Andréa

5 01 2012

Titre : Andrea

Tag : La Tsoumaz, Tempête, Andrea, Taillay

La Tsoumaz, 7 janvier 2012, 16h00

Si Andréa a fait la une des nouvelles radiophoniques ces derniers jours, au chalet l’évolution météorologique est suivie au jour le jour en suivant la couverture nuageuse et en observant le baromètre du chalet. Depuis quelques jours, la pression atmosphérique décroît lentement, ce qui en règle générale est toujours synonyme d’un mauvais temps qui dure et de la neige en abondance. Ce matin, l’aiguille indique 1018mbar, bien en deçà des 1033 habituels lorsqu’il fait beau. Dehors, il neige, quelques bourrasques soufflent, entraînent les flocons dans de grands tourbillons.

Après le déjeuner, nous décidons de partir pour une petite randonnée. Pour monter au Taillay, au lieu d’emprunter le chemin pédestre, nous suivrons un itinéraire que mes parents n’ont plus emprunté depuis quelques années. Il s’agit du tracé d’une vieille route qui montait en zigzag dans la forêt, jusqu’à rejoindre le Col de la Croix-de-Cœur. Quand je dis une ancienne route, il faut s’imaginer un chemin qui est tombé depuis des années en désuétudes au point de ne plus figurer sur les cartes modernes. Qu’à cela ne tienne, un vieux feuillet existe encore au chalet où le passage est indiqué en traits-tillés.

Je ne vous dirais rien de plus, ni le point de départ exact de la route, ni son lieu d’arrivée. Sachez toutefois que c’est une des plus belles balades de cet hiver. Au milieu de la forêt, les arbres ont bien poussé en quelques années, d’autres sont tombés. Il faut se faufiler entre les taillis, se dérouter pour éviter les troncs et les souches. Mais l’endroit est magique, nous sommes seuls au milieu des bois protégés du vent, seuls quelques flocons qui se sont glissés entre les branches nous rappellent que dehors il fait mauvais temps. Enfin pour le moment. Une fois à découvert, plus haut que l’orée supérieure, nous affrontons un véritable blizzard. Après avoir cholés la poudreuse lors de la montée, nous avançons sur de la neige carton. Porté à la surface, l’effort pourrait être moindre, nous devons redoubler d’ardeur pour avancer contre le vent. Il neige à l’horizontal.

De retour au chalet, complètement frigorifié, tchia – trempé –  par les flocons qui s’insinuaient dans tous les interstices, je serais content de prendre une bonne douche chaude. L’apéro qui suivra sera aussi des plus copieux avec viande sèche, jambon, lard, saucisse, fromage, tomme, rebibe et bien entendu un petit coup de blanc pour que le gosier ne s’assèche pas.

Tout l’après-midi, les précipitations se font plus importantes, le vent rugit de plus en plus dans les arbres. Situé au fond d’une combe, le chalet est habituellement bien protégé des rafales, mais aujourd’hui les sapins plient sous les bourrasques. En fin d’après-midi, je descends jusqu’au village. Pendant que je poste quelques nouvelles sur mon blog, par la fenêtre j’observe les panneaux s’envoler, les gens s’accrochaient au lampadaire pour ne pas glisser. En début de soirée, lorsque je remonte au chalet par le chemin du bisse, j’hume une forte odeur de résineux. Un grand sapin gît, affalé dans la neige, la pointe délicatement posée sur le toit du chalet des Imboden. Plus loin deux autres ont aussi été abattus par le vent.

Au chalet, l’apéro règne de nouveau en maître. Laurent, un collègue de travail à mon papa, est venu lui rendre visite avec Justine, sa copine. Après avoir brièvement raconté l’état du bisse, tous me disent avoir entendu les craquements, et mes parents rajoutent que la force du vent au chalet leur rappelle Viviane. Viviane est le nom de la tempête hivernale qui s’est abattue le jour de carnaval en février 1990. Durant 3 jours, il n’y avait plus d’électricité dans la station, et les routes jusqu’à la plaine étaient coupées. Un de mes plus beaux souvenirs de gosse.

Après une bonne fondue, papa et moi raccompagnons nos hôtes jusqu’à la voiture. Le chemin a presque disparu, seule une petite dépression indique encore son tracé. Pour la nième fois de ces deux semaines, je trace un nouveau sillon. Avant de revenir au chalet, un petit détour obligé, nous amène jusqu’au bout du bisse. Les trois arbres qui s’étaient abattus avant la tombée du jour ont été rejoint par, à vue de nez dans l’obscurité, une petite dizaine d’autres. Personne ne passera plus par cette itinéraire jusqu’à la fin de l’hiver, à moins de grimper dans le talus et créer un nouveau passage dans un bon mètre de neige.

