premier saut.

Kawarau Bridge, un ancien pont à suspension, construit sur un schéma identique à celui de Clifden. Désaffecté depuis que la SH6 passe sur un nouvel ouvrage en béton, surplombant la rivière de 44 mètres, il s’agit d’un lieu parfait pour faire un petit saut de 43 mètres. La possibilité de plonger la tête dans l’eau à la fin du saut m’est donnée, mais pour des raisons médicales – dont je ne citerai point l’origine – je préférais m’en abstenir. Il faut dire qu’ils n’ont pas eu de précédents cas expérimentaux pour savoir si cela est à risque ou pas. Il est temps d’y aller : l’un des préparateurs passe une sangle autour de mes mollets, protégés par un linge, l’accroche à l’élastique, il ne me reste plus qu’à sautiller jusqu’au bout de la planche. Un petit salut à l’appareil photographique. Three, Two, One, Go.

Sans hésitation, sans un cri, je plonge. 2 secondes de chute, avant que l’élastique ne me ralentisse, se tende et me propulse à nouveau vers le ciel. Moment étrange que celui où la gravité prend à nouveau le relais et que tel un rapace fondant sur sa proie, je plonge vers l’eau. Encore un rebond, puis un autre plus petit, et c’est déjà fini, un bateau me récupère et me ramène au bord de la gorge. Je n’ai plus qu’à gravir les escaliers jusqu’à la plateforme de départ. Grandiose, je redemande de l’adrénaline sous cette forme, à quand le prochain saut. Je serai presque tenté par Nevis Hihgwire, un saut à l’élastique de 134 mètres, mais pour des raisons financières, ce sera pour ma prochaine visiter en Nouvelle-Zélande. Après avoir récupéré mon T-shirt, un certificat et acheté les photos – 45$ les voleurs -, nous rentrons tous jusqu’à Queenstown. Je suis le seul à être prêt à recommencer l’aventure si la possibilité m’était donnée.

Twelve Mile Creek, Lake Wakatipu, 6 juin 2011, 20h00

Milieu d’après-midi ensoleillé, je décide de découvrir cette ville. Historiquement, les premiers Pakeha (blancs) n’arrivèrent dans cette région qu’au milieu du XIXe siècle, d’abord les fermiers puis les chercheurs d’or après la découverte d’un filon dans Shotover River. En moyenne d’une année, le bled perdu devint une ville comptant plusieurs centaines d’âmes, des rues, de véritables maisons …  Elle fut alors déclarée « fit for the Queen » (prête à être visitée par la Reine), et dès lors le nom est resté. Aujourd’hui, elle est reconnue comme une des capitales des sports d’aventure : jetboating, chute libre, saut à l’élastique, parapente, … il y en a pour tous les goûts. Construite sur les rives du Lake Wakatipu, entourée par de nombreuses chaînes montagneuses : The Remarkables, Harris Mountains, Coronet Peak, autant de qualités pour en faire une station d’été comme d’hiver. Un centre orienté piétons plutôt que voitures, des promenades sur la rive, des rues bordées d’échoppes, je déambule dans cette ville, visite son jardin, encore fortement fleuri pour la saison, découvre le frisbee-golf, un sport similaire au golf, qui consiste sur un parcours à amener le frisbee dans le but en un minimum de coup. Le paysage est juste magnifique avec ce lac d’un bleu profond, encadré par les montagnes, dont les silhouettes se découpent sur un ciel azur.

Architecturalement parlant, il n’y a pas vraiment de style dominant : diverses influences se mélangent : béton, pierre sèches, bois, … l’ambiance manque de grâce, sans toutefois être un peu disharmonieux. J’y découvre toutefois le plus vieux bâtiment, William Cottage, un joli petit cottage face au lac, érigé en 1864, sur un plan divergeant de la tradition avec de hauts plafonds, auquel une annexe en pierre fut adjointe à la fin du XIXe. Depuis 1930, tant l’extérieur que l’intérieur, avec d’anciens papiers peints à la Française, n’ont pas changé, tout comme l’aménagement du jardin qui date de 1920. L’église St Peter posséderait des vitraux ainsi qu’un orgue digne d’être admiré, toutefois la porte de la bâtisse en bois est malheureusement fermée à clef.

