Le Jour d’après…

6 01 2012

La Tsoumaz, 6 janvier 2012, 17h00

Lever peu avant 9h00 après une nuit qui m’a semblée relativement calme. Dans tous les cas, je n’ai pas entendu le vent souffler dans les grands sapins verts. Par la fenêtre au volet ouvert, je regarde la neige tomber en fin flocon : l’épaisseur sur l’avant-toit a presque doublé depuis avant-hier. Peu avant neuf heures, les feux ronflent dans leur cheminée respective, le petit déjeuner est presque ce prêt. Le temps que les scones finissent de cuire, je m’applique à déblayer la galerie du chalet. : apporté par le vent, neige et brindilles se sont engouffrées dans les angles ; sous les rafales les flocons se sont tassés, s’enfonçant dans les  encoignures.

Avant de partir en balade, je file jusqu’au bout du bisse pour voire les dégâts dont j’ai entraperçu l’importance hier soir. A la sortie du botzas – bosquet –, des troncs sont amoncelés, les branches pêlemêles, les racines à l’air, le chemin est complètement bloqué par les sapins. Je contourne l’obstacle en grimpant sur le talus. D’ici en haut le spectacle est encore plus désolant, ce n’est pas une dizaine d’arbre qui sont à batz – couché par terre –, mais une vingtaine étendus ou à moitié abattus. A la vue d’André, le propriétaire du chalet sur lequel s’est écrasé un sapin, je lui demande si le toit n’a pas trop souffert. Il semblerait que non, la neige ayant amorti le choc. Lorsque Braunhilde, sa femme apparaît sur le pas de porte et me propose à son tour de venir prendre un café, je ne pourrais me soustraire à l’invitation. Nous deviserons de la tempête Andréa, la comparant à nouveau à celle de Viviane. J’apprends d’ailleurs que le vent à souffler à 270 km/h, qu’un peu moins de 2000 foyers sont privés d’électricité dans les alpes vaudoises et que de nombreux voies ferrées ou routières sont encore fermée à la circulation.

Le retour au chalet est de courte durée, le temps de me changer. Papa a déjà préparé les skis pour partir en peau de phoque, il ne lui reste plus qu’à enfiler les souliers. Skis et sac sur le dos, nous montons jusqu’à la voiture, accompagné de Laurent et Justine bien décidé, cette fois-ci, à regagner la plaine. Le sillon du chemin a complétement disparu pendant la nuit, recouvert par la neige soufflée par le vent. Je choles les cinquante centimètres. Lorsqu’à deux reprises, je mets le pied hors de l’ancien chemin, la sanction ne se fait pas attendre : la jambe est happée jusqu’à l’aine. Nous rencontrons un voisin qui nous apprends que la route nous reliant jusqu’à la plaine sera ouverte dans une bonne demi-heure, au environ de midi et que des chalets, situés dans les hauts des mayens sont privés d’électricité.

Alors que Laurent et sa demoiselle déblaie leur voiture, avec papa, j’attaque la montée jusqu’au porte. Avançant tranquillement l’un derrière l’autre dans la neige fraîche, nous observons à nouveau quelques arbres affalés dans la neige. La route vient d’être dégagée, des troncs gisent en deux de part et d’autre de la chaussée, des branches jonchent les andains de neige. Une fois passé par-dessus le tunnel, nous sommes contraints à revoir notre itinéraire : un arbre est couché à travers l’arrivée de la piste de luge. Si d’autres ont subi le même sort, la progression ne sera pas des plus agréables. Par conséquent, comme les remontées mécaniques ne fonctionnent pas nous décidons de suivre la piste de ski Damée pendant la nuit, une fine couche de poudreuse s’est aussitôt déposée. Les conditions sont idéales pour une montée tranquille. Les efforts sont bien moindres que si nous étions passés en pleine forêt, au point que nous cheminons l’un à côté de l’autre. Pour éviter les nombreux autres randonneurs qui longent la piste principale, nous bifurquons par la tropicale pour rejoindre le Taillay. Le paysage ne change guère : arbres cassés à mi-hauteur, troncs éclatés, brindilles recouvrant le sol, ….

