La Côte – d’Aubonne à Nyon par les vignobles de La Côte

5 10 2011

Train, Lausanne-Martigny, le vendredi 7 octobre 2011

Selon les prévisions météorologiques, l’anticyclone des Açores devraient s’affaiblir en fin de semaine. Il avait permis à l’automne de jouer les prolongations jusqu’en ce début d’octobre. Si aujourd’hui les températures devraient grimper jusqu’à 22, voire 23 [°C], la chute sera brutal en fin de semaine : les maxima annoncés ne dépassants pas la quinzaine de degré, ainsi qu’un retour des précipitations. Bref, j’ai décidé de profiter de ce dernier jour pour me balader dans les vignes de La Côte, et éventuellement poursuivre mon chemin jusqu’à la Dôle.

Plongé dans une bande dessinée, après avoir oublié l’heure de mon train, je débarque peu avant dix heures à la gare d’Allaman. A travers les champs, je gagne Aubonne, situé sur le coteau au milieu des vignes. Je retrouve l’atmosphère des villages viticoles du Lavaux où le dédale des ruelles s’articule autour du Café du commerce à sa riche devanture. Dominant l’agglomération, le château médiéval dresse sa tour ronde, couronnée d’une coupole de Zinc. Le corps de logis, blanc, allongé, orné de nombreuses fenêtres, surplombe la route s’enroulant au sud de la colline. La remontant jusqu’au parvis du château, j’admire l’enchevêtrement de toits en contrebas.

Quittant Aubonne en direction de Féchy, je suis le chemin du Panorama Alpin. Ce dernier, long de 510 kilomètres relie Genève à Rorschach, sur les bords du Lac de Constance. Si la majeur partie de l’itinéraire circule dans les préalpes, d’où il jouit d’une magnifique vue sur le sommet des Alpes, aux abords du Léman, il traverse les régions viticoles du Lavaux et de La Côte. C’est ainsi que j’avance sur les routes bétonnées quadrillant les vignobles d’Aubonne à Bégnins. L’odeur, un peu âcre, du marc fermenté de raisins se répands dans les vignes, à mesure que la journée avance, les effluves sous la chaleur du soleil deviennent plus insistante. Les vendanges sont terminées ; je rappillerais les quelques grappes oubliées, aujourd’hui flétries.

Loin des raides pentes du Lavaux, de ses coteaux torturés par les combes et les vallons, ici les lignes sont espacées pour permettre la viticulture mécanisées. Les grandes parcelles s’étendent sur les voluptueux contreforts du Jura, ondulant en de douces courbes. Commun aux deux grands vignobles vaudois, le charme caractéristique des petits villages agricoles : Féchy avec la pyramide acérée de son église, Bougy-Villars avec Tristan, son réputé chocolatier, Bugnaux et ses deux magnifiques manoirs, Vinzel et ses célèbres boules, véritables délices gastronomiques … A mi-chemin, je frôlerais l’orée de la forêt, couronnant les terres viticoles. Hêtres, chataigners et noisetiers ont déjà revêtus leurs livrées automnales : le vert criard estival est remplacé par des teintes plus douces, virant peu à peu sur l’ocre et le brun.

Alors que ce matin, les crêtes du Jura se découpaient sur un fond bleu, de gros nuages blancs se sont déversés depuis la France. A la vue du sommet de la Dôle, disparaissant dans les brumes, je décides de rejoindre Nyon, plutôt que de poursuivre mon chemin par Saint-Cergue. A Bégnins, je quitterais l’univers viticole pour rejoindre les cultures maraîchères sur les berges du Léman. De l’autre côté de La Serine, je traverse le Bois des Chênes, une des rares réserves arboricoles helvétiques où les forestiers n’entretiennent pas la forêt. Depuis 1966, arbres et branches s’effondrent de vieillesse, contribuant à produire un épais tapis d’humus. Une fois Duillier passé, la balade est bien moins pittoresque : j’arrive à Prangins, accolé à la ville de Nyon. De là, je rejoins mes pénates à Renens.

