J41 – Weta Cave, et retour vers le nord

21 06 2011

Pahiatua, mardi 21 juin 2011, 19h00

Trajet : Wellington – Pahiatua

D = 6078.1 km

Ce soir, j’ai dormi au même emplacement que la nuit dernière, au bout de Miramar. La vue nocturne sur Wellington, Mount Victoria et ses habitations est tout simplement magnifique. Après m’être restauré, je rejoins Weta Cave. Un nom qui sans doute ne vous rappelle rien. Si j’ajoute maintenant les titres suivant : Lord of the Rings, King Kong, Distric 9, Avatar, Chronicle of Narnia, la liaison avec l’industrie cinématographique est évidente. Weta Workshop, un studio d’effets spéciaux peu connu sur la scène internationale, jusqu’à ce que Peter Jackson décide de travailler avec eux pour sa célèbre trilogie. Le binôme Peter-Weta n’est pas à son coup d’essai, puisqu’il avait déjà travailé sur le splendide et anticonformiste Braindead.

Suite aux divers films, les fans étaient désireux de découvrir l’envers des studios, notamment ceux des effets spéciaux. Toutefois, ces derniers devaient rester fermés pour des soucis de confidentialité relative aux futures productions. Les fondateurs de Weta Workshop ont alors eu l’idée de créer une officine ouverte au public, Weta Cave, la grotte de Weta, une véritable caverne d’ali-baba où pièces de collection appartenant au petit musée et objets disponibles à la vente se mêlent. L’accueil est chaleureux, vif. A la simple réponse qu’il s’agit de votre première visite, vous êtes propulsé dans le théâtre. Une pièce recouverte de tentures noires, sur lesquelles sont accrochées les diverses armures, casques et autres armes ayant été produits dans le cadre du Seigneur des anneaux. Le film projeté est intéressant au plus au point. Le générique de début est composé de divers séquences de films pour lesquelles l’atelier a travaillé. Je dois reconnaître que seuls deux extraits m’étaient inconnus. Après une brève introduction sur les raisons de la caverne, les différents corps de métier regroupés au sein de l’atelier sont présentés, ainsi que les méthodes mise en œuvre : sculpture, ferronnerie, moulage, peinture, soudage…. ou les matériaux utilisés : bronze, plasticine, latex, fer, acier… toute les matières pouvant se tordre, se sculpter, se marteler, se déformer … sont utilisées. Finalement, les employés actuels sont passés rapidement en revue. Leur présentation est loin d’être celle d’un entretien d’embauche, et chacun y va de sa petite grimace ou autre farce.

A la sortie, vous êtes libre de déambuler dans le musée, qui se résume à une pièce de très petite taille. L’un des angles est occupé par un rocher sur lequel sont présentées les nombreuses statuettes sculptées après le Seigneur des anneaux. Grandiose, tous les personnages principaux sont représentés, j’aime particulièrement le Balrog, Sauron lorsqu’il est sur le point de se faire trancher son doigt portant l’anneau, le buste de Saruman. Le reste des murs est occupé par des boîtes vitrées, empilées les unes sur les autres. Chacune contient des objets spécifiques à leur film les plus connus. Il reste alors à visiter l’échoppe, recouvrant deux fois la superficie de la précédente pièce. Il ne s’agit pas d’une boutique comme celle que l’on retrouve dans un musée. Si de nombreux livres aux prix raisonnables sont présentés, les objets intéressants sont des répliques de ceux utilisés durant la production des films ou encore des sculptures ou représentations des personnages et lieux principaux. Ces derniers, bien qu’ils soient à vendre, font en quelque sorte partie de l’exposition, les prix étant à la hauteur des heures de travail nécessaire à leur réalisation. Il est aussi possible d’y observer Lürz, le premier Huruk-kaï, mesurant près de 2,0 mètres comme l’acteur qui le campa, ou encore l’armure de Sauron et celles portées par les hommes d’armes du Gondor durant le troisième âge. Du merchandising à la portée d’une bourse normale est aussi disponible. Il ne faut toutefois pas s’attendre à du bon marché, car la qualité des pièces est comparable à celle des effets spéciaux. Je craque pour le porte-clef Weta et aussi pour la représentation épineuse et magnétique du casque de Sauron

Si vous passez par Wellington, et que vous appréciez le cinéma, je pense que le détour est tout aussi important que celui de Te Papa. Certains m’objecteront que Weta Workshop n’a travaillé que sur des films de science fiction ou de fantasy. En partie, il est vrai, mais parmi leur grand succès, il y a aussi eu The Legend of Zorro, Kingdom of Heaven, Master and Commander et que l’un de leurs plus sérieux projets est actuellement rien de moins que l’adaptation cinématographique des Aventures de Tintin qui devrait sortir sur les écrans cette année. Le nom de l’atelier Weta, ainsi que leur logo, une sorte de cafard, provient de l’insecte éponyme, endémique à la Nouvelle-Zélande. Les fondateurs du studio ont choisi ce nom, car représenter les insectes était une de leur passion.