Queenstown, une ville au charme bien particulier. Il y a un je-ne-sais-quoi qui me rappelle Verbier ou Montana, ces stations un peu huppées, … tout y est trop parfait, sans que le tout ne puisse être qualifié de splendide. Je m’y sens bien pour m’y balader un après-midi, apprécier la douceur du lac, la fraîcheur de la montagne, regarder les nombreuses vitrines étalant des objets hors de prix ou des souvenirs bon marché, boire une bière, manger un bon burger. A ce propos, je me suis arrêté chez Fergburger, dont les mets figurent parmi les meilleurs burgers du monde. Je me suis contenté du simple The Fergburger, sans fioriture, ni luxe, hamburger, salade, oignon, tomate, … entre deux tranches de pain. Le résultat est gustativement excellent : ni trop gros, ni trop petit, ni trop gras, ni trop de végétaux, ni trop de sauce, ni sec… juste parfait. Un vrai délice. Pour moi, le meilleur que j’aie jamais mangé.

Alors qu’il ne fait pas encore nuit, il me semble déjà avoir fait le tour. Je passe encore par une laverie pour la lessive hebdomadaire, avant de rejoindre Twelve Miles Creek, où se situe un camping au bord du lac, à une dizaine de kilomètres de la cité en direction de Glenorchy.

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J-1 : Auckland-Whaiharakeke

12 05 2011

Whaiharakeke, 12 mai 2011, 20h05 (GMT+12)

D=200.5 km

9h00. Je me présente au dépôt d’Escape Rental pour y récupérer mon campervan. Après avoir lu les documents d’usage (contrats, interdictions, …), apposé mon paraphe sur de nombreuses pages, je dois encore attendre une quinzaine de minutes avant de prendre possession de mon véhicule. En attendant, je file au supermarché, situé à 100 mètres, acheter les produits de base. A mon retour,  je contrôle l’état de Fat Freddys, mon futur véhicule, tagué avec un énorme animale sur fond de jungle . Tout semble en ordre, je me rends à l’office du DOC d’Auckland pour acheter une carte du Tongariro Crossing, et au moment où je tente de fermer à clef, rien ne se passe, la serrure de la portière conducteur est morte.

Retour au dépôt, où j’ai le choix entre attendre un serrurier (2h00) ou simplement récupérer un autre campervan. Je choisis la deuxième option, bien plus rapide. Mon nouveau compagnon, Hibiscus, est décoré avec la fleur éponyme. Un peu plus âgé, son compteur affiche déjà 353573 kilomètres : pas de fermeture centralisée, vitre manuelle, un bon vieux véhicule.

Hibiscus, ma nouvelle demeure

Je reprends un nouveau départ, Quay Street, Tamaki Drive, puis je bifurque en direction du Mt Wellington. Petit arrêt au CACM, où je dois rendre un pantalon de voile à Quentin. Avant de m’élancer définitivement vers le Sud, sous un soleil radieux. Il semblerait que la météo néo-zélandaise soit aussi parfaite que sa cousine helvétique.  Je ne m’en plains pas et espère que cette météo va encore durer quelques jours. De toute la journée, seules deux averses orageuses mouilleront les routes.

La Southern Motorway me sort rapidement d’Auckland, et je la quitterai bientôt pour emprunter une route principale, bien plus sympathique, qui me mènera à Raglan, une station de surf. Sur le chemin, un panneau brun me détourne vers Breidal Vell Falls. Au niveau du parking, je rencontre un couple d’étasuniens, originaire de l’Idaho. Nous découvrirons ensemble ces chutes. Un chemin longe un cours d’eau à la turbidité non négligeable. Un panneau explique l’absence de transparence des eaux issues des champs: ces dernières ne sont filtrées par aucune forêt qui pourrait retenir les fines particules.

