J62 – De Bondi à Coogee

12 07 2011

Funk House, Kings Cross, Sydney, mardi 12 juillet 2011, 1710 (GMT+10)

La nuit passée fut sans doute une des plus agréables de toute ma vie. Après six nuits durant lesquelles la position dite du chien de fusil n’était pas une option, dormir complètement étendu, les jambes allongées, le dos droit, la tête alignée dans la même direction est un véritable bonheur. Ce matin en me levant aucune courbature ou muscle douloureux suite à une position scabreuse pendant le sommeil! Mais ce n’était pas la fin, le déjeuner, assis confortablement sur un banc rembourré, à l’abri du vent et du froid, avec une boisson chaude et du véritable pain rendu encore plus croustillant par un rapide passage au toaster.  Définitivement, bien peu de choses suffisent à vous rendre la vie douce, après ces derniers jours.

Avant de partir je m’enquiers de la météo : temps exceptionnel pour aujourd’hui, avec une température atteignant 20°C, la plus chaude depuis la semaine passée, alors que des nuages pourraient recouvrir Sydney le lendemain. Personnellement, j’aurais plutôt apprécié le contraire. J’avais prévu de relier à pied Bondi à Coogee demain dans la journée pour profiter de l’offre spéciale steak’n’beer à 5$ au Coogee Hotel. Je préfère toutefois une ballade ensoleillée au bord de la mer, dans un endroit qui m’est encore inconnu, plutôt qu’un steak, aussi bon et peu cher soit-il. Le temps de remonter deux étages, récupérer maillot de bain et jumelles, et me voilà à la gare de Kings Cross, montant dans le train pour Bondi Junction. De là, le bus me mène jusqu’à Bondi Beach.

9h30. Le soleil brille, les surfeurs paressent à la surface de l’eau, les dauphins s’amusent dans les vagues, touristes et locaux déambulent sur le quai et le sable de cette longue plage en croissant de lune. L’ambiance est plus estivale qu’hivernale. Deux détails nous rappellent toutefois la saison : la présence d’une patinoire au bord de l’eau, ainsi qu’une plage presque déserte. Au lieu des 35’000 personnes déferlant quotidiennement l’été, j’estime à un petit millier les gens profitant de Bondi ce matin.

Avant de prendre le chemin du Sud en direction de Coogee, et en raison du caractère particulièrement oisif de cette journée, un détour par le Golf Club de Bondi est nécessaire. Remontant vers le Nord, arrivé à l’extrémité de la plage, je resterai un moment subjugué par les lames du Pacifique venant se briser sur le plateau marnal marquant le commencement des falaises. Sur ce dernier, Mermaid Rock montre la puissance de l’océan un jour de colère. Pesant près de 235 tonnes, durant la violente tempête du 15 juillet 1912, les flots après avoir arraché ce bloc au plateau, le déposèrent plusieurs mètres plus loin, mais aussi plus haut. Depuis lors, il brave fièrement les éléments. L’histoire ne raconte pas, en contrepartie, s’il continue à reculer.

Funk House, Kings Cross, Sydney, mercredi 13 juillet 2011, 640 (GMT+10)

Ne sachant trop si j’ai le droit ou non de m’avancer sur ce terrain de golf  – même si des panneaux indiquent que les visiteurs sont les bienvenus –  je n’ose m’aventurer sur le green, séparé par aucune barrière ni haie de l’espace public. Devant mon hésitation, un sexagénaire m’invitera cordialement à franchir le pas, me conseillera de longer le bord de la falaise:  je pourrai voir peut-être des baleines Humback – si j’ai de la chance – et surtout, je ne risquerai pas d’attraper une balle de golf. Des mammifères marins, aucune trace, par contre les gravures aborigènes sont bien à l’endroit indiqué. Une ceinture florale sépare le rocher du green et protège de l’abrasion l’œuvre des touristes inconscients qui aimeraient s’y promener. Ici les gravures conjuguent les avantages de The Basin – avec une grande surface – avec les petits plus de celle d’America Bay ou de Resolute Track – loin des touristes –. Sur la large pierre, les thèmes de la vie quotidienne sont représentés : baleines, poissons, boomerangs…

