J62 – De Bondi à Coogee

12 07 2011

Funk House, Kings Cross, Sydney, mardi 12 juillet 2011, 1710 (GMT+10)

La nuit passée fut sans doute une des plus agréables de toute ma vie. Après six nuits durant lesquelles la position dite du chien de fusil n’était pas une option, dormir complètement étendu, les jambes allongées, le dos droit, la tête alignée dans la même direction est un véritable bonheur. Ce matin en me levant aucune courbature ou muscle douloureux suite à une position scabreuse pendant le sommeil! Mais ce n’était pas la fin, le déjeuner, assis confortablement sur un banc rembourré, à l’abri du vent et du froid, avec une boisson chaude et du véritable pain rendu encore plus croustillant par un rapide passage au toaster.  Définitivement, bien peu de choses suffisent à vous rendre la vie douce, après ces derniers jours.

Avant de partir je m’enquiers de la météo : temps exceptionnel pour aujourd’hui, avec une température atteignant 20°C, la plus chaude depuis la semaine passée, alors que des nuages pourraient recouvrir Sydney le lendemain. Personnellement, j’aurais plutôt apprécié le contraire. J’avais prévu de relier à pied Bondi à Coogee demain dans la journée pour profiter de l’offre spéciale steak’n’beer à 5$ au Coogee Hotel. Je préfère toutefois une ballade ensoleillée au bord de la mer, dans un endroit qui m’est encore inconnu, plutôt qu’un steak, aussi bon et peu cher soit-il. Le temps de remonter deux étages, récupérer maillot de bain et jumelles, et me voilà à la gare de Kings Cross, montant dans le train pour Bondi Junction. De là, le bus me mène jusqu’à Bondi Beach.

9h30. Le soleil brille, les surfeurs paressent à la surface de l’eau, les dauphins s’amusent dans les vagues, touristes et locaux déambulent sur le quai et le sable de cette longue plage en croissant de lune. L’ambiance est plus estivale qu’hivernale. Deux détails nous rappellent toutefois la saison : la présence d’une patinoire au bord de l’eau, ainsi qu’une plage presque déserte. Au lieu des 35’000 personnes déferlant quotidiennement l’été, j’estime à un petit millier les gens profitant de Bondi ce matin.

Avant de prendre le chemin du Sud en direction de Coogee, et en raison du caractère particulièrement oisif de cette journée, un détour par le Golf Club de Bondi est nécessaire. Remontant vers le Nord, arrivé à l’extrémité de la plage, je resterai un moment subjugué par les lames du Pacifique venant se briser sur le plateau marnal marquant le commencement des falaises. Sur ce dernier, Mermaid Rock montre la puissance de l’océan un jour de colère. Pesant près de 235 tonnes, durant la violente tempête du 15 juillet 1912, les flots après avoir arraché ce bloc au plateau, le déposèrent plusieurs mètres plus loin, mais aussi plus haut. Depuis lors, il brave fièrement les éléments. L’histoire ne raconte pas, en contrepartie, s’il continue à reculer.

Funk House, Kings Cross, Sydney, mercredi 13 juillet 2011, 640 (GMT+10)

Ne sachant trop si j’ai le droit ou non de m’avancer sur ce terrain de golf  – même si des panneaux indiquent que les visiteurs sont les bienvenus –  je n’ose m’aventurer sur le green, séparé par aucune barrière ni haie de l’espace public. Devant mon hésitation, un sexagénaire m’invitera cordialement à franchir le pas, me conseillera de longer le bord de la falaise:  je pourrai voir peut-être des baleines Humback – si j’ai de la chance – et surtout, je ne risquerai pas d’attraper une balle de golf. Des mammifères marins, aucune trace, par contre les gravures aborigènes sont bien à l’endroit indiqué. Une ceinture florale sépare le rocher du green et protège de l’abrasion l’œuvre des touristes inconscients qui aimeraient s’y promener. Ici les gravures conjuguent les avantages de The Basin – avec une grande surface – avec les petits plus de celle d’America Bay ou de Resolute Track – loin des touristes –. Sur la large pierre, les thèmes de la vie quotidienne sont représentés : baleines, poissons, boomerangs…

Les dix minutes culturelles étant écoulées, je peux enfin prendre la route pour Coogee, situé un peu plus de cinq kilomètres vers le sud. Il me faudra pourtant plus de deux heures pour les parcourir. L’itinéraire est tracé le long de la côte, tantôt suivant les plages recroquevillées au fond des baies, tantôt au sommet des falaises. Le paysage oscille entre un panorama urbain, où de nombreuses bâtisses de la belle époque côtoient des constructions plus modernes, et la nature à l’état sauvage poussant aux extrémités des promontoires ou se déchaînant à leurs pieds. Subjugué par les vagues, je me perdrai souvent dans leur contemplation lascive. Jamais le jeu du soleil sur les embruns, le contre-jour des crêtes aqueuses, les volutes d’écumes, ou l’arythmie des rouleaux ne me lasseront. De temps à autres, un surfeur s’élance sur une vague alors que cette dernière déferle. A ce petit jeu, les dauphins seront bien meilleurs; de temps à autre, surgissant du large, ils viendront s’ébattre dans les rouleaux, leur dos brillant au soleil, leurs sombres silhouettes se distinguant sous la surface. Si le temps est exceptionnel pour la saison, les vagues le sont tout autant. J’apprendrai qu’elles déferlent et roulent de 100 à 200 mètres plus au large que d’habitude.

Au gré de la ballade, quelques bornes content les histoires locales. En 1842, à sept kilomètres du centre de Sydney, Bondi n’est encore qu’un bush peuplé d’aborigène. Alors que la plage n’est qu’une destination de repos, Nosey Bob s’y établit dans un petit cottage. Une vingtaine d’année plus tard, en 1911, les bains devenant de plus en plus populaires, 750 cabines pour homme et 250 pour les femmes seront construites. Ces cabanes de bois seront remplacées en 1928 par le pavillon, encore visible de nos jours, pouvant abriter 12’000 personnes. Les plages de Tamarama, Bronte ou Bondi avec leurs courants sous-marins, déferlantes violentes, et vagues du Pacifique sont à l’origine des plus vieux Surf Lifesaving Club (SLSC). A l’origine, les membres de ces clubs travaillèrent bénévolement à secourir les nageurs en difficultés. De nos jours, des professionnels, épaulés encore par des bénévoles, surveillent quotidiennement les plages de Bondi, Tamarama et Bronte pendant l’été. En basse saison, leur présence se restreint uniquement sur la plus importante des trois. Leur plus haut fait d’arme, mais aussi le jour le plus noir, remonte au 6 février 1983, lorsqu’ils secoururent 250 personnes en une journée. Durant l’après-midi, alors que la plage de Bondi était peuplée de 35’000 estivants, trois énormes vagues la balayèrent. Utilisant leurs 7 esquifs, ils récupérèrent 100 personnes désarmées, dont 30 nécessitèrent une réanimation. Le bilan du jour ne se solda que par 5 décès, un véritable évènement. Pour finir sur une anecdote plus positive, afin de ne pas être destitués, les membres de l’Iceberg Club doivent venir nager tout les dimanches dans la piscine de l’association.

Après avoir apprécié de magnifiques paysages, écouté le chant des oiseaux, ouï le grondement des vagues, découvert les anciennes bâtisses des SLSC, joui de la vue imprenable sur l’océan que j’ai partagée pour une courte période avec d’inestimables maisons, j’arrive à Coogee. Bien plus petite que la ville de Bondi, elle est tout aussi déserte, endormie pour son sommeil hivernal. Ma première idée fut de me désaltérer au fameux bar et malgré le fait qu’il devrait déjà être ouvert depuis plus de deux heures, la porte est mystérieusement close. Aucun instructeur n’est présent, aucun ne le saura sur la plage plus au sud de XXXX. Il faut donc que je retourne à Bondi pour profiter de l’un ou l’autre de ces divertissements.

Un peu la flemme… je décide de prendre le bus pour le trajet inverse. Expérience faite, et après avoir découvert qu’il transite par Bondi Junction, cheminer à pied aurait été tout aussi rapide. De retour aux abords de la célèbre plage, l’un des australiens de la seule et unique école de surf me répond qu’aujourd’hui aucune leçon pour débutant n’est dispensée et qu’aucun magasin ne louera une planche à un novice. D’un côté dommage, mais devant la taille des vagues, j’aurais quand même hésité à me lancer et apprendre sur le tas. Je l’aurais peut être fait il y a quelques années en arrière, mais des expériences ont la valeur de vous assagir. Plutôt que de m’installer à la terrasse d’un bistrot, je déciderai de me mouiller et d’aller me distraire à l’instar d’un gamin dans les vagues. Je ne serai d’ailleurs pas le seul adulte à profiter de ce plaisir.

Une fois à l’eau je comprends mieux qu’il ne soit autorisé de se baigner qu’entre les drapeaux délimitant l’endroit surveillé. Lorsque l’eau se retire, il ne sert à rien de nager de toutes ses forces à contre-courant, ce dernier est bien plus fort. Sans compter les déferlantes qui vous roulent, qui vous poussent vers le fond, le sable abrasant délicatement votre peau. Lorsque le soleil décline sur l’horizon et teinte de orange les maisons construites sur le promontoire nord, je décide de retourner sur Sydney. L’heure que je passerai ruinera tous mes efforts pour passer une journée résolument paresseuse.