Arrivé à la station inférieure du télésiège, en pleine flémingite aigu, nous continuons notre bonhomme de chemin sur la piste. Au-delà de la lisière de la forêt, là où poussent les grands solitaires, trois vénérables reposent brisés dans la neige. La couverture nuageuse se dissipe, le voile de brume s’amincit, le soleil apparaît tel un disque de fer chauffant à blanc. Tout est nuance de blanc et de gris, seuls les arbres colorent leur paysage de tâches brunes ou vertes foncées. Seuls, toujours seuls, nous ne croisons aucune âme sur toute la randonnée. Arrivé à la hauteur de la Croix-de-Cœur, nous glissons le long de la crête, la neige complètement soufflée est devenue carton. Elle forme une croûte, où la surface est similaire à des écailles ou à des courtes vaguelettes figées par des températures trop froide. A l’abri de la gare d’arrivée du télésiège du Taillay, nous enlevons nos peaux-de-phoque, avalons un bon thé chaud et se préparons pour ce qui deviendra une descente d’anthologie.

Glissant doucement à la surface de la neige cartonnée, j’entends la surface se craqueler à chaque changement de virage. Peu à peu papa prends confiance et vitesse. Nous traçons l’un derrière l’autre de jolies petites courbes. Arrivés à l’orée des bois, à mesure que nous glissons dans la forêt la poudreuse devient plus épaisse. Nous nous faufilons entre les arbres, esquivant les branches basses des mélèzes, tournant autour des sapins. Cela faisait longtemps que je n’avais plus skié ainsi dans la forêt du Taillay, sans devoir me soucier d’une souche ou du manque de neige. Nous restons concentrés pour éviter de terminer dans un taillis de vernes, changeant parfois de direction au dernier moment. Les seules pauses que nous nous accordons sont au passage de route. Le temps d’attendre que l’autre nous ait rejoints et nous dévalons déjà le talus suivant. Nous arrivons déjà au Bisse de Saxon, une dizaine de sapin se sont couchés en travers du chemin à la Croix du Taillay, en dessus des bâtiments de l’alpage. Pour ne pas écourter trop vite cette mémorable descente, nous continuons à travers les prés, passons à côté d’un traxcavator en train de dégager une route. Nous nous arrêterons finalement au petit bisse. Il nous reste plus qu’à le suivre pour rejoindre notre chalet.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





Andréa

5 01 2012

Titre : Andrea

Tag : La Tsoumaz, Tempête, Andrea, Taillay

La Tsoumaz, 7 janvier 2012, 16h00

Si Andréa a fait la une des nouvelles radiophoniques ces derniers jours, au chalet l’évolution météorologique est suivie au jour le jour en suivant la couverture nuageuse et en observant le baromètre du chalet. Depuis quelques jours, la pression atmosphérique décroît lentement, ce qui en règle générale est toujours synonyme d’un mauvais temps qui dure et de la neige en abondance. Ce matin, l’aiguille indique 1018mbar, bien en deçà des 1033 habituels lorsqu’il fait beau. Dehors, il neige, quelques bourrasques soufflent, entraînent les flocons dans de grands tourbillons.

Après le déjeuner, nous décidons de partir pour une petite randonnée. Pour monter au Taillay, au lieu d’emprunter le chemin pédestre, nous suivrons un itinéraire que mes parents n’ont plus emprunté depuis quelques années. Il s’agit du tracé d’une vieille route qui montait en zigzag dans la forêt, jusqu’à rejoindre le Col de la Croix-de-Cœur. Quand je dis une ancienne route, il faut s’imaginer un chemin qui est tombé depuis des années en désuétudes au point de ne plus figurer sur les cartes modernes. Qu’à cela ne tienne, un vieux feuillet existe encore au chalet où le passage est indiqué en traits-tillés.