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Le Bisse de Clavau

25 09 2011

Ecublens, lundi le 26 septembre 2011

 Aux alentours de 11h00, Valérie, accompagnée d’Özgür et de Vanessa me récupère en voiture à Riddes. Une fois la voiture à Platta (Sion, VS), ils ne nous restent plus qu’à parcourir qu’une petite centaine de mètres avant de nous retrouver dans le vignoble. Une petite route s’élève parmi les vignes en terrasses, bordée en amont par un mur de pierres sèches, percés de quelques anfractuosités, dans lesquelles sont construites des escaliers. Au bout d’un petit kilomètre nous rejoignons le bisse de Clavau. Pour les férus d’histoire, sachez qu’il fut construit au milieu du XVème siècle, déjà afin d’irriguer les vignes du coteau.

De toute la balade, nous ne quitterons plus les abords du bisse, bercé par le charmant murmure du court d’eau. Surplombant la plaine du Rhône de Sion jusqu’à Saint-Léonard, la vue s’étends au loin sur les Alpes, jusqu’à la Dent d’Hérens ou le Bietschhorn. Plus proche, le profil du Christ-Roi se détache à contrejour, Haute de 15 mètre, l’immense statue représentant Jésus domine du sommet du Châtelard le Valais Central. Autour de nous, les vignes occupent tout l’espace. Quelques étroits sentiers et abruptes routes mènent jusqu’aux mazots disséminés parmi les nombreuses terrasses. Lignes de petit téléphérique et monorails circulent à travers les parcelles, sautent les murets, glissent vers la plaine, … autrefois régulièrement utilisé pour sortir les récoltes, il est aujourd’hui remplacé par le transport héliporté des vendanges.

Au fond d’une combe, un banc nous attend à l’ombre d’un noyer. L’endroit est idéal : de mon sac surgit une bouteille fraîche, une baguette campagnarde, une saucisse et quelques morceaux de fromage. Alors que nous prenons l’apéro, quelques promeneurs nous saluerons aimablement. Il est toutefois facile d’imaginer à leur expression qu’ils sont un peu jaloux. Restauré, il est l’heure de poursuivre notre ballade.

Aux granges, le bisse sort du vallon de la Liène. Si tout au long du coteau, son lit est taillé à même la terre, en amont, l’eau coule dans des constructions métalliques, tantôt remplacées par une canalisation. En amont, les vignes sont remplacés par des prés verdoyants où il fait bon de s’allonger au soleil, en attendant les retardataires. Séparé du sentier par une haie touffue, cette dernière s’élève en une épaisse canopée ombrageant le chemin. Après avoir enjambé un court d’eau ruisselan, le bisse s’enfonce dans la montagne, pour ne ressortir du tunnel qu’une cinquantaine de mètres plus loin. Peu après, arrivé au lieu-dit du Zampon, où se dresse de mazots, nous redescendons jusqu’en plaine, suivant un petit chemin zigzaguant dans les vignes.

Une fois arrivé au fond du vallon, nous sommes dépassé par une voiture tout terrain aux couleurs d’AirGlacier. Quelques centaines de mètres plus loin, un agent vêtu d’une chasuble jaune, portant au casque microphone et oreillettes nous fait signe de nous arrêter : un hélicoptère vient livrer la vendange. L’opération est rapide, il faudra moins de 30 secondes pour que la bâche contenant la récolte soit déposée et seulement quelques minutes pour qu’elle soit chargée sur une camionnette. Peu après, la jeep revient, emporte l’agent et démarre rapidement vers une nouvelle destination. Au coût horaire de l’héliportage, il faut que les manoeuvres soient rapides pour être rentables.

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Pressage

19 09 2011

Ecublens, mardi le 20 septembre 2011

Le temps maussade de cette fin de semaine me coupa dans mes aspirations de longue randonnée montagnarde, j’ai profité d’aiguiser samedi mon sens culturel en visitant la Fondation Pierre Gianadda à Martigny où sont exposés des toiles de Monet et de parfaire ma « culture » cinématographique le dimanche en regardant du film originel « Destination Finale » après un excellent repas chez des amis. Comme la prévision météorologique annonçait un temps tout aussi pluvieux pour le lundi, j’avais proposé à papa de m’occuper de presser la vendange en début de semaine.

C’est ainsi que sur le coup de 8h00, une fois le pressoir assemblé, que je me retrouve à inhaler cette odeur si caractéristique de vinasse entre vapeur d’alcool et odeur de raisins fermentés. Ne la respirant qu’en de courte occasion, je ne la trouve pas désagréable. Toutefois, j’en conviens qu’elle pourrait devenir pénible si je devais passer des jours dans cette atmosphère. A pleine main, je plonge un seau dans la cuve de fermentation pour le verser la mixture dans le pressoir. Le vin, enfin le liquide qui deviendra dans quelques mois ce nectar, s’écoule rapidement dans un récipient. Tout l’art consiste à ne pas ajouter trop rapidement du moût supplémentaire, sous peine de voir le jus déborder de la rigole ceignant le pressoir.