Une petite heure de détente à Funk House, avant de traverser la ville en direction de Pyrmont. Au Dunkirk Hôtel, l’un des deux bars historiques de Harry’s Street je retrouve Raphael. Je passerai une excellente soirée autour de quelques bières et d’un repas de brasserie (fish’n’chips). Nous discuterons de son acclimatation à Sydney, du prix des loyers encore plus élevés qu’à Genève, de mon voyage, de la nourriture locale. Il me racontera sa mésaventure. Alors qu’il rêvait d’un petit goût de Suisse, il a décidé d’acheter un morceau de véritable Gruyère Suisse AOC au supermarché. Hors de prix, il se révèlera complètement fade. Alors que je pensais que la patinoire possédait un revêtement plastique, il m’apprend qu’il s’agit d’une véritable patinoire, avec de la véritable glace. Définitivement fou ces Australiens, quand l’on sait que les températures sont toujours comprises entre 5 et 20 °C, nuit comprise. Lorsque le bar fermera ses portes, nous quittons les lieux et après un dernier adieu, nous repartons chacun de notre côté.

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J46 – Plages des Coromandel

26 06 2011

Fantail Bay, dimanche 26 juin 2011, 20h40
Trajet : Broken Hills – Fantail Bay
D = 7070.3 km

Cela faisait bien quelques semaines que je ne m’étais plus levé longtemps avant le soleil. Alors que les premières lueurs de l’aube apparaissent, je suis fin prêt à partir. En attendant que la luminosité devienne suffisante pour apprécier le paysage, je rejoins une petite goulotte que j’avais découverte hier au pied d’une cascade. L’eau y est fraîche, mais cette baignoire naturelle me convient parfaitement pour faire plus qu’un brin de toilette.

Premier arrêt de la journée quelques centaines de mètres en contrebas dans la vallée : une petite balade digestive jusqu’aux reliques des batteries de Broken Hills. Deux blocs recouverts de mousse, dont le béton commence à se désagréger : pas des plus intéressants. De retour sur la route goudronnée, je rejoins la côte à Tairu. Les derniers méandres de l’eau, s’écoulant dans la vaste baie intérieure, étincèlent sous le soleil levant. Au loin Paku Hill domine de sa noire silhouette vase et navires échoués. Un petit détour m’amène presque jusqu’au sommet de la colline. Le temps de grimper quatre à quatre des escaliers et j’atteins la pointe de cet ancien volcan.  La vue est tout simplement magnifique. Du sud au nord, la côte déchiquetée des Coromandel s’étend : plages, falaises, haut-fond, et mer turquoise. Au large, îles, îlots, et roches se dressent au-dessus des flots. A l’horizon, le ciel rosi par le petit matin est maculé de fins nuages blancs. A l’ouest, les montagnes des Coromandel : Pinnacles et Table Mountain se perdent dans le brouillard. Définitivement, je manque de chance pour observer les sommets en Nouvelle-Zélande.

Il est temps de poursuivre mon chemin avant que la marée montante ne me permette plus de profiter des merveilles de la nature. Du sommet des collines, entre forêt dense et terre rouge, une route secondaire coupe à travers les pâturages, avant de se terminer à Hot Water Beach. Jamais une plage n’a aussi bien porté son nom. Durant les deux heures de la marée basse, les sources d’eau chaude résurgentes de dessous la plage sont apparentes. Il ne reste plus qu’à creuser son propre jacuzzi dans le sable. Le choix de la position est une question de finesse : loin du front de la marée, la piscine durera plus longtemps, mais aucune vague ne viendra tempérer l’eau. Or, l’eau est chaude, très chaude. A mesure que je m’approche des sources, je sens le sable sous mes pieds devenir de plus en plus chaud. Une place étant disponible dans le trou communautaire, je m’installe confortablement. Un vrai bonheur à côté duquel le bain froid de ce matin est rétrogradé avec le qualificatif de glacial. Une demi-heure après, lors de ma sortie, j’ai sûrement la même impression qu’un homard sur le point de se faire déguster : cuit à point. Peu après, les vagues commencent à avoir raison de la digue, et le jacuzzi se fait peu à peu avaler par l’océan.

Le temps de gagner Cathedral Cove, encore un autre lieu magique de la Nouvelle-Zélande, dont le nom provient de la présence d’une arche naturelle, creusée par la mer dans la falaise de molasse. Sur le parking, un panneau du DoC préconise d’éviter de pénétrer sous la voûte, car cette dernière se désagrège peu à peu. Au début du sentier, une plateforme permet d’observer la côte en direction de la merveille. Des eaux turquoises baignent des falaises beiges, surmontées d’une couronne végétale, où le vert clair des fougères contraste avec le vert foncé des arbres. Le chemin serpente entre orée de forêts et pâturages, manukas, tanukas et autres taillis peuplant les landes s’avançant sur les promontoires. Quelques volées d’escaliers et mes pieds foulent le sable fin. La première impression est paradisiaque, avec ces contrastes colorés : une mer limpide, une longue voûte élégante en arc brisé, des sculptures délicates, œuvres du vent et de la mer, cette cascade ruisselant depuis le sommet de la falaise… Mais cette impression disparaît peu à peu car l’endroit est trop peuplé. Je n’ose imaginer la populace présente en plein été.

Ce sera la première fois que je transgresserai une prescription de sécurité du DoC, mais l’attrait d’emporter un souvenir plus isolé de cette endroit m’amène à passer outre les cordes jaunes, comme de nombreux touristes avant moi à voir les empreintes présentes. Un pas pressé pour traverser et me voilà de l’autre côté de la merveille. Si l’endroit n’est pas non plus complètement désert, l’arche n’apparaît plus à contre jour. Plus loin, un pilier isolé, aux pieds rongés par les vagues, se dresse à quelques mètres de la plage, vestige d’une ancienne voûte. Je regrette la présence de ces cordes de sécurité et les panneaux de mise en garde: il est bien difficile de trouver un cadrage intéressant, tout en évitant que ces éléments apparaissent sur la photographie. De retour de l’autre côté, j’attendrai patiemment qu’asiatiques et indiens, sans doute débarqués de quelques cars à vocation touristique, évacuent les lieux pour profiter de l’arc-en-ciel qui se déploie au pied de la chute d’eau. Une petite portion où les cinq couleurs apparaissent de manière éclatante, selon un angle de vision bien restreint. Magie que nombre de touristes n’ont pas su apercevoir. Sur le chemin du retour, je descendrai jusqu’aux deux autres baies. La première, Stingray Bay, est celle observée depuis le parking, une demi-lune ; la deuxième Gemstone Bay porte bien son nom, car au lieu du sable fin, des boulders, rochers aux formes arrondies de toutes tailles, forment une grève avenante, mais délaissée des touristes malgré une eau aussi translucide que dans les autres criques.

Avant de rejoindre la SH25, un détour me mène à Purangi Estate. Je me posais bien des questions sur la présence de cette cave dans une région au climat humide (3 à 4000 mm/an), tout sauf propice à la vigne. Peut-être que les raisins sont vendangés dans une vigne plus au sud et vinifiés ici? Une pratique courante en Nouvelle-Zélande où la récolte peut parcourir plusieurs centaines de kilomètres avant d’être pressée. Purangi Estate produit du vin local: les fruits sont tous issus de vignobles poussant sur la péninsule. Je vous passerai les détails cette fois : sauvignon blanc, chardonnay ou encore pinot noir ne développent par les saveurs de leurs cousins méridionaux: un final très acide pour les blancs et une amertume prononcée pour le rouge ne m’emballent pas. Les producteurs, conscients de leurs problèmes, se sont recentrés sur d’autres produits : liqueur de prunes, feijoas – excellente – ou de miel de manuka – une merveille -, arak ou pastis, cidre de pommes ou de feijoas, vins de kiwi, … Le choix est large. Après avoir testé leur produit populaire, je dois reconnaître que la qualité est bien meilleure que celle de leur vin. Pour la petite histoire, alors que je savais que le kiwi est originaire de Chine, je supposais que le feijoa, malgré son nom, était un pur produit néozélandais. Mais cette plante fut à l’origine ramenée du Brésil et de l’Uruguay en Europe pour ses fleurs rouges très ornementales, avant d’être amenée sur Aotearoa par les colons. La fleur rouge du feijoa, si belle, se confond avec celle des pohutukawas, si bien que son aspect décoratif a disparu. C’est à ce moment que les colons ont remarqué la présence des excellents fruits. Aujourd’hui, il est encore possible de trouver des feijoas sur le Vieux-Continent, en Espagne, Italie ou le Sud de la France, où l’arbre n’est toujours qu’apprécié pour sa floraison.

Sur les conseils de Dani, l’un des producteurs, je me rends jusqu’à Shakespeare Cliff, du sommet duquel la vue porte sur tout Mercury Bay. Une fois de plus, le nom fut donné par le Capitaine Cook, lorsque ce dernier ancra l’Endeavour dans cette baie afin d’y observer le transit de Mercure du 5 au 15 septembre 1769. La vue est réellement magnifique et permet de prendre conscience de l’immensité de cette baie, partagée en deux par ce promontoire élevé. 40 kilomètres seront nécessaires pour gagner Whitianga, situé de l’autre côté, où je remplirai une dernière fois le réservoir d’Hibiscus. Après avoir coupé à travers les terres, escaladant les collines, je quitte la SH25 à Kuaotunu et m’engage sur une route gravillonnée en direction de l’est. Les montées sont encore plus impressionnantes: je n’atteindrai péniblement que les 25 [km/h] par endroits. Mais le jeu en vaut largement la chandelle: je découvre à Otama une longue plage de sable blanc, si fin que j’ai l’impression de marcher dans de la silice colloïdal. Sous mes pas, le crissement aigu des grains se fait entendre à chaque enjambée, lorsque mes souliers marquent la plage de leurs empreintes. Je roulerai jusqu’à Opito Bay, où le Lonely Planet décrit la plage comme l’un des secrets jalousement gardé des Coromandel. Pour ma part, je considère que la précédente est bien plus magique.