Le reste de la matinée ne s’éloignera pas du thème récurrent du Seigneur des Anneaux. Je me lancerai à nouveau sur l’itinéraire des lieux de tournage, qui essaime autour de la capitale. Il pourrait paraître bizarre de choisir Mount Victoria, un bois situé sur une colline en pleine ville, comme décors pour la Comptée lorsque les Hobbits la fuient. Et pourtant, le lieu y est si tranquille, aucune rumeur urbaine ne remonte, les arbres cachent la vie citadine. J’y découvrirai le célèbre rocher, en aval de la route, sous lequel se sont cachés Frodon, Sam, Pippin et Merry lorsque les cavaliers noirs étaient à leur poursuite. Pour les besoins du film, un énorme arbre aux racines enchevêtrées fut déposé par dessus afin que le sombre monde souterrain, emplis de vers de terre, araignées, … surplombe les petits hommes. Avant de quitter Wellington, je passe devant Embassy Theater, où fut présenté en première mondiale The Return of the King, pour admirer la sculpture du Weta Tripodex, un tripode surmonté d’une menaçante caméra.

Remontant Hutt Valley,  je ne m’arrêterai pas devant la carrière qui fût utilisée pour Helm’s Deep et Minas Tirith, toute trace du tournage ayant disparu. A Totara, les jardins d’Harcourt Park sont visités régulièrement par les étudiants en géologie. Le jardin est créé à l’emplacement de l’ancien lit de Hutt River. L’élévation du sol suite à un tremblement de terre, les eaux du fleuve furent déviée. Aujourd’hui, à l’emplacement de la faille, Wellington Fault,  un grand talus partage le parc en une partie supérieure et inférieure. Au niveau du fleuve, il est possible d’observer des graviers disposés verticalement, alors que partout ailleurs la strate présente un alignement horizontal. Lors du tournage de Lord of the Rings, Harcourt Park fut le décor d’Isengard Garden. On y voit Gandalf et Saruman discuter de la redécouverte de l’anneau, ou encore le magicien gris à cheval traverser le jardin le long d’une allée. Aujourd’hui, seuls les arbres sont présents, l’allée, construite pour les besoins, fut enlevée après, lors de la post-production. Un dernier arrêt m’amènera à Rivendell, dans le Kaitoke Regional Park, où Frodon se remettra de la destruction de l’anneau. Pour y accéder une petite route serpente dans un petit vallon où serpente une rivière, entre deux forêts denses, une représentation parfaite du pays des elfes.

La suite de la journée s’avère bien moins palpitante, après avoir abandonné mon fil conducteur je m’élance à nouveau sur la Highway SH2. Cette dernière traverse  Tararua Range, recouverte d’une végétation où les genêts aux jaunes fleurs et les manuka prédominent. Arrivé de l’autre côté, je retrouve le paysage si courant de l’île du Nord : des pâturages à perte de vue, des collines aux courbures arrondies, des bosquets disséminés, des clôtures rectilignes, des moutons et des vaches. Un panorama bien monotone après le dynamisme topologique du sud. Je quitte l’itinéraire principal pour un petit détour par Martinborough. Au milieu d’une immense pleine, je découvre un petit village dont les maisons victoriennes sont construites autour du square central. Bien que je sois de retour dans une région viticole, je ne rencontrerai de petit vignoble qu’à l’approche des caves que je compte visiter. Un rapide passage à l’office du tourisme m’a appris que les celliers présentent des horaires réduits, quand ils ne sont pas complètement fermés. Je trouverai porte close pour tous mes choix, sauf à la cave d’Ata Rangi, la plus veille de la région. Bien que la région soit réputée, je ne serai pas complètement convaincu par les deux vins dégustés :

  • ·       Chardonnay (2009) : arôme de pêche, palais citronné. L’aspect minéral me plaît bien.
  • ·       Pinot noir (2009), issu de vignes de plus de 20 ans. Prune au nez, l’attaque tannique est fondue avec le chêne et les fruits rouges. Un peu court.

Après cette petite halte, je roule, les kilomètres défilent, tout comme les prairies, et les rares villages que je traverse. La seule variante, la grandeur des localités, et la largeur de la plaine entre les deux rangées de collines. Alors que je m’arrête, j’ai déjà parcouru 6000 kilomètres depuis Auckland. Je doute terminer la boucle avec moins de 7000, comme je l’avais supposé au départ. Demain, la route sera longue, les 200 kilomètres au sud de Napier sont composés de pâturages, sans grande attraction culturelle. Un long chemin, jusqu’à la cité art-déco.

Tout en vous racontant ma journée, j’ai dégusté l’une des meilleures bières de mon séjour kiwi. Craftsman de la brasserie Renaissance Brewery Company est une Chocolate Oatmeals Stout. Son goût surpasse de loin celui de la Double Chocolate de Young’s. Sa formulation à base de malts houblonnés, dopés avec des fèves de cacaos torréfiées permet de dégager un arôme de chocolat noir particulièrement puissant. Un véritable dessert qui accompagne parfaitement de petits shortbreads.

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