Les dix minutes culturelles étant écoulées, je peux enfin prendre la route pour Coogee, situé un peu plus de cinq kilomètres vers le sud. Il me faudra pourtant plus de deux heures pour les parcourir. L’itinéraire est tracé le long de la côte, tantôt suivant les plages recroquevillées au fond des baies, tantôt au sommet des falaises. Le paysage oscille entre un panorama urbain, où de nombreuses bâtisses de la belle époque côtoient des constructions plus modernes, et la nature à l’état sauvage poussant aux extrémités des promontoires ou se déchaînant à leurs pieds. Subjugué par les vagues, je me perdrai souvent dans leur contemplation lascive. Jamais le jeu du soleil sur les embruns, le contre-jour des crêtes aqueuses, les volutes d’écumes, ou l’arythmie des rouleaux ne me lasseront. De temps à autres, un surfeur s’élance sur une vague alors que cette dernière déferle. A ce petit jeu, les dauphins seront bien meilleurs; de temps à autre, surgissant du large, ils viendront s’ébattre dans les rouleaux, leur dos brillant au soleil, leurs sombres silhouettes se distinguant sous la surface. Si le temps est exceptionnel pour la saison, les vagues le sont tout autant. J’apprendrai qu’elles déferlent et roulent de 100 à 200 mètres plus au large que d’habitude.

Au gré de la ballade, quelques bornes content les histoires locales. En 1842, à sept kilomètres du centre de Sydney, Bondi n’est encore qu’un bush peuplé d’aborigène. Alors que la plage n’est qu’une destination de repos, Nosey Bob s’y établit dans un petit cottage. Une vingtaine d’année plus tard, en 1911, les bains devenant de plus en plus populaires, 750 cabines pour homme et 250 pour les femmes seront construites. Ces cabanes de bois seront remplacées en 1928 par le pavillon, encore visible de nos jours, pouvant abriter 12’000 personnes. Les plages de Tamarama, Bronte ou Bondi avec leurs courants sous-marins, déferlantes violentes, et vagues du Pacifique sont à l’origine des plus vieux Surf Lifesaving Club (SLSC). A l’origine, les membres de ces clubs travaillèrent bénévolement à secourir les nageurs en difficultés. De nos jours, des professionnels, épaulés encore par des bénévoles, surveillent quotidiennement les plages de Bondi, Tamarama et Bronte pendant l’été. En basse saison, leur présence se restreint uniquement sur la plus importante des trois. Leur plus haut fait d’arme, mais aussi le jour le plus noir, remonte au 6 février 1983, lorsqu’ils secoururent 250 personnes en une journée. Durant l’après-midi, alors que la plage de Bondi était peuplée de 35’000 estivants, trois énormes vagues la balayèrent. Utilisant leurs 7 esquifs, ils récupérèrent 100 personnes désarmées, dont 30 nécessitèrent une réanimation. Le bilan du jour ne se solda que par 5 décès, un véritable évènement. Pour finir sur une anecdote plus positive, afin de ne pas être destitués, les membres de l’Iceberg Club doivent venir nager tout les dimanches dans la piscine de l’association.

Après avoir apprécié de magnifiques paysages, écouté le chant des oiseaux, ouï le grondement des vagues, découvert les anciennes bâtisses des SLSC, joui de la vue imprenable sur l’océan que j’ai partagée pour une courte période avec d’inestimables maisons, j’arrive à Coogee. Bien plus petite que la ville de Bondi, elle est tout aussi déserte, endormie pour son sommeil hivernal. Ma première idée fut de me désaltérer au fameux bar et malgré le fait qu’il devrait déjà être ouvert depuis plus de deux heures, la porte est mystérieusement close. Aucun instructeur n’est présent, aucun ne le saura sur la plage plus au sud de XXXX. Il faut donc que je retourne à Bondi pour profiter de l’un ou l’autre de ces divertissements.