De retour sur la SH25, je flâne le long de la côte pour profiter de quelques avancées rocheuses, parfois occupées par des locaux pêchant ou profitant de tricoter au soleil. De retour dans les terres, je suis le rivage de Whangapoua Harbour, une immense rade découverte à marée basse, jusqu’au village éponyme où la route se termine en cul-de-sac. Mais, de là, il est possible de gagner New Chums Bay, une plage presque toujours déserte. L’accès semble relativement aisé, excepté le premier obstacle, une rivière à traverser. La marée étant haute, la profondeur du cours d’eau est d’autant plus élevée. Un local me confirme qu’il s’agit bien de l’unique chemin. Il me met en garde contre le crépuscule qui sera là d’ici une bonne heure et que le retour peut s’avérer quelque peu scabreux de nuit sur les boulders de la grève. La frontale accrochée à mon sac le rassurera, et, juste avant de partir me lance un « profitez bien de cette plage, elle est classée dans les sept plus belles du monde ». Chemin faisant, je rencontre trois gars – un montréalais et deux bulgares – cascadeurs durant le tournage de Spartacus, une série télévisée. Cascadeurs de profession, mais de véritables poules mouillées à entendre leurs cris lorsqu’il s’agit de traverser une fraîche rivière. Chemin faisant, je les laisserai bien derrière, et arriverai à New Chums avec les derniers rayons du soleil. Une véritable splendeur, sans doute la plus belle plage que j’aie vue : forêt exubérante, le sable fin et blanc du sommet des dunes devenant plus grossier et se teintant de pourpre au niveau de l’eau, falaise ornée de cailloux, présentant des strates multicolores – noir, blanc, orange, ocre et même rouge –, parois basaltique, blocs épars sur la plage, dont la coloration si cramoisie de l’un le fait paraître artificiel. Je n’aurai qu’un seul regret: celui d’être arrivé après le couchant. De jour, les couleurs ravivées par le soleil doivent être grandioses. Au retour, j’escaladerai la tête, située à l’est de la baie. La vue sur la plage en contrebas vaut l’effort fourni pour y arriver. Je n’y resterai pas longtemps, juste encore quelques minutes en raison du panorama, se terminant avec les crêtes des montagnes se découpant dans le ciel orangé.

De retour à Hibiscus, alors que l’obscurité voile le paysage, deux choix s’offrent à moi. Le premier est de trouver un coin peu éloigné pour y camper et revenir à New Chums demain matin pour profiter de cette merveille, au risque d’une amende salée pour camping sauvage de la part de la vigilante police des Coromandel, ou simplement suivre mon plan initial et rouler jusqu’à Fantail Bay, situé presque au bout des Coromandel. Malgré les huitante kilomètres restant à parcourir, la deuxième solution l’emportera. A l’instant où je franchis le col me menant sur la côte ouest, je crois être retourné d’une demi-heure dans le passé, tant la luminosité est redevenue plus importante. Toutefois, le répit ne sera que de courte durée: un voile sombre s’étendra sur Coromandel Harbour et son chapelet d’îles bien rapidement. A Coromandel Town, il ne me reste plus que 25 kilomètres de routes goudronnées à parcourir, avant d’entamer les 23 derniers sur le graviers. La route se tortille au gré des caprices costaux, grimpe, descend, vire à gauche, se courbe à droite, une vraie montagne russe.

Arrivé enfin aux environs de dix-neuf heure, je me parque au bord de l’eau, de manière à ce que le bruit des vagues me berce durant la nuit. Pour souper, avocat en apéro, steak de bœuf, carottes vichy et kumaras grillés aux petits oignons, le tout accompagné d’un ou deux verres de Pinot Noir de l’Otago Central. Et pour dessert, j’ai réussi à trouver un véritable pain aux noix, à la croûte croustillante. Beurré, accompagné du cheddar goûteux et d’un bleu succulent, un vrai régal.

Après souper, la question de ces deux prochains jours se pose. Je décide de passer une dernière nuit en cabane, demain, dans les Coromandel Range. Une randonnée de quatre heures pour y aller, après avoir découvert le Far North de cette péninsule en matinée. En prévision, je retourne derrière mon fourneau à un seul feu préparer mon repas pour demain soir. La facilité du réchauffé permet d’avoir un bon petit plat mitonné, après une dure journée de marche, sans avoir à cuisiner.

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J33 – Big Franz et Okarito Lagoon

13 06 2011

Okarito Lagoon, West Coast, dimanche 13 juin 2011, 19h20

Trajet : Lake Matheson – Franz Joseph Glacier – Okarito Lagoon

D = 4789.7 km

La journée fut bien chargée : l’une des plus belles que j’aie passée en Nouvelle-Zélande. La fatigue est proportionnelle au nombre de balades, mais la beauté et la diversité des paysages observés en vaut largement la peine. Une bonne nuit de sommeil et demain je serai frais comme l’océan arctique pour remonter la West Coast en direction du Nord.

Réveil plus que matinal, suivi rapidement du petit déjeuner. Alors que l’aube ne pointe pas encore, je rejoins les rives du Lake Matheson. Recouvertes de forêt, il me faut les longer jusqu’à une plateforme, afin d’admirer un des plus beau spectacles de Nouvelle-Zélande. Le lac offre un miroir parfait, dans lequel se reflètent les Alpes du Sud, en particulier Aoraki/Mt Cook et Mt Tasman. Depuis cette première jetée, le tableau est magnifique, toutefois en continuant jusqu’au bout du lac, une plateforme surélevée donne accès à la vue des vues. Le paysage est digne d’un calendrier, il ne manque qu’un photographe professionnel pour réussir à figer l’instant en le sublimant. Dès 1930, ses caractéristiques optiques en font un lieu incontournable pour les touristes et sa célèbre réflexion devient une image d’Epinal et orne affiches, timbres, publicités pour les Glaciers, étiquettes de bière, … Aujourd’hui, pas moins d’une vingtaine de cars, bondés de touristes, peuvent débarquer quotidiennement. Je m’y suis rendu le matin, alors que l’individu lambda est encore en train de se réveiller paresseusement dans son lit, non seulement pour les couleurs, bien plus chatoyantes de l’aube, mais aussi pour éviter la foule.

9h30, il est temps de me mettre en route après ce petit tour de chauffe. Direction, le Grand, l’Incroyable, le Magnifique, la Perle, Franz-Joseph Glacier, surnommé affectueusement Big Franz par les kiwis, ou encore appelé Ka Roimata o Hine Hukatere, les larmes de la fille Avalanche, par les maoris. La légende voudrait qu’une jeune fille, à la suite de la perte de son amoureux, chutant de l’un des pics, pleura. Les larmes formèrent une inondation qui se gela sous la forme d’un glacier. Le premier à l’explorer fut le géologue autrichien Julius Haast – encore lui – qui le nomma ainsi en l’honneur de son empereur. A mon arrivée, en raison de la topologie de la montagne et des différentes collines épargnées par l’érosion glacière, il n’est possible d’apercevoir que la partie supérieure du Big Franz.

Aujourd’hui, la belle marche quotidienne sera celle menant jusqu’à Roberts Point, un morceau de choix, tant historique que physique. Il s’agit du tracé principal qu’empruntaient les touristes dans les années 1930 pour aller admirer le glacier. D’ailleurs, l’ancienne cabane Hendes y est toujours visible. Aujourd’hui, le chemin n’est que rarement usité par les touristes, le DOC indiquant qu’il est nécessaire d’être équipé de bonnes chaussures, d’avoir une certaine expérience de la randonnée ainsi que de ne pas prendre peur aux franchissements de ruisseaux. Rien de bien terrifiant au premier abord. Jonathan et Sam me l’avaient décrit comme un bon sentier valaisan bien de chez nous, et Annika, qui pourtant suivait sans problème mon rythme, m’a affirmé qu’elle n’y remonterait pas de sitôt. Bref, j’en ai déjà l’eau à la bouche.

Tout d’abord l’itinéraire serpente à travers le bush jusqu’au pont historique de Douglas Bridge en passant à côté de Peters Pool, une goulotte dans laquelle le glacier se reflétait il y a 80 ans. Arrivé au pont, le chemin aménagé continue en direction de Franz Joseph Town. De l’autre côté de Waiho River, une petite sente s’accroche à flanc de montagne, disparaissant dans une forêt de Rata et Kamahi. Le tracé ne cesse de monter, descendre, remonter, … suivant les soubresauts du terrain. Les vestiges de l’ancien tracé sont encore visibles à travers des pierres brutes grossièrement aménagées en escaliers, ou encore quelques dalles disposées les unes après les autres pour traverser une zone humide. Une montée abrupte mène jusqu’à un pont suspendu, traversant Arch Creek. De l’autre côté, je monte à travers des barres schisteuses, grimpant sur le roc poli par les années et le ruissellement de filets d’eau. La vue sur la vallée en contrebas, s’ouvrant en direction de l’océan, est grandiose : un lit, gris de rocaille, s’étend dans la plaine, la forêt, accrochée sur les flancs des montagnes, colonise à nouveau le terrain à mesure que le glacier recule. Au loin, la rivière n’occupe plus qu’une faible portion de la vallée, intégralement recouverte de vert.

