Wai-O-Tapu et Kerosine Creek

10 04 2011

L’histoire commence le vendredi 9, par le voyage jusqu’à Rotorua

Frienz, Auckland, 11 avril 2011, 19h00 (GMT+12)

Lors de mon retour au Funky Green vers 22h00, je passe par la salle commune et m’attable avec l’équipe de backpackers présents. Les deux sujets en cours :

  • Est-ce qu’il s’agit réellement de vin dans la bouteille acheter à 6$ au Countdown estampillée, « vin doux et sucré » d’Afrique du Sud et titrant seulement 7.4% ?
  • Les italiens ont inventé l’expresso, et les anglo-saxons ont procédés aux autres améliorations : capuccino, Boccaccino, … très à la mode dans cette partie du monde ?

Alors que tout ce joyeux monde gagne le grand salon, situé de l’autre côté de la route, je regagne la chambre. Le programme de demain est chargé : d’après l’office du tourisme, je ne pourrai faire qu’une seule activité, et des backpackers me souhaitent bonne chance car j’ai un bout de route à parcourir en autostop, et surtout une deadline : mon bus repart de Rotorua à 16h55.

Même heure de lever que hier, je gagne Fenton Street où j’assiste à la reconstitution d’un accident par la police. Afin de connaître la vitesse réelle de l’arrivée de la voiture impliquée, le véhicule de police ne cesse de prendre de plus en plus d’élan afin de retrouver la même distance de freinage. Je descends le long de Fenton Street, mon pouce tendu vers le haut. Mon but: être à Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, à 8h30, soit à l’ouverture du site. Au bout de 3 kilomètres, je m’arrête juste avant le début de la voie rapide. Vers 8h00, un kiwi monté dans une grosse jeep cherokee s’arrête et m’embarque. Venant de Tauranga et allant à Taupo, il est très content de pouvoir tailler le bout de gras. A l’instar de tous les autres néo-zélandais qui m’ont fait un brin de conduite, il fera le détour pour me poser juste devant l’entrée de Wai-O-Tapu. 8h27, je dois encore patienter 3 minutes avant l’ouverture. Rapide et efficace ce matin. Alors que j’achète mon ticket, la caissière, reconnaissant mon sac de couleur funky green, se confond en excuse de ne pas avoir pu me prendre en stop ce matin à Rotorua, car elle amenait quatre autres employés du centre. Définitivement accueillant.

Wai-O-Tapu, les eaux sacrées, est l’un des sites géothermiques les plus fameux au monde. Sur une petite surface il présente un nombre impressionnant de mares de tailles et de couleurs les plus diverses. Je ne vais pas vous décrire intégralement ce que j’ai vu, vous êtes assez grands pour le découvrir vous-même sur les photos et imaginer le reste.  J’aurai deux seuls regrets pour cette visite, tous deux liés à la météo. Les nuages, cachant le soleil, seront mon premier : les couleurs ne sont pas aussi intenses que s’il avait fait grand beau, et l’absence de vent ne dissipe pas les vapeurs. Le deuxième est le manque de pluie de ces derniers jours : l’évaporation ayant diminué la taille de nombreuses mares. Une bonne heure et demie sur un chemin serpentant entre cratères, mares de boues et sources chaudes me mène d’un bout à l’autre du parc.

Lac Ngakoro

La promenade commence par la Demeure du Diable, cratère formé suite à l’effondrement du sous-sol rongé par l’acidité, et le pot d’encre démoniaque, tous deux remplis par un boueux liquide d’un sombre gris bouillonnant. Ce n’est qu’arrivé à proximité de la Palette de l’Artiste, que les sels métalliques parent de diverses teintes dépôts et fluides. Des jaunes issus des composés soufrés, aux eaux aigues-marines teintées par les éléments chloreux et alcalins, en passant par le pourpre de l’oxyde de manganèse, l’ocre de celui du fer, l’orange de l’arsenic et de l’antimoine, toutes les couleurs de l’arc en ciel sont représentées.

La Palette de l'Artiste

Cet endroit est clairement magique, j’avais déjà lu quelques livres sur les formations géothermiques, les dépôts colorés, mais les observer dans leur lieu naturel, avec les odeurs et l’humidité dégagée leur donne une toute autre dimension. La finesse des détails, la diversité des formes, le bruit de l’éclatement des bulles, le gargouillement des sources chaudes, ne cessent de m’étonner. Mes éléments préférés dans le parc sont sans nul doute les manifestations du démon comme son pot d’encre (Devil’s Ink Pot), où graphite et pétrole brute se mélangent à la surface, ou son bain (Devil’s Bath), couleur turquoise, mélange de souffres, de composé ferreux et des eaux excédentaire de Champagne Pool, ainsi que le tranquille lac Ngakoro – grand-père en maori -, teinté en vert sarcelle. La grande attraction est la Palette de l’Artiste dont les vives couleurs habituelles sont ternies par le manque d’eau. Elle dispute sa place avec Champagne Pool, aujourd’hui recouverte par ses vapeurs, qu’aucun léger courant ne vient dissiper. Tirant son nom de la finesse des bulles de dioxyde de carbone qui remonte à sa surface, il s’agit non seulement de la plus grande source de la région, avec un diamètre de 65 et une profondeur de 62 mètres, mais aussi de celle contenant les métaux les plus diverses : or, argent, cuivre, mercure, arsenic, thallium ou encore antimoine.