Un peu la flemme… je décide de prendre le bus pour le trajet inverse. Expérience faite, et après avoir découvert qu’il transite par Bondi Junction, cheminer à pied aurait été tout aussi rapide. De retour aux abords de la célèbre plage, l’un des australiens de la seule et unique école de surf me répond qu’aujourd’hui aucune leçon pour débutant n’est dispensée et qu’aucun magasin ne louera une planche à un novice. D’un côté dommage, mais devant la taille des vagues, j’aurais quand même hésité à me lancer et apprendre sur le tas. Je l’aurais peut être fait il y a quelques années en arrière, mais des expériences ont la valeur de vous assagir. Plutôt que de m’installer à la terrasse d’un bistrot, je déciderai de me mouiller et d’aller me distraire à l’instar d’un gamin dans les vagues. Je ne serai d’ailleurs pas le seul adulte à profiter de ce plaisir.

Une fois à l’eau je comprends mieux qu’il ne soit autorisé de se baigner qu’entre les drapeaux délimitant l’endroit surveillé. Lorsque l’eau se retire, il ne sert à rien de nager de toutes ses forces à contre-courant, ce dernier est bien plus fort. Sans compter les déferlantes qui vous roulent, qui vous poussent vers le fond, le sable abrasant délicatement votre peau. Lorsque le soleil décline sur l’horizon et teinte de orange les maisons construites sur le promontoire nord, je décide de retourner sur Sydney. L’heure que je passerai ruinera tous mes efforts pour passer une journée résolument paresseuse.

Une petite heure de détente à Funk House, avant de traverser la ville en direction de Pyrmont. Au Dunkirk Hôtel, l’un des deux bars historiques de Harry’s Street je retrouve Raphael. Je passerai une excellente soirée autour de quelques bières et d’un repas de brasserie (fish’n’chips). Nous discuterons de son acclimatation à Sydney, du prix des loyers encore plus élevés qu’à Genève, de mon voyage, de la nourriture locale. Il me racontera sa mésaventure. Alors qu’il rêvait d’un petit goût de Suisse, il a décidé d’acheter un morceau de véritable Gruyère Suisse AOC au supermarché. Hors de prix, il se révèlera complètement fade. Alors que je pensais que la patinoire possédait un revêtement plastique, il m’apprend qu’il s’agit d’une véritable patinoire, avec de la véritable glace. Définitivement fou ces Australiens, quand l’on sait que les températures sont toujours comprises entre 5 et 20 °C, nuit comprise. Lorsque le bar fermera ses portes, nous quittons les lieux et après un dernier adieu, nous repartons chacun de notre côté.

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J44 – Tauranga et Bay of Plenty

24 06 2011

Katikati, 24 juin 2011, 18h50

Trajet : Taupo – Tauranga – Katikati

D = 6716.0 km

Encore un soir où le ciel se découvre à l’heure d’aller dormir. Aotearoa semble préférer les nuits étoilées aux journées ensoleillées. Ce matin le brouillard recouvre le lac et la ville en contrebas; seule l’ampoule lumineuse des lampadaires perce le voile, telle les bouées d’un chenal maritime. Après le petit déjeuner,  la brise matinale ayant repoussé l’humidité, je descends au bord du lac pour une petite ballade. Si aujourd’hui la rive opposée est visible, les volcans sont toujours cachés dans les nuages, et je ne peux qu’imaginer le panorama par un jour ensoleillé quand leur triangulaire silhouette se découpe sur l’horizon.