Sitôt arrivé à Hendes Hut, un magnifique escalier suspendu longe une vertigineuse paroi. Il me ramène au niveau de la plaine, et je reprends alors l’ascension à travers la forêt et les schistes. La chute récente d’un arbre, m’oblige à  grimper un talus abrupt pour rejoindre le chemin quatre mètres plus haut. Un dernier pont suspendu au-dessus de Rope Creek me rapproche peu à peu de mon but. La pente se fait plus raide, la vue est complètement masquée par la végétation, et alors que je m’y attends le moins du monde, j’arrive à une plateforme en bois, Roberts Point, dont l’escalier tourne le dos au glacier. A part depuis le parking, au bout d’une bonne heure trois quarts de randonnée je n’ai pas encore aperçu le glacier, alors qu’il est visible au bout de 10 minutes en empruntant la balade menant jusqu’à son front. Bref, arrivé sur la plateforme, je me retourne. Une longue langue blanche dévale la pente, épouse le contour de la pente, sertie dans sa vallée comme un joyau sur une bague. Grandiose, il s’agit sans doute du plus beau glacier que j’aie aperçu de ma vie. Et dire qu’en 1930, sa surface n’était qu’à quelques mètres en-dessous de cet endroit.

Je resterai un long moment à le contempler, me remémorant certain de ses hauts faits que j’ai lus. Lorsque Big Franz était encore une force de la nature, il pouvait dévaler la pente de 5 mètres par jour, ou encore alors qu’en 1943, un avion s’est crashé sur son névé, le lieu où pluie et neige se transforment en glace, il ne lui a fallu que 3.5 ans pour recracher les débris 6.5 kilomètres en aval. Aujourd’hui, réchauffement climatique oblige, il est bien mal en point. Ce début d’hiver lui sera loin d’être bénéfique, les températures moyennes et maximales sont les plus chaudes observées depuis plus d’un siècle. Alors qu’il occupait largement la plaine il y a 70 ans, dans son retrait, il va bientôt commencer à se retirer dans sa vallée. Un grand dommage, car je doute qu’il y ait d’autres endroits au monde où il est possible d’observer un glacier, depuis une forêt vierge à moins de 500 mètres de distance.

La montée s’est avérée être une des plus difficile que j’ai rencontré en Nouvelle-Zélande, tant par la qualité du chemin que pour la côte. La descente s’avère être aussi aventureuse. Le schiste humide ne pardonne pas les faux pas. Les racines glissantes sont autant de pièges pour glisser à même le sol. La mousse, recouvrant par endroit le roc, n’assure aucune adhérence. Il s’agira bien de la première fois où je serai à peine plus rapide lors du retour. Aux abords de Hendes Hut, sitôt surgi de l’escalier, j’observe un troupeau de chamois se repaître tranquillement des touffes d’herbes éparses poussant sur le rocher. Plein d’aubaine, je suis sous leur vent et à moins de bouger ou de briser le silence, je peux les observer à volonté. Au bout de ce qu’il me semble quelques minutes, je décide de tenter ma chance en les photographiant. Malheureusement, ils s’en apercevront trop tôt et je ne saisirai que l’image fugace d’un chamois en plein bond.

Arrivé à Douglas Bridge, je croise le responsable du bureau du DOC local. M’interpellant sur la qualité du chemin, je lui répondrai que cela m’a fait plaisir de gravir un tel sentier. Il me vantera les mérites de la West Coast,  me dit de rester quelques jours de plus pour gravir l’Alex Knob Track où la vue embrase le contour de la vallée et l’intégrité de son Big Franz, découvrir la Copland Track – il sourira d’ailleurs en apprenant que je ne l’ai accomplie qu’en partie par manque de temps –, ou encore dans les quelques vallées suivantes. Lui, de son côté, emprunte chaque jour un des divers itinéraires pour surveiller son bébé, et c’est avec horreur qu’il observe que Franz perd quotidiennement une dizaine de centimètres en épaisseur, se réduisant chaque jour d’avantage. Il me quitte toutefois, en s’excusant, car il aimerait parvenir à la cabane avant de retourner au village pour  une réunion.

De retour à parking, son discours ayant été si enthousiasme, je me rappelle le ton sur lequel il affirmé « il faut au moins aller jusqu’au front pour l’admirer », que je me décide à parcourir le tracé suivi par les nombreux touristes. Il est vrai que ne connaissant pas la date de ma prochaine visite dans ce pays, peut être qu’il aura complètement disparu, ou tout du moins qu’il aura fortement régressé. Je dois admettre que le coup d’œil valait la peine. Toutefois, je trouve le panorama depuis Roberts Point bien plus impressionnant.

Après ce petit intermède, un rapide passage au bureau du DOC me permet de vérifier l’horaire des marées à Okarito. Comme la mer est base à 14h44, j’ai le temps de m’y rendre pour accomplir une dernière petite balade le long de la plage. Avant de quitter Franz Joseph Village, un petit arrêt à l’épicerie pour avitailler la cambuse. Un des grands avantages de la forêt de la West Coast dévalant de façon ininterrompue les flancs des montagnes jusqu’à la mer est qu’en réduisant le champ de vision à la simple tranchée de la route, les arrêts photographiques ne sont pas fréquents. A quelques kilomètres de la côte, la forêt cède le pas au bush, dégageant la vue lorsque la route est construite sur un terre-plein. Sur une dizaine de kilomètres autour d’Okarito, la côte est parsemée de lagons marnals, autrement dit dont le niveau de l’eau et la salinité varie avec la marée. Au nord de la route, Okarito Lagoon, le plus grand de Nouvelle-Zélande, est le biotope de plusieurs espèces rares, et le seul site où niche le héron blanc.

Arrivé à proximité de la plage, les vents d’Ouest de la mer de Tasmanie me cueillent à la sortie du véhicule. J’enfilerai vite mon coupe-vent, avant de partir en ballade. Pour la dernière randonnée de la journée, je gagnerai Three Mile Lagoon, le long du littoral. L’air est parfumé d’embruns, les lames se finissent en rouleaux déferlant sur le sable et les galets, les rochers sont sculptés par la mer toujours furieuse. La plage se déroule au pied d’une paroi végétale, où s’écoulent quelques cours d’eau. Et soudain, au détour de Kohuamaru Bluff, marquant l’arrivée au lagon, la vue est paradisiaque. Au premier plan, protégées de la mer par une digue naturelle de galets, les eaux brunes du lagon sont à peine ridées par le vent tasman. En arrière-plan, le bandeau vert foncé de la forêt ceint une prairie de flax – chanvre néozélandais – marquant la limite est du lagon. Quelques bancs de nuages, poussés par les airs, survolent les bois. Et au-dessus, couronnant ce paysage, les sommets enneigés des Southern Alps, dominés par Aoraki/Mt Cook et le Mt Tasman. Paysage incroyable. Ici, les hauts sommets, culminant à plus de 3000 mètres, sont à peine éloignés d’une quarantaine de kilomètres de la côte. Après une balade écourtée dans Three Mile Lagoon par la marée montante, assis dans l’herbe, j’admire le crépuscule tombé sur ce panorama surréaliste.

Alors que la nuit tombe, je retourne jusqu’à Okarito par le chemin tracé au sommet de la falaise, parmi la forêt vierge. La vue est inexistante, la luminosité très faible, mais la marée haute empêche tout retour le long de la plage. Comme maigre consolation, j’emprunte un itinéraire vieux de plus de 150 ans, quand les chercheurs d’or prospectaient à Three Miles Lagoon. Okarito fait partie de villages érigés lors des ruées, sa vie fut brève, de 1865 à 1868, trois glorieuses années folles, dont le seul vestige est ce chemin. Souper, rédaction et au lit. J’en ai bien besoin ce soir.

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J17 – Catlins Est

28 05 2011

Bluff, samedi 28 mai 2011, 20h00

Trajet : Slope Point – Niagara – Bluff

Distance : 3171.9 km

Franchement bizarre la météo sur les Caitlins! Durant cette nuit, un grand nombre d’averses s’est abattu sur mon campervan, la pluie tambourinant sur le toit métallique. Si au-dessus de moi, la noirceur des nuages cachait le ciel, les étoiles étaient visible de part et d’autre du grain. L’éclairage translucide des gouttes de pluie par la lune au loin donne une ambiance irréelle. De nouveau, la chance est avec moi, le ciel étant clair, je roule encore quelques kilomètres vers le sud, jusqu’à Slope Point, le point le plus méridional de la Nouvelle Zélande, si Steward Island est exclue. Slope, la pente en anglais, a donné son nom à cette pointe, car les terrains descendent en pente douce jusque vers la mer, s’arrêtant en de petites falaises d’une vingtaine de mètres. Une fois parqué, une petite balade m’amène jusqu’au bout du monde, balayé par un vent déchaîné, le même qui souffle sur les quarantièmes hurlants. Un bon bol d’air, qui aura même effleuré l’antarctique avant de venir rafraîchir les côtes néo-zélandaises, me pousse à marcher à moitié courbé pour ne pas être renversé par les bourrasques.