Je ne vous dirais rien de plus, ni le point de départ exact de la route, ni son lieu d’arrivée. Sachez toutefois que c’est une des plus belles balades de cet hiver. Au milieu de la forêt, les arbres ont bien poussé en quelques années, d’autres sont tombés. Il faut se faufiler entre les taillis, se dérouter pour éviter les troncs et les souches. Mais l’endroit est magique, nous sommes seuls au milieu des bois protégés du vent, seuls quelques flocons qui se sont glissés entre les branches nous rappellent que dehors il fait mauvais temps. Enfin pour le moment. Une fois à découvert, plus haut que l’orée supérieure, nous affrontons un véritable blizzard. Après avoir cholés la poudreuse lors de la montée, nous avançons sur de la neige carton. Porté à la surface, l’effort pourrait être moindre, nous devons redoubler d’ardeur pour avancer contre le vent. Il neige à l’horizontal.

De retour au chalet, complètement frigorifié, tchia – trempé –  par les flocons qui s’insinuaient dans tous les interstices, je serais content de prendre une bonne douche chaude. L’apéro qui suivra sera aussi des plus copieux avec viande sèche, jambon, lard, saucisse, fromage, tomme, rebibe et bien entendu un petit coup de blanc pour que le gosier ne s’assèche pas.

Tout l’après-midi, les précipitations se font plus importantes, le vent rugit de plus en plus dans les arbres. Situé au fond d’une combe, le chalet est habituellement bien protégé des rafales, mais aujourd’hui les sapins plient sous les bourrasques. En fin d’après-midi, je descends jusqu’au village. Pendant que je poste quelques nouvelles sur mon blog, par la fenêtre j’observe les panneaux s’envoler, les gens s’accrochaient au lampadaire pour ne pas glisser. En début de soirée, lorsque je remonte au chalet par le chemin du bisse, j’hume une forte odeur de résineux. Un grand sapin gît, affalé dans la neige, la pointe délicatement posée sur le toit du chalet des Imboden. Plus loin deux autres ont aussi été abattus par le vent.

Au chalet, l’apéro règne de nouveau en maître. Laurent, un collègue de travail à mon papa, est venu lui rendre visite avec Justine, sa copine. Après avoir brièvement raconté l’état du bisse, tous me disent avoir entendu les craquements, et mes parents rajoutent que la force du vent au chalet leur rappelle Viviane. Viviane est le nom de la tempête hivernale qui s’est abattue le jour de carnaval en février 1990. Durant 3 jours, il n’y avait plus d’électricité dans la station, et les routes jusqu’à la plaine étaient coupées. Un de mes plus beaux souvenirs de gosse.

Après une bonne fondue, papa et moi raccompagnons nos hôtes jusqu’à la voiture. Le chemin a presque disparu, seule une petite dépression indique encore son tracé. Pour la nième fois de ces deux semaines, je trace un nouveau sillon. Avant de revenir au chalet, un petit détour obligé, nous amène jusqu’au bout du bisse. Les trois arbres qui s’étaient abattus avant la tombée du jour ont été rejoint par, à vue de nez dans l’obscurité, une petite dizaine d’autres. Personne ne passera plus par cette itinéraire jusqu’à la fin de l’hiver, à moins de grimper dans le talus et créer un nouveau passage dans un bon mètre de neige.

A peine étions-nous de retour, que la sonnerie du téléphone retenti. Laurent demande s’il peut venir dormir au chalet, à la sortie du premier tunnel à la descente, les pompiers l’arrêtent : une dizaine d’arbres se sont couchés en travers de la route. Le temps d’une nuit, le chalet a donc accueilli deux réfugiés, deux tourtereaux perdus dans la grande tempête hivernale.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





Première montée au chalet

17 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 17h10

Hier dans le courant de l’après-midi, mes parents me téléphonent pour savoir si je rentre en Valais cette fin de semaine. Comme Joachim nous a amené beaucoup de neige ces derniers jours, je me décide pour les accompagner au chalet. Avant de raccrocher, papa me dit qu’il va acheter des chaînes pour la voiture. Il doit être tombé beaucoup de neige pour que papa se soucie d’en avoir à bord. Il est plutôt du genre à les laisser à la maison. D’après mes souvenirs d’enfance, le nombre de fois où nous avons dû chaîner la voiture se compte sur les doigts d’une main, par conséquent papa doit être presque sûr de devoir les utiliser demain pour être si pressé d’en acquérir.

