Maienfeld

3 12 2011

La Tsoumaz, 7 janvier 2012, 14h25

Les Grisons, un canton perdu de l’autre côté de la Suisse, mêlant pour moi exotisme, montagne et paysage sauvage. Depuis quelques années déjà, il exerce une certaine influence. Pourtant, je n’y ai encore jamais mis les pieds : longueur des trajets, absence de temps, … les excuses ne manquent pas, mais pourtant elles me semblent toutes les unes plus que les autres de mauvaise foi. Bref, dès que j’ai su que mon cours de répétition se déroulerait de l’autre côté de la Suisse, à moins de deux heures des Grisons, j’avais décidé d’y aller faire un tour. Il y a deux ans, depuis Pfäffikon (SZ), j’étais parti à la découverte de Saint-Gall, des Chutes du Rhin et de Schaffhouse. Bien que je n’aime pas les habits militaires, leur port nous donne la gratuité des transports civils sur le réseau des chemins de fers fédéraux. En emportant quelques habits civils pour se changer juste avant de débarquer du train, ce mode de locomotion n’est pas des plus désagréables.

Depuis le milieu de la semaine dernière, les pronostics météorologiques ne sont pas des plus optimistes pour la fin de semaine. Depuis hier, si les Grisons ne profiteront pas d’un soleil éclatant, il ne pleuvra point. Cela me suffit amplement et ce matin, après l’appel qui nous rends notre liberté jusqu’au dimanche soir à 23h00, accompagnés de mes camarades, je me rends jusqu’à la gare d’Arbon. Alors que la majorité des soldats prennent la première correspondance pour Saint-Gall ou Romanshorn, avec Eischenmoser j’attends le train pour Buchs (SG). Il me demandera, intriqué, pourquoi je ne rentre pas directement en Valais : un peu moins de deux jours de permissions, cinq heures de train par trajet et la fin de semaine est vite passé. Je préfère découvrir une nouvelle partie de la Suisse le temps d’un weekend plutôt que perdre mon temps en transport.

Me voilà enfin aux portes des Grisons, là où pousse le célèbres vignoble rhétique. La vallée est large, les coteaux, jaunis par l’automne, s’étendent de part et d’autre du Rhin, dont la pente grimpe doucement à l’assaut des montagnes. Prés, vergers et vignes s’arrête là où des falaises naissent et des forêts poussent drus sur les versants abruptes. Je m’arrête à Maienfeld, l’un des premiers villages, bien avant d’avoir atteint Chur, le chef-lieu. Cette première halte n’a rien d’anodine, il faut dire que ce village se dispute avec celui de … dans le canton de Saint-Gall un titre envié. En effet, l’un et l’autre assure qu’Heidi y a vécu. Maienfeld a comme preuve que l’écrivaine Johanna Spyri y a vécue le temps d’écrire le célèbre roman. Durant l’été, des cohortes de japonais et de chinois se pressent dans les rues du bourg et sur le chemin menant à la maison d’Heidi. Mais en cette fin d’automne, je suis le seul touriste à débarquer à la gare.

Un plan m’indique deux itinéraires, l’un conduisant jusqu’à la maison d’Heidi dans les hauteurs de Maienfeld, l’autre continuant jusqu’à l’Alpage où Peter gardait les chèvres. Cette randonnée est l’occasion de découvrir cette petite bourgade, dominée par le Château Brandis, dont le donjon, construit au XVe, s’est vu adjoindre durant le siècle suivant une aile, qui lui apporte un petit air de manoir. Le bourg regorge aussi de vieux bâtiments, possédant ce style si caractéristique à la région, avec les encadrements de fenêtre, les sgraffites – sorte de peinture murale –, … Après avoir quitté le village, le chemin commence par serpenter parmi les parchets de vignes. Toutes les vignes sont entourées d’un petit muret dans lequel est percé une ou deux ouvertures, fermées par une basse porte de fer. Parfois je découvrirais même des tourelles aux angles des propriétés. Délabrées, elles ont depuis longtemps perdu leur caractère défensif ou ostentatoire. Peu à peu, la route est catégorisée en tracé de deuxième ordre : le macadam granuleux part en morceau, les bosses sont innombrables. A mesure que j’avance, la pente se fait plus raide, mais rien qui ne saurait m’impressionner. Mais, je comprends toutefois mieux la mise en garde sur le panneau indicateur à la sortie de la gare.

Un dernier panneau m’indique que je m’approche du village de Heidi. Le hameau est constitué de quelques maisons. L’une d’entre elle est l’ancienne maison de commune des Walser. La façade est ornée de l’inscription « Rathaus der Freien Walser » – Maison de Commune de la famille Libre des Walser –, et sur l’un des côtés sont peints les divers blasons des familles alliées. Petit aparté historique, les Walsers sont des familles de Haut-Valaisan ayant quitté leur patrie d’origine pour colonisé les terres situées de l’autre côté des montagnes, dans le pays grison et tessinois. Ils sont très vite devenus l’une des familles dominante, avant d’étendre leur influence sur les cantons voisins de Saint-Gall, Thurgovie, … Pour faire plaisir aux touristes, le musée à la gloire d’Heidi et de Johanna Spyri est doté d’une poste possédant son propre tampon. Je ne pourrais malheureusement point envoyer de carte ainsi timbrée, l’office est fermée jusqu’au début de la prochaine saison touristique. Quant au clou du village, il s’agit bien entendu de la Maison d’Heidi. Située à l’unique croisée des chemins, elle est bordée par le sentier qui mène à l’alpage. Mêlant esthétiquement le bois et la pierre, son architecture est sans nul doute le fruit de considération essentielle plutôt que plastique. Il est toutefois difficile de ne pas lui trouver un certain charme, avec son banc au pied de la façade principale, que l’on imagine sans peine baignée de soleil par temps claire, les divers outils suspendus sur les murs extérieurs de la grange, la roue à aiguisée montée sur son socle et posée au milieu du jardin, ses deux fontaines taillées dans des troncs d’arbre. Un véritable cliché helvétique.