J’y arrive enfin, 46°40’40’’ Sud, 169°00’11’’ Est, 7 kilomètres plus au sud que Bluff. La pointe est ornée de trois signaux, chacun destiné à une catégorie particulière de gens. Le plus connu est sans nul doute celui des touristes, indiquant que l’on se trouve plus proche du Pôle Sud que de l’équateur; vient ensuite la tourelle des marins, dont le but est d’avertir les navires de cette extrémité et enfin la troisième ne concerne que les géomètres et topographes: un vieux trépied rouillé surmonte un point de mensuration. Bien après son lever, le soleil darde ses rayons sur Slope Point. Il doit s’élever suffisamment haut afin d’être visible par dessus la colline. Pour ma part, je ne profiterai que d’un court moment de sa chaleur bienfaisante, de gros nuages ayant décidé d’en jouir pleinement.

North Arm Hut, Rakiura Track, Stewart Island 14h30

Bien que n’ayant pas encore déjeuné, il souffle bien trop par ici pour me restaurer. Je me préparerai eggs and bacon lorsque je serai parvenu dans un endroit plus abrité. Prochaine destination, Curio Bay, où le vent sera tout aussi puissant. Alors que la marée est presque haute, j’ai encore le temps d’admirer la forêt pétrifiée. Il y a un peu plus de 170 millions d’années, des crues soudaine ont emporté la forêt, l’enterrant sous des flots de boue et de limon. Aujourd’hui, les vagues ayant fait leur oeuvre, rongeant petit à petit leur gangue, les troncs fossilisés sont devenus apparents. Les détails sont innombrables: l’empreinte de l’écorce, les grains du bois sont visibles, les cernes saisonnières texturent la roche en de multiples vallons, … Les troncs pétrifiés, plus durs que la pierre environnante, détachent leurs longues silhouettes sur le plateau marnal. Une petite ballade le long de la côte m’amène jusqu’à Porpoise Bay. Je n’y verrai point les dauphins Hector, une espèce très spécifique à la Nouvelle-Zélande, partis dans des eaux plus chaudes pour passer l’hiver. En retournant sur mes pas, je converserai avec un charmant couple de personnes âgées, vivant à Nelso : « You’re a silly boy », un garçon, un bon, pour visiter l’île du Sud en fin d’automne.

Je remonte alors la vallée jusqu’à Niagara Falls (NZ) situé dans le village éponyme. Nommées ainsi par un voyageur local à son retour du Canada, ces chutes d’eau, ou plutôt cascades, même pas, je ne trouve point de mot pour définir ce petit rapide chutant d’à peine 1 mètre. Aussi minuscules qu’elles puissent paraître, leur influence sur l’économie locale fut importante puisqu’elles arrêtèrent complètement la remontée des scows: troncs d’arbre et blés devaient donc transiter par voie de terre depuis l’intérieur du pays avant d’être transbordés sur un bateau ici à Niagara pour rejoindre Dunedin.

Direction Catlins Forest, je me permets une petite halte à Waikawa pour d’une part éliminer déchets et bouteilles que je transbahute depuis quelques jours, et surtout  pour me restaurer. Il est presque l’heure de l’apéro, eggs and bacon seront les bienvenus. Deux autres arrêts touristiques seront nécessaires, l’un pour admirer l’ancienne auge en ciment, dans laquelle s’abreuvèrent les cheveux de la diligence suite à la rude montée de Cemetary Hill, l’autre pour regarder les vestiges de la vieille route empruntée par cette ligne. Je serai toutefois incapable de découvrir la moindre trace sur 500 mètres d’une route terminant en cul-de-sac.

De retour sur une route de gravier – sans en emprunter aucune, il est impossible d’appréhender les Catlins dans leur intégrité -, j’arrive enfin à Waikawa Forest, l’une des rares forêts dont une partie de la végétation n’a pas été influencée par le fort développement de la région à la fin du XIXe siècle. Sur le prospectus, la note suivant la description de la ballade m’avait interpellée, indiquant qu’un bon niveau de forme et qu’une certaine expérience est requise. Le traditionnel panneau du DOC, au début du tracé, met en garde, quant à lui, contre un chemin mal plat et glissant, ainsi que des cours d’eau à traverser à gué. Je m’en réjouis d’avance, et d’ailleurs je n’en ressortirai pas déçu.

Le tracé s’enfonce dans les hautes herbes avant de disparaître dans l’univers sombre de la végétation touffue : feuillus aux troncs recouverts de mousse, fougères-arbres, lichens, racines luisantes, tout transpire d’humidité; à peine un rayon de soleil frappe une surface, que de la vapeur d’eau s’élève de cette dernière. Les verts sont éclatants, les bruns lumineux, … mais tout baigne dans l’ombre de la canopée. Et le chemin, proche de ceux de chez nous, déroule son ruban sinueux entre les arbres. A la place de pierres pour traverser les endroits boueux, des tronçons de pieds de fougère, quelques planches de bois, maintenues par des piquets, pour former de rudimentaires escaliers dans les endroits pentus et éviter des glissements de terrain, … Les cours d’eau à traverser ne seront toutefois que de petits ruisseaux, aisément franchissables d’un long pas, et les endroits glissants, à moins de ne pas savoir poser ses pieds correctement, ne sont pas de véritables dérupes. Sans offense, je n’y amènerai quand même pas mes grands-parents, le chemin reste quand même mal plat.

Et les chutes d’eau? Sans rentrer dans les spectaculaires telles Breidal Vell ou  celle de Kerikeri, elles sont bien jolies. Au pluriel, car il y en a deux. La petite, située plus bas, déverse l’eau en un large ruban, sur une hauteur raisonnable, alors que sa grande soeur, en amont, projette son puissant jet dans un magnifique amphithéâtre sauvage. Il n’est toutefois possible de l’admirer pleinement qu’en traversant la rivière, le pont ayant été emporté par quelques précédentes crues, un peu d’acrobatie  sur de gros rochers, conglomérats de sable et de cailloux recouverts de lichen, permet d’éviter de mettre les pieds dans l’eau. Mais le coup d’oeil vaut le coup: la longue cascade est cernée à gauche par une falaise de molasse, verdie par des mousses, ornée d’une couronne de fougères descendant en grappe, alors qu’à droite la forêt touffue, prenant appui sur de gros blocs, laisse apparaître quelques gigantesques arbres morts, penchés au-dessus du cours d’eau. Magnifiques ballades, sans compter que j’ai oublier de décrire la sérénade des Tuis et de leurs incroyables battements d’ailes. Je vous en avait déjà parlé, mais j’ai découvert aujourd’hui le volatile à l’origine de ce bruit : le pigeon des bois, un oiseau bien plus massif que son cousin des villes.

Déjà le milieu de l’après-midi, le temps s’écoule définitivement trop vite, le dernier arrêt d’importance dans les Catlins sera Waipapa Point, sur lequel est érigé un phare dont la cloche sonna le 1er janvier 884 pour la première fois, annonçant la présence de récifs au large. Il faut dire que l’endroit a connu le pire désastre maritime de la Nouvelle-Zélande lors du naufrage du SS Tararua le 29 avril 1881, avec la mort de 131 passagers sur les 151 embarqués. En début d’après-midi, alors qu’il s’écrase contre les rochers, les naufragés sont tout d’abord confiants, lorsque l’un des leurs a réussi à nager les 300 yards jusqu’au rivage pour prévenir des secours. Toutefois, ils arriveront trop tard, et à mesure que la journée avance, la panique s’accroît à bord, surtout lorsque la mer se fait de plus en plus agitée. Finalement, à 2 heures du matin, un dernier cri se fait entendre, et les corps seront rejetés sur le rivage. Leur décomposition étant trop rapide, ils seront enterrés dans un lopin de terre jouxtant la plage. Si une stèle et trois pierres tombales marquent l’endroit, cela n’empêche pas les moutons d’y venir pâturer en paix.

De ce cimetière, Tararua Acre, je gagnerai le phare en marchant le long de plage, à la bordure du ressac. Il paraîtrait que des sables mouvants hantent les pieds des dunes. J’ai pris beaucoup de plaisir à respirer cet air chargé d’embrun, le nez au vent, la veste claquant dans les rafales. Moment intemporel, perdu dans l’infini bleu de l’océan. Peu avant la pointe, je remonte sur les dunes, sous le regard bienveillant de deux gros lions de mer mâles gardant le troupeau. Le phare, dans sa blanche livrée de rigueur, est surmonté d’une petite girouette rouge vif. A ses côtés, un massif d’arbres aux troncs couchés par le vent, à la frondaison sculptée par les airs, marque l’emplacement de l’ancien bach des gardiens. Aujourd’hui, seules deux poutres de fondation résistent encore. Dos au vent, le retour jusqu’à Hibiscus est bien plus véloce.

Dernière étape de la journée : Fortrose, la porte d’entrée ou de sortie à l’est des Catlins. J’y trouve une pierre, la dernière de l’ancienne forge de Fortrose, qui fut aussi une fonderie durant l’Age d’Or de la région. Il en sortait marmites à graisse pour les baleiniers,  bougies et éléments de wagon pour les trains destinés à sortir les troncs de la forêt, ou encore divers éléments de machines à vapeur. Un peu à l’écart, le cimetière dans lequel est enterré le capitaine du SS Tararua fonctionne à la manière de celui d’une grande ville avec ses quartiers et un immense tableau récapitulant la position des tombes, le nom et le prénom de l’enterré, ainsi que sa date d’inhumation.  Sinon je profite de rajouter quelques litres d’essence dans le réservoir, avec 400 km au compteur depuis le dernier plein, il me serait théoriquement possible d’atteindre Invercargill situé une soixantaine de kilomètres, mais je préfère ne pas tomber en rade en pleine campagne.