Samedi matin, il fait toujours mauvais temps lorsque je vais prendre le train. Un ciel couleur gris plombé s’étends au-dessus du Léman. Les flots sombres sont agités, de blancs moutons parsèment la crête des vagues. Les teintes du paysage sont restreintes, tous semblent noyés dans une palette bleue pétrole. Au loin, la neige apparaît, recouvre les vignobles du chablais vaudois. Sur les flancs du Grammont, la cheminée de l’usine de Chavalon se découpe sur le fond nuageux. Un véritable paysage de fin du monde.

Je quitte les abords du Lac. A mesure que le train s’enfonce dans le Valais, des nuages toujours plus épais de particules neigeuses sont projetées de part et d’autre de la locomotive. A Martigny, en attendant le régional, quelques flocons épars tombent. A Riddes, ils se sont faits plus nombreux et je découvre un village recouvert par une vingtaine de centimètres. Bien plus que j’en ai vu depuis des années en Valais. Sitôt arrivé à la maison, nous repartons pour les mayens. Papa au volant conduit prudemment. Quelques virages après avoir quitté la plaine, la route se pare de blanc. Un tapis neigeux, de plus en plus épais, la recouvre. Des flocons continuent de tomber. Nous continuons de monter lentement. Par endroit, une voiture de touriste est stationnée au bord de la route, le conducteur chaînant les routes. Ailleurs, nous observons les traces sinueuses d’une voiture ayant perdu l’adhérence. Partout des branches de sapins et de mélèzes jonchent la chaussée. Derrière une voiture, nous nous engageons dans le dernier virage. Là où la pente est la plus raide, la voiture ralentit, patine. Il est temps de chaîner. De toute façon, nous n’aurions pas échappé, l’automobile devant nous est arrêtée à son tour.

Une fois les chaînes installées, la conduite est presque un jeu d’enfant. Les roues s’accrochent à la neige, et nous gravissons sans problème la dernière côte. Peu avant l’arrivée en station, sur notre gauge, s’élève des montagnes de neige. Déblayée des routes du village, elle est déversée sur ce parking en attendant sa fonte. Le dernier tronçon de route pour arriver jusqu’au chalet est à peine dégager : une quinzaine de centimètre de neige tassée recouvre encore la chaussée. Lentement, derrière des voitures de touristes nous nous engageons. Le plus dur est fait. Il ne nous reste plus qu’à descendre jusqu’au chalet.

Une fois débarqués, la hauteur de neige de part et d’autre de la route est encore plus impressionnante. Le manteau neigeux doit bien mesurer un mètre d’épais. Pour rejoindre le chalet, nous nous engageons sur le chemin commun, dégagé avec une fraiseuse. De petits murets d’une soixantaine de centimètres s’élèvent de part et d’autre. L’aventure débute à nouveau lorsque nous quittons le sentier. Si l’été nous devons traverser une haute prairie herbeuse, aujourd’hui je trace le chemin dans un plus-qu’épais manteau neigeux. A peine engagé sur le tracé habituel que je m’enfonce jusqu’à mi-cuisse. Secoué par le vent, la neige accrochée sur les branches du sorbier profitent de dégringoler sur ma tête au moment où je passe dessous. Peu après, le niveau atteint le sommet des hanches. A chaque pas, je dois ressortir complètement ma jambe de la neige, la jeter en avant, pour m’enfoncer à nouveau. Lentement je progresse jusqu’au chalet. Dans mon souvenir, je ne me souviens plus avoir vu pareil quantité de neige tomber en une fois. Maman, elle se souvient ne l’avoir vu qu’une seule autre fois, un matin de février – mois reconnu pour ses importantes chutes de neige. J’arrive enfin au chalet, l’escalier et le balcon sont ensevelis sous la neige. Je cherche à tâtons les marches jusqu’au palier.

Il est temps d’allumer le feu du potager pour dégager le conduit de la cheminée. Le bois se consume difficilement, la fumée peine à trouver son chemin vers la sortie. Il faudra atteindre quelques minutes avec que le feu ne ronfle comme à son habitude. Il est alors temps d’allumer le foyer principal, puis de déblayer les abords du chalet. Que de neige, à pousser en bas du balcon, à enlever des escaliers, à dégager pour accéder au bûcher. Une bonne heure sera nécessaire pour venir à bout de la tâche.