Encore une longue journée de prévue qui m’amènera à traverser presque d’une traite Bay of Plenty, une région centrée sur Rotorua que j’avais visité lorsque je travaillais encore, pour rejoindre sa côte, près de Tauranga et remonter vers le Nord, vers la péninsule des Coromandel. Sur la route, je m’arrêterai à nouveau aux Huka Falls pour en tirer le portrait. A nouveau, la même impression de bestialité m’envahit, lorsque je vois Waitomo River s’engouffrer dans cette étroite gorge, avant d’effectuer un saut et redevenir un long fleuve tranquille. Quelques kilomètres plus loin, en contrebas de l’usine géothermique d’Aratiatia, j’observerai le lit asséché de Waitomo River, alors qu’elle rugissait en de violents rapides à ce même emplacement il y a plus de cinquante ans. Cela avant la décision gouvernementale de construite un barrage hydroélectrique pour profiter de la chute d’eau. Toutefois, trois fois par jour, les rapides ressuscitent lorsque les vannes sont ouvertes pour la plus grande joie des touristes – il faut bien soigner cette manne financière, n’est-il pas ? –. Ne passant pas à la bonne heure, je trouverai beaucoup plus intéressant d’observer la forme du lit, dont la topologie doit ressembler à celle présente dans la gorge en amont des chutes : un relief plus qu’accidenté expliqué par les remous et la violence des rapides.

Entre Taupo et Rotorua, je roule au cœur de la zone géothermique la plus active de Nouvelle-Zélande. Le pays est toutefois sous la coupe ordonnée des êtres humains depuis fort longtemps : forêts exploitées et pâturages se suivent et se ressemblent. Toutefois, il n’est pas rare d’observer des volutes de fumées s’élever en plein milieu d’un troupeau de paisibles ruminants ou encore monter à partir d’un lopin de terre, laissé en friche, où la végétation sauvage a repris ses droits. Entre Wai-O-Tapu et Rotorua, les paysages qui m’avaient enchantés lors de ma première visite par leur grandeur, leur « état naturel », leur verdure, … ont perdu une partie de leur charme, depuis que j’ai découvert d’autres contrées bien plus sauvages. Sur le chemin entre Taupo et Rotorua, à l’aide de la carte secrète, je découvrirai une goulotte d’eau chaude, où une cascade suffisamment haute me permet de prendre une douche bouillante. Un vrai bonheur en pleine nature, parmi les fougères, les pierres ponces, les rayons solaires filtrés par la canopée. Si l’environnement de Kerosene Creek est plus esthétique, à l’ombre des pins, avec son petit replat herbeux, ici, la chute d’eau est suffisamment haute pour en profiter debout. Par contre, les deux emplacements sont bien supérieurs à la rivière de Taupo, un peu trop peuplée à mon goût.

Peu après Rotorua, la route suit les contours du Lake Rotoiti – à ne pas confondre avec celui présent dans le Nelson Lakes National Park –. L’accès public aux berges est restreint par un nombre incalculable de maisons construites les pieds dans l’eau. Au travers des allées percées dans les hautes haies, il m’est possible d’entrapercevoir une île aux rivages découpés, des roseaux poussant jusqu’aux rives… un coin idyllique. Mais ma préférence irait toutefois à un petit bach au bord d‘Alexandrina Lake, plutôt qu’une élégante bâtisse ici. Une de mes pauses sera de longue durée, ayant aperçu un fantail, un oiseau vif et agile, possédant une queue se déployant en un éventail. La forme en est si caractéristique, qu’il donna son nom à une cascade le long de Haast Pass dont l’eau se déploie de façon identique. Je l’avais souvent admiré, mais son nom me restait inconnu jusqu’à ce qu’Annicka me l’apprenne.