Le futur nectar s'écoule

Une fois la cuve vide, il est temps de presser la pulpe pour en extraire le liquide subsistant dans les grains. A nouveau, il est nécessaire de procéder avec délicatesse, sinon, la pulpe pourrait bien jaillir des interstices présents entre les barreaux verticaux du pressoir. Par étape, je presse la pulpe, le liquide s’écoulant contribue à diminuer la pression. Lorsque la valeur de cette dernière reste élevée et que seul une goutte de temps à autre ne tombe dans le seau, il est temps de casser. Cette opération consiste à défaire le moût compacté par la pression, avant de le presser à nouveau pour en retirer le jus résiduel. A l’époque, cette opération était répétée deux, voire trois fois. S’il permet d’augmenter substantiellement la quantité de vin, la qualité du jus se dégrade toutefois très rapidement. Aujourd’hui, nous nous contentons de ne le presser que deux fois. A titre indicatif, 150 litres de jus sont récoltés lorsque la récolte fermentée est versée dans le pressoir, 100 litres lors de la première étape, et seulement une petite vingtaine après l’avoir casser.

Etape intermédiaire, consistant à casser la pulpe compactée

Alors que midi sonne au clocher du village, le travail est finis. Je nettoierais le pressoir et évacuerai le marc au composte cette après-midi. Il est temps d’aller dîner : un excellent rôti/purée comme dans mon enfance.





Vendanges

7 09 2011

Ecublens, mardi le 20 septembre 2011

Depuis que je suis rentré de Nouvelle Zélande, malgré un mois de juillet froid et pluvieux, j’ai appris que la vigne conserve son avance acquise au printemps : les vendanges auront lieu bien plus tôt que d’habitude. Mercredi passé, papa m’annonce que les vendanges se feront ce samedi autour de la maison. Sur le chemin de la maison, je m’arrête vendredi soir à la Tour-de-Peilz chez les parents de Vanessa. Accompagné de cette dernière, nous allons écouter le concert des Brigitte au Rocking Chair. Si cela vous intéresse un peu, je vous laisse lire son compte-rendu (qui apparaîtra bientôt ici)

Après une bonne, mais courte nuit de sommeil je quitte la bourgade vaudoise peu avant 8h00 du matin. Une heure plus tard, j’arrive à Riddes : le soleil étincelle sur un fond céruléen. Vers 10h00, après que Valérie et Özgür nous aient rejoint, nous gagnons notre petit vignoble, un parchet comptant une vingtaine de lignes. Özgür vendangeant pour la première fois, il – ou plutôt on – le plaça au centre de manière à ce que son habilité nouvelle ne prête pas à conséquence. En effet, nous n’avons pas hésité à couper quelques-unes de ses grappes pour qu’il puisse se maintenir à notre hauteur.

Les vendangeurs en fin de ligne

Toutes les caissettes étant remplies, bien qu’il reste encore six lignes à vendanger, elles sont transportées jusqu’au garage où est installer l’égrappeur, une veille machine construite en bois qui me paraît de plus en plus petite alors que les années passent. Je me souviens encore quand, petit je peinais à tourner la roue, tant la poignée au sommet de la course était haute. Son fonctionnement est des plus simples, les grappes de raisons sont entraînées entre deux rouleaux qui écrasent les graines : pulpe et peau sont récupérés dans un grand bac situé sous la machine, alors que les rafles sont évacués à l’arrière. Si l’égrappeur peut fonctionner mécaniquement, mon grand-père n’en voyait pas l’utilité pour notre petite production, et de père en fils, nous actionnons toujours la roue manuellement. Après cette opération, le jus est transvasé dans une cuve métallique où il fermentera quelques jours.

Egrappage

Une fois les dernières grappes récoltées et égrappées, un petit moment de repos est bienvenu. Au soleil, nous nous délecterons d’un apéro, qui se prolongera par une petite raclette au feu de bois.