Devil's Ink Pot : le pot d'encre démoniaque

9h52, il est malheureusement temps de quitter le parc, pour rejoindre Lady Knox, un geyser qui entre en éruption tous les jours à 10h15 précise. Ce dernier fait partie des attractions de Wai-O-Tapu, toutefois il est situé à un 5 petites minutes en voiture de l’entrée. Avisant deux touristes sur le point de partir, je leur demande s’ils peuvent m’emmener avec eux. Ce couple madrilène répondra par la positive. Le geyser trône fièrement au milieu d’un amphithéâtre où sont disposés des gradins pouvant accueillir jusqu’à 200-300 touristes, à vue de nez. Avant de voir l’éruption de Lady Knox, la question de savoir pourquoi le geyser entrait en activité par cycle de 24heures à 10h15 me trottait dans la tête. Et bien, la veille dame supporte très mal les tâches ménagères : l’introduction d’un kilogramme de surfactant biodégradable – un produit chimique similaire au savon – dans sa tuyère provoque chez elle des quintes de toux d’une extraordinaire violence.

Pour la petite histoire, à la fin du 18ème siècle, un camp de prisonniers était établi près de la réserve thermale. Les prévenus avaient pour tâche quotidienne de défricher le bush dans les environs afin d’y planter pins et eucalyptus pour l’industrie forestière. Un jour, les défricheurs sont tombés sur une source d’eau chaude ; l’offre de Dame Nature leur permit d’améliorer les rudes conditions de lavage, habituellement pratiqué à l’eau froide. Il ne fallut pas longtemps avant que le premier groupe n’y soit amené pour faire la lessive. Alors que les détenus décrassaient avec force brosse et savon leurs habits, le bain entra en éruption, projetant eau froide et vêtements, qui retombèrent dans les environs. Suite à cette mésaventure les prisonniers construisirent un monticule à l’aide de rocher autour du geyser, qui aujourd’hui recouvert de silicates et autres dépôts minéraux forment la tuyère du geyser. Quelques décennies plus tard, alors que le tourisme arrivait dans cette zone géothermique quelqu’un eut l’idée de lessiver quotidiennement Lady Knox afin de provoquer une pluie d’eau froide, de flashs et surtout d’exclamations.

Lady Knox Geyser dans toute sa splendeur

Le couple espagnol m’invite à monter dans leur voiture. Nous faisons un petit détour par Mud Pool, une grande mare de boue qui ne cesse de bouillir. Les bulles venant crever la surface projettent le fluide visqueux en d’esthétiques surfaces libres, avant de retomber dans le bain. Comme les amoureux rentrent sur Rotorua pour savourer un hangi, ils me déposent à l’intersection entre la SH5, Thermal Explorer Highway et Old Waiotapu Road. Je marche sur cette petite route gravillonnée pendant une petite demi-heure, le temps d’admirer sur ma gauche la sauvage nature du lac Rotowhero, remplacé petit à petit par une forêt dense, et sur ma droite des arbres plantés aux cordeaux dont le destin scellé les conduira à être transformé en papier dans une usine japonaise. Arrivé au niveau d’un petit parking, où stationnent quelques voitures, j’emprunte le petit sentier me menant à Kerosine Creek. Ce petit ruisseau, coulant à plus de 40° degré, se déverse, après une petite chute d’eau, dans une goulotte. Il forme ainsi un petit spa en pleine nature, et d’accès totalement gratuit – qualificatif rare en Nouvelle-Zélande. L’endroit est enchanteur, ombragé par quelques pins, quelques fumerolles noyées par le soleil pénétrant le feuillage. Quelques pierres empilées me permettent de glisser dans le fluide plus que tempéré et rejoindre quelques locaux. Bien que les remous provoqués par la chute soient agréables, la température y est trop élevée à mon goût, et je m’éloigne quelque peu dans des eaux plus tranquilles. Douce chaleur envahissant mes membres, et relaxant mon corps. Encore mieux que hier après-midi à Rotorua. Comme tous les autres baigneurs retournent à Rotorua, je n’ai que l’embarras du choix pour le lieu où je veux être déposé. Toutefois, l’un des conducteurs ayant appris que je veux aller jusqu’au Blue Lake se propose de m’y emmener car le lac se trouve sur sa route.

