4 Vallées

3 01 2012

La Tsoumaz, le 4 janvier 2012, 18h30

Depuis quelques jours, la pression atmosphérique ne cesse de diminuer, dixit le baromètre. Dehors, le ciel est couvert, il ne cesse de neiger ou de pleuvoir par intermittence, le vent souffle parfois par bourrasque. Hier, lorsque les prévisions météorologiques ont annoncés un temps des plus ensoleillés pour aujourd’hui, avec quelques passages nuageux, je me suis dit qu’ils devaient faire fausse route. Durant la soirée, si le ciel était toujours nuageux, le halo de la lune était clairement visible à travers les nuages. Départ, demain je ferais le tour des 4 Vallées. D’un point de vue touristique, il s’agit d’un domaine skiable qui englobe 4 Vallées du Valais : Val de Bagnes, Val de Nendaz, Val d’Hérens et le Vallon d’Arby, sans compter la vue sur la Vallée du Rhône. D’un point de vue pratique, il amène le skieur à toucher les pistes de 5 stations hivernales : La Tsoumaz, Verbier, Nendaz, Veysonnaz et Thyon. Pour ma part, je ne considère l’exercice comme réussi seulement si les points extrêmes du domaine sont atteints : Les Masses (Thyon), Tracouet (Nendaz), Mont-Fort (Verbier), Savoleyres (La Tsoumaz), Piste de l’Ours (Veysonnaz). Au dire de mon père, malgré le renouvellement des installations de ces dernières, la journée risque d’être trop courte.

Faire le tour au printemps est facilement réalisable lorsque les horaires d’ouvertures sont à l’heure d’été. Il est en tout autre en début d’hiver, lorsque l’ouverture des remontées mécaniques est limitée de 9h15 à 16h15. Lever à 7h00, mon premier réflex est de regarder le ciel : les étoiles scintillent, aucun nuage à l’horizon. J’emballe thermos, pains d’épice, une paire de gant de rechange, une fourrure supplémentaire dans mon sac et rejoins le départ des télécabines à La Tsoumaz (1500m) alors que des nuances bleutées noient encore le paysage. Ayant travaillé chez Verbier 4 Vallées, quand cette entreprise se nommait encore Téléverbier, je connais encore les employés et profites de monter avec eux avec la première benne du matin qui les amènent sur leur lieu de travail. A Savolyeres (2354m),  j’admire le lever de Soleil sur la Vallée du Rhône : les crêtes des Alpes bernoises réfléchissent les lueurs roses de l’aube.

Il fait froid ce matin, au point que la neige en est devenue presque collante. Lentement je prends de la vitesse, dévale la piste du Sud. Parfaitement damée, une fine couche de neige poudreuse est tombée durant la nuit. Légère, elle s’envole à peine est-elle touchée par la spatule de mes skis. Une vraie délicatesse matinale. Je rejoins Verbier par la Route Carrefour. Arrivé à Médran (1532m), je patienterai une vingtaine de minutes avant que les remontées mécaniques ouvrent. Peu avant 9 heures, j’ai rejoint les Ruinettes et cinq minutes plus tard je suis déjà aux Attelas. Devant, la station supérieur du Lac des Vaux, je discute avec Pascal, un employé, tout en regardant les patrouilleurs descendre le Mont Gelé et déminer les pentes à risque. Je profite de m’enquérir sur l’état des itinéraires : si Mont Fort et Mont Gelé seront ouvert dans la matinée, le Vallon d’Arby risque d’être fermé toute la journée. La première m’indique que je ne pourrais faire le Mont Fort que sur le chemin du retour. La seconde est de mauvais augure. Sans cet itinéraire, l’unique possibilité de rejoindre La Tsoumaz est de passer Verbier. D’une part, ce détour rallonge mon itinéraire d’une bonne heure. D’autre part il me fixe une limite horaire à 16h15 au départ des télécabines de Savolyeres. En comptant la demi-heure pour traverser la station bagnarde, je devrais quitter Tortin au plus tard à 15h15, ce qui m’empêcherait de monter et descendre le Mont Fort.