Vous l’aurez deviné, l’accès amène directement au sommet des chutes, 55 mètres plus haut que la goulotte. La vue sur la vallée en contrebas est magnifique. Un sentier, équipé d’escaliers et d’une plateforme intermédiaire, permet de descendre jusqu’au bord du petit lac. Il semblerait bien que les Rainbow Falls de Kerikeri soient détrônées par la beauté de l’endroit. D’un seul gigantesque bon, l’eau se déverse le long d’une falaise basaltique, aux piliers curvilignes.

Breidal Vell Falls

Revenant sur mes pas, je reprends mon chemin jusqu’à Raglan, contourne par l’est le Mt Karioi et arrive enfin au village, quelque peu endormi. Il faut dire qu’en milieu d’automne les surfeurs ne s’y pressent pas. Je m’engage néanmoins sur la route côtière qui mène jusqu’aux divers spots. A Manu Bay, j’embarque un surfeur germanique que je dépose à son backpack près de Whale Bay, un spot moins prisé. Il faut dire que l’unique accès se fait en longeant la côte sur 600 mètres, cette dernière étant constituée de coulées de lave solidifiée, aux formes arrondies ; un chemin quelque peu fatiguant pour ces tranquilles surfeurs.

Whale Bay

Continuant en longeant la côte ouest, j’y découvrirai un coin magnifique, la gorge Te Toto. Cette dernière s’ouvre sur la mer en un demi-cercle à la prairie verdoyante, cernée de toute part par une falaise. Magique et paisible, je resterai un long moment à contempler les herbes ondulant sous le vent. Définitivement le meilleur moment de la journée, avec le plus beau panorama. Ne pouvant y rester éternellement, quoique j’y aurai bien passé la nuit, je passe à nouveau proche de Breidal Vell Falls, puis avance par monts et par vaux, tantôt au sommet de pâturages, tantôt au bord d’Aotea Harbour. Alors que le soleil se couche, je rejoins une route gravillonnée, quoiqu’il s’agisse plutôt de gros cailloux déposés sur un limon devenu boueux avec les pluies de ces derniers jours.

L'ouverture sur la mer Tasmane de la gorge Te Toto

De nuit, je rejoins les abords de Kawhia Harbour. Alors que les lumières de Whaiharakeke sont visibles à quelques kilomètres, je m’arrête peu après avoir traversé un pont. Un petite place, séparée de l’eau par quelques buissons me semble bien accueillante à la lumière de mes phares. Le temps de ranger mes affaires à l’intérieur, les pâtes cuisent gentiment, il ne me reste plus qu’à réchauffer mes légumes de hier pour avoir un excellent souper.  Un petit morceau de chocolat en dessert, et me voilà prêt à affronter la nuit, et les bruits des opossums qui gambadent à quelques mètres de mon lit.

Définitivement, l’intérieur d’Hibiscus est bien plus douillet que celui du campervan que j’avais pour Pâques. Aucune technologie, à l’arrière le coin cuisine, une étagère en contreplaqué dans laquelle est intégré un évier métallique muni d’un robinet à pompe. A droite, deux tablards pour ranger ustensiles de cuisine et  nourriture; toujours à droite, réserve d’eau et cuisinière, un simple brûleur monté sur une bombonne, ainsi qu’un bac thermostatique. De chaque côté du meuble deux espaces, l’un occupé avec tables et chaises de camping, l’autre par des sacs de nourriture. Le carré est monté entre le cockpit et le meuble. Sous les sièges se trouvent d’immenses rangements. J’apprendrai toutefois qu’il ne faut pas rouler trop vite, sous peine que de l’eau jaillisse du réservoir, l’embranchement du tuyau n’étant pas des plus étanches. Quand la table est démontée, le carré se transforme en immense tatami pour y dormir, et les coussins sont maintenus en position par un drap. Et enfin le must du cocooning, à ma disposition, 3 moelleux duvets pour me faire un nid douillet. Je n’en n’utiliserai toutefois que deux, il ne faut pas exagérer quand même.

Avant de sombrer dans les bras de Morphée, je sors une dernière fois du Van: une demi-lune éclaire le paysage, sous une voûte dont l’éclat et le nombre d’étoiles est impressionnant. Bien loin de la pollution lumineuse entachant le ciel européen. Je me réjouis de la côte Ouest du South Islands, encore plus esseulée.