Kerosine Creek : la goulotte forme un véritable spa en pleine nature

Chemin roulant, j’apprends que ma conductrice, d’origine russe, a longtemps servi d’entraîneuse dans diverses équipes de sports en Europe, avant de venir travailler en Australie et en Nouvelle-Zélande comme coach sportif afin d’aider les personnes en surpoids à perdre quelques centaines de gramme. Durant le trajet, je me rends compte que Blue Lake ne doit pas être exactement sur sa route, car nous avons laissé plus de 10 kilomètres en arrière la dernière maison des faubourgs de la cité, et aucun lac n’est encore visible. Si je me suis déjà habitué à la gentillesse des néo-zélandais, je finirai aussi par admettre cette nouvelle échelle de distance, où une quinzaine de kilomètres ne représentent qu’une très courte distance.

Arrivé à Blue Lake, elle me dépose près de la plage sud, et me conseille, si le temps me le permet, lors de mon retour à Rotorua de m’arrêter à Redwoods, pour me balader dans cette surprenante forêt. Je m’attendais à arriver dans un petit éden, avec un nom pareil et des critiques si positives. Si le lac et ses rives sont très jolis, je suis toutefois un peu deçu, sa couleur n’est pas aussi bleue que son nom le prétend, les canots moteurs et le ski nautique autorisés troublent la quiétude du lieu de leur vrombissement assourdissant. Mais bon, je n’ai pas fait tout ce trajet pour rien, et m’élance pour un tour du lac. Le sentier s’enfonce dans la forêt, surplombant la rive de quelques mètres. Au détour des courbes, entre les arbres qui élèvent leurs longs troncs, la beauté du lac se révèle par quelques roseaux poussant dans une petite crique, une plage accessible par une petite sente tortueuse. A l’extrémité sud du lac, le chemin se mue en route forestière avant de rejoindre Tarawera Road, après une légère côte. De ce point, la vue sur Green Lake est imprenable, d’une nature plus sauvage, son rivage ne semble que difficilement accessible. J’essaierai néanmoins de m’y rendre en suivant une piste. Toutefois, à l’inverse de celle de Rangitoto, cette dernière devient vite impraticable tant la végétation est florissante. Je redescends de l’autre côté en direction de Blue Lake via un escalier qui conduit à une petite plage, où quelques vaguelettes poussées par le vent viennent mourir sur le sable. Je ne résisterai pas à l’attrait de l’eau, et m’y plongerai. Brrr, fit-il en secouant sa tête. Bien plus fraîche que celle à laquelle je me suis habitué ces derniers temps, mais tellement plus revigorante.

Plage au sud de Blue Lake

Le chemin du retour, côté est, fraie son chemin à travers le bush néo-zélandais : fougères, palmiers, quelques pins et autres feuillus le peuplent. Je ne rencontre pas non plus de difficultés pour trouver une voiture qui me déposera au centre d’information de Redwoods. Comme il me reste encore un peu moins de trois heures avant de prendre mon bus pour retourner à Auckland, je m’élance sur la promenade, dont le temps est estimé à une heure et demie. De son vrai nom Whakarewarewa Forest, Redwoods doit son nom aux séquoias californiens qui furent plantés ici et qui donnent le caractère majestueux à cette forêt. Cette plantation de séquoias, ainsi que de 169 autres espèces fut entreprise à partir de 1899, sur une terre défrichée du bush originel, pour observer quelles espèces exotiques se développent le mieux en terre néo-zélandaise, et lesquelles sont à mieux de servir l’industrie forestière. La boucle que je parcoure me mènera à travers les plantations d’une quinzaine d’espèces différentes, mais seule celle des séquoias empêche aux espèces originelles de repousser, toutes les autres sont à nouveau envahies par les arbres natifs. Splendides balades, les séquoias aux larges troncs resteront à jamais gravés dans ma mémoire, car pour ce qui est des photos, je suis au regret de vous dire que la batterie de réserve est restée ce matin au Funky Green.

Redwood Forest, dans Whakarewarewa F : sequoias californien plantés en 1901

Un couple d’Australien, en vacances pour la troisième fois en Nouvelle-Zélande, et qui ne jure que par ce pays, me ramène à Rotorua. Le temps d’attraper mon sac-à-dos principal à l’auberge, saluer une dernière mes collègues de hier soir, et je retourne en ville, lisant le dernier adieu du Funky Green. En attendant le bus, je sirote un dernier café, accompagné d’un délicieux sablé au chocolat à la terrasse de Lime Cafeteria, une très bonne adresse de la ville.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Publicités