Continuant mon chemin, je finis par arriver dans un pré où poussent quelques arbres fruitiers. Un local m’adresse la parole dans un suisse-allemand où je sens les accents sonores de la langue rhéto-romane ressortir nettement. Intrigué par le badge sur ma veste militaire, nous discuterons de mon incorporation militaire, il prendra plaisir à me narrer quelques aventures qui lui est arrivé durant des cous de répétitions. Peu avant de quitter, il me recommande de couper à travers le pré jusqu’au village. Il s’agit d’une ancienne route, et il est encore possible de devenir la présence des pierres qui officiaient comme pavage, il y a bien longtemps.

Je reprends le train à destination de Chur (Coire). Dernier halte du train, tout le monde est obligé de descendre. Je profite de cet arrêt pour passer à l’office du tourisme pour récupérer quelques prospectus. Alors que j’observe les dépliants des chemins de fer rhétiques, une gente demoiselle m’interpelle. Comme je suis encore vêtu de mes habits militaires, elle veut juste me mettre en garde contre une spécificité des chemins de fer régionaux. Les militaires ne peuvent utiliser les lignes que s’ils sont stationnés dans les grisons et doivent rentrer par le plus court chemin. Bref, il est impossible de faire du touristique pendant sa permission. Ainsi, s’achève ma première et brève excursion dans le pays grison.

Promis, je reviendrais !

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J42 – Hawke Bay et Napier

22 06 2011

Marine Parade, Napier, mercredi 22 juin 2011, 17h54

Trajet : Pahiatua – Napier

D = 6297.4 km

Avec mon retour sur la côte est, les journées débutent à nouveau plus tôt, alors que l’obscurité étend son voile presque à la même heure sur tout le pays, avec le solstice d’hiver qui appartient au passé, la longueur des jours va définitivement rallonger. Que du bonheur. A peine huit heure passée, je me mets en route pour Napier, accompagné par quelques nuages et une petite bruine. Quelques kilomètres plus loin, je m’arrête à la Tui Brewery Compagny, qui brasse la célèbre Tui, la lager des jeunes kiwis, l’autre bière nationale, la Steinlager étant plutôt consommée par les trentenaires et plus âgés. Point question de dégustation de si bon matin – d’ailleurs la brasserie n’ouvre pour le public qu’à partir de 10h00 –, j’admirerai plutôt la célèbre tour de stockage des malts, reconnaissable à sa construction en brique, ornée de bandes verticales blanches, ainsi que les anciens bâtiments, couleur crème, encore utilisés comme entrepôts.

De retour derrière le volant, le voile nuageux est repoussé vers l’ouest, le crachin n’est plus qu’un souvenir. Au loin, alors que le soleil fait briller les mâts des éoliennes construites sur les crêtes de lointaines collines, un double arc-en-ciel s’y élève; ses rayons diffractés par quelques ultimes gouttes érigent un double arc-en-ciel. Au nord-est, bien qu’il soit déjà passé neuf heure, la portion d’horizon est drapée d’une magnifique robe orangée, qui se fond après dans les tons céruléens. L’explication viendra dans les minutes qui suivent, alors que j’écoute la radio, j’apprends que pour la deuxième fois le nuage de cendre, originaire du volcan chilien, passe au-dessus de la Nouvelle-Zélande. Or, d’un point de vue purement scientifique, plus un lever ou coucher de soleil présente une palette intense, plus le nombre de microparticules en suspension dans l’atmosphère est important.

Chemin faisant, je traverse une région où les dénominations possèdent des consonances scandinaves : Thor Street, Dannevirke, Norsewood. Dans ce dernier village, la halte m’amènera devant quelques maisons, dont l’architecture est similaire avec celle que l’on pourrait trouver en Norvège. Quelques maisons présentent des façades à clins, peintes en rouges, dont les poutres d’angle sont rehaussées de blanc, une véritable carte-postale. Le symbole du village est même l’historique roue scandinave où une simple double poutre en croix remplace les rayons de bois. Au XIXe siècle, Dr Isaac Featherstone, New-Zealand’s First Agent General à Londres, considéra que les peuples nordiques seraient les plus à même d’établir une colonie dans cette fruste et dure région, dont le climat continental est parfois froid et rigoureux. En 1872 et 1873, des norvégiens, accompagnés de suédois et de danois, débarquèrent dans cette région, dont l’appellation, 70 Miles Bush, dénote la difficulté de s’y implanter. Toutefois, la colonisation fut un véritable succès. Après 20 ans, un chêne, aujourd’hui en pleine croissance fut planté. Les traditions des pays d’origine sont loin d’être perdues : des effigies de trolls ornent les rues et le village fête les mêmes dates que les pays scandinaves.