A peine étions-nous de retour, que la sonnerie du téléphone retenti. Laurent demande s’il peut venir dormir au chalet, à la sortie du premier tunnel à la descente, les pompiers l’arrêtent : une dizaine d’arbres se sont couchés en travers de la route. Le temps d’une nuit, le chalet a donc accueilli deux réfugiés, deux tourtereaux perdus dans la grande tempête hivernale.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités




Peau de phoque dans la tourmente

30 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 12h50

A lire en écoutant :

  • J.S. Bach, « Das Wohltemperierte Klavier, II. Buch, », Préludes et Fugues N°14 à 24 (BWV 883 à 893)
  • Giants of Jazz play Brassens

Il est presque 8h30 dans la quiétude du chalet lorsque je me réveille. Par la fenêtre, dont le volet est resté ouvert hier soir, je vois les flocons de neige, emportés par les bourrasques, tourbillonner sur l’avant-toit ; par moment, je ne distingue plus rien, le nuage de fines particules forme un véritable brouillard immaculé. Maintenant que je suis bien réveillé je peux entendre le sourd souffle des rafales de vent descendre dans la combe où se trouve notre chalet, étouffé par la neige entassée sur le toit.

A peine ai-je la fenêtre est-elle ouverte pour ouvrir les volets, qu’une véritable tornade propulse des flocons de neige dans le chalet. Une fois refermée, ils viennent se coller à la vitre et forment à contrejour de magnifiques arabesques. A chaque autre fenêtre, le phénomène  se répète, introduisant un duvet blanc qui fondra rapidement. Une fois les feux allumés, ces derniers ne vrombissent pas comme d’habitude, le vent s’engouffrant dans le tuyau de cheminée rabat les flammes. Par moment, une odeur âcre émane du potager, la fumée repoussée ne peut plus que s’échapper par la porte et les grilles du tirage.

Nullement pressé, les remontées mécaniques ne devant pas fonctionner par cette mistoufle. Bien au chaud, alors que dehors le vent ne cesse de tourbillonner, les brindilles cassées de virevolter, les aiguilles de mélèze de pirouetter, je prépare le petit déjeuner. Luxueux repas accompagné de miels, de confitures, de cacao, de café ou encore de thé, … D’ailleurs le temps de l’avaler suffira à ce que la neige recouvre à nouveau les balcons fraichement déblayés ce matin. Cette année aucun écureuil n’est encore venu se restaurer à notre mangeoire. Aucunes traces du petit mammifère, bien que chaque matin les noisettes disparaissent. Mésanges huppées et jaunes ont déjà fait leur apparition aujourd’hui, se régalant des graines et des morceaux de pains. Les petits volatiles ont disparus soudainement, laissant place à un magnifique casse-noix. Quelque peu affamé par cet hiver rigoureux, il vient se régaler des noisettes, avant de disparaître à nouveau dans les bois.

Peu après  10h00, je me prépare pour partir en peau de phoque. Comme il y a deux semaines, pendant la tempête Joachim, je grimperais dans la forêt jusqu’à la lisière au niveau du Taillay. Je pars dans la tourmente, par moment la vue ne porte pas à plus d’une dizaine de mètre. Je croise le traxcavator déblayant la neige, lorsque je monte un petit raidillon bordé de chalet. Il racle la neige presque jusqu’au sol, laissant derrière lui deux traînées grises, où percent les gravillons. Bientôt, je rejoins la forêt dans laquelle je m’enfonce, grimpant le long du sentier pédestre. La neige est emportée des branches en de multiples flocons, noyant le paysage dans une brume blanche. Sous les coups des bourrasques, j’ai l’impression d’entendre un torrent bruire ou encore une locomotive à vapeur passer dans les sous-bois.

Arrivé à la station inférieure du télésiège du Taillay je m’arrête. Je rejoins les employés dans le cabanon de surveillance. Depuis ce matin, Luc et Eddy patiente bien au chaud. D’ici quelques dizaines de minutes, le chef devrait téléphoner s’ils les libèrent. 11h30, Maurice Besse, responsable des patrouilleurs a reçu le dernier bulletin météo  qui ne prévoit aucune amélioration, demain devrait même être pire. Peu après, la décision est prise, les installations resteront fermées toutes la journée. Luc et Eddy rangent les cordes, les filets et les poteaux métalliques afin que le ratrac puisse déblayer correctement la neige, puis rejoignent la station. Pour ma part, arrivé à la lisière supérieure de la forêt, je ne continuerais pas la balade. A l’abri des arbres, la peau de phoque est agréable. Plus haut, il me faudrait affronter le blizzard de face, le vent me cinglerais le visage, je ne verrais guerre. Sans compter une descente sans aucune visibilité. Il est temps de rentrer, je glisse sur la piste, damée en début de nuit, elle est recouverte d’une vingtaine de centimètre de neige poudreuse, légère, un véritable rêve de tous télémarkeurs. Sans effort, j’enchaîne des petits virages, me régalant de chaque courbe. Je suis déjà de retour au chalet. Un peu moins d’une heure de montée pour à peine dix minutes de descente, mais le jeu en valait largement la chandelle.