Mon chemin passe par le Lac des Vaux, puis remonte au Col de Chassoure (2740m). La descente de l’autre côté sur Tortin est vertigineuse. Une seule trace : celle du Patrouilleur qui m’a précédé. D’ailleurs, ses explosifs ont déclenché deux coulées sur le versant Nord. La neige poudreuse a recouvert toute les bosses, je laisse une fine trace sinueuse derrière moi, éphémère sur la neige immaculée. Au fond de La Pire, je glisse sur la moraine latéral dite du Grand Toit et arrive à Siviez (Super Nendaz, 1730m). Le nouveau télésiège de Novelli m’amène jusqu’à Combasteline (2238m), puis une assiette jusqu’au Greppon Blanc (2700m). Si enfant je me souviens avoir déjà fait les 4 Vallées, je ne me rappelais plus des pistes, plutôt pentues sur cette partie du domaine. De là, une route, en contrebas de l’arrête, sur le versant est, m’amène au pied du Mont Rouge (2490m). Les couleurs sont fantastiques, le vert turquoise de la roche – due à la serpentine présente dans le schiste – s’allie au blanc de la neige pour une ambiance des plus nordiques. La vue est belles, les montagnes aux alentours semblent quelques peu biscornues. Voir les Muverans et le Chavalard sous un angle inhabituel est surprenant.

La descente jusqu’à Veysonnaz (1400 m) est rapide, j’y arrive peu avant 10h00. La remontée jusqu’à Thyon 2000 (2100 m) le sera tout autant avec de nouvelle télécabine. Vastes ensembles d’immeubles de style contemporain aux années septante, si elle jouit d’une altitude élevée, le tout n’est pas des plus esthétiques.  De Thyon, je descends sur les Mayens-de-l’Ours (1470m) par la mythique Piste de l’Ours. Crée en 1969 pour la candidature de Sion aux Jeux Olympiques de 1976, elle fut qualifiée alors de « plus belle piste du monde ». Elle dut attendre toutefois 1971 pour accueillir ses premières descentes internationales, lorsqu’elle accueilli deux descentes de la Coupe d’Europe. Ce n’est qu’en janvier 1993, qu’elle fut le théâtre pour la première fois d’une descente de la Coupe du Monde. Dès lors, elle devint une étape annuelle de la Coupe du Monde de Ski Alpin FIS. Une bien belle descente que j’avale d’une seule traite. Je dois reconnaître que mes cuisses sont (un peu) enflammées à la fin. J’y regrette la présence d’un trop grand nombre de pinguelis : impossible de la dévaler en de grandes courbes à haute vitesse. D’ailleurs, je doute que les carres de mes skis aient encore assez d’accroche sur cette descente recouverte de neige artificielle. Le temps d’une montée, je retourne dans le passé, les télécabines sont restées inchangées depuis la création de la piste. Exiguës, des tags sur les parois d’aluminium et les vitres, autrefois transparentes, rappellent leur âge.

De retour à Thyon, je descends dans le Val d’Hérens, jusqu’au Masses (1515m). Comme dans toutes les stations valaisannes, la fièvre constructrice a fait des siennes, de nombreux chalets neufs, souvent aussi grands que laids, ont poussés ces dernières années parmi les vieux mazots. Entre les derniers botzas – petites forêts –, les prés en sont complètement recouverts. Deux  télésièges successifs me remontent jusqu’à Etherolla (2450m). Je rencontre un télémarkeur sur la deuxième remontée. Ce local me convie à l’accompagner pour descendre le versant au couchant. Compte tenu de la pente, je ne me serais pas élancé seul et sans connaissance du coin, malgré des traces déjà présentes. 50 centimètres de neige poudreuse, une pente de rêve, la descente est longue et fluide, avant de se terminer en virages courts entre les sapenets. Un régal.