Alors que le chalet commence à se tempérer, nous partons pour une petite randonnée en peau de phoque. Après avoir chaussés les skis devant le chalet, nous nous enfonçons dans un paysage de Grand Nord. Les barrières disparaissent sous la neige, d’épaisses couches recouvrent les toits, les branches ploient sous les amas blancs, … Seule la route principale est bien dégagée, lorsque nous gravissons les deux raidillons en direction du bisse, la chaussée est encore recouverte par une vingtaine de centimètre. Arrivé en vue de la Maison de la Forêt, situé en aval du bisse, je grimpe sur le sentier pédestre. Personne ne nous a précédés, en tête, je choles – trace mon chemin – dans un demi-mètre de neige, laissant un profond sillon derrière mois. La progression est lente, un peu pénible, mais le paysage est splendide.

Avec papa nous nous relayons en tête, alors que maman ferme la marche. Par moment, il est possible d’enfoncer les bâtons dans la neige jusqu’à la poignée sans qu’ils ne touchent le sol. Nous rejoignons la route forestière lorsqu’elle s’enfonce dans les bois. Les ratracs ont du passé hier sur la piste, les skis s’enfoncent moins profondément et la progression est facilitée sur ce chemin damé. Par deux fois, un épineux déraciné par la tempête s’est renversé, il faut baisser la tête et courber le dos pour passer l’obstacle. Arrivé à l’intersection avec le chemin pédestre, il est temps de rejoindre le sous-bois. Le passage du talus est ardu, l’importante quantité de neige ne facilite pas l’accroche des peaux de phoques, et la pente, momentanément importante, rend la tâche d’autant plus difficile.

Sous le couvert des arbres, avec les importantes chutes de neige, le manteau est tout aussi important. Il faut à nouveau choler cinquante centimètres. Mais la vue est bien plus jolie que sur la route. Les arbres ont cessés de formé deux hautes murailles, il faut zigzaguer entre les troncs, chaque changement de direction apportant un nouveau point de vue, chaque courbe dévoilant une nouvelle merveille : branches d’épineux alourdies, noisetiers et sorbiers ployé sous le poids de la neige, sapenets dont la cime émerge tout juste de la surface, …  Arrivé à la lisière supérieure de la forêt, les bourrasques de la tempête nous cueille, les flocons poussés par les rafales s’engouffrent dans les moindres ouvertures, la neige nous cingle le visage, … Nous regagnons la piste de ski, enlevons les peaux de phoque, buvons rapidement du thé, versé fumant depuis le thermos puis redescendons jusqu’au chalet. Ne résistant pas à l’attrait de la poudre, je coupe à travers une ancienne trouée. La neige est toutefois un peu plus lourde qu’escomptée et sans l’importante pente, je serais resté immobilisés à la fin de certains virages. Demain, je recomence.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





La tempête Joachim

16 12 2011

Écublens, le 19 décembre 2011, 8h00

Comme vous le savez sans doute, la tempête Joachim a déferlé sur l’Europe le 15 décembre dernier. En suisse, elle a atteint son paroxysme le vendredi. Les vents violents balayant le Léman ont contraint la Compagnie Générale de Navigation (CGN) a arrêté complètement leur service pendant toutes la journée. Au milieu de l’après-midi, j’ai donc décidé d’aller observer les flots tumultueux. Dehors le vent ne cesse de souffler, la pluie tombe dru, les gouttes sont transformées en projectile par les bourrasques qui s’enchaînent les unes après les autres.

Des chaussures de marche aux pieds, un pantalon étanche, une veste des plus imperméables, je maintiens mon équilibre tant bien que mal, mon vélo sollicité par des coups de boutoirs tempétueux. Alors que j’arrive en vue de la Plage du Pélican à Saint Sulpice, je reste coi : ce petit coin de paradis reconnu pour sa plage de galet, ses eaux claires, sa pelouse accueillante est transformée en enfer. Les branches des arbres claquent au vent. Le lac est déchaîné, au point que les mouvements houleux viennent soulever le fond argileux, teintant les eaux d’une couleur boueuse. Seul loin au large, le lac conserve sa couleur habituelle, ce vert sombre, digne d’un orage estival. Les embruns jaillissent derrière la sculpture du pélican. L’écume volent jusqu’au milieux du parc. Les galets sont projetés sur les rives. La plage a complètement disparu, engloutie par les vagues. Les pontons privés sont happés par les flots. Le vent cingle mon visage.