Après les rives du lacs, des hauts et des bas à travers des collines recouvertes de pinèdes, je pénètre dans la région côtière de la Bay of Plenty. Les conifères alignés sont remplacés par des haies élevées destinées à protéger les vergers des vents tempétueux pouvant souffler depuis le Pacifique. Intrigué par ces plantations, un petit arrêt me permet d’en vérifier la nature: il s’agit bien d’arbres à kiwis, poussant sur des treilles. Depuis que je suis en Nouvelle-Zélande, j’avais aperçu presque tous les fruitiers, des pommes aux cerisiers en passant par les orangers et le houblon, seul manquait encore le fruit national. Alors que je traverse Te Puke, s’étant accaparé le titre de Capitale Mondiale du Kiwi, je m’arrête pour en acheter à un prix défiant toute concurrence.

De retour sur la côte, je ne verrai point le Pacifique jusqu’à un petit arrêt à Papamoa Beach pour fouler le sable du pied, profiter du soleil qui brille sur ce coin de Nouvelle-Zélande, et admirer, au Nord, la silhouette de Mount Maunganui, icône émotionnelle et culturelle de Bay of Plenty, se dressant fièrement à 231 mètres. Il est curieux de voir pareille protubérance surgir au bout d’une langue de terre, le vaste Pacifique à l’est, un lagon à l’ouest. Pour arriver à ses pieds, il me faut franchir les quinze kilomètres séparant Papamoa Beach de Mount Maunganui, une localité éponyme, dont les maisons de vacances semblent avoir envahi tous les terrains constructibles de la plage.

Débarqué à Pilot Bay, là où se dressent d’immondes immeubles, pareils à des cages à lapin, j’emprunte le chemin entourant le mont. Dès le début de la balade, des doutes s’emparent de moi : pourquoi suis-je venu ici, au bout d’une péninsule urbanisée? Si je suis épargné par la population estivale, les rives du lagon restent occupées d’un côté par Tauranga, une cité à la croissance brutale, au port commercial gigantesque, de l’autre par l’aéroport. Ce chemin, bordé de pohutukawas étendant leurs branches au-dessus de sablonneuses et tranquilles plages, envahies par la marée montante, s’amenuise au fur et  à mesure de mon avancement. Face à moi : Tauranga Entrance, de l’autre côté du chenal Matakana Island, où se dresse de blancs amers maritimes. A mesure que je quitte le rivage protégé du lagon, le sable laisse la place à des galets, puis à des plateaux marnals. Les rochers sculptés par les vagues de l’océan présentent de profondes rainures, d’esthétiques creusets ou encore des perforations, comme si Poséidon avait décidé d’en faire des bonzaïs. Ayant accompli une première révolution, l’ascension débute par des escaliers en bois, à travers un pâturage. Après une dernière volée dont les marches de pierre datent de 1850, la pente se radoucit et le chemin gravit doucement à flanc de colline. Peu à peu l’herbe laisse sa place au bush, poussant sur les vestiges d’un incendie ayant carbonisé la forêt primitive sur le flanc ouest : arbres-fougères, arbustes, fougères ont remplacés les pohutukawas et autres résineux. Du sommet, malgré une météo mitigée, la vue est magnifique. Je ne parle pas de celle sur Tauranga, Mount Maunganui, grise de tristesse, mais de celle sur le reste du lagon, sur la plage, Motiti Island, et les quelques petites îles en contrebas. Si aucun rayon de soleil n’illumine la terre, au Nord, au-dessus de Coromandel Peninsula, ma prochaine destination, s’élève une barrière de nuages gris, prêts à lâcher de nombreuses averses.

Sur le chemin me menant à Tauranga, j’effectue un petit arrêt à Mount Surf Shop, un magasin de surf, maillots de bains et objets dérivés. Son principal intérêt est que le sous-sol renferme un musée décerné au surf. Musée, le terme est généreux. Dans une pièce, où murs et plafonds sont recouverts d’affiches, de photos, de souvenirs liés à cet univers, un ensemble hétéroclite de surfs sont présentés : forme, couleur, nombre de dérive… toutes les possibilités sont présentées. L’un des plus anciens date des années 1950, alors que le plus récent n’a qu’une dizaine d’année. Être de fabrication manuelle néo-zélandaise est le seul dénominateur commun. A l’étage, l’exposition se poursuit en levant la tête vers le plafond, où sont accrochés d’anciens surfs de fabrication industrialisée.