Pour cette deuxième montée, je profite d’admirer le paysage. La Dent Blanche domine le Val d’Hérens, la pointe du Bietschhorn se dresse au loin, reconnaissable à sa célèbre face blanche triangulaire. Et là-bas, tout au fond, où prends naissance le Val des Dix, se dresse la massive silhouette du barrage de la Grande Dixence, la neige recouvrant de claire bande ses sombres flancs de bétons. Il  faut imaginer que le mur de cet ouvrage s’élève de plus de 280 mètres depuis le fond de la vallée, un record du monde pour un barrage poids. Je resterais une bonne dizaine de minutes à admirer ce paysage, en regrettant l’absence de papa pour qu’il me nomme le nom des becquets. Mais je le lui demanderais ce soir, à mon retour au chalet. Peu avant midi, je plonge à nouveau dans la vallée de Nendaz. Quelques tire-fesses, un peu de poudre, beaucoup de longues traversées plates, une dernière descente pentue et verglacée et une heure et demie plus tard, me voici de nouveau à Siviez.

Il n’est que 13h15, j’estime à deux bonnes heures le temps nécessaire pour aller jusqu’à Tracouet et en revenir. J’ai donc bien assez de temps pour faire ce petit détour et revenir jusqu’à La Tsoumaz en passant par Verbier. Alors que le soleil m’avait accompagné toute la matinée, l’apparition de nuage a rendu la visibilité jour-blanc : bosses, andains de neige  et creux se confondent, aucune ombre ne rend les reliefs visibles. Un vieux télésiège et une assiette m’amène jusqu’au Plan du Fou (2430m). De là, je descends via l’itinéraire hors-piste jusqu’à Prarion (1768m) à travers les mélèzes de Balavaux. Parés d’un linceul blanc, leur port est encore plus altier qu’en automne lorsqu’ils revêtent leur habit orange. Décidément ici, les remontées mécaniques ne sont pas des plus modernes, un antique télésiège à quatre places, me remontent jusqu’au Lac Noir de Tracouet. Quelques rayons de soleil percent à nouveau la couche nuageuse et je profite du paysage. Lors de ma dernière balade dans les environs, j’avais découvert ces vénérables êtres, tortueux et difformes depuis le sol. De mon siège je les domine, je les regarde dans leur cime.

Lorsque le télésiège longe le Lac Noir, un spectacle inattendu s’offre à mes yeux. Alors que je pensais découvrir des pistes de ski dans ce qu’il y a de plus simple, un véritable parc à neige s’étends sous mes yeux : tapis roulants, carrousels, toboggans, tubing, … une véritable image d’Epinal, lorsque j’observe les enfants s’amuser sous le regard bienveillant de leur parent. Il faut dire qu’ici à Tracouet (2200 m), avec les températures sont plus que clémentes avec le soleil qui dardent ses rayons sur le plateau. Ayant un peu d’avance sur mon horaire, je ne résiste pas à descendre jusqu’à Nendaz (1400m). J’emprunte la piste qui passe près de la Croix Saint-Pierre. Si en automne j’avais trouvé que le sentier cotait sec dans les environs, je peux confirmer qu’en hiver, sur cette piste un peu gelée, la descente est rapide, très rapide. En moins de temps qu’il n’en faut je suis en bas au départ des télécabines nendardes. De retour à Tracouet, je redescends dans la trafolée jusqu’à Prarion, passage obligé pour le retour. Un téléski me ramène jusqu’au départ du téléférique du Plan-du-Fou. Je m’offre un nouveau voyage dans le temps : la cabine est encore de cette ancienne génération, avec des vitres qui peuvent s’ouvrir à l’avant comme à l’arrière. A l’époque, on ne craignait pas encore que les gens sautent par les fenêtres, jettent leur bâton ou encore bombarde les autres skieurs avec des glaçons.

Du sommet du Plan-du-Fou, je redescends sur Siviez. Point névralgique des 4 Vallées, je dois patienter longuement. La file d’attente en aval du télésiège de Tortin s’étend en une colonne bifide. Long, très long, surtout quand des groupes d’anglais, bien peu éduqués tentent par tous les moyens possibles et inimaginables de frouiller – essayer de remonter la file d’attente sans attendre son tour –. Une fois assis sur le télésiège, je dois me rendre compte qu’il s’agit sûrement de la plus grande antiquité de tout le domaine. Bien que les sièges soient débrayables, la vitesse n’est pas plus rapide que l’on soit en gare, tiré par la crémaillère ou solidement accroché au fils. Il ne faut pas non plus oublier de compter les quatre arrêts suite aux chutes des gens à l’arrivée ou au départ. Chute qui n’est dû en aucun cas à la vitesse de l’installation – plus lente qu’un homme au pas – ou à la hauteur des sièges – réglée à la taille des enfants –. C’est vous dire si un certain nombre de pinguelis hantent les lieux.