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Rangitoto et Motutapu

26 03 2011

28 mars 2011, Frienz, Auckland, 7h10 (GMT+12)

Levé de bonne heure, bien que la majorité de mes collègues de chambre ne finisse de regarder leur film qu’à 2h00, et que la petite moitié ne rentre qu’à 4h00, je dévale les escaliers jusqu’à la rue, observe le ciel avec méfiance : le sol est toujours mouillé, le plafond nuageux semble plus élevé, le sommet de la Skye Tower est d’ailleurs largement visible, une éclaircie semble se profiler sur l’horizon. Adjugé, vendu, je pars à Rangitoto, le dernier né des volcans du Golf d’Hauraki, avec son éruption ne datant que de 600 ans en arrière.

Le temps d’avaler un solide petit déjeuner, préparer des sandwichs au pain mou, remplir ma gourde, et me voilà parti, direction le quai n°2 à partir duquel, à 9h15 sonnante, partira le ferry Fullers à destination de Rangitoto, avec escale à Devonport. Finalement, le premier départ aura lieu à 9h15, mais à peine nous étions-nous éloignés du quai, que nous y revenons pour y récupérer une personne n’étant pas montée à bord. Ce n’est pas en Suisse que l’on verrait une telle chose : se mettre en retard pour le retard d’un illustre inconnu.

40 minutes de traversée de la baie d’Auckland, à admirer la City ou North Shore, les deux volcans ou encore les pêcheurs sur la jetée de Devonport, Rangitoto dont le sommet est couronné par la brume, ou encore à discuter avec une rousse australienne, doctorante de son état, profitant d’une conférence en Nouvelle-Zélande pour faire un peu de tourisme.

Pêcheurs sur la jetée de Devonport

Pêcheurs sur la jetée de Devonport

Une dernière annonce pendant la traversée nous rappelle que l’île est complètement dépourvue de point d’eau ou encore de kiosque et qu’il est encore temps de passer à bord de celui du navire. L’île est intégralement recouverte d’une forêt, dont la verdure s’aperçoit de loin.

Rangitoto

Rangitoto, couronné par les nuages

En dehors de sa silhouette, il faut attendre d’être proche de l’île pour découvrir le noir de ses rives, pierres volcaniques solidifiées au contact de l’eau, ainsi que des champs de lave épars dans la forêt. De même, ce n’est qu’à ce moment que l’on peut observer quelques Bach perdu sur la côte.

Jetée de Rangitoto

Jetée du débarcadère à Rangitoto

Débarqué avec les autres touristes à Rangitoto Wharf, je prends tout de suite le chemin des écoliers en pénétrant dans la forêt pour rejoindre Kowhai Grove puis Kidney Fern Walk. Si, de loin, la forêt ne semblait pas si sauvage, dès l’instant où quelques pas nous mènent sous la canopée, la forêt vierge se laisse découvrir. Seul le chemin marqué de chaque côté par une petite bordure de basaltes recouverts par la mousse et le lichen me permet de ne pas me perdre et être sûr de suivre le bon chemin.

Kowhais : il s'agit des grands arbres formant la canopée de la forêt

Forêt de Kowhais : il s'agit des grands arbres qui forment la canopée

Les couleurs me semblent de deux tonalités, les verts de la forêt et les noirs de cette pierre basaltique. Il s’agit pour moi de ma première marche sur quelque volcan que ce soit, et surtout de voir des scories. Des gens bien attentionnés m’en avaient déjà ramené, connaissant ma passion pour les pierres, mais je n’en avais jamais encore observé dans leur état naturel, si je puis m’exprimer ainsi. C’est très différent de voir une scorie en Valais, où elle prend tout de suite une dimension extraordinaire, que d’en fouler du pied des dizaines. Mais toujours est-il que je ne me lasse pas de regarder ce minéral: toutes pareilles avec leur porosité, et si différentes par leur taille et leur forme. En continuant ma route, je croise les ruines de la prison dont Rangitoto était pourvue à l’époque. Dans la réalité, des ruines il ne reste pas grand chose, si ce n’est quelques petits murs, hauts d’à peine d’un mètre.