Invercargill, une ville dépeinte comme triste et grise par les voyageurs. Il faut dire que coincée entre les Catlins et Fjordlan, elle aurait bien de la peine à rivaliser avec ces merveilles de la nature. Pourtant, durant mon bref arrêt, je ne la trouve pas dénuée de charme avec sa rue principale ornée de façades de la fin XIXe/début XXe siècle, si particulières à ces villes du Nouveau Monde. Passage par le supermarché pour acheter quelques effets qui me seront sans doute nécessaires sur Stewart Island, puis je me trouve un petit coin pour dormir. Alors que je réchauffe mon curry, un orage éclate. Je me réfugie à l’intérieur pour finir de cuisiner : opération délicate lorsque le réchaud est coincé derrière l’évier, mais cela m’évite quelques aller-retour sous une pluie battante. La seule obligation, une grande aération à la fin du repas pour éviter que toute la vapeur générée ne condense au petit matin, et ne se transforme en déluge intérieur.

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J16 – Catlins Ouest

27 05 2011

Près de Slope Point, vendredi 27 mai 2011, 19h30

Trajet : Nugget Point – Slope Point

D=3011.8km 

Ce matin, le ciel est grand bleu; seuls quelques nuages sont éparpillés loin à l’horizon. Le lever de soleil est magnifique sur Nugget Point, quand les côtes des Catlins se parent de couleurs mordorées. Aujourd’hui je poursuis ma descente vers le sud, sûrement ma dernière partie, car une fois passé Slope Point, le point le plus au sud, il faudra bien remonter vers le nord.

Lever de soleil sur la côte des Catlins

Les Catlins, j’en avais longuement entendu parler par de nombreux voyageurs, vantant ses qualités, sa magnificence. A la fin de cette belle journée, je n’arrive pas à me décider si je suis déçu ou pas ; mais, dans tous les cas, cela ne dépasse pas mes espérances. Entre la petite introduction de Nugget Point et la phrase d’un célèbre écossais dont les paysages locaux lui rappelaient son pays natal, je m’attendais à une nature un peu plus sauvage. Oui, les dunes sont vierges, les falaises intactes, et quelques grands massifs forestiers sont intacts, mais partout ailleurs les pâturages font la loi, moutons et vaches se repaissent en paix de cette herbe rendue si verte par l’humide climat. Je ne suis pas contre les prairies. Traverser de grandes régions plantées de forêt où la route serpente entre deux murs végétaux, telle celle de Waipoua Forest, est intéressant les dix premières minutes, après le paysage devient monotone : reliefs invisibles, absence de profondeur, perte de luminosité, …. Mais, trêve de réflexion, si je n’ai pas beaucoup avancé en ligne directe, ma journée s’est déroulée agréablement, entrecoupée de nombreuses pauses et balades, dont voici les grands moments.

Première halte à Cannibal Bay, nommée ainsi en raison des ossements humains découverts lors de fouilles archéologiques. Une petite balade le long de plage me conduira jusqu’à Surat Bay. En chemin, je rencontrerai quelques lions de mer néo-zélandais, espèce endémique au pays. Pesant près de 300 kilogrammes, soit le double des phoques à fourrure, avec une mine patibulaire, il ne me viendrait pas à l’idée de m’approcher. D’ailleurs, lors de la traversée des dunes entre les deux baies, lieu de couchage de ces mammifères, j’observerai mon chemin, bien décidé à faire demi-tour si l’un d’eux se trouvait sur le tracé.

NZ Sealion, lion de mer endémique à la Nouvelle-Zélande (Cannibal Bay)

De retour sur la Southern Scenic Route, je m’arrête une fois passé Tunnel Hill, afin d’admirer un haut fait d’ingénierie du XIXe siècle. Alors que l’économie de la région battait son plein, notamment avec l’exploitation forestière, la construction d’une ligne ferroviaire fut décidée afin de permettre un transport facilité et rapide des troncs. Comportant pentes et ponts parmi les plus osés construits sur South Island, un tunnel dut même être percé : pics, pioches et pelles furent employés pour accomplir à bien la tâche. Commencé en 1891, le tunnel complètement recouvert de briques produites sur place fut ouvert deux ans plus tard. Devant le déclin de l’économie forestière, ainsi que par la concurrence du transport routier, le dernier train circula en 1971 avant que la ligne ne soit démantelée. Dans le fond, la Nouvelle-Zélande compta un grand nombre de lignes ferroviaires, principalement destinées à la marchandise, avant d’être pour la plupart abandonnées dans la deuxième moitié du XXe siècle.

Le bout du tunnel (Tunnel Hill)

Owaka, principale ville locale, fière de ses 395 habitants, abrite un excellent petit musée sur la région. Il me permettra d’apprendre entre autre que le nom de Catlins est dérivé de celui du capitaine Catlin, chasseur de baleines qui acheta un très grand terrain aux maoris peu après la signature du traité de Waitangi. Seule la partie arborant aujourd’hui son nom fut toutefois reconnue comme étant sa propriété. Humide, propice tant à l’exploitation forestière et agricole qu’aux stations de baleines, l’économie locale décolla rapidement. L’histoire régionale est retracée depuis les maoris, chasseurs de Moa, dont de nombreux ossements furent retrouvés jusqu’à l’époque actuelle en passant par l’âge d’or. Comme dans de nombreux musées néo-zélandais, relativement à l’âge du pays, les artefacts historiques utilisés sont ceux qu’auraient pu utiliser mes arrières grands-parents. D’ailleurs je suis persuadé que j’ai déjà vu à de nombreuses reprises ces machines à coudre Singer et ces appareils photographiques d’un autre temps dans des brocantes sur le vieux continent, ou encore tous ces outils simplement suspendus à l’extérieur des raccards et autres chalets valaisans.

Outils divers (Owaka, Catlins Museum)

Quittant les terres, je rejoins la côte et longe l’estuaire d’Owaka Lake jusqu’à Jak’s Bay. Une petite marche d’approche m’amène aux abords de Jack’s Blowhole, un véritable chaudron des enfers, si l’eau était remplacé par la lave. Situé à près de 200 mètres de la mer, les vagues déferlent dans un étroit canal jusque dans ce trou profond de 55, long de 144 et large de 68 mètres. L’écho assourdissant des vagues qui s’écrasent contre les parois domine les bêlements des moutons situés dans les champs voisins. Le lieu fut nommé en l’honneur du Chef Maoris Tuhawaiki, surnommé bloody Jack. Le spectacle est plutôt impressionnant, notamment quand plusieurs lames se déversent successivement sans que l’eau n’ait le temps de refluer vers la mer.

Jack’s Blowhole (près de Catlins Head)

Abandonnant la violence océane, je ne quitte pas pour autant l’élément aqueux. Lors de deux petites balades dans des forêts régénérées composées d’essences locales comme les Totoras, Matais ou Muris ou autres Kahikateas, je découvre deux chutes d’eaux. La première, Purakaunui Falls se distingue par sa chute, divisée en trois paliers successifs. Ces sections de tailles identiques lui donne un petit air artificiel. Sans la présence du rocher sur le premier plateau ou des arbres poussant de façon savamment enchevêtrée, la construction aurait pu être humaine. La seconde, Matai Falls ne vaut pas vraiment le détour: il s’agit plus d’une petite cascade que de véritables chutes.

Purakauni Falls (Catlins)

La dernière visite de la journée ne sera pas des moindre avec Cathedral Caves, de spectaculaires grottes naturelles creusées dans les parois par les vagues. Pour les visiter, deux conditions. La première est liée à la marée: elles ne sont accessibles que durant une heure de la basse mer; la deuxième est que l’océan permette de marcher sur la plage pour y accéder. Aujourd’hui la deuxième condition était juste à la limite de l’acceptable, les déferlantes remontants hauts dans la plage. Les visiteurs sont obligés de se déchausser pour visiter les grottes et aussi de se mouiller jusqu’à mi-cuisse pour admirer les entrées dans leur ensemble. Mais l’effort vaut la peine, le spectacle est plus que magnifique. Pour ma part, je rentrerai dans la première caverne, dont l’entrée est digne d’un géant, puis me glisserai par un large couloir relié à l’autre grotte pour ressortir par la deuxième porte, tout aussi gigantesque que la première. Par pur plaisir d’ailleurs, je repasserai dans l’autre sens, avant de me glisser à moitié dans l’eau pour observer l’ensemble. Un peu refroidi, les pieds glacés, je remonte jusqu’au Campervan alors que le soleil couché a rendu bien sombre le petit chemin se faufilant dans la forêt.

Le large, vu depuis l'une des grottes (Cathedral Caves)

Le plus dur de la journée sera de trouver une petite place pour dormir. Sachant que le camping sauvage est particulière surveillé dans les Catlins et que l’amende salée s’élève jusqu’à 20$, mieux vaut trouver le bon endroit. Aucun parking du DOC avec des toilettes plus ou moins proches, il existe bien le MacLean Camping, mais il faut débourser 25$ pour une place: un peu cher. Le prochain étant situé à Curio Bay, distant de 30 kilomètres, je déciderai d’en parcourir 10 de plus pour rejoindre un gratuit situé à Weits Beach, que m’avait indiqué Jonathan, et proche de Slope Point. Arrivé tardivement, je me prépare un bon petit curry de poulet, accompagné de graines de couscous et d’un bon morceau de fromage et d’excellents sablés au chocolat, dans la plus pure tradition des walkers écossais.