De retour à Tortin vers 15h00, je me renseigne si, par le plus grand des hasards, le Vallon d’Arby aurait été ouvert durant la journée. La réponse d’un des employés me réjouis, les patrouilleurs l’ont déminé dans le courant de l’après-midi. Cet itinéraire étant une route directe pour La Tsoumaz, ma nouvelle limite de temps est fixée dorénavant à 16h15, ici même à Tortin. Comble de chance, j’ai juste le temps d’embarquer dans la première benne pour monter jusqu’au Col des Gentianes, puis de prendre l’avant dernière cabine de 15h20 en partance pour le sommet du Mont Fort. A 3330 mètres, je peux enfin me dire que c’est bon, les 4 Vallées sont dans ma poche. Il ne me reste plus qu’à descendre tranquillement le Mont Fort, d’enchaîner les bosses des Louettes Econdoués, de remonter au Col de Chassoure puis de descendre par le Vallon d’Arby pour rejoindre la Tsoumaz. La meilleure partie de cette finale, qui restera gravé dans ma mémoire, est la descente du Mont Fort, sous les télécabines avec les derniers rayons de soleil qui éclairent la face. Un véritable cliché de rêve.

Je n’ai pas besoin de vous dire que de retour à la maison, après l’apéro et un bon repas, les bras de Morphée ont rapidement saisi mon esprit. Pour les matheux, ce fut plus de 80 kilomètres de piste avalée, passé 7000 mètres de dénivellée et enfin un peu plus de 9h00 de ski, compte tenu des fils d’attente.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Source :

Wikipédia : Piste de l’Ours

Publicités




1er janvier

1 01 2012

La Tsoumaz, lundi 2 janvier 2011

Bonne année à tous. Avez-vous pris des résolutions, des bonnes ou des mauvaises ? Je serais plutôt persuadé que c’est de celle que de toute façon vous n’arriverez pas à tenir. Pour ma part, lecteur tu seras seul juge. La seule et unique résolution que j’ai pris est d’essayé de tenir à jour plus régulièrement ce blog, pour éviter de vous raconter les pérégrinations de ces quatre derniers mois en quelques semaines.

La semaine dernière, au vu des conditions d’enneigement fantastique, je voulais au premier jour de l’an faire le tour des 4 Vallées en télémark. La météo m’a rattrapé et je savais déjà depuis quelques jours que cela serait impossible. Bref, hier soir j’ai réveillonné avec mes parents : foie gras poêlé sur lit de rampons, filet Wellington, parfait flambé au Lagavulin, et enfin un petit verre Glenrothes pour trinquer à la nouvelle année. Lorsqu’à mon lever, mes yeux se portent sur le ciel nuageux. Encore une journée où la visibilité sera médiocre pense-je. Au lieu de me précipiter sur les pistes, j’ai préparé à un petit déjeuner plantureux, où les scones, préparé par maman, se mariaient à merveille avec le cacao maison. Un vrai délice.

Un petit tour en télémark pour souhaiter la bonne année aux employés des remontées m’a appris qu’il avait plu jusqu’au sommet des Savolyeres à plus de 2200 mètres. Au gré des descentes, je file de temps à autres en hors-piste. Les conditions ne sont guère fantastiques, la neige qui fut poudreuse est devenue une lourde et épaisse crème. Rencontrant des amis, je profite de skier avec eux, je me plais d’être en télémark. Me jouant des conditions et des fausses traces, je file dans la neige raffolée presque sans effort apparents. Mes cuisses sont en feu, mais, question d’honneur, je ne laisserais rien transparaître. En début d’après-midi, alors que mes camarades se dirigent vers le restaurant le plus proche, je dévale encore deux ou trois pentes avant de retourner au chalet. Le timing était bon, j’y arrive peu après mes parents et l’apéro ne tarde guère.