Avant d’arriver dans les plaines de Hawke Bay, un dernier arrêt m’amène à Monckton Scenic Reserve. Mark Pickering décrit si joliment la balade dans son livre, que je me suis dérouté pour effectuer cette petite marche d’à peine 3 kilomètres. Perdus au milieu des plaines, les méandres d’une rivière se sont peu à peu transformés en vallon, une dense forêt a bientôt occupés les lieux, et de nombreux oiseaux y sont venus s’installer. A peine arrivé, le calme est parfait; aucun bruit si ce n’est le ruissellement de l’eau et les sérénades des volatiles. La ballade suit tantôt la rive, tantôt la crête d’un méandre. Nombre d’escaliers et deux ponts permettent d’accomplir cette boucle en forme de huit. Les forêts vierges du Nord, ou les jungles touffues du Sud sont bien loin, ici totaras, hêtres, matais, tawas peuplent les bois, et si les sous-bois sont garnis, ils sont loin d’être touffus. Un peu de mousse colonise le sol, quelques fougères y poussent, mais ce sont les feuilles mortes qui recouvrent la terre. Sympathique petite balade pour dérouiller mes muscles et os, un peu mis au repos ces derniers jours. Au moment de repartir, quelques doutes se sont emparés de moi quand les roues arrières ont commencés à patiner dans l’herbe humide, alors que la boîte à vitesse était déjà sur la deuxième. En embrayant les vitesses lentes, je progresserai lentement, entendant parfois le glissement de la boue le long du caoutchouc. Après quelques minutes je parviendrai enfin à revenir sur un sol plus solide. Un vrai bonheur, quand la plus proche habitation est à quelques kilomètres!

Une longue descente entre les collines m’amène dans les plaines d’Hawke Bay. Un brouillard les recouvre, me cachant jusqu’aux derniers kilomètres avant Hasting les nombreux vignobles de la région. Ce ne fut pas une grande surprise, je savais pertinemment que j’allais traverser cette région. Mon premier arrêt sera pour Sileni Estate, dont le bâtiment semble comme avoir été projeté depuis les étoiles dans les terres. Effectivement, la bâtisse, à l’architecture symétrique et osée, apparaît au bout d’une allée rectiligne, bordée par les vignes. La géométrie parfaite des jardins, des allées et de la cave est impressionnante. Je pénètre dans le cellier, où un silence d’or règne en maître. L’accueil sera très chaleureux, la discussion animée avec l’hôtesse, discutant des vins néozélandais, des cépages cultivés en Valais, de la brume présente, … Un vrai plaisir, qui n’a d’égal que la qualité des vins dégustés :

  • Chardonnay (2009) « The Lodge » : amande en bouche, le chêne est fondu dans les arômes, et se perçoit subtilement à la fin. Son côté miné me plaît beaucoup.
  • Redmetal Merlot (78%)/Cabernet Franc (22%) (2009) : arôme de mûre/myrtille, les tanins ne sont pas fondus en raison de son jeune âge. D’ici 3-4 ans avec un bon pavé de bœuf!
  • Merlot (85%) / Cabernet Franc (15%), Label Noir (2008) : myrtille et floral, l’équilibre entre tanins et douceur est parfait. Il développe des arômes intenses qui emplissent la bouche, et perdurent longtemps. Un véritable must qui accompagnerait une bonne viande rouge, ou un bon morceau de fromage à pâte dure vieilli.

Parmi toutes les caves visitées, la qualité des vins de Sileni Estate m’a fortement impressionnée. La finesse est particulièrement impressionnante, dans le sens où même pour des vins rouges peu âgés (2-3 ans), le chêne est fondu et n’apparaît que de façon subtile, apportant un peu de puissance au vin. Lorsque je prendrai congé, aucun frais ne me sera facturé – comme il est pourtant indiqué – car ce fut un réel plaisir de discuter. Je repars avec le nom d’une autre cave où un autre arrêt est nécessaire. Le brouillard s’est levé, et je découvre enfin le vignoble dans son intégrité: aucun verger ou pâturage ne semble séparer les parchets de vignes. Façon de s’exprimer, car la vue ne porte pas à plus d’une centaine de mètres sur ces plaines plates.  Arrivé à Trinity Hill, de l’autre côté de la vallée, je dégusterai à nouveau trois vins. Un seul point noir au service, les vins  sont servis un peu frais pour développer pleinement leurs arômes :

  • Viogner (2007) : un cépage que je ne connaissais point. Agrume au nez, aromatique en bouche, il manque toutefois de caractère et présente une finale courte.
  • Chardonnay (2009) : j’y retrouve l’amande du précédent, avec un poil d’acidité sur la fin qui ne me convainc pas.
  • Pinot Noir (2008) : arôme de prune et de cerise. Le chêne n’est pas perceptible, sans doute car il s’agit d’un assemblage entre vin vieilli en fût de chêne, et vieilli en tank inox.

Le soleil brillant pleinement dans un firmament bleu, si ce n’est au Nord où les lueurs roses orangées couronnent les crêtes des montagnes, je décide de monter jusqu’à Te Mata Peak, afin que ma vue embrase pleinement la région. Sur le chemin, je m’arrête à Hastings, qui, tout comme Napier, fût reconstruite après un tremblement de terre dans un style Art Déco. Le Westerman’S Building occupé par l’office du tourisme possède une magnifique entrée, aux vitres décorées. Je passerai aussi devant le Hawke Bay Opera House, un survivant d’avant la catastrophe possédant une façade dans le style des missions espagnoles. Pour arriver jusqu’au parking du début de la marche, je traverserai un quartier dont les rues sont bordées de magnifiques maisons, où les SUV de grandes marques européennes occupent les places de stationnement.

Te Mata Peak, qui dans la bouche d’un kiwi devient tomato peak, est une abréviation pour Te Mata o Rongokako, le géant endormi. D’après la légende maorie, le grand chef Rongokako repoussa son plan d’attaque de la tribu voisine lorsqu’il vit la beauté de la fille de son rival. Pour prouver sa virilité, il fut obligé d’accomplir de difficiles tâches. Il les réussit toutes sauf la dernière, qui était de se frayer un chemin en dévorant tout sur son passage. Aujourd’hui son corps forme les collines dont Te Mata o Rongokako est la plus élevée, et la morce qu’il arracha à la terre est la baie d’Hawke Bay. Si vous prenez le temps de regarder une carte, vous verrez que cette baie possède la forme caractéristique d’une morsure dans le littoral de North Island. De façon plus terre à terre, ces montagnes sont le résultat de la rencontre entre les plaques tectoniques du pacifique et de l’Australie qui repoussa les roches sédimentaires en dehors de leur plan horizontal.