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Waiheke Island (day 1) : Fossil Bay, Goldwater, Te Whau

2 04 2011

Ecrit à Lazy Lounge, Oneroa, 2 avril 2010,  20h30

Après une excellente soirée passée sur la terrasse en compagnie d’un frouse, de deux tchèques et d’une anglaise, ainsi qu’une mission ravitaillement à SuperLiquor : les quelques bières étant parties plus rapidement que prévue et/ou – souligner ce qui convient – la soirée s’étant prolongée quelque peu.

Levé plus tardif que prévu vers 8h45. Après un solide petit déjeuner, eggs ‘n’ bacon, j’attrape mon sac à dos puis m’en vais prendre le ferry de 10h00, direction Waiheke Island. Le temps est idéal, avec un ciel bleu prévu pour les deux jours, avec éventuellement l’arrivée de nuage dimanche en fin d’après-midi. Les 35 minutes de la traversée me permettent de planifier quelque peu les endroits à visiter sur l’île, ainsi que l’encaveur chez qui le devoir m’appelle pour déguster son vin.

Browns Island, toutefois un brin trop verte

Sitôt débarqué, je trouve un prospectus avec quelques petites marches proposées sur le côté ouest de l’île. L’une d’elle débutant juste à côté du Wharf, je n’hésite pas une seconde à quitter la horde de touristes s’engouffrant dans la shuttle pour Oneroa. Je longe tout d’abord la grève, avant de gravir quelques cailloux sur lesquelles ont poussé en grappe les coquillages. Le chemin empruntant l’estran, et la marée basse étant déjà passée depuis deux bonnes heures, je quitte le tracé officiel et grimpe une abrupte dérupe recouverte d’herbes grasses. De l’autre côté de la tête, je rejoins le chemin officiel, maintenant situé en dehors de l’estran. Tout au long de la promenade, la vue est magnifique côté mer : grandes ou petites baies aux eaux turquoises, petites îles visibles à l’horizon, récifs épars recouverts par l’écume, … Côté terre, le paysage est partagé entre végétation sauvage, arbustes épineux, herbes couchées par le vent aux senteurs marines et maisons de millionnaires arborant de gigantesques baies vitrées, dressées dans des jardins tirés au cordeau, quadrillés d’olivier. Le contraste est saisissant.

Entre végétation sauvage et jardins aux oliviers quadrillés

Après Owhanake Bay, où nombres de navires à l’ancre sont bercés par les vagues, je traverse à travers les terres pour atteindre la côte nord et Island Bay. D’île, elle ne possède que le nom à marrée basse : elles – très petites îles, parfois constituées uniquement d’un ou deux arbres poussant sur un rocher  – sont presque toutes atteignables à pieds. Alors que j’imaginais le relief de Waiheke peu escarpé, depuis le début je ne cesse de monter, descendre, prendre de la hauteur que pour mieux redescendre au niveau de la plage. Je gravis, cette fois-ci, un escalier, pour rejoindre la crête d’une pointe s’avançant dans la mer. Depuis son extrémité, la vue sur Fossil Bay, présentant des eaux aux couleurs de paradis, est splendide. Toutefois, il est impossible de s’aventurer à pied dans cette petite baie, bien dommage.

Fossil Bay, aux eaux couleurs paradis

Je rejoins Oneroa en passant, petit pincement de cœur, à travers mon premier vignoble néo-zélandais : Fossil Bay Wineyard, appartenant à l’Université d’Auckland. Elle doit sans doute être travaillée mécaniquement, à observer la distance entre deux lignes. Toutefois, au hasard de mes pérégrinations, il semblerait que cette méthode soit généralisée sur l’île.

Fossil Bay Wineyard

Un petit passage par l’iSite pour récupérer un plan de l’île un chouïa plus détaillé que celle existant dans le Lonely ou que l’on m’a fourni à mon arrivée. Je monte alors dans un bus, direction Goldwater pour une petite dégustation. Dans les vignobles attenants, les vendanges ont déjà eu lieu, aucune grappe ne pend plus à la vigne et les filets sont relevés. Quand à la raison du choix de la cave, j’ai préféré Goldwater aux autres, car d’une part ils sont les premiers à avoir planté des vignes sur Waiheke, et d’autre part ils font parties des 1001 vins à goûter dans sa vie.

La salle de dégustation, qui fait aussi office de magasin, est située dans un hangar où sont présentés divers outils du vigneron, les principaux crus, ainsi que l’huile d’olive qu’ils produisent. La gente demoiselle, arborant des boucles d’or, un sourire enchanteur, ainsi qu’un t-shirt orné du logo de la cave, ne pouvait pas me laisser indifférent – lequel des trois, à vous de le deviner.