Plus loin au débarcadère de la CGN le spectacle est le même : la pelouse et le lac semble de niveau. Les vagues s’éclatent contre la jetée de granite, projetant des milliers de gouttelettes qui s’envolent à l’horizontale. Elles déferlent sur les quais, inondant le gazon. M’aventurant jusqu’au bout du débarcadère, je ressens la violence des éléments déchaînés. Le vent tend à me coucher, l’eau courant sur le sol essaie d’emporter mes pieds. Mais la vue est magnifique : à quelques dizaines de mètres de l’eau, la petite église de Saint Sulpice se dresse., Alors que sa silhouette romane reste impassible malgré le temps, un peu en retrait, un drapeau suisse claque dans le vent, déchiré, lacéré par la brise.

Rebroussant chemin,je rejoins les abords de la Banane. Dans le port de Saint Sulpice, les bateaux dansent la gigue, entraînés par le vent. Le sentier longeant le lac jusqu’à la Banane, un des bâtiments de l’Université, dont la forme est si bien décrite par son surnom, est rendu impraticable par les déferlements incessants. Les flots impitoyables rongent la grève, projettent graviers et cailloux sur l’allée, détrempent le pré. Il ne manquerait plus qu’un peu de lave, des fumerolles et des odeurs soufrées pour croire à la fin du monde.

Alors que la fin de l’après-midi s’approche, et le voile de l’obscurité avec elle, je rejoins l’embouchure de la Sorge. A plus d’un mètre au dessus de son niveau normal, s’écoulant sur un rythme torrentiel, l’eau a gagné les deux rives, baignant le pied des bouleaux et des êtres. Les deux langues de terres s’étendant de part et d’autre de son petit delta ont disparu sous les flots. Les mouettes s’ébattent dans les rafales humides, alors que les canards cherchent péniblement un coin tranquille où s’abriter. Les cygnes quand à eux sont tranquillement installés sur la grève, insensibles aux évènements extérieurs. La blancheur de leur duvet contraste avec le gris plombé du ciel, et celui ardoise des galets.

Avec un dernier regard à un arbre isolé sur le promontoire ouest, se battant contre vents et marées, je rentre. Le retour à vélo est long, bataillant contre le vent j’avance péniblement. A mon arrivée, la douche chaude ne sera que des plus agréables.

Ce diaporama nécessite JavaScript.





J57 – Jenolan Cave

7 07 2011

Old Ford Reserve, Blue Mountain, New South Wales, jeudi 7 juillet 2011, 2010 (GMT+10)

D = 623.5 Km

Hier soir, les bras de Morphée m’ont appelé alors que je n’avais pas encore terminé mon récit. Vers 21h00, je dormais du sommeil du bienheureux. La nuit fut longue et s’est avérée très réparatrice lorsque je me suis levé vers 6h30 pour admirer l’aube poindre. Mon premier lever de soleil à l’intérieur des terres. Beaucoup de personnes m’avaient parlé des couleurs que pouvait revêtir cet instant en Australie. Jaune, orange, rouge, … l’horizon s’embrase. La base de massifs nuages gris se teinte de mauve, alors que végétation et montagnes se détachent à contrejour. Déjeuner aux premières lueurs du jour, un de mes grands plaisirs pendant ces vacances. Alors que la fraîcheur (NZ) ou le froid (AU) vous refroidit, profiter de la chaleur des premiers rayons est un vrai délice. Si je veux atteindre le cœur Blackheath ou Katoomba au cœur des Blue Mountains avant la fin d’après-midi, je ne tarderai pas à partir.