Ruine des anciennes prisons, admirez les murs en basaltes

Quittant la petite sente entourée par les fougères géantes, je rejoins le sentier principal, en route pour le sommet. Je suis étonné du peu de monde que je croise, il semble que la majorité des personnes ait choisi l’option motorisée pour rejoindre le volcan, plutôt que de se dégourdir les pattes. Le temps s’y prête d’ailleurs plutôt bien, l’absence de soleil rend la marche très agréable, bien que je n’aie pas l’habitude de me promener avec une humidité si importante.

La route trace un sillon noir de scories entre deux pans végétales jusqu'au sommet de Rangitoto

La route trace un sillon noir de scories entre deux pans végétaux jusqu'au sommet de Rangitoto

Dans son ensemble l’île ressemble à un gigantesque œuf au plat. Il faut tout d’abord parcourir le blanc, avec une courte marche d’approche entre forêt vierge, champs de lave, chemin de scories, et souvent l’impression d’être loin de tout océan puisque le sentier est presque plat.

Coulée de lave, en attente depuis 600 ans d'être colonisée par la forêt

Puis finalement gravir le jaune, le cône de lave, où les scories perdent leur couleur noire, pour prendre une teinte ocre. A l’approche du sommet, le chemin se perd dans une brume légère. Une longue volée d’escaliers à gravir et l’on se retrouve à côté d’un point de triangulation.  Entre deux passages de brume, la vue sur Auckland, Devonport, Brown Island, Waikiki est magnifique.

Devonport avec Auckland Harbour Bridge, reliant Auckland à North Shore

Avant de redescendre en direction de Motutapu, je contourne le cratère sur le chemin de crête. Grosse déception : le mur de végétation ne permet pas de voir l’intérieur du cratère. Seule une plateforme surplombant les arbres permet d’embraser les 200 mètres de diamètre du cratère et ses 80 mètres de profondeur recouverts par une forêt dense.

Vue du cratère depuis la plateforme

Vue du cratère depuis la plateforme

Il semblerait qu’un début de piste se soit créé depuis le dessous de la plateforme. J’ose. Toutefois des écriteaux à l’arrivée sur l’île indiquent qu’il est interdit de quitter les sentiers officiels. Je n’ose pas. Pourtant ça serait magnifique de descendre au fond de ce cratère. J’ose. Mais encore, les cratères étant hautement tapù (tabou) pour les maoris, y descendre est un sacrilège. Je n’ose pas. Un coup d’œil à gauche, une furtive vision à droite, aucun touriste. Départ, j’ose. Je descends rapidement les quelques premiers mètres. Les petites scories roulent sous mes pieds. Je comprends mieux que la majorité des personnes ne s’y aventurent pas avec leurs simples baskets. 10 minutes à crapahuter dans une belle végétation, encore humide de la pluie de la veille, à me faufiler entre deux fougères, me baisser pour passer sous une branche et me voilà au fond du cratère, T-shirt et short trempés. Il est occupé à moitié par un massif d’arbrisseau mort, et à moitié par une minuscule prairie d’herbe grasse, profitant du trop plein d’humidité pour pousser. Tout autour se dresse une magnifique muraille verte, couronnée par le brouillard qui s’effiloche sur la crête.

Arbres morts et prairie verdoyante se partage le fond du cratère

Arbres morts et prairie verdoyante se partagent le fond du cratère

La remontée est un peu plus difficile car les gravillons, sur lesquels l’appui se fait, ont une fâcheuse tendance à être soumis à la force de gravité. Un coup d’œil en haut, personne sur la plateforme, je me glisse à nouveau sur le chemin, en direction de Motutapu. Un petit détour en route m’amène aux grottes de lave, deux couloirs d’environ huitante mètres de long dans lesquels il faut s’aventurer avec une lampe torche. Atmosphère Indiana Jones garantie, avec au plafond nombre de toiles d’araignée, des racines surgissant de la terre, des gouttes d’humidité tombant à intervalle régulier, au sol humide des cailloux épars, et quelques trous. Sympathique visite, mais qui ne vaut pas toutefois la petite heure de détour. Une fois encore je pesterai contre ces brochures néo-zélandaises qui n’ont aucun respect des distances et surtout où il est impossible de savoir sur quel chemin l’on se trouve.