Au|H2O, le symbole chimique de Goldwater, où Au est le symbole de l’or (Gold) et H2O la représentation du composé aqueux (water).

Je la plongerai d’ailleurs dans l’embarras en lui demandant de la prendre en photo, pour son t-shirt, devant un certain nombre de personnes, dont certaines participaient à un enterrement de vie de jeune fille.  Enfin, revenons à nos moutons :

  • Sauvignon Blanc, 2010,  issu des vignes du Marlborough : très fruité
  • Chardonnay 2010, Waiheke, élevé en fût de chêne. A mon avis beaucoup trop jeune, le chêne n’est pas du tout fondu. Toutefois d’ici 2 à 3 ans il devrait être excellent
  • Rosé de Waiheke, le vin que j’ai le moins apprécié
  • Cabernet-Merlot de Waiheke, 2007, issu de vignes plantées en 1983. La grande surprise de la journée : présentant un excellent bouquet, son arôme est puissant et présent longtemps en bouche. Très loin de ce que l’on ressent habituellement avec les rouges kiwis ou australien
  • Syrah de 2010, élevée en fût de chêne, vigne de 1983 également. Beaucoup trop jeune, avec une forte attaque en début, pareil à une explosion de saveurs, mais très courte.  Un peu dommage.

Après un petit tour sur la colline recouverte de vigne, et je rejoins la route principale pour gagner le village historique de l’île. J’arpente le chemin bitumeux le pouce levé. Peu de succès jusqu’à ce qu’une voiture fasse demi-tour sur la route, se maintient à ma hauteur alors que le copilote me lance « D’you’ll a drive ». Sitôt monté, les deux kiwis me demandent prénom et pays d’origine avant de me filer une Stèn’, comprendre une bouteille de Steinlager, bière emblématique de Nouvelle-Zélande.  Ils me déposent devant le musée, avant de repartir par où ils sont venus pour poursuivre leur route.

Le petit musée présente divers objets de la vie quotidienne de l’île, regroupés par thèmes historiques. Tout débute bien sûr par la civilisation maorie qui s’est installé dans de nombreux Pa sur les hauteurs de l’île. Haches en pierre polies, pieux pour jardiner, ainsi qu’un magnifique Hei-Tiki sont présentés. De Hei le cou, ce pendentif représente Tiki, l’ancêtre de tous les genres humains. Ce bijou est finement ciselé dans la pierre verte océanienne, que certains nomment à tort le jade. Afin d’arriver à un résultat si propre et détaillé, le travail a dû prendre près d’une année. En effet, les maoris ne connaissant que la pierre, le bois et les os, et cette pierre étant une des plus dure, il a fallu beaucoup de patience pour polir ses diverses enjolivures, percer les trous en frottant avec un bâton en bois. Les autres thèmes abordés dans le musée sont liés à l’arrivée des européens avec l’exploitation de la laine de mouton, le bois de charpente et de cheminée, ainsi qu’au transport maritime, Waiheke restant une île. Finalement le début du XXe siècle est raconté à travers divers bachs historiques déplacés autour du musée. L’un présente les habillements, les jouets, l’infirmerie, un autre les tâches quotidiennes comme la lessive à la main ou encore  la vaisselle, avec la présentation d’une des toutes premières machines a laver. Mon préféré reste le troisième bach, le plus vieux de l’île construit en 1935 avec un mobilier original, et l’absence complète d’électricité, cette dernière étant arrivée sur l’île uniquement en 1957. Et finalement, un dernier coup d’œil à l’ancienne cellule de détention de la police de l’île est nécessaire : elle fut ramenée au musée en 2008.