Le chemin monte à flanc de colline entre taillis et pâturages occupés par de tranquilles moutons, avant d’arriver jusqu’à la crête. Tout en la longeant jusqu’au sommet, culminant à 399 mètres, je profite de la vue qui s’étend tous azimuts, de Maiha Peninsula jusqu’au Mt Ruapehu, avec la plaine d’Hawke Bay au Nord et Cape Kidnapper au Sud. J’oserai presque le terme de grandiose, mais les nombreux feux de sarments dans les vignobles qui recouvrent les plaines d’un fin voile à l’esthétisme douteux m’en enlèvent l’envie. Je retourne à Hibiscus en longeant l’autre arrête, descendant dans une parois de molasse où de nombreux coquillages fossilisés sont mis à nu par les précipitations. La vue porte sur les nombreuses collines au loin et deux petits lacs essaimant dans les prés en contrebas. Je rejoins le couvert des arbres dans une forêt de séquoias qui élancent leurs troncs rectilignes jusqu’au ciel, avant qu’un petit sentier entouré d’espèces plus locales me reconduise jusqu’au parc. Comme à Redwood Forest à Rotorua, aucun arbuste ne pousse dans le sous-bois.

Encore une vingtaine de kilomètres sans m’arrêter avant de rejoindre Napier. Aucun problème pour une fois, l’abord de la ville n’est pas des plus pittoresques, coincé entre diverses usines. Par contre, une fois arrivé à destination, le décalage temporel est impressionnant. Petit retour vers le passé: ville colonisée dès le 12e siècle par les maoris, James Cook cartographia les parages en 1769 et dès 1854, une colonie fut établie, nommée en l’honneur du général britannique et administrateur colonial Charles Napier. Très vite, elle devint une ville, souffrant d’exiguïté, emprisonnée entre la mer et les eaux d’un lagon. Le 3 février 1931, un violent tremblement de terre, atteignant 7.9 sur l’échelle de Richter, accompagné de ses répliques fit table rase sur la région : Napier et Hastings furent complètement détruites. 258 morts furent comptabilisés, ainsi qu’un nombre incalculable de blessés. A tout malheur son bonheur: la catastrophe souleva la terre, transforma le lagon en des terres situées 2 mètres au-dessus des eaux. Le gouvernement n’hésita pas à proclamer comme siennes ces terres émergées, ainsi que la surface des six anciennes îles appartenant aux maoris. Après quelques mois de planifications commença la reconstruction dans le style en vigueur de l’époque : l’Art-Déco, faisant actuellement de Napier, la capitale mondiale de l’Art-Déco en raison de l’uniformité architecturale.

N’allez pas imaginer les hauteurs du Chrysler building de New-York, l’Art-Déco s’est répandu à même le sol, ne s’élevant que rarement avec des bâtiments de plus de 2 étages. Zigzags, ziggourats, lignes de vitesses, motifs anciens d’inspirations maya, égyptienne et occasionnellement maorie décorent les façades. Les teintes sont pastels : rose, ocre, vert…. Le style est sobre, colonnes et encorbellements ayant fait de nombreux morts et blessés, …. Murs plâtrés et sculptés, terracota travaillée, fenêtres, voûtes, vitres décorées, détails à profusions, … Toutes les caractéristiques sont présentes, un véritable voyage dans le temps. Même les lampadaires électriques installés plus récemment ou l’aménagement des rues possèdent un air rétrograde qui s’intègre parfaitement dans l’architecture. Une petite balade dans les rues m’amènera devant les plus beaux bâtiments : Gaiety de Luxe Cinema, Hotel Central, Scinde Building, Daily Telegraph Building, … Arrivé devant le Deco Center, qui abrite le Art Deco Trust qui s’est longuement battu pour préserver la lignée stylistique de la ville, j’y pénètre sans hésitation. Une veille dame m’accueille et me propose de visionner un film sur l’histoire de la cité. Je n’hésiterai pas une seconde : rappel historique, leçon accélérée sur le mouvement Art Déco, introduction à l’Art Nouveau, avec exemples stylistiques locaux. A la sortie, je discuterai jusqu’à la fermeture du magasin avec cette anglaise au moins septuagénaire, mais si vive. J’apprends que ses premières leçons de ski datent de 1956, en Autriche dans un village où seul son professeur et elle parlaient anglais, qu’elle arriva à Napier il y a une cinquantaine d’années. Elle travaille actuellement pour l’association à titre de bénévole. Un véritable poème. Me voyant emballé par ce mouvement, elle me compte des histoires à propos du weekend Art Déco qui se tient à Napier chaque année : durant ces deux jours particuliers, anciennes voitures emplissent les rues, les habitants revêtent des costumes d’époque, le train de vie redevient celui des années 1930. Cela donne vraiment envie d’y participer.

De retour sur Marine Parade, l’avenue qui longe le front de mer, comme la Promenade des Anglais à Nice, et gagne un des parcs situés à l’entrée de la mer, je jette un coup d’œil à Tania of the Reef (1954), qui possède un air de ressemblance avec la Petite Sirène de Copenhague, et, comme le Lonely Planet m’apprend, a été volée et retrouvée en 2005. Le plus intéressant reste toutefois la fontaine Tom Parker Fountain, illuminée à la nuit tombée de couleurs vives.