Toiles d'araignées, racines tombantes, ... tout un programme

Toiles d'araignées, racines tombantes, ... tout un programme

L’heure de marche suivante sera très agréable; je tombe sur un charmant couple de retraités aucklandais qui sont venus avec leur fifty-fifty mouillé en baie d’Islington et ont profité de faire une petite balade sur l’île. Nous poursuivrons notre chemin de conserve en discutant d’Auckland, de Nouvelle-Zélande, de Suisse, des Kiwis (tant animal qu’humain), … Je les quitte peu avant d’arriver au petit pont me menant sur Motutapu.

10 mètres de pont sépare Rangitoto de Motutapu

10 mètres de pont séparent Rangitoto de Motutapu

La différence entre les deux îles est à l’image de leur terrain. Si Rangitoto, jeune et volcanique, s’est laissé envahir il y a 600 ans en arrière par une végétation dense, Motutapu, plus âgée et non-volcanique est recouverte de prairies, avec quelques bosquets éparpillés. Très tôt colonisée par les maoris, elle est aujourd’hui encore exploitée : vaches et moutons paissent sur ses pâturages.  Il y a un petit côté d’Appenzell, avec ces collines aux pentes douces, ces verts presque électriques. Je longe la route en terre battue, enfin plutôt en terre boueuse aujourd’hui, pour gagner le plus au point de l’île. Chemin faisant, deux grosses jeeps passent à côté, et à chaque fois le conducteur me demande si j’ai besoin d’un brin de conduite. Définitivement sympathiques ces kiwis.

Motutapu : patûrage et clôture

Motutapu : patûrages et clôture

Malgré l’envie d’aller encore plus loin, jusqu’au bout de l’île, je rebrousse chemin. Il ne faudra pas que je rate le dernier départ du ferry à 17h00, et les panneaux indicatifs me donnent encore 3 heures pour retourner au point de départ. Les kiwis n’étant pas de grands randonneurs, je peux en tout cas diminuer ce temps de ¾ d’heure. Au lieu de prendre la morne route noire qui amène directement au wharf, je m’engage sur un petit chemin pédestre menant à la jetée d’Islington Bay, où l’on trouve quelques petits bachs, bien entretenus, ou ce qu’il en reste.

Ruine d'un bach : seul les éléments solides perdurent

Ruine d'un bach : seuls les éléments solides perdurent

J’emprunte alors the coastal track, qui, malgré son nom, m’engloutit dans la végétation, et me prive de la vue sur Hauraki Gulf. Le chemin, traçant sa route sur la lave, ne cesse de zigzaguer pour éviter marais ou agrégats volcaniques, de monter ou de redescendre pour escalader les coulées. Parfois, quelques petites surprises, tel ce poteau électrique perdu au milieu de nulle part

Poteau électrique, sis sur une coulée de lave, perdu dans la forêt vierge

Poteau électrique, sis sur une coulée de lave, perdu dans la forêt vierge

Finalement, je parcourais le trajet en un peu plus d’1h15. Je profite de l’avance acquise pour me jeter une première fois à l’eau, dont la température est plus qu’agréable. Par contre, malgré ma prudence, quelques coquillages ont profité de lâchement s’attaquer à ma plante du pied. Résultat : deux petites coupures qui ne m’empêchent toutefois pas de marcher.

Jetée de Rangitoto, mon premier lieu de baignade

Jetée de Rangitoto, mon premier lieu de baignade

Retour à Auckland. Rangitoto est maintenant exempt de nuage. Pour souper, un bon steak découpé dans un gigot d’agneau désossé. L’emballage en contenait deux, j’ai grillé les deux en pensant en garder un pour le lendemain, j’ai bien dit penser.

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P.S. Des fois je me demande comment je fais pour être si loquace.