Il semblerait que le dicton affirmant que pas une journée ne se passe sur les Catlins sans qu’une goutte de pluie ne mouille les routes soit plus que valable, à entendre le grain qui vient de s’abattre sur Hibiscus. Et dire qu’il y a 30 minutes, j’admirai la voie lactée, si visible par l’absence de pollution lumineuse. J’espère que le vent emportera bien vite ces nuages pour admirer un beau lever de soleil sur Slope Point demain matin.

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J-6 : Te Horo Beach – Wellington

16 05 2011

Downtown backpacker, Wellington, mardi 17 mai 2011, 13h30

D= 922.0 km

Et voilà, je suis à Wellington, porte de départ pour la magnifique, fantastique, splendide South Island. D’accord, j’en fais un peu trop! Revenons en tout début de journée. Quel doux plaisir d’avoir été bercé par le grondement des vagues, les feulements des vents, ainsi que les doux mouvements de mon van, oscillants dans les rafales. 6h30: alors que l’aube pointe à peine, je me réveille en pleine forme. Le temps que l’eau bout pour le thé, je range l’intérieur de mon gîte. Puis petit-déjeuner face à la mer toujours en furie.

Furie aqueuse à l'assaut des plages

Je rencontre à nouveau la même dame que hier soir, une kiwie mariée à un français qui promène son chien au lever et au coucher du soleil, tous les jours. Elle m’affirme qu’elle ne quitterait Te Horo Beach qu’à contre-cœur, ce que je conçois tout à fait. Moteur! de retour sur la SH1, une soixantaine de kilomètre me séparent encore de Wellington. Je ne les parcourrai pas d’une traite, avec un premier petit arrêt à Waikanae. Le livre que Jonathan m’a donné, intitulé 202 Great Walks in New Zealand, est une petite merveille. M’ayant déjà entraîné à Mangapohue Arch et Ruakuri Cave, il m’amène aujourd’hui à flâner le long de la rivière Waikanae. Un retraité près du boat club m’indique le chemin et me propose de me parquer à proximité, comme cela il pourra garder un œil sur la voiture pendant qu’il poursuit la construction d’une rampe amenant jusqu’au perron du bâtiment.

Après avoir traversé le cours d’eau, je descends en direction de son embouchure. La surface est agitée, le courant naturel luttant contre la marée montante, poussée par le vent. Il semblerait bien qu’en période de vives eaux, comme actuellement, le marnage conjugué aux airs tempétueux, la marée submerge partiellement le chemin.  Grimpant sur le talus, il est toutefois possible de descendre jusqu’à l’estuaire, et admirer les brisants. A mesure que l’on s’approche de la plage, l’air devient chargé d’embruns et de sable. Si le premier est agréable, le deuxième l’est beaucoup moins. Je remonte ensuite le long de la berge, quelques kilomètres en amont de la première passerelle.

Estuaire de Waikanae

La rivière a retrouvé son air calme et s’écoule avec quelques petits rapides. La balade est pittoresque avec des chevaux pâturant tranquillement dans les prés, des gués pour cavaliers, l’ombre naturelle de ces feuillus déplumés par l’automne et ces arbustes fleuris. Toutefois, elle ne possède pas le charme plus sauvage de la première partie. De retour au boat club, Roy, le retraité, m’invite à partager un thé et discuter du temps, de la Nouvelle Zélande, de mon voyage, … je devrai même sortir une carte pour lui montrer mon périple de Pâques et par où je suis descendu jusqu’à présent. Bien entendu, lorsque je remonte, si l’envie me prend de m’arrêter à proximité de Waikanae, je n’ai qu’à m’installer près du boat club, lui téléphoner et il me donnera la clef pour les commodités. Peu après il me libère, car j’aurai bien besoin de ces six semaines si je continue à m’arrêter aussi souvent.

Un nouvel arrêt deux villages plus loin pour découvrir Queen Elizabeth II Park, où un chemin gravillonné en forme de huit sillonne dans les dunes. Vue sur la plage, ou plutôt sur ce qui en reste, car la mer Tasmane en a presque pris possession dans son intégrité, ou sur les montagnes à l’intérieur des terres; tout est troublé par la présence d’embruns dans les airs. Un brouillard salin s’élève à proximité de la côte, pâlissant les horizons.

Queen Elizabeth II Park : vue en direction de Wellington

SH1, de nouveau la SH1, aucune autre alternative pour gagner Wellington. Je passerai à pleine vitesse à côté des collines, décors des champs Fellanor. Puis soudain, la route, pour une fois une véritable autoroute digne de nos contrées, se ressert, perd une voie, puis celle d’arrêt d’urgence dans les deux sens. Il faut dire qu’entre le front de mer et la montagne, il y a tout juste la place pour la ligne ferroviaire et une route bidirectionnelle. De temps à autres, lorsqu’une vague plus forte que les précédentes arrive, elle éclate contre l’accotement et les embruns sont propagés sur la route.

Et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, je suis dans Wellington. Le temps de trouver un parking pour la nuit. Je descends au Downtown Backpack, effectue ma petite lessive. 15h00. Il est temps de partir à la découverte de la ville. Peut être irai-je faire un tour à Te Papa, après m’être trouvé un pantalon étanche? M’arrêter dans un cybercafé ou dans un bar avec un wifi libre pour blogguer un petit peu. Puis au retour, il me faudra passer par le supermarché pour me mitonner quelques petits plats à emporter tout congelés pour la suite des aventures.





A la découverte du Far North : Cape Reinga – Waipoua Forest

25 04 2011

Frienz, Auckland, 27 avril 2011, 18h23

Aujourd’hui, levé de bonne heure, j’avance mon campervan de 500 mètres jusqu’au parc du Cape Reinga, où trois demoiselles débarquent de leur voiture. Etudiantes en échange dans la ville de Dunedin au fond de la côte est de South Island, elles profitent des vacances pascales pour faire un saut dans le Nord, réputé plus chaud à cette saison. Toutefois, le temps n’est pas au soleil, et un vent d’Ouest à décorner un bœuf souffle sur le bout septentrional de la Nouvelle-Zélande, apportant avec lui nombre de nuages gris, quelques gouttes de pluie et des traînées brumeuses s’accrochant aux aspérités montagneuses. L’ambiance est bien différente de bon matin, lorsqu’il est possible d’embrasser du regard le paysage environnant. Comme une seconde découverte, où un autre sens, la vue, devient prépondérant : le ressac entendu hier soir ne semble plus qu’un murmure, alors que le vent n’a pas faibli, par contre, la luminescence des embruns se magnifie en fines dentelles et la texture de l’eau se détaille, les vagues prennent du relief,  les couleurs réapparaissent, une véritable renaissance.

Mon campervan au petit matin

Comme hier soir, le phare surgit très rapidement derrière la crête. Erigé presque au bout de la péninsule, il surplombe de 162 mètres la mer en contrebas. Chemin faisant, la croisée des mers apparaît, là où la mer de Tasmanie vient heurter violemment l’Océan Pacifique. Les vagues, poussées par leur vent respectif, viennent déferler les unes sur les autres, dessinant un croissant blanc d’embruns au large de la côte. De temps à autre le choc projette l’écume à plusieurs mètres au-dessus de l’océan. Je ne me lasserai pas de regarder. Le spectacle est aussi intéressant en contrebas, où les vagues viennent mourir en gros rouleaux sur la plage, à moins qu’elles ne s’écrasent contre les rochers formant l’extrémité du Cape Reinga (Te Rerenga-Wairua). Sur ce dernier un pohutukawa résiste aux ardeurs du temps depuis plus de 800 ans. Selon les légendes maories, les âmes des défunts rejoignent le monde spirituel en descendant le long de ses racines, après avoir remonté toute la péninsule Aupouri. Pour ma part, je vais remonter jusqu’à mon véhicule, sans oublier toutefois de gravir la colline autour de laquelle s’enroule le chemin. Au sommet, malgré les rafales qui tentent de me faire vaciller, j’y prendrai mon petit déjeuner, humant l’air marin, et admirant les plages plus à l’est rejoignant le cap Maya van Diemen. Les nuages prennent toutefois un malin plaisir à perdre de l’altitude, et à embrumer le paysage au loin, restreignant mon horizon à quelques centaines de mètres.

Cape Reinga et la croisée des mers en arrière plan

Avant d’embarquer dans mon van, je récupère sur le parking une luge en plastique, et bien que l’un de ses côtés soit fendu, il s’agit d’un instrument parfait pour la glisse. A Te Pika, je tourne à gauche, et traverse un vaste pâturage verdoyant coincé entre les landes de l’extrémité Nord de la péninsule, et les gigantesques dunes de sables marquant le commencement de Ninety Miles Beach sur la côte ouest. Sitôt débarqué, je retire mes lourds souliers de marche, et m’élance à l’assaut des pentes sablonneuses. Il est encore plus difficile d’y progresser que dans une bonne poudreuse fraîchement tombée, mais j’atteins le sommet assez rapidement. Et bien voilà, il est  temps de se lancer à la découverte du sandboarding, soit descendre une dune en glissant sur n’importe quel instrument : luge, surf, ou encore simple planche de bois. Fun, rigolo, mais l’activité se révèle rapidement abrasive, sans compter le désagrément du sable projeté dans le visage par le vent et la vitesse, avis partagé par deux autres touristes qui s’essaient aussi à cette activité.