Le télémark, il n’y a rien de tel

26 12 2011

La Tsoumaz, 26 décembre 2011, 22h00

Après  un coucher la veille presque à l’heure des poules, le lever est matinal. Après avoir dérupité l’échelle du galetas, le ciel est juste rossi au-dessus du Fou lorsque j’ouvre les volets de cuisine. Je ravive le feu du potager où se consume les restes d’une briquette, rallume le feu dans l’âtre principal. Le crépitement des résineux brulant se fait bientôt entendre, il est temps de préparer les boissons du petit déjeuner, café, lait chaud et thé. Je profite de mettre mijoter dans une casserole d’eau un demi citron et une orange en tranche, ainsi qu’un demi-bâton de cannelle. Plus tard je rajouterai le sucre et le miel, y ferrai infuser du thé corsé avant de remplir mon thermos de cet agréable breuvage. Accompagné du tintement de la vaisselle, assiettes et tasses viennent rejoindre confitures et miels déjà déposé sur la table. Le ciel a perdu ses couleurs pastelles lorsque mes parents sortent de leur chambre. Avant qu’ils soient aptes à déjeuner, j’ai les temps d’accomplir les corvées de bois, autrement dit d’aller jusqu’au bucher par deux fois pour ramener les grosses buches pour alimenter le foyer principal, le petit bois pour allumer le feu, ainsi que le bois pour le potage. Bien que la cuisinière soit en partie électrique, au chalet nous préférons de loin encore utiliser le potager à bois pour effectuer toute la cuisine.

Peu après 9h00, je quitte le chalet. Comme d’habitude je pars avec mon sac à dos où sont fourrés pêle-mêle gants, lunettes, crème solaire, couches supplémentaires. Ne partant pas pour enchaîner les descentes, j’y ajoute aussi mon gros appareil photographique. Il faut dire que les blanches silhouettes des montagnes se détachent parfaitement sur ce fond d’un bleu céruléen. S’il ne fait pas aussi froid qu’en plein mois de février, l’atmosphère est très cristalline, avec me semble-t-il peu d’humidité. Un temps idéal pour aller admirer le panorama depuis le sommet du Mont Fort.

Une fois à Savolyeres, dans le soleil matinal, je dévale la piste du Sud parfaitement damée. Aucun pingueli – touriste perdu ne sachant pas skier – ne me barre la route. Les champs libres, l’instant est magique. Je trace des courbes sur toute la largeur de la piste. Bien trop courte, je suis déjà au fond. Profitant de ma vitesse, je m’élance sur la route Carrefour qui me permet d’atteindre la partie inférieur des pistes à Verbier. Un télésiège m’amène jusqu’aux Ruinettes, puis un deuxième sur les hauteurs de la Chaux. De là, je gagne la station inférieur du SuperJumbo, le nom du grand téléphérique qui m’amènera au col des Gentianes. A la frontière de Nendaz et Verbier, il se trouve au fond du glacier du Mt Fort. Depuis mon enfance, le glacier a bien fondu et où s’étendait encore une vaste plaine, la dépression se fait, année après année, plus importante. Un dernier téléphérique, le jumbo m’emporte presque jusqu’au sommet du Mt Fort à 3330 mètres.

Depuis la plate-forme d’arrivée, la vue est grandiose, elle s’étend du Bietschorn jusqu’aux Dents du Midi en passant par le Cervin. Je ne résiste toutefois pas à l’envie de grimper jusqu’à la croix qui me domine encore d’une trentaine de mètre. De là-haut, la vue s’étend 360° degrés. Fait exceptionnel, les alpes bernoises, parées de leur tenue hivernale se détachent sur les sombres crêtes du Jura, là-bas à plus de 200 kilomètres. Pour les apercevoir et surtout distinguer autant de détail, aucun stratus ne doit recouvrir le plateau. Comme deux semaines en arrière, je ne me souvenais plus avoir vu autant de neige tombé en si peu de temps, je ne me souviens pas avoir admiré un panorama si étendu.  Majestueux panorama enneigé. Tous ces  « 4000 » qui dressent  leur fière silhouette au-dessus des Alpes. Si mon père les a presque tous gravis dans sa jeunesse, pour ma part je tâche au moins de me souvenir de leur nom. Weisshorn, Dent Blanche, Cervin, Dent d’Hérens, Pigne d’Arolla, Massif des Combins, Les Grandes Jorasses, le Mont Blanc, la Verte, les Dents du Midi, … la liste n’est de loin pas exhaustive et je vous invite à venir les découvrir ici même. Et pourquoi pas skier un jour ensemble ?