A peine arrivé de l’autre côté de la rade que la pluie se met à tomber. Il n’est plus question d’une petite bruine comme celle que j’ai rencontrée en quittant Taupo ce matin, mais d’une véritable averse. Je me décide de sortir d’Hibiscus pour traverser le jardin menant à Elms Mission House. La porte étant close, je rejoins une des dépendances où la lumière brille. Je suis accueilli par une dame, au charmant sourire, qui m’annonce qu’en période hivernale, les visites sont restreintes à la fin de semaine. Lorsqu’elle apprendra que demain je serai déjà loin, elle demande à un de ses collègues s’il pourrait me faire visiter la maison. Le vieux monsieur accepte avec joie, le temps de chausser de bons souliers, de revêtir son pardessus et saisir son chapeau et nous traversons à pas rapides les quelques mètres qui nous séparent de la bâtisse principale. Elms Mission House est la plus ancienne maison de Bay of Plenty. A son arrivée en Nouvelle-Zélande, le révérend A.N. Brown acheta l’extrémité de la péninsule de Te Papa aux maoris afin d’y ériger une mission. S’il vécu au début dans une case en raupo – flax tressé -, la construction de sa véritable demeure commença en 1938. La bibliothèque, un bâtiment annexe, fut achevée en 1930 afin que sa collection de plus de 1000 ouvrages soit mise à l’abri. La maison fut terminée en 1847. S’il fallut neuf ans pour achever la construction de la maison, l’incendie complet de la menuiserie, contenant les outils ainsi que les portes et fenêtres prêtes à être installées, retarda fortement son achèvement. En même temps, la construction de la chapelle et du beffroi, supportant la cloche, fut terminée en 1843. La demeure principale fut continuellement occupée pendant plus de 150 ans par les descendants de A.N. Brown, fait peu courant en Nouvelle-Zélande. A la mort du dernier héritier, une fondation a été créée afin de préserver la demeure ainsi que son mobilier intérieur, dont nombre de meubles ont appartenu au révérend, comme la table originaire d’Angleterre. Le vieux monsieur ne cessera de me compter de petites anecdotes pendant ma visite, tenant absolument à me montrer comment fonctionne le morbier familial, objet peu connu des kiwis. Il éclatera d’un grand rire quelques minutes plus tard en apprenant mon pays d’origine. Après avoir redoublé d’ardeur pendant la visite, la pluie a complètement cessé. Je profite de ma balade dans le jardin pour parfaire mes connaissances botaniques. Dans un coin se trouve un exemplaire d’une roue de moulin composite, autrement dit constituée de plusieurs pierres assemblées les unes aux autres afin de former une meule circulaire. Alors que je m’apprête à quitter le jardin, le charmant personnage m’invite à revenir sur mes pas pour cueillir autant d’agrumes que je veux sur les orangers et mandariniers que j’avais aperçus pendant ma visite. Comme pour tout fruit de verger, la mandarine a définitivement bien meilleur goût quand elle est dégustée juste cueillie, un vrai régal! Et du coup, j’ai des provisions pleines de vitamines C pour les 5 prochains jours. Ces néo-zélandais sont définitivement des gens serviables.