Première étape: parcourir les 60 kilomètres de chaussée non bitumée me séparant de la route Goulburn-Oberon. Hier, lors de mon passage au Fitzroy Falls, je m’étais renseigné sur l’état de cette route. La logique aurait voulu que, comme tous les touristes, j’effectue le détour par Goulburn : 150 kilomètres de route bitumée. Le principal défaut de cet itinéraire est qu’il fait partie du réseau des routes importantes avec beaucoup de circulation. Bref, je préférerai de loin prendre plus de temps pour parcourir 80 kilomètres, dont 60 sur du gravier et profiter de la cambrousse. L’avis de la ranger sera catégorique : la route est de bonne facture, sans nids-de-poule importants: il faudra juste que je prête attention aux branches et autres déchets résiduels de la tempête de ces derniers jours. Avant de partir, elle me demande si je suis prêt pour l’aventure sur cette route étroite, sinueuse et déroulant son ruban sur de raides flancs montagneux. Si, au début, la route n’est que sinueuse, déroulant son ruban à flanc de collines, les autres qualificatifs apparaissent les uns après les autres. Si la route n’est pas large par endroits, le nombre de virages possédant un léger élargissement où deux véhicules peuvent se croiser est plus qu’important. La balade s’avère pittoresque entre la rivière occupant le fond du canyon, les eucalyptus, les kangourous bondissant sur la route, la fine bruine plus qu’intermittente, la rencontre avec deux grosses jeeps, dont l’une possède le mythique par-buffle orné des cornes d’un taureau avec le sommet du crane. Après avoir gravi l’autre côté de la vallée jusqu’à Woombeyan Cave, le tracé s’assagit pour mon premier passage dans le Blue Mountain National Park : une longue et large route en terre battue, ornée d’eucalyptus à la place de peupliers ou de platanes.

Peu avant mon retour sur le macadam, j’ai rejoint les pâturages de l’Upper Lachlan Shire. Il me reste encore  à engranger une centaine de kilomètres avant d’arriver enfin à Jenolan Caves. Lors de mes arrêts photographiques, je finis par enfiler une fourrure polaire, en raison de la fraîcheur du fond de l’air. Un petit arrêt à Oberon me permet de m’enquérir sur la météorologie ainsi que d’obtenir quelques informations sur la région. Je ne m’attendais pas à être monté jusqu’à 1200 mètres – d’où le froid hivernal –. Aujourd’hui et demain le temps devrait rester mitigé avec une couverture nuageuse abondante et quelques bruines intermittentes.

Alors que j’imaginais les grottes de Jenolan s’enfoncer à partir de la surface du plateau, la route disparaît dans une vallée. La descente sera rapide, non en raison d’une faible différence d’altitude, mais d’un tracé raide à faire frémir tout ingénieur civil helvétique. Arrivé au fond, je me parque en amont d’une immense bâtisse, dont la facture me rappel ces hôtels touristiques du début du XIXe siècle. J’apprendrai plus tard que le bâtiment date effectivement de cette époque, et a été construit dans ce style pseudo-victorien si cher à cette époque. Les complexes spéléologiques de Jenolan se sont formés il y a approximativement 340 millions d’années, faisant de ces grottes de loin les plus vieilles du monde. Connue depuis des millénaires par les aborigènes, ces derniers descendaient leurs blessés et malades dans le réseau de galerie pour les baigner dans les rivières souterraines, auxquelles ils prêtaient des vertus médicales magiques. Il faudra moins d’un quart de siècle depuis la fondation de Sydney, pour que les grottes soient (re)-découvertes par les européens. Dès 1840, les premiers touristes visitent les grottes et le gouvernement décidera de les protéger dès 1866. Dès lors, une liaison routière reliant Jenolan à Katoomba voit le jour en 1887 avec la route Six-Foot et la construction d’une immense bâtisse servant de relais et d’auberge. Aujourd’hui l’exploration continue encore : si plus de 350 entrées sont répertoriées, le réseau est loin d’être complètement connu dans son intégralité.

Touristiquement parlant, il est possible de visiter 11 grottes différentes. Je me serai bien plu à explorer Orient ou The River Cave, la description me semblait des plus attractives. Toutefois ne voulant/n’ayant pas le temps de patienter 2 à 3 heures à Jenolan, je me rabattrai sur Chifley Cave, l’une des plus veilles grottes à avoir été explorée. Pour y accéder, il faut passer sous la Grande Arche, une grotte semi-ouverte d’une centaine de mètres de long, une cinquantaine de haut, sous laquelle circule aussi la route.