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J41 – Weta Cave, et retour vers le nord

21 06 2011

Pahiatua, mardi 21 juin 2011, 19h00

Trajet : Wellington – Pahiatua

D = 6078.1 km

Ce soir, j’ai dormi au même emplacement que la nuit dernière, au bout de Miramar. La vue nocturne sur Wellington, Mount Victoria et ses habitations est tout simplement magnifique. Après m’être restauré, je rejoins Weta Cave. Un nom qui sans doute ne vous rappelle rien. Si j’ajoute maintenant les titres suivant : Lord of the Rings, King Kong, Distric 9, Avatar, Chronicle of Narnia, la liaison avec l’industrie cinématographique est évidente. Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux peu connu sur la scène internationale, jusqu’à ce que Peter Jackson décide de travailler avec eux pour sa célèbre trilogie. Le binôme Peter-Weta n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà travailé sur le splendide et anticonformiste Braindead.

Suite aux divers films, les fans étaient désireux de découvrir l’envers des studios, notamment ceux des effets spéciaux. Toutefois, ces derniers devaient rester fermés pour des soucis de confidentialité relative aux futures productions. Les fondateurs de Weta Workshop ont alors eu l’idée de créer une officine ouverte au public, Weta Cave, la grotte de Weta, une véritable caverne d’ali-baba où pièces de collection appartenant au petit musée et objets disponibles à la vente se mêlent. L’accueil est chaleureux, vif. A la simple réponse qu’il s’agit de votre première visite, vous êtes propulsé dans le théâtre. Une pièce recouverte de tentures noires, sur lesquelles sont accrochées les diverses armures, casques et autres armes ayant été produits dans le cadre du Seigneur des anneaux. Le film projeté est intéressant au plus au point. Le générique de début est composé de divers séquences de films pour lesquelles l’atelier a travaillé. Je dois reconnaître que seuls deux extraits m’étaient inconnus. Après une brève introduction sur les raisons de la caverne, les différents corps de métier regroupés au sein de l’atelier sont présentés, ainsi que les méthodes mise en œuvre : sculpture, ferronnerie, moulage, peinture, soudage…. ou les matériaux utilisés : bronze, plasticine, latex, fer, acier… toute les matières pouvant se tordre, se sculpter, se marteler, se déformer … sont utilisées. Finalement, les employés actuels sont passés rapidement en revue. Leur présentation est loin d’être celle d’un entretien d’embauche, et chacun y va de sa petite grimace ou autre farce.

A la sortie, vous êtes libre de déambuler dans le musée, qui se résume à une pièce de très petite taille. L’un des angles est occupé par un rocher sur lequel sont présentées les nombreuses statuettes sculptées après le Seigneur des anneaux. Grandiose, tous les personnages principaux sont représentés, j’aime particulièrement le Balrog, Sauron lorsqu’il est sur le point de se faire trancher son doigt portant l’anneau, le buste de Saruman. Le reste des murs est occupé par des boîtes vitrées, empilées les unes sur les autres. Chacune contient des objets spécifiques à leur film les plus connus. Il reste alors à visiter l’échoppe, recouvrant deux fois la superficie de la précédente pièce. Il ne s’agit pas d’une boutique comme celle que l’on retrouve dans un musée. Si de nombreux livres aux prix raisonnables sont présentés, les objets intéressants sont des répliques de ceux utilisés durant la production des films ou encore des sculptures ou représentations des personnages et lieux principaux. Ces derniers, bien qu’ils soient à vendre, font en quelque sorte partie de l’exposition, les prix étant à la hauteur des heures de travail nécessaire à leur réalisation. Il est aussi possible d’y observer Lürz, le premier Huruk-kaï, mesurant près de 2,0 mètres comme l’acteur qui le campa, ou encore l’armure de Sauron et celles portées par les hommes d’armes du Gondor durant le troisième âge. Du merchandising à la portée d’une bourse normale est aussi disponible. Il ne faut toutefois pas s’attendre à du bon marché, car la qualité des pièces est comparable à celle des effets spéciaux. Je craque pour le porte-clef Weta et aussi pour la représentation épineuse et magnétique du casque de Sauron

Si vous passez par Wellington, et que vous appréciez le cinéma, je pense que le détour est tout aussi important que celui de Te Papa. Certains m’objecteront que Weta Workshop n’a travaillé que sur des films de science fiction ou de fantasy. En partie, il est vrai, mais parmi leur grand succès, il y a aussi eu The Legend of Zorro, Kingdom of Heaven, Master and Commander et que l’un de leurs plus sérieux projets est actuellement rien de moins que l’adaptation cinématographique des Aventures de Tintin qui devrait sortir sur les écrans cette année. Le nom de l’atelier Weta, ainsi que leur logo, une sorte de cafard, provient de l’insecte éponyme, endémique à la Nouvelle-Zélande. Les fondateurs du studio ont choisi ce nom, car représenter les insectes était une de leur passion.

Le reste de la matinée ne s’éloignera pas du thème récurrent du Seigneur des Anneaux. Je me lancerai à nouveau sur l’itinéraire des lieux de tournage, qui essaime autour de la capitale. Il pourrait paraître bizarre de choisir Mount Victoria, un bois situé sur une colline en pleine ville, comme décors pour la Comptée lorsque les Hobbits la fuient. Et pourtant, le lieu y est si tranquille, aucune rumeur urbaine ne remonte, les arbres cachent la vie citadine. J’y découvrirai le célèbre rocher, en aval de la route, sous lequel se sont cachés Frodon, Sam, Pippin et Merry lorsque les cavaliers noirs étaient à leur poursuite. Pour les besoins du film, un énorme arbre aux racines enchevêtrées fut déposé par dessus afin que le sombre monde souterrain, emplis de vers de terre, araignées, … surplombe les petits hommes. Avant de quitter Wellington, je passe devant Embassy Theater, où fut présenté en première mondiale The Return of the King, pour admirer la sculpture du Weta Tripodex, un tripode surmonté d’une menaçante caméra.