Profitant du retour du soleil, je me balade le long de la péninsule de Te Papa. La vue sur Mount Maunganui, ou Mauno, comme l’appelait les maoris, est bien moins poétique qu’à l’époque : à la place des plages, béton et macadam règnent en maîtres. Seul oasis de verdure, l’ancien cimetière de la mission où est érigée la tombe monumentale du révérend, ainsi que Robbins Park, où se trouvent les vestiges d’un ancien bastion colonial utilisé lors des guerres nationales, ainsi qu’une serre où prolifèrent les plantes exotiques, dont une vitrine occupée de belles orchidées. Alors que le crépuscule tombe, je quitte cette ville ne possédant plus grand intérêt. Preuve de sa croissance démentielle, les rues ne portent pas de noms, mais sont désignées par un numéro comme à New York. Je n’avais toutefois pas prévu que la seule route en direction du Nord serait la Highway SH2, reliant Tauranga à Auckland, et en cette fin de journée, la circulation est dense. Aucun tracé secondaire ne peut me servir d’alternative: tous les embranchements donnent sur des routes bordées d’habitations; aucune route ne part en direction d’une plage déserte. Je suis obligé de suivre le flux. Peu avant d’arriver à Katikati, j’aperçois le panneau indiquant une aire de repos. Je profite de m’y arrêter: ce ne sera sans doute pas le meilleur emplacement de mon voyage, mais je préfère m’installer tranquillement que poursuivre la route parmi des conducteurs agressifs qui vous collent au train.

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J-1 : Auckland-Whaiharakeke

12 05 2011

Whaiharakeke, 12 mai 2011, 20h05 (GMT+12)

D=200.5 km

9h00. Je me présente au dépôt d’Escape Rental pour y récupérer mon campervan. Après avoir lu les documents d’usage (contrats, interdictions, …), apposé mon paraphe sur de nombreuses pages, je dois encore attendre une quinzaine de minutes avant de prendre possession de mon véhicule. En attendant, je file au supermarché, situé à 100 mètres, acheter les produits de base. A mon retour,  je contrôle l’état de Fat Freddys, mon futur véhicule, tagué avec un énorme animale sur fond de jungle . Tout semble en ordre, je me rends à l’office du DOC d’Auckland pour acheter une carte du Tongariro Crossing, et au moment où je tente de fermer à clef, rien ne se passe, la serrure de la portière conducteur est morte.

Retour au dépôt, où j’ai le choix entre attendre un serrurier (2h00) ou simplement récupérer un autre campervan. Je choisis la deuxième option, bien plus rapide. Mon nouveau compagnon, Hibiscus, est décoré avec la fleur éponyme. Un peu plus âgé, son compteur affiche déjà 353573 kilomètres : pas de fermeture centralisée, vitre manuelle, un bon vieux véhicule.

Hibiscus, ma nouvelle demeure

Je reprends un nouveau départ, Quay Street, Tamaki Drive, puis je bifurque en direction du Mt Wellington. Petit arrêt au CACM, où je dois rendre un pantalon de voile à Quentin. Avant de m’élancer définitivement vers le Sud, sous un soleil radieux. Il semblerait que la météo néo-zélandaise soit aussi parfaite que sa cousine helvétique.  Je ne m’en plains pas et espère que cette météo va encore durer quelques jours. De toute la journée, seules deux averses orageuses mouilleront les routes.

La Southern Motorway me sort rapidement d’Auckland, et je la quitterai bientôt pour emprunter une route principale, bien plus sympathique, qui me mènera à Raglan, une station de surf. Sur le chemin, un panneau brun me détourne vers Breidal Vell Falls. Au niveau du parking, je rencontre un couple d’étasuniens, originaire de l’Idaho. Nous découvrirons ensemble ces chutes. Un chemin longe un cours d’eau à la turbidité non négligeable. Un panneau explique l’absence de transparence des eaux issues des champs: ces dernières ne sont filtrées par aucune forêt qui pourrait retenir les fines particules.

Vous l’aurez deviné, l’accès amène directement au sommet des chutes, 55 mètres plus haut que la goulotte. La vue sur la vallée en contrebas est magnifique. Un sentier, équipé d’escaliers et d’une plateforme intermédiaire, permet de descendre jusqu’au bord du petit lac. Il semblerait bien que les Rainbow Falls de Kerikeri soient détrônées par la beauté de l’endroit. D’un seul gigantesque bon, l’eau se déverse le long d’une falaise basaltique, aux piliers curvilignes.