La visite sera plus que sympathique avec un guide dont l’enthousiasme et le charisme est impressionnant. Au travers des cinq arrêts j’apprendrai un peu plus sur l’histoire des grottes, raviverai mes connaissances en spéléologie, de la formation d’une grotte calcaire à celle des voiles, et surtout ne cesserai de m’émerveiller devant ces constructions millénaires. J’avais apprécié la self-spéléologie de Cliffden Cave, l’intimité des visites en petit groupe de Waitomo, ici tout cela sera compensé par la formidable diversité des concrétions de calcite.

De retour à l’air libre, je récupère un audioguide, compris avec la visite guidée, et là je discute cinq minutes avec le guichetier, dont les Grisons sont sa région suisse préférée, puis pars à la découverte Nettle Cave et de Devils Coach House. Il s’agit de la grotte semi-ouverte et de l’arche d’accès qu’exploraiênt les touristes à l’origine, grimpant sur des échelles en bois, ou escaladant des escaliers sommairement taillés dans la roche. Devils Coach House est ma préférée des deux. Non seulement en raison de ses dimensions : 130 mètres de long, 90 de haut, 40 de large, mais aussi pour ses formes et ses nombreuses ouvertures permettant des jeux de lumière tout simplement magiques. Elle fut nommée ainsi après qu’un colon a juré avoir aperçu Satan sur son Carrosse, tiré par des chevaux hennissant, entrer dans la caverne. La description fut mise sur le compte des hallucinations éthyliques, les cris étant sûrement le chant d’un des hiboux y nichant. Le nom est toutefois resté. Pour ma part, après avoir observé l’ouverture nord, large de 20 mètres, haute de 50, hérissée de stalactites, depuis le sommet d’un promontoire, il y a un je-ne-sais-quoi de diabolique dans ce béant orifice minéral au sein de la forêt.

Avant de quitter Jenolan, un petit détour me mène par Blue Lake. J’avais osé espérer observer un des deux platipus ou ornithorynques nichant actuellement dans les environs. Apeurée par l’agitation touristique, la paire n’est malheureusement active qu’en début ou fin de journée. Je reprends la route en direction des Blue Mountains. Le temps de ressortir de la gorge, glisser le long d’un plateau recouvert de pâturages et de pinèdes d’exploitation, et m’y voilà déjà. Dans le lointain, la longue table, arborant une ceinture rouge en-dessous de sa couronne végétale, apparaît. En moins de temps qu’il n’en faut, me voilà embarqué sur la route bidirectionnelles à 4 voies, sans bande d’arrêt d’urgence, ni place d’évitement, il me sera impossible de m’arrêter. De toute manière, je n’aurai jamais osé traverser la route pour accéder à l’autre côté, d’où la vue est bien plus esthétique.

Arrivé à Blackheath, je comprends mieux les bribes que j’avais saisies aux nouvelles radiophoniques affirmant que les Blue Mountains avaient été fortement touchées par les vents violents. Des arbres déracinés jonchent les jardins : il ne s’agit plus de petits eucalyptus, mais de conifères au diamètre important, des troncs, des tas de branches. Des camions grues soulèvent des troncs découpés à la tronçonneuse pour libérer les accès, les services électriques et téléphoniques rétablissent leur service, les pompiers sont venus à la rescousse de la population; les barrières automatiques du train sont remplacées par deux agents ferroviaires de piquets. Ma visite des Blue Mountains s’annonce plus aventureuse que prévue. Un passage à l’office des visiteurs m’informe que la majorité des tracés sont fermés en raison d’un nombre trop important d’arbres bloquant les chemins. Actuellement, seul l’accès à Echo Point est possible. Il me faudra revenir demain pour avoir les dernières nouvelles sur le dégagement des chemins. Personnellement, s’il n’y a aucun danger lié au vent ou aux chutes de pierre et que seuls les troncs obstruent le passage, il se pourrait bien demain que je parte quand même à l’aventure. Ce soir, je rejoins un terrain de camping gratuit, situé à l’abri du vent dans une petite vallée. Il est plus qu’agréable de cuisiner et manger (presque) au chaud.

Ce diaporama nécessite JavaScript.