Remontant Hutt Valley,  je ne m’arrêterai pas devant la carrière qui fût utilisée pour Helm’s Deep et Minas Tirith, toute trace du tournage ayant disparu. A Totara, les jardins d’Harcourt Park sont visités régulièrement par les étudiants en géologie. Le jardin est créé à l’emplacement de l’ancien lit de Hutt River. L’élévation du sol suite à un tremblement de terre, les eaux du fleuve furent déviée. Aujourd’hui, à l’emplacement de la faille, Wellington Fault,  un grand talus partage le parc en une partie supérieure et inférieure. Au niveau du fleuve, il est possible d’observer des graviers disposés verticalement, alors que partout ailleurs la strate présente un alignement horizontal. Lors du tournage de Lord of the Rings, Harcourt Park fut le décor d’Isengard Garden. On y voit Gandalf et Saruman discuter de la redécouverte de l’anneau, ou encore le magicien gris à cheval traverser le jardin le long d’une allée. Aujourd’hui, seuls les arbres sont présents, l’allée, construite pour les besoins, fut enlevée après, lors de la post-production. Un dernier arrêt m’amènera à Rivendell, dans le Kaitoke Regional Park, où Frodon se remettra de la destruction de l’anneau. Pour y accéder une petite route serpente dans un petit vallon où serpente une rivière, entre deux forêts denses, une représentation parfaite du pays des elfes.

La suite de la journée s’avère bien moins palpitante, après avoir abandonné mon fil conducteur je m’élance à nouveau sur la Highway SH2. Cette dernière traverse  Tararua Range, recouverte d’une végétation où les genêts aux jaunes fleurs et les manuka prédominent. Arrivé de l’autre côté, je retrouve le paysage si courant de l’île du Nord : des pâturages à perte de vue, des collines aux courbures arrondies, des bosquets disséminés, des clôtures rectilignes, des moutons et des vaches. Un panorama bien monotone après le dynamisme topologique du sud. Je quitte l’itinéraire principal pour un petit détour par Martinborough. Au milieu d’une immense pleine, je découvre un petit village dont les maisons victoriennes sont construites autour du square central. Bien que je sois de retour dans une région viticole, je ne rencontrerai de petit vignoble qu’à l’approche des caves que je compte visiter. Un rapide passage à l’office du tourisme m’a appris que les celliers présentent des horaires réduits, quand ils ne sont pas complètement fermés. Je trouverai porte close pour tous mes choix, sauf à la cave d’Ata Rangi, la plus veille de la région. Bien que la région soit réputée, je ne serai pas complètement convaincu par les deux vins dégustés :

  • ·       Chardonnay (2009) : arôme de pêche, palais citronné. L’aspect minéral me plaît bien.
  • ·       Pinot noir (2009), issu de vignes de plus de 20 ans. Prune au nez, l’attaque tannique est fondue avec le chêne et les fruits rouges. Un peu court.

Après cette petite halte, je roule, les kilomètres défilent, tout comme les prairies, et les rares villages que je traverse. La seule variante, la grandeur des localités, et la largeur de la plaine entre les deux rangées de collines. Alors que je m’arrête, j’ai déjà parcouru 6000 kilomètres depuis Auckland. Je doute terminer la boucle avec moins de 7000, comme je l’avais supposé au départ. Demain, la route sera longue, les 200 kilomètres au sud de Napier sont composés de pâturages, sans grande attraction culturelle. Un long chemin, jusqu’à la cité art-déco.

Tout en vous racontant ma journée, j’ai dégusté l’une des meilleures bières de mon séjour kiwi. Craftsman de la brasserie Renaissance Brewery Company est une Chocolate Oatmeals Stout. Son goût surpasse de loin celui de la Double Chocolate de Young’s. Sa formulation à base de malts houblonnés, dopés avec des fèves de cacaos torréfiées permet de dégager un arôme de chocolat noir particulièrement puissant. Un véritable dessert qui accompagne parfaitement de petits shortbreads.

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Waiheke Island (day 1) : Fossil Bay, Goldwater, Te Whau

2 04 2011

Ecrit à Lazy Lounge, Oneroa, 2 avril 2010,  20h30

Après une excellente soirée passée sur la terrasse en compagnie d’un frouse, de deux tchèques et d’une anglaise, ainsi qu’une mission ravitaillement à SuperLiquor : les quelques bières étant parties plus rapidement que prévue et/ou – souligner ce qui convient – la soirée s’étant prolongée quelque peu.

Levé plus tardif que prévu vers 8h45. Après un solide petit déjeuner, eggs ‘n’ bacon, j’attrape mon sac à dos puis m’en vais prendre le ferry de 10h00, direction Waiheke Island. Le temps est idéal, avec un ciel bleu prévu pour les deux jours, avec éventuellement l’arrivée de nuage dimanche en fin d’après-midi. Les 35 minutes de la traversée me permettent de planifier quelque peu les endroits à visiter sur l’île, ainsi que l’encaveur chez qui le devoir m’appelle pour déguster son vin.

Browns Island, toutefois un brin trop verte

Sitôt débarqué, je trouve un prospectus avec quelques petites marches proposées sur le côté ouest de l’île. L’une d’elle débutant juste à côté du Wharf, je n’hésite pas une seconde à quitter la horde de touristes s’engouffrant dans la shuttle pour Oneroa. Je longe tout d’abord la grève, avant de gravir quelques cailloux sur lesquelles ont poussé en grappe les coquillages. Le chemin empruntant l’estran, et la marée basse étant déjà passée depuis deux bonnes heures, je quitte le tracé officiel et grimpe une abrupte dérupe recouverte d’herbes grasses. De l’autre côté de la tête, je rejoins le chemin officiel, maintenant situé en dehors de l’estran. Tout au long de la promenade, la vue est magnifique côté mer : grandes ou petites baies aux eaux turquoises, petites îles visibles à l’horizon, récifs épars recouverts par l’écume, … Côté terre, le paysage est partagé entre végétation sauvage, arbustes épineux, herbes couchées par le vent aux senteurs marines et maisons de millionnaires arborant de gigantesques baies vitrées, dressées dans des jardins tirés au cordeau, quadrillés d’olivier. Le contraste est saisissant.

