Peau de phoque dans la tourmente

30 12 2011

La Tsoumaz, 30 décembre 2011, 12h50

A lire en écoutant :

  • J.S. Bach, « Das Wohltemperierte Klavier, II. Buch, », Préludes et Fugues N°14 à 24 (BWV 883 à 893)
  • Giants of Jazz play Brassens

Il est presque 8h30 dans la quiétude du chalet lorsque je me réveille. Par la fenêtre, dont le volet est resté ouvert hier soir, je vois les flocons de neige, emportés par les bourrasques, tourbillonner sur l’avant-toit ; par moment, je ne distingue plus rien, le nuage de fines particules forme un véritable brouillard immaculé. Maintenant que je suis bien réveillé je peux entendre le sourd souffle des rafales de vent descendre dans la combe où se trouve notre chalet, étouffé par la neige entassée sur le toit.

A peine ai-je la fenêtre est-elle ouverte pour ouvrir les volets, qu’une véritable tornade propulse des flocons de neige dans le chalet. Une fois refermée, ils viennent se coller à la vitre et forment à contrejour de magnifiques arabesques. A chaque autre fenêtre, le phénomène  se répète, introduisant un duvet blanc qui fondra rapidement. Une fois les feux allumés, ces derniers ne vrombissent pas comme d’habitude, le vent s’engouffrant dans le tuyau de cheminée rabat les flammes. Par moment, une odeur âcre émane du potager, la fumée repoussée ne peut plus que s’échapper par la porte et les grilles du tirage.

Nullement pressé, les remontées mécaniques ne devant pas fonctionner par cette mistoufle. Bien au chaud, alors que dehors le vent ne cesse de tourbillonner, les brindilles cassées de virevolter, les aiguilles de mélèze de pirouetter, je prépare le petit déjeuner. Luxueux repas accompagné de miels, de confitures, de cacao, de café ou encore de thé, … D’ailleurs le temps de l’avaler suffira à ce que la neige recouvre à nouveau les balcons fraichement déblayés ce matin. Cette année aucun écureuil n’est encore venu se restaurer à notre mangeoire. Aucunes traces du petit mammifère, bien que chaque matin les noisettes disparaissent. Mésanges huppées et jaunes ont déjà fait leur apparition aujourd’hui, se régalant des graines et des morceaux de pains. Les petits volatiles ont disparus soudainement, laissant place à un magnifique casse-noix. Quelque peu affamé par cet hiver rigoureux, il vient se régaler des noisettes, avant de disparaître à nouveau dans les bois.

Peu après  10h00, je me prépare pour partir en peau de phoque. Comme il y a deux semaines, pendant la tempête Joachim, je grimperais dans la forêt jusqu’à la lisière au niveau du Taillay. Je pars dans la tourmente, par moment la vue ne porte pas à plus d’une dizaine de mètre. Je croise le traxcavator déblayant la neige, lorsque je monte un petit raidillon bordé de chalet. Il racle la neige presque jusqu’au sol, laissant derrière lui deux traînées grises, où percent les gravillons. Bientôt, je rejoins la forêt dans laquelle je m’enfonce, grimpant le long du sentier pédestre. La neige est emportée des branches en de multiples flocons, noyant le paysage dans une brume blanche. Sous les coups des bourrasques, j’ai l’impression d’entendre un torrent bruire ou encore une locomotive à vapeur passer dans les sous-bois.

Arrivé à la station inférieure du télésiège du Taillay je m’arrête. Je rejoins les employés dans le cabanon de surveillance. Depuis ce matin, Luc et Eddy patiente bien au chaud. D’ici quelques dizaines de minutes, le chef devrait téléphoner s’ils les libèrent. 11h30, Maurice Besse, responsable des patrouilleurs a reçu le dernier bulletin météo  qui ne prévoit aucune amélioration, demain devrait même être pire. Peu après, la décision est prise, les installations resteront fermées toutes la journée. Luc et Eddy rangent les cordes, les filets et les poteaux métalliques afin que le ratrac puisse déblayer correctement la neige, puis rejoignent la station. Pour ma part, arrivé à la lisière supérieure de la forêt, je ne continuerais pas la balade. A l’abri des arbres, la peau de phoque est agréable. Plus haut, il me faudrait affronter le blizzard de face, le vent me cinglerais le visage, je ne verrais guerre. Sans compter une descente sans aucune visibilité. Il est temps de rentrer, je glisse sur la piste, damée en début de nuit, elle est recouverte d’une vingtaine de centimètre de neige poudreuse, légère, un véritable rêve de tous télémarkeurs. Sans effort, j’enchaîne des petits virages, me régalant de chaque courbe. Je suis déjà de retour au chalet. Un peu moins d’une heure de montée pour à peine dix minutes de descente, mais le jeu en valait largement la chandelle.

Une bonne douche chaude pour me revigorer, un petit apéro pour se restaurer et je passe le reste de l’après-midi au chalet, à regarder dehors la neige tomber, les branches des sapins s’agiter, … Entre lecture et écriture, le temps s’écoule lentement.

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