Trêve de touriste, il est temps de retourner skier. Je descendrai directement sous la gare d’arrivée. La pente est plus raide, mais la neige bien meilleure. J’ai grand plaisir de chausser à nouveau mes télémarks dans cette neige trafollée – neige poudreuse où des skieurs sont déjà descendu –. Un vrai régal. Un petit schuss dans le plat du glacier, au fond de la descente m’amène aux Louettes Econdouè, un itinéraire à ski qui rejoint Tortin. Nombre de touristes sont déjà passés, de nombreuses bosses se sont formées. Quelques peu tarabiscotées, elles restent toutefois douces à skier.  Je peine un peu dans la première moitié. Le temps de retrouver les anciens gestes, les vieux enchaînements et je suis loin. A nouveau, je fais la queue avant de remonter. Malgré tout, je trouve qu’il y a encore peu de monde – moins que les autres années –, alors que Noël est déjà passé depuis deux jours.

La Tsoumaz, 29 décembre 2011, 13h00

L’enneigement exceptionnel de cette année a permis à Verbier 4 Vallées d’ouvrir le Mont Gelé. Bien moins élevé que son grand frère le Mont Fort, dépourvu de glacier, il s’agit toutefois de ma descente préférée sur le secteur, sans doute la plus technique compte tenu de la pente et des obstacles rocailleux qui s’y dressent. Le téléphérique vert, à l’unique cabine, s’envole des Attelas pour rejoindre d’une seule traite le sommet de la montagne. Durant ces quelques minutes, j’adore admirer le raide versant ouest. Succédant aux barres rocheuses, entrecoupées par de minces linceuls blancs, les contreforts se terminent en une pente immaculée allant en s’adoucissant. Comme depuis quelques années, je reste pantois devant le nombre de sans-peurs qui l’ont descendue, malgré les importantes précipitations de ces derniers jours. La vie étant trop belle, je descends un peu à gauche de l’itinéraire officiel sur la face Est. Entre deux cailloux, je trouve encore quelques longueurs de poudreuses encore vierges où je laisse un éphémère sillon. Un vrai régal. Atteignant le fond du vallon, je rejoins les Louettes Econdouè puis Tortin.

En début d’après-midi, alors que j’arrive à nouveau aux Attelas, j’observe trois personnes s’agité au pied du Mont-Gelé, sur une avalanche. Remontant la trace grisâtre de la coulée, au-dessus d’une barre rocheuse, une franche cassure est visible dans le manteau neigeux. Au milieu, la large trace d’un surfeur. Alors que deux patrouilleurs de Verbier 4 Vallées apparaissent sur la crête et se dirige vers le début de la coulée, le bourdonnement d’un hélicoptère résonne dans la vallée. Il vient déposer d’autres secouristes accompagnés de trois chiens au pied de la coulée. J’apprends rapidement par un ami employé aux remontées mécaniques  que trois chanceux touristes, pris dans le flux neigeux, ont pu s’extraire par leur propre moyen, mais qu’ils ne savent pas si le surfeur était descendu bien avant la coulée, ou si ce dernier en la déclenchant pris aux pièges. Une bonne heure et demie plus tard, les recherches sont abandonnées : l’observation visuel, les sondages et le flaire des chiens n’a décelé aucun autre enseveli.

Pour bien terminer la journée, je remonte au Mont Fort pour emprunter par le même chemin que ce matin. Si le début de la descente est tout aussi beau, l’ombre des montagnes recouvre le fond du vallon menant à Tortin. Je termine dans la pénombre froide et bleutée d’une fin d’après-midi hivernale. Je ne résiste pas non plus à une dernière descente depuis le Col de Chassoure jusqu’à Tortin. Je retourne au chalet en passant par Verbier. Après m’être gorgé de soleil lors de la montée jusqu’à Savolyeres, je glisse à nouveau sur le versant nord. Au chalet, l’apéro est presque prêt. Un peu de viande séchée, un petit verre de blanc contribue à réchauffer mes sens.

Ce diaporama nécessite JavaScript.