Une bonne douche chaude pour me revigorer, un petit apéro pour se restaurer et je passe le reste de l’après-midi au chalet, à regarder dehors la neige tomber, les branches des sapins s’agiter, … Entre lecture et écriture, le temps s’écoule lentement.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





Retour du beau temps

18 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 20h30

Comme chaque année, une fois que nous avons pris nos quartiers au chalet, la crise, ou plutôt la maladie du chalet nous frappe. Hier soir, elle a fait son apparition au environ de 22h00, peu après nous étions tous au lit, dormant comme des bienheureux. Couché tôt, je me réveille tôt, peu après 7h15. J’ouvre délicatement le volet, dehors Joachim agite toujours les branches. Je me prélasse encore une bonne demi-heure au lit avant de descendre au séjour depuis le galetas où je dors.

Le temps de raviver les feux, d’ouvrir les volets, de ramener du bois depuis le bucher, mes parents ont le temps d’émerger, puis de se préparer le temps que le déjeuner soit prêt. Le temps s’est à peine amélioré depuis hier, les nuages restreignent toujours la vue, le vent dépose des flocons enlevés sur les cimes des arbres. Qu’à cela ne tienne je pars à nouveau en peau de phoque, avec un peu d’avance sur mes parents.

Suivant le même tracé, la progression est plus facile, s’il a neigé à nouveau cette nuit, le chemin suivi est encore bien visible. Je choles la vingtaine de centimètres de neige fraîche qui a recouvert en partie le sillon de hier. Joachim ayant déraciné de nouveaux arbres, il me faut faire par trois fois un détour. Le sapin couché au milieu du chemin empêche tout passage.  Le temps s’améliorant durant la matinée, je décide de poursuivre mon chemin en direction de la Croix-de-Cœur. Avant d’arriver à la lisière de la forêt, j’oblique sur la gauche pour rester encore à couvert le temps de m’éloigner des pistes de ski. J’ai bien raison, car par moment quelques skieurs ayant profités des ouvertures des remontées mécaniques zigzaguent entre les arbres pour profiter de la poudreuse.

Je dépasse l’orée de la forêt, en contrebas des ruines d’une ancienne bâtisse. Le sommet d’un mur carré de pierres sèches, percé d’une ouverture, dépasse de la neige. Glissant dans une petite combe, les mélèzes et sapins ont laissé place à quelques arolles solitaires poussant sur les crêtes. Devant moi la neige s’étends, presque vierge. Seules quelques traces indiquent que des skieurs sont déjà passés par ici. D’ailleurs en voici trois qui arrivent. Peu élégant, raide comme des passe-lacets, ils ne font presque aucun virage, leurs courbes sont aussi plates que l’horizon sur l’Atlantique. Alors qu’ils passent de l’autre côté de la tête, j’entends un bruissement en amont de moi. Quel ne fut pas ma surprise de reconnaître un tétras-lyre lorsque je le vois passé à une vingtaine de mètres devant moi, battant lourdement des ailes. Il a rapidement disparu en contrebas, avalé derrière un autre mamelon. Moment fugace, mais au combien délicieux que d’apercevoir cet oiseau bien trop rare.

J’arrive enfin en vue de la Croix-de-Cœur. D’ici je distingue déjà les corniches formées par le vent sur le versant nord. Une petite crête s’élève doucement. En la suivant je dois pouvoir atteindre sans encombre le sommet, en évitant les pentes et les surplombs. A mi-chemin j’ouïs mon nom. En contrebas je distingue mes parents qui m’ont peu à peu rattrapé. Il faut dire que le chemin était déjà tout tracé dans l’épaisse couche de neige fraîche. Avec un peu d’avance, je découvre un fantastique panorama. Le ciel est presque dégagé, seules quelques trainées nuageuses flottent encore en altitude. Le soleil brille, le vent a cessé de souffler. La vue s’étend de tous les côtés. Face à moi, le Val de Bagnes, Verbier à mes pieds, le Massif des Combin au loin. Derrière, toute la plaine du Rhône est enneigées aux pieds des Alpes qui séparent le Valais du canton de Berne.

Au lieu de descendre en partie par la piste comme hier, je descends à travers les bois. Zigzaguant entre mélèzes et arolles. Soudain, mon bâton s’enfonce, rompant mon appui, je pars à choupelet, la tête la première dans la neige. Le buste en aval, les jambes en amont, mes bras ne sont pas assez longs pour atteindre mes fixations. A forces d’essais j’arrive enfin à décrocher mes skis à l’aide des bâtons, mais à force de gesticuler, je me suis enfoncé peu à peu dans la neige. Je n’avais pas trouvé meilleur endroit que de tomber au pied d’un arbre déraciné. Enfoncé dans le trou, la neige me monte à mi poitrine. Il faudra que je prenne appuis sur mes skis pour réussi à en sortir. De retour au chalet, un petit apéro est organisé pour se remettre d’aplomb avant de redescendre en plaine.

Cette fin de semaine restera dans les annales tant pour les conditions météorologiques tempétueuse que pour les importantes chutes de neige. Sans compter, deux magnifiques randonnées à travers la forêt du Taillay et jusqu’à la Croix-de-Cœur.

Ce diaporama nécessite JavaScript.