Je prends alors congé du vieux monsieur m’ayant si bien conté diverses légendes maories et expliqué leur histoire, et montré les traces rémanentes de leur présence sur un Pa visible depuis l’une des fenêtres. Je reprends mon chemin, direction Te Whau Garden, un jardin de forêt vierge agrémenté de quelques sculptures. Il faut savoir que Waiheke, en dehors de ses millionnaires, est connue pour sa scène artistique (peinture, sculpture, ou encore musique). A nouveau je tente de faire du stop, une jeep décapotable conduite par une mère, accompagnée de se fille, s’arrête dans un crissement de pneu à ma hauteur, me demande où je vais, et redémarre aussitôt, en ayant juste le temps de dire que ce n’est pas sur leur chemin. Je reprends alors le mien, quand je vois surgir à nouveau la même voiture. Elles me font signe de monter et m’annoncent tout simplement qu’elles s’étaient rendues compte qu’elles pouvaient faire un petit détour pour me déposer. Conduisant à tombeau ouvert, les gravillons sont éjectés du dessous des roues, j’enlève ma casquette pour ne pas la perdre. Elles finiront par me déposer à 50 mètres de l’entrée du jardin. Himmel, Arsch und Zwirr, ce dernier est fermé jusqu’au 1er décembre.

Marcher, encore et toujours sur le chemin bitumeux

Qu’importe je reviens sur mes pas, et descends jusqu’à Omiha Bay en passant par la réserve forestière de Kuakarau Bay, avant de longer le rivage. A Omiha Bay je remonte à travers le Whakanehwa Regional Park, un petit chemin serpente à travers la forêt composée en grande partie de diverses fougères géantes, de palmiers et de quelques feuillus inconnus. Une grosse heure de marche plus tard, je rejoins une route, sans avoir vu les cascades du parc régional. Toutefois, je n’aurais pas tant de regret car il paraît qu’elles sont un peu asséchées par le manque de pluie de cet automne.

Il me faudra une bonne heure de marche avant qu’un jeune néo-zélandais ne me prenne en stop et me ramène jusqu’à Little Oneroa Beach. De là, je gagne mon backpack en empruntant un petit sentier zigzaguant dans une forêt. La maison blanche, pourvue d’une gigantesque terrasse et d’une piscine ronde, est entièrement entourée d’arbres ; seule une petite clairière occupée par quelques tentes en est exempt. J’y dépose mes affaires, ne garde sur moi que l’essentiel, carnet de croquis, appareil photo et affaires de bain.

Première opération de ce début de soirée : goûter à Oneroa Beach, l’une des trois plages les plus réputées de Waiheke. Je commence par Little Oneroa, avant de gagner la plus grande située à l’ouest, déjà recouverte par le voile de la nuit. La voie la plus direct passe  par les flancs d’une pointe rocheuse, cachant  une petite crique à moitié découverte par la marée descendante.  Des deux, Oneroa possède un sable plus fin, véritable tapis moelleux, mais la première a l’avantage d’être dardée par les derniers rayons soleils.

Oneroa Bay avec sa plage de sable fin

Après ce petit bain, il est temps d’aller me restaurer. Je regagne Ocean View Street et tombe sur le Lazy Lounge, un café-bar situé au premier étage d’un bâtiment repeint en bleu et rouge, rehaussés de blanc pour les encadrements de fenêtre et les balustrades.

Au menu, j’y dégusterai  le Lazy Bugga Burger, servi dans un pain carré à la croute dorée – quel plaisir que de croquer dedans – renfermant un bel hamburger placé entre bacons, tomates, et fromage fondu, accompagné d’une platelée de grosses frites très croustillantes. Un vrai bonheur. Pour arroser le tout la Black de Monteith’s, une bière de style Stout, puis une petite Spring de Mac’s bien plus légère pour finir la soirée.

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Ecrit à Hekerua Lodges, (Oneroa), 2 avril 2010, 22h10

Retour au backpack de nuit. Sitôt le centre du village quitté, les lampadaires se font plus rares, et l’obscurité règne en maître sur de larges espaces. C’est la première fois que je peux admirer les étoiles de l’autre hémisphère, habituellement cachées par les lumières d’Auckland. Un véritable bonheur que d’observer cette Croix du Sud, tant rêvée et tant contée par les navigateurs. J’emprunte de nouveau le petit chemin perdu dans la forêt, que je suivrai tant bien que mal, éclairé par la lueur bleutée de l’écran de mon appareil photo – la lampe de poche étant restée dans mon sac.

Quand j’arrive, la maison est baignée dans une douce musique, dans le plus pur style bouddha bar, les guirlandes de Noël scintillent en rythme sur le balcon, et quelques lumignons dispensent une touche orangée. Ambiance sympathique, très baba cool. Mais à quoi s’attendre d’autre avec les quelques statuettes de bouddha, les peintures peace ‘n’ love, le sentiment d’être perdu au milieu de nulle part, sans lumière visible, …