Entre végétation sauvage et jardins aux oliviers quadrillés

Après Owhanake Bay, où nombres de navires à l’ancre sont bercés par les vagues, je traverse à travers les terres pour atteindre la côte nord et Island Bay. D’île, elle ne possède que le nom à marrée basse : elles – très petites îles, parfois constituées uniquement d’un ou deux arbres poussant sur un rocher  – sont presque toutes atteignables à pieds. Alors que j’imaginais le relief de Waiheke peu escarpé, depuis le début je ne cesse de monter, descendre, prendre de la hauteur que pour mieux redescendre au niveau de la plage. Je gravis, cette fois-ci, un escalier, pour rejoindre la crête d’une pointe s’avançant dans la mer. Depuis son extrémité, la vue sur Fossil Bay, présentant des eaux aux couleurs de paradis, est splendide. Toutefois, il est impossible de s’aventurer à pied dans cette petite baie, bien dommage.

Fossil Bay, aux eaux couleurs paradis

Je rejoins Oneroa en passant, petit pincement de cœur, à travers mon premier vignoble néo-zélandais : Fossil Bay Wineyard, appartenant à l’Université d’Auckland. Elle doit sans doute être travaillée mécaniquement, à observer la distance entre deux lignes. Toutefois, au hasard de mes pérégrinations, il semblerait que cette méthode soit généralisée sur l’île.

Fossil Bay Wineyard

Un petit passage par l’iSite pour récupérer un plan de l’île un chouïa plus détaillé que celle existant dans le Lonely ou que l’on m’a fourni à mon arrivée. Je monte alors dans un bus, direction Goldwater pour une petite dégustation. Dans les vignobles attenants, les vendanges ont déjà eu lieu, aucune grappe ne pend plus à la vigne et les filets sont relevés. Quand à la raison du choix de la cave, j’ai préféré Goldwater aux autres, car d’une part ils sont les premiers à avoir planté des vignes sur Waiheke, et d’autre part ils font parties des 1001 vins à goûter dans sa vie.

La salle de dégustation, qui fait aussi office de magasin, est située dans un hangar où sont présentés divers outils du vigneron, les principaux crus, ainsi que l’huile d’olive qu’ils produisent. La gente demoiselle, arborant des boucles d’or, un sourire enchanteur, ainsi qu’un t-shirt orné du logo de la cave, ne pouvait pas me laisser indifférent – lequel des trois, à vous de le deviner.

Au|H2O, le symbole chimique de Goldwater, où Au est le symbole de l’or (Gold) et H2O la représentation du composé aqueux (water).

Je la plongerai d’ailleurs dans l’embarras en lui demandant de la prendre en photo, pour son t-shirt, devant un certain nombre de personnes, dont certaines participaient à un enterrement de vie de jeune fille.  Enfin, revenons à nos moutons :

  • Sauvignon Blanc, 2010,  issu des vignes du Marlborough : très fruité
  • Chardonnay 2010, Waiheke, élevé en fût de chêne. A mon avis beaucoup trop jeune, le chêne n’est pas du tout fondu. Toutefois d’ici 2 à 3 ans il devrait être excellent
  • Rosé de Waiheke, le vin que j’ai le moins apprécié
  • Cabernet-Merlot de Waiheke, 2007, issu de vignes plantées en 1983. La grande surprise de la journée : présentant un excellent bouquet, son arôme est puissant et présent longtemps en bouche. Très loin de ce que l’on ressent habituellement avec les rouges kiwis ou australien
  • Syrah de 2010, élevée en fût de chêne, vigne de 1983 également. Beaucoup trop jeune, avec une forte attaque en début, pareil à une explosion de saveurs, mais très courte.  Un peu dommage.

Après un petit tour sur la colline recouverte de vigne, et je rejoins la route principale pour gagner le village historique de l’île. J’arpente le chemin bitumeux le pouce levé. Peu de succès jusqu’à ce qu’une voiture fasse demi-tour sur la route, se maintient à ma hauteur alors que le copilote me lance « D’you’ll a drive ». Sitôt monté, les deux kiwis me demandent prénom et pays d’origine avant de me filer une Stèn’, comprendre une bouteille de Steinlager, bière emblématique de Nouvelle-Zélande.  Ils me déposent devant le musée, avant de repartir par où ils sont venus pour poursuivre leur route.

Le petit musée présente divers objets de la vie quotidienne de l’île, regroupés par thèmes historiques. Tout débute bien sûr par la civilisation maorie qui s’est installé dans de nombreux Pa sur les hauteurs de l’île. Haches en pierre polies, pieux pour jardiner, ainsi qu’un magnifique Hei-Tiki sont présentés. De Hei le cou, ce pendentif représente Tiki, l’ancêtre de tous les genres humains. Ce bijou est finement ciselé dans la pierre verte océanienne, que certains nomment à tort le jade. Afin d’arriver à un résultat si propre et détaillé, le travail a dû prendre près d’une année. En effet, les maoris ne connaissant que la pierre, le bois et les os, et cette pierre étant une des plus dure, il a fallu beaucoup de patience pour polir ses diverses enjolivures, percer les trous en frottant avec un bâton en bois. Les autres thèmes abordés dans le musée sont liés à l’arrivée des européens avec l’exploitation de la laine de mouton, le bois de charpente et de cheminée, ainsi qu’au transport maritime, Waiheke restant une île. Finalement le début du XXe siècle est raconté à travers divers bachs historiques déplacés autour du musée. L’un présente les habillements, les jouets, l’infirmerie, un autre les tâches quotidiennes comme la lessive à la main ou encore  la vaisselle, avec la présentation d’une des toutes premières machines a laver. Mon préféré reste le troisième bach, le plus vieux de l’île construit en 1935 avec un mobilier original, et l’absence complète d’électricité, cette dernière étant arrivée sur l’île uniquement en 1957. Et finalement, un dernier coup d’œil à l’ancienne cellule de détention de la police de l’île est nécessaire : elle fut ramenée au musée en 2008.