Breidal Vell Falls

Revenant sur mes pas, je reprends mon chemin jusqu’à Raglan, contourne par l’est le Mt Karioi et arrive enfin au village, quelque peu endormi. Il faut dire qu’en milieu d’automne les surfeurs ne s’y pressent pas. Je m’engage néanmoins sur la route côtière qui mène jusqu’aux divers spots. A Manu Bay, j’embarque un surfeur germanique que je dépose à son backpack près de Whale Bay, un spot moins prisé. Il faut dire que l’unique accès se fait en longeant la côte sur 600 mètres, cette dernière étant constituée de coulées de lave solidifiée, aux formes arrondies ; un chemin quelque peu fatiguant pour ces tranquilles surfeurs.

Whale Bay

Continuant en longeant la côte ouest, j’y découvrirai un coin magnifique, la gorge Te Toto. Cette dernière s’ouvre sur la mer en un demi-cercle à la prairie verdoyante, cernée de toute part par une falaise. Magique et paisible, je resterai un long moment à contempler les herbes ondulant sous le vent. Définitivement le meilleur moment de la journée, avec le plus beau panorama. Ne pouvant y rester éternellement, quoique j’y aurai bien passé la nuit, je passe à nouveau proche de Breidal Vell Falls, puis avance par monts et par vaux, tantôt au sommet de pâturages, tantôt au bord d’Aotea Harbour. Alors que le soleil se couche, je rejoins une route gravillonnée, quoiqu’il s’agisse plutôt de gros cailloux déposés sur un limon devenu boueux avec les pluies de ces derniers jours.

L'ouverture sur la mer Tasmane de la gorge Te Toto

De nuit, je rejoins les abords de Kawhia Harbour. Alors que les lumières de Whaiharakeke sont visibles à quelques kilomètres, je m’arrête peu après avoir traversé un pont. Un petite place, séparée de l’eau par quelques buissons me semble bien accueillante à la lumière de mes phares. Le temps de ranger mes affaires à l’intérieur, les pâtes cuisent gentiment, il ne me reste plus qu’à réchauffer mes légumes de hier pour avoir un excellent souper.  Un petit morceau de chocolat en dessert, et me voilà prêt à affronter la nuit, et les bruits des opossums qui gambadent à quelques mètres de mon lit.

Définitivement, l’intérieur d’Hibiscus est bien plus douillet que celui du campervan que j’avais pour Pâques. Aucune technologie, à l’arrière le coin cuisine, une étagère en contreplaqué dans laquelle est intégré un évier métallique muni d’un robinet à pompe. A droite, deux tablards pour ranger ustensiles de cuisine et  nourriture; toujours à droite, réserve d’eau et cuisinière, un simple brûleur monté sur une bombonne, ainsi qu’un bac thermostatique. De chaque côté du meuble deux espaces, l’un occupé avec tables et chaises de camping, l’autre par des sacs de nourriture. Le carré est monté entre le cockpit et le meuble. Sous les sièges se trouvent d’immenses rangements. J’apprendrai toutefois qu’il ne faut pas rouler trop vite, sous peine que de l’eau jaillisse du réservoir, l’embranchement du tuyau n’étant pas des plus étanches. Quand la table est démontée, le carré se transforme en immense tatami pour y dormir, et les coussins sont maintenus en position par un drap. Et enfin le must du cocooning, à ma disposition, 3 moelleux duvets pour me faire un nid douillet. Je n’en n’utiliserai toutefois que deux, il ne faut pas exagérer quand même.

Avant de sombrer dans les bras de Morphée, je sors une dernière fois du Van: une demi-lune éclaire le paysage, sous une voûte dont l’éclat et le nombre d’étoiles est impressionnant. Bien loin de la pollution lumineuse entachant le ciel européen. Je me réjouis de la côte Ouest du South Islands, encore plus esseulée.

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