Moi, peu avant de tester l'abrasion du sable lors d'une chute mémorable. J'en ai encore les dents qui crissent

Avant de s’asseoir, gros nettoyage afin d’enlever un maximum de grains de sable, mais ce dernier, humidifié par la bruine de la nuit passée, reste collé à la peau. Rien n’y fait, seule une bonne douche permettrait de les enlever. De retour sur la route principale, je la quitterai rapidement, direction Surville Cliffs, le point le plus au Nord de la Nouvelle-Zélande, que je m’étais promis de visiter. La lecture d’une carte topographique du pays m’avait appris qu’une route, terminant en cul de sac, se prolongeait en sentier jusqu’aux falaises : une belle balade d’une heure et demie en perspective. Quelle ne fut pas ma déception, lorsqu’arrivant à la bifurcation, je tombe sur une grosse barrière cadenassée au milieu de la route, avec un panneau indiquant propriété privée, accès interdit. Je serai donc privé de ce point extrême. Pour me réconforter, je poursuis mon chemin jusqu’à Spirit Bay, située au bout de la route secondaire. Le jeu en valait la chandelle, la plage Te Horo est encore vierge de toutes traces, j’y laisserai les premières empreintes en allant profiter d’un petit bain matinal, décrassage obligatoire après le sandboarding. Je préfère être salé que sablé pour le reste de la journée.

Une déferlante à Spirit Bay

Je redescends la péninsule presque d’une traite, quelques arrêts pour prendre des photos, et peu avant d’arriver à Paparore, je m’arrête au Gumdigger Park. J’ai évoqué précédemment que les maoris troquaient des gums de kauris contre des mousquets européens, sans en avoir donner aucune explication. Il faut dire que jusqu’à aujourd’hui, je ne connaissais ni la signification de gums, ni l’allure végétale d’un kauri. Tout d’abord, le kauri, qui pousse en Nouvelle Zélande, est endémique à la région du Far North. De son nom latin agathis australis, il appartient à la famille des conifères. La gomme de Kauri est la résine secrétée par l’arbre suite à un endommagement, afin d’étanchéifier la cicatrice. Lorsque l’arbre grandit, l’écorce tombe, et avec elles les morceaux de gomme. Si les maoris ramassaient les gums tombés des arbres, les européens commencèrent à aller la chercher dans les frondaisons, ou encore à creuser le sol pour la déterrer. Il y a quelques milliers d’années, une forêt de kauri occupant le début de la péninsule fût complètement abattue suite à un cataclysme et les troncs furent conservés dans les marais. Les colons commencèrent alors à creuser le sol à la recherche des gums enterrées, d’où leur nom de gumdiggers. Les maoris utilisaient principalement la gomme pour la cuisson et l’éclairage en raison de ses propriétés combustibles, à moins d’être utilisée comme pâte à mastiquer ou comme pigment pour les tatouages. Les européens trouvèrent rapidement le moyen de la transformer en verni de haute qualité, ou encore à des fins plus commerciales comme adjuvant dans des peintures, revêtement en linoléum. Bien que le travail soit dur et sale, il attirait un grand nombre de travailleurs. La raison de l’adjonction d’un gumdigger croate à la sculpture Pou de Whangarei est facilement expliquée quand l’on sait que près de 8000 dalmates débarquèrent en Nouvelle-Zélande pour y creuser des trous et chercher les gums. Ce que la nature mit plusieurs milliers d’année à produire fut complètement épuisé en moins d’un siècle. Alors qu’à la fin du XIXe siècle, il était courant d’utiliser un gum comme cale-porte, la moindre chips (gum de petite taille) vaut aujourd’hui quelques dollars.

Différentes gums de kauri

Quelques kilomètres plus loin, je visite la salle d’exposition de l’entreprise Ancient Kauri Kingdom, qui transforme les fûts de kauris, conservés depuis plus de 50’000 dans les marais, en objet usuel : table, services à salades, plats, fauteuil, … Alors qu’à l’époque des gumdiggers le tronc était considéré comme un déchet, car aucune gums ne s’y trouvait le long, aujourd’hui ces futs valent de l’or. En effet, la plupart des kauris enterrés étant âgés de plusieurs centaines d’années lorsqu’ils furent abattus, leur circonférence est gigantesque. Peut être, comme moi, lorsque vous étiez enfant, vous avez rêvé d’un escalier sculpté à l’intérieur d’un tronc gigantesque, et bien l’unique exemplaire au monde y est exposé. Pièce maîtresse de l’exposition, elle est bien sûr non disponible à la vente.

L'escalier sculpté dans le fut d'un ancien grand kauri des marais

Je reprends ma route vers le Sud. Comme m’avaient prévenu quelques amis, la côte ouest est beaucoup moins riche en paysage que la côte est. Effectivement, le paysage est plus monotone, les prairies sont entrecoupées de forêts, pour la plupart colonisées par des pins européens. Pour découvrir les essences locales, il faut prendre le temps de marcher dans les parcs forestiers du Northland, temps qui me fait malheureusement défaut. Mes arrêts étant moins nombreux, je sais que j’ai atteint les rives d’Hokianga Harbour lorsque la mangrove remplace rapidement toutes les autres espèces végétales. Un petit arrêt à Kohukohu me permet de découvrir un village possédant une grande densité de maisons victoriennes construites en bois de kauri. Cet halte me coûtera les 5 petites minutes de retard accumulées sur l’heure de départ du ferry, devant me mener de l’autre côté de la rade. Devant patienter une petite heure, je profite de me préparer un bon plat de pâtes que je déguste avec vue sur Hokianga Harbour, la rive étant complètement dégagée de cette mangrove impénétrable.

Hokianga Harbour

Une fois de l’autre côté, à Rawene, je me dégourdis encore un peu les jambes en faisant quelques pas dans ce village, conservant un grand nombre de vieux bâtiments et comptant pas moins de six églises. Lors de la préparation de ces courtes vacances, j’avais planifié de faire un saut à Wairere Boulders Park, un énorme pâturage où d’énormes blocs basaltiques furent sculptés par l’acidité des anciennes forêts de kauris. Toutefois, je n’aurai point le temps de faire le détour, et repars dans la direction opposée, vers Oponini et Omapere. Ces deux villages font faces à North Head, la tête de la côte nord, une gigantesque dune de sable fermant l’embouchure de Hokianga Harbour, où une barre de rouleaux est visible. Le point de vue d’Arai-Te-Uru, situé sur les falaises de la rive sud, permet de profiter pleinement des déferlantes de la longue houle de la mer Tasmane sur les hauts-fonds situé à l’entrée de la rade. Le théâtre est magique, et ni vidéo, ni photo ne permettraient de capter l’intensité des mouvements et la puissance des vagues.

Déferlantes à l'entrée d'Hokianga Harbour

Quelques kilomètres plus loin, la route pénètre dans Waipoua Forest, la forêt où nombre de kauris vieux de plusieurs centaines d’années poussent encore, épargnés par les hordes de colons et de maoris à la recherche de son précieux bois. La végétation est dense, deux murs impénétrables semblent érigés de part et d’autre de la route, les places d’évitement sont petites et rares. J’arrive rapidement au sentier menant à Tane Mahuta, le kauri nommé d’après le Dieu maoris de la forêt. Si les chiffres sont impressionnants : 51 mètres de haut, 13.8 mètres de circonférence, 255.5 mètres cubes de masse ligneuses font de lui le plus grand kauri vivant. Le voir fait pleinement ressentir ce que le terme grandeur possède au plus profond de lui même. Je crois qu’il n’y a rien à ajouter d’autre, et juste le contempler, de longues minutes.

Tane Mahuta dans toute sa grandeur

Le crépuscule est tombé pendant mon admiration de Tane Mahuata, je reprends mon chemin, et parcours environ 2 kilomètres vers le sud avant de tomber sur le parking du DOC (Departement of Conservation), d’où partent trois sentiers vers trois autres grands kauris. Bien que la nuit soit prête à tomber, je m’aventure, une frontale dans mon sac à dos sur le chemin menant à Yakas, le septième plus grand de son espèce. Peu à peu, l’obscurité gagne la forêt, et la faune se réveille. Lorsque j’arrive à Cathedral Cove, un lieu où de nombreux jeunes kauris poussent parmi quelques grands anciens, dont Yakas, elle est complètement tombée. Ayant marché doucement, sans lampe, je serai récompensé d’attendre encore un moment, à l’affût des bruits nocturnes : j’entendrai deux cris particuliers, et si j’avais déjà une bonne idée des animaux ayant pu les émettre, un petit contrôle effectué mercredi matin m’a persuadé que j’avais vu juste. L’un était proche du hululement, celui de la chouette morepork, et l’autre celui du très célèbre kiwi, dont le nom est très proche de son cri « ki-oui ». Sans doute le meilleure souvenir de ces cinq jours.De retour de ma balade en même temps qu’une visite guidée nocturne avec un responsable du DOC, ce dernier attendra que je quitte le parc afin d’être sûr que je ne profite pas de l’opportunité d’y dormir, avant de partir à son tour. Toutefois, cela ne marche pas avec mon esprit retors qui m’a poussé à y revenir 10 minutes plus tard, pour profiter d’une excellente nuit en pleine forêt de Waipoua, une des dernières demeures des grands Kauris. Je n’aurai toutefois pas la chance d’entendre une deuxième fois la faune nocturne: le vent s’est mis à souffler, et bientôt une averse s’est mise à tambouriner sur le toit de mon gîte.

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