Je prends alors congé du vieux monsieur m’ayant si bien conté diverses légendes maories et expliqué leur histoire, et montré les traces rémanentes de leur présence sur un Pa visible depuis l’une des fenêtres. Je reprends mon chemin, direction Te Whau Garden, un jardin de forêt vierge agrémenté de quelques sculptures. Il faut savoir que Waiheke, en dehors de ses millionnaires, est connue pour sa scène artistique (peinture, sculpture, ou encore musique). A nouveau je tente de faire du stop, une jeep décapotable conduite par une mère, accompagnée de se fille, s’arrête dans un crissement de pneu à ma hauteur, me demande où je vais, et redémarre aussitôt, en ayant juste le temps de dire que ce n’est pas sur leur chemin. Je reprends alors le mien, quand je vois surgir à nouveau la même voiture. Elles me font signe de monter et m’annoncent tout simplement qu’elles s’étaient rendues compte qu’elles pouvaient faire un petit détour pour me déposer. Conduisant à tombeau ouvert, les gravillons sont éjectés du dessous des roues, j’enlève ma casquette pour ne pas la perdre. Elles finiront par me déposer à 50 mètres de l’entrée du jardin. Himmel, Arsch und Zwirr, ce dernier est fermé jusqu’au 1er décembre.

Marcher, encore et toujours sur le chemin bitumeux

Qu’importe je reviens sur mes pas, et descends jusqu’à Omiha Bay en passant par la réserve forestière de Kuakarau Bay, avant de longer le rivage. A Omiha Bay je remonte à travers le Whakanehwa Regional Park, un petit chemin serpente à travers la forêt composée en grande partie de diverses fougères géantes, de palmiers et de quelques feuillus inconnus. Une grosse heure de marche plus tard, je rejoins une route, sans avoir vu les cascades du parc régional. Toutefois, je n’aurais pas tant de regret car il paraît qu’elles sont un peu asséchées par le manque de pluie de cet automne.

Il me faudra une bonne heure de marche avant qu’un jeune néo-zélandais ne me prenne en stop et me ramène jusqu’à Little Oneroa Beach. De là, je gagne mon backpack en empruntant un petit sentier zigzaguant dans une forêt. La maison blanche, pourvue d’une gigantesque terrasse et d’une piscine ronde, est entièrement entourée d’arbres ; seule une petite clairière occupée par quelques tentes en est exempt. J’y dépose mes affaires, ne garde sur moi que l’essentiel, carnet de croquis, appareil photo et affaires de bain.

Première opération de ce début de soirée : goûter à Oneroa Beach, l’une des trois plages les plus réputées de Waiheke. Je commence par Little Oneroa, avant de gagner la plus grande située à l’ouest, déjà recouverte par le voile de la nuit. La voie la plus direct passe  par les flancs d’une pointe rocheuse, cachant  une petite crique à moitié découverte par la marée descendante.  Des deux, Oneroa possède un sable plus fin, véritable tapis moelleux, mais la première a l’avantage d’être dardée par les derniers rayons soleils.

Oneroa Bay avec sa plage de sable fin

Après ce petit bain, il est temps d’aller me restaurer. Je regagne Ocean View Street et tombe sur le Lazy Lounge, un café-bar situé au premier étage d’un bâtiment repeint en bleu et rouge, rehaussés de blanc pour les encadrements de fenêtre et les balustrades.

Au menu, j’y dégusterai  le Lazy Bugga Burger, servi dans un pain carré à la croute dorée – quel plaisir que de croquer dedans – renfermant un bel hamburger placé entre bacons, tomates, et fromage fondu, accompagné d’une platelée de grosses frites très croustillantes. Un vrai bonheur. Pour arroser le tout la Black de Monteith’s, une bière de style Stout, puis une petite Spring de Mac’s bien plus légère pour finir la soirée.

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Ecrit à Hekerua Lodges, (Oneroa), 2 avril 2010, 22h10

Retour au backpack de nuit. Sitôt le centre du village quitté, les lampadaires se font plus rares, et l’obscurité règne en maître sur de larges espaces. C’est la première fois que je peux admirer les étoiles de l’autre hémisphère, habituellement cachées par les lumières d’Auckland. Un véritable bonheur que d’observer cette Croix du Sud, tant rêvée et tant contée par les navigateurs. J’emprunte de nouveau le petit chemin perdu dans la forêt, que je suivrai tant bien que mal, éclairé par la lueur bleutée de l’écran de mon appareil photo – la lampe de poche étant restée dans mon sac.

Quand j’arrive, la maison est baignée dans une douce musique, dans le plus pur style bouddha bar, les guirlandes de Noël scintillent en rythme sur le balcon, et quelques lumignons dispensent une touche orangée. Ambiance sympathique, très baba cool. Mais à quoi s’attendre d’autre avec les quelques statuettes de bouddha, les peintures peace ‘n’ love, le sentiment d’être perdu au milieu de nulle part, sans lumière visible, …